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Résumés

Depuis 1963 et l’ouverture de sa première mission médicale en Afrique, la Chine a développé une politique sanitaire qui est en grande partie le miroir des contextes chinois de ces dernières décennies. Instrument de sa politique étrangère puis de ses priorités économiques et commerciales, la santé est l’une des modalités privilégiées dans l’aide au développement fournie sur le continent africain. Souhaitant devenir une puissance normative, la Chine a progressivement rejoint les projets des organisations sanitaires internationales, l’OMS en premier lieu, en pratiquant non pas une, mais des médecines chinoises. Cette politique sanitaire de la Chine en Afrique, qui enchevêtre plusieurs offres, préfigure potentiellement l’avènement d’un nouvel ordre sanitaire international, sinisé.

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Texte intégral

Introduction

1Depuis 1963 et l’ouverture de sa première mission médicale en Afrique, la Chine a développé une politique sanitaire africaine qui est en grande partie le miroir des contextes chinois de ces dernières décennies, et par-delà, de sa relation à l’Afrique (Aurégan, 2017a). Instrument de sa politique étrangère puis de ses priorités économiques et commerciales, la santé est aussi une modalité privilégiée dans l’aide au développement fournie sur le continent. Souhaitant devenir une puissance normative, la Chine a progressivement rejoint les projets des organisations sanitaires internationales, ceux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en premier lieu. Elle n’a néanmoins pas totalement fait table rase de l’époque maoïste : en Afrique, au milieu des années 2000, elle a au contraire réactivé certains projets phares des années 1950 et 1960, dont les missions médicales ou les centres agricoles. Acteur pluriel, la Chine ne pratique donc pas une médecine, mais des médecines chinoises, spécifiquement en Afrique où l’on retrouve autant la médecine chinoise dite traditionnelle, que la biomédecine moderne et censément occidentale. Sur le continent, elle finance et/ou construit des infrastructures de santé, ou octroie a priori sans contrepartie des équipements, du matériel, mais également des formations, des bourses universitaires, des cours, etc. La Chine développe conséquemment plusieurs offres sanitaires : intéressées ou non, horizontales et/ou verticales, bilatérales et/ou multilatérales.

2Sur un continent de 54 États où le produit intérieur brut est inférieur à celui de la France, où les critères et indicateurs économiques, sociaux, de développement humain, de gouvernance, de transparence, de corruption, etc. sont les plus insatisfaisants au monde, l’accès aux différents services sanitaires, aux soins et même à l’eau est limité et inégal. Au-delà, de fortes contraintes conjoncturelles et structurelles pèsent sur cet accès plurivoque, dont les carences en infrastructures et ressources humaines qualifiées. Dans ce contexte peu avenant, l’Union africaine (UA) développe de nombreux programmes transversaux, y compris avec l’appui de la Chine : le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) pour densifier et améliorer ces dernières, ou les Centres de contrôle des épidémies (CDC) qui, aux échelles régionale puis sous-régionale, s’adossent aux Instituts nationaux de santé publique (INSP) et aux Centres des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS). L’UA entend ainsi assurer la sécurité sanitaire de ses populations et compte, pour ce faire, sur l’expertise et les moyens chinois.

3Dans ce cadre, l’historicité de la politique sanitaire chinoise en Afrique est retracée en trois temps (1949-1978 ; 1979-2006 ; 2006-2019) afin d’exemplifier les évolutions de cette forme de coopération, passée d’horizontale à verticale puis transversale (partie I). En raison de sa spécificité et des multiples enjeux afférents, la pandémie de COVID-19 (Aurégan, 2021 ; Zoubir et Tran, 2021) n’est pas directement traitée infra. Entre 2019 et 2021 principalement, les différents rôles de la Chine en Afrique durant la COVID-19 ont effectivement entrainé un changement de paradigme : les mécanismes de l’aide au développement se substituent au profit du projet des nouvelles routes de la soie et de son narratif (Aurégan, 2021 : 111-114).

  • 1   China Aid Database, Search Project Records From AidData’s Global Chinese Official Finance Dataset (...)

4Dans un second temps, afin de quantifier, voire qualifier cette aide au développement sanitaire chinoise, les documents officiels chinois sont analysés et la base de données China Aid Database1 traitée. Ces éléments descriptifs et statistiques permettront de conclure sur la nature bigarrée, mais cohérente, de la politique sanitaire intégrée de la Chine en Afrique (partie II).

La politique sanitaire chinoise en Afrique, « la longue histoire d’aujourd’hui »2

  • 2   Titre emprunté à Yves Lacoste et son ouvrage éponyme, publié en 2006 : Géopolitique : la longue h (...)
  • 3   Dans les années 1960 et 1970 principalement, cette expression fait référence à ces agriculteurs a (...)

5Exsangue, la République populaire de Chine (RPC) proclamée par Mao Zedong en 1949 va s’appuyer sur trois domaines qui s’avèrent alors essentiels au rattrapage priorisé par le pouvoir : l’Armée populaire de libération (APL), l’agriculture et la santé. Par nécessité, le Parti communiste chinois (PCC) privilégie une approche horizontale – bien que non dénuée de verticalité – des deux derniers qui vont respectivement être matérialisés par les fermes d’État et les médecins aux pieds nus3. Dans le domaine de la santé, le premier Congrès national de 1950 (Hesketh et Wei, 1997) met l’accent sur les soins donnés aux militaires, à la paysannerie et aux travailleurs, soient les forces vives de la nation qui ont majoritairement soutenu le PCC. Tous trois vont être intégrés dans une double démarche qui se veut théoriquement syncrétique, et qui consiste à bénéficier des médecines traditionnelle et moderne (occidentale). Estimant pouvoir reproduire à l’extérieur ce qu’il a partiellement réussi à accomplir en interne, le gouvernement chinois des années 1950 investit trois leviers d’intervention ou trois portes d’entrée dans le cadre du développement de sa diplomatie encore balbutiante : la Défense, l’agriculture et la santé. C’est particulièrement vrai en Afrique (Aurégan, 2016) où l’on retrouve ces trois formes de « présences » chinoises en Algérie ou au Mali par exemple, soit au sein d’États qui ont immédiatement reconnu le régime maoïste à leur indépendance. Cinq années avant la vague d’indépendance de 1960, les représentants africains sont toutefois peu nombreux à Bandung lors de la Conférence internationale des pays qui vont devenir « non-alignés » : sur les 29 délégations, seules 6 proviennent d’Afrique, dont le Destour tunisien, l’Égypte de Nasser et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) du Front de libération nationale (FLN) algérien.

Le premier temps de la coopération sanitaire chinoise en Afrique (1949-1978)

6Huit ans plus tard, au pied du Kilimandjaro en Tanzanie, le très conflictuel Comité de Moshi de février 1963 divise définitivement Soviétiques, Indiens et Chinois quant à la poursuite d’une politique étrangère multilatérale prônée par le mouvement des pays non-alignés (Aurégan, 2019a). Cette rupture officialise de facto les politiques bilatérales chinoise, indienne et soviétique en Afrique, et par-delà, rompt – avec – l’esprit de Bandung (Pairault, 2017). Ce faisant, Indiens (Aurégan, 2019b) et surtout Chinois prennent acte en lançant unilatéralement leurs programmes de coopération en Afrique. C’est dans ce contexte, opportuniste et tendu, que Pékin décide d’inaugurer sa première mission médicale à l’étranger. Fort à propos, elle est ouverte en mars de la même année à Alger, là où aurait dû se tenir le « Bandung II » en 1964. Entre décembre 1963 et janvier 1964, Zhou Enlaï, Premier ministre, réalise la première grande tournée africaine de la Chine au sein de dix États africains. Outre l’Algérie, double porte d’entrée militaire et sanitaire chinoise (Aurégan, 2017a) via cette première mission médicale composée de 13 praticiens du Hubei (Evang, 1967), l’histoire retient surtout le Mali de Modibo Keïta et le Ghana de Kwame Nkrumah où Zhou énonce les huit principes de la politique chinoise en Afrique. L’année 1963 est donc, à bien des égards, celle de l’officialisation de la politique africaine de la Chine. Par suite, les missions médicales chinoises (MMC) vont se multiplier sur le continent s’émancipant des tutelles coloniales : 8 dans les années 1960 en comptant l’algérienne ; 22 dans les années 1970, alors que le nombre d’États africains reconnaissant dorénavant Pékin a dépassé la quarantaine ; 10 dans les années 1980 ; 4 dans les années 1990 ; 3 dans les années 2000 (Li, 2011). Les États ayant alternativement reconnu Taïwan et la Chine, soit joué le jeu des deux Chine (Aurégan, 2017a), vont voir le retour des missions médicales chinoises après le départ de celles des Taïwanais lors de la reconnaissance bilatérale officielle, à l’image du Malawi en 2008 et du Burkina Faso en 2018.

7Dans ce cadre, plusieurs temps peuvent être proposés eu égard à cette coopération sanitaire sino-africaine : le premier (1949-1978) a vu l’essor de cette politique chinoise en Afrique en matière de santé, par le biais, prioritairement, des 30 pays africains dotés de MCC ; le deuxième (1979-2005), celui de Deng Xiaoping et des réformes afférentes, est à l’image des rapports sino-africains globaux, soit un temps plus faible durant lequel seules 14 MMC sont établies. Le dernier (depuis 2006) a vu la santé – et l’agriculture – redevenir des priorités chinoises, inscrites comme telles dans les Plans d’action des Forums de coopération Chine-Afrique (FOCAC). Horizontalité, verticalité et transversalité peuvent respectivement incarner ces trois temps.

  • 4   Les informations inhérentes au Mali, à la Mauritanie et au Sénégal proviennent d’études de terrai (...)
  • 5   Selon Fanny Chabrol, Institut de recherche pour le développement, le 17 février 2021 lors du sémi (...)

8Le premier temps priorise ainsi l’idéologie et une politique extérieure chinoise qui a pour objectif principal l’évincement de Taïwan du Conseil de Sécurité onusien, chose faite en 1971. Côté sanitaire, une ou plusieurs MMC peuvent être créées dans les pays d’accueil : par exemple, le Mali4 en comptait quatre (Bamako, Markala, Kati et Sikasso) avant d’être regroupées en 2011 à « l’hôpital du Mali » financé et construit par la Chine à Bamako. Cette (re)concentration verticale est également visible dans d’autres pays, au Niger notamment5. Les similarités entre les structures médicales et les anciennes fermes d’État, devenues après le FOCAC de 2006 des centres de transformation/formation agricoles chinois (Aurégan, 2019c), sont frappantes. Premièrement, c’est la partie africaine qui démarche la Chine, et non l’inverse. En retour, Pékin étudie la demande et la soumet aux ministères concernés, ici ceux de la Santé, des Affaires étrangères et des Finances. Si, aujourd’hui, ce sont des prêts sans intérêts qui permettent de financer les MMC ou les centres agricoles, les aides dans les années 1960 et 1970 étaient « financièrement gratuites, mais politiquement payantes » : il s’agissait d’œuvrer pour l’intangible principe d’une Chine unique.

9Une fois installées dans le pays d’accueil, les missions – agricoles et sanitaires – sont sous la tutelle de l’ambassade et, s’il existe, du Bureau économique et commercial. Nouveaux points communs, les « contrats » et tutelles chinoises : les structures sont gérées par un personnel qui effectue des rotations biannuelles, et chaque pays africain en bénéficiant est attribué à une province chinoise. Au-delà, il semblerait par ailleurs que les États africains sélectionnés soient « jumelés à des provinces avec leurs hôpitaux publics et formations médicales qui sont responsables de la formation, de la supervision, et partiellement du financement des missions médicales » (Peilong et al., 2014). Dans le domaine de la santé comme dans celui de l’agriculture, un directeur (souvent le plus diplômé) est nommé au sein de l’équipe qui dispose d’au moins un traducteur et emploie du personnel local afin de réaliser certaines tâches domestiques (cuisine éventuellement, entretien, ménage et transport plus régulièrement). En sus du personnel chinois, des équipements, des matériels et des supports logistiques sont fournis, et priorités sont données à la formation du personnel local et à la « création de capacités locales durables » (Killeen et al., 2018). La principale différence entre santé et agriculture tient finalement dans le paiement des salaires : par l’entreprise cooptée par la province pour les centres agricoles, via le « budget d’aide à la santé » (Liu et al., 2014) du ministère de la Santé chinois pour les MMC. Que pratique-t-on dans ces missions ? Le traitement antipaludique bien entendu, mais également des cataractes, des opérations diverses dont des tumeurs, des accouchements, de l’obstétrique et de la gynécologie, mais aussi, comme en Tunisie, de l’acuponcture. Alors que les soins vont se diversifier année après année, les aides chinoises vont être à l’avenant : la Chine va commencer à construire des infrastructures sanitaires de plus en plus vastes, de plus en plus équipées et de plus en plus coûteuses. Le premier hôpital « chinois » est ainsi bâti en 1969 en Tanzanie.

Le deuxième temps de la coopération sanitaire chinoise en Afrique (1979-2005)

10Le deuxième temps, durant lequel la Chine règle ses rivalités de pouvoir endogènes puis concentre ses ressources à ses réformes, est davantage vertical : soins, MMC et aides décroissent en qualité et quantité, et la Chine priorise alors la construction, par ses entreprises à capitaux publics, d’infrastructures sanitaires de plus ou moins grandes envergures et capacités d’accueil selon les États récipiendaires (Aurégan, 2016 ; Pokam, 2011 ; Wassouni, 2013). Ces infrastructures font généralement l’objet de prêts sans intérêts. Deux paradoxes peuvent ressortir de ces années 1970. D’une part, l’obtention du siège onusien par Pékin aurait pu coïncider avec un développement de sa politique extérieure, or c’est l’inverse en Afrique, la Révolution culturelle et le rappel des diplomates ayant été deux facteurs majeurs à cette contraction des relations. D’autre part, la déclaration d’Alma-Ata de 1978, suivant la 30e Assemblée mondiale de la santé de 1977, consacre, en quelque sorte la médecine traditionnelle chinoise (MTC) et par-delà l’approche horizontale chinoise, or la Chine réduit drastiquement ses aides médicales au continent, privilégiant de plus en plus une aide liée (OCDE, 2008) et verticale, soit une diplomatie économique. Le changement de paradigme est acté en 1982 lorsque les 8 principes de 1963 sont remplacés par les 4 de Zhao Ziyang (Yu, 1988), dits de « bénéfices mutuels ». La double démarche mercantile et verticale sanitaire chinoise est d’ailleurs symptomatique des contextes chinois et international, dans lequel Consensus de Washington et Programmes d’ajustement structurel se diffusent au sein des pays en développement dans les décennies 1980-1990. La « santé globale » prônée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1984, et dont la Chine est membre depuis 1972, est conséquemment « infiltrée » (Keshavjee, 2014) par les normes néolibérales occidentales. Inter alia, la Chine poursuit ses recherches scientifiques sur les plantes médicinales (lutte contre le paludisme notamment), en intensifiant par ailleurs ses efforts sur un nombre restreint et « mesurable » (Walsh et Warren, 1979) de maladies ou de cibles sanitaires internationales.

Le troisième temps de la coopération sanitaire chinoise en Afrique (2006-2019)

11Le troisième temps débute en 2006 par un double fait corrélé : le troisième FOCAC et la publication du Livre Blanc de la politique africaine par le ministre des Affaires étrangères Li Zhaoxing. Ce document (Sate Council of China, 2006) insiste notamment sur de nouveaux programmes de coopération Chine-Afrique, tant horizontaux (rétablissement des MMC comme des centres agricoles chinois) que bilatéraux (soutien aux systèmes de santé, formations et bourses, logistique et équipement). De surcroît, l’approche multilatérale (MTC, OMS, gouvernance mondiale de la santé, luttes contre le SIDA et le paludisme) est désormais implémentée à cette politique sanitaire chinoise qui s’inscrit dans un triple cadre : un esprit de Bandung renouvelé et instrumentalisé, les Objectifs du millénaire pour le développement onusiens (OMD) (Aurégan, 2017b), et une stratégie commerciale pluriforme. Cette dernière peut être exemplifiée par la lutte contre le paludisme et le marché des compléments alimentaires investi par des groupes chinois ou à capitaux chinois.

12Sur un continent où la demande médicamenteuse et en santé augmente en parallèle de sa population qui double à chaque génération, un cabinet états-unien a estimé que le marché des médicaments pourrait actuellement représenter entre 40 et 65 milliards de $, soit l’équivalent du marché japonais par exemple (McKinsey, 2015). Bien que le « marché » africain peu régulé ne soit pas le plus aisé à percer en raison du faible pouvoir d’achat et des 54 juridictions qui s’y côtoient, certaines entreprises – à capitaux privés chinoises ou de droit local mais à capitaux chinois – essaiment dans plusieurs pays, comme en Côte d’Ivoire où Guilin, Tianshi et Green Valley, mais encore Tasly et Luo Yang Sunsi Group ont investi. À Abidjan, les deux dernières se partagent le marché des compléments alimentaires et « attirent le chaland par un bilan de santé général à 5 000 FCFA (environ 7 €), qui se décompose en 18 analyses. Le slogan de Luo Yang Sunsi, « Soyez le bienvenu dans le monde merveilleux des compléments alimentaires chinois et du MLM », exprime autant, pour un client/adhérent chevronné, la possibilité de s’enrichir à court terme, que le réseau de vente utilisé par ces entreprises : le Multi Level Marketing (MLM) ou vente multi niveau employée par la célèbre marque Tupperware. Ce système pyramidal, fonctionnant sur des relations parrain-filleul, n’est pas sans poser des problèmes de sécurité sanitaire. Il s’est si rapidement développé que le groupe Tasly, par exemple, possède une trentaine de filiales en Côte d’Ivoire, des représentations au Bénin, au Cameroun et à Brazzaville. Tasly fut fondée en mai 1994 dans la municipalité autonome de Tianjin – jumelée à Abidjan – et s’est installée en 2007 dans la capitale économique ivoirienne ; cette entreprise regrouperait 5 000 distributeurs selon son Directeur général, Xu Tom » (Aurégan, 2016 : 141-142).

13En raison des carences infrastructurelles, industrielles et énergétiques africaines, et des marchés somme toute faibles, les principales entreprises pharmaceutiques chinoises ne semblent pas encore attirées à l’idée d’investir en Afrique. Du moins, il s’avère impossible d’évaluer ce que représente le continent africain dans les exportations de groupes tels que Sinopharm, Shanghai Pharmaceuticals, Jointown Pharmaceutical ou Guangzhou Baiyunshan Pharmaceutical : s’ils sont disponibles, les rapports d’activité ne différencient, dans le meilleur des cas (Sinopharm), que les marchés chinois et mondial. Pourtant, à terme et à condition de poursuivre le « partage » (Cassier, 2019), des médicaments tels que les antibiotiques génériques sauraient être produits sur le continent par des acteurs chinois, ce qui permettrait notamment d’économiser sur les coûts de transport internationaux. Ce pourrait être le cas des antipaludiques (Pourraz, 2019), pour lesquels la recherche chinoise a débuté en 1967 (Li, 2011 ; Lu, 2011). Celle-ci fut rapidement fructueuse avec la découverte de l’artémisinine dans les années 1970, et finalement récompensée par le prix Nobel de médecine obtenu par Tu Yuyou en 2015.

  • 6   Filiale de Kunming Pharmaceutical Group (KPC Pharmaceuticals), créée en 1951.
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  • 8   Filiale de Shanghai Fosun Pharmaceutical Group, lui-même filiale de Fosun International créé en 1 (...)

14Les traitements antipaludiques, mais également la médecine traditionnelle chinoise (Hsu, 2002 et 2008), sont ipso facto reliés à une vision marchande de la santé. En 1993, Beijing Holley-Cotec6 annonce le développement d’un nouvel antipaludique, le DihydroArtemisinin ou « Cotecxin », également appelé « ARCO comprimé », qui a été approuvé par l’OMS en tant que médicament pouvant être déployé dans le cadre de la lutte globale contre la malaria (Lu, 2006). Si ce traitement est dorénavant connu et reconnu sur le continent africain, ce n’est pas seulement du fait de son efficacité, mais aussi celui du ministère de la Santé chinois qui l’a compendieusement acheté dès 1996 pour l’intégrer dans ses « dons » au sein des MMC et/ou de sa politique sanitaire7. Dix ans plus tard, Guilin Pharmaceutical Company8 a achevé les tests de l’Artésunate (ARTEM) injectable ou comprimé (Arsuamoon) qui ont eux aussi été validés par l’OMS en tant que « premiers choix dans le traitement d’urgence du paludisme et en tant que traitements existants les plus sûrs et les meilleurs contre le paludisme » (Li, 2011). Cette même année, le troisième FOCAC annonce le financement de 30 centres de recherche antipaludique en Afrique, le premier, au Liberia, étant inauguré dès 2007. Le personnel libérien a par ailleurs reçu une formation de 10 jours (sic) au Jiangsu Centre of Verminosis Control and Prevention en octobre 2007. Au début des années 2010, Li Anshan (ibid.) comptait 27 centres antipaludiques « chinois » en Afrique, dont l’ivoirien, le Centre Chine-Côte d’Ivoire de prévention et de traitement du paludisme (CRLP) qui a été inauguré le 4 avril 2009. Le CRLP a bénéficié d’un don de 200 770 €, soit un montant équivalent au camerounais, situé au sein de l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé (Aurégan, 2016). La plus grande réussite chinoise reste à ce jour l’élimination à 98 % du taux de morbidité du paludisme aux Comores depuis le programme 2007-2013 de l’université de médecine chinoise du Guangzhou (GZUCM) (State Council of China, 2021 ; Courtenay et al., 2015 ; Zhou, Bergquist et Tanner, 2013 ; Xia et al., 2014).

  • 9   Cette catégorie peut être subdivisée en « produits médicinaux et pharmaceutiques (sauf 542) », et (...)

15Progressivement, le caractère lié de l’aide est devenu prépondérant et manifeste dans cette « coopération » sino-africaine en termes de santé, comme dans les autres par ailleurs. Du fait de statistiques insuffisantes, il est délicat d’appréhender les poids respectifs du commerce et de l’aide (dons et prêts sans intérêts) au sein de cette modalité d’intervention chinoise en Afrique. Seules ces deux composantes prises indépendamment peuvent l’être, dont les flux commerciaux dans un premier temps pour lesquels nous priorisons les exportations chinoises de matériels ou de marchandises ayant trait au secteur sanitaire. Partant, la nomenclature de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUDED, 2022) fait ressortir 5 principaux types de catégories de produits : les « produits médicinaux et pharmaceutiques [54] »9, les « appareils d’électrodiagnostic médicaux ou radiologie [774] », et les « appareils, n. d. a. pour médecine, art dentaire, etc. [872] ».

16En valeur, de 1995 à 2019, ces catégories ont beaucoup augmenté, passant de 86 millions de $ d’exportations chinoises à 2,6 milliards de $. Toutefois, compte tenu de l’extraordinaire progression des exportations totales (de 1,8 à 118 milliards de $), leur poids au sein de ce type de flux sino-africains a régressé, passant de 4,76 % à 2,27 %. De telle sorte que les exportations chinoises de produits et appareils sanitaires ont augmenté deux fois moins rapidement que les exportations totales (31 contre 65 entre 1995 et 2019). En moyenne, la santé ne forme que 2 % des exportations chinoises, au sein desquelles les produits médicinaux et pharmaceutiques composent 39,72 %. En Afrique, seuls 6 importateurs permettent de dépasser la moitié des exportations chinoises, le Nigeria (13,89 %), l’Égypte (13,31 %), l’Afrique du Sud (10,79 %), le Soudan (du Nord depuis 2011, 6,39 %), le Kenya (5,24 %) et enfin l’Algérie (3,96 %). Ainsi, 48 pays se partagent 46,41 % du restant. Les produits médicinaux et pharmaceutiques sont même accaparés par les 5 premiers États cités (50,23 %). La Chine (Hong-Kong et Macao inclus) ne semble alors qu’un fournisseur marginal de produits (médicaments ou appareils) sanitaires en Afrique : 4,89 % des importations africaines, contre 13,49 % pour l’Inde par exemple. S’il est envisageable de décomposer ces flux commerciaux, du moins les légaux transitant par les douanes, qu’en est-il de l’aide chinoise qui met par ailleurs en perspective des approches tant horizontales et verticales que bi- et multilatérales ?

L’aide sanitaire chinoise en Afrique, ses chiffres et son élasticité : entre approches horizontales et verticales, bilatérales et multilatérales

17Partant du postulat que l’aide au développement chinoise est difficilement quantifiable… sauf par et pour la Chine elle-même, il apparaît comme peu efficient de relever les chiffres et informations énoncés par une pluralité d’acteurs tels que certains universitaires peu critiques (Tambo et al., 2019), médias, États africains, cabinets, Think Tanks, etc. Effectivement, l’intérêt demeure faible si l’ambition n’est pas de valoriser les actions du gouvernement chinois par l’évocation de dizaines de milliers de coopérants, de milliers de projets dans tous secteurs confondus, et de milliards de dollars dépensés dans le cadre de la « coopération » sino-africaine. De ce fait, il est nécessaire de revenir à la source des informations publiées, soit les autorités chinoises.

L’aide sanitaire chinoise vue par la Chine

18Pékin (State Council Of China, 2006, 2011, 2013, 2014, 2015 et 2021) a publié trois Livres blancs portant sur le continent africain : celui de 2006 déjà cité, celui de 2013 intitulé China-Africa Economic and Trade Cooperation et celui de 2015, dénommé China’s second Africa policy paper. La Chine a également diffusé trois Livres blancs sur son aide : China’s Foreign Aid en 2011, White Paper on China’s Foreign Aid en 2014 et enfin China’s International Development Cooperation in the New Era en 2021. Dans ce dernier document de 49 pages relativement avare en chiffres, qui ne concerne pas seulement l’Afrique, qui est organisé en huit chapitres et qui utilise 53 fois le terme « health » dans le contexte de la COVID-19, qu’indique la Chine sur l’aide sanitaire octroyée aux pays récepteurs ?

19Le premier chapitre, « International Development Cooperation in the New Era and a Global Community of Shared Future » fait état de la construction de 100 hôpitaux et cliniques en Afrique entre 2015 et 2020, et de la participation chinoise à l’implantation de 100 projets de soins de santé maternelle et infantile (dans le monde). Ces projets ont été communiqués par Xi Jinping lors du Sommet commémoratif du 70e anniversaire de l’ONU en 2015. À l’occasion du premier Forum de 2017 sur la coopération internationale des nouvelles routes de la soie, le président chinois avait en outre précisé le lancement de 100 projets de soins de santé et de réhabilitation. Durant la 73e Assemblée – virtuelle – mondiale de la santé du 18 mai 2020, Xi a annoncé la mise à disposition d’un fonds d’assistance de 2 milliards de $ sur deux ans, la mise en place d’un mécanisme de coopération entre les hôpitaux chinois et 30 africains, ainsi que la mise à disposition des vaccins contre la COVID-19 en tant que bien public mondial (Aurégan, 2021).

20Le deuxième chapitre intitulé « Achieving New Progress in International Development Cooperation » mentionne cette fois la construction effective, entre 2013 et 2018, de 58 hôpitaux et 20 forages et approvisionnement en eau. Dans le cadre du Fonds d’aide à la coopération Sud-Sud (SSCAF), Pékin estime avoir lancé, fin 2019, 82 projets avec pas moins de 8 organisations onusiennes, dont l’OMS. Enfin, un point spécifique est fait sur les MMC : en 70 ans, la Chine aurait envoyé 1 069 groupes, ou 27 484 travailleurs médicaux, dans 72 pays ou régions. En janvier 2021, le personnel de santé chinois à l’étranger serait d’environ un millier, au sein de 111 établissements dans 55 pays.

21Le quatrième chapitre, « Contributing to the UN 2030 Agenda for Sustainable Development », s’intéresse particulièrement au domaine de la santé. Il expose les priorités chinoises, et l’Afrique y tient une place prépondérante. Dans le cadre de la construction des systèmes de santé publique, les African Centres for Disease Control and Prevention (CDC) sont notamment cités. Afin de lutter contre les maladies infectieuses, la Tanzanie et Zanzibar sont nommés (schistosomiase), comme les Comores (paludisme). Dans l’objectif d’améliorer la capacité des services médicaux de base, la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Zimbabwe sont mis en avant. Les autorités chinoises précisent également qu’elles ont lancé une « coopération jumelée avec des institutions médicales dans plus de 20 pays », offert des « médicaments, des équipements et des consommables », envoyé 3 588 travailleurs – dont 1 décès en service – de 2015 à 2019, répartis en 202 groupes pour fournir des « traitements à 11 millions de patients ». De même, au moins 1 500 personnes ont reçu une distinction ou médaille. Finalement, la Chine a envoyé des équipes de spécialistes pour traiter des maladies particulières. Dans le monde, des citoyens de 25 pays dont le Botswana, l’Érythrée, le Maroc et le Ghana ont bénéficié du recouvrement de la vue via le programme Brightness Action ; le Ghana et la Tanzanie auraient également profité de 170 opérations cardiaques (programme Heart to Heart).

22Le cinquième chapitre, « Responding to Global Humanitarian Challenges Together », évoque également la santé. Pékin a notamment fourni des aides d’urgence lors des épidémies d’Ébola, de fièvre jaune, de Zika ou encore de peste – malgache. Ce chapitre est également l’occasion de mettre en valeur le rôle chinois dans la crise de la COVID-19, avec une aide composée de fournitures de matériels et d’équipements médicaux à 150 pays et 10 organisations internationales, d’équipes d’experts médicaux (35 dans 33 pays en octobre 2020), d’infrastructures de santé publique dont le CDC africain et le Grand hôpital national mauritanien, de dons à l’OMS (50 millions de $), au Fonds de réduction de la pauvreté et de coopération régionale de la Banque asiatique de développement (ADB, 10 millions de $), ainsi qu’à l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA, 2 millions de $). Enfin, la Chine tient à préciser qu’elle a mis en œuvre des programmes d’allègement de dette pour les pays les plus pauvres – et endettés, l’un des principaux griefs récemment adressés à Pékin (Pairault, 2021).

23Le huitième et dernier chapitre, prospectif (« Future Prospects for China’s International Development Cooperation »), est a fortiori orienté sur la pandémie COVID-19. Fournitures médicales, équipes d’experts, coopération technologique médicale, aide internationale de 2 milliards de $ sur deux années, partage d’informations et d’expériences, transparence, etc. sont rappelés. En définitive, les autorités chinoises indiquent qu’elles entendent œuvrer dans un cadre multilatéral, mais pas uniquement, renouvelant leur proposition à coopérer avec 30 hôpitaux africains et le CDC.

24Quantitativement et davantage encore qualitativement parlant, l’aide – sanitaire – chinoise ne peut subséquemment être évaluée par le biais des documents officiels, même en les croisant avec une veille par pays par trop fastidieuse.

China Aid Database et les statistiques de l’aide sanitaire chinoise en Afrique

25L’autre manière d’évaluer l’aide chinoise supposément fournie au continent consiste à mobiliser China Aid database (2021), créée en 2004 par trois organisations (William & Mary, Development Gateway et Brigham Young University), et qui propose, en 2022, trois versions : 1.0, 1.1 et 1.2. Les deux premières ont fait l’objet de nombreuses recherches, y compris sur la thématique de la santé (Dreher et al., 2018 ; Grépin et al., 2004 ; Kjøllesdal et Welle-strand, 2010 ; Shajalal et al., 2017 ; Strange et al., 2017 ; Stuckler et McKee, 2008). Nous reprenons d’ailleurs certaines conclusions d’articles portant sur l’aide et/ou la santé (Dreher et Fuchs, 2015 ; Guillon et Mathonnat, 2019). La dernière version, 1.2, permet de retracer au moins une partie des flux d’aide entre 2000 et 2013. Nous l’avons exploitée et livrons ici les principaux faits saillants.

26China Aid database indique tout d’abord que sur la période 2000-2013, la Chine aurait lancé 2 647 projets au total, dont 486 dans la santé (18,36 %), 62 en eau et assainissement (2,34 %), et 9 (0,34 %) dans la thématique « politiques démographiques/santé reproductive » (ou sexuelle), soient 557 projets pour les 3 catégories ayant directement trait au domaine global de la santé. Ce dernier formerait ainsi 21,04 % de l’ensemble de l’aide, à comparer avec l’éducation (10,62 %) ou l’agriculture (5,93 %).

27Néanmoins, une grande partie de ces projets relève uniquement d’engagements (« Pipeline : commitment » ; « Pipeline : pledge ») ; il convient donc de ne garder que ceux en cours ou achevés dans un premier temps (« Implementation » et « Completion »). Dans ce cadre, ce ne sont plus 2 647 mais 1 699 projets, dont 414 (24,37 %) pour la catégorie santé, 41 (2,41 %) pour l’eau et l’assainissement, et 7 (0,41 %) pour « politiques démographiques/santé reproductive » ; soit 462 projets. Le total du domaine santé est ainsi de 27,19 %, contre 12,83 % pour l’éducation et 7,06 % pour l’agriculture.

28Dans un second temps, nous excluons les projets pour lesquels aucun montant n’est assigné (en dollars de 2011). Les projets d’aide chinois en Afrique sont alors au nombre de 897, pour un montant de 79 milliards de $. La santé en génère, relativement au total, 13,6 % (122) pour 1,19 milliard de $ (1,51 %). L’eau et l’assainissement ne compte plus que 30 projets (3,34 %), mais pour un montant supérieur : 2,7 milliards (3,42 %). Enfin, « politiques démographiques/santé reproductive » compte 5 projets (0,56 %) pour 781 471 de $, ou 0,001 % du total. Le cumul des trois catégories santé en fait le domaine comptant le plus de projets (157 ; 17,5 %) et le septième secteur le plus financé par l’aide chinoise en Afrique (3,9 milliards ; 4,93 % du total). L’éducation (73 projets représentant 1 milliard ou 1,36 %) et l’agriculture (57 projets pour 2,1 milliards, soit 2,72 %) permettent de mettre en perspective l’intérêt chinois envers la santé en Afrique.

29Au sein du continent, 6 pays ne sont en aucun cas représentés : le Burkina Faso, l’Égypte, la Gambie, la Lybie, São Tomé-et-Príncipe et l’Eswatini, seul État africain reconnaissant encore Taïwan. Dans le grand domaine « santé » à trois catégories, la Tanzanie (29), l’Angola (24) et l’Ouganda (22) sont les pays les mieux pourvus en nombre de projets chinois entre 2000 et 2013. Toutefois, la totalité des 557 puis 462 projets n’est pas budgétisée puisque seuls 157 le sont. Dans ce cadre, le Cameroun (24,5 %), le Zimbabwe (21,53 %) et l’Angola (16,12 %) cumulent 62,16 % du total. En ajoutant le Ghana et la Côte d’Ivoire (8,03 % et 6,52 %), 5 États accaparent plus des trois quarts de l’aide chinoise dans le domaine de la santé en Afrique. Cette concentration est à relativiser en tenant compte de probables carences statistiques inhérentes à China Aid database, mais l’ensemble des résultats permet de proposer plusieurs éléments de synthèse.

30Tout d’abord, cette étude statistique présente plusieurs biais subjectifs avec le choix, ici assumé, de ne pas intégrer les projets dont le financement n’est pas connu, qui ne sont pas en cours ou achevés (et donc vérifiés), mais également les projets multilatéraux portés par la Chine et l’OMS ou le Global Alliance for Vaccines and Immunizations (GAVI). Contrairement à d’autres recherches (Guillon et Mathonnat, 2019), nous n’incluons pas non plus certaines catégories qui pourraient de facto être liées au domaine de la santé (« Government and civil society » ; « Emergency response » ; etc.). En cela, nos résultats se veulent davantage une image de l’aide sanitaire chinoise qu’une étude exhaustive.

31Qu’apprend-t-on ainsi de ces données, perfectibles, mais qui ont le mérite d’être mises à disposition et diffusées ?

32Sur les 486, 414 puis 122 résultats afférents à la seule catégorie santé du domaine éponyme, 386, 367 et enfin 16 projets comportent les mots-clés « Medical team », ce qui exprime autant l’omniprésence des MMC dans l’aide sanitaire chinoise que la difficulté à les chiffrer d’un point de vue économique. Nous apprenons également que l’aide chinoise oscille entre un engagement dans les crises épidémiologiques (Ébola, Zika, etc.) et la mise en place d’un système de santé global chez les bénéficiaires (Guillon et Mathonnat, 2019). Compte tenu des pays récipiendaires susnommés, la Chine ne semble pas distribuer son aide sanitaire aux PIB les plus importants, aux partenaires historiques, aux pays dotés de ressources naturelles exploitées par les acteurs chinois (hormis l’Angola), ce que confirme une étude portant sur l’aide distribuée entre 1970 et 2007 (Brautigam, 2011), ou encore à ceux qui participent prioritairement aux flux commerciaux sino-africains (hormis l’Angola une nouvelle fois).

33En revanche, si l’on intègre tous les projets (486) sans prioriser ceux qui disposent d’un montant, les conclusions s’en trouvent modifiées et se rapprochent de celles d’Axel Dreher et d’Andreas Fuchs (2015) : la Tanzanie (partenaire historique et donc privilégié, acteur central dans le projet des nouvelles routes de la soie en Afrique de l’Est) ou l’Angola (exportateur de pétrole et pays d’accueil d’investissements directs chinois) ainsi que l’Ouganda, le Cameroun ou encore le Congo-Brazzaville relativisent conséquemment les affirmations précédentes. En outre, le Nigeria, l’Afrique du Sud ou le Maroc, ces principaux partenaires commerciaux et économiques de la Chine, ne sont jamais classés comme les principaux récepteurs de cette aide, et ce quelle que soit la méthode de discrétisation retenue.

34Nous concluons par ailleurs sur le fait que la Chine a délibérément exclu de son aide les États encore récemment liés à Taipeh (Burkina Faso, São Tomé-et-Príncipe ou Gambie) : l’aide chinoise serait donc bien un instrument de sa politique étrangère, ainsi que, parfois, un outil directement mobilisé en vue de sa visibilité internationale. C’est expressément le cas lorsque les autorités chinoises profitent de leurs interventions sanitaires pour construire un narratif à même de servir leurs intérêts politiques, leur image et leurs priorités commerciales (Aurégan, 2021).

35Si cette aide sanitaire ne semble pas intrinsèquement corrélée aux besoins de santé locaux, aux niveaux de corruption élevés, aux niveaux de démocratisation ou à celle fournie par les bailleurs bilatéraux occidentaux (Dreher et Fuchs, 2015 ; Dreher et al., 2018 ; Guillon et Mathonnat, 2019), la politique d’aide sanitaire chinoise en Afrique s’avère en définitive verticale bien que présentée comme horizontale, et strictement bilatérale lorsqu’elle ne s’intéresse pas aux épidémies/pandémies. Du reste, elle est surtout liée à des questions d’opportunités, de réseaux et de relations ; autrement dit, de formes de rentes (Cooper, 2002 ; Magrin, 2013). De nouveau, le cas ivoirien peut expliciter cette affirmation puisque c’est bien Laurent Gbagbo, chef d’État entre 2000 et 2010, qui a choisi l’emplacement de l’hôpital « chinois » de Gagnoa, près de sa ville natale (Aurégan, 2016). En 2009, L. Gbagbo ne disait pas autre chose lors de la pose de la première pierre : « C’est parce que je suis né ici que j’ai désigné mon cousin, Laurent Ottro, pour chercher le terrain. Et comme c’est la terre de chez nous, je lui ai dit d’aller voir les parents. Ce n’est pas pour autre chose ! Habitantes et habitants de Gagnoa, voici votre hôpital ».

L’approche intégrée de l’aide chinoise en Afrique ou la diversité des stratégies et démarches

36D’après les informations et données fournies par la Chine et China Aid Database, la première a, depuis 2006, renforcé ses capacités horizontales en organisant de multiples et variées formations sur le territoire chinois ou in situ, en offrant des bourses d’études, en approvisionnant en matériels, fournitures et médicaments les partenaires africains, ou en participant à la construction des systèmes de santé respectifs. Elle a également, et dans le même temps, renforcé ses démarches verticales en organisant des campagnes de prévention, d’éducation et de sensibilisation contre certaines maladies-épidémies, et en finançant et/ou construisant des établissements et infrastructures de santé. Un exemple de cette approche ambivalente réside dans le Peace Ark (Daishan Dao), ce navire-hôpital (Mackenzie, 2011) mis en service en 2008 qui a réalisé plusieurs missions en Afrique entre 2010 et 2017 ; c’est un copier-coller, du moins dans l’initiative, des USNS Mercy et Comfort. Entre stratégie politico-militaire consistant à étendre ses capacités de marine de haute-mer et aide humanitaire, le Peace Ark exprime efficacement la coexistence de politiques horizontales et verticales au sein de l’aide sanitaire chinoise.

37De ce fait, le caractère majoritairement lié de l’aide chinoise à l’étranger est une constante depuis trente à quarante ans. Cette aide publique se veut par conséquent doublement duale : désintéressement versus retour sur « investissement », et horizontalité versus verticalité. En réalité, l’aide est triplement duale, puisqu’elle est dorénavant autant distribuée à des États (bilatérale) qu’à travers des organisations (multilatérale). L’enchevêtrement de ces caractéristiques l’éloigne d’une part des aides déliées et transparentes des membres du Comité de l’aide au développement (CAD) de l’OCDE, et la rend ardue à quantifier voire à qualifier d’autre part. En cela, l’antagonisme entre les approches bilatérale et multilatérale traduit l’évolution de la position chinoise quant à ses rapports à l’international, et spécifiquement à l’égard des organisations internationales et des États occidentaux.

38Priorisant son développement et ses intérêts, la Chine profite des multiples asymétries internationales et surtout bilatérales qui lui sont favorables (démographie, marché et économie, diplomatie, etc.), d’autant plus que le capitalisme d’État chinois (Bergère, 2013 ; Gu, Chuanhong, Vaz et Mukwereza, 2016) et son système politico-économique centralisé amplifient ces et ses moyens. Dans le cadre de sa politique sanitaire africaine, Pékin s’appuie en priorité sur les FOCAC trisannuels, subsidiairement sur la coopération Sud-Sud, mais également et depuis 2013, sur son projet des nouvelles routes de la soie ou Belt and Road Initiative (BRI). L’ensemble des dons et prêts sous-tendus par l’aide sanitaire chinoise sont effectivement mentionnés, ou du moins implémentés aux Plans d’action des sept FOCAC qui se sont tenus entre 2000 et 2021. Depuis 2013, ces projets peuvent – opportunément – être estampillés « BRI » afin de donner davantage de contenu au projet infrastructurel, commercial, culturel et politique chinois (BRImpact, 2021 ; Colin, 2018 ; Genevaz, 2021 ; NRDC, 2015 ; Tang et al., 2017). Certes, le FOCAC et BRI peuvent être perçus comme des supports multilatéraux, représentations rejoignant la rhétorique officielle chinoise, mais derrière ces cadres dans lesquels les formes de puissance chinoises peuvent s’exercer et se mettre en valeur, ce sont bien des accords, des échanges de notes et des partenariats entre l’État X et la Chine qui matérialisent les annonces et promesses. La Chine elle-même, à travers ses Livres Blancs, exemplifie toujours ses initiatives sanitaires en citant nommément les pays bénéficiaires.

39Pour plusieurs raisons dont l’étroitesse des marchés africains pris individuellement, les faibles populations par pays, les besoins dépassant la seule échelle nationale ou même sous-régionale, et compte tenu des demandes africaines – de l’UA –, relations comme projets sortent du cadre bilatéral et deviennent fréquemment sino-africains, voire finalement internationaux. Pour preuve, les Forums ministériels sanitaires Chine-Afrique et les FOCAC eux-mêmes intègrent des projets multilatéraux, du moins de la Chine à l’échelle de l’Afrique, qui renvoient une nouvelle fois au concept onusien de santé globale (Courtenay et al., 2015 ; Koplan et al., 2009 ; Tambo et al., 2016). Parmi ces projets et programmes : la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, la COVID-19, les CDC africains, mais également le Plan d’action 2016-2030 de Maputo portant sur la santé sexuelle et les droits liés à la reproduction, la Stratégie 2018-2030 en matière de recherche et d’innovation dans le secteur de la santé en Afrique (HRISA) du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), l’Agenda de l’Union africaine 2063, la Stratégie africaine de la santé 2016-2030 et naturellement, les Objectifs de développement durable (ODD) de la communauté internationale.

40Dans ce cadre, les CDC et Ébola semblent être les meilleurs exemples de l’approche multilatérale de la Chine dans ce domaine sanitaire. En 2014 principalement, en Sierra Leone, en Guinée Conakry et au Liberia, mais également en RDC, la Chine est intervenue afin de contenir et contrôler l’épidémie d’Ébola (Huang, 2017 ; Taylor, 2015 ; Wang, 2019). Le gouvernement chinois y a œuvré aux côtés de l’OMS, d’ONG et d’autres organisations ou institutions nationales. En plus d’une aide de 5 millions de $ attribuée au Fonds d’affectation spécial multipartenaires des Nations unies pour soutenir le processus de redressement et de réhabilitation, environ 120 millions de $ ont été alloués aux assistances techniques et non-techniques dans 13 États directement ou indirectement concernés par l’épidémie. La Chine a également expédié plus d’un millier de professionnels dans ses équipes logistiques, médicales et techniques pour traiter un nombre de cas équivalent à 9 000 échantillons (State Council of China, 2021), a formé 13 000 agents locaux, a dépêché des matériels (kits de protection, laboratoires mobiles ou sédentaires, etc.) et une aide post-Ébola de reconstruction, sociale et économique (Li et al., 2013 ; Lu, 2015 ; Zhou, Bergquist et Tanner, 2013). La Chine a, en sus, construit 10 laboratoires et centres, dont le « laboratoire de sécurité biologique de l’amitié Sierra Leone-Chine […] désigné dans le dernier Livre Blanc comme laboratoire de référence national pour la fièvre hémorragique virale et centre national de formation à la biosécurité ». Selon plusieurs chercheurs (Cabestan, 2020 ; Rotberg, 2014) et nonobstant cette présence remarquée, la Chine n’aurait finalement pas « joué un rôle majeur dans le combat contre Ébola ». En revanche, la « propagande a été particulièrement efficace […] pour promouvoir les équipes médicales chinoises ». De surcroît, ce serait la Chine qui aurait retiré de cette présence médicale des bénéfices : une expérience substantielle pour l’Armée populaire de libération (Lewis, 2020 ; Lu, 2016), un savoir-faire en termes de coordination avec l’OMS ou l’acquisition de compétences logistiques. Partant, Ébola aurait confirmé l’intention chinoise de davantage « influencer les normes internationales, en particulier celles liées à la sécurité non-traditionnelle et à l’aide humanitaire » (Cabestan, 2020).

41Suivant l’épidémie d’Ébola, l’Union africaine et la Chine ont signé un mémorandum d’entente (MoU) en avril 2015 (Tambo et al., 2016) afin que la seconde soutienne l’établissement des CDC. En sus de partenariats et transferts techniques, de technologie ou de compétences, les autorités chinoises financent (Nkengasong Maiyegun et Moeti, 2017) la structure globale à hauteur de 2 millions de $ en 2016 (sur un budget total de 7,5 millions), ont proposé leurs services afin de bâtir les cinq Centres de collaboration régionaux (CCR) situés en Égypte, au Kenya, en Zambie, au Gabon et au Nigeria, et pour soutenir les Instituts nationaux de santé publique (INSP) respectifs. Et demain, les Centres des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) ? Ces CDC africains, et en particulier le CDC régional implanté à Addis-Abeba en Éthiopie, reproduisent donc une certaine verticalité qui reste compréhensible dans la lutte épidémiologique. Mais, contrairement à certains pays occidentaux ou asiatiques par exemple, les États africains ne peuvent se permettre de développer l’approche verticale, concentrée et hiérarchisée de la sécurité sanitaire nationale. Cette approche multilatérale n’est pas dénuée d’enjeux bilatéraux, la Chine ayant fait pression sur l’Union africaine pour que le centre régional soit installé en Éthiopie, partenaire majeur de Pékin en Afrique, démontrant par la même occasion l’incapacité états-unienne à imposer son choix : le Maroc.

42À l’échelle internationale, les dons et implications chinoises en matière de santé globale ne concernent pas uniquement le continent africain. Pékin soutient également de nombreux programmes dans l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), les relations Sud-Sud à travers les BRICS, etc. Parmi d’autres implications, la Chine a participé à la lutte mondiale contre le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2002-2003 qui a provoqué la première alerte épidémique mondiale ainsi que des mesures et réformes domestiques en Chine, a joué un rôle central en 2005 lors des négociations de révision du Règlement sanitaire international (IHR), contre la grippe aviaire entre 2003 et 2008, Ébola en 2014 et Zika en 2016, elle est un acteur devenu majeur au sein du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, est partenaire de la Fondation Bill et Melinda Gates, et a ainsi activement soutenu l’élection de Margaret Chan au poste de Directeur général de l’OMS en 2006. Élue fin 2006 et réélue en 2012, cette dernière n’a-t-elle pas prôné puis incarné une « nouvelle ère de la diplomatie mondiale en matière de santé » (Katz et al., 2011 ; OMS, 2008), expression proche du dernier Livre Blanc chinois ?

Conclusion

43Après avoir privilégié l’approche horizontale sino-centrée jusqu’aux décès de Mao Zedong et Zhou Enlaï en 1976, puis associé des éléments verticaux à partir des années 1980, la Chine a développé une approche plus transversale dans ce troisième et actuel temps. Suivant les théories des relations internationales, il est possible de la caractériser comme « intégrée » puisqu’elle associe différents facteurs et priorités : constructiviste (partage d’idéaux et de valeurs, y compris pour donner l’image d’un État responsable au sein du système international – de santé globale) ; réaliste (recherche et diffusion de ses pouvoirs, incluant les normatifs ; protection du pouvoir économique et de la sécurité nationale) ; « néolibérale » (industrie pharmaceutique et laboratoires, volonté de développer des marchés) ; et enfin mercantiliste ou utilitariste (bénéfices matériels, commerciaux et directs).

44Fluctuante selon les circonstances et ses intérêts, l’approche intégrée de la politique sanitaire de la Chine en Afrique n’est pas différente de celles développées dans les autres domaines de la relation globale Chine-Afrique. Toutefois, certaines données sont plus complexes à obtenir, à l’image des exportations de l’industrie pharmaceutique qui ne sont jamais mentionnées dans les rapports d’activités, lorsqu’ils sont disponibles.

45La pandémie de la COVID-19 (Aurégan, 2021) a permis de mettre à jour l’aspiration chinoise à devenir une puissance et un leader mondial dans le secteur médical et pharmaceutique (Shajalal et al., 2017). Partant, les nouvelles circulations de la médecine chinoise (Wang, 2019) et les problématiques affinités entre le régime et l’OMS (Niquet, 2020) mettent en exergue les trois formes de pouvoir de Ralf Bläser (2005) que Pékin semble déjà contrôler : Relational, Knowledge, et last but not least, Framing Power. Ce pouvoir de « cadrage », inhérent à la conduite d’agendas politiques, économiques et commerciaux, est l’une des priorités de l’agence chinoise d’aide au développement, la China International Development Cooperation Agency (Liao et al., 2018), et peut déjà être matérialisée par le nouveau programme aux forts accents chinois de l’ONUSIDA : l’agence et l’UA forment 2 millions d’agents de santé communautaires sur le modèle des médecins aux pieds nus (ONUSIDA, 2017). La COVID-19 révélera-t-elle, à moyen terme, l’avènement d’un nouvel ordre sanitaire international sinisé (Gaudillière, 2016) au moyen de l’internationalisation des médecines et santé chinoises, en voie de standardisation ?

46Surtout, ce pouvoir, pluriel, de cadrage, renvoie aux capacités d’influence et aux représentations : le prisme des relations internationales élude donc partiellement la diachronie de la politique sanitaire chinoise en Afrique, ses moyens et finalités. Ce prisme évince plus directement les territoires et populations – africain-e-s – où elle s’exerce. Or, diplomaties et politiques sanitaires chinoises de la santé doivent également être analysées par leurs rapports au territoire et par suite, par les rivalités, les rapports de force ainsi que les caractères multiscalaires et multiformes, tous spatialisés, des stratégies chinoises en la matière. À l’image des questions portant sur l’efficience et la soutenabilité de l’approche chinoise, ces enjeux, impacts et réceptions locales mériteraient d’être approfondis.

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Notes

1   China Aid Database, Search Project Records From AidData’s Global Chinese Official Finance Dataset, 2021 (https://china.aiddata.org/).

2   Titre emprunté à Yves Lacoste et son ouvrage éponyme, publié en 2006 : Géopolitique : la longue histoire d’aujourd’hui.

3   Dans les années 1960 et 1970 principalement, cette expression fait référence à ces agriculteurs ayant reçu des formations médicale et paramédicale basiques, travaillant dans la Chine rurale afin de traiter des maladies courantes, et promouvant, auprès des populations concernées, l’hygiène, des soins de santé préventifs ou le planning familial.

4   Les informations inhérentes au Mali, à la Mauritanie et au Sénégal proviennent d’études de terrain réalisées entre 2008 et 2010 par Xavier Aurégan.

5   Selon Fanny Chabrol, Institut de recherche pour le développement, le 17 février 2021 lors du séminaire « Présences chinoises en Afrique et en Amérique latine » co-organisé par Thierry Pairault, Xavier Aurégan, Jean-Jacques Gabas et Sophie Wintgens.

6   Filiale de Kunming Pharmaceutical Group (KPC Pharmaceuticals), créée en 1951.

7   En Côte d’Ivoire par exemple, l’ambassade de Chine a réalisé 2 dons en 2006 et 2007 d’ARCO comprimé, d’ARTEM injectable et de matériel pour plus de 700 000 € (Xavier Aurégan, 2016).

8   Filiale de Shanghai Fosun Pharmaceutical Group, lui-même filiale de Fosun International créé en 1992.

9   Cette catégorie peut être subdivisée en « produits médicinaux et pharmaceutiques (sauf 542) », et la catégorie 542 justement, qui recoupe les « médicaments pour médecine humaine ou vétérinaire ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Xavier Aurégan, « La politique sanitaire de la Chine en Afrique »Les Cahiers d’Outre-Mer, 285 | 2022, 245-270.

Référence électronique

Xavier Aurégan, « La politique sanitaire de la Chine en Afrique »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 285 | Janvier-Juillet, mis en ligne le 02 janvier 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/13870 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.13870

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Auteur

Xavier Aurégan

MCF – Université catholique de Lille ; 60 Boulevard Vauban – 59000 – Lille. Chercheur associé à l’IFG-Lab (EA 353), au CQEG (Québec, Canada) et à l’IFRAE (UMR 8043). Courriel : xavier.auregan@univ-catholille.fr

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