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Dossier

Acampamentos, logements ouvriers et habitat informel : des chantiers aux quartiers populaires et villes satellites de Brasilia – pistes méthodologiques pour une histoire de l’urbanisme populaire

Danilo Guiral Bassi
p. 13-38

Résumés

Cet article propose des pistes pour une réinterprétation de l’histoire de la construction de Brasilia, en mettant l’accent sur les ouvriers du bâtiment et leur logement – provisoire, définitif et/ou informel. Il cherche à repérer les images de la construction de Brasilia, ses mythologies et le discours officiel face aux masses de travailleurs du bâtiment qui l’ont construite ; cerner les défis méthodologiques et pratiques de la formation d’un corpus qui puisse répondre aux problématiques posées dans une perspective historique ; et à proposer l’insertion des études de cette ville dans les débats autour de l’urbanisme populaire.

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Texte intégral

1Entre novembre 2018 et mars 2019, un thème peu exploité de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme a gagné l’espace des expositions provisoires à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris. Le musée créé pour abriter la mémoire de l’architecture française a hébergé l’exposition L’Art du Chantier : construire et démolir, du xvie au xxie siècle. Peintures, gravures et photographies donnèrent un aperçu de la représentation – rare – des chantiers dans les arts visuels de l’époque. Mais si dans le domaine des arts visuels c’était peut-être une nouveauté, l’inclusion du chantier dans les problématiques de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme était déjà promue dans les milieux universitaires depuis quelques décennies, comme le montrent les travaux d’auteurs comme Sergio Ferro avec son Dessin/Chantier.

2Dans la deuxième moitié du xxe siècle, des pays tels que le Brésil et la France, dans des contextes politiques, sociaux et économiques différents, ont connu différents projets de modernisation, incités par leurs gouvernements. Dans ces deux exemples, les dirigeants politiques victorieux de la Seconde Guerre mondiale, Getúlio Vargas et Charles de Gaulle, ont changé le visage politique de leur pays. D’un côté et d’autre de l’Atlantique, le national-développementalisme, héritage du varguisme, et le gaullisme ont assumé la tâche de moderniser leur pays, sous la direction centralisatrice d’un État central et aménageur. Ces deux projets de modernisation ont fait de l’aménagement urbain de leur capitale l’un de leurs outils politiques.

3Au Brésil, le choix le plus radical a déplacé la capitale nationale, qui était auparavant sur la côte, vers l’intérieur du pays. En France, la périphérie de capitale a été restructurée. C’est ainsi que Brasilia et les cinq villes nouvelles de la région parisienne sont nées. Brasilia a émergé comme la capitale ayant pour objectif d’être l’antithèse de Rio de Janeiro et de ses problèmes. La nouvelle capitale devait symboliser un nouveau pays, sans les vices du sous-développement – et ses réflexes urbains, tels que la violence, le trafic désordonné et les bidonvilles. Brasilia n’a pas atteint tous les objectifs symboliques et politiques de ses promoteurs. Brasilia a grandi avec les vilas (littéralement, villages, synonyme de quartier populaire), les invasões (invasions) et les favelas (bidonvilles), des blessures d’un pays très inégalitaire.

4La construction de Brasilia s’inscrit dans un certain imaginaire brésilien. Ce processus a commencé dans les années 1920 et 1930, il a culminé dans les années 1950. Il cherchait à construire, à travers le gouvernement central, l’État-nation brésilien et, en même temps, à forger une identité nationale. De la Révolution de 1930 au gouvernement de Juscelino Kubitschek (1956-1961), avec de courtes périodes de parenthèses, le varguisme – avec ses partis et ses dirigeants politiques et malgré les changements de régime – a commandé l’État brésilien avec l’objectif formel de moderniser le pays. Des lois du travail à l’architecture officielle, peu de domaines ont échappé aux préoccupations de cette modernisation conservatrice qui a duré trois décennies.

5La modernisation varguiste a établi au Brésil une accélération des processus conjoints d’industrialisation et d’exode rural. Les villes brésiliennes ont vu leur population augmenter de façon spectaculaire, une croissance accompagnée par l’expansion de nombreux problèmes urbains. À Rio de Janeiro, alors la capitale du pays, dans les années 1940 et 1950 du dernier siècle, les favelas, le trafic routier et la violence sont apparues dans le discours politique des rangs du varguisme comme des questions presque insolubles. La volonté de transfert de la capitale est alors (re)apparue avec force comme une solution pour ces obstacles à la modernité prétendue.

6L’idée de transférer la capitale brésilienne vers le centre du continent sud-américain n’était pas nouvelle, même si pendant plus d’un siècle elle était davantage liée à une logique de stratégie de défense du territoire. L’idée de l’intériorisation de la capitale remonte au xviiie siècle et s’inscrit dans le processus d’indépendance dans les années 1820. Dans les années 1890, la zone du Plateau Central brésilien est définie comme l’emplacement de la future capitale. La première pierre y est posée lors du centenaire de l’indépendance en 1922. Le transfert de la capitale vers la région centrale du Brésil est formalisé dans les constitutions de 1891, 1934 et 1946. C’est sous le gouvernement de Juscelino Kubitschek, ou JK, que débute la construction de la nouvelle capitale. Brasilia est inaugurée le 21 avril 1960.

7Ce qui nous intéresse dans cet article, c’est de mettre en lumière des facettes dévalorisées ou oubliées de l’histoire de la construction de Brasilia en tant qu’éléments de compréhension de l’histoire de la ville, mais aussi comme outil de formulation des politiques publiques. Plus précisément, nous proposons une réflexion sur le rôle des acampamentos et ses logements temporaires, mais aussi sur l’habitat informel des travailleurs de la construction de Brasilia. Les acampamentos, en traduction littérale « campements », sont des ensembles de constructions provisoires, d’habitation, d’administration ou de stock de matériel des plus grandes entreprises des chantiers de Brasilia. L’habitat informel est présent dans les favelas et vilas : les bidonvilles, les ensembles de constructions informelles qui naissent et évoluent au long du processus de la construction de Brasilia dans une marginalité, sociale et légale, plus ou moins grande.

8En 1957, les premiers acampamentos sont construits dans les futurs chantiers de Brasilia, occupés rapidement par les dizaines de milliers d’ouvriers du bâtiment en provenance d’autres régions du pays. Ils arrivèrent sur cette ancienne zone rurale qui, trois ans après devait accueillir le siège du gouvernement brésilien. Dans ces premières années de travaux, en plus des logements provisoires, de vrais bidonvilles côtoient les chantiers et acampamentos. Les immenses acampamentos et les logements, formels et informels, installés dans les chantiers et à proximité de ceux-ci, même s’ils sont omniprésents dans le paysage de la future capitale brésilienne et forment tout un système urbain au-delà des palais et des « superquadras », seront très précocement effacés de la mémoire visuelle en développement.

9Alors que les images de la capitale inaugurée en 1960 croisaient le monde sous l’impulsion de l’État brésilien comme le symbole d’un futur prometteur, d’immenses déplacements poussaient les ouvriers occupant des logements provisoires et les bidonvilles vers les futures et précaires villes satellites, comme Taguatinga, Sobradinho et Gama. Ces nouvelles villes étaient placées au-delà d’un cordon sanitaire à pas moins de 20 kilomètres des palais du pouvoir construits par ces mêmes travailleurs. L’expression en portugais pour cordon sanitaire, « faixa sanitária », cet espace de transition et contrôlé en vue de surveiller l’accès à un espace protégé, notamment pendant les épidémies, est utilisée depuis la période de la construction dans des documents de travail et la dictature de 1964-85 le formalisera avec ce nom dans les textes de loi. Même si toutes les constructions provisoires étaient censées être complètement démantelées après la fin des chantiers, quelques acampamentos deviennent des quartiers de Brasilia (comme la Vila Planalto) ou sont reconnus comme des villes satellites du District Fédéral (dont le Núcleo Bandeirante et la Candangolândia).

10Face à cela, nous pouvons nous demander quelle est la place donnée dans les politiques urbaines par les agents de l’État, élus et aménageurs, aux ouvriers du bâtiment de la ville de Brasilia dans ses premières années ? Une série de questions complète cette question centrale : comment les ouvriers du bâtiment étaient-ils logés à Brasilia ? Quels étaient les types d’habitation provisoire et informelle qui se côtoyaient dans les alentours des chantiers de la future ville ? L’établissement définitif des travailleurs des chantiers après la construction de la nouvelle capitale a-t-il été anticipé par l’État aménageur brésilien des années 1950 ? Comment la mémoire de cette classe ouvrière est-elle mise en forme, construite et déformée dans le discours officiel ? Dans quelle mesure un aménagement urbain, qui prévoyait des modifications profondes des relations humaines et sociales dans la ville, tout en employant une logique de prise de décisions verticale, est-il effectif ?

11Si comprendre l’histoire et l’héritage des villes est un outil essentiel pour le développement des politiques urbaines et, ainsi, pour leur devenir, exploiter dans les archives les angles morts du récit officiel est un impératif du métier de l’historien. Cet article cherche donc dans un premier moment, à repérer l’image de la construction de Brasilia, ses mythologies et le discours officiel face aux masses de travailleurs du bâtiment qui l’ont construite. Ensuite, nous traitons de défis méthodologiques et pratiques au sujet de la formation d’un corpus qui puisse répondre au questionnement à partir du croisement de sources diverses (écrites, orales, visuelles), ou encore les silences rencontrés dans les archives d’un pays ayant traversé une période dictatoriale avec un projet d’effacement de l’histoire de certains groupes. Dans ce cadre, nous tentons d’apporter des contributions à l’histoire de ces acampamentos, avec des résultats de l’exploitation de sources primaires. Finalement, nous proposons l’insertion, dans les études d’une ville née d’une volonté de l’hégémonie de l’État en tant qu’aménageur, des débats autour de ce qui est classé comme « urbanisme populaire » dans des recherches actuelles réalisées en Amérique Latine.

Mythologies

12La création d’une mythologie de la construction de Brasilia implique la création de personnages (et d’adjectifs dérivés) par le pouvoir étatique. Un cas intéressant est celui des bandeirantes et des candangos. Lorsque nous étudions la revue Brasilia de la NOVACAP (acronyme du nom en portugais de la Compagnie d’Urbanisation de la Nouvelle Capitale, l’établissement public créé pour diriger la construction de Brasilia), il est possible de voir le jeu de mots pour décrire les constructeurs de la ville : pionniers (image assez constante dans différentes expériences de villes nouvelles dans le monde), bandeirantes et candangos sont les plus récurrents. Le discours officiel est centré sur un certain esprit pionnier, le seul qui serait capable de construire presque miraculeusement la nouvelle capitale et qui serait représentatif d’une continuation d’un certain « esprit bandeirante ».

13Les bandeirantes étaient des explorateurs autonomes et mercenaires de l’intérieur de l’Amérique portugaise, dont les « aventures » étaient l’exploitation minière, l’esclavage d’Indiens (notamment les guaranis de la frontière Sud disputée entre les empires coloniaux du Portugal et de l’Espagne) et le combat aux quilombos – les communautés d’Africains en esclavage qui fuyaient les fermes du littoral. Repris par l’élite de plus en plus puissante de l’État de São Paulo, le mythe des bandeirantes est construit comme celui des explorateurs avec un esprit nativiste, responsables de la conquête du sertão – nom générique du portugais brésilien pour l’intérieur du continent – et des dimensions continentales du pays. Dans ce discours, l’intégration économique et culturelle de l’ancienne colonie devenue indépendante comme un seul pays unifié, au contraire de l’Amérique Espagnole éclatée en plusieurs États, est créditée aux bandeirantes.

14Le discours officiel reconnaissait les territoires conquis de l’Espagne au xviiie siècle comme « vides » encore au début du xxe siècle – bien évidemment, sous-entendant vides d’hommes blancs, puisque des centaines d’ethnies indigènes occupaient cet immense et hétérogène sertão. Un État se voulant déjà modernisateur prônait la responsabilité de donner suite aux exploitations et reprendre l’« esprit bandeirante » pour « conquérir l’Ouest » du pays. Peu à peu, se construisait la mythologie de la grande Marche à l’Ouest, discours par lequel l’État agit de manière à conquérir son propre territoire.

15Ce discours se développe en trois grandes étapes :

  1. au long des premières décennies du xxe siècle, avec un gouvernement central contrôlé majoritairement par des représentants des élites agricoles de São Paulo, qui, dans le discours, prend le relais de l’« esprit bandeirante » et établit que le centre du pouvoir doit être transféré à la région centrale du pays – région « conquise » par les bandeirantes –, en fixant l’emplacement de la future capitale en 1922 ;

    • 1 De l’État de São Paulo.

    la Période Vargas (1930-54), un moment de centralisation, de construction d’une identité commune et du début du discours officiel de la Marche à l’Ouest – l’« esprit bandeirante » devient ainsi brésilien, pas plus exclusivement paulista1. Le projet de la nouvelle capitale au centre du pays continue formellement ;

  2. la période de la construction de Brasília (1956-1960) lors du gouvernement Juscelino Kubitschek, qui propose une relecture de la Marche à l’Ouest, pas comme simple conquête, mais comme axe de développement économique et d’intégration territoriale. Le gouvernement JK se veut une période de développement accéléré (on parle de « 50 ans de développement en 5 ans de gouvernement »), planifié par l’État, mis en place conjointement avec les secteurs privés. Brasília est alors définie comme l’objectif-synthèse de son plan politique, un exemple de modernisation, d’industrialisation, d’intégration et de marche à l’Ouest à travers ce mythologique « esprit bandeirante ».

  • 2 Terme d’origine kimboundou, signifiant « ordinaire ».

16Au long de la période de construction, le discours officiel subit cependant une transformation. Entre 1957 e 1959, la mythologie se transforme et la désignation est, peu à peu, appliquée exclusivement aux « grands noms » de la construction de Brasilia : les dirigeants politiques, les ingénieurs, les architectes et urbanistes. Les ouvriers, la grande majorité de la population des chantiers de la future capitale, et leurs familles deviennent les candangos2. « Candango » reste jusqu’aujourd’hui un synonyme de travailleur des chantiers de la construction de Brasilia.

Figure 1 - Peter Scheier. Outdoor de campanha presidencial, 1960. Instituto Moreira Salles

Figure 1 - Peter Scheier. Outdoor de campanha presidencial, 1960. Instituto Moreira Salles

Il est intéressant de noter, sur cette pancarte des élections présidentielles de 1961, la présence du spectre central de Getúlio Vargas, déjà décédé, entouré des noms des deux partis varguistes (le PTB et le PSD) : à droite Juscelino Kubitschek, décrit comme « Le grand bandeirante du siècle » (et avec l’habillement traditionnel bandeirante) et à gauche Henrique Teixeira Lott, le candidat officiel du varguisme dans ces élections, « planificateur de Marche à l’Ouest ». Les immeubles modernistes de Brasilia illustrent l’ensemble.

  • 3 Barbecue.

17Même si ces désignations suggéraient une hiérarchie – ou au moins une différenciation – dans les chantiers et, par conséquent, dans la construction de la mémoire de ces chantiers, une certaine mythologie toujours vivante fait l’éloge d’une supposée égalité dans l’effort d’édification de Brasilia. Les descriptions de la présence d’hommes politiques, d’ingénieurs et de célébrités sur les chantiers de la ville ont été médiatisées. Des témoignages sont exploités dans le discours officiel encore aujourd’hui lorsqu’ils contiennent les souvenirs du président JK qui appréciait du churrasco3 avec les ouvriers et les ingénieurs. Le fait que les candangos tombés n’étaient que des candangos morts, toujours anonymes, et que Bernardo Sayão – ingénieur décédé dans les chantiers de la construction de l’autoroute Belém-Brasília – soit transformé en « héros », un bandeirante qui se serait « sacrifié » pour le grand projet de la modernisation, reflète les limites de la mythologie.

18Un autre mythe fondateur de la construction de Brasilia est celui de la capacité de l’État aménageur à moderniser le pays. Si le Plan Pilote de Brasilia apparaît dans une perception générale comme le résultat d’une planification étatique et, en général, comme un succès, à l’inverse, les problèmes urbains de la capitale seraient dus à une certaine informalité dans la construction de sa périphérie. Les villes satellites de Brasilia seraient donc le résultat d’un manque de planification. Bien que cette idée soit répétée jusqu’à épuisement, les villes satellites, qui abritent des classes pauvres et une proportion considérable des classes moyennes, ont été majoritairement planifiées par le pouvoir de l’État.

19Des études récentes de l’Université de Brasilia, telles que celles de Maria Fernanda Derntl, récupèrent l’histoire oubliée – intentionnellement ou non – de la planification des villes satellites du District Fédéral. Les villes de Taguatinga, Gama et Sobradinho ont été planifiés dès l’époque des chantiers avant l’inauguration de Brasilia le 21 avril 1960. Taguatinga est inaugurée deux ans avant Brasilia ; Sobradinho, que quelques jours après la nouvelle capitale.

20La qualité de la planification et l’investissement public proportionnellement faible sont, bien entendu, des éléments qui peuvent faire l’objet d’un débat. L’idée que seule la région centrale de Brasilia, le Plano Piloto, est le fruit de l’aménagement de l’État, relève plutôt de la fiction.

La construction d’une mémoire populaire de Brasilia et ses défis méthodologiques

21La construction d’une mémoire capable de surmonter l’histoire officielle passe par le défi de trouver, entre les lignes, les silences et les destructions, les vestiges capables de récupérer l’histoire au-delà des « grands noms » de la construction de Brasilia. Pour cela, il y a des défis méthodologiques à surmonter. Quatre décennies de travaux nous donnent des pistes.

22Dans les années 1970, ce sont surtout les anthropologues et les sociologues qui s’intéressent aux questions concernant les classes populaires, les paysans, les ouvriers, les habitants des quartiers informels, les occupations et les favelas. C’est le cas des travaux à l’Université de Brasilia de Nair Heloisa Bicalho de Sousa, Construtores de Brasília, soutenu en 1978 (SOUSA, 1983), et de Gustavo Lins Ribeiro, O capital da esperança, soutenu en 1980 (RIBEIRO, 2008) – mais qui n’est publié au Brésil qu’en 2008. Le premier est une étude sociologique sur la participation politique des ouvriers de la construction de Brasilia. Le deuxième, un travail d’anthropologie sur l’expérience quotidienne de ces mêmes travailleurs.

23Dans la période de re-démocratisation du Brésil, entre 1979 et le début des années 1990, l’espace universitaire du pays assiste à une vague d’études critiques sur Brasilia dans d’autres domaines. En géographie, José William Vesentini soutient sa thèse, A Capital da Geopolítica (La Capitale de la Géopolitique), en 1985, à l’Université de São Paulo, en défendant l’idée que la planification de Brasilia et la répartition spatiale de ses classes auraient servi à un État autoritaire. Trois ans plus tard, dans l’École d’Architecture et d’Urbanisme de l’Université de Brasilia, Luiz Alberto de Campos Gouvêa soutient Brasília, a capital do controle e da segregação social (Brasilia, capitale du contrôle et de la ségrégation sociale), œuvre qui poursuivait en approfondissant certaines des idées de Vesentini.

24Encore dans le domaine de la sociologie, Márcio de Oliveira soutient à l’Université Paris V la thèse Étude sur l’imaginaire brésilien : le mythe de la nation et la ville de Brasilia, en utilisant la méthodologie de la mythanalyse appliquée aux discours des membres du gouvernement lors de la construction de Brasilia. Luiz Sérgio Duarte da Silva, sous la direction de Jessé Souza soutient également une thèse en sociologie, A Construção de Brasília (La Construction de Brasilia), à l’Université de Brasilia (UnB), en 1996.

25C’est dans les années 1980 que les historiens commencent aussi à s’orienter vers l’écoute des classes populaires. Un Programme d’Histoire Orale est créé par les Archives Publiques du District Fédéral (DF), il permet des dizaines d’entretiens avec des habitants des villes satellites de Brasilia qui ont vécu la période de la construction. C’est également le moment où apparaissent des travaux comme celui soutenu par Hermes Aquino Teixeira en 1982 (publié en 1996), sur une « histoire oubliée » de la construction de Brasilia, en se penchant sur les acampamentos de travailleurs et sur la Garde spéciale de Brasilia (Guarda Especial de Brasília – GEB), la police aux pouvoirs exceptionnels de la NOVACAP pour le territoire qui allait devenir le District Fédéral.

26Depuis les années 1990, les limites de l’histoire officielle sont d’une manière plus récurrente rappelée. Le documentaire Conterrâneos Velhos de Guerra de 1991 est symptomatique en ce sens, opposant discours officiel et témoignages de candangos de la période de construction. Des études critiques, avec les trajectoires individuelles, l’histoire des quartiers informels, les occupations et les invasions du District Fédéral sont concomitantes à la série de publications coordonnées par Aldo Paviani et publiées par l’Université de Brasilia, réunissant des chercheurs de différents domaines. Elles ont contribué à une vision plus large de l’histoire de Brasilia. L’exploitation de l’histoire orale des candangos est poursuivie dans les années 2000, avec les travaux d’historiens comme Viviane Gomes de Ceballos et Edson Beú. En France, des « brésilianistes » comme Laurent Vidal – avec De Nova Lisboa à Brasília, l’invention d’une capitale (xixe-xxe siècles), une déclinaison de sa thèse de 1995, Un projet de ville : Brasília et la formation du « Brésil moderne » (1808-1960) – reprennent les études sur les mythes de la construction de Brasilia.

27Pour la poursuite de la construction d’une histoire plus démocratique et plus complexe de Brasilia, il nous semble qu’il y a encore un chemin à tracer à partir d’au moins trois éléments centraux :

  1. inclure nos problématiques et nos recherches dans une perspective interdisciplinaire, où l’historien a de quoi apprendre avec les méthodologies accumulées d’autres sciences ;

  2. stimuler les contacts et la communication entre chercheurs de différents domaines, pour l’intégration de la recherche dans des travaux collectifs, tels que les études comparatives ou la nouvelle perspective de l’urbanisme populaire qui se développe en Amérique latine ;

  3. approfondir l’exploitation des sources historiques traditionnelles, en collectant les vestiges survivants dans les fonds d’archives sur les travailleurs de la construction civile, leurs maisons et leurs espaces conquis dans la ville, afin de compléter les études essentielles de l’histoire orale, de la sociologie, de l’anthropologie et de la géographie.

28Une perspective enrichissante pour les études urbaines historiques que nous défendons est celle de Bernard Lepetit et sa méthode d’utilisation de jeux d’échelle, sans hiérarchie entre micro et macro-phénomènes, prônant la construction d’une histoire large, au-delà d’un « simple empilement ». Selon Lepetit, la variation de l’échelle a une immense fertilité méthodologique, en plus de la capacité stimulante à générer de nouvelles questions et de nouveaux problèmes : « […] la multiplication contrôlée des échelles de l’observation est susceptible de produire un gain de connaissance dès lors que l’on postule la complexité du réel […] et son accessibilité » (LEPETIT, 1993, p. 137).

29Lepetit fait également le choix pour une centralité des acteurs sociaux, se distanciant de deux courants historiographiques dominants, l’un lié aux statistiques descriptives au long du temps (représentées par les travaux d’Ernest Labrousse et Fernand Braudel), avec une attention sur les structures macroéconomiques et spatiales ; un autre, celui de l’histoire desdites mentalités, avec la prédominance de représentations communes (comme dans les œuvres de Jacques Le Goff et Le Roy Ladurie). Dans le dernier livre qu’il a dirigé, Lepetit soutient explicitement que des concepts tels que « mentalités » et « longue durée » seraient usés, ce qui obligerait à repenser les analyses de « l’action dans la situation », c’est-à-dire, comprendre la liberté des acteurs individuels et des parcours biographiques/individuels, au lieu de généralisations de classe, en s’opposant à la fois au déterminisme des Annales et aux notions de domination et de contrôle sociale de la théorie radicale des années 1970 (LEPETIT, 1995).

30En reprenant des concepts de la géographie, Lepetit affirme que le choix des échelles consiste à « sélectionner un niveau d’information qui soit pertinent avec le niveau d’organisation à étudier » (LEPETIT, 1993, p. 127). Cette perspective a été exemplairement adoptée par Cláudia Damasceno Fonseca, notamment en structurant sa thèse sur le réseau urbain du Minas Gerais au xviiie siècle comme un objectif photographique qui s’approche de plus en plus de l’objet d’étude, à partir de l’occupation de l’espace au Minas Gerais jusqu’aux fontaines publiques d’eau des villes mineiras de Vila Rica (actuelle Ouro Preto) et Mariana (FONSECA, 2011).

31À partir des débats historiographiques sur la méthode comparative, il semble important de souligner qu’une histoire populaire comparée des villes latino-américaines – ou plus généralement des Suds – doit être construite à partir des multiples éclairages, mais aussi des interactions, dans une perspective multifocale d’analyse. Une rigueur scientifique, essentielle, doit être atteinte pour que la comparaison ne se limite pas aux impressions ou aux hypothèses. Comme toute étude comparative, elle doit être traversée par un problème (comme la représentation thaumaturgique à Bloch ou la transformation urbaine à Weber). Le chercheur doit systématiquement analyser comment un problème traverse les réalités politiques et sociales multiples de l’histoire, sans accepter une simple superposition de faits et de données avec une certaine relation.

32Au-delà du débat méthodologique et même si les autres sciences humaines et sociales ont des outils potentiels à enrichir, cet article est la déclinaison d’une recherche d’histoire et une telle étude doit également s’en tenir aux possibilités réelles de notre champ de recherche : la localisation des sources et l’exploitation possible des fonds.

33À partir des lectures croisées des recherches consolidées avec les problèmes proposés, les acteurs sociaux impliqués sont identifiés et des indices indiquaient les fonds qui pourraient alimenter la recherche. Si, d’une part, il est évident que l’État et les travailleurs étaient des acteurs centraux, une myriade d’acteurs intermédiaires (organisations de catégories, entreprises publiques et privées, départements, services, instituts, syndicats) ont surgi comme sources d’information supplémentaires. L’effort pour trouver dans cet univers les principales sources qui pourraient apporter des réponses aux questions posées nous a conduits à quelques archives et fonds qui mériteront d’être explorés à l’avenir.

34La période varguiste et notamment les années du gouvernement JK ont été marquées par des programmes de développement, auxquels l’État a activement participé en tant qu’acteur économique et agent favorisant l’industrialisation et une modernisation conservatrice. D’importants travaux d’infrastructure, la création d’entreprises publiques et des stimulus aux nouvelles industries (comme celle de l’automobile à l’époque JK) marquent ces décennies. Brasilia faisait partie de ce projet de modernisation mené par l’État. Les archives constituées et mises à disposition par l’État ont bien sûr été le premier objet de recherche pour tenter de situer et comprendre comment l’État brésilien aménageur, dans son grand projet urbain de modernité du xxe siècle, logeait les ouvriers ainsi que leurs familles pendant la construction et après celle-ci.

35Du côté de l’État, l’établissement public chargé de la construction de Brasilia – la NOVACAP – a été un acteur incontournable. Les Archives Publiques du District fédéral (ArPDF), le détenteur formel des fonds NOVACAP, ont été le lieu privilégié d’une première vague de recherche. Les ArPDF ont les fonds, en plus de la NOVACAP, de l’administration de Taguatinga, première ville satellite de Brasilia, et du secrétariat de la communication sociale de l’ancienne mairie de Brasilia – devenu ensuite le Gouvernement du District Fédéral (GDF). Une première analyse a montré que les fonds identifiés comment étant ceux de la NOVACAP sont partiels et restreints principalement à la présidence et à la gestion de l’entreprise, ne représentant pas la totalité des services de l’entreprise dans ses premières années. Après des consultations aux fonds du Secrétariat d’État au Développement Urbain et au Logement (SEDUH) du GDF, il a été identifié qu’une partie des fonds de la NOVACAP, en particulier ceux du Département de l’Urbanisme et de l’Architecture (DUA), essentiels pour repérer les projets de logements provisoires et définitifs des ouvriers, étaient situés dans les fonds de l’ancien Secrétariat de Développement Urbain et d’Environnement du District fédéral (SEDUMA), également aux ArPDF.

36Malgré l’importance de toute la production administrative, abondamment enregistrée dans des centaines de livres et des dizaines de cartons avec des procès-verbaux de réunions, rapports et documents de travail internes de la NOVACAP, débats parlementaires et commissions d’études et débats les plus divers, tous ces fonds représentent, pour la plupart, ce que l’État voulait effectivement garder, classer et rendre accessible. En ce sens, il nous a semblé important de trouver des brèches dans les fonds publics et de rechercher de nouvelles sources, en plus de celles produites par les acteurs étatiques.

37Dans les Archives Publiques du District Fédéral, des projets récents ont appliqué une série d’entretiens qui ont constitué les Fonds d’Histoire Orale, avec des témoignages importants de travailleurs de la construction. En outre, en plus des fonds officiels avec des filtres évidents – notamment ceux qui pourraient compromettre les occupants de haut rang –, d’autres fonds tels que les photos de NOVACAP semblent avoir subi moins de censure, laissant des traces intéressantes de ce qui nous préoccupe dans cette recherche. Une comparaison entre les photos de NOVACAP sélectionnées pour illustrer ses publications, telles que la revue Brasília – un mélange de reddition de comptes et de propagande officielle –, et les fonds de photographies dans leur état brut montrent une suppression intentionnelle des images avec des acampamentos, des bidonvilles et des logements provisoires des travailleurs de la construction. Toujours à la NOVACAP, une compilation informelle de certains de ses contrats signés avec des entreprises du bâti de 1957 à 1977 nous apporte en complément des indices sur le monde du travail dans les chantiers de Brasilia et les relations entre le gouvernement et les entreprises.

38Ainsi, même dans les fonds produits par l’État, un corps documentaire s’est constitué, regroupant :

  • Les sources textuelles de travail produites par des agents de l’État à différents niveaux – depuis les postes de direction (tels que les procès-verbaux de réunion ou la correspondance de la direction de NOVACAP et la correspondance de sa présidence) jusqu’aux élus et représentants politiques (débats parlementaires, projets législatifs) ;

  • Les plans, cartes et projets d’architecture et d’urbanisme, les permis (ou refus) de construction, localisés dans les fonds des organismes officiels de l’État : fonds du Département d’Urbanisme et d’Architecture de la NOVACAP notamment ;

  • D’autres sources visuelles produites par des agents de l’État, telles que des photos des fonds de la NOVACAP, ainsi que des vidéos disponibles ;

39Les témoignages de travailleurs montrent également la présence de l’Institut National d’Immigration et de Colonisation (INIC) sur les chantiers de construction de Brasilia. Créée en 1954, à la fin du dernier gouvernement de Getúlio Vargas, l’INIC est surtout connu pour ses colonies agricoles dans les régions du nord et du nord-est du Brésil et pour sa participation à la politique d’immigration étrangère – même si dans les années 1950 on assistait déjà à une diminution significative de l’arrivée d’étrangers dans le pays. Malgré cela, des témoignages indiquent que l’INIC, depuis 1957, était présent sur les chantiers de construction de la future capitale, en réalisant le tri des travailleurs arrivant dans le futur District Fédéral, que ce soit un tri pour le logement ou pour les emplois dans les entreprises du bâtiment (empreiteiras). En 1962, l’agence est incorporée à la Surintendance des Politiques Agraires (Superintedência de Políticas Agrárias – SUPRA), qui à son tour agissait sous le gouvernement João Goulart (1961-1964), avec le Ministère du Travail, pour organiser la classe paysanne dans les zones agricoles.

40Avec le retour du système présidentialiste, la SUPRA devient l’épicentre de la proposition de réforme agraire, l’une des causes du coup d’État d’avril 1964. Ce n’est pas par hasard que, quelques jours après le coup d’État, le nouveau gouvernement militaire supprime la SUPRA. Ensuite, deux nouveaux organismes sont créés par le gouvernement central. Ils absorbent une partie de la structure de l’INIC et du SUPRA, disparus : l’Institut National de Développement Agraire (INDA) et l’Institut Brésilien de Réforme Agraire (IBRA). Dans une réorganisation institutionnelle en 1970, les deux instituts ont cédé leur place à l’INCRA – Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire. Des recherches successives auprès de différents services de l’INCRA ont indiqué que si les fonds de l’INIC se trouvaient à un moment dans ses archives, ils ont probablement déjà été détruits. C’est l’un des exemples les plus clairs des silences politiquement élaborés.

41De plus, lors de la construction de Brasilia, l’organisation des travailleurs de la construction a conduit à la création d’une association de travailleurs de la construction et du mobilier. Au fil du temps, l’association est devenue le Syndicat des Travailleurs des Industries de la Construction et de l’Ameublement de Brasilia (STICOMBE). Cependant, une fois de plus, le poids du régime d’exception a pesé sur la mémoire des travailleurs : dans les années 1970, au cours des premières années de la dictature, le syndicat a subi lui aussi une intervention militaire et tous ses documents conservés jusque-là ont été détruits.

42Ces cas de bâillonnement – de l’INIC et du STICOMBE – illustrent la difficulté de la construction de la mémoire des classes populaires, mais ils n’empêchent pas la recherche. Au contraire, l’absence de certaines informations, l’effacement de certaines voix et la destruction des fonds documentaires doivent parler au chercheur – et à l’historien en particulier. C’est à partir des fragments et du croisement de ces fragments, que l’histoire qui devait pour certains – le pouvoir politique – être effacée, peut être reconstituée.

43Les sources visuelles produites par des agents non étatiques, comme des collections de photographes indépendants et/ou de photojournalistes ont également un potentiel de recherche. La diversité des sources exige, bien sûr, une diversité de lectures critiques. Les sources photographiques supposent, dans une recherche historique, une lecture attentive et spécifique. En plus des questions de base de toute analyse de source – « par qui ? », « pour qui ? », « pourquoi ? », « comment ? » et « qu’est-ce qui est effacé ? » – la source photographique est facilement attractive pour servir de simple illustration ou pour donner plus facilement le (faux) sens d’objectivité. Mais la photographie dans la recherche historique ne doit pas être une illustration, elle doit être l’objet d’analyse en soi. En ce sens, l’étude d’Olivier Ihl, tout un livre sur une seule image, le daguerréotype (prédécesseur de la photographie) d’une barricade en 1848, est représentative (IHL, 2016).

44Aussi dans les images recueillies jusqu’à présent, le silence peut également être éclairant s’il est analysé de manière critique. Si les fonds photographiques de la NOVACAP sont riches et apportent, à l’état brut, des éléments du paysage des chantiers de Brasilia généralement cachés par l’entreprise elle-même, il faut noter qu’il existe un seul enregistrement photographique de l’intérieur des quartiers ouvriers. Les quelques autres enregistrements de l’intérieur de logements sont signés par Mário Fontenelle, considéré comme le photographe officiel de Brasilia dans ses premières années, et sont ceux des logements bien équipés (et non représentatifs) des journalistes et du personnel militaire. L’intersection avec les témoignages oraux est cependant capable de nous faire reconstituer l’intérieur des logements provisoires des ouvriers – très différents des logements peints, confortables et bien équipés des journalistes, les témoignages dévoilent une réalité diamétralement opposée : du bois brut, des constructions de mauvaise qualité, des chambres sans portes, avec des lits superposés, matelas de paille, un mauvais éclairage et un manque absolu d’isolement thermique.

  • 4 C’est le cas notamment de son projet auprès de The Getty Foundation, « Travel Images as Icons of Br (...)

45Au-delà de fonds photographiques mis à disposition par l’État, l’Institut Moreira Salles, entité privée, gère des collections de photographes et photojournalistes. Entre les dizaines de collections, au moins trois, de différents photographes étrangers installés au Brésil et qui ont accompagné les chantiers de Brasilia dans les années 1950 : Thomas Farkas (né en Hongrie, mais arrivé au Brésil enfant), Marcel Gautherot (né à Paris en 1910 et installé à Rio de Janeiro depuis la fin des années 1930) et Peter Scheier (Allemand, arrivé à São Paulo en 1937 en fuyant le régime nazi, établi jusqu’en 1975). Les études d’Heliana Angotti Salgueiro dans la première décennie du xxie siècle sur les photographes-voyageurs4 et la relation entre architecture moderne et photographie donnaient des pistes vers ces fonds.

Figure 2 - Marcel Gautherot. Sacolândia. Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, c. 1958

Figure 2 - Marcel Gautherot. Sacolândia. Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, c. 1958

46Même si les images capturées par ces trois photographes des chantiers de Brasilia circulent abondamment depuis la période de la construction, une partie de leurs fonds, largement sous-exploitée, va bien au-delà des photographies les plus connues de ces auteurs, c’est-à-dire celles qui ont servi à illustrer le discours de Brasilia en tant qu’épopée nationale et collective modernisatrice. À propos de cette image construite par les photographies de Marcel Gautherot, il est intéressant de consulter l’article d’Alexandre Puche (PUCHE, 2015). Des dizaines de leurs photos moins connues témoignent du quotidien des favelas, invasões et sacolândias (en référence aux maisons construites avec des sacs de ciment récupérés des chantiers). Bien qu’ils aient démontré un intérêt à cette face peu connue, ils n’ont jamais trouvé des maisons d’édition intéressées par la publication de ces précieux témoignages des quartiers populaires informels de Brasilia (ESPADA, 2014, p. 101).

Brasilia et son urbanisme populaire

47Dans un continent où il n’est pas rare que l’essentiel des territoires des métropoles soit composé de quartiers informels, il semble légitime de chercher à reconstituer l’histoire de ces espaces urbains. Ici, lorsque nous parlons d’urbanisme populaire, nous nous référons au sens plus large utilisé dans ces discussions : l’aménagement urbain fait pour la population la plus pauvre, mais aussi l’urbanisation réalisée par cette même population, son mode d’organisation dans la ville et sa relation avec l’espace public, dans l’absence ou l’insuffisance de l’aménagement public. L’objectif de notre analyse passe alors du domaine de la politique publique – l’urbanisme d’État – et couvre ainsi également la ville réelle et palpable qui sort des bras de la population qui, en raison de l’urgence et de l’absence de l’État, va de l’avant et construit ses propres maisons ou même ses propres quartiers entiers.

48Bien que le débat soit plus vif actuellement au Mexique, notamment autour des études coordonnées par Héctor Quiroz Rothe, de l’École d’Architecture de l’Université AutonMexiqueMexique (UNAM), dans d’autres pays d’Amérique latine, des tendances se sont renforcées dans le même sens. La participation importante d’intellectuels latino-américains aux conférences de l’ONU-Habitat depuis la première à Vancouver, en 1976 – au cours de laquelle la capacité d’auto-organisation et d’autogestion des populations pauvres a été reconnue –, fait preuve d’un questionnement critique particulier dans la région concernant la vision de populations généralement marginalisées par le discours officiel, vues par celui-ci traditionnellement comme de simples objets et non comme des acteurs des politiques publiques.

49Au Brésil, au moins depuis les années 1980, des travaux de longue haleine ont cherché à sauver une histoire du logement social du pays. C’est le cas des recherches de Marta Farah depuis au moins 1983, ou de Nabil Bonduki de l’École d’Architecture et d’urbanisme de l’Université de São Paulo, avec sa thèse Origens da habitação social no Brasil (Origines du logement social au Brésil), en 1994, et les trois volumes, dont deux avec Ana Paula Koury, de Os pioneiros da habitação social (Les Pionniers du logement social) (BONDUKI, 2014 ; BONDUKI, KOURY, 2014). Résultat de travaux collectifs, ces volumes répertorient et analysent des projets tout au long du xxe siècle, représentatifs de l’intervention de l’État pour la mise en place de cités, ensembles d’immeubles ou de quartiers entiers à destination des classes populaires, notamment des classes moyennes salariées.

50Entre 2017 et 2018, la série documentaire Habitação social – projetos de um Brasil (Habitation sociale – projets d’un Brésil) a été filmée avec des chapitres consacrés aux quartiers ouvriers, aux cités modernistes, aux systèmes de coopératives et de mutirão (modèle de construction de logements autogérés, qui a pris de la vigueur dans la période de redémocratisation des années 1980). Elle décrit les mouvements sociaux pour le logement dans les villes brésiliennes. La continuité de la série n’est pas confirmée en raison des récentes coupures dans le financement des œuvres audiovisuelles par le nouveau gouvernement brésilien. La suspension de projets avec une perspective critique n’est pas un hasard, car elle s’accompagne de la valorisation d’un récit officiel conservateur, basé sur les « grands noms » et ouvertement fasciné par les « mythes fondateurs de la nation » (ROCHA, 2020).

51D’autres projets académiques, journalistiques ou militants ponctuels cherchent également à récupérer l’histoire des quartiers populaires des différentes métropoles du pays. Dans le cas de Brasilia, en plus des thèses de doctorat et des mémoires de masters et de licences sur les quartiers populaires et les villes satellites, certaines publications de mémoires personnelles de résidents de villes satellites, telles que Taguatinga, montrent un certain intérêt pour une histoire de la capitale au-delà des « grands noms » traditionnels.

52Les initiatives de l’État dans un passé récent sont également à noter. L’Institut du Patrimoine Historique et Artistique National (IPHAN) a lancé en 2017, lorsque cet organisme fédéral célébrait ses 80 ans, lorsque le complexe urbain de Brasilia comptait 30 ans en tant que patrimoine culturel de l’humanité à l’UNESCO, le Roteiro dos Acampamentos Pioneiros (Itinéraire des Acampamentos Pionniers au District Fédéral), un document d’environ 50 pages qui cherche à cartographier ces acampamentos mis en place pour la construction de Brasilia. Ce document vise aussi à répertorier les études à leur sujet et valoriser leurs vestiges (comme certaines églises et l’ancien hôpital provisoire transformé aujourd’hui en Musée de la Mémoire Candango) en tant que patrimoine de l’histoire de la ville et du pays.

53En 2015, une exposition a transité entre le Palais du Buriti, le siège du gouvernement du District Fédéral, et le Musée Historique de Brasilia, elle a cherché à repenser l’histoire de la présence noire sur les chantiers de construction de Brasilia à partir de l’exploration des données démographiques de l’Institut Brésilien de Géographie et Statistiques (IBGE) et des fonds photographiques présents dans les Archives Publiques du District fédéral.

54En 2019, l’exposition Reintegração de Posse : Narrativas da Presença Negra na História do Distrito Federal (Reprise de possession : récits de la présence noire dans l’histoire du District Fédéral) au Musée National de la République, également à Brasilia, organisée par des chercheurs – enseignants et étudiants – de différents parcours à l’Université de Brasilia et dirigée par l’historienne Ana Flávia Magalhães Pinto, avait un objectif de réhabilitation historique similaire.

55Cependant, il nous semble qu’il y a encore un énorme espace à explorer, il y a encore dans les milieux scientifiques un vide de systématisation des traces possibles à localiser. Des travaux collectifs, interdisciplinaires et scientifiquement rigoureux ont un potentiel de développement. Les historiens, les architectes et les urbanistes ont encore un long chemin à parcourir, il a déjà commencé à être retracé dans d’autres domaines. Comme le souligne Héctor Quiroz Rothe dans le cas de Mexico, mais applicable au cas de Brasilia :

Il faut souligner que d’autres sciences sociales qui connaissaient mieux le niveau de l’analyse spatiale, comme la sociologie et l’économie, se sont chargées de l’histoire de l’urbanisme populaire à ses différentes étapes. De sa part, la contribution des urbanistes et des historiens à une vision intégrative du processus d’urbanisation populaire et de la ville dans son ensemble reste l’un des grands points en suspens de l’agenda de l’histoire urbaine. (ROTHE, 2017, p. 53 – notre traduction)

56Il appartient aux historiens et autres chercheurs qui souhaitent utiliser la méthode historiographique pour restituer le passé populaire des métropoles de comprendre les manières spécifiques de traiter les sources en relation à une production à la fois autogérée et marginalisée dans la ville. Comme indiqué précédemment, il faut utiliser les sources produites par et pour l’État qui ont survécu aux tentatives de bâillonnement, également savoir croiser les sources orales (entretiens) du passé, mais aussi du présent, de représentants de la communauté, des résidents, des membres d’ONG et d’autres personnes engagées, des témoignages divers (que ce soient des textes, des photographiques ou de l’audiovisuel) qui ne présentent pas une organisation et une systématisation strictes, mais sont une source nécessaire.

Figure 3 - Marcel Gautherot. Edifícios residenciais projetados para os Institutos de Aposentadorias e Pensões. Instituto Moreira Salles, s/d

Figure 3 - Marcel Gautherot. Edifícios residenciais projetados para os Institutos de Aposentadorias e Pensões. Instituto Moreira Salles, s/d

57Face à ces détections de la production scientifique et défis méthodologiques et en tant que proposition pour de possibles déploiements et approfondissements sur l’histoire de l’urbanisme populaire à Brasilia, il y a quelques suggestions de pistes possibles, celles-ci ouvertes bien évidemment aux discussions, débats et collaborations.

58Des villes telles que São Paulo, Rio de Janeiro et Mexico ont assisté, au début du xxe siècle, au développement des cortiços et vecindades (grands pavillons précaires dans les régions centrales, nouveaux ou adaptés à partir d’anciennes demeures, avec certains services partagés, tels que les salles de bains ou les buanderies). Brasilia n’a pas vécu cette étape commune à de nombreuses métropoles latino-américaines. De plus, à l’exception de quelques invasões à proximité des chantiers, en particulier la Vila Amaury – submergée lors de l’implantation du Lac Paranoá – et la Vila Planalto – dans l’espace stratégique entre les principaux chantiers en cours entre 1957 et 1960 et où se trouvaient les logements des grandes entreprises de construction –, les espaces urbains de logements de la classe ouvrière pauvre sont déjà nés dans la périphérie de la ville.

59Néanmoins, un premier défi majeur est de complexifier suffisamment l’histoire des villes satellites et des quartiers populaires de Brasilia, sans les traiter comme un groupe homogène. Une des possibilités serait de retracer les typologies de ces territoires urbains à partir de l’origine, de la localisation et du projet initial de chaque ville (ou, éventuellement, du développement informel initial de la ville ou du quartier).

  • 5 Rebaptisée comme le Núcleo (Centre) Bandeirante, l’ancienne Ville Libre (puisque libre d’impôts) ét (...)

60Parmi les premières villes satellites, il y avait celles qui étaient prévues pour accueillir spécifiquement la population des chantiers de Brasilia, comme Taguatinga, pour héberger des fonctionnaires tels que Gama, Guará et Cruzeiro. Ceilândia, en revanche, devrait absorber les personnes déplacées des quartiers informels. Sobradinho, initialement prévue pour être une ville satellite rurale, a fini par héberger une importante population déplacée des bidonvilles détruits. Il y avait aussi l’intégration en tant que villes satellites de petits villages existants, tels que Planalto et Brazlândia. Des zones de acampamentos de travailleurs pendant la période de construction ont fini par être intégrées à la zone urbaine de Brasilia, en tant que villes satellites, telles que le Núcleo Bandeirante5 et Candangolândia, ou en tant que quartiers de facto du Plano Piloto, comme c’est le cas pour Vila Planalto et la Vila Telebrasília. Alors que certaines favelas ont été démantelées par l’État, d’autres occupations ont été régularisées, comme la ville satellite du Paranoá.

61Un deuxième élément nécessaire à l’intersection de nos sciences – histoire, urbanisme, géographie, sociologie, anthropologie – mobilisables conjointement est l’inclusion des quartiers populaires, des villes satellites, dans une cartographie historique de Brasilia.

62Le développement de villes satellites prévu pour la population pauvre du District Fédéral au-delà du cordon sanitaire, le démantèlement des favelas à proximité du Plano Piloto et, par la suite, la création de villes satellites pour les classes moyennes dans cette même zone, lorsque cartographiées indiquent la formation d’un axe sud-ouest de croissance des territoires destinés à la population pauvre, qui dépassent les limites formelles du District Fédéral et atteignent l’État de Goiás. À l’inverse, un arc à l’ouest du Plano Piloto abrite des secteurs de mansões (manoirs) et son expansion semble se diriger vers la création de condomínios (quartiers privés plus ou moins grands) pavillonnaires pour les maisons d’une classe moyenne et supérieure. Il s’agit évidemment d’une catégorisation simplifiée, avec des exceptions.

63Un troisième effort est de réfléchir sur les périodes possibles d’évolution des quartiers et des villes populaires de la région métropolitaine de Brasilia, sans se détacher complètement des grands mouvements nationaux de politiques publiques, mais sans oublier les spécificités du développement local. Il est possible de croiser des sources qui traitent, au fil du temps, de déplacements, replacements, régularisations, foncières, débats politiques locaux, productions académiques, propositions urbaines et documents de travail techniques des acteurs de l’aménagement urbain.

64Il y a eu un premier moment généralisé de croissance économique, d’urbanisation accélérée et de transition démographique dans le pays, entre les années 1960 et 1970, avec des migrations internes, des politiques de logement assez diverses et des relations de l’État avec les quartiers informels oscillant entre la répression et l’indifférence. À partir des années 1990, il y a eu un vide dans les politiques publiques de logement, accompagné d’une vague de régularisation des pavillons individuels – voire de quartiers entiers. C’est à cette époque que la ville d’Águas Claras, décrite pendant des années comme « le plus grand chantier d’Amérique Latine », est créée. Autorisée en 1992, Águas Claras occupe une zone tampon – concomitante à l’ancienne bande sanitaire qui séparait Brasilia des villes satellites planifiées pour les pauvres de Taguatinga, Ceilândia et Gama.

65Dans les années 2000, un modèle d’expansion des quartiers est mis en place. Selon ce modèle, concerté par le pouvoir public avec le pouvoir économique, appuyé par des subventions ponctuelles et défendu comme une forme efficace de faire face aux problèmes de logement, la solution de facto devient la construction à grande échelle de maisons ou de bâtiments bon marché (et de mauvaise qualité) dans de nouveaux quartiers éloignés du tissu urbain central. Le développement actuel de ces nouveaux espaces urbains suit l’axe traditionnel de croissance des villes-satellites pauvres – l’axe sud-ouest – comme à Santa Maria ou Valparaíso de Goiás, ou mène à la formation de nouveaux fronts éloignés de croissance urbaine comme au Paranoá et au Jardim Botânico. Dans le même temps, le secteur nord-ouest, dans une zone privilégiée du Plano Piloto, réservée depuis des années, apparaît comme un nouveau quartier à Brasilia pour les classes privilégiées – voire très privilégiées.

Conclusion

66Cet article cherchait, plus que d’apporter des réponses définitives, à poser sur le papier quelques questions méthodologiques et à proposer des pistes pour une éventuelle nouvelle interprétation de l’histoire de la construction de Brasilia et, plus largement, de l’histoire des villes en général, en mettant l’accent sur les travailleurs – dont les ouvriers du bâtiment – et leur participation à la conception des métropoles qu’ils construisent. Malgré les spécificités de Brasilia, il nous semble que bon nombre des questions soulevées ici peuvent être reprises pour des études sur d’autres villes brésiliennes, latino-américaines et des Suds en général.

Figure 4 - Thomaz Farkas. Super-quadra ( ?) em construção. Instituto Moreira Salles, s/d

Figure 4 - Thomaz Farkas. Super-quadra ( ?) em construção. Instituto Moreira Salles, s/d

67De nouvelles études conjointes avec de nouvelles possibilités de comparatisme peuvent voir le jour. Nous partons de l’hypothèse que les multiples champs d’observation ou d’éclairages réciproques rendus possibles par les études comparées permettent des recherches historiques innovantes et complexes. Des méthodes comparatives ont déjà été utilisées pour construire les histoires des femmes, des institutions, des idées et des idéologies, des religions, politique et, ce qui nous intéresse particulièrement, les histoires urbaines. Chercher à atteindre une analyse systématique, c’est-à-dire comment un même problème traverse différentes réalités sociales et historiques, ses structures politiques, institutionnelles et juridiques, ses pratiques sociales, ses idéologies circulantes, ses représentations, ses discours et les techniques de différentes sociétés à différents moments historiques, nous semble prometteur. Bien sûr, il est nécessaire de consolider les méthodologies, d’aligner les objectifs et de travailler ensemble.

68L’interdisciplinarité nécessaire pour arriver à nos réponses – les anciennes et les nouvelles – est, comme Bernard Lepetit le définit à juste titre, « une pratique ambiguë. Elle est toujours fondée sur des incompréhensions partielles. Il ne faut pas pour autant le regretter. Les incompréhensions elles-mêmes sont créatrices, sont productrices de sens » (LEPETIT, 1990, p. 334). La conscience que les premières questions ne seront que partiellement répondues est une condition fondamentale de la recherche. Nos propos visent à proposer des pistes, suggèrent de nouvelles questions et de nouveaux problèmes.

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Archives et fonds archivistiques

– Archives Nationales (Arquivo Nacional)

– Fonds de la Fondation Brasil Central

– Fonds du Ministère du Travail

– Fonds du Ministère de l’Agriculture

– Archives de l’Institut National de Colonisation et Réforme Agraire (Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária – INCRA)

– Archives Publiques du District Fédéral (Arquivo Público do Distrito Federal – ArPDF)

– Fonds de la NOVAC AP

- Fonds du Secrétariat de Communication Sociale (Secretaria de Comunicação Social)

– Fonds du Secrétariat de Développement Urbain et Environnement (Secretaria de Desenvolvimento Urbano e Meio Ambiente)

– Fonds d’Histoire Orale

– Secrétariat de Développement Urbain et d’Habitation du Gouvernement du District Fédéral (Secretaria de Desenvolvimento Urbano e Habitação do Governo do Distrito Federal – SEDUH-GDF)

– Instituto Moreira Salles

– Fonds Marcel Gautherot

– Fonds Peter Scheier

– Fonds Thomas Farkas

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Notes

1 De l’État de São Paulo.

2 Terme d’origine kimboundou, signifiant « ordinaire ».

3 Barbecue.

4 C’est le cas notamment de son projet auprès de The Getty Foundation, « Travel Images as Icons of Brazil, 1930-1960 ».

5 Rebaptisée comme le Núcleo (Centre) Bandeirante, l’ancienne Ville Libre (puisque libre d’impôts) était la « colonie commerciale pionnière » (selon les termes du discours officiel sur la revue Brasília, en 1957) des chantiers. Elle était censée être provisoire et possédait une série de règles constructives très rigides pour éviter l’installation définitive de ces occupants.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 - Peter Scheier. Outdoor de campanha presidencial, 1960. Instituto Moreira Salles
Légende Il est intéressant de noter, sur cette pancarte des élections présidentielles de 1961, la présence du spectre central de Getúlio Vargas, déjà décédé, entouré des noms des deux partis varguistes (le PTB et le PSD) : à droite Juscelino Kubitschek, décrit comme « Le grand bandeirante du siècle » (et avec l’habillement traditionnel bandeirante) et à gauche Henrique Teixeira Lott, le candidat officiel du varguisme dans ces élections, « planificateur de Marche à l’Ouest ». Les immeubles modernistes de Brasilia illustrent l’ensemble.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11973/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 293k
Titre Figure 2 - Marcel Gautherot. Sacolândia. Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, c. 1958
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11973/img-2.jpg
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Titre Figure 3 - Marcel Gautherot. Edifícios residenciais projetados para os Institutos de Aposentadorias e Pensões. Instituto Moreira Salles, s/d
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11973/img-3.jpg
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Titre Figure 4 - Thomaz Farkas. Super-quadra ( ?) em construção. Instituto Moreira Salles, s/d
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Pour citer cet article

Référence papier

Danilo Guiral Bassi, « Acampamentos, logements ouvriers et habitat informel : des chantiers aux quartiers populaires et villes satellites de Brasilia – pistes méthodologiques pour une histoire de l’urbanisme populaire »Les Cahiers d’Outre-Mer, 282 | 2020, 13-38.

Référence électronique

Danilo Guiral Bassi, « Acampamentos, logements ouvriers et habitat informel : des chantiers aux quartiers populaires et villes satellites de Brasilia – pistes méthodologiques pour une histoire de l’urbanisme populaire »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 282 | Juillet-Décembre, mis en ligne le 01 janvier 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/11973 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.11973

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Auteur

Danilo Guiral Bassi

Historien | ACP, Univ Gustave Eiffel – Paris-Est Sup, France/Faculdade de Arquitetura e Urbanismo da Universidade de São Paulo (FAUUSP), Brésil | Contact : daniloguiralbassi@gmail.com

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