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Dîner de COM

La plante et le territoire : conflits écologiques, économiques et patrimoniaux autour du riz de Camargue

Michaël Bruckert
p. 191-215

Texte intégral

1Dans Riz et civilisation, Pierre Gourou reprend une intuition qu’il avait eue dès 1948 dans La civilisation du végétal, affirmant que « la riziculture inondée fait partie de l’ensemble des techniques qui forment une civilisation » (1984 : 8). Tout au long de cet ouvrage, il développe l’idée que le riz, aussi bien par les paysages que par les techniques d’encadrement et l’alimentation qui y sont associés, est un des éléments structurants de ces « longues sédimentations historiques » (ibid.).

2Gourou a laissé le soin à d’autres d’apporter une dimension plus théorique à son intuition. Parmi eux, l’historien Fernand Braudel, son collègue au Collège de France, a repris à son compte l’analyse du caractère fondateur des céréales proposée par le géographe. À la recherche des grandes structures des civilisations, s’étalant sur un temps long qu’il a su brillamment conter, il emploie, afin de caractériser les trois principales céréales cultivées dans le monde – le blé, le maïs et le riz – la notion de « plantes de civilisation » (1979 : 112) qu’il reprend à Maximilien Sorre. Faisant le constat que ces plantes ont « organisé la vie matérielle et parfois psychique des hommes très en profondeur, au point de devenir des structures à peu près irréversibles » (ibid.), il les décrit comme « dominante(s), tyrannique(s) » (1979 : 156). Autrement dit, une société basant son alimentation sur une céréale verrait ses structures matérielles et idéelles marquées du sceau de cette plante. L’emprise du riz sur l’organisation matérielle des grands empires asiatiques a été étudiée notamment par François Durand-Dastès : le géographe a mis en évidence une « boucle de rétroaction », un système où la riziculture irriguée et les fortes densités de population sont liées réciproquement, sous le contrôle d’un système d’encadrement autoritaire (cité par Bruneau, 2006 : 203).

3À l’évidence, cette conception braudelinenne de la céréaliculture peut s’appliquer à des grands ensembles historiques (la Chine, le Moyen-Orient, la Mésoamérique, etc.). Mais qu’en est-il de nos sociétés contemporaines où bien souvent agriculture et alimentation sont déconnectées à l’échelle locale ? Si les liens entre riziculture et organisation sociale restent sans doute très forts dans une région comme le delta du Fleuve Rouge, qu’en est-il d’une région également rizicole comme la Camargue, située bien loin de la zone de domestication de cette plante, mais également loin du monde tropical ou subtropical où celle-ci s’épanouit habituellement ? Alors que la production alimentaire s’est spécialisée dans l’espace, répondant à une logique principalement marchande, que le monde rural a été marginalisé et que l’alimentation s’est fortement diversifiée, le cas de la Camargue tend à démentir cette idée de « tyrannie » qu’exerceraient les céréales. S’il est certes imprudent de nier toute contrainte technique liée à ces plantes – autrement dit de ne les considérer que comme des symboles manipulables – l’étude du riz camarguais montre qu’il faut également se méfier de tout déterminisme technique : les céréales comme le riz peuvent être investies d’une multitude de significations par les sociétés qui les cultivent, les consomment et les mettent en circulation.

4En m’appuyant sur des recherches effectuées en 2011, alors que j’étais étudiant en Master de géographie, je cherche dans cet article à mettre en lumière les processus techniques, économiques et politiques qui contribuent à la définition ou à la contestation du statut du riz en Camargue, une région où l’image de la céréale et celle de la région sont fortement associées. Je m’intéresse donc aux interrelations pouvant se nouer entre la culture d’une plante et un territoire. Après avoir rapidement dépeint ce territoire et son histoire, je décris l’organisation de la filière riz. J’étudie ensuite la façon dont la riziculture est à la fois contestée et célébrée en Camargue avant d’interroger les liens entre le riz et la conception d’une identité régionale camarguaise.

La Camargue : une terre de colonisation ?

5La Camargue est ici entendue comme le territoire compris entre les deux principaux bras du Rhône, autrement dit le delta de ce fleuve. Les deux tiers environ de cet espace de plus de 85 000 hectares appartiennent à la commune d’Arles, le tiers restant étant la propriété de celle des Saintes-Maries-de-la-Mer. On a coutume de distinguer deux unités géomorphologiques (carte 1) : une Camargue fluvio-lacustre au nord, issue des sédiments rhodaniens, et une Camargue laguno-marine au sud, construite à partir de dépôts marins et lagunaires.

Carte 1 - Unités géomorphologiques de la Camargue

Carte 1 - Unités géomorphologiques de la Camargue

Un paysage marqué par la riziculture

6Avec le tourisme et l’industrie salinière, l’agriculture est un des piliers de l’économie de ce territoire. En 2011, les céréales occupent 38 % de la SAU de la commune d’Arles1. Le reste est occupé majoritairement par des prairies de pâture ou de fauche, destinées à nourrir les animaux d’élevage (majoritairement des taureaux et des chevaux). Le tournesol, la luzerne, le raisin, les asperges, les olives, etc., sont les autres produits du territoire camarguais. Le riz, associé en rotation au blé, est majoritairement cultivé dans les zones fluvio-lacustres, sur les bourrelets alluviaux ou à proximité des anciens bras du Rhône. Il recouvre ainsi une zone en fer à cheval, des Saintes-Maries-de-la-Mer à Salin-de-Giraud, en passant par le sud d’Arles. Les rizières couvrent 14 % du territoire de la commune d’Arles, soit deux fois moins que les divers pâturages.

  • 2 Ces prairies peuvent être composées de végétation dulcicole, c’est-à-dire inféodée à des milieux pe (...)

7Le paysage camarguais est caractérisé par la platitude de son relief (moins de quatre mètres de dénivellation sur l’ensemble du delta). Les parcelles agricoles, plus exiguës au nord, s’élargissent à l’approche de la mer. Le territoire est une mosaïque de champs, de prairies2, de lagunes, d’étangs (dont le plus important est celui du Vaccarès) et de marais et est parcouru par un système hydraulique complexe de canaux appelés roubines. Les rigoles sont destinées à acheminer l’eau du Rhône vers les champs alors que les fossés vidangent cette même eau vers la mer ou les étangs (figure 1). 400 millions de mètres cubes d’eau sont ainsi drainés chaque année.

Figure 1 - Rigoles et fossés à proximité du Vaccarès (2011)

Figure 1 - Rigoles et fossés à proximité du Vaccarès (2011)
  • 3 Les précipitations s’élèvent à seulement 500 mm par an sur le territoire camarguais.

8La riziculture a donc un rôle fondamental dans la construction du paysage camarguais. Déjà, l’emprise sur le territoire des rizières et du système hydraulique qui y est associé est incontestable. En outre, la riziculture contribue à l’entretien des digues et à l’élévation permanente du niveau des étangs centraux. Finalement, l’apport d’eau douce que ces rizières réclament contribue à désaliniser l’ensemble du territoire et favorise ainsi un écosystème particulier. En effet, sans cet apport, l’évaporation, importante sous ce climat méditerranéen3, provoquerait une remontée par capillarisation de l’eau de mer infiltrée et une alcalinisation des sols.

9L’espace rural est dominé par de grandes propriétés appelées mas, souvent situées sur les bourrelets alluviaux des anciens cours du Rhône. Autour de ces mas se sont construits des hameaux, caractéristiques de la dispersion de l’habitat sur le territoire camarguais. Les plus importants d’entre eux, comme Gimeaux ou Le Sambuc, accueillent à présent une annexe de la mairie d’Arles. Le mas en lui-même est un bloc massif entouré de bâtiments voués à la fois à l’habitation et à la production (étable, grange, logis, écurie, grange, bergerie, logement des ouvriers agricoles, etc.). Si aujourd’hui encore, les grands domaines sont installés dans des mas historiques, la population du delta, à peine plus de 7 500 personnes (Mathevet, 2004 : 46), occupe des bâtiments plus récents. Parmi les autres bâtiments qui témoignent de l’emprise du monde agricole et rizicole sur le delta, les coopératives dressent leurs silos, esseulés dans un paysage où la mer, la terre et le ciel semblent parfois se confondre.

10En 2011, parmi les 51 614 habitants que compte la commune d’Arles (la ville la plus étendue de France), 6 432 vivent dans les espaces ruraux – soit 13 % de la population occupant 80 % du territoire4. Sur les 45 546 hectares de SAU (surface agricole utile) du territoire arlésien, 10 844 sont occupés par la culture du riz5. À titre d’exemple, la carte représente l’usage des terres autour du hameau du Sambuc, situé à la transition entre la zone fluvio-lacustre et la zone laguno-marine (carte 2). On y découvre le labyrinthe tracé par le système hydraulique (pourtant représenté ici de manière simplifiée). Les prairies ainsi que certains marais sont pâturés par des taureaux. La grande taille des parcelles est révélatrice de la concentration spatiale de la propriété foncière.

Carte 2 - Cadastre du hameau du Sambuc (2011)

Carte 2 - Cadastre du hameau du Sambuc (2011)

Histoire d’un territoire pionnier

  • 6 Communication personnelle de François Purseigle (professeur à l’École Nationale Supérieure Agronomi (...)

11Des ouvrages comme L’espace et le temps en Camargue de Bernard Picon (2008 [1978]) ou Camargue incertaine de Raphaël Mathevet (2004) décrivent avec précision l’histoire de ce territoire particulier : je m’appuie sur eux pour en retracer rapidement les étapes majeures. À l’époque pré-romaine domine une économie de chasse, de pêche et de cueillette. C’est la fondation d’Arles par les Romains en 46 av. J.-C. qui marque les premières tentatives de colonisation agricole de la Camargue fluvio-lacustre. Un semis de villas s’étend alors sur les bourrelets alluviaux et une économie de prélèvement se met en place. Si cette activité pionnière recule au xe siècle, suite aux invasions sarrasines, les monastères médiévaux accentuent ensuite à nouveau la pression colonisatrice : seigneurs locaux et grands monastères opèrent un déboisement de la Camargue, commencent l’endiguement du Rhône, assèchent les marais, construisent des canaux de drainage, etc. Les dépressions fluviatiles sont les espaces d’élection de cette extension agricole. Au cours des siècles suivants, des associations de vidange et d’arrosage voient le jour. Les mas se construisent le long des anciens chenaux et des bras actifs du Rhône. Parallèlement, les structures foncières évoluent. Au xiiie siècle, les ordres religieux sont remplacés par des ordres militaires et hospitaliers. Puis, en 1600, Arles vend son domaine foncier aux bourgeois de la ville, initiant ce système latifundiaire et capitalistique dont l’agriculture camarguaise d’aujourd’hui est l’héritière. L’absence de société traditionnelle sur le territoire rend possible des innovations techniques et économiques (grands travaux de construction de digues et de canaux qui profitent de l’invention de la pompe à vapeur), ouvrant la voie à la future agriculture industrialisée. Avec l’avènement de la bourgeoisie d’affaires (venue de Marseille, Lyon, Paris, de Suisse, etc.) au cours du Second Empire, des propriétaires forains et des fermiers rachètent les terres. Bernard Picon n’hésite pas à évoquer une « colonisation agricole » (2008 : 33) : dans une logique capitalistique, de grands propriétaires (parmi eux des généraux revenant d’Algérie, des juifs marocains séfarades6, etc.) mettent en valeur un territoire quasiment vierge.

12Au xviiie siècle, seules 10 % des terres émergées sont mises en valeur. Sur les meilleures terres de la Camargue fluvio-lacustre, des céréales comme le blé, le seigle ou l’orge sont cultivées tandis que les terres basses sont vouées à l’élevage de moutons à partir du xixe siècle. En 1870, alors que la crise du phylloxera affecte le vignoble français, le blé est sacrifié : les canaux de drainage sont utilisés au profit de la vigne, l’immersion des pieds empêchant le développement de l’insecte ravageur. Au début du xxe siècle, la priorité est donnée à l’industrie chimique et salinière tandis que la viticulture montre ses limites : la qualité est bien piètre et le vignoble français reprend son essor avec l’arrivée des porte-greffe résistant au phylloxera. C’est principalement la rupture des approvisionnements, consécutive à l’expansion asiatique de la Seconde Guerre mondiale, qui sera alors l’élément déclencheur de la conversion du territoire agricole camarguais à la riziculture.

13Dès ses débuts, la mise en valeur de ce territoire est rendue difficile par l’hostilité du milieu et du climat (fort mistral, terres plates et salées, présence abondante de moustiques, risques d’inondations fluviales, etc.). L’improductivité du sol contribue à faire de la grande exploitation la seule structure propice au développement agricole – ce système extensif de grands domaines épars empêchant l’emprise de tout peuplement rural communautaire. Les contraintes naturelles viennent donc rencontrer une certaine organisation sociale, héritée du modèle latifundiaire romain, dans laquelle le monde paysan est réduit à une main-d’œuvre saisonnière, souvent masculine et célibataire, n’ayant pas d’attaches sur le territoire. Aujourd’hui, 80 % de la SAU est cultivée par 30 % des exploitations (Mathevet, 2004 : 60), souvent constituées en sociétés anonymes (groupes financiers, groupes fonciers, etc.).

  • 7 Éleveurs de taureaux.

14Sur ce fond vierge de toute culture paysanne vient se greffer vers 1900 une forme d’identité. Folco de Baroncelli-Javon, un écrivain et manadier camarguais nostalgique de ses ascendances florentines, fasciné par les grands espaces américains et amateur de taureaux, codifie la course camarguaise et invente un costume traditionnel porté par les gardians de sa ferme. Au fil du xxe siècle, un imaginaire puissant s’ancre dans le territoire. Cette néo-mythologie est alimentée par les premiers westerns de Joë Hamman dans les années 1910, les romans de Joseph d’Arbaud (La Bête du Vaccarès, etc.) dans les années 1920, les films Crin Blanc de Lamorisse en 1953 ou Heureux qui comme Ulysse d’Henri Colpi en 1970. Un panneau de la Maison du Parc Naturel Régional de Camargue (PNRC) avance qu’« être camarguais, c’est appartenir au pays de bouvino7 où le taureau règne sur un peuple de cœur ». L’esprit d’expansion coloniale se conjugue donc à un sentiment de conquête des grands espaces.

  • 8 Le PNRC fait partie de la Convention de Ramsar sur les zones humides et de celle de Berne sur la co (...)

15Dans ce processus de mise en valeur de la région, la mise en valeur écologique de cette zone humide d’une grande richesse8 s’ajoute à la construction de la tradition taurine. Dans les années 1960 est créé le Parc Naturel Régional de Camargue, d’une superficie d’environ 85 000 hectares, comprenant en son sein une réserve naturelle interdite à toute activité agricole. C’est alors que se diffuse l’image d’une Camargue sauvage, âpre, bercée d’eau, de lumière et de poésie. C’est sur ce substrat que se construit depuis plusieurs décennies la filière riz.

La filière riz : un agro-capitalisme triomphant ?

Aux origines de la filière : contraintes agronomiques et soutien politique

16En Camargue, les cultures successives, et notamment la riziculture, ont été un moyen de répondre à des contraintes agronomiques et à des crises d’approvisionnement. Si les acteurs professionnels évoquent régulièrement la présence de riz en Camargue dès l’époque d’Henri IV, le véritable essor de la filière est en fait très récent. On retrouve effectivement des traces de culture du riz dès le xvie siècle, mais cela n’est pas spécifique à la Camargue. Le progressif endiguement du Rhône empêchant peu à peu la désalinisation du territoire par les crues, l’immersion devient la seule solution pour rendre les terres cultivables. Pourtant, le riz est bien vite interdit et abandonné, l’eau stagnante étant accusée de dégager des miasmes nauséabonds. Il semble faire son retour en 1864 sur une centaines d’hectares (Picon, 2008 : 90). Pendant les décennies qui suivent, sa culture ne répond qu’à la nécessité de valoriser les terres ayant été immergées pour préparer le terrain à la viticulture. Au début des années 1930, avec le déclin du vignoble, le riz disparaît.

17Sa véritable réintroduction date de 1942 : la guerre s’étendant en Indochine et le pays faisant face à des pénuries alimentaires, le gouvernement de Vichy met en place un plan de relance de la riziculture, bénéficiant de la force de travail et de l’expertise technique d’Indochinois, principalement vietnamiens, souvent embauchés sous la contrainte et non rémunérés (Daum, 2009). Des négociants et des industriels marseillais achètent des terres (Picon, 2008). En 1946, le Plan Marshall permet le véritable essor de la filière. Dans un premier temps, les surfaces s’étendent, atteignant 30 000 hectares en 1960.

18Mais cette riziculture garde longtemps les caractéristiques d’une culture pionnière. Elle doit faire face à de nombreux handicaps naturels : impossibilité de construire des terrasses, gestion une à une des parcelles, perte d’espace du fait des infrastructures hydrauliques. Dans la fin des années 1970, la baisse des cours entraîne une forte chute de la production. En 1980, seuls 4 400 hectares sont cultivés (Gourou, 1984 : 12). Volant au secours de la filière, l’État et la PAC relancent la production par une importante hausse du prix d’intervention. Les producteurs se fédèrent et créent un Syndicat ainsi qu’un Centre Français du Riz chargé de la sélection variétale.

19De fait, la riziculture semble être la seule culture pérenne, rentabilisant le système hydraulique et participant à la désalinisation des terres. Petit à petit, elle arrive à s’imposer sur le territoire camarguais. En 2011, les surfaces cultivées en riz recouvrent environ 20 000 hectares et la filière bénéficie d’un fort soutien politique. Pourtant cette dynamique s’essouffle : le gouvernement ayant décidé en 2014 de supprimer les aides compensatoires à la riziculture, le riz camarguais n’est plus assez compétitif face à la concurrence asiatique. En 2017, la surface cultivée en riz n’est plus que de 12 000 ha. Néanmoins, un compromis semble émerger au sein du PNRC, la riziculture étant reconnue comme faisant partie de l’équilibre hydrologique, écologique et économique du delta. Dans leur combat pour la sauvegarde de leur activité, les riziculteurs répètent d’ailleurs à l’envi que, sans riz, la Camargue deviendrait un « désert salé »9.

Des techniques spécifiques

20Si le riz est une plante dont la culture fait preuve d’une grande souplesse climatique et d’une faible exigence en matière de sols (Gourou, 1984 : 20-26), il n’en nécessite pas moins la mise en œuvre de procédés techniques contraignants qui diffèrent de ceux employés généralement dans la culture des autres céréales des zones tempérées et qui contribuent de fait à façonner la filière. Depuis l’abandon du repiquage à la main, la culture du riz camarguais demande de gros investissements. Le système d’irrigation et de drainage nécessite un entretien méticuleux. Ce sont des associations, comme celle de « dessèchement des marais d’Arles », créée en 1648, qui ont en charge le maintien de ces structures hydrauliques. L’eau du Rhône, une fois acheminée aux exploitations, est gérée par les propriétaires. Traversant de petites vannes (les martelières) et parcourant de nombreux petits canaux (les porteaux), elle vient remplir les rizières au mois d’avril. Les outils du riziculteur sont spécifiques : tracteurs à « roues squelettes » empêchant la machine de s’enfoncer dans des terres rendues meubles par la mise sous l’eau, épandage d’engrais par hélicoptère afin d’éviter des gradients de température trop importants pendant la journée, moissonneuses sur chenilles, etc.

21La transformation du riz diffère de celle du blé car son grain ne possède pas de sillon central : les enveloppes s’en détachent plus facilement. Après la moisson, le battage et le séchage, le grain est usiné : il peut tout d’abord subir un étuvage (afin de le rendre moins fragile et de conserver ses qualités nutritives) puis un décorticage (procédé d’abrasion usant peu à peu le grain entier afin de le débarrasser de ses glumelles). Le « paddy » se transforme ainsi en « riz cargo ». Vient ensuite le blanchiment qui vise à débarrasser le riz cargo de ses enveloppes et d’une partie du germe. Le grain peut encore subir un polissage ou un glaçage avant d’être commercialisé.

Ancrage local et diffusion mondiale

22En Camargue, le nombre restreint d’intervenants et la faible diversité des produits transformés rendent l’organisation de la filière très lisible (carte 3). Les exploitations de plus de 100 ha dominent. Les producteurs livrent selon leur guise un des cinq organismes stockeurs qui sèchent et nettoient le riz. Parmi ces organismes, on recense deux entreprises de négoce – le Silo de Tourtoulen au Sambuc et le Comptoir Agricole du Languedoc à Aigues-Mortes – ainsi que la coopérative Sud Céréales à Gimeaux. Issue de la fusion d’une vingtaine de coopératives et de sociétés de négoce à la fin des années 1970, cette dernière est présente dans cinq départements et récolte plus de blé que de riz. Deux organismes stockeurs supplémentaires sont spécialisés dans la collecte du riz issu de l’agriculture biologique. Si les deux négociants usinent eux-mêmes le riz récolté, Sud Céréales a un contrat d’exclusivité de livraison avec l’entreprise Soufflet, laquelle prend en charge toutes les étapes, de l’étuvage au conditionnement. En support de cette filière, le Syndicat des Riziculteurs et le Centre Français du Riz, eux aussi basés à Gimeaux, ont un rôle à la fois interne – recherche agronomique destinée à augmenter les rendements et la résistance de la plante, mais aussi à l’adapter aux conditions agronomiques locales et aux demandes du marché, diffusion des acquis, appui technique, etc. – et externe – communication auprès du grand public, interlocuteurs de la filière au sein du PNRC, etc. La direction considère qu’en 2011 près de 95 % des riziculteurs adhérent au Syndicat.

Carte 3 - La filière riz en Camargue

Carte 3 - La filière riz en Camargue
  • 10 Information communiquée par l’entreprise de courtage en riz Marius Brun & fils (mars 2011).

23Le riz de Camargue, quasiment exclusivement destiné à l’alimentation humaine, est distribué par quatre canaux : les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS), la Restauration Hors Foyer (RHF), l’industrie (intégration à des plats préparés) et le marché dit « ethnique » (sous forme de sacs de 2, 5 et 10 kg). Ce riz est présent sous de nombreuses marques : Soufflet utilise des marques (notamment de distributeurs) comme Vivien Paille, Patrimoine gourmand, Belle de France, Leader Price, etc. Le Comptoir Agricole du Languedoc utilise la marque Senebier et Sud Céréales l’éponyme Sud Céréales. Bongran SARL est spécialisé dans le marché bio, à travers les marques Bongran, Heureuse Camargue, Domaine de Beaujeu, etc. Panzani SA, détenu par le groupe espagnol Ebro Puleva, a racheté en 1989 et commercialise à présent la marque Taureau ailé, développée en 1970 par le silo de Tourtoulen. À ces marques vendant du riz prêt à cuire s’ajoutent des produits transformés tels que des desserts lactés ou de la babyfood. Malgré son intégration croissante à des produits transformés et à des plats préparés, le riz de Camargue se vend majoritairement « brut », dans des emballages de 500 g à 1 kg. À l’export, les principaux marchés sont l’Europe du Nord, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, les États-Unis, Israël, la Turquie, la Libye10, etc.

24Alors que dans les années 1980, la production était composée en majorité de riz rond, de nouvelles variétés, adaptées aux conditions de culture camarguaises et plus en accord avec la demande générale des consommateurs, ont été développées. Ainsi, le riz long représente maintenant près de 70 % de la production. Ces dernières années ont vu l’émergence des riz technologiques (cuisson rapide, incollables) et la consolidation du marché des riz complets, semi-complets, noirs, rouges, etc. Depuis 2000, le riz de Camargue est par ailleurs éligible au sein de l’Union Européenne à une Indication Géographique Protégée (IGP) sur laquelle je reviens plus loin.

25La distribution locale du riz de Camargue répond à la demande, mais elle dépend également d’une stratégie de valorisation de la production régionale. On peut relever, entre autres, l’initiative de deux associations visant à promouvoir cette distribution. Le Conservatoire des Cuisines de Camargue tout d’abord est un regroupement de restaurateurs s’engageant à servir tous les jours au moins trois produits issus du territoire camarguais. Si le taureau ou le poisson sont les ingrédients les plus récurrents, le riz apparaît aussi sur les menus. Ainsi, en 2011 j’ai recensé, à Arles comme dans le reste du delta, une quinzaine de restaurants, du petit bistro à l’établissement gastronomique, qui mettent à leur carte du riz de Camargue, dans la majorité des cas en accompagnement d’une gardianne de taureau. Terres de Riz ensuite est une association créée à l’initiative de producteurs et proposant des visites de domaines agricoles au cours desquels il est possible d’acheter la production locale. Hormis la vente sur l’exploitation et dans les GMS, j’ai dénombré sur tout le territoire cinq boutiques spécialisées qui proposaient du riz de Camargue.

  • 11 Voir les analyses de Polanyi sur le « désencastrement » (disembeddedness) de l’économie de marché ( (...)

26La culture du riz de Camargue et l’organisation de la filière qui s’ensuit semblent donc fortement déterminées par des variables techniques et marchandes. Mécanisée, intégrée, concentrée, industrialisée, bénéficiant de l’appui d’un centre de recherche performant, la filière porte les marques d’un agro-capitalisme triomphant. Pourtant, la riziculture ne semble pas totalement « désencastrée » de l’ensemble de la société11 : elle ne fonctionne pas comme un secteur autonome obéissant uniquement à une volonté utilitariste d’optimisation. Si l’absence de société rurale a permis cette grande concentration économique, elle a également laissé l’espace nécessaire à la création d’une culture et d’un folklore ad hoc, investissant le riz de Camargue d’un riche imaginaire. Pourtant, cet imaginaire semble aujourd’hui contesté, notamment par la montée en puissance des revendications d’ordre écologique.

Le riz de Camargue, célébré et contesté

27Depuis plusieurs décennies, des voix issues de la société civile, politique ou scientifique dénoncent les impasses du modèle agricole productiviste et les coûts sociaux, sanitaires et environnementaux qu’il induit. Alors qu’une distanciation multiforme (géographique, économique, cognitive et politique) s’opère entre les consommateurs et leurs aliments (Bricas, 2017 : 20), un intérêt nouveau pour l’alimentation et les méthodes de production agricole se fait jour (Fumey, 2011). Les entretiens que j’ai conduits confirment un mouvement de défiance grandissant à l’égard d’une agriculture qualifiée de « conventionnelle ». Les craintes directes, comme les risques planant sur la santé des consommateurs ou la nitrification voire l’eutrophisation de certaines nappes et rivières, s’additionnent à certaines inquiétudes plus diffuses comme celles d’une chute de la biodiversité ou d’une minéralisation des sols. Derrière les intrants, c’est aussi souvent la monoculture qui est visée, pour des raisons environnementales mais aussi esthétiques.

Le riz et la Camargue : équilibre écologique ou « équilibre de la terreur » ?

  • 12 Communication personnelle, mars 2011.
  • 13 Le rapport de J.-C. Mouret intitulé Les potentialités agroclimatiques et la place du riz dans la dy (...)

28À première vue semble pourtant se nouer en Camargue une idylle agro-environnementale entre les producteurs de riz et la société. Dans le cadre du Parc Naturel Régional de Camargue (PNRC), que Bernard Picon nomme « petit parlement de la Camargue »12, une sorte de compromis émerge entre l’agriculture et les autres parties prenantes du territoire. Dans cette situation prétendument gagnant-gagnant, les tenants de la préservation des écosystèmes reconnaissent le rôle de la riziculture inondée dans l’apport d’eau douce maintenant l’équilibre écologique et la biodiversité du delta et, réciproquement, les exploitants profitent de l’image « authentique » et préservée donnée par le territoire. De fait, la riziculture fait partie intégrante de l’image canonique du delta entretenue par les différents acteurs, l’identité du Parc s’étant construite avec le développement de la riziculture. L’agronome Jean-Claude Mouret met ainsi en garde contre une disparition de la riziculture qui menacerait « l’équilibre écologique de la Camargue du fait notamment de la resalinisation des terres »13. De même, le PNRC n’hésite pas à affirmer que, « activité emblématique s’il en est, la riziculture participe à l’équilibre économique et écologique de la Camargue » (PNRC, 2008). Ce discours est évidemment abondement relayé par les acteurs de la filière rizicole : un exploitant m’a soutenu que « le riz est par définition environnemental ».

  • 14 Fondation installée sur un domaine de 2600 hectares et vouée à l’observation de l’évolution des zon (...)
  • 15 D’une façon générale, une désalinisation incontrôlée est potentiellement un danger pour le milieu. (...)

29Cependant, à y regarder de plus près, le consensus est plus fragile qu’il n’y paraît. Brisant ce qu’ils considèrent comme une omerta, certains pointent de nombreux conflits, souvent larvés, parfois ouverts. Ainsi, un écologue de la Tour du Valat14 m’a-t-il énoncé, sous couvert d’anonymat, les nombreux griefs que les écologues et les naturalistes nourrissent à l’encontre des agriculteurs. Ils accusent notamment les producteurs de définir eux-mêmes les objectifs de réduction des intrants, ce qui ne permettrait pas de minimiser l’impact environnemental de la riziculture. De grandes quantités de pesticides sont parfois retrouvées dans les poissons. De plus, le surdosage des engrais phosphorés engendre des risques d’eutrophisation du milieu, alors même que, dans les conditions écologiques locales, la végétation présente un fort pouvoir de dénitrification. Sont également dénoncés l’utilisation de produits phytosanitaires interdits ou l’épandage d’herbicides par hélicoptère sans respect des normes de vitesse et de direction du vent. Alors que les riziculteurs présentent l’entrée massive d’eau douce dans l’écosystème comme leur contribution à l’équilibre écologique de la Camargue, ce chercheur considère qu’une telle pratique présente de nombreux risques. Le drainage agricole rehausse le niveau de l’étang du Vaccarès en été, renforçant le risque de crues au moment des fortes pluies d’automne. Cette inversion du cycle naturel et la destruction des haies mettent également en danger les nombreuses espèces logeant dans la lagune : l’invasion de la Camargue par des colonies de flamants roses, par ailleurs accusés d’endommager les rizières, serait une des conséquences de cette transformation de l’écosystème15. Autre bête indésirable, le sanglier : alors que les riziculteurs, louant leurs terres à la chasse, accusent les zones protégées d’offrir un refuge à cet animal destructeur, les naturalistes reprochent aux agriculteurs d’offrir de la nourriture aux bêtes en hiver afin de les détourner des cultures et aux chasseurs de les rabattre vers les espaces protégés lors des battues. Au final, cet écologue dénonce un impact trop important des activités humaines (l’agriculture industrielle, mais aussi le mitage urbain, le tourisme, l’activité de Fos-sur-Mer, etc.) sur le territoire. Selon ses dires, un véritable « équilibre de la terreur » serait installé entre les différents acteurs du territoire, donnant l’illusion d’une cohésion d’ensemble et masquant de nombreuses « escroqueries », « supercheries » et autres « arnaques intellectuelles ». Le PNRC n’aurait pas de pouvoir de décision et les vrais enjeux de pouvoir se joueraient en coulisses.

30Pourtant, le PNRC, s’il met en exergue l’apport de la riziculture dans l’équilibre écologique de la Camargue, n’en délivre pas moins, par des canaux moins officiels, des critiques à l’encontre de certaines pratiques. Un responsable m’a mentionné de nombreux problèmes de gestion de l’eau, sur les plans de la qualité – les intrants s’échappent d’un système rizicole non étanche et contaminent les zones en aval – et de la quantité – la situation de la Camargue en aval d’un gigantesque système hydraulique n’incite pas à l’économie et induit une désalinisation incontrôlée du milieu. La riziculture, m’a-t-on dit, a certes ses contraintes, mais les autres acteurs du territoire doivent aussi pouvoir s’exprimer. Reconnaître la nécessité d’une confrontation entre l’eau douce et l’eau de mer, la variabilité spatio-temporelle des types de milieux ou l’existence de multiples gradients longitudinaux ou latitudinaux, doit permettre de conserver une mosaïque d’espaces. Ce responsable du PNRC affirme donc que, contrairement à ce que prétendent les producteurs, la riziculture n’est pas un « pilier » mais simplement une « contribution » à la biodiversité de la Camargue. Et d’admettre que, si le « dialogue passe bien », le manque de mise en accord des pratiques avec les discours oblige bien souvent à « rester précautionneux ».

  • 16 Voir Bruckert, 2011.

31Contrairement à d’autres régions céréalières (on peut penser à la Beauce et son blé ou à l’Alsace et son maïs16), la Camargue se démarque par l’absence de contestation civile à l’encontre de la monoculture. Le discours critique y est porté principalement par des chercheurs, écologues ou naturalistes, mais semble souvent étouffé par l’interdépendance entre les différents acteurs et la recherche affichée d’un équilibre régional garant d’une attractivité du territoire. On peut émettre l’hypothèse que, sur cette terre sans véritable peuplement rural et vouée à l’optimisation de l’espace, le discours écologique serait uniquement l’apanage de scientifiques devant investir les interstices pour se faire entendre.

Les rizières : un paysage à usages multiples

32La très forte exposition visuelle des travaux paysans, si elle a longtemps pu être un gage de confiance, se retourne à présent parfois contre les agriculteurs. Les inquiétudes écologiques croissantes trouvent dans la visibilité de cet espace l’occasion idoine d’étayer les arguments. Les méthodes de culture évoluent donc en fonction de la réglementation ou des initiatives locales. Il est à ce titre intéressant de noter que, nonobstant la forte anthropisation de son territoire, l’ensemble de la Camargue se trouve classée en site Natura 2000, un réseau européen visant à « protéger un certain nombre d’habitats et d’espèces représentatifs de la biodiversité européenne »17. La gestion d’un tel site oblige à prendre en compte la juxtaposition entre zones de culture et zones dites naturelles, très distinctes spatialement du fait de l’intensivité des cultures, mais dont la mitoyenneté crée une interface environnementale, support de nombreux échanges biotiques. Autre évolution récente, l’agriculture biologique concernait en 2011 près de 10 % des superficies cultivées en riz en Camargue. Mais la conversion en biologique pose de nombreux problèmes : la nécessité de rotations qu’elle suppose engendre une hausse de la production de plantes fourragères comme la luzerne, qui ne trouvent que péniblement un marché. Benjamine Vandeputte, directrice du Syndicat des Riziculteurs, m’a confié que si la dynamique de conversion continuait, on risquerait de voir les superficies en riz diminuer et le retour du sel transformer les paysages.

33Derrière les critiques écologiques, c’est la mutation du statut du champ, notamment sa patrimonialisation sous forme de paysage qui dérange souvent la profession agricole. Des qualités esthétiques sont à présent souvent réclamées de ces espaces. Les agriculteurs camarguais ont bien compris cette fonction : des promenades sont organisées sur les exploitations afin de faire découvrir au visiteur les techniques de production et la beauté du reflet du ciel dans l’eau des rizières. Nous sommes là en présence d’un cas classique de conflits dans l’usage du territoire. Les multiples jugements portés sur ces champs et les nombreuses fonctions qui leur sont prêtées (économique, écologique, esthétique, etc.) mobilisent différents régimes de valeurs et invitent à repenser l’usage du milieu et le fonctionnement des écosystèmes.

Riz et identité régionale

La Camargue, « Terre de Riz »

34Ces conflits quant à l’appropriation, réelle ou symbolique du champ, obligent souvent les agriculteurs à justifier leurs pratiques. La principale stratégie de la filière « riz de Camargue » est de greffer sur sa propre identité l’image, très positive, d’authenticité, de naturalité, de biodiversité, véhiculée par le PNRC et, derrière, par la région tout entière. Une sorte de contagion s’opère, par laquelle le riz de Camargue, élément clé d’un territoire présenté comme sauvage, ne peut être lui aussi que naturel, sauvage, propre. À l’inverse d’une région comme la Beauce où les autorités locales manipulent avec précaution l’image ternie de la filière du blé (Bruckert, 2011), la Camargue revendique être une « Terre de Riz » (figure 2). La brochure de présentation de l’association Terre de Riz, déjà évoquée, informe que « les agriculteurs de Terre de Riz vous invitent à découvrir autrement les activités agricoles de Camargue. Vous comprendrez le rôle joué par ces Terres de Riz sur l’environnement, l’art, la culture et la gastronomie ». Dans le même registre, le Musée du Riz, initié par un exploitant, affirme d’emblée que « vous ne comprendrez pas la Camargue si vous ne comprenez pas le rôle qu’y joue la culture du riz ». Et de mettre en valeur l’héritage culturel, écologique, technique, économique et social du riz dans la région. Le site Internet http://www.riz-de-camargue.com/​, développé par le Syndicat des Riziculteurs de France, est un véritable portail d’information et de communication sur l’ensemble de la filière, présentant les techniques d’exploitation, les points de vente ou des recettes gourmandes.

Figure 2 - La Camargue, Terre de Riz (2011)

Figure 2 - La Camargue, Terre de Riz (2011)

35L’Inscription Géographique Protégée « Riz de Camargue » participe elle aussi d’une démarche de valorisation de la filière. Un dépliant officiel de communication reprend à son compte le refrain associant riziculture et écologie, affirmant que « paradoxalement, l’intervention humaine a permis le retour à un système plus naturel. […] Étape et refuge de millions d’oiseaux, la Camargue est un bel exemple d’alliance réussie entre la nature et les hommes ». Ou encore que « produire des riz de Camargue d’une qualité irréprochable dans le respect de l’environnement, telle est la volonté des riziculteurs camarguais et de l’ensemble des métiers de la filière ».

36Dans ces démarches, c’est à la fois l’aspect patrimonial et l’aspect écologique du riz camarguais qui sont valorisés. Ainsi, les riziculteurs camarguais, alors même qu’ils possèdent les plus grandes exploitations européennes18 et qu’ils utilisent des méthodes de production productivistes sur un territoire fortement artificialisé, se targuent d’être un « facteur d’équilibre écologique » (PNRC, 2008 : 10), cultivant leur riz « en pleine nature »19. Cette plante profite à la fois de sa faible transformation, d’une mythologie liée à ses origines orientales ainsi qu’à l’image d’une Camargue naturelle et préservée. On peut légitimement se demander ce qui serait advenu si ce même riz avait poussé en Beauce…

37Bien souvent, on cherche à associer dans les représentations le riz et la Camargue. Cette association fonctionne dans les deux sens : le riz est mobilisé comme la composante d’une forme d’identité régionale (le riz dans le territoire), tandis qu’en retour les images véhiculées par la Camargue sont associées aux qualités de la céréale (le territoire dans le riz).

Le riz dans le territoire : le folklore rizicole

38Le riz participe grandement de la mise en folklore du territoire camarguais. Les fêtes des Prémices du Riz se déroulent à Arles lors de la feria de septembre, par ailleurs aussi appelée la Feria du Riz. Présentée sur le site Internet officiel comme la « fête du terroir arlésien »20, elle dure plus de deux semaines. Outre des corridas, des concerts et un spectacle équestre, de nombreuses manifestations, nommées Fêtes du riz en Arles, sont dédiées à la riziculture. L’objectif officiel de ces événements est de souligner « le travail des riziculteurs camarguais, tout en faisant découvrir aux nombreux visiteurs de [cette] belle région des festivités qui sont un hymne à [la] terre provençale, à [ses] racines, à [ses] traditions »21. Au cours des festivités, un stand promotionnel du riz de Camargue est installé dans la ville d’Arles. Parmi les manifestations organisées en l’honneur du riz, on note un repas annuel des Prémices, une présentation et une bénédiction d’une gerbe de riz nouveau et l’élection de l’Ambassadrice du Riz, chargée de représenter la filière lors d’événements promotionnels. Se réunit également le Grand Chapitre Solennel de la Confrérie du Riz, association dont le but est de réunir les personnes œuvrant pour le développement et la promotion de la culture du riz en Camargue. Le point culminant de ces festivités est le Grand Corso des Prémices du Riz, au cours duquel une dizaine d’associations de la ville défile sur des chars conçus pour l’occasion et ornés de gerbes de riz nouveau.

39Le monde de la riziculture semble néanmoins être le grand absent de ce folklore. Parmi la quinzaine de membres que compte l’Association pour le Renouveau des Prémices du Riz, on ne dénombre qu’un seul agriculteur. Créée il y a près de 30 ans, cette association est fortement liée à celle œuvrant pour la défense du costume d’Arles. La seule contribution des riziculteurs au Corso est la mise à disposition de tracteurs tirant les chars ainsi que la distribution, fortement contestée m’a-t-on dit discrètement, de 20 000 gerbes de riz… La Confrérie du Riz, quant à elle, ne comptait en 2011 pas un seul riziculteur dans ses rangs. Créée en 1987, elle est composée majoritairement de citoyens arlésiens à la retraite et tient deux chapitres par an (un aux semailles, un aux moissons) au cours desquels les membres du Grand Conseil intronisent officiellement les nouveaux membres. La Confrérie se place sous la protection de Saint Genest, désigné Patron de la riziculture. À l’image du folklore camarguais fondé de toutes pièces par Baroncelli au début du xxe siècle, ces festivités servent principalement à créer du lien social et à défendre l’identité de la région. Loin d’être une pratique se perpétuant depuis des temps immémoriaux, les ferias et les corridas ont été instaurées afin de distraire les travailleurs espagnols. La Feria de septembre, maintenant vouée au riz, s’appelait autrefois Feria des Vendanges.

40Le riz et le folklore qui l’entoure permettent donc de renouveler périodiquement une certaine inscription dans le territoire, trouvant un formidable relais auprès de la population citadine et des touristes. Mais il ne faut pas oublier que, si le riz est la plante fétiche de cette région, il n’en reste pas moins secondaire dans l’imaginaire après les taureaux et les chevaux. Sans doute l’image de l’animalité libre convient-elle finalement mieux au caractère prétendument sauvage de la Camargue…

Figure 3 - Brochure de l’IGP Riz de Camargue (2011)

Figure 3 - Brochure de l’IGP Riz de Camargue (2011)

Le territoire dans le riz : l’IGP Riz de Camargue

41Dans un mouvement inverse mais corollaire, le riz s’approprie des éléments de l’identité du territoire camarguais. Il en va ainsi de l’Indication Géographique Protégée « Riz de Camargue », déjà évoquée. Dans sa conception première, l’objectif de cette labellisation (Certification de Conformité en 1998, puis IGP en 2000) était de fixer un prix de marché camarguais supérieur au prix européen (c’est-à-dire le prix du riz obtenu en zones tempérées). En effet, les riziculteurs espéraient que le marquage qualitatif, conséquence du marquage géographique, leur permettrait de vendre leur production plus chère. Cette initiative a été lancée à une époque où la qualité du riz produit en Camargue, pour la plupart issu de la variété Oryza sativa indica, ne semblait pas convenir à la demande en Oryza sativa japonica exprimée par le marché. Face aux concurrences européenne et asiatique, les producteurs craignaient que leur riz ne soit banalisé. Pour la directrice du Syndicat des riziculteurs, « associer le territoire au produit était vu comme un potentiel atout ». L’IGP devait permettre de sensibiliser les riziculteurs à la nécessité de produire ce que demandait le marché, de placer le produit sur un marché de niche par une traçabilité stricte (lot de semences, numéro de parcelles, etc.) ainsi que par certaines pratiques environnementales imposées par le cahier des charges.

42Pourtant, la tentative de revalorisation économique par l’IGP a échoué, les prix de la zone restant fixés par la bourse de Vercelli en Italie. Chacun des acteurs rencontrés m’a proposé sa propre explication sur cet échec. Si certains reconnaissent l’intérêt de la démarche, d’autres n’hésitent pas à affirmer que les consommateurs ne font pas forcément attention à la provenance et à la variété quand ils achètent du riz. Tous les producteurs rencontrés soutiennent que l’IGP est mal exploitée : du fait du coût de la démarche, seul 20 % du riz éligible est vendu sous le label dédié, le reste passant par les circuits classiques. Il est légitime de s’interroger sur cette démarche de certification. L’Indication Géographique Protégée doit être un signe d’identification attestant du caractère spécifique et qualitatif d’une production issue d’un territoire bien délimité. Le cas de l’IGP Riz de Camargue semble relever d’une dynamique de création sociale d’un terroir. En effet, la production de ce riz, récente et fortement mécanisée, ne met pas en œuvre de technique qualitative ou de variété spécifique à la Camargue. Un acteur majeur de la filière m’a confié que « l’IGP est surtout un outil marketing ». Le milieu physique présente certes des contraintes demandant une adaptation particulière à cette culture (mistral, faible dénivellation, risques de salinité, perte d’espace par l’importance du système hydraulique, arrêtés préfectoraux limitant l’usage de certains herbicides, etc.), mais cela ne suffit pas à en faire une production spécifique à ce territoire.

43La filière essaie donc de faire reconnaître cette production intensive comme le produit d’un terroir par le truchement des qualités prêtées à l’espace dans lequel il est produit. Elle cherche ainsi à profiter de l’image d’une Camargue « naturelle » tout en entretenant elle-même ce mythe, utilisant parfois sur ses emballages des illustrations évoquant un territoire sauvage, ou bien se référant aux origines exotiques du produit, tout en jouant subtilement sur le caractère unique et légèrement incongru d’une telle production sur le sol français.

Une rencontre providentielle ?

44En Camargue, la filière parvient aisément à infléchir les significations accordées à cette plante. Le riz, arrivé en France entouré de symboles forts mais très modulables, a été le support parfait pour la construction d’une « histoire », d’un mythe local sur un espace pionnier. Sur ce territoire de conquête interviennent peu d’acteurs : acteurs agricoles (éleveurs, viticulteurs qui sont parfois aussi des riziculteurs), économiques (tourisme, industrie salinière), institutionnels (Parc Naturel, réserves écologiques, etc.). La Camargue a facilement valorisé son image de Terre de Riz mais, contrairement à d’autres régions céréalières (Bruckert, 2011), c’est ici la profession elle-même, structurée par des initiatives de type capitalistique, qui est à l’origine de cette stratégie. Une rencontre providentielle semble s’être opérée entre la plante et le territoire : le riz capitalise fortement sur l’image de la Camargue, laquelle lui rend sans ambiguïtés son attachement, valorisant sa double vocation productrice et protectrice et profitant du mystère oriental flottant autour de sa plante fétichisée.

45En suivant Denoux, nous pourrions alors affirmer que les céréales comme le riz ne sont pas forcément des plantes de civilisation mais plutôt des « catégories génériques prenant des formes fort différentes » (2011 : 77). Le choix de la culture des céréales influence effectivement certaines organisations matérielles et idéelles, mais ces céréales n’en restent pas moins elles aussi structurées par des forces qui les dépassent. Elles n’acquièrent leur capital imaginaire qu’en relation avec le contexte culturel, social et économique dans laquelle leur production s’insère. Au cours de mes enquêtes, j’ai constaté que l’attachement symbolique au riz pouvait varier du plus inventif au plus inexistant. Certains agriculteurs m’ont clairement dit que la culture du riz relevait pour eux uniquement d’une forme de rationalité économique. Pourtant, derrière cette revendication utilitariste, on peut parfois deviner un attachement sensoriel ou affectif à certaines caractéristiques inhérentes à cette plante. Le sociologue Bernard Picon m’a suggéré que la forme tombante du riz pouvait revêtir une certaine importance symbolique. On peut aussi évoquer l’image de l’eau, que Mircea Eliade caractérise comme une « somme universelle des virtualités » (1965 [1957] : 112). Un exploitant camarguais m’a quant à lui confié une véritable passion pour le riz, dont la culture demande beaucoup plus d’attention et d’efforts que celle du blé : « le riz est passionnant car il est vivant ». Et de me raconter ses deux sorties quotidiennes dans les champs, une à la rosée du petit matin et une en début de soirée. Avant de conclure par la rentabilité impressionnante de sa culture, lui rapportant 900 € nets par hectare là où un hectare de blé ne lui en rapporterait dit-il que 50 € ! Le récent effondrement de la production, suite à la disparition des aides européennes, montre d’ailleurs bien qu’en dépit de ses dimensions écologiques et patrimoniales, la riziculture camarguaise a surtout besoin de subventions pour subsister.

Conclusion : les plantes, des objets « bio-géo-sociaux »

46En Camargue, le riz a été élevé, au même titre que les taureaux ou les chevaux, au rang de composante constitutive de l’identité territoriale. Mais si la riziculture marque la région de son empreinte économique et paysagère, elle réussit également le tour de force de présenter ses pratiques comme quasiment « naturelles », profitant de la transformation limitée du produit, de la faiblesse de la culture paysanne et de la société civile, ainsi que du soutien des autres acteurs du territoire. Paradoxalement, c’est une filière extrêmement capitalistique et industrialisée qui parvient à positionner le riz au fondement de la culture locale. Alors même que c’est la contrainte, aussi bien économique qu’agronomique, qui a poussé à sa culture, cette plante a pu devenir le support de discours et de pratiques d’ordre culturel ou esthétique.

47Si l’ensemble des structures et des modes d’organisation que Braudel attribuait aux céréales comme « plantes de civilisation » n’est aujourd’hui plus vérifié, le renouvellement des catégories de la représentation qui affectent celles-ci permet malgré tout de confirmer leur capacité à servir de base à un ensemble de pratiques et de discours. Tout en imposant aux humains une série de contraintes matérielles, liées à ses caractéristiques biologiques, le riz peut voir certaines de ses potentialités symboliques activées par la société qui le cultive et d’autres être négligées. Les statuts accordés aux céréales sont donc le produit d’agencements particuliers. Les plantes comme le riz apparaissent comme des objets « bio-géo-sociaux », marquant les paysages et les écosystèmes, imposant des contraintes techniques, fournissant des calories et des nutriments aux mangeurs, mais opérant également une médiation entre les humains et leur environnement. Elles sont prises dans des configurations particulières mettant en jeu à la fois une certaine praxis, autrement dit des modalités matérielles d’usage du milieu, et des représentations. Encore une fois, il apparaît que, dans l’étude de l’agriculture et de l’alimentation, dimensions techniques et dimensions symboliques gagnent à être décloisonnées.

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Bibliographie

Barbault R., 2008 [2000] - Écologie générale. Paris : Éditions Dunod

Braudel F., 1979 - Civilisation matérielle, économie et capitalisme, xve – xviiie siècle. Paris : Armand Colin

Bricas N., 2017 - « Les enjeux de l’urbanisation pour la durabilité des systèmes alimentaires ». In Brand C. et al. (dir.), Construire des politiques alimentaires urbaines. Concepts et démarches. Versailles : Éditions Quae, p. 19-38.

Bruckert M., 2011 - Céréales et sociétés : approche géo-culturelle comparée du blé en Beauce, du maïs en Alsace et du riz en Camargue. Université Paris-Sorbonne, mémoire de Master, non publié, 172 p.

Bruneau M., 2006 - « Les géographes français et la tropicalité ». In L’espace géographique, vol. 3, n° 35, p. 193-207.

Daum P., 2009 - Immigrés de force : les travailleurs indochinois en France. Paris : Solin.

Denoux P., 2011 - « Mutations culturelles autour des céréales ». In Gleizes J.-F. (dir.), Le bonheur est dans les blés. La Tour d’Aigues : Éditions de l’Aube, p. 73-96.

Eliade M., 1965 [1957] - Le sacré et le profane. Paris : Gallimard.

Fumey G., 2011 - Les radis d’Ouzbékistan. Paris : François Bourin.

Gourou P., 1984 - Riz et civilisation. Paris : Fayard.

Mathevet R., 2004 - Camargue incertaine. Paris : Bruchet Chastel.

Parc Naturel Régional de Camargue, 2008 - À la découverte du riz de Camargue. Arles : Éditions du PNRC.

Picon B., 2008 [1978] - L’espace et le temps en Camargue. Arles : Actes Sud.

Polanyi K., 2001 [1944] - La grande transformation. Paris : Gallimard.

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Notes

1 Source : http://agreste.agriculture.gouv.fr/ (consulté en mars 2011).

2 Ces prairies peuvent être composées de végétation dulcicole, c’est-à-dire inféodée à des milieux peu salés, ou de végétation halophile, spécifique aux milieux salés. Elles prennent alors localement le nom de sansouires.

3 Les précipitations s’élèvent à seulement 500 mm par an sur le territoire camarguais.

4 Données fournies par la mairie (2011).

5 Ce chiffre a probablement diminué depuis. Source : http://agreste.agriculture.gouv.fr/ (consulté en mars 2011).

6 Communication personnelle de François Purseigle (professeur à l’École Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse), février 2011.

7 Éleveurs de taureaux.

8 Le PNRC fait partie de la Convention de Ramsar sur les zones humides et de celle de Berne sur la conservation de la vie sauvage en milieu naturel.

9 Source : http://www.midilibre.fr/2018/02/13/une-centaine-de-riziculteurs-et-eleveurs-ont-bloque-la-ville-d-arles,1627325.php ; consulté le 15/02/2018.

10 Information communiquée par l’entreprise de courtage en riz Marius Brun & fils (mars 2011).

11 Voir les analyses de Polanyi sur le « désencastrement » (disembeddedness) de l’économie de marché (2001 [1944]).

12 Communication personnelle, mars 2011.

13 Le rapport de J.-C. Mouret intitulé Les potentialités agroclimatiques et la place du riz dans la dynamique d’évolution des systèmes de culture en Camargue est disponible sur :

http://www.museum.agropolis.fr/pages/savoirs/camargue/mouret.pdf/ ; consulté le 15/02/2018.

14 Fondation installée sur un domaine de 2600 hectares et vouée à l’observation de l’évolution des zones humides.

15 D’une façon générale, une désalinisation incontrôlée est potentiellement un danger pour le milieu. En effet, selon les mécanismes de la ségrégation spatiale des espèces et de la compétition interspécifique, certaines conditions physico-chimiques, comme une salinité élevée, entraînent la spécialisation en nombre d’individus d’une espèce donnée (Barbault, 2008 [2000] : 140) : le sel pourrait donc aussi être un facteur de biodiversité.

16 Voir Bruckert, 2011.

17 http://www.natura2000.fr/natura-2000/qu-est-ce-que-natura-2000 ; consulté le 15/02/2018.

18 En 2005, le ministère de l’Agriculture a révélé que, parmi les 20 principaux bénéficiaires de la PAC, figuraient sept exploitations camarguaises.

Source : https://www.lesechos.fr/20/03/2006/LesEchos/19629-096-ECH_les-riziculteurs-francais--champions-des-aides-de-la-pac.htm ; consulté le 15/02/2018.

19 Source : http://www.riz-de-camargue.com/section/la-culture-en-camargue ; consulté le 15/02/2018.

20 Source : http://www.arlestourisme.com/fr/les-ferias.html, consulté le 14/02/2018.

21 Source : Journal Fête du Riz, 2010, édité par l’Association pour le Renouveau des Prémices du Riz.

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Table des illustrations

Titre Carte 1 - Unités géomorphologiques de la Camargue
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 716k
Titre Figure 1 - Rigoles et fossés à proximité du Vaccarès (2011)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 616k
Titre Carte 2 - Cadastre du hameau du Sambuc (2011)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 352k
Titre Carte 3 - La filière riz en Camargue
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Figure 2 - La Camargue, Terre de Riz (2011)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 708k
Titre Figure 3 - Brochure de l’IGP Riz de Camargue (2011)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/8182/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 1000k
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Pour citer cet article

Référence papier

Michaël Bruckert, « La plante et le territoire : conflits écologiques, économiques et patrimoniaux autour du riz de Camargue »Les Cahiers d’Outre-Mer, 275 | 2017, 191-215.

Référence électronique

Michaël Bruckert, « La plante et le territoire : conflits écologiques, économiques et patrimoniaux autour du riz de Camargue »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 275 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2020, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/8182 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.8182

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Auteur

Michaël Bruckert

CIRAD, UMR INNOVATION, F-34398 Montpellier, France. INNOVATION, Univ Montpellier, CIRAD, INRA, Montpellier SupAgro, Montpellier, France

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Droits d’auteur

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