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Gouvernance de la Covid-19 et impacts socio-économiques et politiques des mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie au Cameroun

Antoine de Padoue Nsegbe, Désiré Ndoki et Aristide Yemmafouo
p. 419-435

Notes de la rédaction

Le comité de rédaction a réalisé des modifications directes dans le texte : suppression des décimales dans les %, notamment pour alléger le texte, ajustements quand manque de clarté ou articulation moins évidente liée à écriture à plusieurs mains, quelques reformulations, réduction.

Texte intégral

1Au Cameroun de nombreuses mesures préventives sont prises par le Gouvernement pour contenir la propagation de la COVID-19 dont le premier cas a été déclaré le 6 mars 2020. Elles renforcent l’option d’un confinement partiel à travers la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, les fermetures préventives des établissements de formation et d’enseignement, alors que sont entrebâillés les accès des infrastructures économiques (Yapi-Diahou, 2020), notamment les marchés d’approvisionnement en vivres et les gares routières. La limitation des déplacements et l’instauration du couvre-feu illustrent les mesures de contrôle des populations et des mobilités. Les flux de denrées alimentaires et autres produits de base s’amenuisent sous l’effet des restrictions de déplacements et de bouclage des frontières. Les activités et revenus monétaires baissent drastiquement. Très vite, les mesures ainsi prises s’avèrent lourdes de conséquences pour les opérateurs économiques et pour les ménages, en particulier les plus modestes. Or dans le même temps, les grandes entreprises s’adaptent à la situation.

2La présente contribution vise à ouvrir une réflexion sur les conséquences économiques, sociales, politiques et spatiales des mesures prises ou non par les autorités pour contenir la propagation du virus. Partant d’un état des lieux de la situation, il s’agit d’analyser les répercussions de la crise sur l’activité générale des entreprises diverses. Il s’agit aussi de voir comment cette situation a modifié le quotidien des populations, en particulier celles vivant dans les centres urbains où la gestion de la pandémie est arbitrée par le duel entre l’opposition au gouvernement et le pouvoir en place.

3Nous inscrivant sur une perspective à la fois qualitative et quantitative, nous avons fait le postulat que les mesures prises par les pouvoirs publics camerounais pour lutter contre la pandémie de la COVID-19 ont induit des contrecoups sur l’activité générale des entreprises ainsi que sur leurs différentes fonctions, et par répercussion sur la vie nationale. Cette contribution s’appuie principalement sur des rapports : les résultats de l’enquête menée par le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM) du 13 au 21 avril 2020 auprès des entreprises ; les résultats de l’enquête menée par l’Institut national de la statistique (INS) auprès d’un échantillon de 770 entreprises et 1310 ménages ; les résultats de l’étude conduite par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur les effets socioéconomiques potentiels de la COVID-19 au Cameroun et les rapports de situation COVID-19 publiés hebdomadairement par le Ministère de la santé publique. Nous nous sommes également appuyés sur la presse. Ces informations ont été complétées par des observations in situ et des entretiens auprès d’opérateurs économiques du secteur informel.

La Covid-19 au Cameroun : de l’importation des cas à la diffusion à l’intérieur du pays

4Au Cameroun, le premier cas de Covid-19 a été déclaré le 06 mars 2020. Face à l’exacerbation des cas en Europe, les Camerounais de la diaspora se mobilisent pour un retour en masse dans deux vols. Le mardi 17 mars, deux vols Air France atterrissent respectivement à Douala et Yaoundé. Sur les près de deux cents passagers à bord du premier vol, 144 passagers seront plus tard déclarés positifs, contre 3 sur 158 pour le vol à destination de Yaoundé. Malgré la quarantaine décidée pour l’ensemble de ces passagers, le nombre de cas s’accroît de façon exponentielle à partir de la fin du mois de mars (Figure 1), particulièrement dans les régions du Centre et du Littoral. Au 30 mars 2020, le pays compte 142 cas confirmés dont deux décès. Bien que les cas recensés restent encore relativement faibles, les tendances suggèrent que la situation risquerait de s’aggraver si des mesures appropriées ne sont pas prises pour freiner la propagation du virus.

Figure 1 - Évolution du nombre de cas d’infection déclarés au Cameroun entre le 6 et le 30 mars 2020

Figure 1 - Évolution du nombre de cas d’infection déclarés au Cameroun entre le 6 et le 30 mars 2020

Source des données : MINSANTE, 2020

5Au 31 mars, la tendance exponentielle envisagée par le PNUD (2020) indiquait que le Cameroun atteindrait la barre de 1 000 cas d’infection au bout de 22 jours. Le MINSANTE (2020) quant à lui projetait à la même date que le nombre de cas dépasserait 3 800 en quatre semaines. Entre le 1er et le 3 mai 2020, 201 nouveaux cas sont confirmés, 128 dans le Centre, 11 à l’Est, 1 à l’Extrême-Nord, 32 au Littoral, 7 au Nord, 18 à l’Ouest, 2 au Sud et 2 au Sud-Ouest. Cette situation au niveau national se caractérise par des disparités régionales. En effet, entre le 31 avril et le 20 mai, trois régions sont les plus touchées : le Centre, premier foyer de contamination avec une forte croissance du nombre de cas enregistrés ; le Littoral avec les premiers cas de confirmation, à la suite de cas suspects mis en quarantaine ; la région de l’Ouest où la propagation de la maladie semble plus maîtrisée (Figure 2). La situation des décès dans la même période suit les mêmes tendances (Figure 3). Les données montrent bien que les projections faites par le PNUD (2020) et le MINSANTE (2020) sont relativement conformes à la réalité. Ces régions comptent les deux principales métropoles du pays, elles sont les plus connectées aux réseaux globaux. Par ailleurs, au-delà des très fortes densités de population dans ces régions, particulièrement dans les capitales régionales (Yaoundé, Douala et Bafoussam), la mobilité des individus est très importante malgré les appels au respect des mesures édictées par les pouvoirs publics. De plus, les consignes de quarantaine n’ont pas été respectées par tous les cas suspects. Les régions dans lesquelles les nombres de contaminations apparaissent faibles sont l’Adamaoua, l’Extrême-Nord, le Nord et le Nord-Ouest.

Figure 2 - Répartition des cas confirmés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020

Figure 2 - Répartition des cas confirmés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020

Figure 3 - Répartition des décès recensés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020

Figure 3 - Répartition des décès recensés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020

Sources des données : MINSANTE, 2020

6La tranche d’âge la plus infectée (30-39 ans) représente 40 % des cas. Viennent ensuite les tranches 20-29 ans et 40-49 ans avec respectivement 33 % des cas et 29 % des cas. Il s’agit en effet des groupes d’âges les plus mobiles. Le nombre de cas a continué d’augmenter, le pic de contamination ayant été atteint au mois de juin (Figure 4).

Figure 4 - Courbe épidémique des cas confirmés de COVID-19 entre le 31 avril et le 8 septembre 2020

Figure 4 - Courbe épidémique des cas confirmés de COVID-19 entre le 31 avril et le 8 septembre 2020

Sources des données : MINSANTE, 2020

Des mesures préventives aux conséquences socio-économiques désastreuses

7Comme il a été relevé plus haut, l’arrivée en une journée de 147 cas testés positifs amène le Gouvernement à travers le Premier Ministre, à rendre public les 13 mesures prises par le Président de la République dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 (encadré 1). Ces mesures ont été réaffirmées le 24 mars 2020 pour être appliquées de façon plus stricte, ce qui a sclérosé l’activité économique avec en prime des effets systémiques sur l’ensemble de la vie nationale.

Encadré 1 - Mesures préventives contre la COVID-19 prises par le gouvernement camerounais
– les frontières terrestres, aériennes et maritimes du Cameroun seront fermées et tous les vols passagers en provenance de l’étranger suspendus ;
– la délivrance des visas d’entrée au Cameroun aux différents aéroports est suspendue ;
– tous les établissements publics et privés de formation relevant des différents ordres d’enseignement, de la maternelle au supérieur, y compris les centres de formation professionnelle et les grandes écoles seront fermés ;
– les rassemblements de plus de cinquante (50) personnes sont interdits sur toute l’étendue du territoire national ;
– les compétitions scolaires et universitaires sont reportées, à l’instar des jeux FENASSCO et des jeux universitaires ;
– les débits de boissons, les restaurants et les lieux de loisirs seront systématiquement fermés à partir de 18 heures, sous le contrôle des autorités administratives ;
– un système de régulation des flux des consommateurs sera instauré dans les marchés et les centres commerciaux ;
– les déplacements urbains et interurbains ne devront s’effectuer qu’en cas d’extrême nécessité ;
– les conducteurs de bus, de taxis et de mototaxis sont invités à éviter des surcharges dans les transports publics ;
– les formations sanitaires privées, les hôtels et autres lieux d’hébergement, les véhicules ainsi que les équipements spécifiques nécessaires à la mise en œuvre du plan de riposte contre la pandémie du COVID-19 au Cameroun pourront être réquisitionnées en tant que de besoin, à la diligence des autorités compétentes ;
– les administrations publiques devront privilégier les moyens de communication électronique et les outils numériques pour les réunions susceptibles de regrouper plus de dix (10) personnes ;
– les missions à l’étranger des membres du Gouvernement et des agents du secteur public et parapublic sont suspendues ;
– les populations sont invitées à observer strictement les mesures d’hygiène recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé. https://www.prc.cm/​fr/​actualites/​4151-coronavirus-mesures-instruites-par-le-president-paul-biya

Des répercussions sur l’activité générale des entreprises

8Neuf chefs d’entreprise sur dix estiment être négativement impactées par la COVID-19. Cette situation est la même aussi bien dans le secteur formel qu’informel, et ceci quelle que soit la taille de l’entreprise. Toutes les branches sont fortement impactées (Figure 5), avec une incidence relativement moindre en ce qui concerne les services de santé et les PME de taille modeste.

9Cette situation a notamment créé des dysfonctionnements pour les entreprises. Ainsi, près de 80 % des chefs d’entreprise dans le secteur formel estiment connaître un ralentissement moyen ou important de leur activité. Dans le secteur informel, ce ralentissement concerne près de 82 % de chefs d’unité informelle (INS, 2020). Certaines de ces unités sont cependant parvenues à se réorganiser pour faire face aux difficultés, par exemple en orientant leurs activités autour de la COVID-19 : fabrication des masques, des gels et autres dispositifs de lavage des mains. Globalement le secteur des services semble plutôt moins affecté (26 %), alors que les entreprises industrielles (69 %) affirment que leur production est directement affectée.

Figure 5 - Impacts globaux selon le type d’entreprise

Figure 5 - Impacts globaux selon le type d’entreprise

GE : Grandes Entreprises UPI : Unités de Production Industrielle

Sources des données : INS, 2020

Figure 6 - Situations d’arrêt des activités par type d’entreprise

Figure 6 - Situations d’arrêt des activités par type d’entreprise

GE : Grandes Entreprises UPI : Unités de Production Industrielle

Sources des données : INS, 2020

10Par ailleurs, des situations d’arrêt temporaire ou définitif des activités ont également été relevées (Figure 6). Elles concernent près de 13 % des entreprises du secteur informel et 16 % des entreprises du secteur formel, dont 5 % pour les grandes entreprises et 10 % pour les PME. Aussi, il convient de relever que ces entreprises en arrêt temporaire ou définitif sont particulièrement présentes dans l’éducation, le tourisme et restauration, et la construction (GICAM, 2020).

Des répercussions importantes sur les performances des entreprises

Sur la production et le chiffre d’affaires

11De manière générale, 82 % d’entreprises connaissent une baisse de leur production. Parmi ces entreprises, 69 % appartiennent au secteur industriel et 26 % aux services. Toutefois, cette situation est plus prononcée dans les entreprises du secteur formel que du secteur informel dont la capacité de résilience s’est avérée plus forte. En termes d’incidence, près de la moitié des entreprises affectées négativement précisent avoir enregistré une baisse de plus de 50 % de leur production. Le chiffre d’affaires des entreprises durant la crise a été comparé à celui de 2019 à la même période. Il y a une baisse pour près de 95 % d’entreprises. Et pour celles-ci, près de la moitié relève une baisse de plus de 50 %.

Sur l’emploi

12La baisse de la production et du chiffre d’affaires a contraint 58 % des entreprises à réduire leurs effectifs. Ce phénomène est relativement plus présent dans les grandes entreprises, 65 % d’après le GICAM (2020), alors que pour l’INS (2020), les PME du secteur moderne seraient les plus touchées avec près de 62 % des entreprises concernées. De plus, cette perte d’emplois concerne aussi bien le personnel temporaire que le personnel permanent. Les branches les plus touchées sont l’éducation, l’hôtellerie et la restauration, la sylviculture et la construction. Par ailleurs, l’écart entre les entreprises de services et les entreprises industrielles est également important. 51 % des entreprises de services estiment que les ressources humaines sont affectées directement contre 44 % chez les entreprises industrielles. Les pertes d’emplois se traduisent soit par la mise en chômage technique (43 %), soit par le licenciement – réduction des effectifs – (43 %). Rappelons enfin que dans 23 % des grandes entreprises, les effectifs sont restés stables. On a enregistré 6 % d’augmentation des effectifs dans les entreprises industrielles, contre 3 % dans les PME. Cette augmentation des effectifs est imputable à la reconversion opérée dans les PME et unités de production industrielles dont l’offre s’est adaptée à la demande grandissante, par exemple : fabrication de masques, gels et dispositifs de lavage des mains.

Sur les prix

13La pandémie a également eu des effets sur les prix à la production dans 49 % des entreprises enquêtées. La baisse des prix est enregistrée par près de 37 % des entreprises enquêtées, alors que la hausse est soulignée par seulement 11 % des chefs entreprises. La baisse est majoritairement enregistrée dans les branches de l’agriculture et de l’élevage, en raison de la baisse de l’activité dans la branche hébergement (hôtellerie) et restauration, mais aussi compte tenu de la fermeture des frontières qui a fermé le marché sous-régional alors que les récoltes étaient abondantes. Dans le secteur agricole, la filière du maraîchage est la plus touchée par la pandémie. La détresse du secteur de la tomate a notamment fait l’objet d’une plus grande médiatisation par rapport aux autres. Au début du mois d’avril, les marchés de la capitale économique étaient inondés de tomates. Le cageot se vendait à 2 500 Fcfa contre 6 000 Fcfa l’année d’avant à la même période. Entre la mi-avril et le mois de juin, à Bantoum et Foumbot, deux bassins de production de la tomate situés respectivement dans le Ndé et le Noum (région de l’Ouest), le cageot se négociait à 800 Fcfa, prix bien moindre qu’à l’habitude, alors que les prix du transport ont connu une flambée. Faute de débouchés, des producteurs ont été contraints à l’abandon de récoltes aux champs ou en bordure de route. Pour écouler à tout prix la tomate, certains revendeurs parmi les plus ingénieux avaient opté pour la vente par tricycle au porte à porte.

14La hausse des prix a davantage concerné les produits alimentaires et vestimentaires importés. En effet, la rupture des chaînes logistiques a contracté l’offre, alors que la demande s’est fortement accrue, notamment dans les ménages au sein desquels les unités de consommation sont restées groupées et longtemps confinées, et ce de façon inhabituelle. Cette hausse de la demande a suscité la spéculation de la part des importateurs qui, malgré les rappels à l’ordre et les contrôles du Ministère du Commerce, sont parvenus à une hausse des prix. Dans le secteur de l’habillement, de l’informatique et de la téléphonie, la fermeture des frontières a stoppé les approvisionnements depuis la Chine. Cette situation a conduit à un renchérissement des prix, des grossistes aux petits revendeurs.

Répercussions sur les échanges

15Dans son évaluation sommaire sur les effets potentiels de la pandémie sur l’économie du Cameroun, le PNUD (2020) indiquait déjà, parmi les implications négatives attendues, la rupture directe des chaînes d’approvisionnement mondiales, le fléchissement de la demande finale des biens et services importés, l’arrêt complet des flux touristiques, la détérioration de la confiance des entreprises et des consommateurs. Ce ralentissement de la demande mondiale couplé avec l’incertitude sur la propagation de la pandémie a aussi provoqué une panique sur les marchés financiers et la forte chute des prix des matières premières, principalement le pétrole brut. Ces prévisions se confirment, par exemple les chefs d’entreprise soulignent que les principales contraintes auxquelles ils sont confrontés sont notamment la baisse de la demande, les difficultés d’approvisionnement et de financement.

16En ce qui concerne la baisse de la demande et les difficultés d’approvisionnement, elles émanent davantage du marché intérieur, alors que les difficultés de financement relèvent de l’extérieur. Les chefs d’entreprise rencontrent à 94 % une baisse de la demande et à 76 % une baisse de l’approvisionnement intérieur en raison de l’instauration d’un système de régulation des flux des consommateurs dans les marchés et les centres commerciaux. Par ailleurs, et contrairement aux autres types d’entreprises, 60 % des grandes entreprises font face aux difficultés d’approvisionnement de l’extérieur et près de la moitié précise plutôt rencontrer une baisse de leur demande extérieure, probablement en raison de la fermeture des frontières. Pour ce dernier point, les grandes entreprises concernées sont notamment présentes dans les branches sylviculture, hébergement et industries manufacturières, secteurs les plus touchés. Les difficultés liées au financement extérieur sont relevées par près de 72 % des chefs entreprises. La variation des prix a également été un canal important de transmission des effets de cette pandémie auprès des entreprises (61 %). En ce qui concerne la dynamique d’activité, il ressort que 87 % des entreprises déclarent éprouver des difficultés à écouler leurs produits. Les chefs des PME attribuent cette situation principalement à la baisse de leur clientèle interne (78 %). Pour les grandes entreprises, la baisse de la clientèle est soulignée par 54 % de patrons, mais 35 % mettent en relief la fermeture des frontières.

17Le Groupement Inter patronal du Cameroun (GICAM) a initié une série de concertations avec les pouvoirs publics afin de trouver des voies et moyens pour amortir les chocs subis. Des mesures ont été annoncées le 30 avril 2020. Elles portent notamment sur la fiscalité, sur des reports ou exonération de taxes (par exemple, l’exonération au titre du 2e trimestre, de l’impôt libératoire et des taxes communales (droit de place sur les marchés, etc.) au profit des petits revendeurs de vivres – bayam sellam) et sur l’augmentation d’allocations familiales.

Quels effets sur les groupes sociaux ?

Un système éducatif fortement impacté et une aggravation des inégalités

18Les mesures de restrictions prises par le gouvernement pour faire face à la pandémie, en particulier la fermeture de tous les établissements publics et privés d’enseignement, de la maternelle au supérieur, y compris les centres de formation professionnelle et les grandes écoles, ont affecté directement la scolarisation de plus de 7,2 millions d’élèves et étudiants sur l’ensemble du territoire, dont plus de 4,3 millions d’enfants inscrits au primaire (UNESCO, 2020). La pandémie est davantage venue renforcer les écarts en matière d’instruction entre le milieu rural et le milieu urbain. En effet, le rapport MICS-5 (INS, 2015) indiquait déjà que la proportion de personnes non instruites est plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain. Cette fracture s’est davantage creusée avec les mesures d’enseignement à distance prises pour éviter une année blanche. Ainsi, au-delà de la mise en ligne des enseignements par les universités, les établissements d’enseignement secondaire ont mobilisé les médias (radio et télévision) pour dispenser les enseignements en direct sur différentes antennes, afin de répondre aux attentes des élèves des classes d’examen. Sauf que beaucoup de localités enclavées souffrent d’une insuffisance, voire d’un déficit chronique en énergie électrique, facteur qui a marginalisé les élèves de ces localités, rendant impossible l’accès aux savoirs dispensés via ces médias. S’agissant des étudiants, les inégalités sociales, la fracture numérique urbain-rural et riches-pauvres ont été mises à nu, avec plusieurs milliers d’entre eux incapables d’accéder aux enseignements mis en ligne, en raison de l’absence de moyens pour avoir une connexion internet, et/ou d’un ordinateur ou d’un téléphone avec accès internet.

Baisse des revenus des ménages, intensification du chômage et bouleversement des modes de vie

19Il a été indiqué plus haut que la baisse de la production et du chiffre d’affaires des entreprises opérant dans différents secteurs d’activité a contraint les entreprises à contracter leurs effectifs. Au-delà de la mise en chômage partiel et/ou total des employés, le revenu des ménages s’est considérablement effrité, compromettant ainsi leurs capacités d’approvisionnement et impactant par la même occasion leurs conditions de vie.

20En effet, d’après le Bureau central de recensement et d’étude de la population (BUCREP, 2005), le taux d’emploi au Cameroun est de 45 %, bien en deçà du niveau recommandé de 50 à 70 %. L’INS (2015) dans l’enquête MICS-5 indique que 54 % de la population active exerce dans les services et la vente, 47 % occupe un travail manuel qualifié. Mais dans l’ensemble, il s’agit d’activités informelles. Dans les grandes villes, Douala et Yaoundé notamment qui concentrent à elles seules 33 % d’Unités de Production Informelles dénombrées sur l’ensemble du territoire, le plus grand nombre d’emplois se compte dans les PME, des débits de boissons et restaurants, les établissements scolaires et professionnels particulièrement visés par les mesures de lutte, notamment la restriction des activités au-delà de certaines heures, ou la fermeture pure et simple. La mise en œuvre de ces mesures a conduit à la contraction des emplois formels et informels dans ces secteurs, et par conséquent à une perte soit partielle, soit totale de revenus. Par ailleurs, bien que la grande majorité des personnes enquêtées (1310 au total) n’aient pas perdu d’emploi, 74 % d’entre elles connaissent un ralentissement des activités, 65 % une baisse des revenus. Une telle situation a compromis les capacités d’approvisionnement en produits et services de première nécessité, exposant les ménages à la crise alimentaire. Près de 62 % d’entre eux déclarent connaître une dégradation de leur niveau de vie. Par conséquent, nombreux sont ceux qui ont, plus qu’avant, sollicité ou ressenti la nécessité de recourir à l’assistance de tiers, le phénomène touchant un peu plus les femmes que les hommes. Dans les quartiers populaires, précaires et pauvres, un enjeu majeur était l’accessibilité à la nourriture, contrainte par la rupture relative des chaînes logistiques. De nombreux foyers ont tout simplement été privés de leur repas quotidien. Au Cameroun, le confinement, quoique partiel, a été brutal. Privés de revenus urbains, des ménages n’ont pas pu retourner au village pour disposer des ressources agricoles. Finalement, la faim était plus redoutée que la maladie.

21La pandémie et les mesures de restriction prises par le Gouvernement ont aussi créé des bouleversements notables sur le mode de vie des ménages. Ainsi, huit ménages sur dix (INS, 2020) rencontrent lesdits bouleversements. Les premiers portent sur la réduction des fréquences de sortie du domicile. La COVID-19 a complètement chamboulé les habitudes, rendant impossible les pratiques religieuses, notamment le culte du dimanche en raison de la fermeture des lieux de culte. La peur de contracter la maladie a par ailleurs installé une psychose au sein des ménages au point que faire les courses et pratiquer les loisirs relevaient d’un véritable défi. Dans la plupart des ménages dans lesquels les deux conjoints étaient en activité, une plus grande implication dans les travaux domestiques et l’encadrement des enfants s’est imposée. Au-delà de la pénibilité du travail consécutive à la présence permanente de tous à la maison, c’est la difficulté de prendre les enfants en charge qui a prévalu, surtout dans les familles nombreuses. Il s’est développé tantôt des disputes conduisant à des intentions de divorces, tantôt des renforcements de sentiment débouchant sur une plus grande cohésion du ménage comme en témoignent des entretiens. Par ailleurs, la peur de se rendre à l’hôpital s’est généralisée. En effet, la COVID-19 a mobilisé les centres de soins qui ont dû réorienter une part non négligeable de leurs activités. Pendant un moment, les populations ont moins que par le passé recouru aux soins hospitaliers. Tout s’est passé comme si les autres affections avaient disparu. Le constat étant que les hôpitaux se sont vidés, même les plus spécialisés. Ceci a donné lieu à l’automédication, mais surtout à l’usage généralisé de la pharmacopée traditionnelle.

Défiance vis-à-vis des hôpitaux

22La méconnaissance de la maladie tout comme la peur de la contracter a développé la méfiance chez les professionnels de la santé. Ainsi, toutes les personnes arrivées à l’hôpital en consultation et présentant l’un des symptômes de la COVID-19 étaient systématiquement mises en quarantaine, très souvent sans soins. D’autres, par contre, étaient réorientées vers les centres de prise en charge agréés, sur la base de la seule présomption, dans un contexte où au début du mois de mai, 109 cas d’infections chez les personnels de santé étaient répertoriés et neuf décès.

Figure 7 - Répartition par région des cas de personnels de santé infectés par la COVID-19, début mai 2019

Figure 7 - Répartition par région des cas de personnels de santé infectés par la COVID-19, début mai 2019

Sources des données : MINSANTE, 2020

23Finalement, il se dégageait l’impression que tous les décès constatés ou presque étaient reliés à la COVID-19. Cette situation remettait ainsi en question la crédibilité des hôpitaux et autres centres de soins, perçus comme des lieux de propagation. Cette image a provoqué une forte défiance vis-à-vis des hôpitaux, ils se sont vidés au gré de l’annonce quotidienne du nombre de décès et de nouveaux cas enregistrés.

Les rites funéraires à l’épreuve de la pandémie

24La culture africaine a été piquée sur le vif, l’interdiction d’organiser les obsèques et autres manifestations, la redéfinition des trajectoires d’inhumation ainsi que des rituels ayant été, à contrecœur, actée. En effet, la présence des proches et des parents d’un défunt à l’occasion d’un deuil donne du sens à la famille. En pareilles circonstances, la douleur est le sentiment naturel, immédiat et durable qui envahit les personnes éprouvées (Gnammon-Adiko, 2020). Mais au-delà de la souffrance liée à la perte de l’être cher, s’est développée l’inquiétude doublée d’interrogations quant à la manière de mettre en œuvre l’habituel rituel qui entoure l’organisation d’obsèques. Outre cette perspective nouvelle en matière d’organisation des obsèques, la question du timing s’est imposée, en raison des mesures urgentes d’inhumation prises pour les cas de décès COVID-19, la cause du décès étant devenue un véritable enjeu à la fois sanitaire, économique et social.

25Face à ces changements inattendus, la solidarité africaine habituellement traduite en temps de deuils par l’assistance physique comme expression de la force du chagrin, la spontanéité et la générosité, a connu un net recul. On est passé des préparatifs d’obsèques fastes, à des inhumations d’urgence. Dans l’intervalle, le téléphone a remplacé la présence humaine. La COVID-19 avait un effet sur les émotions et les pratiques sociales et culturelles (Gnammon-Adiko, 2020). Par ailleurs et s’agissant des décès déclarés COVID-19, les familles ont dû se résoudre à faire face à un nouveau type de choc, l’inhumation par des tiers représentant les pouvoirs publics, loin des caveaux familiaux et dans l’irrespect des us et coutumes, quelques heures seulement après le constat du décès, dans la solitude de deux ou trois membres de la famille triés sur le volet.

Enjeux de pouvoir et instrumentalisation de la lutte contre la COVID-19

26La pandémie n’a pas favorisé la trêve politique au Cameroun comme dans d’autres pays du continent. En effet, la lutte contre la COVID-19 a ravivé au Cameroun une guerre des chefs entamées dans les urnes depuis 2018, entre Paul Biya, Président de la République dont la réélection est depuis lors contestée, et celui qui se fait appeler le « Président élu », le Pr. Maurice Kamto, Président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) arrivé second à la dernière élection présidentielle. La pandémie a été l’occasion semble-t-il pour ce leader de parti de raviver la contestation après une détention préventive de neuf mois. Une action de levée de fonds dénommée Survie Cameroun Survival Initiative (SCSI) a été lancée pour lutter contre la COVID-19 et diversement interprétée par les acteurs politiques. Le 11 mai, six membres de cette action ont été interpellés à Yaoundé alors qu’ils distribuaient les masques de protection et du gel désinfectant. Cette initiative est née en réaction au silence du Président de la République face à la propagation de la maladie. De plus, il lui était fait le reproche de ne pas faire d’apparitions publiques, alimentant ainsi une énième rumeur sur son état de santé. S’engouffrant dans la brèche, Maurice Kamto a lancé un ultimatum au Président de la République, l’accusant d’abandon de poste. Dans la foulée, l’opposant annonce la création de SCSI afin d’organiser l’autogestion des Camerounais face au virus. Il annoncera plus tard avoir lancé un processus pour faire constater la vacance du pouvoir. L’administration reproche à l’association SCSI d’être affiliée au MRC. À la fin du mois d’avril, le Ministre de l’administration territoriale ordonne aux opérateurs de téléphonie mobile (Orange et MTN) de procéder sans délais à la fermeture des comptes récepteurs des dons au motif que la collecte des fonds n’est pas déclarée. La pandémie a aussi été l’occasion pour les acteurs politiques de tous bords de se positionner à la veille d’élections régionales. En effet, qu’il s’agisse d’acteurs de l’opposition ou du parti au pouvoir, l’élite politique dans son ensemble, principal bénéficiaire de la conjoncture, a profité de la situation pour quadriller le triangle national, l’occasion étant rêvée pour se mettre en avant à la faveur d’actions sociales au bénéfice des populations. Il a d’ailleurs émergé une sorte de rivalités des dons tant sur le plan national que local.

27Face à cette situation préoccupante, le Groupement Inter patronal du Cameroun (GICAM) a initié une série de concertations avec les pouvoirs publics afin de trouver des voies et moyens pour amortir les chocs subis. Pour donner suite à ces démarches, de nombreuses mesures ont été prises (encadré 2).

Conclusion

28Les mesures de ripostes contre la pandémie ont eu des conséquences désastreuses au plan économique. Parmi les principaux impacts, il y a les difficultés de financement, la baisse de la demande et les difficultés d’approvisionnement, en raison de la rupture des chaînes logistiques. De manière générale, l’activité économique a connu un ralentissement qui a contraint certaines entreprises à la fermeture. Par ailleurs, les performances de ces entreprises ont fortement été impactées, s’agissant notamment de la production qui a chuté, ainsi que le chiffre d’affaires. Face à de telles contraintes, les entreprises n’ont pas eu d’autres choix que de contracter leurs effectifs, soit par leur réduction, soit par la mise en chômage technique d’une partie du personnel.

29Au plan social, le système éducatif a fortement été impacté, exacerbant par la même occasion les inégalités villes-campagnes et garçons-filles en matière d’accès à l’instruction, aggravant par la même occasion la fracture numérique. Au-delà de l’éducation, il y a eu la baisse des revenus des ménages, l’intensification du chômage et le bouleversement des modes de vie et des rites funéraires. Au plan politique enfin, la pandémie a exacerbé les rivalités politiques entre opposition et régime en place, tout comme elle a été utilisée comme prétexte à l’ensemble de la classe politique pour se mettre en avant à la veille des élections régionales.

30Ces constats faits à l’échelle du Cameroun permettent de relever des disparités, notamment entre villes et campagnes, et entre régions. De plus, la pandémie permet de questionner le caractère extraverti de l’économie camerounaise. La faible capacité de production du tissu industriel a fortement compromis l’approvisionnement en denrées de première nécessité, au point que, finalement, la famine a plus semblé préoccuper les ménages que la pandémie. La situation ici présentée a connu une nette amélioration à la faveur des mesures d’assouplissement prises par le gouvernement, afin de soulager les secteurs durement impactés, en particulier les plus fragiles.

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Bibliographie

Gnammon-Adiko Agnès, Les rites funéraires à l’épreuve de la Covid-19 dans un village intra-urbain à Abidjan, in Alphonse Yapi-Diahou. « Cahier COVID 19 au quotidien », 99. 27-32, 2020. https://hal-univ-paris8.archives-ouvertes.fr/hal-02859844

YAPI-DIAHOU Alphonse, Cahier « COVID 19 au quotidien », 125 p., 2020. https://hal-univ-paris8.archives-ouvertes.fr/hal-02859844

GICAM, COVID-19 : impact sur les entreprises au Cameroun, édition du 22 avril 2020, 20 p., 2020

INS, Évaluation des effets socioéconomiques du coronavirus (COVID-19) au Cameroun - Phase 1, 32 p., 2020

MINSANTE, Rapport de situation COVID-19, n° 24, période du 01 au 04 mai 2020, 5 p., 2020

PNUD, Effets socioéconomiques potentiels du COVID-19 au Cameroun : une évaluation sommaire, 29 p., 2020

Documents électroniques

www.edition.cnn.com, l’OMS déclare une nouvelle épidémie de coronavirus une pandémie, consulté le 16/05/2020 à 15 h 12 minutes

www.unesco.org Impact du sur le système éducatif du Cameroun. Consulté le 16/05/2020 à 19 h 27 minutes

https://www.africa.undp.org, effet socioéconomique potentiel du covid-19 au Cameroun Consulté le 27/05/2020 à 12 h 40 minutes

www.lefigaro.fr : le FMI prévoit une chute record du PIB de 7,5 % en zone euro et de 3 % dans le monde en 2020 consulté le 30/05/2020 à 9 h 10 minutes

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Table des illustrations

Titre Figure 1 - Évolution du nombre de cas d’infection déclarés au Cameroun entre le 6 et le 30 mars 2020
Crédits Source des données : MINSANTE, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 179k
Titre Figure 2 - Répartition des cas confirmés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 548k
Titre Figure 3 - Répartition des décès recensés par région entre le 31 avril et le 20 mai 2020
Crédits Sources des données : MINSANTE, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 540k
Titre Figure 4 - Courbe épidémique des cas confirmés de COVID-19 entre le 31 avril et le 8 septembre 2020
Crédits Sources des données : MINSANTE, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 141k
Titre Figure 5 - Impacts globaux selon le type d’entreprise
Légende GE : Grandes Entreprises UPI : Unités de Production Industrielle
Crédits Sources des données : INS, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 120k
Titre Figure 6 - Situations d’arrêt des activités par type d’entreprise
Légende GE : Grandes Entreprises UPI : Unités de Production Industrielle
Crédits Sources des données : INS, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 142k
Titre Figure 7 - Répartition par région des cas de personnels de santé infectés par la COVID-19, début mai 2019
Crédits Sources des données : MINSANTE, 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12595/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 121k
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Pour citer cet article

Référence papier

Antoine de Padoue Nsegbe, Désiré Ndoki et Aristide Yemmafouo, « Gouvernance de la Covid-19 et impacts socio-économiques et politiques des mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie au Cameroun »Les Cahiers d’Outre-Mer, 282 | 2020, 419-435.

Référence électronique

Antoine de Padoue Nsegbe, Désiré Ndoki et Aristide Yemmafouo, « Gouvernance de la Covid-19 et impacts socio-économiques et politiques des mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie au Cameroun »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 282 | Juillet-Décembre, mis en ligne le 01 janvier 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/12595 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.12595

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Auteurs

Antoine de Padoue Nsegbe

Département de Géographie, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Dschang. ansegbe2001@gmail.com

Désiré Ndoki

Département de Géographie, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Dschang. desirendoki@yahoo.fr

Aristide Yemmafouo

Département de Géographie, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Dschang. ayemmafouo@yahoo.fr

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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