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Résistances et soutiens à l’industrie extractive dans le Minas Gerais (Brésil). Entre sentiments d’appartenance au secteur minier et construction de l’acceptabilité sociale

Léa Lebeaupin-Salamon
p. 205-241

Résumés

En 2015 et 2019, les villes de Mariana et Brumadinho (Brésil) ont été les scènes de ruptures de barrages de déchets miniers dévastateurs, autant sur le plan écologique qu’humain et social. Cet article cherche à s’éloigner de l’approche conflit-centrée de l’extractivisme en analysant les réseaux de soutien de Vale parmi les représentant.e.s politiques, la population locale, les entrepreneurs locaux et le mouvement de soutien #SomosTodosSamarco. Tenant compte du caractère multiforme et ambigu des formes d’appartenance à l’extraction minière, l’article appréhende le rôle du secteur privé dans la fabrique du consensus et dans la redéfinition temporaire des contours de la domination à travers des dispositifs de RSE, de construction de l’identité minière ou par des investissements économiques, sociaux et culturels. Le travail empirique permet d’appréhender des réactions de populations locales d’appropriation, d’adaptation et d’alliances plutôt qu’un soutien radical à l’entreprise minière.

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Texte intégral

  • 1  Pour des données précises sur le désastre de Mariana, voir par exemple les conclusions du Ministèr (...)

1Le 5 novembre 2015, la structure du barrage minier du Fundão, à Mariana, dans l’État du Minas Gerais (Fig. 1), s’est effondrée sur le quartier de Bento Rodrigues, où 19 personnes sont décédées. Avec plus de 60 millions de mètres cubes de boue chargée de métaux lourds déversée sur plus de 230 municipalités, dans le fleuve Rio Doce, et jusque dans l’Océan Atlantique, la rupture du barrage est considérée comme le désastre écologique le plus polluant du Brésil1 et les victimes collatérales se comptent par milliers (arrêt des services de distribution d’eau, destruction des infrastructures fermeture des routes et pollution aux métaux lourds). Depuis, Vale et Samarco, les entreprises en charge de la mine, n’ont pas été condamnées et les riverain.e.s n’ont pas été intégralement indemnisé.e.s.

2Un peu plus de trois ans plus tard, le 25 janvier 2019, le barrage de l’entreprise Vale à Brumadinho – à 75 kilomètres de Bento Rodrigues (Fig. 1) – s’est également effondré. La quantité de boue déversée est moindre mais emporte 270 victimes, pour la plupart des employé.e.s déjeunant dans le réfectoire placé dans la zone d’inondation du barrage. La boue toxique a atteint le bâtiment en moins de 30 secondes, comme prévu par les plans d’évacuation d’urgence. L’entreprise avait été avertie depuis 2017 de l’instabilité de son barrage servant de stockage aux déchets liquides. Pourtant, les sirènes n’étaient pas activées ce jour-là et le réfectoire n’a jamais été déplacé par prévention. Les différentes commissions d’enquête parlementaire (CPI) ont requis après enquêtes la condamnation de l’entreprise Vale et de ses dirigeant.e.s pour homicides volontaires.

  • 2  Depuis le début de l’année 2021, l’ANM publie des rapports mensuels sur la stabilité des barrages (...)

3Si ces deux événements occupent une place importante dans les débats sur l’extractivisme au Brésil, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont des conséquences sociales et environnementales désastreuses mais parce qu’ils participent à des transformations profondes des territoires et des conflictualités. Pour certain.e.s, les ruptures de barrages miniers sont symptomatiques de la surexploitation des terres et de l’accumulation des richesses par le capital privé au détriment du capital humain. Pour d’autres, cela représente la perte de vitesse de l’exploitation des matières premières (commodities) dans le Minas Gerais et la menace de voir les grandes entreprises minières investir dans des régions moins peuplées et plus faciles d’accès, en emportant les promesses d’investissement et de développement. Au mois de juillet 2021, l’agence publique de régulation de l’extraction minière (ANM) recense 444 barrages de rétention de boue toxique, dont 102 sont à risque de rupture imminente, et 48 considérés extrêmement instables en raison de potentiels glissements de terrain2.

Figure 1. Localisation de la zone d’étude et des barrages miniers mentionnés

Figure 1. Localisation de la zone d’étude et des barrages miniers mentionnés

Source du fond de carte : Instituto Brasileiro de Geografia e Estatistica (IBGEX). Source : L. Lebeaupin-Salamon.

  • 3  Dont l’actionnaire principal est l’entreprise brésilienne Vale, en consortium avec l’entreprise an (...)
  • 4  Le nom du mouvement, signifiant #NousSommesSamarco, est directement inspiré du slogan #JeSuisCharl (...)

4Douze jours après la catastrophe de Mariana en 2015, plus de 500 manifestant.e.s se sont regroupé.e.s à Belo Horizonte pour défendre le souhait de l’entreprise Samarco3 de continuer ses activités d’extraction pendant l’instruction judiciaire (Fig. 2). Ces militant.e.s se sont dans un premier temps rencontré.e.s via les réseaux sociaux avant de former le mouvement #SomosTodosSamarco (STS)4. En 2019, le même collectif a organisé des regroupements similaires et des « buzinações » (défilé de voitures qui klaxonnent dans les rues) pour défendre de nouveau l’entreprise Vale à Brumadinho afin, selon eux, de ne pas ralentir la croissance du marché économique brésilien pendant la recherche des disparu.e.s.

Figure 2. Photographie de la première manifestation de soutien à l’entreprise Samarco, filiale de Vale, le 17 novembre 2015

Figure 2. Photographie de la première manifestation de soutien à l’entreprise Samarco, filiale de Vale, le 17 novembre 2015

Source : Page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).

  • 5  Nous retiendrons ici la définition de Svampa (2011 : 105) : « L’extractivisme doit être compris co (...)
  • 6  Traduction de Bos et Velut, 2016.

5De nombreuses recherches en sciences humaines et sociales ont mis en avant les liens indéniables entre extractivisme5, transformation des paysages, évolution des moyens de subsistance et multiplication des conflits socio-environnementaux en Amérique latine (Frederiksen, Himley, 2019 : 50). La notion d’extractivisme n’est plus utilisée pour désigner « les activités qui déplacent de grands volumes de ressources naturelles [qui] ne sont pas transformées (ou le sont de façon limitée) et qui sont exportées » (Gudynas, 2009 : 188)6 mais pour dénoncer les déstructurations territoriales, les situations de dépendance ou les conflits socio-environnementaux à travers les notions de « d’accumulation par expropriation » (Harvey, 2004) ou de « néo-extractivisme » (Gudynas, 2012 ; Svampa, 2019).

6La multiplication des projets extractifs, associée aux réformes des entreprisses publiques dans les années 1990, ont fait apparaître des relations conflictuelles entre populations locales, institutions financières internationales et leaders du secteur (Mayaux, Surel, 2010). Les travaux sur l’extractivisme se sont largement intéressés à ces relations conflictuelles (Harvey, 2003 ; Horowitz, 2003 ; Magrin, 2005 ; Webber, 2008), et plus particulièrement les travaux portant sur la zone latino-américaine (Bebbington, 2012 ; Poupeau, 2018 ; Melé, 2011 ; Buu-Sao, 2013).

7Le courant de l’écologie politique a particulièrement accentué ce prisme de l’approche conflit-centrée en Amérique latine, définissant l’extractivisme comme étant intrinsèquement lié à un système de domination colonial destructeur provoquant des mobilisations populaires (Galeano, 1971 ; Alimonda, 2011 ; Gudynas, 2012 ; Escobar, 2006). La multiplication des travaux par cette approche a pu avoir tendance à homogénéiser autant les pratiques extractives que les réponses rencontrées localement en les étiquetant de « conflits socio-environnementaux ».

8Il nous semble que s’écarter de l’approche conflictuelle de l’extractivisme permet de rendre compte de dynamiques sociales multiples et d’un système de domination plus complexe qu’une simple relation dominant.e/dominé.e dans les actions protestataires et réponses locales (Siméant, 2013). Cet article s‘inscrit dans une dynamique de recherche analysant des rapports de force et des stratégies politiques ou commerciales menant à des formes diluées de résistances, à l’absence de conflit, à l’acceptation sociale, à l’adaptation, ou ne produisant que des résistances invisibles et quotidiennes, des formes de consentement qui ne présument pas de l’adhésion aux principes de domination (Scott, 1985).

9En Côte d’Ivoire, plutôt que de protester frontalement contre l’entreprise extractive, les femmes de Diatokro alternent entre intermédiation, négociation et adaptation afin d’intégrer leurs revendications à ce nouveau paysage d’interactions sociales et politiques (Grajales et Saiget, 2020 : 121). Dans le contexte répressif du Magdalena Medio, les résistances sont parfois tacites, discrètes et individuelles pour Allain (2020 : 33). L’observation de moments d’ennui, de routine ou d’attente dans les zones rurales colombiennes ont permis de montrer que « des actes d’apparence très anodins expriment parfois le refus du consentement à l’ordre établi ». En Bolivie, les discours de construction nationale du président Evo Morales autour du projet d’exploitation de lithium dans le salar d’Uyuni ont créé un consensus autour de la dynamique de construction nationale et d’indépendance économique, qui ont permis d’annihiler les protestations de grande ampleur (Sérandour, 2017).

10Sans vouloir sous-estimer les dynamiques conflictuelles de l’extractivisme au Brésil, cet article cherche à comprendre l’émergence de mouvements sociaux de soutien à l’extraction minière, dans un contexte où les sites de barrages miniers sont facteurs de désastres sociaux, environnementaux et humains. Ici, la notion de soutien est utilisée au sens de Horowitz (2011 : 1381), construite en opposition à la notion de résistance, c’est-à-dire : « le contraire de la résistance se produit lorsque les élites villageoises défendent le capital et chassent les résistances à l’entreprise, puisque celle-ci représente pour eux la promesse de développement ». Ce soutien au secteur industriel malgré les risques environnementaux et sociaux peut être encouragé par des stratégies d’entreprises, qui négocient avec les populations locales par le biais de pratiques d’investissements ciblés, d’offres d’emplois préférentielles ou de constructions de socialisations particulières (Welker, 2009). En Nouvelle-Calédonie par exemple, le secteur privé cherche à déstabiliser la position sociale des individus à travers la reconnaissance des droits coutumiers aux kanaks locaux. L’entreprise minière parvient à faire accepter son projet extractif par la résolution des enjeux micropolitiques, en dépit du désastre socio-environnemental à long terme (Horowitz, 2003 : 264).

  • 7  Villes créées et contrôlées par une seule entreprise.

11La course aux matières premières (Magrin, 2013 : 191), dans un contexte de libéralisation des politiques d’investissement, a permis aux secteurs privés d’investir dans les grandes entreprises minières, devenues incontournables dans les années 1990, comme Vale do Rio Doce au Brésil. Les liens de dépendance et de subsistance entre l’entreprise extractive et les populations locales ont été identifiés dans la littérature, et notamment dans les travaux cités plus-haut. Cependant, les discours et les pratiques de ces firmes internationales ont été moins étudiés. Depuis les années 1990 et les pratiques paternalistes des industriels miniers dans les company towns7 (Le Gouill, 2018), les grandes entreprises du secteur primaire ont entamé des processus de modernisation en développant des dispositifs de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et d’investissement ciblés.

12Les définitions officielles de la RSE tendent à réduire la portée de ces dispositifs. La commission européenne par exemple la définit comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » (CE, 2011 : 7). Ici, la RSE n’est pas considérée comme les seuls programmes visant à réparer les effets produits mais comme des processus dépassant la stricte logique économique ou sociale. Bory et Lochard considèrent que la RSE se construit « par des discours et des pratiques qui visent explicitement une intervention du monde de l’entreprise dans la prise en charge de l’intérêt général » (2009 : 40).

13Le développement de ces processus de RSE, a été particulièrement fécond dans le milieu de l’extraction minière car ces entreprises s’engagent dans des régions où la présence de l’État est plus faible, et où les investissements des entreprises privées ont pu « assumer de facto le rôle de l’État en subventionnant les transports publics, l’éducation, la santé, les services publics ou la gestion des déchets » (Welker, 2009 : 146). Cet accroissement des processus de délégation des services publics vers le secteur privé ne signifie pas « la destruction de l’État, sa remise en cause, sa perte de légitimité ou de souveraineté mais la continuation de sa formation ou de sa reconfiguration » (Hibou, 1999 : 7). C’est cette thèse de la « décharge » que nous défendrons ici : l’État dans le Minas Gerais n’a pas été dessaisi de ses prérogatives mais il intervient de moins en moins directement, déchargeant ses capacités de contrôle et de régulation au secteur extractif privé, tout en étant conciliant envers des intérêts qui vont à l’encontre du bien-être de sa population mais bienveillant envers ses élites politiques, administratives et de marché (Giraudy, 2012). Le secteur extractif s’est organisé et a façonné des « bonnes pratiques » afin de prendre en charge ces nouvelles missions et d’assurer les interactions avec les populations locales par la négociation perpétuelle (Le Gouill, 2016).

14Néanmoins, le secteur privé ne s’est pas imposé seul et les discours des régimes successifs ont permis d’imposer l’idée du nécessaire développement des territoires à l’image de l’Équateur (Van Teijlingen, 2016). Le secteur extractif s’est approprié ce discours en se plaçant comme étant le seul secteur capable de pourvoir ce développement mais également d’apporter le maintien de l’ordre social et politique en pouvant négocier et limiter les conflits socio-environnementaux. Les reconfigurations des interactions entre secteur extractif, populations locales et États ont transformé les processus de domination, sans pour autant que ces processus de changement n’aient été intentionnels. Il s’agit ainsi de révéler la manière dont les rapports de pouvoir se sont transformés dans le Minas Gerais de manière inconsciente car la domination « ne résulte pas d’une vision et d’un programme consciemment construit pas les acteurs étatiques mais est plutôt un processus historique complexe largement inconscient et contradictoire, fait de conflits, de négociations et de compromis entre groupes » (Hibou, 2011 : 153).

15Ces dynamiques de transformation de la société dans le Minas Gerais ont mené au développement d’une certaine appartenance à l’identité minière chez les mineiro.a.s [habitant.e.s du Minas Gerais]. Il sera préféré ici la notion de sentiment d’appartenance plutôt que celle d’identification, qui aurait tendance à homogénéiser les individus et leurs rapports (Avanza, Laferté, 2005). L’appartenance sera comprise comme relevant « de la participation des individus à la chose collective, au groupe, qu’il soit politique, syndical, familial, amical, participation à la fois produite et productrice des socialisations multiples des individus » (Chamboredon et al, 1985 : 63). Il ne s’agira pas d’appliquer « l’identité minière » à toute la population mais de considérer qu’une partie des individus expriment un sentiment d’appartenance au secteur minier produit par la socialisation, le travail, la mémoire historique ou les images diffusées et que ce sentiment s’exprime dans une multitude de formes distinctes.

16À la suite d’événements désastreux écologiquement et socialement, certains activistes demandent à s’associer avec les firmes, parviennent à des négociations et soutiennent leur ancrage et leur rôle pour le développement du territoire. Il s’agit alors de comprendre les possibilités d’émergence de ces réseaux de soutien et de comprendre le rôle du secteur privé dans la fabrique du consensus, de l’acceptabilité sociale (Mayaux, 2015) ou du sentiment d’appartenance à l’identité minière. Dans quelle mesure l’analyse de ces nouvelles formes d’interactions permet de s’éloigner de l’opposition binaire domination/résistance pour souligner des alliances temporaires entre les différents acteurs et montrer la diversité des formes d’action collective dans les régions extractives ainsi que l’existence de sentiments d’appartenance s’exprimant dans de manifestations multiples ?

17Cet article repose sur une enquête ethnographique préliminaire de 4 mois, menée en 2019 dans le cadre de recherches doctorales. Ce temps d’enquête a servi à dresser un panorama des acteurs du secteur extractif dans le Minas Gerais : responsables politiques, entreprises, mouvements sociaux, ONGs, collectifs de riverain.e.s et associations de victimes. Une trentaine d’entretiens ont été menés, ainsi que de nombreuses conversations informelles. Pour compléter les entretiens, des données d’observations de manifestations et de séances des Commissions d’enquêtes parlementaires (CPI) ont été mobilisées ici, ainsi que des analyses des rapports d’enquête et documents de RSE de l’entreprise. Ces données permettent de rendre compte des différents types d’interactions sur un panel varié d’acteurs interagissant entre eux dans la région métropolitaine de Belo Horizonte et plus largement dans le Minas Gerais.

18Dans cet article, nous questionnons l’existence des soutiens à l’extraction minière, la transformation des formes de domination et la complexité des formes d’appartenance en trois temps : Tout d’abord, nous montrons que le territoire du Minas Gerais s’est construit avec l’exploitation de ses sous-sols, autour de l’entreprise Vale et que les réponses locales à cette implantation ont été diverses. Nous cherchons ensuite à comprendre la manière dont Vale est devenu un acteur indispensable dans tous les domaines de la société mineira [propre au Minas Gerais], notamment à travers des exemples de politiques d’investissements économiques, culturels et sociaux, favorisant le travail d’identification à la culture minière. Finalement, il s’agit d’analyser comment des décennies de politiques d’investissements ciblées, d’indemnisations différenciées et de production de l’acceptabilité sociale ont pu modifier les rapports sociaux sur le territoire et expliquer la constitution de réseaux de soutiens malgré les désastres socio-environnementaux provoqués l’industrie minière.

Trajectoires socio-historiques de l’installation du secteur minier et des réponses locales

19Le Minas Gerais est durablement marqué par son rapport à l’extractivisme, à sa richesse aurifère et à son « cycle économique de l’or » (Boxer, 1969). Sans vouloir retracer de manière exhaustive l’histoire du territoire, un bref retour nous paraît ici utile pour comprendre l’attachement culturel à l’économie minière et à son entreprise emblématique Companhia Vale do Rio Doce (CVRD). Les formes hétérogènes de résistances et de soutiens à l’extraction minière sont apparues en réaction à la transformation par l’industrie du territoire et des rapports de force entre populations, État et entreprises.

Le Minas Gerais, un territoire colonisé, habité et développé pour l’exploitation de ses mines

20Il n’est pas anodin que le nom donné en 1693 à la capitainerie de ce territoire rural et enclavé ait été celui de Minas Gerais, signifiant « Mines générales » en portugais, en rappel direct au potentiel minier que constituait déjà à l’époque le territoire (Prado, 1945). Le 3e État le plus peuplé du pays est aujourd’hui encore le seul à porter un nom dérivé de son activité économique principale. Ni la culture du café n’a marqué le nom de l’État de São Paulo, ni celle du coton celui de l’État du Mato Grosso.

21Avant 1693, le Minas Gerais est encore peu connu des Portugais, qui lancent des incursions dans cette région loin des côtes pour y faire les premières découvertes d’or. L’exploitation a été timide jusque dans les années 1720. L’ordre y était instable et de nombreux conflits ont éclatés entre colons portugais. La découverte de la richesse des mines a mené à un afflux important d’hommes, aux conditions sociales très hétérogènes : de riches colons portugais, des « déclassés » libres (souvent anciens prisonniers) mais aussi plusieurs milliers d’esclaves (de Mello e Souza, 2020). Dans la société mineira, ceux qui avaient le plus grand nombre d’esclaves étaient considérés comme les plus privilégiés. L’exploitation minière, souvent temporaire et itinérante, s’est construite sous le signe de la pauvreté, de perturbations sociales, de famines et d’esclavage. Les exploitants miniers et leurs esclaves faisaient constamment face au déracinement, à des rythmes de travail extrêmes et à des conditions climatiques alternant pluies et sécheresse. La richesse tirée des sous-sols était concentrée dans les mains d’un groupe réduit de personnes issues de l’élite portugaise. Pour l’homme libre pauvre, il était difficile de se voir concéder un titre de propriété. La société était extrêmement inégalitaire et hiérarchisée (ibid., 2020). La fin du xviiie a été marquée par l’urbanisation, la croissance de l’exploitation minière, la naissance des grandes villes aurifères et l’installation d’un ordre administratif.

22Pour la Couronne portugaise, ce territoire était une de ses sources principales de richesse mais aussi de convoitises extérieures. Dès le xviie siècle, le Minas Gerais est une des colonies les plus surveillées et dominées par une bureaucratie policière, judiciaire et fiscale venant de l’autorité portugaise. C’est également une des plus développée puisqu’une partie des bénéfices est reversée pour structurer administrativement et matériellement la région (Paula, 2000). Le territoire regorge encore aujourd’hui de signes de cette richesse aurifère : les anciennes villes coloniales possèdent de fastueuses églises, des maisons agrémentées de dorure et des lignes ferroviaires. L’état du Minas Gerais est également connu au Brésil pour avoir une bureaucratie particulièrement organisée et hiérarchisée, héritée de cette période. Une partie des habitant.e.s arrivé.e.s dès le xviie siècle, attirée.s par les richesses des sous-sols, ont formé des identités collectives particulières, liées à la production aurifère, à la création d’une culture minière, à la mixité raciale mais aussi à l’intégration de principes de soumission face aux autorités européennes (ibid., 2000).

23Au xixe siècle, les ressources en or étaient de plus en plus difficiles à extraire, l’exploitation minière était moins rentable et le développement de la région a ralenti. Pour les propriétaires de la région, il était alors nécessaire de diversifier leurs investissements, notamment via l’installation de fermes le long de la route du Caminho Novo (route dédiée à l’exportation des produits miniers jusqu’au port de Rio de Janeiro). L’économie de subsistance par l’élevage de porcs et la culture du café s’est développée grâce à l’augmentation de la masse de consommateurs que constituait la diaspora minière (de Mello e Souza, 2020). Néanmoins, à la fin du siècle, des réserves de fer ont été découvertes dans la région centrale de l’État, nommée « quadrilátero ferrífero » [quadrilatère ferrifère], à l’image de la concentration importante de minerais de fer dans une zone en forme de quadrilatère. Le Minas Gerais trouvait alors son alternative économique, encore une fois dans son sous-sol. Au début du xxe siècle, des licences d’exploitation sont cédées à des petits exploitants miniers et les mines se développent dans ce quadrilatère autour de la nouvelle capitale : Belo Horizonte.

24En 1934, le président Getúlio Vargas (1930-1945/1951-1954) a créé le Département national de production minière (DNPM), une agence de régulation des ressources du pays. La seconde Guerre mondiale a fait croître les besoins en ressources minières des pays belligérants pour la construction d’armes et de navires. Dans ce contexte, le Minas Gerais a continué à se développer et à se structurer, devenant au début du xxie siècle un des états fédérés les plus riches du Brésil.

25S’attarder ici sur l’histoire longue du territoire permet de comprendre comment il s’est construit, et se construit toujours, autour de son potentiel minier. Sa culture, ses traditions, son économie, son organisation sociale et son appareil administratif en sont les héritiers. Cette histoire liée au secteur extractif est encore présente chez les habitant.e.s, à travers un processus d’identification à la culture minière et à d’innombrables histoires familiales liées aux mines.

La Companhia Vale do Rio Doce, symbole de l’économie prospère et de la réforme des entreprises publiques

26La Companhia Vale do Rio Doce (CVRD) a été fondée en 1942 par un décret du président Gétulio Vargas pour former une méga-entreprise nationale au cœur du quadrilatère ferrifère et répondre à la demande croissante en minerais. Le décret a permis de fusionner des entreprises existantes de transport ferroviaire, d’exploitation minière et de sidérurgie basées à Itabira, la « cité de fer », une des premières villes ayant exploité ses ressources minières « pauvres », comme le minerai de fer.

27Les gouvernements successifs, dans le contexte de régimes politiques aux caractéristiques différentes, ont mis en place des politiques de planification développementaliste dans le Minas Gerais dès le milieu du xxe siècle (Rabelo, 2018). Sous le régime populiste (1930-1945), le gouvernement centralisateur et autoritaire a cherché à développer les industries dans les États de Rio de Janeiro, de São Paulo et du Minas Gerais. Les zones du Nord et de l’intérieur du pays ont alors été délaissées, au profit du développement du littoral Sud-Ouest, et notamment des régions minières. Le régime démocratique libéral (1946-1964) a resserré l’activité économique autour de l’État de São Paulo tandis que l’économie minière, continuait à se structurer autour de la CVRD dans le Minas Gerais. Sous la présidence de Juscelino Kubitschek (1961-1964), le gouvernement a soutenu le développement de l’industrie dans d’autres zones du pays par l’incitation aux entreprises à investir dans les zones rurales.

28Au fil des années et des incitations financières, la CVRD s’est étendue, accroissant son monopole sur les ressources minières du pays et fournissant une part considérable de la demande en fer au marché mondial par la construction de grands projets miniers dans le Minas Gerais et dans le Pará (à l’est de l’Amazonie). Les gouvernements militaires autoritaires successifs (1964-1985), ont poursuivi la politique développementaliste, investissant dans l’industrie lourde, la sidérurgie, la construction navale et l’énergie hydroélectrique, notamment lors de la période dite du « miracle économique » (1968-1973). L’objectif était de faire croître les exportations et de faire du Brésil une grande puissance industrielle (Hall, 2002). Sous la présidence d’Emílio Médici (1969-1974), la planification des investissements a favorisé le développement urbain (Bresser-Pereira, 1984). Le second plan national de développement, introduit par le président Ernesto Geisel (1974-1979) a accordé un rôle primordial aux entreprises publiques dans les secteurs de l’énergie, des transports et de la communication, afin de faire croître les exportations, notamment minières.

29Jusqu’en 1988, l’extraction minière est réservée exclusivement aux entreprises brésiliennes et les permis sont délivrés par le DNPM. Lors du processus de transition démocratique, le gouvernement provisoire réforme le code minier en même temps que la Constitution et le DNPM peut alors délivrer des permis d’exploitation minière à des entreprises étrangères et privées, s’insérant dans les mouvements de libéralisation économique de la période. Après la transition démocratique, l’arrivée au pouvoir présidentiel de Fernando Henrique Cardoso (1995-2003), soutenu par les principaux syndicats patronaux du Brésil, a confirmé le tournant libéral des politiques économiques. Sous sa présidence, une dizaine d’entreprises nationales, notamment dans le secteur énergétique, ont été ouvertes aux capitaux étrangers (Sand-Zantman, 2002). En 1997 la privatisation de la CVRD a été enclenchée (BNDES, 1997), dans le cadre du Programme national de dénationalisation (PND). À cette époque, l’entreprise minière enregistrait un chiffre d’affaires croissant. L’entreprise lucrative a été vendue pour la somme de 3,3 milliards de reais et la banque Bradesco est devenue son actionnaire principal. Ses réserves en ressources minières, vendues avec le capital, avaient pourtant été évaluées à plus de 100 milliards de reais (Ferreira Russo, 2002). Des manifestations violentes dans la capitale de Rio de Janeiro ont réuni plus de 5 000 manifestants (Fig. 3 et 4) protestant contre la décision controversée et accusant l’État de vente au rabais.

Figure 3 et 4. Photos des manifestations violentes contre la privatisation de Vale en 1997 à Rio de Janeiro

Figure 3 et 4. Photos des manifestations violentes contre la privatisation de Vale en 1997 à Rio de Janeiro

Traduction de la pancarte : « Contre le programme national de dénationalisation. Vale est à nous ! »

Source : I. Gonzalez, « Choque nas ruas no Leilão da Vale », quotidien O Globo, 29 avril 1997. En ligne : https://acervo.oglobo.globo.com/​fotogalerias/​choque-nas-ruas-no-leilao-da-vale-9506139.

30En 2001, la CVRD avait pour ambition de rivaliser avec les grandes entreprises minières internationales et a mis en œuvre un plan d’expansion passant notamment par le rachat d’autres sites miniers. En avril 2001, elle a racheté le capital de Ferteco Mineração, filiale brésilienne du groupe allemand ThyssenKrupp Stahl (TKS) qui possédait notamment la mine Corrego do Feijão de Brumadinho, ses sept barrages et sa ligne ferroviaire. Avec le rachat de Ferteco, la CVRD a pris le contrôle des mines du quadrilatère ferrifère et est devenu leader mondial de la production minière. En 2007, l’entreprise a abandonné le nom de CVRD pour celui de « Vale ».

31Malgré l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche en 2003, sous la présidence de Luiz Ignacio Lula da Silva (2003-2011), les politiques de libéralisation se sont poursuivies, notamment via la réforme des agences et l’implémentation de certaines politiques publiques néolibérales (Mayaux, Maillet, 2012). Comme dans d’autres pays latino-américains, l’élection de régimes « progressistes », n’a pas empêché l’expansion de l’extractivisme. Ces régimes ont justifié la libéralisation des politiques publiques par des discours sur la nécessité du développement et sur l’impérieuse fin du cycle de pauvreté grâce aux revenus générés par la vente de matières premières par le secteur privé (van Teijlingen, 2016 : 15).

32La production minière du Brésil est toujours majoritairement concentrée dans l’État du Minas Gerais puisque 67 % des mines actives s’y trouvent (IBRAM, 2014). Néanmoins, pour Vale, l’objectif est désormais de se développer dans les territoires moins densément peuplés du Pará et de peu à peu désactiver les anciennes mines peu lucratives du Minas Gerais. Aujourd’hui, même si la majeure partie de son activité est au Brésil, le siège social de l’entreprise Vale est implanté en Suisse, lui permettant des réductions d’impôts considérables.

Réponses locales hétérogènes face à l’extractivisme

33Face aux controverses autour de la construction de mégaprojets développementalistes en Amazonie, se sont structurés des mouvements sociaux de droits des populations dites « affectées » par les barrages, d’abord au niveau local, puis par la création d’associations militantes. Le Mouvement des populations affectées par les barrages (MAB), créé en 1989 a rassemblé différentes associations locales de lutte contre les mégaprojets hydroélectriques. Dans les années quatre-vingt-dix, le MAB a pris de l’ampleur et a gagné la confiance de la population locale. Depuis, cette organisation, dont le siège est situé à São Paulo, revendique sa présence dans toutes les villes touchées par les barrages, qu’ils soient de production d’énergie (hydroélectriques) ou de stockage de déchets (barrages de rejets miniers). Proche du Mouvement des paysans sans terre (MST) et du Parti des travailleurs (PT), le MAB lutte pour le droit à l’eau comme bien public commun, pour de meilleures prises en compte des droits des populations locales affectées par les mégaprojets et pour la recherche d’alternatives économiques à l’extraction de matières premières. Grâce à son organisation nationale et à son ancrage local, le MAB peut rapidement diffuser les informations, interagir avec les responsables politiques et organiser contestations et négociations au niveau local. Même si le MAM (Mouvement des personnes affectées par l’extraction minière), créé en 2012, commence à prendre de l’ampleur et que certaines ONGs (comme Greenpeace ou Survival) s’impliquent (en médiatisant les agissements de Vale à l’international par exemple), le MAB est le mouvement le plus actif dans le Minas Gerais et le plus écouté par les responsables politiques.

  • 8  Rencontré.e.s à plusieurs reprises en 2019 dans leurs locaux du MAB à Brumadinho, lors des regroup (...)

34Contrairement à certaines grandes ONGs, le MAB fonctionne avec très peu de ressources financières (issues principalement de dons de particuliers) et fonctionne avec peu de salarié.e.s et une base de bénévoles locaux. Même si l’organisation n’a pas les ressources suffisantes pour faire des campagnes de dénonciation à grande échelle, ses membres possèdent des réseaux puissants et influents tant pour organiser de grandes manifestations que pour discuter avec des lobbyistes ou des responsables politiques, à l’image des grassroot organizations [organisations communautaires locales], (Horowitz, 2011 : 1381). À titre d’exemple, lors des commissions d’enquêtes parlementaires (CPI) ou audiences publiques, les responsables du MAB sont systématiquement invité.e.s à exposer leur point de vue et leur temps de parole est équivalent à celui des avocats de l’entreprise. Leticia, Miqueias, et Jeferson8, salarié.e.s du MAB depuis quelques années, structurent les actes organisés localement et coordonnent les actions dans le Minas Gerais avec un répertoire d’action multiple, allant de la manifestation mensuelle pour commémorer les victimes, au blocage non annoncé de la voie ferroviaire. Ils encouragent également les actes de résistances quotidiens, incitant leurs membres au tag sauvage « ce n’était pas un accident, c’est un crime », visible sur les murs des villes en référence aux responsabilités de Vale dans les désastres miniers.

35Néanmoins, les mobilisations du MAB peinent à faire croître le nombre de participant.e.s, qui sont pour la plupart des victimes directes des désastres miniers ou des proches de victimes décédées. Les manifestations sont de moins en moins suives au fil des mois et pour attirer les militant.e.s lors d’événements importants, l’association affrètent des bus depuis tout l’État du Minas Gerais (Fig. 5). Leur volonté d’organiser des résistances plus massives se heurte aux réalités locales d’acceptation sociale.

Figure 5. Événement pour la publication des conclusions de la CPI sur l’esplanade de l’ALMG en 2019

Figure 5. Événement pour la publication des conclusions de la CPI sur l’esplanade de l’ALMG en 2019

Source : L. Lebeaupin-Salamon.

36Face à eux, les mouvements de soutien s’épanouissent et justifient leur présence par le rôle bienfaiteur de l’entreprise pour le développement du territoire :

Nous savons que beaucoup de vies ont été perdues dans cet accident survenu à Mariana et que l’impact écologique est désastreux. Samarco doit réparer les dommages causés. Mais cela doit être fait de manière à ce que les activités puissent continuer puisqu’elles génèrent des milliers d’emplois. Samarco a également un rôle social et a énormément d’impacts positifs sur la société. Si vous êtes salariés, collaborateur, fournisseur ou même consommateur des produits de Samarco, venez faire part de ce mouvement pour que Samarco surmonte ce moment difficile.

37Cette citation est tirée de la page Facebook du collectif #SomosTodosSamarco (Fig. 6) qui compte en 2021 un peu moins de 10 000 abonnés et revendique environ 3 000 membres actifs.

Figure 6. Page de couverture de la page Facebook du mouvement #SomosTodosSamarco montrant des photos de groupe d’employé.e.s de Samarco et des membres du STS devant les locaux de l’entreprise

Figure 6. Page de couverture de la page Facebook du mouvement #SomosTodosSamarco montrant des photos de groupe d’employé.e.s de Samarco et des membres du STS devant les locaux de l’entreprise

Source : page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).

  • 9  Rencontré notamment lors d’un entretien le 24 octobre 2019 à Belo Horizonte.

38Ce collectif a été créé par Artur Pereira de Souza9, publicitaire de l’Espirito Santo, né et élevé à Anchieta, ville qui possède un grand port d’exportation de Vale. Comme beaucoup des membres du STS, il ne travaille pas pour Vale mais ses client.e.s sont fournisseurs, prestataires de services, ou sous-traitants de Vale. Il le concède facilement : sans être militant d’aucune association ou parti politique, Artur est une « petite star locale » à Anchieta. La création du STS lui a permis de faire porter la voix des petit.e.s entrepreneur.se.s de la région auprès d’élu.e.s, de responsables associatifs ou de lobbyistes.

39Le jour de la rupture du barrage de Mariana en 2015, Artur raconte s’être senti attristé par l’accident et la mort de plusieurs dizaines de personnes. Seulement, la décision du tribunal suprême de faire cesser les activités de Samarco le temps de l’enquête judiciaire le révolte. « Le 10 novembre 2015, 5 jours après l’accident, j’ai eu une vision : la conviction profonde qu’il fallait agir pour sauver la région du désastre économique. J’ai réuni quelques ami.e.s et nous avons décidé de nous organiser pour Samarco ».

40Le collectif STS de soutien à Samarco, devenu par la suite un collectif de défense de l’extraction minière, s’est créé autour d’entrepreneur.se.s de l’Espirito Santo, mieux doté.e.s financièrement et socialement que les membres du MAB, loin des réalités locales des désastres miniers. Bien que les ruptures de barrages à Mariana et Brumadinho aient eu des conséquences environnementales jusque sur ce territoire par la pollution des fleuves notamment, les membres du STS craignent davantage les conséquences économiques et sociales d’un frein à l’expansion de Vale dans leur région.

41Le collectif, bien que n’ayant aucun statut juridique légal et peu de membres, rencontre un certain succès pour faire porter la voix de ses partisan.e.s. Les militant.e.s, et plus particulièrement leur charismatique leader, sont invité.e.s à des activités parlementaires et parviennent à se constituer un réseau de responsables politiques pro-développement. Quelques semaines après la création de la page Facebook du STS, Artur Pereira a été reçu en entretien par le gouverneur de l’État, Fernando Pimentel (2015-2019, PT). Le STS utilise un répertoire d’action différent des mouvements de résistance : manifestations spontanées et non-organisées, processions de voitures, actions coordonnées sur les réseaux sociaux et vidéos live de plusieurs heures pour expliquer la démarche et l’engagement. Les membres échangent principalement virtuellement mais se rencontrent pour des débats à Vitória (capitale de l’Espirito Santo) ou à Belo Horizonte.

42Il n’y a pas d’oppositions frontales ou violentes entre militant.e.s du MAB et du STS même si leurs membres critiquent mutuellement leurs modes d’action lors de nos discussions. Le leader du STS se dit apolitique et refuse d’être affilié à un parti ou courant. Selon lui, critiquer le MAB serait une attaque directe envers les mouvements de résistance de gauche. Les membres du collectif refusent d’être automatiquement associé.e.s à la droite. Lors de nos entretiens, Artur Pereira refuse tout d’abord de nous parler de son positionnement politique, puis confie son soutien au président Jair Bolsonaro (2018-présent) : « il (Jair Bolsonaro) est le seul à vouloir prendre la défense des entreprises, les autres ne parlent que de défense de l’environnement. Le MAB, le MAM… je ne suis pas contre eux. Mais selon moi, Vale remplit sa part du marché en indemnisant les victimes et en développant la région depuis des décennies ». Pour Artur Pereira, la création du mouvement STS était nécessaire pour souligner le rôle de Vale comme acteur principal du développement et de l’enrichissement de la région.

43Les réponses locales à l’installation et à l’expansion de l’extractivisme sur le territoire sont loin de former un groupe homogène et leurs formes multiples soulignent le caractère non binaire de la résistance. L’extraction minière a marqué de manière durable le territoire et la recherche de négociations permanentes de l’entreprise a accentué le sentiment d’appartenance à l’identité minière pour une partie de la population.

L’entreprise minière au cœur du développement économique, social et culturel

Le problème du Minas Gerais est que la matrice de notre économie est l’exploitation minière […] et que cette économie est coloniale car nous exportons tous les fruits de nos ressources minières. Dans ce contexte, Vale est devenue extrêmement puissante économiquement. Politiquement, elle possède une liberté sans égale et d’immenses soutiens.

  • 10  Rencontré à diverses occasions en 2019, notamment lors d’un entretien le 2 août.

44Ces propos sur l’économie du Minas Gerais nous ont été confiés par André Quintão10, député (PT) depuis 2003 à l’Assemblée législative locale et illustre la manière dont l’entreprise Vale est vue par certain.e.s de ses opposant.e.s comme prédatrice. Il s’agira dans cette partie de détailler les stratégies entrepreneuriales pour gagner de l’influence politique, économique et culturelle, ce qui renforce les sentiments d’appartenance au secteur minier et la transformation des rapports de domination.

Vale, acteur économique de premier plan dans un territoire d’économie primaire

  • 11  NS Energy, Top five iron ore producing companies of the world from Rio Tinto to the National Miner (...)
  • 12  Données officielles de la bourse de São Paulo, BOVESPA : http://www.b3.com.br/pt_br/
  • 13  Les données utilisées sur Vale sont issues des données officielles du SECEX, organe du ministère d (...)

45Vale est la deuxième entreprise exportatrice de minerai de fer au monde11. Entre 2001 et 2011, la valeur de Vale sur les marchés financiers est passée de 7 à 200 milliards de reais12. En 2017, Vale a exporté plus de 416 millions de tonnes de minerai, dont 245 millions depuis le MINAS GERAIS13. La production minière représente dans l’État plus de 54 % de ses exportations totales (Fig. 7, page suivante).

46La municipalité de Brumadinho n’exporte aucun produit autre que ses ressources minières : 100 % des exportations sont des minerais de fer. Il existe à Brumadinho quelques sites d’agriculture dite « familiale » : éleveurs de bétails, producteurs de miel ou de fruits. Cependant, ces activités sont peu développées et la plupart des produits sont consommés par des habitant.e.s de la municipalité ou de la région proche. La culture du café et du soja, également relativement importante pour les exportations du Minas Gerais, proviennent des territoires ruraux plus éloignés de Belo Horizonte, en dehors du dénommé quadrilátero ferrífero.

Figure 7. Graphique des exportations du Minas Gerais en 2018

Figure 7. Graphique des exportations du Minas Gerais en 2018

N.B. : Valeur totale des exportations : 23,3 milliards US$.

Source : ministère de l’Économie et SECEX.

47Vale est également un des principaux employeurs de la région. En 2018, l’entreprise comptait 212 000 employé.e.s, dont 59 000 dans le Minas Gerais. Les autres employé.e.s sont situés dans les ports de l’Espirito Santo ou dans les sièges de São Paulo. À Brumadinho, Vale engage directement plus de 1 000 personnes, soit 11 % des résident.e.s en âge de travailler.

48Mais ce n’est pas seulement en termes de création d’emplois et de contribution au PIB que Vale est l’acteur économique et financier principal de la région. Le droit fiscal brésilien garantit que lorsqu’une entreprise minière exploite les ressources d’une municipalité, celle-ci est contrainte de verser une partie de ses bénéfices à l’agence de régulation de l’extraction minière (ANM – ancien DNPM). Cette contribution, appelé Compensation financière pour l’exploitation des ressources minières (CFEM), est ensuite reversée aux municipalités et aux États. Ainsi, 65 % des recettes de la municipalité de Brumadinho proviennent de la CFEM.

  • 14  Avimar de Melo Barcelos, maire de Brumadinho depuis 2019 et son directeur de cabinet, Décio Junior (...)

49Depuis le 25 janvier 2019, la mine du Fundão est arrêtée et Vale n’est plus dans l’obligation de reverser la CFEM à la municipalité. Le maire et son adjoint14 étaient fiers de nous annoncer qu’après de longues négociations, Vale a accepté de soutenir la municipalité en versant des compensations équivalentes au CFEM pour 2019 et 2020. Vale a évidemment gagné le soutien du maire qui se déclare depuis ouvertement favorable au retour de l’extraction minière sur le territoire. Même si Vale n’a jamais payé l’amende de 100 millions de reais que la municipalité aurait voulu lui imposer, elle a, selon le maire, largement contribué à la réparation des dommages, en finançant, par exemple, une campagne publicitaire appelé « Abrace Brumadinho » [« Enlace Brumadinho »], censée faire revenir les touristes dans la ville.

50Après la rupture du barrage de Brumadinho, le gouvernement fédéral a lancé un appel d’offre pour diversifier l’économie du territoire. La firme Coca-Cola et un laboratoire pharmaceutique ont répondu à cette proposition. Seulement, l’implantation n’a pas été menée à terme puisque le maire n’a pas souhaité poursuivre les négociations.

  • 15  Association des municipalités minières du MG et du Brésil. Observation d’une semaine en août 2019 (...)

51Lors de la rencontre annuelle de l’AMIG15, regroupement des maires de municipalités soutenant l’extraction minière sur leur territoire, son président, Vitor Penido de Barros déclarait :

Oui, l’événement de Brumadinho est une catastrophe mais il faut dépasser les problèmes d’aujourd’hui et supporter les préjugés car l’extraction est une nécessité. Il faut que les politiques répondent au problème des accidents car elle empêche ce dont tous les maires rêvent : faire profiter leur ville de ses ressources minières par la CFEM. Nous voulons vivre de nos ressources car une ville minière ne peut pas être une ville pauvre.

52Les déclarations le président de l’AMIG illustrent la manière dont certains élu.e.s, en particulier celles et ceux pour lesquels l’industrie minière est une source de financement inévitable, ont le sentiment que sans ces entreprises, leurs territoires seraient en faillite. Pour ces responsables politiques, la recherche d’autres secteurs de production économique n’est ni envisageable, ni souhaitable.

Stratégies d’influence de la politique locale

53Au fil de son implantation au niveau local et international, Vale a acquis un poids considérable dans la politique locale et nationale. Lors des élections législatives de 2014 dans le Minas Gerais, presque 8 député.e.s élu.e.s sur 10 (78,4 %)16, avaient reçu, à un moment de leur campagne, une dotation financière de la part de Vale. En 2014, Vale avait financé les campagnes électorales de candidat.e.s de 27 partis différents, à hauteur de 82 millions de reais.

54En 2015, une proposition de loi sur la sécurité des barrages a été présentée à l’Assemblée législative du Minas Gerais (ALMG) par des député.e.s du Parti des Travailleurs (PT). Ce projet de loi aurait permis une surveillance accrue des barrages par l’agence de régulation minière et la transformation des barrages instables pour des méthodes alternatives de récupération des déchets miniers. Le projet de loi, appelé « Mar de lama nunca mais » [« inondation de boue, plus jamais »] prévoyait l’interdiction de construction de bâtiments dans la zone d’inondation du barrage, ainsi que l’évacuation des zones résidentielles se trouvant en aval des barrages considérés à risque. En 2015, la loi n’a pas été votée par les député.e.s de l’Assemblée et a été sans cesse remaniée jusqu’à ce qu’elle soit remise à l’agenda parlementaire après la rupture du barrage de Brumadinho en 2019. Pour André Quintão, la raison de l’échec de ce projet de loi s’explique en partie par l’intervention de Vale dans la politique locale :

Nous n’avons pas réussi à faire voter la loi. Pourquoi ? Parce que Vale a des représentants puissants au sein de l’ALMG, dans l’opposition nous ne pouvons rien faire. Il existe une pression économique très forte, et la population pense que protéger Vale est un mal nécessaire. C’est une vision construite par les médias aussi, car Vale dépense des millions en publicités. Nous avons réussi à faire approuver le projet de loi le 25 février 2019, mais il a fallu que cela coûte la vie a 300 personnes.

55Si le projet de loi avait été voté en 2015, il aurait été coûteux à mettre en place par l’entreprise, qui a préféré miser sur une stratégie offensive de lobbyisme afin de faire échouer le projet de loi. Dans ce secteur pourtant très prolifique économiquement, les changements n’interviennent qu’après les catastrophes, de la même manière que la modernisation des techniques d’extraction n’intervient que si ces changements font simultanément augmenter la productivité. Les député.e.s souhaitant faire voter cette loi se sont alors confronté.e.s à leurs collègues favorables à la croissance de Vale, financé.e.s pour beaucoup par l’entreprise et proches des lobbyistes.

56Lors de l’enquête, nous avons pu assister à plusieurs rencontres ou déjeuners organisés par les lobbyistes et spécialistes de relations publiques de Vale pour des responsables politiques. Au mois de novembre 2019, une de ces rencontres a été organisée dans le refuge qui accueille les animaux sauvages et domestiques blessés par les écoulements de boue à Brumadinho. Cette visite était organisée pour la commission environnement de l’assemblée (ALMG) et plus particulièrement pour le député Noraldino Junior (Verts), fervent défenseur de la cause animale et antispéciste. Président de la commission environnement de l’ALMG, il est régulièrement approché par les lobbyistes de Vale et est très proche du directeur des relations publiques, présent à toutes les audiences publiques. Pour la visite du refuge, tout était préparé et pensé pour l’arrivée de l’élu et de son équipe : petit-déjeuner vegan (Fig. 8), visite guidée et conférence sur les bienfaits du refuge. Vale a investi une somme probablement considérable (mais non dévoilée) pour l’infrastructure de ce refuge, l’achat d’équipements vétérinaires de pointe et le recrutement des 103 salarié.e.s. En investissant dans ce refuge, Vale cherche à se débarrasser de son image d’entreprise dévastatrice pour l’environnement et faire oublier les échecs de gestion et de maintenance de ses barrages. La commission environnement, présidée par le député Noraldino, n’a pas souhaité infliger d’amendes à l’entreprise après la rupture des barrages et se montre plutôt favorable à l’extraction. En échange de promesses de développement ou de construction de parcs zoologiques et naturels, la commission fait voter régulièrement de nouvelles licences d’exploitation aux entreprises minières.

Figure 8. Photographie de la visite de la commission environnement au refuge pour animaux de Vale en 2019

Figure 8. Photographie de la visite de la commission environnement au refuge pour animaux de Vale en 2019

Traduction du panneau : « Foire à l’adoption des chiens et chats de Brumadinho. ‘Emmène-moi à la maison’« .

Source : L. Lebeaupin-Salamon.

Une entreprise attachée à son image de bienfaitrice sociale et culturelle

57Lorsque l’on se promène dans les rues de Belo Horizonte, de Mariana, d’Ouro Preto ou d’une autre municipalité mineira, il est presque impossible d’ignorer la présence de Vale et son importance tant pour le développement des villes que pour le quotidien des habitant.e.s. C’est Vale qui restaure les églises et les bâtiments historiques par des programmes de mécénat, en le faisant savoir par de grands logos sur les chantiers. C’est Vale qui détient toutes les lignes de chemin de fer, destinées à un usage industriel ou touristique, entre Ouro Preto et Mariana par exemple (Fig. 9).

Figure 9. Train touristique de Vale entre Mariana et Ouro Preto en 2019

Figure 9. Train touristique de Vale entre Mariana et Ouro Preto en 2019

Traduction de l’inscription : « Train de Vale ».

Source : L. Lebeaupin-Salamon

58C’est Vale qui détient, gère, et accueille le public du musée de l’histoire du Minas Gerais, dont l’entrée est gratuite. C’est aussi Vale qui choisit le contenu des expositions et paye les conservateurs. Sur le premier panneau de l’exposition, on peut lire le texte explicite de la volonté de l’entreprise d’être considérée partie intégrante du patrimoine et de la culture de l’État, avec de nouveau, une promesse de développement social et économique :

Vale fait partie de l’histoire du Minas Gerais, et le Minas Gerais est l’histoire de Vale. […] Si l’extraction est la raison de notre commerce, la culture est, sans aucun doute, son cœur. Plus que transformer les ressources naturelles en richesse et en développement social et économique, Vale protège la richesse et la diversité culturelle du peuple mineiro.

  • 17  Le terme « communautés », désignant des quartiers à faible revenus, est employé par l’entreprise s (...)

59Vale possède également un bureau spécial pour les investissements liés à l’éducation et propose : le financement de cursus d’ingénieur à l’université afin de former de futurs employé.e.s ; des cycles de formation professionnelle rémunérés pour les jeunes des « communautés » alentour17 ; des ouvertures de postes réservés à ces mêmes jeunes. Sur son site, Vale insiste sur son statut de bon employeur : « Nous faisons partie des 10 entreprises de rêve du point de vue des jeunes et des managers », sans pour autant citer de sources ou de statistiques pour justifier ce titre. Vale finance la recherche scientifique par l’attribution de 50 bourses par an au Conseil national de développement scientifique et technologique (CNPq). Ses projets de recherche et bourses doctorales sont orientés par les besoins de l’entreprise et sont octroyés par accord de son bureau exécutif, ce qui peut mettre en doute la neutralité scientifique de ces recherches.

60C’est Vale toujours qui restaure la plupart des routes de campagne du Minas Gerais et qui construit les nouveaux chemins menant à ses mines. L’entreprise Vale et ses collaborateurs sont particulièrement fiers de ces programmes de RSE. Elle produit régulièrement des rapports sur le financement de projets, paye des encarts publicitaires sur l’espace public et des spots télévisés.

61Vale fait partie du quotidien et se créé une image d’entreprise sociale attachée au développement du territoire par des projets sociaux, économiques ou culturels. Elle entretient un dialogue permanent avec la scène politique locale et les espaces sociaux, ce qui permet de diluer les relations conflictuelles que ses projets miniers pourraient provoquer, tout en permettant la construction de socialisations particulières liées à l’identité minière.

Démobilisation, recherche de l’acceptabilité sociale et soutiens multiformes

62Dans le Minas Gerais, les dynamiques sociales de résistance et de soutien au secteur extractif sont multiples et les différents camps forment une large palette de réponses locales, de la résistance invisible à la manifestation en passant par des processus d’adhésion, qu’ils soient sincères ou intéressés. La diversité et l’ambiguïté des formes d’action collective qui ont été observées nous éloignent d’une analyse binaire de la domination. Plutôt que d’imposer sa domination, l’entreprise a cherché à se constituer des réseaux de soutiens à travers des investissements ciblés ou par des stratégies d’affaiblissement des potentielles résistances.

Complexité des formes de soutien au secteur minier

  • 18  Rencontrée à Brumadinho le 25 septembre 2019.

63Lors de nos rencontres avec les familles de victimes à Brumadinho, plusieurs mères d’employé.e.s de Vale disparu.e.s dans la tragédie se sont confiées sur l’orgueil qu’éprouvaient leurs enfants, et elles-mêmes, d’être employé.e.s par une des plus grandes firmes d’origine brésilienne. Eliane18 a perdu son fils de 29 ans dans la tragédie. Wanderson était ingénieur pour Vale et déjeunait dans le réfectoire lorsque le barrage de la Corrego do Feijão s’est effondré. Il avait obtenu son diplôme 2 ans auparavant et rêvait de travailler pour l’entreprise minière. Eliane nous confiait alors : « Wanderson était très fier de porter cet uniforme aux couleurs de Vale, il avait beaucoup travaillé pour ça. C’était une fierté de faire partie de cette entreprise qui a tant fait pour nous ».

  • 19  Rencontrée à Mariana le 27 juillet 2019.

64Giselle19, ancienne habitante de Bento Rodrigues avant que son village soit détruit par les boues toxiques aurait préféré continuer à habiter dans le village où sa famille était établie depuis 4 générations (Fig. 10). Elle a accepté d’être définitivement relogée dans un autre quartier de Mariana, contrairement à d’autres qui demandent la reconstruction de leur quartier : « Je pense que nous ne pouvons pas trop demander à Vale. Ma nouvelle maison, c’est pas l’idéal mais c’est suffisant. Elle [Vale] est déjà gentille de prendre soin de notre église. Tout ce que je demande, c’est qu’on conserve dignement le corps de mes ancêtres qui y sont enterrés. Mes anciens voisins ne sont pas tous d’accord mais nous ne pouvons pas réclamer en permanence. Je ne leur parle plus ». Vale, n’a pas prévu de réinstaller les habitant.e.s de Bento Rodrigues sur leur terrain mais prévoit sur cette zone dévastée la construction d’un musée commémoratif, en restaurant l’église locale.

Figure 10. Ancienne maison familiale de Giselle détruite par les boues toxiques à Bento Rodrigues en 2019

Figure 10. Ancienne maison familiale de Giselle détruite par les boues toxiques à Bento Rodrigues en 2019

Source : L. Lebeaupin-Salamon.

  • 20  La consommation d’anxiolytiques a augmenté de 79% entre janvier et juillet 2019, celle d’antidépre (...)
  • 21  Entretien du 16 novembre 2019.
  • 22  Argument qui rappelle celui des habitant.e.s des Andes équatoriennes qui s’adaptent au projet Loma (...)

65L’association Flor Amarela organise depuis 2019 des groupes de discussion pour les mères et épouses de victimes à Brumadinho. Lors d’observations pour cette enquête, les femmes qui y assistent évoquent l’aide psychologique qu’elles ont reçue après le drame : un appel par semaine par un.e psychologue et prescription d’anxiolytiques et d’antidépresseurs20. Elles évoquent aussi les bienfaits de l’aide apportée par Vale pour elles : aides économiques, mise à disposition d’avocat.e.s et centrale d’appels pour les réclamations ou autre aide juridique ponctuelle. Elles ont confiance dans la bonne gestion de l’entreprise. Certaines parlent de leurs trajectoires familiales liées à Vale par leur père, mari ou grand-père minier. Elles discutent souvent de la responsabilité de Vale dans le drame du 25 janvier mais disent ne pas en vouloir à l’entreprise, ainsi que le décrit Rosa21 : « ce n’est pas en blâmant Vale que nous arriverons à passer au-dessus de ça. Et puis, je pense que c’est bien qu’elle [Vale] reste ici pour les autres, pour qu’ils aient un avenir ici22 ».

  • 23  Entretien du 30 juillet 2019.

66L’attachement à l’entreprise Vale semble aller au-delà d’un attachement à l’emploi ou à une dépendance aux financements orientés. Certain.e.s habitant.e.s des municipalités minières sont attaché.e.s à l’image de l’entreprise, à sa réputation et à son engagement pour le territoire. Sandra23, une des militantes de Bento Rodrigues revendiquant le droit de retourner dans sa maison dévastée, évoque lors de nos entretiens le sentiment de confiance envers l’entreprise et la déception qui a suivi la rupture du barrage : « On a grandi avec Samarco, elle a toujours été là, le barrage aussi. On n’a jamais pensé qu’il allait s’effondrer, on ne nous a jamais prévenus. J’ai été très déçue, jamais je n’aurais pu penser qu’ils nous traiteraient comme ça alors qu’on les a toujours soutenus ».

67Ces quelques exemples de témoignages recueillis lors de l’enquête montrent la diversité des discours de soutien à l’entreprise et de l’efficacité de certaines politiques de réparation ou de RSE. Certaines personnes personnifient l’entreprise, l’évoque comme une présence rassurante et protectrice. Tandis qu’une partie de la population considèrent que ces investissements de Vale ne sont que des stratégies de construction de l’acceptabilité sociale, d’autres montrent un sentiment d’appartenance à la communauté construite par Vale, une auto-identification aux discours justificateurs et à l’identité minière.

Effets démobilisateurs des politiques d’indemnisation

68Suite à la destruction de leur quartier en 2015, les habitant.e.s de Bento Rodrigues ont été relogé.e.s dans des hôtels ou logements temporaires. En 2021, la plupart des victimes n’ont pas été relogées de manière définitive et n’ont pas reçu de compensation financière. Le processus d’indemnisation est assuré par la fondation Renova, créée pour l’occasion et financée par Vale. La fondation est vivement critiquée par les associations militantes et les responsables politiques pour son fonctionnement opaque, sans participation des victimes et sans apporter de solutions durables 6 ans après la rupture du barrage. La fondation Renova assure la réhabilitation du fleuve Doce mais n’a accordé aucune compensation financière aux riverain.e.s, y compris celles et ceux souffrant d’intoxication aux métaux lourds.

69Le système d’indemnisation par création d’une fondation a été refusé par tous les acteurs en charge du dossier Brumadinho. Lors d’une séance de la CPI sur cette question, les représentant.e.s du ministère public (MPF) justifient ce refus en soulignant que le modèle de la fondation avait permis à Samarco et Vale de contourner le pouvoir judiciaire en apportant des solutions collectives homogènes qui ne répondent pas aux condamnations judiciaires.

  • 24  Rencontré avec d’autres voisin.e.s du lotissement luxueux Retiro do Chalé le 19 juillet 2019.

70Contrairement aux riverain.e.s de Bento Rodrigues, les habitant.e.s de Brumadinho ont toutes et tous reçu dès le mois de février 2019 une aide d’urgence [Auxílio emergencial] de la valeur d’un salaire minimum par adulte, quelle que soit leur condition sociale, leur quartier d’habitation, ou leur statut de victime dans la tragédie. Or, dans certains condominios [lotissements sécurisés] des classes aisées, l’accès à l’eau potable n’a jamais été coupé et les résident.e.s ne se sont jamais considéré.e.s comme victimes du désastre puisque vivant à des dizaines de kilomètres de la zone d’inondation. Dans le quartier plus populaire du centre, l’eau courante a été rétablie plus de 18 mois après la catastrophe. Les indemnisations financières et matérielles ont été entreprises par Vale, définissant elle-même les caractéristiques d’une victime. Vale a refusé de payer l’amende que lui avait imposé la municipalité mais a organisé elle-même les indemnisations matérielles : construction d’un nouvel hôpital, recrutement de personnel médical et achat de biens de premières nécessités. Par cette stratégie, Vale s’est assuré de l’adhésion des classes aisées de Brumadinho, comme Eduardo24 : « L’auxílio m’a servi à acheter une voiture, comme pour beaucoup de mes voisins. Je sais que certains en avaient plus besoin que nous. Mais je ne me sens pas coupable. Si Vale nous considère victimes, c’est mon droit, je ne vais pas refuser et je la remercie ». Des campagnes publicitaires ont été diffusées pour montrer l’apparente réussite des processus d’indemnisation, sans prendre en compte la situation de détresse de beaucoup d’habitant.e.s des quartiers dévastés. Ces stratégies d’invisibilisation des réalités des quartiers populaires ont permis d’empêcher des protestations massives contre Vale.

71Quelques semaines après la tragédie, Vale a fait appel aux meilleur.e.s avocat.e.s de la région pour défendre leurs employé.e.s incriminé.e.s (ingénieur.e.s responsables de la surveillance et gérant.e.s accusé.e.s de falsification de données), mais aussi pour négocier rapidement des procédures d’indemnisations individuelles avec les victimes. Les membres du MAB sont opposé.e.s aux formes d’indemnisations individuelles qui annihilent selon eux la participation aux mouvements sociaux en invisibilisant les négociations. Celles-ci se déroulent à huis clos et accordent un pouvoir disproportionné à la multinationale pour négocier des coûts d’indemnisation rabaissés. Ces processus de privatisation de la justice soutiennent des logiques d’individualisation des dommages subis en responsabilisant les victimes, qui n’ont que très peu de temps pour prendre connaissance de leurs droits, tout en créant des divisions entre familles. Une fois l’accord avec l’entreprise conclu, les victimes n’ont plus l’occasion de revenir sur cette indemnisation. Ce fut le cas de quelques agriculteur.rice.s de la région rencontré.e.s à Brumadinho qui ont été contacté.e.s par des avocat.e.s de Vale quelques jours après que la boue toxique ait engloutie leurs terres cultivables. Une indemnisation financière inférieure à la valeur du marché avant le désastre leur a été offerte pour racheter leurs terres, qu’ils ont acceptée avant d’avoir les renseignements suffisants sur la valeur de ce qu’ils avaient perdu. Une fois le MAB entré en contact avec eux, il était trop tard pour revenir en arrière et refuser de vendre les terres. Un an après la rupture du barrage B1, 5 000 accords individuels avaient été signés. La stratégie de rapidité de Vale permet de conclure les accords avant que les causes de la rupture ne soient déterminées et que les mouvements sociaux ne se structurent pour demander des indemnités pour préjudice moral par exemple.

  • 25  Défini par Magnan et al. (2012 : 83) comme l’enchainement dans le temps de facteurs d’altération d (...)

72Les habitant.e.s de Brumadinho ont été soumis.e.s à de nombreuses contraintes dues à la rupture du barrage B1. Ces vulnérabilités ont été renforcées par la division des riverain.e.s sur les questions d’indemnisation et par la désorganisation des structures de solidarité. Les stratégies d’indemnisation de Vale participent ainsi à l’effondrement des capacités d’organisation, pouvant déstabiliser la position sociale des individus et prolongeant les trajectoires de vulnérabilités25(Rebaï et Velez, 2018). En cherchant l’indemnisation rapide à Brumadinho, Vale s’est assurée de réduire la portée des mouvements de résistance comme le MAB, de se constituer un réseau de soutien et de limiter les possibles actions en justice, alors même que les enquêtes ont montré que l’entreprise était responsable de la rupture du barrage. Le MAB compte moins de membres à Brumadinho qu’à Mariana, où les victimes peinent à recevoir leurs indemnisations.

Mouvements de soutien et discours justificateurs

  • 26  Rencontré le 25 novembre 2019 dans les locaux de l’ANM.

73Lors de nos entretiens avec des acteurs de catégories sociales plus aisées, un argument est revenu à plusieurs reprises lorsque sont évoquées les recherches d’alternatives économiques : l’ensemble des consommatrices et consommateurs de produits nécessitant des minerais seraient responsables de l’exploitation minière et des catastrophes qui ont pu survenir. Les responsables des accidents miniers ne sont pas uniquement les entreprises exploitantes mais aussi les utilisatrices et utilisateurs de smartphones, de voitures et d’ordinateurs. Selon Janio Alves Leite26, directeur régional de l’agence de régulation de l’extraction minière (ANM), « les pays souhaitant réduire l’exploitation sont profondément égoïstes, et dépendent de régions comme le Minas Gerais. Il serait absurde de stopper l’exploitation minière à Brumadinho ou Mariana puisque d’autres régions, dans d’autres pays, seraient alors sollicitées pour exporter plus de tonnes de minerai ». L’exploitation des sous-sols est considérée comme un mal nécessaire répondant au besoin mondial croissant en minerai de fer. Sur la page Facebook du STS, plusieurs publications exploitent cet argument. La figure 11 montre des produits technologiques utilisant du fer et d’autres minerais précieux avec la phrase : « Si vous utilisez ces produits, vous maintenez actif le marché de l’extraction minière ». C’est une manière pour les militant.e.s pro extraction minière de défendre les entreprises minières en partageant la responsabilité dans les catastrophes avec les consommatrices et consommateurs finaux de minerais. Le STS utilise cet argument également pour décrédibiliser les mouvements sociaux de résistance et responsables politiques qui veulent développer les alternatives économiques à l’industrie minière, comme l’agriculture. Pour Artur Pereira, leader du collectif STS, ces militant.e.s « veulent retourner à l’âge de pierre. Ils sont anti-patriotes, ils veulent qu’on laisse l’argent de l’industrie minière se faire ailleurs ».

Figure 11. Image publicitaire du STS : « Si vous utilisez ces produits, vous maintenez actif le marché de l’extraction minière »

Figure 11. Image publicitaire du STS : « Si vous utilisez ces produits, vous maintenez actif le marché de l’extraction minière »

Source : Page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).

  • 27  Le 25 octobre 2019.

74Dans l’Espirito Santo, seules les villes sur le bassin du Rio Doce ont été touchées par les dégâts humains ou environnementaux des ruptures de barrages. Cependant, beaucoup de locaux se considèrent victimes collatérales de ces accidents, car victimes du ralentissement de l’économie minière. Il n’est pas anodin que la majorité des militant.e.s du STS soient originaires des villes portuaires de cette région. Pour eux, la fermeture des mines constitue un risque pour l’exportation, et donc un risque majeur pour les emplois de Vale, les restaurants ouvriers ou les sociétés de transport. Clayton27, militant rencontré lors d’une audience pour acter du retour des activités de Samarco nous affirmait : « Les barrages font des victimes mais l’arrêt des activités de Samarco en fait bien plus ». Pour légitimer l’existence de son mouvement social, Artur Pereira utilise régulièrement cette phrase : « Il ne faut pas laisser les instances judiciaires nous dire que la défense de l’environnement est plus importante que la défense des êtres humains ». Selon lui, militer pour que l’industrie extractive se développe est légitime, même après qu’il ait été prouvé par la justice que les désastres auraient pu être évités par les entreprises, reconnues responsables. Les militant.e.s assument ne pas porter d’intérêt particulier à la protection de l’environnement, surtout si celle-ci doit se faire contre des intérêts individuels immédiats et contre le développement de la région.

75Le 6 janvier 2021, le retour de l’extraction par Samarco à Mariana a été définitivement actée par le gouverneur d’état Romeu Zema (Partido Novo – droite libérale), lors d’une cérémonie officielle où étaient convié.e.s les militant.e.s du STS, ainsi que les responsables de relations publiques de Samarco. Même si les membres du STS n’ont pas subi les impacts sociaux et environnementaux directs des ruptures de barrages, ils ont réussi à acquérir une place pour défendre leurs idées et des appuis politiques solides parmi les élu.e.s pro-extraction, actuellement au pouvoir.

Conclusion

76Si les membres du STS soutiennent la croissance du secteur minier, c’est avant tout pour des raisons économiques de court terme. Mais ils ne sont pas les seuls habitant.e.s de la région à soutenir les entreprises minières. L’enquête ethnographique permet de montrer qu’une partie de la population locale développe un certain sentiment d’appartenance au secteur minier, pour des raisons d’identité culturelle, de liens à l’histoire du territoire, de trajectoires familiales ou de dépendance aux politiques d’investissements. Au fil des décennies, Vale a renforcé cet attachement par des assignations identitaires à travers des stratégies d’influence politiques et une multitude de programmes d’investissements (programmes de RSE, campagnes publicitaires, musée, restaurations d’églises et aide à l’embauche). Pour renforcer l’acceptabilité sociale, l’entreprise a su se constituer un réseau de soutiens parmi les responsables politiques, mais aussi à travers des locaux qui se portent eux-mêmes porte-paroles des bienfaits de l’entreprise.

77Bien que les responsabilités de Vale dans les désastres miniers ne soient pas remises en doute, nous n’assistons pas dans le Minas Gerais à des mouvements sociaux massifs ou à des manifestations de grande ampleur. Tandis que l’entreprise cherche à retarder les procès (non-respect des mesures d’évacuation, falsification de documents, manque de manutention et non distribution d’eau potable), les programmes d’investissement ciblés cachent des violations répétées du droit environnemental et des droits humains. La RSE est « une politique d’entreprise ayant des dimensions politiques » (Bory et Lochard, 2009 : 12) et Vale a su s’approprier ces outils pour transformer les relations de domination sur le temps long et former des alliances avec divers acteurs pouvant lui apporter son soutien sur le territoire. Par des stratégies de division des résistances locales, de fabrique de l’acceptabilité sociale et de financement de campagnes politiques, Vale s’assure de rencontrer moins d’obstacles à son extension et construit un continuum du consensus.

78Comme Buu-Sao (2020 : 77) le souligne, « les programmes de RSE sont généralement considérés comme des techniques disciplinaires visant à favoriser le consentement des populations locales ». Cependant, l’étude ethnographique permet de nuancer cet aspect normatif qui obligerait les individus à se conformer aux principes d’organisation. Ce que l’on observe, ce sont des relations de coopération, des alliances temporaires et une auto-identification au secteur minier.

79Cet article, basé sur un travail empirique n’a pas vocation à être exhaustif sur les différentes modalités par lesquelles s’exercent les soutiens ou les résistances à l’extraction minière. Il a montré la construction du sentiment d’appartenance et les formes multiples de soutien à l’extraction minière, qui ne doivent pas être comprises comme des modalités d’exercice de la domination imposées consciemment par une entreprise privée sur une population apathique. Les habitant.e.s s’approprient les dispositifs, s’adaptent aux projets miniers et aux programmes d’investissement et forment des alliances temporaires avec le secteur privé, dans une société d’apparence très hiérarchisée. Les initiatives « pro » ne se situent pas dans un soutien radical à l’entreprise Vale mais dans un continuum (Grajales, Vadot, 2020 : 19) d’identité minière façonné par l’histoire, le poids économique et les investissements de Vale pour la culture et l’éducation. Si les réponses locales de résistances suite aux effondrements de barrages dans le Minas Gerais sont indéniables, il nous a paru ici intéressant de montrer que les formes multiples de rejets ou de soutiens exprimées par les habitant.e.s nous permettent de déconstruire la dichotomie couramment utilisée dominant.e/domminé.e et d’appréhender des relations de domination et de résistance complexes et interdépendantes.

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Notes

1  Pour des données précises sur le désastre de Mariana, voir par exemple les conclusions du Ministère public du MG (MPMG) du 29 octobre 2020 : https://www.mpmg.mp.br/areas-de-atuacao/defesa-do-cidadao/direitos-humanos/noticias/rompimento-da-barragem-de-fundao-em-mariana-resultados-e-desafios-cinco-anos-apos-o-desastre.htm

2  Depuis le début de l’année 2021, l’ANM publie des rapports mensuels sur la stabilité des barrages miniers ainsi que des rapports de visite, qui n’existaient pas auparavant. Ces rapports mensuels sont consultables en ligne : https://www.gov.br/anm/pt-br/assuntos/barragens/boletim-de-barragens-de-mineracao/boletim-mensal

3  Dont l’actionnaire principal est l’entreprise brésilienne Vale, en consortium avec l’entreprise anglo-australienne BHP Billiton.

4  Le nom du mouvement, signifiant #NousSommesSamarco, est directement inspiré du slogan #JeSuisCharlie, apparu suite aux attentats en France contre le journal Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Par la suite, ce slogan et ses dérivés, ont été utilisés au niveau international pour afficher son soutien à des victimes d’attentats notamment.

5  Nous retiendrons ici la définition de Svampa (2011 : 105) : « L’extractivisme doit être compris comme un modèle d’accumulation fondé sur la surexploitation de ressources naturelles en grande partie non renouvelables et sur le déplacement des frontières des territoires jusqu’alors considérés comme “improductifs”. […] Ce modèle comprend non seulement les activités strictement extractives (secteur minier et pétrolier) mais aussi d’autres activités (comme l’agrobusiness et les biocarburants) qui encouragent la logique extractiviste en consolidant la monoproduction. Il englobe également les projets […] dans le domaine des transports (aménagement de voies fluviales, ports, couloirs interocéaniques, entre autres), de l’énergie (grands barrages hydroélectriques) et des communications ».

6  Traduction de Bos et Velut, 2016.

7  Villes créées et contrôlées par une seule entreprise.

8  Rencontré.e.s à plusieurs reprises en 2019 dans leurs locaux du MAB à Brumadinho, lors des regroupements chaque 25 du mois et lors de manifestations à Brumadinho, Mariana et Belo Horizonte. À leur demande, seuls leurs prénoms sont utilisés ici.

9  Rencontré notamment lors d’un entretien le 24 octobre 2019 à Belo Horizonte.

10  Rencontré à diverses occasions en 2019, notamment lors d’un entretien le 2 août.

11  NS Energy, Top five iron ore producing companies of the world from Rio Tinto to the National Mineral Development Corporation, 01/09/2020, https://www.nsenergybusiness.com/features/top-five-iron-ore-producing-companies-world/

12  Données officielles de la bourse de São Paulo, BOVESPA : http://www.b3.com.br/pt_br/

13  Les données utilisées sur Vale sont issues des données officielles du SECEX, organe du ministère des finances et de l’économie du Brésil.

14  Avimar de Melo Barcelos, maire de Brumadinho depuis 2019 et son directeur de cabinet, Décio Junior, lors d’un entretien à la mairie de Brumadinho le 6 août 2019.

15  Association des municipalités minières du MG et du Brésil. Observation d’une semaine en août 2019 lors de leur congrès annuel à Belo Horizonte. Selon l’AMIG, leur objectif est de représenter les intérêts des municipalités à développer l’économie extractive auprès des pouvoirs publics.

16  Ces données officielles sont issues de la cour des comptes brésilienne : https://divulgacandcontas.tse.jus.br/

17  Le terme « communautés », désignant des quartiers à faible revenus, est employé par l’entreprise sur son site pour lancer l’appel à candidatures : http://www.vale.com/brasil/PT/people/oportunidades-brasil/jovem-aprendiz/Paginas/default.aspx

18  Rencontrée à Brumadinho le 25 septembre 2019.

19  Rencontrée à Mariana le 27 juillet 2019.

20  La consommation d’anxiolytiques a augmenté de 79% entre janvier et juillet 2019, celle d’antidépresseurs de 56%, selon Júnio Araújo Alves, adjoint à la santé de la mairie de Brumadinho, rencontré le 25 juillet 2019.

21  Entretien du 16 novembre 2019.

22  Argument qui rappelle celui des habitant.e.s des Andes équatoriennes qui s’adaptent au projet Loma Larga pour « empêcher les jeunes d’émigrer » en leur promettant des revenus stables. Rebaï, Velez, 2018 : 11.

23  Entretien du 30 juillet 2019.

24  Rencontré avec d’autres voisin.e.s du lotissement luxueux Retiro do Chalé le 19 juillet 2019.

25  Défini par Magnan et al. (2012 : 83) comme l’enchainement dans le temps de facteurs d’altération de l’organisation des sociétés et de leurs relations avec l’environnement.

26  Rencontré le 25 novembre 2019 dans les locaux de l’ANM.

27  Le 25 octobre 2019.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Localisation de la zone d’étude et des barrages miniers mentionnés
Crédits Source du fond de carte : Instituto Brasileiro de Geografia e Estatistica (IBGEX). Source : L. Lebeaupin-Salamon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 210k
Titre Figure 2. Photographie de la première manifestation de soutien à l’entreprise Samarco, filiale de Vale, le 17 novembre 2015
Crédits Source : Page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 81k
Titre Figure 3 et 4. Photos des manifestations violentes contre la privatisation de Vale en 1997 à Rio de Janeiro
Légende Traduction de la pancarte : « Contre le programme national de dénationalisation. Vale est à nous ! »
Crédits Source : I. Gonzalez, « Choque nas ruas no Leilão da Vale », quotidien O Globo, 29 avril 1997. En ligne : https://acervo.oglobo.globo.com/​fotogalerias/​choque-nas-ruas-no-leilao-da-vale-9506139.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 313k
Titre Figure 5. Événement pour la publication des conclusions de la CPI sur l’esplanade de l’ALMG en 2019
Crédits Source : L. Lebeaupin-Salamon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 483k
Titre Figure 6. Page de couverture de la page Facebook du mouvement #SomosTodosSamarco montrant des photos de groupe d’employé.e.s de Samarco et des membres du STS devant les locaux de l’entreprise
Crédits Source : page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-5.jpg
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Titre Figure 7. Graphique des exportations du Minas Gerais en 2018
Légende N.B. : Valeur totale des exportations : 23,3 milliards US$.
Crédits Source : ministère de l’Économie et SECEX.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-6.jpg
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Titre Figure 8. Photographie de la visite de la commission environnement au refuge pour animaux de Vale en 2019
Légende Traduction du panneau : « Foire à l’adoption des chiens et chats de Brumadinho. ‘Emmène-moi à la maison’« .
Crédits Source : L. Lebeaupin-Salamon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-7.jpg
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Titre Figure 9. Train touristique de Vale entre Mariana et Ouro Preto en 2019
Légende Traduction de l’inscription : « Train de Vale ».
Crédits Source : L. Lebeaupin-Salamon
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 349k
Titre Figure 10. Ancienne maison familiale de Giselle détruite par les boues toxiques à Bento Rodrigues en 2019
Crédits Source : L. Lebeaupin-Salamon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-9.jpg
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Titre Figure 11. Image publicitaire du STS : « Si vous utilisez ces produits, vous maintenez actif le marché de l’extraction minière »
Crédits Source : Page Facebook du mouvement STS (https://www.facebook.com/​somostodosamarco).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/13829/img-10.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Léa Lebeaupin-Salamon, « Résistances et soutiens à l’industrie extractive dans le Minas Gerais (Brésil). Entre sentiments d’appartenance au secteur minier et construction de l’acceptabilité sociale »Les Cahiers d’Outre-Mer, 285 | 2022, 205-241.

Référence électronique

Léa Lebeaupin-Salamon, « Résistances et soutiens à l’industrie extractive dans le Minas Gerais (Brésil). Entre sentiments d’appartenance au secteur minier et construction de l’acceptabilité sociale »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 285 | Janvier-Juillet, mis en ligne le 02 janvier 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/13829 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.13829

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Auteur

Léa Lebeaupin-Salamon

 Doctorante en science politique. Centre de Recherche et de Documentation des Amériques – CREDA/UMR 7227. Université Sorbonne Nouvelle Paris 3.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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