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Les marquages funéraires mapuche comme enjeux de résistances identitaires : du cimetière « colonial » de Temuco aux Eltún des communautés rurales de l’Araucanie (Chili)

Camille Varnier
p. 13-52

Résumés

À travers une étude de la diversité des cimetières dans la région d’Araucanie au sud du Chili et des logiques d’appropriation différenciées de ces espaces funéraires, cet article propose une réflexion scalaire des processus de résistances identitaires mapuche et des multiples formes de revendications, individuelles et collectives, qui s’expriment après leurs morts, sur leurs tombes. Dans un contexte social et politique divisé où les Mapuche, principal peuple autochtone du pays, sont aujourd’hui encore largement marginalisés et discriminés sur ce qui reste de leur territoire ancestral – ou Wallmapu –, l’accent est mis sur la place qu’ils occupent dans ces cimetières et sur la visibilité de leurs marquages symboliques, depuis l’échelle de Temuco (capitale régionale), jusqu’à celle des communautés rurales des communes de Galvarino, Chol-Chol ou encore d’Ercilla, afin d’interroger et de comparer les différentes formes de résistances à des échelles variées. En effet, bien que les Mapuche soient présents en ville, les mouvements de lutte pour la défense de leur culture et de leur territoire s’organisent avant tout au sein des zones les plus reculées et moins denses de l’Araucanie.

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Texte intégral

Introduction

  • 1   D’après le recensement de 2017 de l’INE, 79,84 % de la population autochtone au Chili se reconnai (...)
  • 2   Pour les Mapuche, le Wallmapu est à la fois entendu comme l’ensemble de leur territoire ancestral (...)

1Difficile d’écrire sur les cimetières de l’Araucanie au Chili sans évoquer la question mapuche1. En effet, la région de l’Araucanie, localisée à environ 700 km au sud de Santiago, fait partie – avec les régions du Bío-Bío, des Lacs et des Fleuves – de ce qui reste aujourd’hui du Wallmapu2 dit « souverain » (Zamora, 2010). Défini comme « l’ensemble du territoire mapuche » (Guevara et Le Bonniec, 2008) ou « pays mapuche » (Sepúlveda, 2012), le Wallmapu a subi au cours de son histoire un processus de réduction drastique marqué entre autres par : la colonisation espagnole au xvie siècle, la construction de la république chilienne et l’installation des « colons » nationaux et européens dans l’outre Bío-Bío à la fin du xixe siècle, ou encore l’implantation de multinationales privées sur le territoire au cours du xxe siècle (Bengoa, 2000). Si les Mapuche se sont forgés une image de « valeureux guerriers » en refusant de se soumettre à l’impérialisme espagnol, tel que le dépeint le célèbre poème d’A. de Ercilla – Araucana (1569) –, la région de l’Araucanie reste fortement empreinte de cet héritage. Encore aujourd’hui, elle est traversée par d’importants enjeux de luttes et de résistances identitaires mapuche tant pour la reconnaissance juridique de leurs droits à la différence (droits collectifs et culturels), que pour la réparation et la restitution intégrale de leurs terres ancestrales (Hirt, 2007 ; Guevara et Le Bonniec, 2008 ; Barbut, 2012).

  • 3   Les plus grands groupes d’entreprises forestières présents en Araucanie sont : MASISA, Mininco, F (...)
  • 4   Titres de propriété redistribués à certains Mapuche (en particulier les agriculteurs et ceux ayan (...)
  • 5   Ce décret-loi encourage la plantation d’arbres « exotiques » dans la région en offrant des subven (...)
  • 6   Ensemble des mythes et des croyances ancestrales.
  • 7   Figure spirituelle mapuche (généralement incarnée par une femme) dont les fonctions principales s (...)

2L’exploitation forestière constitue notamment, pour reprendre l’expression employée par A. Guevara et F. Le Bonniec (2008), l’un des « nouveaux problèmes » auxquels se heurtent actuellement – et parfois très violemment – les communautés mapuche. Débutée dans les années 1930, elle s’accélère suite au coup d’État militaire de 1973 organisé par le général A. Pinochet. Un grand nombre d’entreprises privées transnationales3 s’implantent en territoire mapuche, et ce sans prendre en considération l’existence de leurs « Titres de Merced »4. Ayant acquis leur droit d’exploitation par l’achat de terrains – transférés via la CONAF (Corporation Nationale Forestière) qui fait appliquer le Décret-Loi 7015 promulgué en 1974 sous le régime dictatorial en place – à des prix dérisoires (McFall, 2001 ; Carrasco, 2012), ces multinationales étendent leurs activités, et par conséquent leur emprise, non seulement en Araucanie, mais également dans les régions du Bío-Bío (viiie), des Lacs (xe) et des Fleuves (xive). En moins de dix ans, elles deviennent « l’un des piliers du modèle néolibéral » (Saavedra Peláez, 2002 : 195). De la déforestation au « pillage » des ressources naturelles (Galafassi, 2012) en passant par la transplantation d’espèces arboricoles dites « exotiques » (Neira Ceballos et al., 2012), elles transforment et affectent considérablement le paysage mapuche. Le canelo et l’arrayán par exemple, arbres natifs de la région et fortement symboliques dans la cosmovision6 mapuche sont progressivement remplacés par des monocultures, plus productives, tels que l’eucalyptus. Outre les dommages environnementaux provoqués par cette industrie (pollution des cours d’eau, érosion des sols, destruction de la biodiversité, etc.), c’est finalement tout le système social, culturel – et de fait spirituel – mapuche qui est menacé. Les plantes médicinales utilisées par les Machi7 disparaissent peu à peu, tout comme les espaces sacrés de cérémonies ou les espaces funéraires, désormais aux mains des entreprises forestières :

« À l’intérieur des plantations, il y a des lieux sacrés comme des cimetières anciens, mais les Machi disent que les forces et les êtres tels que les maîtres de la montagne, de l’eau et de la forêt ne sont plus là. Ce Newen [énergie et force positive], cette force qui existait avant, n’est plus […]. Si nous voulons continuer à nous projeter dans notre culture, avec notre croyance, avec notre Kimün [savoir], les conditions appropriées doivent être réunies. Pour cela, nous devons réparer tous les dommages qui ont été causés à notre environnement, à notre nature, à notre milieu, afin de récupérer nos anciennes connaissances » (Reiman, 2001 : 39).

  • 8   En juin 2018, le président S. Piñera installe en Araucanie le « comando Jungla », composé de comb (...)
  • 9   L’expression « zone rouge » pour pointer publiquement du doigt la commune d’Ercilla et criminalis (...)

3Dans le contexte actuel, l’expression du « conflit mapuche » est fortement médiatisée et souvent présentée au grand public du point de vue de l’État comme une lutte « violente », « criminelle » dans laquelle les Mapuche sont systématiquement décrits au travers d’images et de récits simplistes faisant d’eux des « antimodernes », des « hors la loi », voire des « terroristes d’État » (Le Bonniec, 2003 ; Carvajal-del Mar, 2014). Ces stéréotypes participent à la légitimation des inégalités et des discriminations sociales – mais aussi culturelles, ethniques et raciales – déjà largement ancrées dans la société chilienne. Ils contribuent également à renforcer – ou à réveiller – le sentiment de colère et d’injustice des communautés qui, prises en étau entre la société civile, les entreprises privées et l’État, tentent dans un climat constant de répression policière (et judiciaire) de (ré)affirmer à leur échelle et selon des modes d’actions propres à chacune, leur identité. Si les revendications et les actions portées par des groupes de militant-e-s s’organisent dans une région fortement militarisée8, spécialement dans la commune d’Ercilla (Province de Malleco) communément appelée « zone rouge »9 du « conflit mapuche », elles engendrent des risques considérables pour eux et pour leurs familles qui payent parfois de leur vie leur engagement dans la lutte.

  • 10   Cette recherche a été réalisée au cours de la période 2014-2016.
  • 11   Selon Guevara et Le Bonniec (2008), les Mapuche sont aujourd’hui l’un des peuples autochtones les (...)

4C’est dans ce climat de vives tensions sociales et politiques que se situe mon enquête de terrain10. Imprégnée, dès mon arrivée à Temuco, d’une surabondance de discours, de débats et de travaux11 relatifs au mouvement social mapuche et aux diverses formes de discriminations qu’ils subissent au quotidien, j’ai souhaité interroger la place qu’occupent leurs tombes dans les cimetières de la région. Pour cela, l’accent a été mis sur le degré d’intensité de leurs marquages symboliques depuis l’échelle urbaine, jusqu’à celle des communautés rurales de la commune de Galvarino (Colpisur, Perez Neyes, Pitrihuen et Curihuentro), de Chol-chol (Coihue) ou d’Ercilla (Rayen Mapu), afin d’identifier les différentes formes de résistances identitaires à des échelles variées. En effet, si le « conflit mapuche » alimente très fortement les sujets de discussion en ville, il est davantage vécu et ressenti au sein des zones les plus reculées et moins denses de l’Araucanie.

  • 12   Espaces de sépultures traditionnels mapuche. Cf. Encadré de la partie II de cet article.

5À travers une étude de la diversité des espaces de la mort dans la région (cimetières municipaux, de centre-bourg, Eltún12 « actifs » ou tombés aux mains des entreprises forestières, etc.) et des logiques d’appropriation différenciées de l’espace des morts, cet article propose ainsi une réflexion scalaire concernant les processus de résistances identitaires mapuche et les multiples formes de revendications, individuelles ou collectives, qui s’expriment – par le biais de marquages symboliques – après leurs morts, sur leurs tombes. Il repose exclusivement sur la mise en relation de données qualitatives obtenues (parfois non sans difficultés et/ou négociations en raison du contexte ambiant) d’une part, par l’analyse socio-spatiale des lieux de sépultures visités, et d’autre part, à travers la voix de différents acteurs mapuche rencontrés en ville, ou dans les communautés rurales, généralement par le biais d’une interconnaissance.

6À noter que les entretiens dont les extraits sont rapportés tout au long du texte ont principalement été réalisés en 2014. Aussi, pour des raisons évidentes de sécurité, les noms des personnes interrogées ont tous été supprimés.

De l’invisibilité des marquages mapuche dans les cimetières urbains (Temuco) et de centres-bourgs communaux (Galvarino) d’Araucanie…

  • 13   INE. Censo de Población y vivienda 2017.
  • 14   Soit 5 250 565 habitants sur une population totale de 17 574 003 habitants au Chili (INE, 2017).
  • 15   Si le Cimetière Général est l’unique cimetière public de Temuco, la commune compte trois autres c (...)

7Bien que capitale régionale de l’Araucanie et de la Province de Cautín, Temuco est une ville de petite envergure, située à un peu plus de 670 km au sud de Santiago. Avec un total de 282 415 habitants en 2017 (INE, 2017)13, elle se place au sixième rang national des villes les plus peuplées du Chili, loin derrière Santiago dont l’aire urbaine concentre plus d’un tiers de la population totale du pays14. À l’échelle urbaine de Temuco, les premiers temps de mon analyse se porteront exclusivement sur le plus ancien et unique cimetière public de la ville15, le Cimetière Général. Inauguré en 1895, ce dernier est en effet utile pour comprendre l’importance de l’immigration européenne en Araucanie à la fin du xixe siècle, et son influence encore très largement visible et ressentie aujourd’hui à Temuco. Au travers d’une analyse socio-spatiale des différents « jeux de placement » (Petit, 2009) des tombes, mais également par l’étude des marquages symboliques et identitaires, il s’agira d’interroger la place des tombes mapuche dans ce cimetière pour comprendre la place qu’ils occupent dans la société.

Figure 1. Région de l’Araucanie et espaces d’étude

Figure 1. Région de l’Araucanie et espaces d’étude

Source : Instituto Geográfico Militar, 2018. Auteure : C. Varnier.

  • 16   Selon le recensement de l’INE de 2017, le centre-bourg de Galvarino ne concentre que 4 149 habita (...)

8Aussi, dans une perspective de comparaison, j’effectuerai ce même travail d’analyse à l’échelle du cimetière municipal de Galvarino, une petite commune de 11 996 habitants (INE, 2017), située à environ 40 km au nord-ouest de Temuco, dans la région de l’Araucanie (Fig. 1). L’objectif sera alors de comprendre dans quelle mesure les « colons » nationaux et européens arrivés à la fin du xixe siècle sont parvenus à s’implanter et à s’étendre sur les terres de cette commune qui porte le nom d’un Toqui mapuche de la guerre d’Arauco – Galvarino (le guerrier aux mains coupées). De même, la place qu’occupent les Mapuche dans le cimetière est-elle représentative de leur forte présence dans la commune ? Car si les Mapuche représentent 69,58 % de la population communale (INE, 2017), on estime néanmoins qu’une grande partie d’entre eux vit reculée dans les communautés rurales sur des terres délimitées par un « Titre de Merced » et non au sein du centre-bourg16.

Le Cimetière Général de Temuco : un cimetière public colonial

« Au pied d’une colline couverte de forêts enchevêtrées sont regroupés plusieurs “tombeaux” couronnés du signe de la rédemption, gardant les précieuses dépouilles de quelques-uns des premiers fondateurs de cette population naissante et prospère » (extrait du journal El Cautín, le 20 mai 1897, cité par Montanares Vargas, 1994 : 103).

  • 17   Des vestiges funéraires mapuche ont été découverts dans les années 1930 au sein du Cerro Ñielol. (...)
  • 18   Grandes statues en bois sculpté (che : gens / mamüll : bois) utilisées traditionnellement par les (...)
  • 19   Dans le contexte de lutte actuel, certains Mapuche de Temuco ou des environs se réapproprient sym (...)

9Le Cimetière Général de Temuco est situé au nord de la ville juste au pied du Cerro Ñielol, une colline boisée de 90 ha qui servait autrefois d’espace privilégié aux Mapuche pour la pratique de leurs cérémonies rituelles, et notamment funéraires17. Selon une plaque commémorative apposée en 1946 par la société de protection des arbres de cette colline de l’époque (la Sociedad Amigos del Arbol), cette colline aurait été marquée par un événement historique le 10 novembre 1881, à savoir la signature d’un traité qui aurait brutalement mis un terme (deux ans avant la fin de la guerre de « Pacification » de l’Araucanie) au bastion de la résistance mapuche et dès lors placé les terres environnantes sous le contrôle de l’État chilien. Si aucun document officiel n’atteste de cet événement, un monument symbolique – la Patagua del Armisticio – composé de quatre Chemamüll18 (Fig. 2) surplombe néanmoins le Cerro afin de célébrer la mémoire des victimes de cette résistance19 :

« Au pied de cette Patagua, les caciques de Temuco tinrent un parlement le 10 novembre 1881 pour attaquer le fort créé pour protéger la ville naissante. Ils ont été rejetés, promettant plus tard de vivre en paix et de rejoindre la ville, comme de bons Chiliens » (CONAF, 2008 : 247).

Figure 2. Chemamüll du Cerro Ñielol

Figure 2. Chemamüll du Cerro Ñielol

Source : Site officiel de la Municipalité de Temuco (https://www.temuco.cl/​turismo/​monumento-natural-cerro-nielol).

De l’hyper-visibilité des descendants européens…

10Si le Cerro Ñielol est devenu un site touristique surfant – à la limite du folklore – sur la mémoire de la résistance mapuche, on ne peut pas en dire autant du Cimetière Général de Temuco situé en contrebas, qui rend avant tout hommage, dans son organisation spatiale, aux « héros » nationaux de la guerre d’indépendance et à l’expansion coloniale européenne de la deuxième moitié du xixe siècle. En effet, en entrant dans le cimetière, la première chose que l’on remarque est la présence de mausolées situés de part et d’autre de l’entrée principale (Fig. 3).

Figure 3. Organisation socio-spatiale du Cimetière Général de Temuco

Figure 3. Organisation socio-spatiale du Cimetière Général de Temuco

Sources : 1) plan : Municipalité de Temuco ; 2) photographies : C. Varnier, 2014.

11Dominés par le style néoclassique, ils appartiennent en majorité à des individus (et/ou familles) membres de « colonies » étrangères (allemandes, suisses, italiennes, françaises, etc.) arrivés à Temuco à partir de 1882, date à laquelle le gouvernement chilien initie en Europe une importante campagne de recrutement visant à coloniser le sud du Bío-Bío d’une population « blanche » et « compétente » (Fernández-Domingo, 2006).

  • 20   Document équivalent en France au PLU (Plan Local d’Urbanisme). Voir à ce titre : Plan Regulador C (...)

12Entre 1883 et 1912, est estimé à près de 9 200 le nombre d’immigrés européens qui arrivent en Araucanie et se répartissent au sein de « colonies » implantées dans des communes urbaines ou rurales telles que Temuco, Victoria, Traiguén, Nueva Imperial ou Lautaro (Zavala Cepeda, 2008). Agriculteurs, artisans, commerçants ou industriels, ils participent activement au développement économique et social de la région et se placent rapidement en tant qu’élite locale de la « nouvelle » société chilienne. À Temuco par exemple, les colonies allemandes, italiennes et françaises possèdent près des deux tiers des commerces en 1912 (Rojo-Mendoza et Hernández Aracena, 2019). Exerçant un fort pouvoir politique et économique ainsi qu’une influence considérable sur la culture et le patrimoine architectural de la ville, elles forment la classe dominante de la société temuquense. Ainsi, il n’est pas étonnant que leurs membres occupent, dès son ouverture en 1895, les places les plus prestigieuses à l’entrée du Cimetière Général de Temuco (Montanares Vargas, 1994). Leurs mausolées font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine historique et culturel de la ville, protégés, pour la plupart, par le Plan Regulador Comunal20 (2009).

13Bien que les descendants de ces premiers « colons » européens ne soient, quant à eux, pas tous regroupés au sein des mausolées, ils continuent durant tout le xxe siècle d’asseoir leur position sociale hégémonique et leur autorité dans la ville, comme au cimetière où ils conservent des emplacements privilégiés (Fig. 3). Plusieurs figures illustres enterrées au premier plan en témoignent, telles que J. Dolores Rios (1865-1928) [A], « héros » national de la guerre du Pacifique ; l’ingénieur allemand T. Schmidt Weichsel (1834-1924) [B] chargé de délivrer aux « colons » les terres de l’Araucanie récupérées aux Mapuche ; ou encore, la tombe de G. Becker Baechler (1915-1994) [C], descendant allemand devenu maire de Temuco entre 1962 et 1983.

14Encore aujourd’hui, les tombes des descendants allemands, suisses, italiens ou français sont présentes en nombre dans le cimetière de Temuco. Réparties sur l’ensemble de son espace, elles sont très facilement identifiables grâce aux noms de familles des individus enterrés (ex. Massmann, Hitschfeld, etc.) et à leurs épitaphes, écrites dans la langue d’origine.

…aux Mapuche invisibilisés dans le Cimetière Général de Temuco

15Si ces tombes visibilisent la présence de ces descendants européens à Temuco, elles révèlent également une tout autre réalité : celle d’une population mapuche invisibilisée – ce qui ne veut pas pour autant dire absente – dans le cimetière, et plus largement dans la ville. En effet, seule la tombe de V. Coñuepan Huenchual (1905-1968) [D], premier homme politique d’origine mapuche à avoir réussi à s’élever au rang de ministre (1952-1953), est localisée à l’entrée du cimetière. Néanmoins, son emplacement reflète davantage son statut social et politique que son origine mapuche.

16La preuve en est qu’aucune autre tombe mapuche n’est visible – ou du moins repérable – avant d’atteindre la partie la plus reculée du cimetière, autrement dit, celle où se trouvent les fosses communes (Fig. 4). Ce constat, déjà établi dans les années 1990 (Montanares Vargas, 1994), est confirmé par l’administratrice du cimetière, L. Quezada Durán, qui souligne lors d’un entretien de terrain le fait que seules les tombes situées en arrière-plan du cimetière comportent des noms de familles originaires « de la région », sous-entendu mapuche : « Les fosses communes sont dans le fond, entre le patio 40 et 45. Les noms qui sont dessus sont d’ici, de la région. Ce ne sont pas des étrangers » (L. Quezada Durán, directrice administrative du Cimetière Général de Temuco, Temuco).

Figure 4. Exemple de tombe typique mapuche

Figure 4. Exemple de tombe typique mapuche

Source : C. Varnier, 2014.

  • 21   La manière de penser la vie et la mort est associée au sein des croyances mapuche à deux points c (...)

17Outre les noms de familles, d’autres indices permettent de reconnaître à vue d’œil une tombe mapuche. Généralement, celles-ci ne possèdent pas de pierres tombales et sont délimitées par des grilles en bois ou en fer forgé. Aussi, chacun des « barreaux » qui les composent sont souvent taillés en pointe, une forme assimilée dans les discours aux feuilles des Coïgue (Nothofagus Dombeyi, hêtre de l’hémisphère sud largement utilisé dans la culture mapuche pour la confection des urnes funéraires ou des Chemamüll) (Skewes et Guerra, 2015). Enfin, leurs tombes, orientées vers l’Est (vers la Cordillère)21, comportent au moins un élément blanc ou bleu, couleurs associées au « bien » dans la cosmovision mapuche et reliée au « ciel » et aux « nuages » (Rodríguez Domínguez et Saavedra Teigue, 2011).

  • 22Winka, en mapudungún, désigne toute personne qui n’est pas mapuche, autrement dit, « l’étranger »

18Dans le cimetière de Temuco, moins d’une dizaine de tombes correspondent aux critères précédemment décrits. Cela peut signifier deux choses : soit les Mapuche qui y sont enterrés ont été entièrement acculturés et occupent désormais des tombes similaires à celles des Winka22 ; soit ils n’y sont tout simplement pas enterrés. Quoi qu’il en soit, les tombes repérées sont reléguées en arrière-plan, loin de la vue des visiteur-euse-s.

  • 23   Ce n’est qu’en 1962 que l’administration du cimetière de Temuco passe aux mains de la municipalit (...)

19Cette relégation des Mapuche, observable à l’échelle intra-muros – autrement dit celle de « la place des morts » dans l’espace du cimetière –, doit également être appréhendée à une échelle plus large, à savoir la place que celui-ci occupe dans l’environnement urbain. En effet, en 1935, le Servicio de Salud de la Auracanía (en charge à l’époque de l’administration du cimetière)23 décide d’agrandir celui-ci en s’appropriant directement une parcelle du Cerro Ñielol, forêt qui, rappelons-le, reste sacrée pour les Mapuche. Cet acte symbolique traduit la persistance d’une ambition coloniale qui n’a de cesse au xxe siècle – et encore de nos jours – de repousser, toujours plus loin en périphérie, les populations autochtones. Marginalisés, discriminés et déterritorialisés, les « Mapuche actuels », pour reprendre l’expression d’A. Saavedra Peláez (2002), vivent – et meurent – en majorité « hors les murs de la ville » de Temuco, dans les communes rurales avoisinantes :

« Bien qu’il s’agisse d’un cimetière situé sur un terrain mapuche, les Mapuche qui y sont enterrés sont une minorité, phénomène qui se reproduit dans la ville. Leurs espaces de vie et de mort sont aux environs des aires urbaines » (Montanares Vargas, 1994 : 113).

Le cimetière communal « hybride » de Galvarino (centre-bourg)

20À la question : « Y-a-t-il des tombes mapuche dans le cimetière de Galvarino ? », un résident mapuche de cette commune me répond : « Si tu parles du Cimetière Général, c’est sûr que tu vas nous voir, mais pour moi, ce n’est pas l’un des “nôtres”… Celui-là, il est catholique » (Ernesto, le 26 août 2014, Galvarino).

Figure 5. Centre-bourg de Galvarino et localisation du Cimetière Général

Figure 5. Centre-bourg de Galvarino et localisation du Cimetière Général

Sources : 1) à gauche : Foto Aerea Galvarino Atualizada, CONADI, 2014 ; à droite : C. Varnier, 2014.

21Le Cimetière Général de Galvarino est localisé au sud-est, sur les hauteurs du centre-bourg, en lisière de forêt (Fig. 5). Pour y accéder, il faut suivre une route à forte pente. Celle-ci a pour seule issue l’entrée du cimetière délimitée par une grande porte entourée de murets en pierre qui ne permettent pas de visualiser l’intérieur. En y pénétrant, on est ainsi surpris de découvrir à la fois son étendue et son caractère rural. L’odeur de pin et d’eucalyptus qui s’en dégage y est très présente et hormis l’allée centrale qui est pavée, le sol est en simple terre battue. Aussi, la première chose que l’on aperçoit de chaque côté de l’allée principale, ce sont des tombes à caveaux doubles en granit ou en marbre. Bien qu’elles ne possèdent pas d’ornements extravagants et que leur taille reste modeste – il ne s’agit pas de mausolées –, elles apparaissent comme les plus prestigieuses du cimetière, un constat qui se vérifie avec les noms de familles étrangers de leurs occupants : Cortes, Bachmann, Schifferli, Santander, Zamponi, etc. (Fig. 6).

Figure 6. Organisation sociale du cimetière de Galvarino (centre-bourg)

Figure 6. Organisation sociale du cimetière de Galvarino (centre-bourg)

Sources : 1) plan : relevé de terrain, 2014 ; 2) photographies : C. Varnier, 2014.

  • 24   Voir à ce titre : Memoria de la Inspección General de Tierras y Colonización, 1903. Santiago, Ed. (...)

22Ces noms correspondent en effet à ceux de descendants de « colons » nationaux ou étrangers installés à Galvarino à partir de 1883 pour remplir le « contrat » national visant à fertiliser les terres de la région, à aménager les centres-bourgs et à y développer différents secteurs d’activités (commerces, industries, transports, etc.). Sur les 68 familles européennes arrivées à Galvarino entre 1883 et 1900 – ce qui correspond très exactement à 356 personnes et à 4 080 ha de terres usurpées aux Mapuche24 – nombreuses sont celles à avoir consolidé un capital social, économique, politique et culturel (Rojo-Mendoza et Hernández Aracena, 2019) et dont les noms se sont inscrits dans l’histoire de la commune (Bachmann et al., 1982). Mis au premier plan dans le cimetière, ces noms révèlent encore aujourd’hui la présence d’une classe sociale dominante, formée par les descendants de « colons » nationaux et étrangers, qui ne représentent pourtant que 31,5 % de la population totale de Galvarino (INE, 2017).

« Au fil du xxe siècle, le pouvoir se concentrera non seulement dans le centre urbain, mais aussi dans la figure des marchands et des agriculteurs détenteurs de terres et de capitaux, à savoir les Chiliens ou les étrangers chilenizados. » (Voir à ce titre : Extrait de la Revista de Historia y Cultura : Galvarino Ñi Tukulpazugun, juin 2014 : 8.).

23En effet, la majorité des autres tombes qui composent le Cimetière Général de Galvarino sont d’origine mapuche. On les repère facilement grâce à leurs noms de familles : Liempi, Huilcaleo, Millaman, Huilcaman, Huaiquilao, etc., tous répertoriés dans la base de données créée par N. Painemal (2011). De la même façon, leur orientation (tête à l’ouest/pieds vers l’est) est conforme à la manière qu’ont les Mapuche de penser la vie et la mort (cf. note de bas de page n° 21 (Fig. 7).

Figure 7. Orientation des tombes mapuche

Figure 7. Orientation des tombes mapuche

Source : C. Varnier, 2014.

24Outre l’orientation, le style et la composition des monuments funéraires mapuche contrastent fortement avec les tombes en marbre et en granit des descendants de « colons » nationaux ou étrangers observées le long de l’allée centrale. Ils ne possèdent pas de pierres tombales et sont tous délimités par des grilles en bois ou en fer forgées (blanches ou bleues). Cependant, la plupart révèlent – à l’instar de ceux observés dans le Cimetière Général de Temuco – certains signes d’inculturation : croix, couronnes de fleurs, bougies, etc., symboles de la religion catholique (Rodríguez Domínguez et Saavedra Teigue, 2011).

  • 25   Nom qui désigne, en mapudungún (langue traditionnelle mapuche), les chefs de chaque communauté ma (...)
  • 26   Dans la culture mapuche, le Kimche est celui qui détient le Kimün [savoir] et le transmet au grou (...)
  • 27   COrporation NAtionale de Développement Indigène.

25En effet, dès le xvie siècle, les Mapuche ont été forcés sous l’impulsion des missions jésuites (et par la suite de l’État au xixe siècle) de cohabiter avec l’Église catholique qui s’est implantée jusque dans les communautés rurales les plus reculées de l’Araucanie. Face à cela, de nombreux éléments chrétiens ont progressivement incorporé les pratiques, de même que le système de croyance et de connaissance – kimün – mapuche (messes, baptême, concept du « ciel » et du diable, etc.). La croix, devenue omniprésente aux rituels funéraires mapuche a peu à peu remplacé les Chemamüll et les Rewe (troncs d’arbre sculptés et disposés devant les tombes de certaines figures d’autorités traditionnelles mapuche : Lonko25, Machi, Kimche26, etc.) sur les tombes. Pour en observer, il faut désormais se déplacer jusqu’aux cimetières des communautés rurales mapuche, les Eltún, qui bien que reconnus par la CONADI27 comme des « sites à signification culturelle » (sitios de significación cultural) sont eux-aussi aujourd’hui envahis par les croix catholiques (Pizzaro Díaz et al., 2008). Dans les cimetières urbains (ex. Temuco) ou de centres-bourgs communaux (ex. Galvarino), les Chemamüll et les Rewe ont, a contrario, entièrement disparu.

« Avant le Mapuche ne connaissait pas la croix, il utilisait le Rewe et le Chemamüll. Mais l’influence est arrivée. Je crois qu’aujourd’hui 90 % des Mapuche de la ville mettent des croix. […] Malheureusement, j’ai l’impression que ça devient une habitude et le plus inquiétant, c’est que les gens ne savent pas ce que ça signifie vraiment » (Ñanculef Huaiquinao, historien mapuche employé à la CONADI, Temuco).

…à la (ré)affirmation de l’identité mapuche au sein des Eltún – ou cimetières – communautaires ? (Communautés rurales de Galvarino)

26Les Mapuche nomment Eltún, ou Eltuwe, les espaces de sépultures où sont traditionnellement enterrés tous les membres appartiennent à un même Lof (communauté rurale mapuche). Pour la CONADl (2010), il en existe actuellement deux types : les Eltún ancestraux, « non-actifs », correspondant aux anciens cimetières communautaires localisés dans des zones aujourd’hui soumises à une très forte pression économique et politique de la part de l’État et des grandes entreprises (zones récupérées notamment pour l’exploitation forestière) et les Eltún, toujours « actifs », qui correspondent aux cimetières de communautés délimitées par les « Titres de Merced » (post–réductions territoriales). De petites envergures (moins d’un km²) et prenant généralement la forme d’un quadrilatère régulier, ces deux types de cimetières détiennent pour les Mapuche, une grande valeur spirituelle et religieuse :

« Nous appellerons “sites à signification culturelle” les espaces, intra ou extra communautés indigenas, dans lesquels se trouvent des éléments naturels ou fabriqués par eux et qui sont pertinents pour leurs membres car liés à leurs croyances, leur histoire, leurs coutumes, à leurs manifestations culturelles passées ou présentes permettant le sentiment de cohésion sociale, d’appartenance et d’identification à un groupe social déterminé […]. Sont inclus : los Kuel, Eltún, Menoko, Ngillatuwe […] » (CONADI, 2010 : 41-42).

Figure 8. Communautés rurales mapuche étudiées (Galvarino)

Figure 8. Communautés rurales mapuche étudiées (Galvarino)

Source : Mapa Comunidades Título de Merced Galvarino, CONADI, 2014. Auteure : C. Varnier.

27Afin de respecter l’échelle d’analyse et ainsi prolonger les réflexions présentes, il sera ici question de comparer quatre Eltún situés dans différentes communautés rurales mapuche de Galvarino (Fig. 8). Sur les quatre, trois sont encore « actifs » : celui de Colpisur, de Pitrihuen et de Perez Neyes et seront étudiés au sein de cette partie. Le dernier quant à lui, celui de Curihuentro, ne l’est plus. Pris au sein d’un domaine privé forestier, son accès est désormais légalement interdit au public. Si j’ai tout de même réussi à pénétrer les lieux (de façon clandestine et accompagnée), j’ai constaté que l’empreinte mapuche avait été en grande partie effacée. Révélateur du conflit historique régional avec les entreprises forestières et l’État chilien, cet Eltún sera étudié dans la dernière partie de cet article consacrée aux résistances identitaires Mapuche.

  • 28   Le développement de la cartographie mapuche est très récent. Il émerge notamment avec les travaux (...)

28Difficile d’accéder à certains Eltún de la région sans être accompagnée d’une personne de confiance, nécessairement d’origine mapuche et si possible, résidente dans la communauté. En effet, en plus du fait que certains sont généralement érigés dans des zones très isolées et finalement assez peu géoréférencées (pas d’indications in situ, rarement par GPS28), ces sites sacrés ne sont pas toujours ouverts aux visiteur-euse-s, et encore moins aux Winka. Pour s’y rendre, il faut parfois faire jouer son réseau d’interconnaissance.

29Pour chacun des trois Eltún « actifs » visités, que sont celui de Colpisur, de Pitrihuen ou de Perez Neyes, je me souviens avoir été escortée, non pas directement jusqu’aux Eltún comme espéré, mais d’abord au domicile d’un des membres de la communauté (du lof) en question, celui qui en possédait la clé. S’en était alors suivi un long échange avec ce membre et sa famille durant lequel une série de questions m’était adressée : « Qui es-tu ? », « D’où viens-tu ? », « Pourquoi tu t’intéresses à nous ? », « Pour qui travailles-tu ? » – à moi, ou à mes accompagnateurs : « Pourquoi tu nous la ramènes ici ? », « Tu es certain qu’elle n’est pas journaliste ? ». Une fois passé cet « interrogatoire » et les doutes évacués quant à la sincérité de mes intentions, le maté (boisson populaire d’Amérique latine composée de feuilles de Yerba qui se consomme de façon très ritualisée et collective) était à chaque fois partagé en signe de confiance et d’acceptation de nos hôtes. La visite à l’Eltún pouvait alors être envisagée.

30Implantés sur des terrains secs et vallonnés, entourés par la forêt ou les pâturages, ces trois Eltún « actifs » visités comportent moins d’une vingtaine de tombes, toutes orientées en direction de l’est. Sans trop de surprises, ces tombes – exclusivement mapuche – sont pour la majorité marquées de l’influence catholique. La croix y est très répandue et s’accompagne souvent de couronnes de fleurs en papier (de couleur blanche), d’un chapelet ou d’un crucifix. Dans l’Eltún de Pitrihuen, on observe même une croix monumentale en bois (sans sépulture) érigée au centre (Fig. 9).

31x

Figure 9. Croix monumentale au centre de l’Eltún de Pitrihuen

Figure 9. Croix monumentale au centre de l’Eltún de Pitrihuen

Source : C. Varnier, 2014.

Figure 10. Différents types de tombes (Eltún de Colpisur)

Figure 10. Différents types de tombes (Eltún de Colpisur)

Source : C. Varnier, 2014.

32Si celle-ci prolonge, à l’échelle collective, l’adoption forcée par les Mapuche de certains symboles issus de la religion catholique, elle n’est cependant pas conforme au modèle de croix latine que l’on rencontre habituellement. En effet, taillée en pointe aux extrémités – à l’image des feuilles de Coïgue – elle témoigne tout aussi bien d’un syncrétisme que d’un processus de réappropriation territoriale mapuche qui cherche à mettre en lumière des éléments relatifs à leur cosmovision, à leur identité culturelle.

33Dans ce mélange d’influences généré par la confrontation de valeurs issues de systèmes culturels opposés, les formes funéraires observées correspondent quant-à-elles à l’esthétique des tombes mapuche. En faisant abstraction des croix catholiques, on constate qu’elles sont toutes placées au ras du sol et qu’elles ne possèdent aucune pierre tombale. Trois types de tombes se dégagent : celles délimitées par des grilles en bois naturel, celles bornées par des grilles en fer forgé, et celles – plus modestes – pourvues d’un simple petit lopin de terre, quelquefois circonscrit de pierres rondes (Fig. 10).

34À l’issu de ces premiers relevés de terrain, j’ai tout d’abord pensé que ces dernières symbolisaient pour certains Mapuche une volonté de retour à la terre après la mort, et par cela, l’expression d’une forme de revendication identitaire. Or, pour l’anthropologue D. Marimán Gallegos, anthropologue employé à la mairie de Galvarino (département culturel), cette diversité des tombes mapuche correspond moins à un enjeu de luttes pour leur reconnaissance qu’à une simple différence de statut social. Les tombes en fer forgé sont, pour lui, les plus coûteuses et donc celles susceptibles d’appartenir à des Mapuche plus aisés :

« Les tombes les plus riches on les reconnaît parce qu’elles sont en matériel dur. Chez nous ce sont souvent celles qui ont des grilles de fer, de métal. Elles sont plus chères que celles en bois. Là où il n’y a rien, c’est juste parce le Mapuche n’a pas les moyens ou que sa famille n’a pas encore eu le temps de l’arranger, c’est tout » (D. Marimán Gallegos, anthropologue employé à la mairie de Galvarino (département culturel), Galvarino).

35De cette façon, il m’informe que l’/la (ré)affirmation identitaire mapuche s’observe surtout dans les Eltún par la présence de marqueurs symboliques forts tels que le Chemamüll ou le Rewe :

« Lorsque tu vois un Rewe ou un Chemamüll dans le cimetière, là tu peux te dire qu’il y a une volonté de faire ressortir la culture mapuche ou du moins de la préserver. Ce sont deux éléments importants de notre cosmovision. Dans notre secteur, les personnes qui détiennent un Rewe ou un Chemamüll sur leurs tombes sont souvent les Lonko et les Machi » (ibid., le 12 août 2014, Galvarino).

36En effet, comme l’explique J. Ñanculef Huaiquinao (2006), les Chemamüll – dont il préfère l’orthographe « Che-el-mamüll » qui signifie littéralement : « maderas con figuras aparente de gente » (« bois avec figures apparentes d’individus ») – étaient autrefois disposés en tête de toutes les sépultures mapuche, sans exception. Ayant peu à peu été remplacés par les croix catholiques, ils sont aujourd’hui progressivement réintroduits au sein des Eltún, sous l’impulsion d’initiatives personnelles et locales (notamment lors des Eluwun, « funérailles ») :

« Autrefois, dans le mapuche kimün ancestral, les Che-el-mamüll étaient placés dans les cimetières à la tête des tombes de tous les morts. Quand ils virent cela, les missionnaires catholiques nous accusèrent encore une fois de démoniaques et firent tous les efforts pour que notre peuple installe, à la place du Che-el-mamüll, la croix catholique […]. En 2005, à la CONADI, nous avons commencé à financer un projet pour relever l’iconographie ancestrale mapuche et nous avons pu constater que dans beaucoup d’Eltún, nos anciens symboles sont de nouveau présents, du moins à côté des croix catholiques (Ñanculef Huaiquinao, 2016 : 80).

37Cependant, comme le précise J. Saavedra et E. Solave Olas (2019), ils sont désormais exclusivement réservés à certaines figures d’autorité mapuche dont la plus courante – au sein de notre secteur d’étude – reste celle du Lonko :

« Les caractéristiques totémiques du Chemamüll sont aujourd’hui attribuées aux icônes emblématiques de la lignée, représentées par les anciens Kimche, Lonko de la lignée et autorités traditionnelles dans le domaine du sacré (Guillatufe, weupife) » (Saavedra et Solave Olas, 2019 : 45).

  • 29   Cérémonie qui, selon la cosmovision mapuche, a pour objectif de connecter le monde terrestre au m (...)

38Les Rewe, quant à eux, troncs d’arbre taillé en forme d’escalier, sont systématiquement assignés à la figure de la Machi (guérisseur-se traditionnel-le mapuche qui joue l’intermédiaire entre le monde des ancêtres et celui des vivants). Souvent ornés de branches de canelo (Drymis Winteri ou foye en mapudungún, arbre natif de la région), et plus rarement du drapeau de la communauté (lof), ils créent la connexion verticale entre les quatre espace-temps qui, selon les Mapuche, composent l’univers : le Wenu Mapu (« terre d’en haut »), le Anka Mapu (« terre où vivent les ancêtres »), le Nag Mapu (« terre où vivent les hommes ») et le Minche Mapu (« terre d’en bas ») (Foerster, 1993). On les retrouve tout particulièrement au sein des espaces sacrés de cérémonies (ex. Ngüllatuwe)29, à l’entrée des ruka (maison) des Machi ou, dans les Eltún, face aux tombes de ces dernier-e-s.

39S’ils représentent des marqueurs forts de l’identité sociale et culturelle mapuche, au point qu’on les retrouve aujourd’hui érigés sur les places centrales, dans les parcs, musées et autres sites commémoratifs des communes rurales ou urbaines (ex. Cerro Ñielol), les Chemamüll et les Rewe demeurent cependant rares au sein des Eltún. Parmi les trois visités dans les communautés rurales de Galvarino, je n’ai pu observer que deux Chemamüll dans l’Eltún de Pitrihuen et deux Rewe dans l’Eltún de Perez Neyes (Fig. 11). L’Eltún de Colpisur, quant-à-lui, ne possède aucun de ces deux marqueurs symboliques.

Figure 11. Chemamüll et Rewe au sein des Eltún

Figure 11. Chemamüll et Rewe au sein des Eltún

Source : C. Varnier, 2014.

40Aussi, la forme des Chemamüll observée dans l’Eltún de Pitrihuen ne ressemble pas à celle que l’on rencontre habituellement dans les espaces publics ou sacrés mapuche. De très petites tailles (moins d’un mètre de hauteur), ils ne possèdent pas de « figures apparentes d’individus » (Ñanculef Huaiquinao, 2016), mais se ditinguent par une simple architecture triangulaire que l’on peut – une fois de plus – associer aux feuilles de coïgue. Si je me souviens, lors de la visite, avoir exprimé quelques doutes quant à la véracité de ces Chemamüll, mon accompagnateur (que je nommerai ici Ernesto), quant à lui, en était assuré. J’étais, selon lui, en face de la tombe du Lonko Bartolo Pitrihuen – descendant éponyme du chef de la communauté à qui fut remis le « Titre de Merced » (n° 48) en 1887 –, une tombe ornée par un certain type de Chemamüll que l’on appelle localement Alhue (« âme du mort » en mapudungún) :

« C’est vrai qu’ils sont petits pour des Chemamüll. Ils n’ont pas la forme que l’on connait avec le visage, le corps taillé, tout ça, comme ceux que tu peux voir sur la place [Place centrale du centre-bourg de Galvarino]. Les gens d’ici les appellent les Alhue. Je ne sais pas très bien ce que ça signifie en vrai mais c’est une sorte de Chemamüll. En tout cas, elles sont sur les tombes des Lonko. » (Ernesto, Werkén (porte-parole) de la communauté rurale Pedro Lincoñir (commune de Galvarino), Eltún de Pitrihuen.

41Aussi, quelques mois plus tard, en montrant les photographies prises dans cet Eltún à un autre de mes accompagnateurs, Marcelo, ex-prisonnier politique mapuche et résident de la commune de Chol-chol, j’ai eu la confirmation qu’il s’agissait bel et bien d’un type rare de Chemamüll. Afin de me le prouver, celui-ci décide alors de me faire visiter l’Eltún de Coihue à proximité de son domicile qui renferme un Chemamüll plus ordinaire (Fig. 12) :

« Ça fait longtemps que je n’en avais pas vu. Ils sont assez rares par chez nous. Je ne sais pas comment les gens d’ici les appellent exactement mais je sais que c’est un type ancien de Chemamüll ça… […]. Après tu sais, il n’y a pas vraiment de formes uniques. Les Eltún sont très différents dans la région, un peu comme nous finalement » (Marcelo, 1er août 2014, Chol-chol).

Figure 12. Autre exemple de Chemamüll. Eltún de Coihue (Chol-chol)

Figure 12. Autre exemple de Chemamüll. Eltún de Coihue (Chol-chol)

Source : C. Varnier, 2014.

42La multiplicité et la pluralité des discours et des interprétations relatives à la forme et au sens attribué, ici, aux Chemamüll et aux Rewe constitue une porte d’entrée pour comprendre les différences intra et intercommunautaires des Mapuche. En effet, si le processus de « mise en réduction » (Sepúlveda, 2012) engagé par l’État chilien à la fin du xixe siècle a conduit à la fragmentation des Mapuche sur leur propre territoire, il a aussi engendré une recomposition de leur structure sociale et politique qui se traduit localement entre ces communautés rurales « réinventées » (Le Bonniec, 2009) par une hétérogénéité des schémas culturels et des logiques d’appropriation différenciées de l’espace. Reflet de cette hétérogénéité, la variété des Eltún à l’échelle régionale révèle ainsi une certaine subjectivité mapuche dans leur manière de penser la mort et de la matérialiser. Cependant, et malgré la diversité des réalités sociales et culturelles locales, ces espaces funéraires identifiés collectivement comme « sacrés » sont chargés d’une culture commune de résistance, portée par certains Mapuche qui cherchent à (re)constituer la mémoire de leur territoire ancestral – et par cela à (re)construire leur identité ethnique (Hirt, 2006) – en réactivant le rôle et l’existence de leurs figures d’autorités (Lonko, Machi, Kimche, etc.) au travers de marqueurs symboliques forts. Dans le dernier volet de cet article, nous verrons en quoi l’exclusion sociale des Mapuche est alors particulièrement manifeste quand on condamne l’accès à leurs lieux de mémoire ou encore à la pratique de leurs rites funéraires.

Résistances identitaires mapuche : pour la survie d’un peuple dans la vie, comme après la mort

« La société mapuche fut réduite en une société minoritaire, marginalisée, contrôlée par la société chilienne et enfermée dans les réductions territoriales. De cet enfermement surgit leur culture de résistance, la force interne qui leur permet de survivre » (Bengoa, 2000 : 328).

  • 30   Espace humide contenant de nombreuses herbes médicinales utilisées par la Machi.
  • 31   Collines artificielles découvertes dans la vallée de Purén et Lumaco datant de l’époque préhispan (...)

43Bien que reconnus « sur le papier » comme « sites à signification culturelle » (CONADI, 2010), les Eltún – et autres espaces sacrés mapuche (Nguillatuwe, Menoko30, Kuel31, etc.) – ne sont pas pour autant protégés dans la réalité. Leur existence, nécessaire à l’équilibre, à la survie des communautés, est régulièrement menacée sous la forte pression des investisseurs privés, en particulier des entreprises forestières. Face à cette situation, nombreuses sont les figures d’autorités « actuelles » et habitants de communautés rurales mapuche – rejoints par une population hétérogène de militant-e-s non mapuche – à élever publiquement la voix pour réclamer une justice « sociale » qui se veut éminemment « spatiale » (Hirt et Collignon, 2017).

Luttes pour la récupération des anciens Eltún communautaires (exemple de la communauté rurale de Curihuentro, Galvarino. Province de Cautín)

  • 32   Il faut souligner qu’il s’agit ici de la même famille dont les tombes, prestigieuses, occupent le (...)

44C’est notamment le cas d’un des résidents mapuche – que j’appellerai ici René – de la communauté rurale de Curihuentro rencontré en 2014 lors d’une réunion citoyenne organisée à la mairie de Galvarino. Alors qu’il était venu assister aux différents débats en tant que simple spectateur, il m’interpelle en « off » après qu’il a entendu parler de l’étude que je réalisais. Pressé par le temps, il m’explique brièvement que cela fait quatre ans qu’il ne peut plus accéder à son Eltún familial, celui de son lignage (lof), là où reposent ses ancêtres. La raison est que l’entreprise Forestal Galvarino LTDA, dirigée par un descendant de la famille de D. Bachmann Bänniger32, « l’un des premiers colons suisses à arriver à Galvarino en 1885 » (Contreras Orellana, 2016 : 36), est arrivé une nuit sur sa terre et l’a clôturée sans son autorisation. Ne souhaitant pas poursuivre la discussion en public, il me propose un rendez-vous afin de m’emmener directement sur place constater les dégâts causés par cette entreprise forestière.

45Nous nous revoyons donc une semaine plus tard dans le centre de Galvarino. Après un café rapide, nous prenons la voiture en direction de Curihuentro située à dix minutes environ. La tension est palpable. René est assez stressé et refuse catégoriquement que j’enregistre nos conversations par peur qu’elles se retrouvent – « sait-on jamais » – entre les mains des « mauvaises personnes » ; à savoir, pour lui, celles des employés de la mairie ou des entreprises forestières. À notre arrivée, il emprunte un petit chemin de terre et se gare sur le bas-côté. Il m’explique que la zone est surveillée par des hélicoptères et qu’il faut désormais continuer le trajet à pied. C’est donc en pressant le pas que nous arrivons à la limite d’une forêt d’eucalyptus interdite d’accès au public. Pour y pénétrer, il faut « sauter » la clôture.

Figure 13. Saccage d’un lieu de mémoire mapuche (secteur Curihuentro)

Figure 13. Saccage d’un lieu de mémoire mapuche (secteur Curihuentro)

Source : C. Varnier, 2014.

46Devant un tel scénario, je m’attends naïvement à tomber sur un Eltún « remarquable » copieusement chargé de marquages symboliques et identitaire mapuche. Mais alors que nous nous enfonçons dans cette forêt épaisse, René se repérant grâce au « plan de hijuelación » (plan de réduction territoriale de Curihuentro édité en 1935), un espace clairsemé se dégage. Celui-ci me déclare alors : « C’est là ! ». « Là ? », mais « là où ? », je ne voyais rien autour de moi. Je ne voyais rien, tout simplement parce qu’il n’y avait rien. Aucune trace de tombes, aucune croix, aucune pierre, etc. Juste un sol nu entouré d’eucalyptus, c’est tout (Fig. 13).

  • 33   Voir à ce titre : Article de presse du 4 mai 2014 paru dans le Mapuexpress, journal électronique (...)

47Cette absence de marquages identitaires au sein de cet Eltún est révélatrice, à plus large échelle, des dommages causés par les entreprises forestières. En effet, l’Eltún de René est loin d’être une exception dans la région. Beaucoup de familles mapuche se font encore « usurper » leurs terres et, par cela, leurs cimetières33. Ensevelis au moment des déboisements ou des replantations sylvicoles, ces sites sacrés sont pour la plupart détruits, « rayés de la carte », emportant avec eux les traces des anciennes communautés mapuche sur le territoire.

  • 34   Voir à ce titre : Ley Indígena 19.253 de 1993, Titulo II del reconocimiento, protección y desarro (...)
  • 35   Selon le rapport de la FIDH (Fédération Internationale pour les Droits Humains) : « Peuple mapuch (...)

48En plus de nous interroger sur la préservation de la mémoire individuelle et collective des Mapuche, la disparition de ces espaces sacrés pose concrètement la question de leur survie sociale et culturelle, ainsi que celle de leur reconnaissance à l’échelle nationale. En effet, alors que la Ley Indígena n° 19.253, promulguée le 5 octobre 1993 sous le régime démocrate-chrétien de P. Aylwin, promet la reconnaissance des « titres de Merced » comme critères de légitimation des terres autochtones34, la réalité reste encore très éloignée des espoirs portés par certains Mapuche à cette époque. La construction du barrage hydroélectrique de Ralco dans la Cordillère de l’Alto Bío-Bío par l’entreprise ENDESA España en 1997 en est un parfait exemple (Hakenholz, 2004). Soutenu par le gouvernement d’E. Frey Ruiz-Tagle, l’aboutissement de ce projet enclenche « l’inondation de plus de 3 000 hectares de terres dont certaines appartenaient à des communautés », incluant « l’inondation de plusieurs anciens cimetières ainsi que de terrains de cérémonies »35 (Guevara et Le Bonniec, 2008).

49Paradoxalement, l’implantation de cette entreprise marque un tournant majeur dans la lutte engagée par les Mapuche pour la récupération de leurs terres et la revendication de leurs droits. Pour la première fois, en 2002, ces derniers déposent une plainte devant une instance internationale, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, dans le but de contester une décision nationale. Une nouvelle ère de mobilisation, avec de nouveaux modes d’action collectifs (occupation de terres récupérées, sabotages, incendies de forêt, etc.), s’annonce alors plus « radicale » aux yeux de l’État chilien, des entreprises privées et d’une partie de l’opinion publique (Barbut, 2012).

De la résistance mapuche à la tombe : la mémoire des militant-e-s (Cas Rodrigo Melinao Licán. Commune d’Ercilla, Province de Malleco)

« Les Mapuche ne meurent jamais !
Si l’un d’eux tombe, dix se lèvent !
Maricheweu ! »
(Cri de lutte mapuche)

50Ces dernières années, en particulier depuis le scandale du projet Ralco en 1997, ont été marquées en Araucanie par une forte répression policière (et judiciaire) à la fois à l’encontre des Mapuche qui revendiquent la restitution de leurs terres, mais également des sympathisants (non-mapuche) qui soutiennent la lutte (Guevara et Le Bonniec, 2008). Cette répression menée dans un pays qui se veut « État de droit » se solde par de multiples arrestations, condamnations arbitraires (en vertu de la loi 18.314, « loi-antiterroriste », édictée en 1984 sous la dictature militaire), perquisitions, actes de violence symbolique, physique et psychologique exercés sur les adultes (mais aussi les enfants) … allant parfois jusqu’à la mort. Le terme « d’assassinats » est alors employé du côté de la cause mapuche.

  • 36   Voir à ce titre : Rapport annuel d’Amnesty International 2017-2018 dénonce « l’impunité » des per (...)

51Alex Lemún Saavedra, 17 ans, abattu d’une balle dans la tête en 2002 (Ercilla) ; Matías Catrileo Quezada, 22 ans, mort après avoir reçu une balle dans le dos lors d’une manifestation pacifique en 2008 (Vilcún) ; Jaime Mendoza Collio, 24 ans, tué en 2009, lui aussi d’une balle dans le dos reçue après avoir occupé pacifiquement une terre revendiquée (Ercilla), ou encore Camillo Catrillanca Marín, agriculteur de 24 ans exécuté d’une balle dans la nuque en 2018 alors qu’il était au volant de son tracteur (Ercilla), etc. font partie de la (trop) longue liste de jeunes militant-e-s mapuche « assassinés » par la police chilienne dans les zones rurales les plus reculées – et tristement rendues visibles par ces événements – de l’Araucanie. Si la majorité de ces « crimes » restent impunis par la justice chilienne qui se range du côté de l’État36, les noms et les visages de ces jeunes militant-e-s demeurent quant à eux gravés dans les mémoires individuelles et collectives. Par leur mort, ils sont devenus des symboles immuables de la résistance mapuche, des Weichafe (« guerriers ») qui inspirent une toute « nouvelle génération » de militant-e-s, tant rurale, qu’urbaine (Barbut, 2012).

52Au-delà du fait que ces morts, élevés au rang de « martyrs », survivent dans l’esprit des vivants et participent à (ré)alimenter la lutte mapuche, se pose la question de la matérialité de leur mémoire dans les cimetières de l’Araucanie. En quoi le fait de marquer leurs tombes constitue un moyen symbolique pour les Mapuche de prolonger – après la mort – la résistance identitaire, de lutter contre l’oubli et le silence des institutions, et donc, en quelque sorte, de rendre justice aux « assassinés » ?

Des larmes, aux armes…

  • 37   Les incendies de propriétés et de camions forestiers sont l’un des modes d’action privilégié des (...)
  • 38   Voir à ce titre : Article de presse du 6 août 2013 paru dans le journal electronique Emol naciona (...)

53Résident de la communauté rurale Lolocos (Ercilla), Rodrigo Melinao Licán avait 26 ans quand il a été retrouvé mort – tué d’une balle en plein thorax – dans la matinée du 6 août 2013 dans le secteur de Chiguaihue. Ce militant mapuche, père de trois enfants, venait d’être condamné par la justice chilienne à cinq ans de prison ferme pour incendie de forêt37 et à 541 jours pour dommages causés à des véhicules appartenant à l’entreprise forestière Cautín, des faits survenus en 2011. Estimant le procès « truqué » et le procureur « anti-mapuche », il avait refusé de se rendre à l’audience de jugement le 24 juillet 2013, soit deux semaines avant sa mort. Si certains journaux nationaux n’ont pas hésité à relater ce terrible événement en insistant sur les antécédents judiciaires de Rodrigo, et notamment sur son statut de « fugitif »38, sa famille dénonce les pressions et menaces répétées qu’il aurait subies de la part des entreprises forestières pendant son procès, et plus largement la répression et la criminalisation systématique de la lutte mapuche par l’État et la justice chilienne.

  • 39   Ent. Avec H. Melinao Licán, frère de R. Melinao Licán et Werkén de la communauté rurale Rayen Map (...)

54En août 2014, à peine un an après sa mort, je me suis rendue à Ercilla pour m’entretenir avec son frère, Hugo Melinao Licán39. Les informations récoltées à son domicile ainsi que dans l’Eltún de Chequenco – là où est enterré Rodrigo – me permirent d’en savoir un peu plus sur la situation des Mapuche au Chili et sur le sort réservé, d’une part, à ces « morts pour la cause mapuche », et d’autre part, à leurs familles :

« Ils sont responsables de cet assassinat, eux, tous ces gens associés à l’institution publique. Eux et ceux qui viennent nous prendre nos ressources. Nous savons très bien que la justice chilienne ne donnera jamais une réponse correcte à ce que nous attendons. Nous recherchons les coupables qui ont été payés pour assassiner mon frère. L’entreprise forestière Cautín est pour moi responsable… C’est une entreprise raciste, présente dans le secteur de Collipulli […]. La justice chilienne voit les antécédents de mon frère, de l’incendie tout ça. Il est impossible de les poursuivre car ce sont de grandes entreprises capitalistes ! L’entreprise Mininco, la Cautín… elles forment une corporation d’entreprises… Elles sont toutes responsables ! » (H. Melinao Licán, le 13 août 2014, Ercilla).

  • 40   Voir à ce titre : Article de presse du 2 avril 2016 paru dans Mapuexpress : « En la Araucanía, ha (...)

55Par ce « nous », c’est l’ensemble de la communauté mapuche que H. Melinao Licán engage, une « communauté » dont il sait qu’il a le soutien depuis le jour de la mort de son frère. Comme pour Alex Lemún ( ? 2002) et Jaime Mendoza Collio († 2009), tués quelques années plus tôt dans le même secteur géographique, l’annonce de la mort de Rodrigo Melinao Licán a, en effet, immédiatement provoqué de vives réactions, au sein des communautés rurales de la région, mais pas uniquement. Partout dans le pays, ainsi qu’à l’étranger, des manifestations s’organisent dès l’après-midi du 6 août 2013 pour dénoncer publiquement cet énième coup porté à l’ensemble du peuple mapuche, perçu pour de nombreuses organisations militant-e-s et journaux engagés à gauche comme le produit d’un « terrorisme d’État »40 qui n’a que trop duré.

  • 41   Crosse en bois, au départ utilisé dans la pratique du palín, sport traditionnel mapuche proche du (...)
  • 42   Instruments de musique mapuche.
  • 43   Voir à ce titre : Film documentaire de V. Montecinos, 2013, Eluwun, el funeral de un guerrero (18 (...)

56Ce soutien envers la famille Melinao Licán, on le retrouve particulièrement le jour de l’enterrement – ou Eluwun – de Rodrigo. Comme me l’explique son frère, près de 5 000 personnes se sont déplacées ce jour-là jusqu’à la communauté rurale de Chequenco (Ercilla) pour rendre hommage au peñi (« frère ») « assassiné », dénoncer une nouvelle fois les actes de violence commis par l’État, mais aussi et surtout inviter la nouvelle génération à combattre. Assimilables à de grandes manifestations, les enterrements mapuche sont en effet, dans ce type de contexte, avant tout politiques. De nombreuses figures d’autorités (Lonko, Machi¸ Werkén, etc.) y assistent aux côtés de membres de communautés rurales différentes, de Mapuche venus des villes et d’une minorité de sympathisants non-mapuche. Arborant avec fierté leurs tenues traditionnelles, brandissant leurs drapeaux de lof respectifs et autres éléments caractéristiques de leur identité culturelle (wiño41, kultrün et trutruca42, etc.), les Mapuche présents dans le cortège accompagnent à pied ou à cheval le défunt jusqu’à l’Eltún sous les cris de ralliement43. Cet événement funèbre est alors l’occasion de montrer aux yeux de la nation qu’il existe bel et bien une « unité mapuche » – en (re)construction – engagée dans une lutte commune pour la récupération de leur terre :

« Nous avons reçu un soutien très fort lors de l’enterrement. C’est différent quand c’est un assassinat. Dans ces moments-là, le peuple s’unit, toutes les communautés, tous les lof. Chaque communauté agit dans son coin d’habitude, mais quand il y a ce type d’événement, on est ensemble ! On défend la même cause, la revendication de la terre » (ibid., le 13 août 2014, Ercilla).

(Sur)Vivre et laisser mourir les morts…

57L’Eltún de la communauté de Chequenco est assez similaire aux Eltún « actifs » étudiés dans la commune de Galvarino. De très petite taille, il possède moins d’une cinquantaine de tombes, toutes orientées vers l’Est, et majoritairement ornementées de croix catholiques. Leurs formes sont, elles aussi, comparables à celles observées dans les Eltún de Pitrihuen, de Perez Neyes ou de Colpisur, à savoir dépourvues de pierres tombales et délimitées de grilles en bois ou en fer forgé. Cependant, deux tombes se démarquent par les marquages symboliques et identitaires forts qu’elles revêtent : celle de Rodrigo Melinao Licán († 2013) et d’Alex Lemún Saavedra († 2002). Situées dans la partie la plus reculée de l’Eltún, elles témoignent de leur engagement individuel qui les a, certes conduit à la mort, mais aussi à devenir des symboles incontestables de la résistance mapuche.

58C’est accompagnée d’H. Melinao Licán que je me rends dans cet Eltún le 13 août 2014. À une semaine des un an de la mort de son frère, celui-ci souhaite se recueillir en premier sur la tombe d’Alex Lemún Saavedra. Cette dernière parle d’elle-même. En dessous de la croix qui lui a été apposée se trouve une sculpture en bois hautement significative : un poing levé, symbole universel de lutte, de force et d’unité (Vergnon, 2005) (Fig. 14).

Figure 14. Le « poing en l’air » d’Alex Lemún

Figure 14. Le « poing en l’air » d’Alex Lemún

Source : C. Varnier, 2014.

59Ici, ce poing serre un wiño, autre marquage de résistance mapuche. Et ce n’est pas le seul. On y aperçoit également une fronde accrochée à la sculpture, un tokikura (pierre en forme de demi-lune, symbole de force et de pouvoir), des objets personnels ayant appartenu au défunt (une médaille, un portefeuille, un récipient à maté), de même que quelques offrandes : sucreries, fleurs. Enfin, en guise d’épitaphe, une plaque cloutée sous le poing levé dénonçant ouvertement l’« assassinat » d’Alex Lemún Saavedra commis par un membre de la police chilienne et, par cela, les actes de violence et les persécutions perpétuées envers le peuple mapuche (Fig. 15 page suivante) :

Figure 15. « Alex Lemún S. Acecinado el 12.11.02 por caravinero de chile » (« Alex Lemún S. Assassiné le 12.11.02 par la police chilienne »)

Figure 15. « Alex Lemún S. Acecinado el 12.11.02 por caravinero de chile » (« Alex Lemún S. Assassiné le 12.11.02 par la police chilienne »)

Source : C. Varnier, 2014.

60Située à quelques pas, la tombe de R. Melinao Licán n’apparait pas moins chargée de marquages identitaires mapuche. Deux drapeaux y ont été plantés. L’un est d’un bleu uni, symbole du « ciel » et de la « spiritualité » chez les Mapuche. L’autre, sur fond noir, est composé d’une étoile à huit pointes appelée guñelve (étoile d’Arauco qui représente la fleur du canelo). Aussi, comme pour la tombe d’Alex Lemún Saavedra, on y retrouve la fronde et le wiño (Fig. 16).

  • 44   Voir à ce titre : Article de presse du 24 sept. 2013 paru dans le journal électronique Biobiochil (...)

61Et parce que ces marquages identitaires donnent un certain « pouvoir » aux morts, H. Melinao Licán me fait part d’un autre combat auquel l’ensemble de la communauté est confronté : celui de protéger leur mémoire, en « maintenant en vie » la tombe. En effet, selon mon interlocuteur, les tombes des « assassinés » mapuche sont régulièrement profanées par les autorités chiliennes qui cherchent à tout prix à éviter qu’elles ne deviennent des lieux de pèlerinage ou de rassemblement militant. En l’espace d’un an, la tombe de Rodrigo a été profanée trois fois44, faisant disparaître à chaque fois plusieurs marquages :

Figure 16. Tombe de Rodrigo Melinao Licán

Figure 16. Tombe de Rodrigo Melinao Licán

Source : C. Varnier, 2014.

« À l’enterrement je me souviens que la communauté avait fabriqué une immense couronne de la couleur du lof avec son nom. Maintenant, elle n’y est plus. Les pacos [« flics »] viennent et brûlent tout. On tente de remettre, de réarranger la tombe mais c’est sans fin. Ils reviennent et ils cassent tout à nouveau. Ils ne veulent pas qu’elle existe, qu’on se réunisse autour, ça leur fait peur » (H. Melinao Licán, le 13 août 2014, Ercilla).

62Cette violence symbolique exercée à l’encontre des tombes de ces « assassinés » montre que leur mort ne suffit pas. Derrière ces actes de profanation répétés, il y a l’idée de « tuer » ces morts une seconde fois, d’étouffer leur mémoire, de les réduire au silence. Aussi, leurs familles n’échappent pas aux répercussions. À la sortie de l’Eltún de Chequenco, H. Melinao Licán me confie avoir été forcé, suite à la mort de son frère, de quitter sa maison avec toute sa famille après que cette dernière a été violemment perquisitionnée par la police, puis brulée (Fig. 17).

Figure 17. Domicile détruit de H. Melinao Licán (secteur Rayen Mapu, Ercilla)

Figure 17. Domicile détruit de H. Melinao Licán (secteur Rayen Mapu, Ercilla)

Source : C. Varnier, 2014.

Conclusion

  • 45   Ce traité signé par la Couronne d’Espagne reconnaît l’indépendance du territoire mapuche depuis l (...)

63L’histoire de l’Araucanie est intimement liée à celle des Mapuche. Reconnus comme l’un des rares peuples autochtones d’Amérique latine à avoir réussi à se faire entendre face à la domination espagnole (ex. le traité de Quillín en 1641)45, ils continuent d’entretenir une culture de résistance identitaire forte qui s’exerce directement sur ce qui reste de leur territoire ancestral, ou Wallmapu (Boccara, 1998 ; Obregón Iturra, 2015 ; Le Bonniec, 2018). En effet, si les centre-urbains (ex. Temuco) ou centre-bourg communaux (ex. Galvarino) sont aujourd’hui marqués par l’héritage colonial de la seconde moitié du xixe siècle, au point que le patrimoine culturel mapuche soit relégué à l’arrière-plan, les communautés rurales de l’Araucanie (lof) – bien que de plus en plus réduites face à l’implantation des grandes firmes multinationales – s’organisent pour tenter de (re)constituer la mémoire de leur territoire et, par cela, (re)construire et maintenir une identité qui leur est propre.

64Au sein des Eltún « actifs » de ces communautés rurales « réinventées » (Le Bonniec, 2009) de l’Araucanie, la (re)constitution de la mémoire mapuche se traduit spatialement par la réintroduction de marquages identitaires forts (Chemamüll, Rewe, etc.) qui ont pour objectifs de réaffirmer et de réactiver l’existence et le rôle de leurs figures d’autorité (Lonko, Machi, Kimche, etc.). À l’image d’une société mapuche fragmentée, ces marquages peuvent prendre des formes différenciées qui révèlent par là même une certaine subjectivité dans leur manière de penser la mort et de la matérialiser. Cependant, les tombes des « assassinés » démontrent qu’il existe bel et bien une unité mapuche, certes en (re)construction, mais solidaire et engagée dans une lutte commune qui vise à combattre l’oubli et la violence des institutions. À ce propos, H. Melinao Licán conclura notre échange en m’exprimant la « rage » que la mort de son frère a réveillé en lui, une « rage » partagée avec l’ensemble de sa communauté :

« Je ne voulais pas rentrer en lutte, mais les policiers sont arrivés et ont tué mon frère. Depuis, ils ne veulent rien savoir. Notre volonté de vengeance vient de là ! Nous avons la rage, un besoin de vengeance. Nous souhaitons récupérer notre secteur, le secteur Chiguaihue. Nous avons choisi de venir par ici, nous et notre famille pour rentrer en processus de revendication contre l’État du Chili pour avoir assassiné mon frère » (ibid., le 13 août 2014).

  • 46   Voir à ce titre : La décision adoptée par le Comité de l’ONU contre la torture (CAT) concernant l (...)
  • 47   Voir à ce titre : Rapport de HRW de 2019, « Informe mondial 2019. Chile ». URL : https://www.hrw. (...)
  • 48   Voir à ce titre : Article de J. Baleizo, J-J. Hilbe et F. Leonzi, 2014. « La Cour interaméricaine (...)

65Par « l’assassinat » de son frère et la profanation répétée de sa tombe, c’est finalement l’ensemble de la communauté mapuche que l’on cherche à atteindre. En effet, les actes de violence (physique, psychologique ou symbolique), de persécution et de répression de la part de l’État et des forces de l’ordre sont quotidiens au sein des communautés rurales reculées de l’Araucanie. Régulièrement dénoncés et condamnés par les organisations de défense des droits de l’Homme (Amnesty International, l’ONU46, Human Rights Watch47, La Cour IDH48, etc.), ils révèlent une utilisation abusive et disproportionnée de la « loi-antiterroriste » envers les dirigeant-e-s et/ou militant-e-s mapuche qui osent « élever la voix » pour tenter de faire valoir leurs droits collectifs et leur culture, passant inévitablement par la reconnaissance et la restitution de leurs terres ancestrales.

  • 49   Débuté en octobre 2019 en réaction à la hausse des tarifs de transports publics à Santiago – la « (...)
  • 50   Voir à ce titre : Article de presse du 8 juillet 2021 paru dans Le Monde : « Elisa Loncón, indigè (...)

66Aussi, à l’heure où cet article paraît, les revendications mapuche, et plus largement autochtones, trouvent un « nouveau souffle » au Chili. En effet, sous la pression du mouvement social de grande ampleur qui a émaillé le pays à l’automne 2019 (Arturo, 2020 ; Fernández Cáceres et Costa Delgado, 2020)49, un « OUI » massif (78,31 %) l’emporte lors du référendum d’octobre 2020 pour remplacer l’actuelle Constitution chilienne héritée de la dictature d’A. Pinochet. Parmi les 155 citoyen.ne.s élu.e.s les 15 et 16 mai derniers pour rédiger le nouveau texte fondateur qui se veut a priori plus démocratique – et dont les enjeux promettent d’être prioritairement axés sur la réduction des inégalités sociales, le droit et la reconnaissance des peuples autochtones, le droit à la santé, la gestion des ressources naturelles ou encore, l’accès à l’éducation publique (Reman, 2021 ; Dulci et Savidia, 2021) – une femme mapuche, Elisa Loncón50, est élue le 4 juillet à la tête de l’assemblée constituante. Celle-ci, dont le « rêve » est de transformer le Chili en un Chili « plurinational, interculturel, un Chili qui ne viole pas le droit des femmes, les droits des soignant.e.s, un Chili qui prend soin de la Terre-Mère, en un Chili qui nettoie les eaux, en un Chili libre de toute domination » (Extrait du premier discours d’E. Loncón en tant que présidente de l’assemblée, le 4 juillet 2021, Santiago) occupera l’un des 17 sièges réservés aux représentant.e.s de peuples autochtones. S’il s’agit là d’un tournant politique historique pour le Chili, seul le temps et le vote des citoyen.ne.s chilien.e.s prévu en 2022 dira si cette nouvelle Constitution représente une réelle avancée pour le droit et la reconnaissance des Mapuche – comme pour celle des autres peuples originaires qui composent le pays (Aymara, Diaguita, Atacama, Kollas, Quechua, Rapanui, Chango, Kawésqar, Yagan) – et si les espoirs soulevés lors des manifestations de 2019 ont été comblés.

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Municipalidad de Galvarino, 2014. Revista de Historia y Cultura : Galvarino Ñi Tukulpazugun. Memorias de Galvarino. 40 p. [en ligne]. URL : https://issuu.com/bibliotecagalvarino/docs/revista_cultura_galvarino_fndr

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Notes

1   D’après le recensement de 2017 de l’INE, 79,84 % de la population autochtone au Chili se reconnait comme Mapuche, soit plus d’1,7 million d’individus. En Araucanie, 314 174 individus s’identifient comme Mapuche.

2   Pour les Mapuche, le Wallmapu est à la fois entendu comme l’ensemble de leur territoire ancestral (préhispanique et pré-étatique) et utilisé dans le contexte actuel de lutte pour désigner l’ensemble du territoire revendiqué.

3   Les plus grands groupes d’entreprises forestières présents en Araucanie sont : MASISA, Mininco, Forestal Arauco et la Compañia Manufacturera de Papeles y Cartones (CMPC).

4   Titres de propriété redistribués à certains Mapuche (en particulier les agriculteurs et ceux ayant combattu avec les indépendantistes) à partir de 1884 après la guerre de « Pacification » de l’Araucanie (Barrué-Pastor, 2004).

5   Ce décret-loi encourage la plantation d’arbres « exotiques » dans la région en offrant des subventions aux entreprises forestières. Il est toujours en vigueur aujourd’hui.

6   Ensemble des mythes et des croyances ancestrales.

7   Figure spirituelle mapuche (généralement incarnée par une femme) dont les fonctions principales sont de pratiquer la médecine traditionnelle (par les plantes) et de diriger les cérémonies de guérison (Machitun).

8   En juin 2018, le président S. Piñera installe en Araucanie le « comando Jungla », composé de combattants des forces spéciales armées (GOPE). Entrainés aux techniques de contre-insurrection en Colombie et aux États-Unis, ces derniers ont pour mission de lutter contre le « terrorisme » mapuche.

9   L’expression « zone rouge » pour pointer publiquement du doigt la commune d’Ercilla et criminaliser les actions mapuche est assez récente. On l’a vu apparaître dans les médias nationaux sous le gouvernement de S. Piñera (de 2010 à 2014 et de 2018 à nos jours) afin de justifier ses actions répressives dans la région (Pantel, 2012).

10   Cette recherche a été réalisée au cours de la période 2014-2016.

11   Selon Guevara et Le Bonniec (2008), les Mapuche sont aujourd’hui l’un des peuples autochtones les plus étudiés d’Amérique latine. Cela est notamment lié à une médiatisation et à une « résurgence », au début des années 1990, de leurs revendications sur la scène nationale et internationale.

12   Espaces de sépultures traditionnels mapuche. Cf. Encadré de la partie II de cet article.

13   INE. Censo de Población y vivienda 2017.

14   Soit 5 250 565 habitants sur une population totale de 17 574 003 habitants au Chili (INE, 2017).

15   Si le Cimetière Général est l’unique cimetière public de Temuco, la commune compte trois autres cimetières privés où sont enterré.e.s un grand nombre d’habitant.e.s de Temuco : le Parc du Sendero, le cimetière Jardin Parc Las Flores et plus récemment le Parc Jardín Temuco. Ces trois cimetières appartiennent à une nouvelle génération de cimetières survenue à Temuco à partir des années 1990, à savoir celle des « parcs-cimetières » périphériques (Guay, 1991). Ces derniers se distinguent par un paysage funéraire végétalisé et la présence de dalles mortuaires uniformes placées au ras du sol.

16   Selon le recensement de l’INE de 2017, le centre-bourg de Galvarino ne concentre que 4 149 habitants, soit à peine 34,5 % de l’ensemble de la population communale.

17   Des vestiges funéraires mapuche ont été découverts dans les années 1930 au sein du Cerro Ñielol. La plupart sont aujourd’hui exposés au Musée Régional de l’Araucanie situé à Temuco.

18   Grandes statues en bois sculpté (che : gens / mamüll : bois) utilisées traditionnellement par les Mapuche lors de leurs rites funéraires.

19   Dans le contexte de lutte actuel, certains Mapuche de Temuco ou des environs se réapproprient symboliquement le Cerro Ñielol en y organisant ponctuellement des événements culturels et/ou politiques (concerts, assemblées générales, activités sportives, etc.). Il est aussi très souvent le point de départ des grandes manifestations sociales (Painemal Granzotto, 2014).

20   Document équivalent en France au PLU (Plan Local d’Urbanisme). Voir à ce titre : Plan Regulador Comunal de 2009, p. 166. URL : https://www.temuco.cl/wp-content/uploads/2018/12/MEM-Explicativa-R-14.pdf.

21   La manière de penser la vie et la mort est associée au sein des croyances mapuche à deux points cardinaux qui géographiquement opposent, d’un côté : la mer (lafken - Ouest) symbole de la finitude, là où reposent les âmes ; et de l’autre côté, la Cordillère (dewiñ - Est), symbole de la vie, de l’abondance et du Newen. Dans les maisons traditionnelles ou ruka mapuche, les lits sont systématiquement orientés dans le sens inverse des tombes, à savoir vers l’Est, afin que le dormeur puisse recharger son énergie vitale durant la nuit (Ñanculef Huaiquinao, 2016, p. 48).

22Winka, en mapudungún, désigne toute personne qui n’est pas mapuche, autrement dit, « l’étranger ».

23   Ce n’est qu’en 1962 que l’administration du cimetière de Temuco passe aux mains de la municipalité.

24   Voir à ce titre : Memoria de la Inspección General de Tierras y Colonización, 1903. Santiago, Ed. Esmeralda, p. 33. URL : http://www.memoriachilena.gob.cl/archivos2/pdfs/mc0027515.pdf.

25   Nom qui désigne, en mapudungún (langue traditionnelle mapuche), les chefs de chaque communauté mapuche (groupement familial, Lof).

26   Dans la culture mapuche, le Kimche est celui qui détient le Kimün [savoir] et le transmet au groupe.

27   COrporation NAtionale de Développement Indigène.

28   Le développement de la cartographie mapuche est très récent. Il émerge notamment avec les travaux de I. Hirt (2007, 2009) qui ont aidé à « reconstruire » certains territoires mapuche (ex. territoire de Chodoy Lof mapu).

29   Cérémonie qui, selon la cosmovision mapuche, a pour objectif de connecter le monde terrestre au monde spirituel dans le but de maintenir l’équilibre et la prospérité du groupe. Sa fréquence de réalisation est extrêmement variable et dépend des secteurs. Dans certaines communautés, on le pratique au moins deux fois par an.

30   Espace humide contenant de nombreuses herbes médicinales utilisées par la Machi.

31   Collines artificielles découvertes dans la vallée de Purén et Lumaco datant de l’époque préhispanique et utilisées spécifiquement pour enterrer les autorités traditionnelles mapuche (Dillehay, 2007).

32   Il faut souligner qu’il s’agit ici de la même famille dont les tombes, prestigieuses, occupent le premier plan de l’allée centrale du Cimetière Général de Galvarino.

33   Voir à ce titre : Article de presse du 4 mai 2014 paru dans le Mapuexpress, journal électronique local engagé dans la lutte mapuche : « Comunidad mapuche exige respeto y reparación de Eltún (cementerio) usado como basurero ».

34   Voir à ce titre : Ley Indígena 19.253 de 1993, Titulo II del reconocimiento, protección y desarrollo de las tierras indígenas, Párrafo I de la protección de las tierras indígenas, Articulo 12.

35   Selon le rapport de la FIDH (Fédération Internationale pour les Droits Humains) : « Peuple mapuche : entre l’oubli et l’exclusion » (p. 26), il ne restait en 2003 que 8 familles (soit une trentaine de personnes) sur les 162 familles qui vivaient sur la zone avant l’implantation du barrage de Ralco.

36   Voir à ce titre : Rapport annuel d’Amnesty International 2017-2018 dénonce « l’impunité » des personnes reconnues coupables d’« assassinats » mapuche. URL : https://www.amnesty.org/fr/countries/americas/chile/report-chile/.

37   Les incendies de propriétés et de camions forestiers sont l’un des modes d’action privilégié des Mapuche activistes pour lutter contre le système capitaliste. Une terre qui est brûlée est, pour eux, une terre qui ne produit plus, du moins plus dans l’immédiat. Cette pratique est considérée par l’État chilien comme un acte de terrorisme.

38   Voir à ce titre : Article de presse du 6 août 2013 paru dans le journal electronique Emol nacional : « Comunero mapuche que estaba prófugo fue encontrado muerto en Ercilla ». URL : https://www.emol.com/noticias/nacional/2013/08/06/613124/mapuche-que-estaba-profugo-fue-encontrado-muerto-en-ercilla.html.

39   Ent. Avec H. Melinao Licán, frère de R. Melinao Licán et Werkén de la communauté rurale Rayen Mapu (commune d’Ercilla), rencontré via une connaissance en commun vivant à Temuco, le 13 août 2014, Ercilla.

40   Voir à ce titre : Article de presse du 2 avril 2016 paru dans Mapuexpress : « En la Araucanía, hay un terrorismo de Estado ». URL : https://www.mapuexpress.org/2016/04/02/en-la-araucania-hay-terrorismo-de-estado.

41   Crosse en bois, au départ utilisé dans la pratique du palín, sport traditionnel mapuche proche du hockey sur gazon. Cependant, lors de manifestations, il n’est fréquent de voir certains Mapuche brandir ces « bâtons » en signe de résistance. Voir à ce titre : la couverture de l’ouvrage ¡…Escucha, winka…! de Millalén et al., 2006.

42   Instruments de musique mapuche.

43   Voir à ce titre : Film documentaire de V. Montecinos, 2013, Eluwun, el funeral de un guerrero (18 min), qui retrace l’enterrement de R. Melinao Licán. URL : http://cinechile.cl/pelicula/eluwun-el-funeral-de-un-guerrero/

44   Voir à ce titre : Article de presse du 24 sept. 2013 paru dans le journal électronique Biobiochile : « Denuncian profanación de la tumba de Rodrigo Melinao ». URL : https://www.biobiochile.cl/noticias/2013/09/24/denuncian-profanacion-de-la-tumba-de-rodrigo-melinao.shtml.

45   Ce traité signé par la Couronne d’Espagne reconnaît l’indépendance du territoire mapuche depuis le fleuve du Bío-Bío jusqu’à celui du Toltén (Ahues, 2014).

46   Voir à ce titre : La décision adoptée par le Comité de l’ONU contre la torture (CAT) concernant la suspension du renvoi de F. Calfunao Paillalef, militante mapuche exilée en Suisse, le 2 janv. 2020. URL : https://0-www-dalloz--actualite-fr.catalogue.libraries.london.ac.uk/sites/dalloz-actualite.fr/files/resources/2020/01/comite_torture_decision_cat_c_68_d_882_2018_f.pdf.

47   Voir à ce titre : Rapport de HRW de 2019, « Informe mondial 2019. Chile ». URL : https://www.hrw.org/es/world-report/2019/country-chapters/325503#.

48   Voir à ce titre : Article de J. Baleizo, J-J. Hilbe et F. Leonzi, 2014. « La Cour interaméricaine des droits de l’Homme remet en cause l’application de la loi antiterroriste chilienne aux communautés autochtones », La revue des droits de l’homme. URL : https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/revdh/875?lang=es#quotation.

49   Débuté en octobre 2019 en réaction à la hausse des tarifs de transports publics à Santiago – la « goutte d’eau qui fait déborder le vase » (Arturo, 2020) –, la mobilisation sociale surprend par son ampleur exceptionnelle qui s’étend très rapidement à l’ensemble du pays. Le 25 octobre, plus d’un million de personnes d’âge et d’horizons différents sont présentes à Santiago pour protester contre un ensemble d’inégalités et abus de pouvoir qui affectent la société chilienne. Elles réclament des réformes sociales profondes notamment en matière de santé, d’éducation, du système des retraites, ou encore d’accès à l’eau. Voir à ce titre : Article de presse du 26 octobre 2019 paru dans Le Monde : « Mobilisation historique au Chili contre les inégalités ». URL : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/26/mobilisation-historique-au-chili-contre-les-inegalites_6017008_3210.html.

50   Voir à ce titre : Article de presse du 8 juillet 2021 paru dans Le Monde : « Elisa Loncón, indigène mapuche à la tête de la Constituante, promet “un nouveau Chili” ». URL : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/07/08/elisa-loncon-indigene-mapuche-a-la-tete-de-la-constituante-promet-un-nouveau-chili_6087593_3210.html.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Région de l’Araucanie et espaces d’étude
Crédits Source : Instituto Geográfico Militar, 2018. Auteure : C. Varnier.
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Titre Figure 2. Chemamüll du Cerro Ñielol
Crédits Source : Site officiel de la Municipalité de Temuco (https://www.temuco.cl/​turismo/​monumento-natural-cerro-nielol).
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Titre Figure 3. Organisation socio-spatiale du Cimetière Général de Temuco
Crédits Sources : 1) plan : Municipalité de Temuco ; 2) photographies : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 4. Exemple de tombe typique mapuche
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 5. Centre-bourg de Galvarino et localisation du Cimetière Général
Crédits Sources : 1) à gauche : Foto Aerea Galvarino Atualizada, CONADI, 2014 ; à droite : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 6. Organisation sociale du cimetière de Galvarino (centre-bourg)
Crédits Sources : 1) plan : relevé de terrain, 2014 ; 2) photographies : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 7. Orientation des tombes mapuche
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 8. Communautés rurales mapuche étudiées (Galvarino)
Crédits Source : Mapa Comunidades Título de Merced Galvarino, CONADI, 2014. Auteure : C. Varnier.
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Titre Figure 9. Croix monumentale au centre de l’Eltún de Pitrihuen
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 10. Différents types de tombes (Eltún de Colpisur)
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 11. Chemamüll et Rewe au sein des Eltún
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 12. Autre exemple de Chemamüll. Eltún de Coihue (Chol-chol)
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 13. Saccage d’un lieu de mémoire mapuche (secteur Curihuentro)
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 15. « Alex Lemún S. Acecinado el 12.11.02 por caravinero de chile » (« Alex Lemún S. Assassiné le 12.11.02 par la police chilienne »)
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 16. Tombe de Rodrigo Melinao Licán
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Titre Figure 17. Domicile détruit de H. Melinao Licán (secteur Rayen Mapu, Ercilla)
Crédits Source : C. Varnier, 2014.
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Pour citer cet article

Référence papier

Camille Varnier, « Les marquages funéraires mapuche comme enjeux de résistances identitaires : du cimetière « colonial » de Temuco aux Eltún des communautés rurales de l’Araucanie (Chili) »Les Cahiers d’Outre-Mer, 285 | 2022, 13-52.

Référence électronique

Camille Varnier, « Les marquages funéraires mapuche comme enjeux de résistances identitaires : du cimetière « colonial » de Temuco aux Eltún des communautés rurales de l’Araucanie (Chili) »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 285 | Janvier-Juillet, mis en ligne le 02 janvier 2024, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/13599 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.13599

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Auteur

Camille Varnier

Chercheure postdoctorante. Équipe de Recherche sur les Cosmopolitiques Autochtones (ERCA). Université du Québec à Montréal (UQAM).

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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