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Dossier

La ville nouvelle d’Ali Mendjeli à l’épreuve des modes d’habiter

Lakehal Ahcène
p. 81-114

Résumés

Cet article appréhende le devenir de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli par le prisme des modes d’habiter qui l’animent depuis presque 20 ans. Les formes spatiales de la ville nouvelle, toujours instables et mal-fixées, produites en partie par le haut, sont ici à l’épreuve du temps et des habitants. Nous partons de l’hypothèse que les modes d’habiter sont significatifs d’une compétence habitante : une compétence de pratiquer l’espace mais aussi et surtout d’en parler. Ce travail repose sur l’observation et la description des changements intervenus dans l’urbanisation de la ville nouvelle, mais aussi et surtout sur l’analyse d’un corpus d’entretiens effectués entre septembre 2018 et décembre 2019, qui a été mis en comparaison et en résonance avec les travaux que nous avons réalisés sur le même terrain, il y a une dizaine d’années.

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Texte intégral

Introduction

1Les recherches les plus récentes qui se sont intéressées aux formes de territorialisation se déployant dans la ville nouvelle d’Ali Mendjeli (Lakehal, 2013 ; Ballout, 2014) soulignent que la formation et la transformation de l’urbanité d’Ali Mendjeli expriment le grand décalage qui existe entre la ville offerte et la ville pratiquée, entre « la version idéelle et la version réelle » (Ballout, 2014) de cette expérience urbaine. Ce décalage, qui relève de ce que Semmoud appelle « la réception sociale de l’urbanisme » (Semmoud, 2007), atteste, sans nul doute, du poids des initiatives privées dans la fabrique d’Ali Mendjeli, en particulier celles des citadins ordinaires.

2Les transformations qui ont affecté au cours des dix dernières années Ali Mendjeli ne sont pas en effet sorties de ce cadre qui oppose, de façon encore plus tranchée, deux catégories d’acteurs et deux logiques d’action. Ali Mendjeli continue à se construire sous le coup de l’opposition entre les pouvoirs publics, qui continuent d’appliquer les mêmes recettes bureaucratiques et technocratiques, pétries de visée aménagiste, et les habitants qui persistent à « refabriquer » la ville par leurs usages propres, en déjouant les contraintes imposées par le haut, et en y déployant mille et une manières de faire et d’habiter. Ce sont ces modes d’habiter des habitants d’Ali Mendjeli, sans cesse renouvelés, que nous essayons de saisir dans ce travail, et à travers eux, le devenir de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli. Nous partons de l’hypothèse que les modes d’habiter sont significatifs d’une compétence habitante : une compétence de pratiquer l’espace mais aussi et surtout d’en parler.

  • 1 Les réflexions sur la notion d’habiter sont très redevables à Martin Heidegger. En 1951, à l’occasi (...)

3Au-delà de son acception commune – se loger, résider à telle adresse ou dans tel quartier –, le terme habiter est entendu ici avec Mathis Stock comme « les manières dont les individus pratiquent les lieux » (2004). Cet auteur invite depuis quelques années à dépasser la conception heideggérienne de l’habiter1 à savoir « la façon dont les individus sont dans l’espace » pour engager une conceptualisation fondée sur le problème du « faire avec de l’espace » (2007, p. 104). Il considère que « l’un des aspects fondamentaux de l’habiter réside dans la dimension pratique qui va au-delà des seuls rapports aux lieux […], ce sont les manières de pratiquer les lieux qui retiennent notre attention, non la question de la localisation ou la fréquentation » (Stock, 2004, en ligne). Et d’ajouter, que, « les modes d’habiter définissent les manières dont les individus habitent un ensemble de lieux, qu’ils mettent en réseau des lieux, des manières de synthétiser un ensemble de pratiques des lieux ». Sa vision est très proche de celle de Michel Lussault qui, quant à lui, concède qu’« habiter, c’est s’installer, rencontrer l’autre, se mouvoir et s’émouvoir dans les espaces et les temps de nos vies » (2017, p. 30). Ainsi mobilisé, le concept de mode d’habiter exige un investissement méthodologique sur trois plans complémentaires : décrire les dimensions matérielles de la ville nouvelle en actualisant des données factuelles liées à ses formes spatiales, son contenu fonctionnel et son corps social ; repérer les pratiques spatialisées en identifiant les lieux plus ou moins fréquentés et plus ou moins présents dans le corpus des images et discours socialement mobilisés ; saisir les représentations qui se construisent à Ali Mendjeli en essayant de mieux comprendre comment les significations symboliques habitantes contribuent à modifier l’espace et à fabriquer de la ville.

  • 2  Cet échantillon a été constitué de façon à restituer une image aussi fidèle que possible de la pop (...)

4Les réflexions développées dans ce travail ont été réalisées dans le cadre d’un programme de recherche mené au sein du laboratoire Ville et Environnement, de l’Université de Constantine 3. Elles reposent sur un corpus d’entretiens effectués entre septembre 2018 et décembre 2019, auprès d’un échantillon de 78 individus dont 40 ont été déjà interviewés entre 2006 et 20102. Ces entretiens semi-directifs, sous forme de récits de vie (collectés en arabe dialectal et traduits en français), ont été axés sur trois thèmes essentiels : d’abord, l’histoire familiale de l’enquêté, ensuite ses pratiques urbaines (achats, sociabilités et loisirs, mobilité spatiale) et ses relations sociales au sein et en dehors de la ville nouvelle et, enfin, les représentations qu’il se fait de ses espaces de vie en insistant sur l’attachement qu’il éprouve (ou pas) à leur encontre. Ces entretiens ont été conjugués à des observations concentrées sur les différents lieux de la ville nouvelle, et à des rencontres informelles avec les habitants dans les espaces publics (rues, placettes), marchands (centres commerciaux, devant et à l’intérieur des magasins et cafés, etc.) ou intermédiaires (le limitrophe des habitations). Ces rencontres ont permis de questionner les usagers sur les motifs de leur fréquentation des espaces en question.

5Pour analyser l’hypothèse, la démonstration est organisée en trois parties majeures. La première partie décrit le cadre bâti de la ville nouvelle, son appareil tertiaire et sa population. La deuxième partie porte sur les lieux les plus fréquentés à Ali Mendjeli et sur les pratiques spatiales qui s’y déploient. Enfin, la troisième partie examine les représentations (images et discours) que les habitants se font de la ville nouvelle.

Le développement continu de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli

6La genèse de la création de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli, témoigne d’une expérience inédite dans la fabrique urbaine contemporaine en Algérie. Vingt ans après sa fondation, cette ville représente un formidable détournement de situation. Après un début difficile la réduisant à un « simulacre d’urbanité », elle se transforme aujourd’hui en véritable laboratoire, urbanistique et social, inédit pour observer l’émergence d’une nouvelle urbanité dans la périphérie de Constantine.

  • 3 La Wilaya est une structure décentralisée de l’État, équivalente au « département » en France. Le W (...)

7L’histoire de la ville nouvelle a commencé en 1993, lorsque les autorités locales (le wali)3 ont décidé de mettre en chantier un projet, implanté à 20 km à vol d’oiseau au sud-ouest du centre-ville de Constantine. À terme, le projet devrait permettre la création d’une ville indépendante de la ville mère, qui s’étendrait sur une surface d’urbanisation de 1 500 hectares, et recevrait environ 300 000 habitants.

8L’opération a été lancée sans l’accord ni le financement de l’État central. En misant sur les seuls moyens locaux pour entamer un projet d’une telle envergure, les autorités wilayales ont alors éprouvé beaucoup de difficultés pour réaliser le chantier, et les premiers bâtiments n’ont pu sortir de terre qu’en 1999. En faisant le choix d’aller au plus pressé, les autorités y ont transféré les habitants des bidonvilles, ceux qu’il fallait déplacer des immeubles en ruine dans la médina ou encore ceux dont les logements avaient été détruits par des glissements de terrain (quartier Saint-Jean au centre-ville) (Bergel et Benlakhlef, 2014). Ces transferts ont été réalisés en urgence, au détriment de l’aménagement de l’espace public et sans l’installation des équipements publics et des services de base nécessaires à la vie locale. Cela fut fait sans réfléchir aux conséquences en matière de mixité sociale et de qualité de vie. Ali Mendjeli a ainsi été rapidement assimilée à une ville de pauvres, une ville-dortoir, de violence et d’incivilités, où la vie quotidienne, dans un environnement délabré, est très difficile.

Figure 1 - Phases d’extension successives de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli

Figure 1 - Phases d’extension successives de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli

Carte d’origine : direction d’Urbanisme de Constantine. 2018, repris A. Lakehal. 2020

  • 4 La ville nouvelle, telle qu’elle est conçue, est subdivisée en cinq grands quartiers ; chacun de ce (...)

9Ce n’est qu’à partir des années 2003-2010, qu’un changement notable est perceptible (Côte, 2006 ; Meghraoui Chouguiat, 2006). À cette période, le pouvoir central a commencé à intervenir et à relayer l’action des autorités locales. Ensemble, ils ont initié de très nombreux projets de grande envergure, constitués d’équipements de niveau local et national qui ont créé des emplois et dynamisé plusieurs unités de voisinage (UV)4 qui composent la ville nouvelle. Ils y ont surtout localisé divers programmes de logements en accession à la propriété (aidés ou non), destinés principalement aux couches sociales aisées et moyennes. Malgré des réticences initiales de la part de ces derniers, ces programmes ont finalement rencontré un grand succès. Ils ont donc largement contribué à modifier la morphologie urbaine, ainsi que la composition sociale et l’image de la ville nouvelle.

10Durant ces années-là, on a aussi assisté à l’implication progressive mais forte d’acteurs privés dans le développement d’Ali Mendjeli. Plusieurs promoteurs immobiliers ont alors construit et mis en vente plusieurs centaines d’appartements de haut standing ; le parc pavillonnaire s’est densifié et le nombre de commerçants a augmenté. Ceux-ci se sont vite imposés comme les principaux créateurs/animateurs de la vie économique locale et par là même, de la vie sociale dans la ville nouvelle.

  • 5  Le plan directeur initial d’Ali Mendjeli a connu deux extensions successives. La première a concer (...)

11Entre 2010 et 2019, le processus d’urbanisation d’Ali Mendjeli s’est poursuivi avec plus de vigueur. En effet, les vingt UV qui composent le plan directeur initial sont sorties de terre (fig. 2) et elles ont toutes été dotées d’équipements scolaires (écoles, collège, lycées). En outre, l’urbanisation s’est diffusée sur les deux extensions, sud et ouest, qui ont été intégrées au plan directeur5.

Figure 2 - Principales phases de l’urbanisation de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli

Figure 2 - Principales phases de l’urbanisation de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli

Carte d’origine : Ahcène Lakehal, 2013. Actualisée par A. Lakehal. 2020

  • 6 L’absence totale de recensements officiels réservés à Ali Mendjeli, rend ces chiffres très discutab (...)

12La population de la ville nouvelle est passée de 150 habitants en 2010 à environ 270 000 en 20196. Le parc de logements s’est certes diversifié mais reste dominé par les logements socio-locatifs. Il y a 21 200 unités en 2019 alors qu’il y avait 12 500 en 2010. Entre les deux dates, le nombre de logements réalisés dans le cadre de différents programmes d’accession aidée à la propriété (AADL, LSP) est passé de 5 190 à 11 530 unités, les promoteurs ont livré plus de 1 400 appartements modernes alors que les lotissements répartis sur les UV 5, 7, 10 et 12, ont bénéficié de la construction de plus de 1 530 villas.

13Les activités tertiaires (commerces, services marchands, activités administratives) ont connu un grand essor entre 2010 et 2019. Durant cette période, plusieurs banques publiques et privées (BNA, BADR, BEA, etc.) ont alors vu le jour. Les services des transports ont été renforcés par la ligne de tramway qui joint désormais Ali Mendjeli au centre-ville de Constantine. À l’intérieur de la ville nouvelle, plusieurs circuits internes de bus desservent la totalité des UV et relient celles-ci au terminus du tramway, mis en service en 2019. Le secteur médical a bénéficié de l’ouverture de dizaine de cliniques, laboratoires d’analyse médicale privés et cabinets de médecin (spécialistes, généralistes, dentistes, salle de soins). La fonction d’enseignement (à tous les niveaux) a été dotée du campus universitaire (regroupant 8 facultés, 2 écoles supérieures et 15 cités universitaires). Par ailleurs, des écoles primaires et des lycées ont été construits, leur nombre assure une couverture complète de toutes les UV. Le domaine de la culture et des loisirs a enregistré la création de plusieurs centres culturels, l’aménagement de dizaines de terrains de football, de salles de sport et d’hôtels disposant d’un standing supérieur à la moyenne. Le nombre de magasins implantés dans la ville nouvelle a plus que triplé ; le commerce traditionnel a perdu de son importance alors que, à l’inverse, les grandes boutiques modernes proposant des produits rares sont de plus en plus nombreuses. On observe en même temps l’apparition de plusieurs centres commerciaux (El-Ritaj-Mall, Coupole Shopping Mall, Sans Visa), ils marquent de manière emblématique, l’arrivée d’un nouveau mode de consommation.

  • 7 Le centre commercial El-Ritaj-Mall est un bâtiment ultra moderne et luxueux. Il s’étend horizontale (...)

14Cette évolution qualitative et quantitative de l’appareil commercial de la ville nouvelle, – circonscrit jusqu’en 2010 dans le strict périmètre de l’UV 6 – s’est accompagnée d’un important changement dans sa répartition spatiale. Au sein de l’UV 6, la plupart des rues commerçantes ont enregistré une densification et une diversification de leurs commerces. À l’extérieur de l’UV 6, de nouveaux espaces marchands sont apparus selon deux logiques différentes. D’une part, on note un début d’essor des activités tertiaires depuis l’UV 6 vers les UV proches, à savoir l’UV 5 et l’UV 7. D’autre part, on constate l’émergence de nouvelles concentrations commerciales à une grande distance de l’UV 6 ; ces nouveaux pôles se localisent de préférence le long des grands axes de circulation et à proximité de certains équipements d’envergure comme la Cacobath à l’UV 9 et l’université à l’UV 3. Parmi ces pôles, le centre commercial El-Ritaj Mall situé à l’UV 2, à proximité de l’université7, a, depuis son ouverture en 2016, pu rapidement générer, tout autour de lui un nouveau souffle économique et social dont tous les quartiers avoisinants bénéficient. Il s’est vite imposé comme une nouvelle centralité concurrentielle à celle de l’UV 6, principal pôle d’animation d’Ali Mendjeli.

  • 8 L’édification de la Ville nouvelle a commencé par l’UV6. C’est là que se sont installés les primo-a (...)

15Aujourd’hui, la ville nouvelle est de plus en plus diffuse et éclatée. Elle semble être partagée entre le centre et la périphérie. Les parties centrales correspondent aux unités de voisinage les plus anciennes (1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12). Il s’agit d’un tissu dense et continu structuré autour de l’UV6, l’unité de voisinage « pionnière »8. Éloignées de celle-ci, les parties périphériques coïncident aux UV récemment édifiées sur les marges sud et ouest de la ville (13, 14, 14,15, 16, 19, 20). Elles sont marquées par une faible intensité commerciale et surtout, par une absence cruelle d’aménagement de l’espace public. Hormis les chaussées asphaltées et les trottoirs goudronnés, on constate une absence totale d’espaces verts, de jardins ou de placettes publiques, laissant place à de grands terrains vides envahis par des herbes sauvages (Fig 3).

16Cet ensemble physique plus ou moins vaste, composé essentiellement du tissu résidentiel, ponctué de polarités fonctionnelles, constitue un « support de l’agir » pour les habitants, une configuration matérielle où se déploie une longue chaîne de pratiques urbaines, c’est-à-dire des déplacements et des fréquentations concrètes de lieux. Il témoigne au bout du compte d’une évolution constante, par moment chaotique, de la ville nouvelle, et avec elle, des manières et des modes d’habiter.

Figure 3 - Terrains vagues en marge du tissu urbain récent (l’UV 16 à gauche, l’UV 18 à droite)

Figure 3 - Terrains vagues en marge du tissu urbain récent (l’UV 16 à gauche, l’UV 18 à droite)

Échelles de l’habiter à Ali Mendjeli : du logement à la ville

  • 9 La centralité étant considérée par nous, en l’occurrence, comme un « lieu-synthèse » de l’urbanité (...)

17Les récits de vie recueillis et l’observation de et dans l’espace d’Ali Mendjeli, nous ont permis d’identifier les lieux les plus fréquentés, ainsi que les pratiques spatiales (de mobilité, d’achat, de sociabilité et de loisirs), les temporalités et les réalités idéelles qui leur sont associées. Trois échelons spatiaux de l’habiter ont été repérés : la résidence, le quartier et les centralités9. Avec leur emboîtement possible, ces échelons résument la diversité des modes d’habiter à Ali Mendjeli. Chaque échelon correspond à un pluralisme de lieux urbains : le logement, la villa, le jardin limitrophe au logement, le bloc d’habitation, la place publique, la mosquée, l’école, le café, le centre commercial, la rue, etc. À chaque lieu correspondent ses formes d’organisation sociale et ses formes de sociabilité de prédilection, parmi lesquelles la famille, le clan, la communauté, la foule, la masse, le public, ou encore l’individu.

Triomphe de la vie casanière

18Le logement ou la maison individuelle est l’espace du quotidien le plus puissamment investi par les habitants d’Ali Mendjeli, lesquels déclarent qu’ils y passent l’essentiel de leur temps hors travail, qu’ils y réalisent le plus grand nombre de leurs activités sociales, y compris celles liées au temps libre. En 2010, déjà, ce mode d’habiter casanier fut celui d’un nombre non négligeable d’habitants d’Ali Mendjeli (Lakehal, 2013). Depuis, on assiste à une forte progression qui se diffuse à l’ensemble du corps social. Il est le propre d’individus appartenant à toutes les classes sociales, qu’ils soient parmi les anciens ou parmi les nouveaux venus.

19Comment les habitants justifient-ils un tel comportement ? Vivre centré sur le logement n’est pas un choix délibéré pour une partie de nos enquêtés, ceux en particulier qui travaillent hors de la ville nouvelle. Ils le considèrent comme la conséquence logique de leur emménagement dans la ville nouvelle. Un emménagement qui les a éloignés de leur lieu de travail, et a fait de la plupart d’entre eux des « navetteurs » réalisant chaque jour ou presque, le trajet domicile travail. L’éclatement géographique entre lieu de travail et lieu de résidence a donc sensiblement réduit leur temps libre et les a détournés de leur quartier.

  • 10 Lakhdar, 42 ans, ingénieur chez Djezzy, ancien habitant de Sidi Mabrouk, installé en 2007 à l’UV 7, (...)
  • 11 « La nouvelle » est une locution systématiquement utilisée par nos enquêtés, prononcée en français, (...)

20Le repli sur le domicile s’explique aussi en partie par le sentiment d’insécurité qui sévit dans les espaces extérieurs d’Ali Mendjeli. Pour beaucoup d’habitants, en particulier pour ceux fraîchement établis et qui résident dans la partie sud-ouest d’Ali Mendjeli, ce sentiment d’insécurité est responsable du détachement qu’ils éprouvent envers les lieux publics de la cité, à l’exception, peut-être, des espaces marchands. Ce sentiment d’insécurité est effectif pour les uns, car il résulte de la multiplication des actes d’agressions sur les biens et les personnes, mais surtout des affrontements qui peuvent se dérouler, même de façon très épisodique, entre jeunes ex-bidonvillois (Benlakhlef et Bergel, 2016). Il est par ailleurs symbolique pour ceux qui mettent en avant le caractère hétéroclite de la population d’Ali Mendjeli, conséquence de l’intensité et la rapidité de son processus de peuplement. Lakhdar10 par exemple, avoue qu’« il n’est pas évident de faire des connaissances avec les gens de la nouvelle11. On ne sait même pas d’où ils viennent ». Et d’ajouter : « Toute l’Algérie est ramassée ici […] – chaque jour une vague nouvelle de population déménage. On ne sait plus qui est un «fils de famille» et qui est un délinquant, d’autant plus que la nouvelle est réputée pour les agressions et les vols. Il vaut donc mieux rester chez soi, au moins, on est sûr d’y être à l’abri ».

  • 12 Oueled lamdina est une expression qui signifie, pour la plupart des personnes interrogées, les Cons (...)
  • 13 Moukhtar, âgé de 62 ans, chef d’entreprise de récolte du miel, père de 4 enfants, installé en 2009 (...)
  • 14 Hocine, 53 ans, est chef service à la Direction des Impôts, ancien habitant du quartier Bellevue (c (...)

21Nombreux sont les habitants qui, à l’image de Lakhdar, soulignent que l’arrivée continue de familles et individus d’origines géographiques et culturelles diverses, génère de l’incertitude dans les rapports sociaux et les conduit à refuser toute fréquentation avec les autres. Ce refus de brassage est de surcroît manifesté, dans notre enquête, par des individus à fort capital économique ou culturel, en particulier ceux originaires des quartiers centraux, qui ont tendance à adopter une attitude de supériorité envers leurs concitoyens d’Ali Mendjeli. « Ici on ne voit jamais «oueled lamdina»12 vagabonder dehors, on ne voit jamais leurs enfants occuper les trottoirs ou leurs femmes traîner par ici et par là », explique Moukhtar13 (mars 2019), un ancien résident de Saint-Jean. Hocine14 (mars 2019), un autre beldi qui s’interroge : « Pourquoi sortir de sa maison ? Pour tomber sur de gens incultes, ceux des bidonvilles et les pauvres de Constantine ». Il précise qu’« à force de les côtoyer, son niveau intellectuel s’est dégradé, et ses enfants n’ont appris que des vociférations ». À l’instar de ces deux individus, beaucoup d’autres habitants manifestent un désir profond d’éviter toute forme de cohabitation – synonyme de disqualification – avec les couches sociales inférieures en général, et avec celles d’origine bidonvilloise en particulier. Ils voient donc dans la résidence une protection, pour eux-mêmes et leurs enfants, contre le risque d’une sorte de « contamination sociale » (Navez-Bouchanine, 2002).

  • 15 Les boutiques de téléphonie servent avant tout à passer des appels téléphoniques, mais elles sont a (...)

22L’enracinement domestique à Ali Mendjeli est aussi le reflet de la montée en puissance d’une nouvelle culture urbaine nourrie par des valeurs, réelles ou symboliques, qu’on associe au logement comme le repos, la tranquillité, la sécurité, l’entre-soi sélectif et le loisir domestique, lequel correspond à l’exercice de plusieurs activités. Parmi celles-ci, il faut souligner le rôle de la télévision. Regarder la télévision est de loin la pratique la plus répandue parmi les habitants enquêtés, y compris les plus pauvres qui affirment la possession d’un poste de télévision, voire de plusieurs. Cette activité fait partie d’une chaîne de pratiques, qui étaient autrefois extérieures au logement et sont désormais « domestiquées ». La télévision a remplacé les soirées au café, le congélateur limite les rencontres avec les commerçants, le téléphone portable détourne des boutiques de téléphonie (dites taxiphones)15, etc.

23En dépit de leur diversité, les activités domestiques sont orientées d’une part vers l’amélioration des conditions du cadre habitable, et elles sont prolongées d’autre part en dehors du logement, se traduisant par une panoplie de pratiques d’appropriation et de transformation des espaces limitrophes au logement. On peut citer par exemple, les balcons mutés en de petits kiosques, les chambres des logements situés en rez-de-chaussée transformées en boutique par le percement de leurs murs. Ou encore, la création de jardins de tailles et de formes différentes, ceux-ci constituent de loin la forme la plus visible de cette « territorialisation péridomestique » (Cailly, 2004,) opérée par les habitants. Ces jardins sont, en majorité, conçus et entretenus par les familles des rez-de-chaussée des blocs. Contigus aux immeubles, ils sont clôturés de différentes manières, allant de murs en dur, jusqu’à l’usage de petites palissades de bois fixées au sol par un petit socle en ciment, de murets, de piquets reliés par du fil de fer ou, simplement, de planches ou de tôles. Ils sont accessibles depuis la rue par des portes ou des grillages, mais le plus souvent, le propriétaire y parvient de l’intérieur du logement, par une porte qu’il a percée dans la façade du bloc ou grâce à l’agrandissement de la fenêtre. Ces jardins sont tout d’abord créés pour protéger l’intimité familiale en mettant à distance la rue de l’espace privé du logement. Ils constituent un écran de verdure efficace contre la curiosité des passants et les voisins d’en face. Ils permettent aussi de se préserver des ordures, grossièretés et insultes, parfois dues à une trop grande promiscuité. Ils localisent toute une série de pratiques sociales : cultiver des légumes pour la consommation familiale, planter des arbres fruitiers, élever des poules ou des pigeons, ranger la voiture ou les affaires, sécher le linge, installer l’antenne parabolique, etc. (Fig. 4).

Figure 4 - L’art de savoir faire le jardin à Ali Mendjeli

Figure 4 - L’art de savoir faire le jardin à Ali Mendjeli

Photo 1 - Jardin à l’UV1, au quartier dit Tindouf. Photo 2 - Jardin à quelques mètres d’El-Ritaj Mall. Photo 3 - Jardin à l’UV19. Photo 4 - Jardin à l’UV 16, à peine aménagé

Cliché : A. Lakehal, 2019.

  • 16 Boukhmis, 68 ans, retraité de la fonction publique, ancien mdini qui, depuis son relogement en 2003 (...)

24La typologie des jardinets et les pratiques qui s’y déploient témoignent d’un véritable art de savoir-faire son jardin (Florin, 1997), dont le sens et la signification dépassent parfois le simple désir de personnaliser l’extérieur du logement. En effet, la création et la protection des jardinets révèlent la volonté et la capacité de certains habitants à prendre en charge leur espace résidentiel, à contribuer à « rendre la cité belle », comme témoigne Boukhmis16 (novembre 2018). Il poursuit :

Comme tu vois, il y a peu de choses qu’on puisse aimer ici. Regarde les autres quartiers si tu vois une seule plante ou un seul arbre, c’est désert ici. Ce beau petit morceau – son jardin – que tu vois, a modifié l’image de tout le quartier. Je voulais juste faire plaisir aux voisins et passants ; je n’attends absolument rien de l’État.

  • 17 Dans un contexte similaire à celui d’Ali Mendjeli, Florin (1997) constate que les Villes Nouvelles (...)
  • 18 Hocine, conducteur de travaux chez COSIDER, 54 ans, ex-bidonvillois de Bardo (centre-ville), réside (...)

25D’autres récits similaires à celui de Boukhmis, démontrent que la construction des jardinets peut constituer une façon de mettre en œuvre et revendiquer un « droit à la ville […] en dépit ou même à l’encontre, de pouvoirs publics dont on n’espère pas grand-chose, a fortiori dans le domaine des espaces verts » (Florin, 1997, p. 87)17. Elle dévoile aussi chez d’autres personnes une certaine tendance à l’individualisation et à la distinction quand elles renvoient à ce que l’on souhaite donner à voir de soi, de son capital culturel et de son attachement à des lieux antérieurs de son itinéraire résidentiel. Le témoignage de Hocine18 (septembre 2019), est édifiant à cet égard :

Lorsque nous avons décidé d’aménager notre îlot, nous voulions prouver à tous ceux qui nous stigmatisaient que les gens qui sont venus des bidonvilles ne sont pas des non-civilisés ou des campagnards. Nous avons certes vécu longtemps dans le bidonville, mais nous vivions en plein centre-ville, nous avons bien appris à vivre en ville, nos enfants sont nés et ont grandi en ville, et la preuve est là : aucun quartier d’Ali Mendjeli n’est mieux aménagé que le nôtre. Allons voir les quartiers voisins à quoi ils ressemblent.

26Par la diversité de leurs formes et usages, les jardins constituent un symbole fort de l’enracinement dans la ville nouvelle. À cet égard, les jardins les plus denses et remplis se situent dans le tissu ancien d’Ali Mendjeli (UV 8, 7 et 1). Dans les parties récemment urbanisées (UV 18, 15, 16,19), les jardins sont aussi omniprésents. Ils attestent de la capacité des nouveaux venus à s’adapter à une situation urbaine nouvelle et à s’établir très rapidement. Au bout du compte, qu’ils se situent dans les parties anciennement ou nouvellement urbanisées, qu’ils soient l’œuvre de locataires ou de propriétaires, les jardinets participent activement à embellir le paysage d’Ali Mendjeli. Ils contribuent à affecter une signification et des pratiques spécifiques aux espaces intermédiaires et au quartier, une autre échelle de l’habiter dont le contenu devrait informer sur l’évolution du rapport qui lie désormais les citadins à leur espace de vie.

Avec le quartier, une relation à géométrie variable pour les habitants

  • 19 Outre que les frontières varient d’un habitant à l’autre pour un même quartier, celles-ci ne corres (...)

27Dès leurs premières paroles sur leurs pratiques d’habiter à l’échelle du quartier, les habitants mettent en avant deux indices qui pourraient d’ores et déjà informer sur le devenir du quartier à Ali Mendjeli. Le premier élément témoigne de « la méconnaissance » que les habitants manifestent à l’égard des quartiers en général, des quartiers que l’on n’habite pas ou que l’on ne pratique pas et même, dans bien des cas, la méconnaissance de son propre quartier. Le second élément révèle l’incapacité des habitants à dire avec précision où se situent les limites de leur quartier. Variant d’un individu à un autre19, ces limites peuvent correspondre à toute une unité de voisinage, voire à la ville tout entière. Elles peuvent être a contrario réduites au strict immeuble ou aux tours de la résidence. Mais la représentation la plus répandue sur le quartier est celle qui le considère comme « l’îlot résidentiel », c’est-à-dire l’ensemble des immeubles collés au bâtiment où se situe le logement de l’intéressé formant une organisation rectangulaire. C’est le terme « carré » ou « carria » qui est alors systématiquement utilisé par les habitants pour désigner ce type d’espace approprié. Au-delà, de ces deux indications, quelle place occupe le quartier dans la vie des habitants ? Quelle est la nature de la relation, matérielle et idéelle, qu’ils établissent avec un tel morceau de la ville ?

Le quartier moribond ou la fin du quartier à Ali Mendjeli

  • 20 L’accession à la villa est aussi le propre d’un nombre non négligeable d’individus qui sont venus d (...)

28Cause et conséquence de la survalorisation du logement, l’échelon sociologique du quartier n’a presque aucune existence effective ou affective pour certains habitants, surtout dans le tissu pavillonnaire (UV 5, 7 et 10) ou dans les ensembles résidentiels fermés et sécurisés. Ces deux types d’habitation sont occupés essentiellement par d’anciens habitants du centre-ville de Constantine – qui s’autoproclament beldis de Constantine –, qui disposent de revenus élevés et qui ont délibérément fait le choix de quitter le centre-ville pour s’installer dans la ville nouvelle20. Ceux-là admettent que leur vie sociale, comme celle des membres de la famille, se déroule très largement hors du quartier, partagée entre le chez soi, Ali Mendjeli ou Constantine mais dépourvue de toute attache au lieu de résidence.

  • 21 Le nombre sans cesse croissant des individus qui s’extraient du foyer parental, constitue un phénom (...)

29Ce mode d’habiter éloigné du quartier est évoquée par ce groupe d’habitants sans l’ombre d’une gêne ou d’une culpabilité. Ils considèrent leur repli sur le domicile comme une suite logique aux motifs qui ont présidé à leur choix d’emménagement. Au-delà de leur accession à la propriété et la réalisation de leur « rêve pavillonnaire », ils disent qu’ils sont venus ici pour échapper au mode de vie que leur imposait la ville traditionnelle : une grande proximité des membres de la famille proche et élargie, une pression lourde du voisinage et un contrôle social permanent et toujours pesant. Ils ont emménagé à Ali Mendjeli pour donner la priorité à leur vie privée et pouvoir consacrer plus de temps à leur « petite famille »21. Ils ont donc privilégié un type d’habitat – la villa ou les ensembles résidentiels clos et sécurisés – qui répond a priori à leur aspiration à l’autonomie relationnelle et à l’anonymat de voisinage.

30L’ancienneté de l’installation à Ali Mendjeli ne change pas le statut du quartier dans la vie de ces habitants. Quinze, dix, ou cinq ans après leur emménagement, ils évitent toujours leur quartier. Leurs relations de voisinage et d’amitié y sont très faibles, voire inexistantes (ces dernières peuvent néanmoins être sélectives, par exemple avec un voisin ou un commerçant en particulier). Cependant, les relations entretenues avec le reste de la ville ont changé depuis nos dernières enquêtes (Lakehal, 2013). Ces individus, qui jusqu’à récemment boudaient et méconnaissaient les espaces d’Ali Mendjeli dans leur globalité, déclarent qu’ils réalisent désormais une partie essentielle de leurs achats à Ali Mendjeli, qu’ils y mangent de temps à autre, qu’ils y fréquentent les mosquées, et que beaucoup d’entre eux ont fini par scolariser leurs enfants sur place.

  • 22 Les métropolitains « se distinguent par une mobilité quotidienne intense qui se déploie à diverses (...)

31Leurs pratiques restent par ailleurs teintées d’une extrême sélectivité entre les différents lieux d’Ali Mendjeli. Certains par exemple se rendent exclusivement au centre commercial El-Ritaj Mall pour faire leurs achats, d’autres désignent avec précision le nom et la localisation du restaurant ou du café dans lequel ils se rendent seuls ou en famille de temps à autre, etc. L’ancrage partiel de leurs pratiques sur place ne les empêche pas de continuer à vivre un quotidien qui se déploie à diverses échelles territoriales, du local au régional. Le centre-ville de Constantine constitue toutefois l’espace principal de référence dans lequel se réalise une partie importante de leur sociabilité et des activités de loisirs, notamment celles qui présentent une dimension culturelle. Leur attitude liée à un fort capital de mobilité, nous rappelle « la figure du métropolitain », bien décrite dans la littérature périurbaine22.

Une relation forte avec le quartier

  • 23 Le terme « pionnier » sera utilisé, tout au long de ce travail, avec une certaine réserve, car nous (...)

32Le mode d’habiter des « métropolitains » ne signifie pas la fin de la vie de quartier à Ali Mendjeli. Pour d’autres groupes d’habitants, le quartier continue à faire sens et réalité dans leur vie sociale. Il fonctionne comme un véritable « territoire du quotidien » (Di Méo, 2000) qui concentre l’essentiel de leurs activités de proximité physiques et sociales. Ils y font leurs achats, y prennent leur café, ils y exercent des activités culturelles et sportives, s’y promènent régulièrement, etc. Leurs relations de voisinage y sont fortes et conviviales (conversations chaleureuses avec les commerçants, rencontres entre femmes devant les entrées des blocs, surveillance collective des enfants, etc.). Outre qu’il constitue un espace de pratiques et de relations, le quartier pour ces habitants est un cadre de référence et un lieu d’attachement, voire d’appartenance. Les îlots résidentiels les plus anciens (l’UV 6, 7,8 et 1) sont les plus concernés par cet attachement au quartier. S’y regroupent « les pionniers » de la ville nouvelle23, principalement des ex-bidonvillois, des anciens mdinis, appartenant pour l’essentiel à la couche moyenne-inférieure.

33Le rapport que « les pionniers » entretiennent avec le quartier n’a pas changé depuis nos enquêtes de 2010. Il est d’une part, la conséquence des intenses relations de solidarité, parfois de type communautaire, qui existaient et existent toujours, héritées de leur vécu dans le bidonville ou la vieille ville (Benlakhlef et Bergel, 2016), conjuguées au sentiment d’appartenir à un groupe d’habitants spécifique. Il a été d’autre part, alimenté par le fait qu’ils ont partagé des moments difficiles au début de leur installation. Cette installation a été vécue par « les pionniers » comme le début d’une véritable aventure, pleine de difficultés. Relogés entre 1999 et 2003, au moment où la ville était à peine sortie de terre, inachevée, sous-équipée et isolée de la ville mère, ils ont alors dû faire face à un dépaysement total. Vingt ans après leur arrivée, ils se souviennent encore de ces moments de déménagement. D’après leurs récits, les solidarités et l’entraide dans l’emménagement, dans les démarches administratives ou dans la régulation des conflits de voisinage, étaient remarquables. Et d’ajouter que le collectif, l’interconnaissance et la proximité bienveillante ont dès lors pris une importance que le temps a prolongée jusqu’à aujourd’hui.

  • 24 Malika, enseignante au primaire, 38 ans, célibataire, ancienne habitante du bidonville dit ELQahira(...)

34Au fil du temps, les quartiers les plus anciens d’Ali Mendjeli ont été traversés par un processus d’élargissement de l’expérience du lieu. En effet, les liens qui se sont tissés entre les pionniers pendant les premières années de leur installation, se sont peu à peu estompés au fur et à mesure que la ville nouvelle se diversifiait socialement et fonctionnellement, cédant la place à des relations de voisinage toujours conviviales et harmonieuses, mais plus formelles au sein des îlots d’habitation. La banalisation des relations de voisinage semble relativement plus intense dans les îlots hétérogènes du point de vue des origines résidentielles. Mais ce phénomène n’épargne pas non plus les quartiers des ex-bidonvillois, dont beaucoup d’habitants avouent qu’ils y passent peu de temps, et qu’une partie de leurs relations sociales se déploient désormais à une échelle plus large, dans des lieux éloignés de leur domicile. Ce sont généralement des individus, hommes ou femmes, qui ne souhaitent plus vivre en permanence confrontés à un contrôle social envahissant dû à l’homogénéité de leur voisinage. Ils ne veulent plus vivre soumis à une sorte d’entre-soi qui les renvoient à une territorialité passée et désormais refusée, parfois même honnie – celle du bidonville. « Le temps est venu pour sortir du groupe, pour rencontrer les gens. On n’est pas obligé de vivre éternellement dans l’ambiance du bidonville », formule ainsi Malika24 (décembre 2018), résidente du quartier El Qahira.

  • 25 Dès leur installation en 2001, les habitants de ce quartier ont repris le nom de leur bidonville de (...)

35Certains quartiers de l’UV8 et l’UV1, où se regroupent des familles originaires du même bidonville, n’ont pas subi cette banalisation des relations de voisinage, bien au contraire. La plupart de leurs habitants ont perpétué et renforcé les solidarités et les relations qu’ils ont héritées de leur vécu dans le bidonville. Le quartier communément appelé New York, situé sur la partie nord de l’UV8, est très emblématique de ce repli. Les relations sociales semblent avoir suivi, au cours de ces vingt dernières années, la voie d’un remarquable affermissement, au point de recouvrir aujourd’hui une dimension communautaire. Ils vivent davantage « entre eux », sur le mode d’une sociabilité villageoise (répétition, habitude, fixité, interconnaissance, etc.), rendue possible par la stabilité des pratiques et des objets qui composent le quartier, en particulier le voisinage et le commerce. La rotation résidentielle y est presque nulle ; les commerçants ambulants, qui s’implantent de façon permanente dans le quartier, sont pour la majorité des enfants du quartier. Les boutiques sises au pied des immeubles comptent, quant à elles, parmi les plus anciennes d’Ali Mendjeli, à l’instar du café du coin nommé El-mondial établi depuis presque quinze ans. À cela s’ajoute la dénomination de cet espace – New York – laquelle est revendiquée par ses habitants pour marquer davantage leur quartier, renforcer leur ancrage, et pour certains, assumer avec fierté leur origine bidonvilloise25.

Le quartier, un échelon pragmatique

36Ni village dans la ville, ni moribond, le quartier occupe un pôle intermédiaire, celui qui éclaire sur la réalité urbaine dominante à Ali Mendjeli. Cette réalité correspond en effet aux habitants entretenant un rapport avec le quartier qui relève du seul registre du pragmatisme, c’est-à-dire un rapport fondé avant tout sur une attention prioritaire accordée aux avantages concrets qu’offre la proximité, comme le gain du temps et d’argent dû à l’évitement des déplacements, l’accès facile au commerce par les enfants ou les femmes, etc. Pour ce cas de figure, l’enracinement dans le quartier est faible du fait de l’irrégularité des pratiques habitantes. Ainsi, le recours par certains habitants aux boutiques de proximité est réservé aux approvisionnements d’appoint ; les cafés du coin pour recevoir occasionnellement un ami qui vient de loin, ou encore, pendant l’attente du passage du transport en commun, etc. Les relations de sociabilité qu’ils nouent avec leurs voisins sont qualifiées de très « légères » (Granovetter, 1973). Elles sont parfois associées à des simples relations d’entraide avec les personnes âgées résidant dans leur immeuble, à l’embellissement des escaliers du bloc ou encore à la réalisation de certains travaux d’amélioration des conditions de vie du quartier, comme l’aménagement des espaces verts ou la sécurisation de l’espace résidentiel.

  • 26 En 2010, la ville nouvelle disposait de trois mosquées situées dans les UV6 et 9. Aujourd’hui, elle (...)

37Pourtant, les relations sociales qui se tissent dans ce type de quartiers ne sont pas systématiquement faibles. Elles peuvent être plus intenses et plus durables entre une minorité de personnes, celles qui se connaissent au fil du temps comme les « reclus » (Cailly, 2007), retraités et chômeurs qui y passent plus de temps que les autres, ou entre ceux qui investissent les équipements intégrés entre les immeubles résidentiels, en particulier la mosquée et l’école. Ces deux équipements constituent pour certains voisins, hommes et femmes, un vecteur efficace du brassage social. Les mosquées constituent « un lieu du lien social » (Lamine, 2009, p. 62)26. Ils s’y nouent et s’y structurent une partie des relations du voisinage, à travers notamment les rencontres qui précèdent ou suivent les cinq prières quotidiennes ou à l’occasion de la grande prière du vendredi, ou encore grâce aux cercles de discussion et aux réseaux de bienfaisance. Les femmes aussi s’y rendent pour se cultiver, s’éduquer et éduquer leurs enfants mais surtout pour sortir « pour elles-mêmes » de l’espace domestique. Elles profitent de leur visite de la mosquée pour y rencontrer d’autres femmes qui viennent d’autres endroits ou pour construire leurs réseaux de sociabilité et d’informations dans le quartier. Les écoles sont aussi des lieux où se tissent des relations de voisinage, en particulier pour les parents qui viennent chercher régulièrement leurs enfants à la sortie des écoles, ou à l’occasion des réunions de parents d’élèves, ou encore du fait des liens de camaraderie qui rapprochent les enfants et qui sont, pour les parents, autant d’occasions de contact et de dialogue. Le rôle des mosquées et des écoles revêt une importance primordiale en particulier dans les nouveaux quartiers des parties sud et ouest de la ville (UV 18, 19, 20, 16, 14, 15). Dans ces zones éloignées des principales centralités de la cité et démunies de commerces, ces équipements s’imposent comme les uniques points focaux de la vie du quartier.

38La capacité de ces équipements à consolider les relations de voisinage entre une partie des habitants ne doit pas occulter la légèreté du rapport que les habitants entretiennent avec leur quartier. Cette légèreté ne se résume pas dans la faiblesse des pratiques qui s’y déploient ou dans le peu de temps libre que les habitants y passent. Elle est aussi et surtout révélée à travers la manière dont ces habitants parlent de leur quartier. Pour la plupart, ils présentent le quartier selon les modalités du connaître (Chalas, 2000), c’est-à-dire qu’ils en parlent de manière distanciée, désintéressée et épurée de toute affectivité, mettant en avant ses fonctionnalités, ses avantages de proximité et son esthétique. En d’autres termes, leur investissement du quartier, si faible soit-il, ne s’accompagne guère par un investissement imaginaire fort. Leur quartier n’est pas porteur de signification ni pour leur propre vécu ni pour leur propre histoire.

39La qualité des contacts qui se nouent à l’échelle du quartier à Ali Mendjeli, semble occuper une position intermédiaire, se dessinant à mi-chemin entre la familiarité des relations sociales de proximité et la mixité sociale qu’autorise l’anonymat des foules urbaines. Cette mixité sociale est certes communément perçue positivement, comme un agrément de la vie urbaine. Elle n’est jamais par ailleurs souhaitée à côté de chez soi. La plupart de nos enquêtés en parlent comme d’un phénomène qui ne peut exister qu’à distance de l’espace résidentiel.

Le polycentrisme d’Ali Mendjeli, les prémisses d’une ville au choix

40Si la mixité sociale – dite mélange ou brassage – n’est pas du domaine du logement, à quels espaces appartient-elle ? Où la trouver et où la vivre ? Les habitants cherchent la mixité sociale lointaine du côté de l’urbs d’Ali Mendjeli, essentiellement dans les différentes centralités multiformes où se conjuguent densité et diversité fonctionnelle, pratiques habitantes, représentations et affects associés aux lieux investis. Les habitants le certifient par leurs pratiques mais surtout par leur perception du centre et de la centralité.

41Dès leur entrée en matière sur la question de la centralité, les habitants font une distinction assez nette entre centre-ville et centralité. En effet, la plupart d’entre eux considèrent qu’il existe bel et bien un centre à Ali Mendjeli, voire plusieurs, identifiables et repérables. Pourtant, ils s’accordent à dire qu’aucun de ces centres qu’ils pratiquent au quotidien ne s’élève au niveau de la centralité du Vieux Rocher (le centre-ville de Constantine), ce lieu emblématique qui reste en tout état de cause leur référence en termes de représentation de la centralité. Voici quelques démonstrations :

Il n’y a pas de centre-ville fortement dominant ici comme celui de Constantine, mais des petits centres pour les quartiers ; Il y a un centre car il y a El-Ritaj Mall, mais je n’appelle pas ça un centre-ville ; L’UV 6 est le centre de la nouvelle, mais je ne sais pas s’il mérite vraiment le qualificatif de centre-ville.

42Quels sont donc les différents centres investis et reconnus par les habitants ? Les centres d’Ali Mendjeli, tels qu’ils sont identifiés et pratiqués par les habitants, n’ont ni la même nature, ni la même forme ni le même contenu. Ils se déclinent dans une gamme qui peut commencer par des micro-centralités très localisées, constituées par de petites concentrations commerciales – qui ont essaimé ici et là, le long des grandes artères de la ville, ou de manière plus diffuse au sein du tissu résidentiel –, et qui s’achève par des unités de voisinage toutes entières (l’UV 6). Entre les deux, il y a aussi tous les grands équipements (l’université à l’UV 3, la cité administrative de l’UV 7, l’hôpital militaire qui occupe toute l’UV 11) et les centres commerciaux (El-Ritaj 1, El-Ritaj-Mall, Sans Visa, la Coupole Shopping Mall) qui se distribuent entre plusieurs noyaux au sein de la ville nouvelle.

  • 27 L’UV6 est l’espace inaugural de la ville nouvelle où se sont implantés les premiers commerçants. La (...)
  • 28 La convivialité est entendue ici au sens goffmanien du terme, à savoir « la rencontre des individus (...)

43De cette panoplie de lieux désignés par les habitants comme centres possibles d’Ali Mendjeli, deux entités, différentes dans leurs attributs matériels ou idéels, s’imposent comme les centralités les plus nettement attractives dans la ville nouvelle : l’UV6 et le centre commercial El-Ritaj-Mall. La centralité dont bénéficie l’UV 6 n’est pas récente27. Déjà en 2010, la majorité des habitants que nous avions interrogés désignaient l’UV 6 comme le principal, sinon « le seul », centre de la ville nouvelle, le seul à répondre à un impératif de densité et de diversité. Ils s’y rendaient alors pour profiter de son contenu multifonctionnel lié à la présence de plusieurs services publics, équipements socio-culturels et surtout un réseau commercial, dense et diversifiée, gravitant autour du centre commercial El-Ritaj 1. Aujourd’hui, l’UV6 n’a rien perdu de ses qualités attractives, et l’animation qui y régnait n’a cessé de s’intensifier. Elle est perçue par un bon nombre d’habitants comme le lieu où s’établit la mixité, tant fonctionnelle que sociale. Elle est décrite comme le lieu de tous les brassages, de toutes les rencontres. En tant que centre, l’UV6 est plébiscité pour son animation, mais plus encore pour son anonymat. Pour les anciens en particulier, elle se démarque par une sorte de « convivialité »28 occasionnée par l’interconnaissance qu’ils ont avec les commerçants et les habitants de l’endroit.

  • 29 Par le vocable El-Ritaj Mall les habitants désignent deux réalités différentes ; pour certains, il (...)

44Toutefois, les habitants expliquent que l’UV6 n’est pas la seule entité urbaine susceptible d’incarner la centralité de la ville nouvelle. D’après eux, le centre commercial El-Ritaj-Mall, situé dans l’UV2, s’impose depuis son ouverture en avril 2016 comme une centralité très concurrentielle à celle de l’UV6. Il est de loin le lieu le plus cité comme centre de la ville, par les habitants, en particulier par ceux qui habitent la partie sud de la ville (UV 10, 18. 17, 3 et 4.)29. L’attractivité d’El-Ritaj-Mall traduit la volonté de son promoteur de faire de son centre commercial un lieu de vie en ville plutôt qu’un simple temple de la consommation. Pour ce faire, il a doté le lieu d’un manège pour enfants, gigantesque et inédit sur l’ensemble du territoire Constantinois. Il a réservé tout un étage pour la restauration, dédié l’atrium central à des expositions et animations éphémères, aménagé une salle de prière ouverte à tout le monde. Les gens motorisés trouvent sur place un parking payant et sécurisé. Il a également multiplié les dispositifs sécuritaires, de filtrage et de surveillance opérés à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment par des entreprises privées. À l’intérieur du centre commercial, rien n’est laissé au hasard. Une série de dispositifs spéciaux et des normes marchandes (uniforme obligatoire pour les agents de sécurité et les vendeurs, interdiction de certains types de tenues vestimentaires pour les usagers, limitation du nombre de personnes empruntant les ascenseurs ensemble, etc.) sont mis en œuvre pour « domestiquer » l’espace et encadrer ses usages possibles (Fig. 5).

45Le pari du promoteur d’El-Ritaj-Mall semble réussi. Aujourd’hui le centre commercial attire une foule considérable et très hétérogène. Son aire de chalandise dépasse de loin le strict périmètre d’Ali Mendjeli et celui de Constantine pour s’étendre sur toute la région (Ain M’lila, Mila, Skikda, etc.). Sa très forte fréquentation tient à des raisons diverses, à la fois utilitaire, ludiques, sociales et symboliques.

Photos 5 à 8 - Vues diverses sur le centre commercial El-Ritaj Mall

Photos 5 à 8 - Vues diverses sur le centre commercial El-Ritaj Mall

Photo 5 - La façade principale d’El Ritaj Mall. Photo 6 - Manège situé à l’arrière du centre commercial. Photo 7 - La surface de vente réservée aux fruits et légumes. Photo 8 - L’atrium central à l’occasion de l’organisation d’une animation.

  • 30 Farid, 51 ans, médecin, ancien habitant du quartier Saint-Jean, résident de l’UV6 depuis 2001.

46Les qualités du cadre matériel d’El-Ritaj-Mall ne laissent indifférent aucun de nos enquêtés, lesquels vantent le luxe des matériaux, le décor et l’originalité des ambiances plurielles qui y règnent. À leurs yeux, El-Ritaj-Mall est le nouveau lieu emblématique de la modernité à l’occidentale à Ali Mendjeli. Il surclasse désormais tous les autres centres commerciaux existants sur place, comme le laisse penser l’expression de Farid30 (avril 2019) :

Il y a plusieurs centres commerciaux ici, mais El-Rital Mall est de loin le meilleur. Il est plus grand et plus luxueux. Personnellement, il me fascine ; il me rappelle les centres commerciaux que j’ai visités en Turquie ou en Espagne.

  • 31 Pour les habitants enquêtés disposant d’un véhicule, un parking surveillé est décisif. Cela leur pe (...)
  • 32 Ali, 34 ans, journaliste, résident de l’UV 17.

47La facilité d’accéder à El’Ritaj-Mall et d’y stationner31, les mesures de sécurité qui y sont adoptées, ou encore ses heures d’ouverture (de 8 heures à 21 heures), très favorables aux gens qui travaillent hors de la ville nouvelle, sont aussi des motifs communément évoquées pour justifier le recours au centre commercial. D’autres habitants, plus nombreux, en particulier ceux qui ne disposent guère de beaucoup de temps libre et/ou qui considèrent les courses comme une « corvée », apprécient le fait qu’El-Ritaj-Mall regroupe « tout sous le même toit », comme l’exprime Ali32 (décembre 2018).

48Le centre commercial est aussi fortement prisé pour des motifs qui se situent dans le registre du ludique et du social. En effet, beaucoup d’habitants s’y rendent les jours de semaine, surtout le week-end, pour faire du « lèche-vitrine », manger et se divertir en famille, et plus généralement pour participer à l’animation et la sociabilité de masse qui caractérisent le lieu. Ils apprécient la tension qui s’y exerce entre l’habitude et l’incertain, entre l’interconnaissance et l’anonymat, entendu ici comme « une forme de vie sociale à la fois individuelle et collective qui autorise la passivité tout autant qu’il favorise les contacts » (Chalas, 2004, p 304). Le surinvestissement du centre commercial par les femmes confère à l’endroit une connotation genrée et une mixité sociale qui attise davantage la convoitise des hommes, jeunes et moins jeunes. Ceux-ci s’y rendent alors « pour draguer », pour « se rincer les yeux », ou encore « pour rencontrer sa copine loin des regards des habitants du quartier », au dire de quelques jeunes interviewés sur place.

49Enfin, la pratique du centre commercial El-Ritaj Mall n’est pas vide de valeurs symboliques. À ce titre, un nombre non négligeable de nos enquêtés, parmi les plus riches et les mieux dotés culturellement, associent leur fréquentation du centre commercial à « la citadinité commerciale » (Cailly, 2004) qu’ils associent à ce lieu et qui s’oppose à la « non-citadinité ». Cette dernière serait le propre, selon eux, des habitants et des marchands de la ville nouvelle. D’autres individus, parmi lesquels figurent les relogés des bidonvilles, considèrent qu’El-Ritaj-Mall, du fait des normes, comportements et « civilité ordinaire » (Capron, 2001) impose à ses usagers un cadre propice à l’apprentissage citadin et de l’usage de certains dispositifs spatiaux spécifiques (ascenseurs, escalators, etc.). Par son cadre physique moderne et par les pratiques qu’il génère, El-Ritaj-Mall s’est imposé, dans un court laps de temps, comme un lieu de socialisation. Il répond aux besoins de sociabilité et de consommation d’une large population d’Ali Mendjeli et il devient une solution face à l’insécurité et aux incivilités urbaines qui caractérisent une partie majeure de l’espace public. Il propose donc un cadre d’urbanité alternative que la ville nouvelle n’a pas pu pour l’instant offrir à ses habitants. La fréquentation de ces deux centralités et les usages qui s’y déploient, varient en fonction de l’appartenance sociale, de la durée de résidence et de la localisation du logement, du sexe et de l’âge de l’individu, des moments de la semaine, mais tout le monde participe, d’une certaine manière, de « l’expérience de la ville ».

50Cette expérience de la ville s’avère riche et diversifiée, dans la mesure où la ville nouvelle offre désormais à ses habitants la possibilité de choisir entre plusieurs centralités (pôles de commerces et de services). Les habitants ne sont plus contraints de recourir, y compris pour les achats rares, à un seul pôle commercial, constitué, jusqu’en 2010 des boutiques de l’UV6. Ils peuvent désormais arbitrer entre les établissements (boutiques, cafés, restaurants, etc.) sis au pied de leurs immeubles, ceux localisés un peu plus loin sur les boulevards les plus proches de leur logement ou encore ceux ouverts dans des quartiers de la ville nouvelle plus éloignés et dont l’accès nécessite l’usage des autobus ou de la voiture.

  • 33 Plusieurs formes de communication sur Internet, précisément des applications (Tam Tam, Sir Sir, etc (...)

51L’amélioration des conditions de mobilité pour les habitants de la ville nouvelle, grâce à la possession généralisée de la voiture personnelle, à la mise en place de plusieurs réseaux d’autobus, et à la forte activité des taxis informels dits « fraudeurs »33, a mis à leur portée une gamme sensiblement plus large de commerces, de services et de lieux de distraction. Grâce à ce capital mobilité, les individus enquêtés semblent disposer de moyens pour devenir les maîtres de leur(s) proximité(s). Beaucoup d’entre eux se comportent en consommateurs avertis et plus exigeants. Ils parcourent désormais les différents espaces marchands de la ville nouvelle avec une réelle liberté de choix et peuvent comparer la qualité des produits et services, les prix pratiqués et juger du rapport que les commerçants établissent avec eux.

52Par leurs pratiques spatiales, les habitants confirment que la ville nouvelle tend, dans son organisation interne, vers un polycentrisme de plus en plus accentué. Ce polycentrisme est le reflet de la multiplication des échelles d’habiter et des territoires vécus à l’intérieur de la ville nouvelle, où se déploient et s’agrègent des pratiques et des usages divers. L’arbitrage que les habitants opèrent au sein de ce polycentrisme est modelé en partie par les représentations qu’ils se forgent de la ville nouvelle à part entière, de son cadre bâti et de la population qui y habite.

Images et discours sur la ville nouvelle : un portrait ambivalent !

  • 34 Il s’agit d’une seconde série d’enquêtes après celle que nous avons réalisée entre 2006 et 2010, da (...)
  • 35 Une précision de taille s’impose ici. Les représentations n’ont pas été, dans ce papier, faute de p (...)
  • 36 Le travail de dépouillement de l’enquête, a consisté à déconstruire le texte (parole habitante) en (...)

53Cette partie de l’article aborde la ville nouvelle à travers les représentations sociales. Nous partons de l’idée que la ville, qui se construit dans sa dimension matérielle, en même temps qu’elle s’enrichit des pratiques et des échanges sociaux, est aussi investie de sens. Parce que la ville nouvelle se définit aussi par les perceptions que les habitants en ont, et que son « identité a pour réalité le récit que les habitants en font », (Chalas, 2004, p. 274), nous avons donné la parole aux habitants entre 2018 et 201934 pour actualiser « le matériau représentationnel » (Lussault, 1998, p. 46) de la ville nouvelle35. Celui-ci révèle la constance d’une somme d’images à la fois négatives et positives, concrètes et abstraites, individuelles et collectives, intelligibles et sensibles, que nous avions déjà observées en 2010. Il informe par ailleurs sur l’évolution de sens et des significations que les habitants confèrent désormais à Ali Mendjeli. De la substance de la parole habitante, cinq « figures » majeures sont dégagées : la figure du non-fini, la figure de la dévalorisation, la figure de l’insécurité, la figure du changement, la figure de l’espoir36.

La figure du « non-fini »

  • 37 Salim : 21 ans, étudiant en architecture, habitant de l’UV 19, originaire d’Ain Mlila.
  • 38 Fahd : 32 ans, coiffeur à Ali Mendjeli, résident de l’UV 17 depuis 3 ans. Ancien habitant du centre (...)

54La figure du « non-fini » regroupe toutes les images et opinions qui concernent tout ce qui est jugé comme inachevé, inabouti, mal fait, défectueux ou dégagé dans la ville nouvelle. Le non-fini dont les habitants parlent de manière négative n’est pas seulement la conséquence logique du processus d’édification progressive d’Ali Mendjeli. L’irritation des résidents s’applique surtout par les malfaçons, insuffisances techniques et dégradations physiques qui se manifestent presque à tous les niveaux du cadre bâti de la ville nouvelle. Elles entachent le logement et les espaces limitrophes, comme elles altèrent la quasi-totalité des espaces publics. Elles concernent les parties les plus anciennes comme elles n’épargnent pas celles édifiées récemment. Elles génèrent comme une empreinte d’altération qui fait que le neuf est déjà vétuste et que le propre a déjà du sale en lui : « Il y a quelque chose qui cloche dans la façon de construire ici ; les bâtiments à peine finis semblent déjà très vétustes ; que se passe-t-il ici ? », s’interroge Salam37 (octobre 2018) ; « c’est triste ici, les constructions semblent très vieilles malgré leur jeune âge », ajoute Fahd38 (septembre 2019). Ces défauts nuisent irrémédiablement à la qualité du paysage architectural et urbanistique d’Ali Mendjeli, lequel est jugé très majoritairement comme peu esthétique, monotone, bétonné, dégradé et, surtout, vétuste.

La figure de la dévalorisation sociale

55La présente figure regroupe tous les discours qui mettent en avant le contenu social d’Ali Mendjeli. Celui-ci mobilise une somme de jugements, essentiellement négatifs, qualifiant Ali Mendjeli de « cité surpeuplée », « saturée de population » « trop habitée », ou « accueillant beaucoup plus de résidents que sa capacité ne le permettrait ». Outre le surpeuplement qui dérange, c’est la sur-représentation des relogés des bidonvilles qui ternit particulièrement l’image d’Ali Mendjeli et donne l’impression que « la ville nouvelle a été dédiée aux bidonvillois », « qu’elle ait été donnée aux pauvres de Constantine », pour citer quelques extraits d’entretiens venant à l’appui de ce jugement. D’autres personnes poussent ce raisonnement à l’extrême en réduisant Ali Mendjeli à une simple concentration de « non-civils », de « non-citadins », de « délinquants », de « goujats », d’« étrangers de Constantine », etc., ou en considérant que « les relogés des bidonvilles sont les responsables de tous les maux urbains et sociaux dont souffre la nouvelle ».

56Il faut reconnaître par ailleurs que la stigmatisation des relogés des bidonvilles, très forte pendant les débuts d’Ali Mendjeli, s’est atténuée au fil du temps. En effet, un nombre considérable parmi les individus rencontrés entre 2018 et 2019, qualifie les ex-bidonvillois d’habitants « ordinaires », « comme les autres », « normaux » ; et d’ajouter que cette « normalité » n’est pas sans rapport avec les longues années d’acculturation et d’apprentissage de la ville qu’ils ont vécu à Ali Mendjeli.

La figure de l’insécurité

  • 39 Les premières confrontations ont eu lieu pendant les toutes premières années de leur installation. (...)

57L’insécurité est une autre figure majeure qui dévalorise Ali Mendjeli, traitée de « ville dangereuse » par les uns, de « cité de tous les périls » par les autres. À un moment ou à un autre de l’entretien, le sujet de l’insécurité surgit ; beaucoup de temps est consacré aux angoisses de toute nature qui peuvent accompagner les interviewés dans leurs espaces de vie. On parle alors d’actes de vandalisme, d’agressions, d’incivilités, et surtout, de scènes d’affrontements entre jeunes relogés des bidonvilles, qui ont, en quelque sorte, sapé le sentiment de sécurité des habitants39.

  • 40 Nos observations convergent avec les récents travaux de Bouarroudj-Djeridi (2019). À partir de ses (...)

58Le sentiment d’insécurité semble pourtant en passe d’être absorbé40. En effet, l’enquête que nous avons menée entre 2018 et 2019, révèle que la durée de résidence, en particulier quand elle est assez longue, réussit à dissiper peu à peu la crainte de beaucoup d’habitants, à mesure qu’ils pratiquent les différents lieux de la ville nouvelle. Ils parviennent alors à se sentir en sécurité dans certaines parties de la ville nouvelle. Le centre commercial El-Ritaj-Mall est de loin l’endroit le plus rassurant pour des habitants. Puis, ce sont les axes, les lieux, marchands entre autres, qu’ils fréquentent régulièrement soit dans leur quartier de résidence, soit sur les trajets domicile travail, qui leur paraissent désormais les plus sûrs.

La figure du changement

59Cette figure réunit des jugements positifs portés sur Ali Mendjeli. À l’opposé des contestations dont la ville nouvelle fait l’objet, un autre discours fait l’éloge d’une ville qui se développe à grande vitesse, malgré ses innombrables défauts et ses multiples dysfonctionnements. Les pionniers sont d’accord pour dire que cette ville qui, à ses débuts, n’a pas pu répondre à leurs attentes, a considérablement évolué au point de parvenir à surprendre beaucoup d’entre eux. Elle a réussi à leur offrir un cadre de vie relativement nouveau et changeant, qui a interagi peu ou prou avec leurs mentalités et leurs modes de vie. Leur perception du changement est largement partagée par ceux qui sont arrivés plus récemment qui, quant à eux, témoignent des changements qui affectent Ali Mendjeli comme l’apparition d’El-Ritaj Mall ou l’installation du tramway.

60Le développement rapide qui caractérise Ali Mendjeli est indirectement évoqué par beaucoup d’habitants quand ils insistent sur « ses particularismes » en soulignant l’essor que connaissent certains secteurs. Deux secteurs sont systématiquement évoqués par la très grande majorité des enquêtés. D’une part, les changements liés au contenu social de la ville nouvelle retiennent l’attention, en particulier l’arrivée en nombre croissant, de ménages appartenant aux couches sociales supérieures. D’autre part, c’est l’essor du commerce qui illustre le mieux le développement de la ville nouvelle.

La figure de l’espoir

  • 41 Hachmi, 39 ans, co-propriétaire d’une maternité privée, ex-habitant de Boussouf, installé dans les (...)

61Très complémentaire de la précédente, la figure de l’espoir regroupe l’ensemble des représentations que se forgent les habitants sur l’avenir de la ville nouvelle. Or, sans exception ou presque, ils pensent qu’Ali Mendjeli est une ville de demain et qu’elle porte les germes d’un avenir meilleur : « C’est l’avenir de mes enfants qui m’a poussé à acheter un appartement à Ali Mendjeli. Ici, il y a l’université, un complexe olympique en phase de construction […], l’avenir de tout Constantine se jouera certainement à Ali Mendjeli », explique Hachmi41 (avril 2019).

  • 42 Suite au décret présidentiel n° 18-337 du 25 décembre 2018, officialisant la création de circonscri (...)

62Cet optimisme à l’égard de l’avenir d’Ali Mendjeli est partagé par beaucoup d’habitants rencontrés en 2010, y compris parmi ceux qui critiquaient fortement Ali Mendjeli. Leur optimisme est alors nourri par le lancement de plusieurs projets d’envergure, tels que le campus universitaire, et surtout, par la possibilité de (mieux) se loger ou d’accéder à la propriété. Dix ans plus tard, l’espoir que la ville nouvelle avait pu susciter ne fait pas l’unanimité parmi les individus interviewés entre 2018 et 2019. Ceux-ci manifestent deux opinions différentes. Un premier groupe d’individus continue à se montrer rassuré à l’égard de l’avenir d’Ali Mendjeli en avançant des arguments liés au développement de plusieurs secteurs, au changement récent de son statut administratif42, ou à la fréquence élevée des visites officielles (walis et ministres). Pour le second groupe, constitué essentiellement des anciens, la confiance qu’ils ont placée en l’avenir de la cité a été trahie, comme en témoigne d’ailleurs son propre devenir ; ce devenir qui confirme certes l’évolution de plusieurs domaines, mais atteste finalement d’une urbanité qui n’a pas su ou n’a pas pu fonder un nouvel habiter ou une nouvelle vie en ville, comme la phraséologie d’alors, commune aux concepteurs et pouvoirs publics, l’avait laissé accroire.

63Les cinq figures évoquées plus haut apportent un discours contradictoire, et parfois même paradoxal sur Ali Mendjeli. Celle-ci est naturellement critiquée, voire stigmatisée, par une part considérable d’individus qui réfutent le modèle d’urbanité proposé par les aménageurs. À ce sujet, nous partageons les remarques de M. Côte quand il écrit que « les critiques les plus vives à l’égard de la ville nouvelle viennent des Constantinois citadins. » (2006, p. 74). À l’antipode de cette déception, d’autres habitants, notamment ceux dont l’installation dans la ville nouvelle participe d’une (relative) ascension sociale, expriment des motifs de satisfaction à son égard. Ils la jugent positivement à partir de ce qu’elle leur apporte par rapport à leur ancien lieu de résidence en termes de logements, de qualité de voisinage, de commodités urbaines, de centralités et d’emploi.

  • 43 Aucun des habitants interviewés en 2010, ne qualifiait Ali Mendjeli de « ville ». Pour la plupart, (...)

64Mais ce tableau qui tend à opposer frontalement deux catégories de résidents est beaucoup trop simpliste. Les « oppositionnels » sont également conscients de la dynamique urbaine, de l’amélioration de l’environnement, et ne sont pas loin d’être gagnés par la confiance en l’avenir de cette ville. Quant aux seconds, si leur jugement est plutôt positif, cela ne les empêche pas de souffrir de tous les maux et dysfonctionnements de cette ville jamais achevée, mal finie et, parfois, dangereuse. Ce caractère ambivalent du discours à l’égard d’Ali Mendjeli, est bien résumé dans notre enquête par une expression qui revient comme un leitmotiv : « la nouvelle est une ville normale ». Cette expression contient une part de satisfaction en qualifiant Ali Mendjeli de « ville »43, mais elle occulte une part de regret à propos d’une ville qui, au bout du compte, ne propose rien d’original qui la distingue des autres villes. Finalement, la majorité des d’habitants enquêtés, n’est ni déçue, ni surprise par la découverte de quelque chose de nouveau. Pour eux, « la nouvelle » n’a rien de nouvelle !

Conclusion

65En commençant ce travail, nous souhaitions identifier, puis tenter de comprendre, les modes d’habiter qui se développent à Ali Mendjeli en partant de l’hypothèse qu’ils sont significatifs d’une compétence habitante : une compétence de pratiquer l’espace mais aussi et surtout d’en parler. Nous avons rendu compte du dynamisme récent de la ville et des recompositions socio-spatiales qui s’y produisissent. Ces dynamiques ont largement contribué à rendre possible une territorialisation des différents sous-espaces d’Ali Mendjeli – étant entendu que ce processus en est à des niveaux d’avancement très variables selon les individus et les groupes sociaux, car il dépend fortement de leurs histoires propres et des lieux antérieurs où celles-ci se sont déroulées. Cette territorialisation plus ou moins engagée tend à conférer progressivement à la ville nouvelle les caractéristiques – pourrait-on aller jusqu’à dire : les qualités ? – d’une urbanité émergente.

66À travers l’émergence de cette urbanité et la cristallisation des micro-centralités en son sein, la ville nouvelle d’Ali Mendjeli pose la question de l’« invention », voire de la « réinvention » de la ville. Malgré des formes spatiales qui donnent toujours l’impression d’être instables, mal fixées, plus de vingt ans après son inauguration, malgré les discontinuités – pour ne pas dire la fragmentation – qui caractérisent son tissu urbain, des dynamiques sociales fortes s’y développent. Elles témoignent, dans leur ensemble, de la capacité d’Ali Mendjeli à se constituer en un lieu d’ancrage résidentiel et d’enracinement territorial. Preuves à l’appui, les habitants sont de moins en moins reliés dans leurs pratiques à la ville centre de Constantine, ils sont de plus en plus nombreux à chercher un travail sur place, et de même, à transférer leur lieu travail du centre-ville à Ali Mendjeli. La mobilité résidentielle à l’intérieur de la ville nouvelle est de plus en plus intense. La majorité des individus qui s’extrait du foyer familial, reste à Ali Mendjeli. D’autres individus, les locataires en particulier, ont pour but d’améliorer la qualité du voisinage, de se rapprocher des commodités urbaines ou encore, profiter d’un confort domestique supérieur.

67L’ancrage local et l’enracinement territorial à Ali Mendjeli sont aussi symptomatiques des changements qui affectent principalement les modes de vie des habitants et leur manière de vivre en ville et de se représenter la ville. En termes de mode d’habiter, les changements les plus significatifs sont liés à la montée en puissance de l’individualisme et à l’accroissement des mobilités tant à l’échelle de la ville nouvelle qu’à celle de l’agglomération de Constantine. Ces changements ne signifient pas pourtant le triomphe d’un mode d’habiter périurbain fondé sur l’hyper-mobilité et la déterritorialisation des espaces de vie. La (re)construction des territoires de proximité se réalise bel et bien à Ali Mendjeli. Les habitants y participent par leurs pratiques réticulaires, mais aussi et surtout les commerçants, qui par leur (re)déploiement spatial et leur réactivité aux changements, s’imposent comme l’un des principaux acteurs de l’urbanité d’Ali Mendjeli.

68En termes d’urbanisation algérienne, le cas de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli, à l’instar des autres villes nouvelles qui ont été initiées sur les marges de la capitale Alger (Sidi Abdallaha, Bougzoul, Bounan), signe un retour à la planification entrepris par l’État et témoigne d’un changement notable, chez les aménageurs, dans leur manière de considérer et de traiter « les périphéries urbaines ». Celles-ci longtemps délaissées ou malmenées par les urbanistes et les aménageurs, voire totalement méconnues, sont devenues aujourd’hui des enjeux stratégiques (en particulier fonciers, politiques et pour l’image de la ville), et des lieux décisifs où se joue le devenir de l’urbain contemporain algérien.

69Pourtant, l’action des pouvoirs publics reste guidée par de vieilles recettes technocratiques, excluant toute sorte de concertation effective des habitants dans le montage des projets. L’absence totale d’un urbanisme participatif n’empêche pas par ailleurs les citadins ordinaires, y compris les plus marginaux, de monter sur le devant de la scène et de s’impliquer fermement dans la fabrication de ces urbanités périphériques. Ils s’imposent comme des co-producteurs agissant dans le cadre officiel et informel, en tordant les usages hérités de l’espace et en prenant à revers les valeurs et les normes imposées par le haut.

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Notes

1 Les réflexions sur la notion d’habiter sont très redevables à Martin Heidegger. En 1951, à l’occasion dans son célèbre essai Bâtir, habiter, penser, il « a posé les bases d’une conception de l’habiter qui en fait une activité primordiale, constitutive de l’être humain » (Levy et Lussault, p. 441). Par là même, il distingue de manière radicale, habiter (trouver sa place dans le Monde) et se loger (être à l’abri) (Bonicco-Donato, 2019).

2  Cet échantillon a été constitué de façon à restituer une image aussi fidèle que possible de la population observée. Il est composé de 33 personnes appartenant aux couches moyennes, 30 aux classes pauvres et 15 aux classes aisées. À l’intérieur de ces trois catégories, d’autres variables ont été prises en compte pour différencier des sous-groupes selon la durée de résidence, l’héritage culturel, l’origine géographique, le quartier de provenance, la localisation du domicile au sein de la Ville nouvelle, le type d’habitation occupée et le statut d’occupation. À cela s’ajoute la prise en compte de variables supplémentaires comme le lieu de travail, le sexe et l’âge.

3 La Wilaya est une structure décentralisée de l’État, équivalente au « département » en France. Le Wali est son chef.

4 La ville nouvelle, telle qu’elle est conçue, est subdivisée en cinq grands quartiers ; chacun de ceux-ci se compose de quatre unités de voisinage, soit une ville réunissant vingt unités de voisinage, numérotées de 1 à 20. À leur tour, les unités de voisinage se divisent en îlots résidentiels.

5  Le plan directeur initial d’Ali Mendjeli a connu deux extensions successives. La première a concerné l’UV5. Elle a permis l’aménagement de la ville universitaire (campus). La seconde est plus récente, elle s’est opérée sur les faces sud et ouest de la ville (Fig. 1), pour accueillir des immeubles d’habitation et les équipements socio-culturels qui les accompagnent.

6 L’absence totale de recensements officiels réservés à Ali Mendjeli, rend ces chiffres très discutables. Ceux-ci résultent de nos propres investigations auprès des services publics concernés, à savoir : la wilaya et la Direction d’urbanisme de Constantine, la Direction de l’AADL, l’OPGI, l’ONS, l’APC du Khroub et celle d’Ain Smara. Le compte a été fait sur la base d’un TOL de 6 personnes par logement.

7 Le centre commercial El-Ritaj-Mall est un bâtiment ultra moderne et luxueux. Il s’étend horizontalement sur une surface de presque 40 000 m² et verticalement sur cinq étages. Ceux-ci sont aménagés autour d’un atrium central qui abrite des escalators et des ascenseurs panoramiques assurant la liaison entre les différents niveaux. Le rez-de-chaussée est composé de deux entités majeures : la première est une grande surface de vente regroupant des stands de fruits et de légumes, des bouchers et des poissonniers ; la seconde correspond à un supermarché calqué dans son organisation et son fonctionnement sur les grandes surfaces occidentales. Il est aménagé en deux niveaux : la moitié de la surface du rez-de-chaussée et la totalité du sous-sol du centre commercial. Entre les deux surfaces principales du rez-de-chaussée, s’implantent plusieurs magasins de chaînes internationales (Célio, Jennyfer, Samsung, etc.), boutiques d’opérateurs de téléphonie, cafés, boulangeries, pâtisseries et matériels médical. Le dernier étage du bâtiment est réservé aux dizaines de restaurants et salons de thé. Les étages intermédiaires hébergent plus de 400 magasins dont la majorité propose des articles destinés aux femmes et aux enfants.

8 L’édification de la Ville nouvelle a commencé par l’UV6. C’est là que se sont installés les primo-arrivants.

9 La centralité étant considérée par nous, en l’occurrence, comme un « lieu-synthèse » de l’urbanité d’Ali Mendjeli. Il s’agit de lieux, étroits ou larges, relativement dotés d’espace public, exerçant une réelle attractivité, reconnue et vécue par les habitants, grâce à la diversité et la densité des objets de société qu’ils abritent. Ils sont intensément pratiqués par les habitants et perçus (considérés) comme des centres possibles de la ville nouvelle.

10 Lakhdar, 42 ans, ingénieur chez Djezzy, ancien habitant de Sidi Mabrouk, installé en 2007 à l’UV 7, dans le cadre du programme AADL.

11 « La nouvelle » est une locution systématiquement utilisée par nos enquêtés, prononcée en français, pour désigner la ville nouvelle d’Ali Mendjeli.

12 Oueled lamdina est une expression qui signifie, pour la plupart des personnes interrogées, les Constantinois de souche.

13 Moukhtar, âgé de 62 ans, chef d’entreprise de récolte du miel, père de 4 enfants, installé en 2009 dans sa villa sise à l’UV7.

14 Hocine, 53 ans, est chef service à la Direction des Impôts, ancien habitant du quartier Bellevue (centre-ville). Depuis son arrivée en 2014, il occupe un appartement moderne à l’UV5.

15 Les boutiques de téléphonie servent avant tout à passer des appels téléphoniques, mais elles sont aussi très utilisées comme de points de rendez-vous par les jeunes, et les jeunes filles en particulier, qui s’y rendent entre ami(e)s pour discuter, boire du thé, draguer, etc. L’usage généralisé du téléphone portable a sensiblement réduit l’attractivité de ces établissements.

16 Boukhmis, 68 ans, retraité de la fonction publique, ancien mdini qui, depuis son relogement en 2003, occupe un F3 au quartier El Istiqlal, à l’UV1.

17 Dans un contexte similaire à celui d’Ali Mendjeli, Florin (1997) constate que les Villes Nouvelles égyptiennes sont aussi très marquées par la fabrique vernaculaire de jardins.

18 Hocine, conducteur de travaux chez COSIDER, 54 ans, ex-bidonvillois de Bardo (centre-ville), résident de l’UV3 depuis 2010.

19 Outre que les frontières varient d’un habitant à l’autre pour un même quartier, celles-ci ne correspondent ni de près ni de loin à celles fixées par les urbanistes, repérables dans le Plan Directeur, lequel est organisé en cinq quartiers. Cette distorsion est-elle spécifique à Ali Mendjeli ? L’introduction précise avec raison qu’il n’y a jamais adéquation entre la ville offerte et la ville pratiquée (p. 1).

20 L’accession à la villa est aussi le propre d’un nombre non négligeable d’individus qui sont venus d’autres villes et qui se sont, pour la plupart d’entre eux, enrichis durant les vingt années de la présidence Bouteflika.

21 Le nombre sans cesse croissant des individus qui s’extraient du foyer parental, constitue un phénomène qui semble traverser toute la société algérienne. Il témoigne de la préférence accordée à la famille nucléaire au détriment de celle élargie (Bergel et Kerdoud, 2010).

22 Les métropolitains « se distinguent par une mobilité quotidienne intense qui se déploie à diverses échelles territoriales. La métropole constitue toutefois l’espace principal de référence dans lequel se déploie une partie importante de leurs pratiques » (Cailly et Pourtau, 2018, en ligne). Cette figure correspond à ce que nous avons déjà qualifié de « territoriants » (Lakehal, 2015).

23 Le terme « pionnier » sera utilisé, tout au long de ce travail, avec une certaine réserve, car nous nous en servons pour désigner certes les premiers installés, mais ceux-ci n’ont pas choisi d’être les primo-arrivants. Il s’agit donc de « pionniers malgré eux ».

24 Malika, enseignante au primaire, 38 ans, célibataire, ancienne habitante du bidonville dit ELQahira.

25 Dès leur installation en 2001, les habitants de ce quartier ont repris le nom de leur bidonville de provenance (dit New York), pour désigner désormais leur quartier de résidence à Ali Mendjeli.

26 En 2010, la ville nouvelle disposait de trois mosquées situées dans les UV6 et 9. Aujourd’hui, elle compte 25 mosquées réparties sur la totalité des UV. La construction des mosquées à Ali Mendjeli, comme dans la plupart des villes algériennes, est souvent laissée à l’initiative de la population. De ce fait, leur édification prend beaucoup de temps et « relève davantage d’un bricolage sommaire que d’une véritable œuvre architecturale », comme le remarque Driss (2005). Par contre, leur édification nécessite souvent de fortes mobilisations populaires qui sont autant d’occasions pour créer des liens d’interconnaissance au sein d’un quartier.

27 L’UV6 est l’espace inaugural de la ville nouvelle où se sont implantés les premiers commerçants. La quasi-totalité des immeubles d’habitation qui la composent sont dotés de rez-de-chaussée dédiés aux commerces. Jusqu’à 2010, la concentration commerciale à l’UV6 était très forte. Les boutiques s’alignaient le long de la plupart des rues qui en séparent les îlots résidentiels, animaient le quartier et généraient des flux intenses au bas de presque chaque immeuble. Au milieu de l’UV6, s’implante El-Ritaj 1, un centre commercial moderne abritant des centaines de magasin et des vendeurs de légumes et fruits (Lakehal, 2013). Par UV6, les habitants désignent le plus souvent, l’UV6 en tant que telle, et les espaces qui lui sont limitrophes, tels ceux des UV 8, 5 et 7.

28 La convivialité est entendue ici au sens goffmanien du terme, à savoir « la rencontre des individus et leur capacité d’échanges et d’interactions » (Goffman, 1974, p. 130).

29 Par le vocable El-Ritaj Mall les habitants désignent deux réalités différentes ; pour certains, il s’agit du centre commercial et de ses espaces annexes. Pour d’autres, il englobe toutes les activités commerciales qui se sont développées depuis le centre commercial en longeant le boulevard secondaire de la Ville nouvelle.

30 Farid, 51 ans, médecin, ancien habitant du quartier Saint-Jean, résident de l’UV6 depuis 2001.

31 Pour les habitants enquêtés disposant d’un véhicule, un parking surveillé est décisif. Cela leur permet d’éviter le recours aux parkings « clandestins » qui fleurissent un peu partout sur les espaces publics de la ville nouvelle.

32 Ali, 34 ans, journaliste, résident de l’UV 17.

33 Plusieurs formes de communication sur Internet, précisément des applications (Tam Tam, Sir Sir, etc.) qui mettent en contact les chauffeurs et les clients, sont actuellement très en vogue. Elles facilitent efficacement la mobilité des habitants d’Ali Mendjeli.

34 Il s’agit d’une seconde série d’enquêtes après celle que nous avons réalisée entre 2006 et 2010, dans le cadre d’une recherche doctorale (Lakehal, 2013).

35 Une précision de taille s’impose ici. Les représentations n’ont pas été, dans ce papier, faute de place, directement croisées avec les trois échelons d’habiter cités précédemment ; chose qui aurait sans doute apporté plus de complexité et de nuance au contenu final du texte. Elles sont par ailleurs évoquées ici comme une entité à part par volonté d’actualiser les perceptions que les habitants ont de leur ville, et comme un dire qui informe sur le devenir d’Ali Mendjeli.

36 Le travail de dépouillement de l’enquête, a consisté à déconstruire le texte (parole habitante) en morceaux, puis à rassembler ces morceaux par groupes de significations. Par les multiples recoupements que nous avons pu établir entre les paroles recueillies se sont peu à peu dégagés des axes forts d’interprétation qui nous ont aidés à élaborer cinq figures majeures – étant donné qu’« une figure est un rassemblement [plus ou moins] cohérent d’images » (Chalas, 2000, p 29) – qui résument l’essentiel des dispositions affectives, jugements et prises de positions prononcés à l’égard d’Ali Mendjeli.

37 Salim : 21 ans, étudiant en architecture, habitant de l’UV 19, originaire d’Ain Mlila.

38 Fahd : 32 ans, coiffeur à Ali Mendjeli, résident de l’UV 17 depuis 3 ans. Ancien habitant du centre-ville.

39 Les premières confrontations ont eu lieu pendant les toutes premières années de leur installation. Les plus récentes datent de 2014 ; elles se sont déroulées au niveau de l’UV 14, entre les relogés issus des deux bidonvilles de Fedj Errih et de Djaballah et ont provoqué le décès d’une personne (Benlakhlef et Bergel, 2016).

40 Nos observations convergent avec les récents travaux de Bouarroudj-Djeridi (2019). À partir de ses enquêtes sur le sentiment d’insécurité à Ali Mendjeli, l’auteur constate que plus de 55 % des habitants se sentent en sécurité.

41 Hachmi, 39 ans, co-propriétaire d’une maternité privée, ex-habitant de Boussouf, installé dans les immeubles du promoteur Dembri à l’UV12 depuis 2014.

42 Suite au décret présidentiel n° 18-337 du 25 décembre 2018, officialisant la création de circonscriptions administratives dans les grandes villes, Ali Mendjeli a été promue officiellement au rang de wilaya déléguée.

43 Aucun des habitants interviewés en 2010, ne qualifiait Ali Mendjeli de « ville ». Pour la plupart, elle était vue comme une « non-ville », « un quartier », « un semblant de ville », « un non-lieu », « un morceau de ville », etc.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 - Phases d’extension successives de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli
Crédits Carte d’origine : direction d’Urbanisme de Constantine. 2018, repris A. Lakehal. 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12098/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 103k
Titre Figure 2 - Principales phases de l’urbanisation de la ville nouvelle d’Ali Mendjeli
Crédits Carte d’origine : Ahcène Lakehal, 2013. Actualisée par A. Lakehal. 2020
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12098/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Figure 3 - Terrains vagues en marge du tissu urbain récent (l’UV 16 à gauche, l’UV 18 à droite)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12098/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 272k
Titre Figure 4 - L’art de savoir faire le jardin à Ali Mendjeli
Légende Photo 1 - Jardin à l’UV1, au quartier dit Tindouf. Photo 2 - Jardin à quelques mètres d’El-Ritaj Mall. Photo 3 - Jardin à l’UV19. Photo 4 - Jardin à l’UV 16, à peine aménagé
Crédits Cliché : A. Lakehal, 2019.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12098/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 643k
Titre Photos 5 à 8 - Vues diverses sur le centre commercial El-Ritaj Mall
Légende Photo 5 - La façade principale d’El Ritaj Mall. Photo 6 - Manège situé à l’arrière du centre commercial. Photo 7 - La surface de vente réservée aux fruits et légumes. Photo 8 - L’atrium central à l’occasion de l’organisation d’une animation.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/12098/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 768k
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Pour citer cet article

Référence papier

Lakehal Ahcène, « La ville nouvelle d’Ali Mendjeli à l’épreuve des modes d’habiter »Les Cahiers d’Outre-Mer, 282 | 2020, 81-114.

Référence électronique

Lakehal Ahcène, « La ville nouvelle d’Ali Mendjeli à l’épreuve des modes d’habiter »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 282 | Juillet-Décembre, mis en ligne le 01 janvier 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/12098 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.12098

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Auteur

Lakehal Ahcène

Faculté d’Architecture et d’Urbanisme, Université de Constantine 3, Lakehal.ahcene@yahoo.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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