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Dossier

Espaces de l’entre-deux dans la rivière Koshi (Téraï, Népal) : diversité de dynamiques socio-environnementales

In-between spaces in the Koshi river (Terai, Nepal): diversity of socio-environmental dynamics
Marie-Amélie Candau
p. 191-217

Résumés

Plus grand système hydrographique du Népal, et un des affluents les plus importants du fleuve Gange, la rivière Koshi, est renommée pour son comportement erratique et ses inondations destructrices dans la plaine indo-népalaise. Ce comportement s’explique en partie par sa très forte dénivellation, l’altitude variant en seulement 160 km à vol d’oiseau, de plus de 8 800 m. (Everest) à 90 m. (Chatara). Elle débouche alors brutalement sur une plaine densément peuplée (plus de 500 heures/km2), à très faible relief, en déposant son exceptionnelle charge sédimentaire due à des débits énormes et extrêmement variables, allant de 280 m3/s à 25 878 m3/s, soit une variation de près de 100. La densification de l’occupation humaine dans la plaine gangétique, conjuguée à celle de l’usage de l’espace pour des raisons économiques importantes (agriculture et élevage s’intensifiant rapidement), a poussé à des tentatives d’aménagement dans la seconde partie du xxe siècle fondés sur l’endiguement complet du cours d’eau et le contrôle de sa dynamique au moyen d’un barrage d’écrêtement à la frontière indo-népalaise. Entre ces digues, des terres émergées sont occupées en permanence par de nombreuses populations. Pour mieux comprendre les dynamiques socio-environnementales de cette situation, notre approche s’appuie sur deux sites situés au Népal, de part et d’autre du barrage de Bhantabari. En amont, le site de Srilanka Tappu subit une importante érosion du cours d’eau mais reçoit des charges sédimentaires conséquentes permettant le maintien de ces terres qui se déplacent en îles « vagabondes ». Par contre, en aval, sur le site de Gobargada, le cours d’eau, assagi par l’écrêtage du barrage, offre des contrastes essentiellement érosifs en raison du faible apport sédimentaire en grande partie bloqué par le barrage. Cette dynamique entraîne la disparition programmée de ces territoires, « aux marges de l’extrême ». Ces deux dynamiques conditionnent le vécu des populations implantées, tant dans leurs ressources que dans leur structuration, aux implications politiques fortement inégales.

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Texte intégral

Je tiens à remercier Joël Rodet pour ses apports et sa relecture ainsi qu’Olivia Aubriot et Bernadette Sellers.

Introduction

1En étudiant les relations entre les aménagements hydrauliques et les activités humaines auprès des grandes rivières himalayennes à leur débouché sur la plaine du Téraï (Népal/Inde), j’ai découvert que les îles alluviales situées entre les digues de la Koshi, étaient densément peuplées. Comment et pourquoi des terres aussi dangereuses et instables, dans le lit d’un des plus puissants et capricieux cours d’eau issus de l’Himalaya, peuvent-elles accueillir d’une façon pérenne, des populations ?

2Vivre entre des digues sous-tend une forte vulnérabilité à l’inondation, ce qui nous pousse à réfléchir sur la problématique d’une répartition spatiale des populations très inégale… Mais aussi, le terme de « territoire d’entre-deux » désigne des espaces marginalisés, « piégés » entre des digues naturelles ou artificielles. Cette notion inclut le lit mineur de la Koshi. Les divagations des différents bras de la rivière donnent naissance à des îles de dimensions variables et de formes variées, localement appelées « tappu ». Les limites entre eau et terre y sont imperceptibles et se fondent l’une dans l’autre. Ces bancs de sable en mouvement, constitués d’une véritable suspension d’eau, de sable et d’autres matériaux de crue, offrent une façon différente de penser l’environnement dans la relation humaine avec la dynamique fluviale, en y intégrant risques et vulnérabilité.

3Les aménagements ont induit une profonde restructuration socio-spatiale du territoire. Les digues, brise-lames et barrages engendrent sur le long terme un exhaussement continu du lit de la rivière, dès lors confiné dans un espace restreint. Ces aménagements provoquent des déplacements massifs de populations, engendrant généralement la paupérisation de ces dernières. Comme ils entraînent une redistribution des terres et la modification de leur fonction, les populations les plus démunies n’ont pas d’autre choix que de s’installer entre les digues.

4Les digues s’opposent à l’épanchement latéral et au déplacement naturel de la rivière sur les espaces périphériques, alors que le barrage d’écrêtement piège les sédiments. Il en résulte une érosion très importante en amont, caractérisée par des changements de cours plus fréquents, associés aux phases deltaïques. En aval du barrage, on observe un mélange d’ennoiement et d’érosion presque constant des terres vouées à disparaître. Cet exemple de relation exceptionnelle entre les instabilités de la rivière et le peuplement humain est semble-t-il, parfaitement exprimé par la belle expression « danse entre les hommes et la rivière » pour reprendre le titre de Kuntala Lahiri-Dutt et de Gopa Samantha (2014).

5Après avoir défini le cadre évolutif de la Koshi dans le Téraï, nous examinerons deux sites « entre-deux » situés au débouché des gorges de Chatara (Srilanka Tappu) et en aval du barrage d’écrêtement (Gobargadha), avant de les comparer et d’en relever par-delà leur situation commune d’entre-deux, ce qui les différencie.

La Koshi : une rivière maîtrisable dans la plaine du Téraï ?

6Grande rivière née au Tibet avant de traverser le Népal, et en particulier, la plaine du Téraï du nord au sud (fig. 1), la Koshi se singularise par des variations de débit exceptionnelles, qui lui donnent un comportement erratique souvent qualifié de capricieux en raison de sa dynamique de construction deltaïque, ce qui rend délicat l’occupation des terres sur son cône sédimentaire. Pour permettre son développement économique, de grands travaux hydrauliques sont planifiés dans la plaine du Téraï, afin de modifier radicalement le comportement erratique des cours d’eau.

Figure 1 – le bassin de la Koshi, au sein du bassin du Gange et à l’ouest de celui du Brahmapoutre

Figure 1 – le bassin de la Koshi, au sein du bassin du Gange et à l’ouest de celui du Brahmapoutre

ICIMOD, 2009

Le Téraï : une région en pleine mutation

7Le Téraï, « vaste glacis alluvial, qui monte doucement (la pente n’excède en général pas 1 %) depuis la plaine d’inondation du Gange vers le front des montagnes » (Smadja, 2003), est constitué d’une série de cônes coalescents construits par les rivières himalayennes abandonnant leur charge au sortir de la montagne (ibid.). Le Téraï est donc un espace particulièrement instable, naturellement voué à être inondé comme l’attestent les formations molassiques des Siwaliks (fig. 2), constituées de l’accumulation depuis 18 Ma de débris exportés de la chaîne puis empilés par les crues et divagations successives des rivières himalayennes (Delcaillau 1992).

Figure 2 – Coupe nord sud de l’Himalaya central (Népal) montrant les six unités géographiques

Figure 2 – Coupe nord sud de l’Himalaya central (Népal) montrant les six unités géographiques

Source : Smadja et al., 2014 ; d’après figure dans Ramsay, 1986

  • 1 Le cône de déjection du golfe du Bengale s’étend en mer au-delà du delta jusqu’à une profondeur de (...)

8Ce processus au débouché du piémont himalayen est responsable de la construction de méga-cônes par les rivières1 ; elles ne sont plus confinées et peuvent brutalement changer de tracé selon un processus appelé « avulsion » (Fort, 2011 ; Sinha 2009). La dimension des cônes alluviaux du piémont himalayen est très variable et s’échelonne entre quelques dizaines de km2 à plusieurs milliers de km2, en fonction de la dimension et des caractères géologiques des bassins-versants. Celui de la Koshi est long de 250 km et s’étend sur près de 10 000 km2 (Gole et Chitale, 1966).

Le Téraï, traditionnellement une marge socio-politique

9Le Téraï est un lieu de passage historique où se sont développés de puissants royaumes qui attestent d’une présence humaine très ancienne. « L’histoire ancienne et médiévale de la région est une histoire cyclique dans laquelle les hommes et la forêt ont dominé tour à tour » (Gaige, 1975, p. 59). Le Téraï appuie sa richesse sur ses ressources naturelles au premier rang desquelles on peut retenir sa forêt dense, ses zones humides réputées (Stiller, 1976), ses inondations légendaires qui rythment la vie locale, et ses pâturages, source de revenus locatifs. Ces mêmes éléments ont longtemps représenté une défense naturelle contre les tentatives d’invasions venant d’Inde.

10Au fur et à mesure du développement étatique du Népal depuis la fin du xviiie, le Téraï se trouve administré comme une colonie interne par le pouvoir central (Gaige, 1975), sur un mode profondément inégalitaire (Höfer, 1979), malgré le fait que cette région ait été le pilier central de son développement. À cette époque, le Téraï était occupé par des Tharu, ethnie de la plaine (Krauskopff, 2000), ainsi que des populations de castes, dont il est difficile de connaître la date d’implantation (Gaige, 1975 : 61), très proches culturellement des populations indiennes récemment installées, et aujourd’hui dénommées Madeshi.

11Le système foncier s’appuie alors sur un modèle de type « féodal centralisé » (Sugden et Gurung, 2012) assuré par des relais locaux dans la collecte de la taxe. L’État népalais considérait la plaine comme un territoire légalement et culturellement distinct et dominé. En particulier, il exigeait un passeport pour les habitants du Téraï qui souhaitaient voyager dans les montagnes (Gaige, 1975 ; Warner, 2014 : 11). Aujourd’hui encore, l’accès à certaines administrations et en particulier à l’armée est restreint pour les ressortissants d’origine madeshi.

Le Téraï moderne, une région économique de poids en pleine mutation

12Après la chute du régime autocratique Rana en 1950 qui régna un siècle, la monarchie reprend les rênes du pouvoir, et ouvre les frontières. L’aide internationale afflue, l’argent est accompagné d’un discours politico-scientifique qui va s’incarner au travers des plans de développement, essentiellement portés sur la plaine du Téraï. En effet, au milieu du xxe siècle, le Népal fait le choix de rendre la plaine attractive afin d’y installer des populations des montagnes et des migrants népalais refoulés d’Assam et de Birmanie (Dahal in Smadja, 2013 : p. 158). En conséquence, le gouvernement décide d’ouvrir le pays aux personnes et investissements étrangers.

13De nombreux programmes sont alors mis en place : éradication du paludisme, projets d’installation des migrants, aménagement d’infrastructures routières et hydrauliques, implantation d’hôpitaux et d’écoles et réforme agraire (en 1964). Ce sont des transformations massives pour la plaine [Candau et al., 2015] auxquelles s’ajoutent les migrations depuis les montagnes, réalisant ainsi le vieux rêve du pouvoir central d’inversion de la balance ethnique dans la région (ibid.). En 2001, les nouveaux migrants représentent 37 % de la population de la plaine (Dahal, 2013, p. 159). Il faut souligner qu’en 1951 ce territoire regroupait déjà 35 % de la population (soit 2,9 millions), essentiellement des ethnies et castes de la plaine (Gurung, 1998). En 2011, le Téraï abrite plus de 54 % de la population (Recensement, 2011). Cette croissance démontre le statut stratégique de cet espace pour l’État népalais où l’essentiel de son activité économique se réalise (Candau, 2018). On comprend mieux alors les tentatives d’aménagements pérennes du cours d’eau (digues et barrage) censées réguler les dynamiques d’un milieu naturel très contraignant face à une pression anthropique galopante. Bien que ne représentant que 17 % du territoire népalais, le Téraï est devenu son premier espace socio-économique.

14L’aménagement des rivières du Téraï répond à cette vision nouvelle et se réalise à partir des années 1950. Basée sur l’hégémonie post-seconde guerre mondiale du modèle de la Tennessee Valley Authority (TVA), gestion technoscientifique de l’eau à grande échelle, cette modification radicale du milieu naturel s’appuie sur la volonté de transformation des zones d’inondation en espace utilisable en permanence, à forte valorisation économique.

15Il en résulte une forte densification de la population dont une partie non négligeable est due à l’immigration intérieure (Aubriot et Brusle, 2012). S’ensuit une forte valorisation immobilière qui participe à des déplacements majeurs de population dont une fraction importante se retrouve démunie, paupérisée (Candau, 2018). Curieusement, il s’agit de populations essentiellement madeshis qui, de plus, suite à une modification de la législation dans les années 1960, sont déchus de leur nationalité népalaise, et donc, de leurs biens (Gaige, 1975).

16La réalisation de digues longitudinales apporte aux populations un sentiment de sécurité puisque les crues n’atteignent plus ces espaces protégés. En réalité, les décennies passant, les populations perdent leurs réflexes sécuritaires, oubliant qu’avec le temps, les aménagements nécessitent un entretien qui n’est pas assuré (Dixit, 2009). Leur dégradation inexorable fait peser un risque fort sur la sécurité des populations qui se croient à l’abri derrière des digues qui « gomment le danger ». La Koshi en août 2008 a rappelé à l’ensemble du monde qu’elle n’était pas domptée (Mishra, 2008a, Baghel, 2014). Rompant sa digue, la rivière a changé brutalement de cours, jusqu’à 60 km vers l’est, dévastant des territoires « libérés » des inondations depuis plus de six décennies et extrêmement peuplés tant au Népal qu’en Inde.

La Koshi : un énorme torrent capricieux

17La Koshi est une rivière très importante, qui se situe littéralement au centre des bassins-versants des grands fleuves Gange et Brahmapoutre (fig. 3) dans la région himalayenne. En tant que principal affluent du Gange en Inde orientale (Rajiv et Sujit, 2009 ; Sinha, 2008), c’est le plus grand cours d’eau du Népal, mais aussi une des rivières transfrontalières importantes en Chine (Chen et al., 2013).

Figure 3 – Le bassin-versant de la Koshi au Tibet, Népal et Bihar

Figure 3 – Le bassin-versant de la Koshi au Tibet, Népal et Bihar

Source : SRTM 90, OSM, ICIMOD ; Réalisation Marie-Amélie Candau, soutien technique Jérôme Picard

18Elle commence son voyage au Tibet dans la haute chaîne Himalayenne au-dessus de 7 000 m d’altitude (Mishra, 2008b). Les sommets les plus hauts des chaînes de l’Everest et du Kanchenjunga (Népal) font partie de son bassin-versant. La rivière est aussi appelée « Sapta Koshi » (sept Koshi) dans sa partie montagneuse au Népal en raison de ses sept affluents. Dans la plaine, elle prend le nom de Koshi. Son lit s’élargit considérablement après avoir traversé les gorges de Chatara en entrant dans la plaine du Téraï (Népal), variant entre 6 et 10 km corseté entre ses digues (Mishra, 2008b). Le cours d’eau principal parcourt ainsi 255 km avant de rejoindre le Gange près de Kursela dans le district de Katihar dans le Bihar indien (Chen et al., 2013).

Une rivière indomptée, aux excès redoutables

19La Koshi transporterait environ 120 millions de m3 de sédiments apportés par 52 milliards de m3 d’eau (Yamada, 1991 ; Mishra, 2008b). Le volume annuel des sédiments de la Koshi est deux fois plus important que celui du Nil à Assouan (Candau, 2018). L’essentiel est déposé avant d’atteindre le Gange, constituant l’édifice deltaïque. Sa fréquence moyenne d’avulsion est remarquable puisqu’elle est estimée à 24 ans, parmi les plus basses au monde, comparé aux 1 400 ans de moyenne pour le Mississipi (Slingerland et Smith, 2004). Ce processus a engendré un mouvement de déplacement latéral préférentiel vers l’ouest de 150 km qui a été enregistré au cours des 200 dernières années (Sinha, 2009).

20C’est pourquoi, la Koshi, rivière erratique par excellence, est emblématique des processus du milieu himalayen et cela, en raison de ses caractéristiques hydrologiques et sédimentaires distinctives (fig. 4).

Figure 4 – Principales caractéristiques hydrologiques et sédimentaires de la rivière Koshi

Paramètre

Koshi

Gange

Amazone

Zone de capture (103 km2)

101

1 073

7 180

Longueur totale (km)

1 216

2 700

6 518

Débit annuel moyen (m3/s)

2 036

15 000

480 000

Charge annuelle de sédiments à l’embouchure de la rivière (mt/an)

43

1 670

1 000

Débit/aire

20

14

25

Rendement en sédiment (mt/an/km2)

0,43

1,56

0,14

Il faut noter que la rivière a un rendement sédimentaire très élevé qui doit être contenu dans un cône de déjection/zone alluviale plutôt petit.

D’après Sinha, 2009

Figure 5 – Les principaux aménagements étatiques dans le district de Sunsari

Figure 5 – Les principaux aménagements étatiques dans le district de Sunsari

Source : Candau et al., 2015

  • 2 Chagrin du Bihar.

21S’ajoutent à cela les effets puissants de la mousson sud-asiatique et on observe une grande variabilité des débits qui peuvent passer d’un minimum d’étiage de 280 m3/s à un maximum en hautes eaux de 26 000 m3/s (Dixit, 2009). Cette grande variabilité représente une augmentation de 93 fois le débit minimum, ce qui lui confère sa réputation de rivière capricieuse ou « Sorrow of Bihar2 ».

22Environ 50 % du bassin de la Koshi se développe à 4 000 m d’altitude ou plus, et seulement 16 % se développent en dessous de 120 m d’altitude. Ceci implique qu’il n’y a pas un réservoir capable de recevoir l’énorme écoulement généré par 84 % du bassin (Kale, 2008) : beaucoup d’eau arrive à une très grande vitesse sur une surface très plane et sans pente, entraînant alors des inondations catastrophiques dans la plaine alluviale.

Un aménagement coûteux, pour qui ?

23En 1953, des inondations particulièrement catastrophiques dans le Bihar septentrional et la plaine du Téraï ont donné lieu à la constitution d’un comité d’experts afin d’étudier les solutions de contrôle des inondations. Malgré une controverse centenaire sur le bien-fondé d’endiguer les rivières himalayennes, et plus particulièrement la Koshi pendant la période de colonisation britannique en Inde (Mishra, 2008b ; Sinha, 2009 ; D’Souza, 2006), le Projet Koshi est lancé en Inde nouvellement indépendante et au Népal enfin libéré de l’autocratie Rana. Ce projet comprend trois composantes majeures : un barrage sur la rivière, l’endiguement des deux rives, et un système d’irrigation par canaux. De nombreuses personnes se sont opposées en Inde au projet Koshi, en remettant en cause l’efficacité des digues pour contenir la rivière. Les habitants de plus de 300 villages indiens qui allaient être coincés entre les digues étaient également opposés au projet. L’accord fut néanmoins signé après deux jours de discussion entre le ministre indien Guljari Lal Nanda et le Premier ministre népalais Matrika Prasad Koirala, le 25 avril 1954. Il fut réalisé avant même que les études de faisabilité aient été terminées, afin de répondre aux nouvelles inondations catastrophiques de 1954, l’Inde prenant des mesures immédiates (Verghese, 1999). Les digues étaient presque terminées en 1959, et le barrage fut achevé en 1962.

24Le projet Koshi (fig. 5) a abouti à la construction de centaines de kilomètres de digues (Malla, 1995) pour un coût très élevé, renforcé par la nécessité de réparations fréquentes induites par de nombreuses ruptures démontrant l’inadaptation de tels projets et le manque de qualité des réalisations (Gil et Paswan, 2018). Les conséquences ont été très fortes notamment en coût de vie humaine, en destruction de territoires (surtout en Inde), en pertes matérielles et de moyens de subsistance (Dixit et al., 2007). Les bénéfices réalisés par une fraction privilégiée de la population valaient-ils les souffrances infligées à l’essentiel de la population ?

25Sur la Koshi, entre 1954 et 1963, les aménagements sont réalisés alors que la rivière est dans sa position la plus occidentale. Au Népal, les terres entre les digues étaient auparavant très peuplées avec 80 villages. Ceux-ci ont été détruits, soit par les travaux et le déplacement de la rivière, soit par volonté des responsables politiques qui souhaitaient y implanter une réserve naturelle (Koshi Tappu Wildlife Reserve-KTWR) créée en 1978 (enquêtes, Dev Narayan Yadav, ONG, KVS, 2013, Sukdev Chaudhary, ONG locale, 2012 ; Mishra, 2013 et 2014). Officiellement vidée de ses populations, la zone entre les digues se révèle rapidement être un refuge pour les populations délaissées.

Les sites insulaires de Gobargadha et de Srilanka Tappu

26Les sites insulaires dans le lit mineur de la Koshi représentent un milieu spécifique nécessitant une approche adaptée. La dimension insulaire est facteur d’identification sociale qui repose sur deux regroupements ethniques : en amont, surtout des pahadi (population originaire des montagnes), et en aval, essentiellement des madeshi (population autochtone et originaire du nord de l’Inde). Notre étude repose sur la méthode des enquêtes qualitative avec des entretiens semi-ouverts et l’ensemble complété par de la cartographie participative, notamment des photos satellites, la carte topographique de 1992 ou/et de simples croquis.

27Les deux secteurs étudiés, soumis directement aux paroxysmes de la rivière, présentent des caractères communs mais aussi des différences résultant de l’histoire de l’implantation humaine (fig. 6). Ces territoires « de l’entre-deux », situés entre les digues de la Koshi, se trouvent en quelque sorte « exclus » du monde moderne et développé. Alors que ce dernier tente désespérément de se libérer des contraintes du cadre naturel, qui (ré)apparaissent malgré tous les efforts entrepris, les premiers subissent de plein fouet les conséquences d’une hydrologie fortement perturbée depuis l’aménagement de la rivière.

28Les inondations affectant les territoires « de l’entre-deux », peuvent être définies comme des « inondations canalisées » (Candau, 2018). En effet, la réalisation de digues longitudinales a pour objectif de fixer le cours d’eau dans son lit mineur ou majeur et de s’opposer à son épanchement latéral lors de ses crues. En crue, le débit peut être absorbé par l’accélération de l’écoulement et par le grossissement de la section. Entre deux digues, ce grossissement signifie la montée de la lame d’eau. Si la montée est supérieure à la hauteur des digues, il y a déversement latéral et inondation des terres au-delà, dans le lit majeur, et parfois aussi sur des terres jamais atteintes par les inondations d’avant les digues.

29Dans ce contexte, les îles et îlots sont soumis aux caprices hydrodynamiques de la rivière qui peut les éroder ici, les augmenter là, forçant les habitants à s’adapter immédiatement à la nouvelle topographie. Là où les dépôts sont suffisants, l’érosion peut être plus ou moins compensée, ce qui semble être le cas du site de Srilanka Tappu. Là où ils sont réduits, notamment en aval d’un barrage-écrémeur, l’érosion l’emporte, et à brève échéance les îlots sont appelés à disparaître, à l’image de Gobargadha.

Figure 6 – Les territoires « de l’entre-deux » : en amont Srilanka Tappu, et en aval Gobargadha : la limite de la forêt représente approximativement la rupture de pente entre la plaine et la montagne

Figure 6 – Les territoires « de l’entre-deux » : en amont Srilanka Tappu, et en aval Gobargadha : la limite de la forêt représente approximativement la rupture de pente entre la plaine et la montagne

Gobargadha, une fin de monde pour les oubliés

30Gobargadha, territoire au passé brillant, cœur originel du district de Saptari qui abritait le premier temple au dieu Hanuman (enquêtes 2013 : Gosain Yadav, Sanjhip Jha, populations locales), a été dévasté deux fois par la Koshi en cent ans : une première fois avant l’endiguement de la rivière, par l’ouest, entre 1904 et 1954, puis une seconde fois, lors du déplacement vers l’est du cours d’eau endigué, entre 1965 et 2013. Cet entre-deux représente aujourd’hui un territoire en sursis, résistant tant bien que mal aux attaques de la Koshi mais dont la disparition s’avère imminente. Sur la carte (fig. 6) on peut voir le territoire érodé depuis 1992, et l’infime portion restante. Il participe du lit mineur de la Koshi dans l’extrémité méridionale de la plaine du Téraï. De ce brillant territoire, il ne reste qu’une infime portion et de petits lopins de terre isolés ici et là entre la frontière indienne et la digue occidentale, situés à 12 km au sud-est de Rajbiraj (chef-lieu du district de Saptari). Gobargadha « est connu comme une île dans Saptari » (journaliste local, Jhitendra Jha, 2014).

31La dynamique hydrologique en aval du barrage présente des caractères favorables à l’érosion voire à la destruction/suppression des terres émergées. Premièrement, les digues longitudinales orientent les écoulements toujours dans le même sens, s’opposant aux inondations latérales. Deuxièmement, le barrage d’écrêtement retient l’essentiel de la charge solide transportée par la Koshi, ce qui limite l’alimentation en sédiments du lit en aval. Troisièmement, l’écoulement orienté de la Koshi érode les terres émergées, s’ajoutant aux effets d’affouillement créés par la lame d’eau. En conséquence on constate un déficit sédimentaire favorable à l’érosion par le cours d’eau et la destruction lente mais inexorable des Tappus.

32En 2011, il n’y avait plus que 281 ménages totalisant 1 791 personnes (recensement népalais). Il est occupé exclusivement par des populations définies comme Madeshi, comportant des castes de Yadav (éleveurs), de Malahaa (dalit, pêcheurs) et de Musahar (dalit, chasseurs de rats, les plus stigmatisés et défavorisés du Népal). Ces populations, essentiellement sans-terre, oubliés des projets de développement et intouchables (à l’exception des Yadav), se tournent vers l’agriculture et l’élevage comme activités principales (fig. 7). Les ressources vivrières de l’îlot de Gobargadha justifient aux yeux de ses habitants l’occupation périlleuse de ces espaces inondables. La rivière leur apporte du poisson en quantité, du bois mort, et permet à l’élevage de se nourrir et de boire, ressources qu’ils auraient beaucoup de difficultés à obtenir dans d’autres zones.

Figure 7 – Configuration du paysage de Gobargadha

Figure 7 – Configuration du paysage de Gobargadha

M. A. Candau, 05/2013

33Pour accéder à ce bout du monde, il faut traverser trois bras de la Koshi et marcher plus de 1 h 30 au milieu de la dangereuse savane d’herbes hautes (faune, trou d’eau, etc.) (fig. 8). Ce territoire ne comporte aucune infrastructure scolaire, commerciale ou sanitaire. Sa configuration et sa situation frontalière entraînent une grande insécurité (vol, kidnapping, activités criminelles variées), et ce depuis longtemps (Candau, 2018). Saptari est l’un des districts de la plaine du Téraï à la plus forte criminalité (INSEC, 2010). De nombreux témoignages de rescapés d’enlèvement révèlent qu’ils ont été détenus dans les îles entre les digues à Gobargadha, ou juste en deçà de la frontière au Bihar (ibid.). Entre 2012 et 2016, 274 personnes auraient été kidnappées dans Saptari, notamment pour des rançons ou de la prostitution (National Human Rights Commission, 2016).

Figures 8a et 8b – La traversée des bras de la Koshi

Figures 8a et 8b – La traversée des bras de la Koshi

M. A. Candau, 05/2013

  • 3 Village Developpement Commitee : équivalent des communes françaises.

34Gobargadha est un territoire sous la constante menace de l’érosion et des inondations. D’après les témoignages recueillis sur place, la Koshi éroderait en moyenne 16 hectares de terre par an. « Après la mise en place des aménagements sur la Koshi, la rivière s’écoulait dans ses chenaux occidentaux près de Hanuman Nagar, mais aujourd’hui elle s’écoule dans ses chenaux orientaux, c’est la nature de la rivière » (enquêtes 2013 : Sangita devi Yadav, Maya Malahaa, Rajendra Yadav-populations locales, Koshi Victim Society-ONG, Rajendra Kumar Jha-secrétaire du VDC3 de Hanuman Nagar, 2013, 2014). En 2013, la rivière, en changeant de cours pour aller le plus à l’est entre les digues, aurait érodé quelque 321 ha dont 10 villages dans ce VDC (fig. 9). Aujourd’hui, il ne reste que 80 ha et plus de 50 % des populations auraient été forcées à la migration définitive, s’installant sur les seules terres gouvernementales encore disponibles, le long des digues (Candau, 2018).

Figure 9 – Carte des mouvements de la Koshi en 1992, 2005 et 2015

Figure 9 – Carte des mouvements de la Koshi en 1992, 2005 et 2015

35Face à la réduction de l’espace de vie, les populations restantes développent un fort esprit d’entraide essayant de résister à l’impact des inondations. Cette résilience illustrée par l’expression « nous sommes prêts à nous battre contre les inondations » (enquête 2013, 2014 : Yogendra Yadav, Archana Musahar, populations locales), s’exprime, au-delà de l’entraide, dans le développement de pratiques adaptées aux respirations de la rivière. En cas d’importante montée des eaux lente, les populations se déplacent alors sur les digues en emportant leur nécessaire. Par contre, lors d’une crue subite, elles se retrouvent piégées sur leur site. Dans ce cas, elles ont généralement prévu des moyens de secours (nourriture séchée, eau potable, abris surélevés, etc.). Dans ce cadre, les groupes sociaux s’affranchissent partiellement des règles sociales séculaires d’un hindouisme orthodoxe, et tendent vers plus d’égalité entre hommes et femmes.

Srilanka Tappu, une république autonome sur l’eau

36Srilanka Tappu est un territoire en archipel constitué de chars ou tappus, situé en amont, entre la digue orientale de la Koshi et le relief naturel qu’elle entaille sur la rive droite. Toute son étendue se situe dans le lit mineur de la rivière, à son débouché dans la plaine du Téraï, en aval des gorges de Barrachetra/Chatara (fig. 10). C’est dans cette partie que la rivière perd brutalement son énergie cinétique, entraînant une sédimentation de matériaux grossiers très divers (y compris rochers, troncs d’arbres, etc.), formant l’apex de son cône de déjection-delta intérieur. Les apports sédimentaires compensent plus ou moins l’érosion des terres, générant un déplacement continu des tappus qui se renouvellent au rythme des crues. Milieux hybrides, ils sont fortement affectés par l’érosion et voués à être inondés voire éliminés car ils font partie intégrante du lit mineur de la rivière.

Figure 10 – Srilanka Tappu

Figure 10 – Srilanka Tappu

M. A. Candau, 01/2013

  • 4 Nom donné à l’ancienne Ceylan dans des poèmes mythologiques brahmanes d’Inde du Nord signifiant l’î (...)

37Entre 1988 et 1989, la Koshi qui s’écoulait plus à l’ouest depuis 1954, se sépare en deux bras, transformant le nouvel interfluve en îles. Ces territoires ont alors été dénommés localement « Srilanka Tappu »4. Les relevés hydrographiques et géomorphologiques de 1992 fournissent des détails sur cette nouvelle phase « d’entre-deux ». Lors du déplacement oriental de la rivière, les habitants déracinés des zones érodées n’ont eu d’autre choix que de se déplacer vers les terres émergentes, perpétuant une longue tradition régionale des populations anciennes (fig. 11).

Figure 11 – Srilanka Tappu, situation actuelle

Figure 11 – Srilanka Tappu, situation actuelle
  • 5 Les troupeaux peuvent dépasser les 100 têtes car des notables de la région confient la responsabili (...)

38Srilanka Tappu représente une zone de peuplement relativement récente dans cette partie amont de la région, débutant vers 1944 (enquête 2013 et 2014 : Rai Limbu, Abhi Majhi, populations locales, 2013 et 2014). Elle est colonisée par des populations majoritairement Pahadi, composées de Rai, Limbu, Majhi, Magar, Tamang, Chandrabansi, des ethnies des montagnes, et d’une minorité Madeshi. Les pahadi implantés à Srilanka Tappu proviennent essentiellement des collines népalaises densément peuplées et d’Assam indien. La minorité madeshi locale est constituée principalement de Dalits (intouchable), de sans terre, et de déplacés par les aménagements de la Koshi. Les principales activités sont majoritairement l’élevage de buffles mais aussi de vaches5, l’agriculture, la pêche et la vente des productions locales. La désignation de ces terres par les populations locales souligne leur caractère insulaire, idéal pour les éleveurs (l’eau est un enclos très sûr et un abreuvoir illimité naturels) mais très exposé aux risques d’érosion et d’inondation. Elles s’étendent sur deux districts, Udayapur et Sunsari.

39Ce territoire est relié au district de Sunsari par deux points de passage en bateau qui traverse les bras d’eau (fig. 11). Ces barques, une par bras de rivière, sont maniées par les passagers eux-mêmes, et il faut attendre que la barque soit revenue pour pouvoir traverser en une vingtaine de minutes (sur le bras en amont, le double sur l’autre – depuis ou vers Rajabas). Lorsque les terres disparaissent par submersion ou érosion, les populations se déplacent massivement vers les nouvelles terres émergées, ou migrent vers des terres de l’État localement disponibles : près des routes, le long des canaux, dans les zones forestières (fig. 12). Une fraction est amenée à se déplacer définitivement vers l’Assam et le Meghalaya, en Inde. Ces populations ont maintenu des relations familiales qui peuvent les accueillir temporairement dans les grandes agglomérations, ou les districts voisins. Malgré les risques et les difficultés d’accès, l’attractivité des terres reste forte, à l’image de ce témoignage exprimé par plusieurs habitants ; « ici nous sommes plus égaux » (enquête 2013 : Talib Chandrabansi, population locale). Les populations de ce territoire déclarent un contrôle social et des divisions entre populations moindres, comparés à la situation hors des digues. Cet équilibre est renforcé par une coopération très forte unifiant les habitants face au risque constant en période de mousson. Qu’en est-il des institutions locales et des représentants politiques ? Peuvent-ils être réellement absents de cette organisation ?

Figure 12 – La zone érodée en 2012

Figure 12 – La zone érodée en 2012

M. A. Candau, 5 janvier 2013

40On note la grande adaptabilité des occupants. Les populations sont principalement des ethnies originaires des montagnes, organisées en une communauté soudée qui crée les services dont elle a besoin. Une grande partie bénéficie de propriété foncière à l’extérieur des tappus, ce qui lui permet une retraite sûre en cas d’inondation « Si la Koshi devait tout emporter, nous pourrions alors nous déplacer » (enquête 2013 : Bandhu Limbu, 2013). Même si les îlots en amont sont à risque d’érosion, ils sont vécus comme des espaces permettant de fournir un moyen de subsistance suffisant. « Au départ, nous occupions cet endroit juste pour la fertilité des sols et les pâturages disponibles pour le bétail mais maintenant nous ne voulons plus quitter cette terre que nous aimons » (enquête 2013 : Bahumanya Majhi, population locale, 2013).

41Les espaces entre les digues sont relativement éphémères et délicats d’accès, ce qui contribue au développement d’entités locales partiellement autonomes où le contrôle social est moindre qu’à l’extérieur des digues. Il en ressort une appartenance communautaire territoriale plus forte, réduisant l’impact de la division administrative étatique. Cependant, on ne peut pas réduire l’approche de ces espaces à une simple unité sociale, car d’importantes disparités génèrent une hétérogénéité des sites de l’entre-deux.

Les sociétés de l’entre-deux : similitudes et différenciations

42Avant son aménagement, la région dénommée « pays de la Koshi » (l’actuel district de Sunsari) (Candau et al., 2015) représentait véritablement le « cœur battant » de la plaine, pour les populations qui s’étaient accommodées des caprices de celle-là, en s’y déplaçant au rythme de ses accidents hydrodynamiques. Cet espace était utilisé par les populations d’éleveurs de Saptari et du nord de l’Inde, qui s’y installaient, hors période de mousson. L’agriculture saisonnière pouvait aisément être pratiquée sur un sol très fertile et suffisamment humide pour la pêche, l’agriculture et d’autres activités liées à la rivière. De plus, à l’apex de son cône sédimentaire, les ressources minérales présentaient une grande variété.

43L’aménagement de la Koshi dès sa sortie des gorges de Chatara, représente un véritable bouleversement sociologique dû à la rupture radicale du milieu naturel de la région. La construction par l’Inde de digues et d’un barrage a segmenté l’espace en territoires aux attributions différenciées, source d’inégalité face au risque (Schwartz et Thompson, 1990 ; Mishra 1999 ; Candau et al. ; 2015). La séparation artificielle générée par les digues fait coexister des espaces très différents, sans transition, à l’image de l’espace « entre-deux » et de celui protégé. Cette séparation est ressentie comme une rupture aux conséquences évidentes sur les populations, tel que le lien social ou l’appartenance territoriale, source de nombreux conflits (Prasad et al., 2012).

44La plaine inondable déconnectée peut être aménagée d’une façon durable et fonctionnelle : voies de communication, canaux d’irrigation, urbanisation, industrialisation, agriculture productive, etc. La logique était double : une politique de protection contre les crues, les rivières himalayennes dévastant fréquemment leur territoire ; une politique de production, à travers les canaux issus du barrage de la Koshi pour satisfaire ses besoins immenses d’irrigation (Candau et al. ; 2015).

45En offrant un sentiment de sécurité dans la zone artificiellement « protégée », ces mesures rendent la plaine économiquement attractive. Cette transformation a pour conséquences de marginaliser les populations les plus pauvres qui n’ont plus les moyens de posséder des terres dont la valeur ne cesse d’augmenter. Les conséquences de la politique d’aménagement sont (1) l’exclusion des terres d’une fraction pauvre mais importante de la population au profit des classes/castes plus hautes, et (2) une division conflictuelle de la société opposant le pouvoir politique et économique, aux populations marginalisées voire exclues par cette politique. C’est cette dernière fraction qui trouve refuge dans les îlots instables et exposés.

Un refuge dans un milieu hostile

46Les populations marginalisées trouvent refuge sur des terres instables entre les digues de la Koshi. Ce qui devient leur espace de vie est un milieu limité, sous la menace permanente d’une crue dévastatrice qui emporte les terres, les biens, les récoltes, les troupeaux et, parfois les hommes. Les limites entre terre et eau y sont ténues et imposent aux populations une adaptabilité constante aux modifications de leur cadre de vie. Il en ressort une philosophie de vie fortement associée aux rythmes naturels et à leur changement, comme ont connu les populations anciennes de la région, symbiose complètement effacée par les politiques capitalistes des terres protégées (Candau, 2018 ; Mishra, 2008a). L’activité de survie de ces populations est régie par les contrastes hydro-climatiques qui dominent « l’entre-deux ». En conséquence, les groupes se tournent vers des productions à brève échéance comme en témoignent leur habitat, leurs productions agricoles reposant largement sur l’élevage, la pêche, des cultures saisonnières et la collecte.

47Le critère le plus marquant de ces groupes est la dimension insulaire de leur espace. Celle-ci est à l’origine d’une structuration sociale spécifique et autarcique. En effet, leur situation dans un espace officiellement inhabitable les relègue à la périphérie d’une société moderne qui les ignore et, que renforce l’obstacle des traversées des cours d’eau. Cette distanciation génère une organisation autonome des groupes qui les éloigne des lois qui prévalent régionalement et qui sont partiellement substituées par leurs propres règles, codes, et relations (entraides). En particulier, la place de la femme y est plus importante et le contrôle social atténué. Finalement, la vie entre les digues, en dehors du monde développé, favorise la naissance d’un sentiment d’appartenance commune à ce territoire échappant partiellement au contrôle social, fondé sur une base plus égalitaire que celle des territoires périphériques.

48Néanmoins, la partition insulaire développe des spécificités locales qui permettent de noter des évolutions distinctes d’un secteur à l’autre, ce que démontre la comparaison de nos deux sites d’étude.

Insularité ou insularités ?

49Vivre dans une île marque profondément les habitants. Si certains critères semblent régir la vie insulaire, il apparaît que des dimensions locales modèlent le quotidien révélant la personnalité spécifique de chaque territoire.

50Le premier critère de différenciation est dû à la présence d’un barrage qui détermine deux hydrodynamiques distinctes, à l’amont et à l’aval. En amont, Srilanka Tappu, bien que directement exposé aux furies de la Koshi dès que celle-ci débouche dans la plaine, bénéficie d’un apport alluvionnaire conséquent qui permet de compenser les destructions de l’érosion. On y observe un « déplacement » des îlots sédimentaires, les transformant en îles « vagabondes ». En aval, Gobargadha subissant les incidences du barrage, qui s’oppose au transport de la masse sédimentaire piégée par l’aménagement, ne voit pas l’érosion de son espace compensée par des apports sédimentaires. En conséquence, on assiste à une disparition lente mais inexorable des îlots, illustrant la condamnation des implantations humaines. Cette évolution sélective, opposant un déplacement de balancier à une disparition des terres, réalise une inégalité cruciale au sein même d’espaces pauvres et marginaux.

51Cette inégalité est accrue par les difficultés d’accès depuis la terre ferme. Proches de leur district de rattachement administratif (Sunsari), les « îles vagabondes » connaissent une relative intégration en raison d’une certaine pérennité de leur implantation. En conséquence, l’accès à Srilanka Tappu se réalise en seulement 20 minutes à 40 minutes par deux passages en barque ne traversant qu’un bras de la Koshi. Atteindre Gobargadha relève d’une expédition autrement périlleuse. Gobargadha est installé au centre du lit entre les digues, loin des rives (3 à 4 km) et de son district de rattachement administratif (Saptari). Aujourd’hui, l’axe principal de la Koshi s’écoule à l’est l’éloignant des terres indiennes. Cette notion frontalière implique le désintérêt de l’Inde à desservir par bateau cet ensemble. En conséquence, le seul chemin d’accès passe par la traversée de la zone occidentale du lit qui représente plus de 4 km d’espaces marécageux de parcours très difficile, avec notamment trois bras actifs de la Koshi, jusqu’à Hanuman Nagar (ville la plus proche, district de Saptari), installé à proximité de la digue. En saison sèche, les hommes valides peuvent le parcourir en 1 h 30. Mais l’épreuve est inaccessible aux personnes vulnérables (enfants, femmes enceintes, vieillards, malades etc.). En période de mousson, l’ensemble peut connaître des épisodes d’isolement sévère sur plusieurs jours voire semaines (Jha, 2016). Ce contexte difficile est à l’origine de la définition de « marge de l’extrême » (Candau, 2018).

52Ces conditions d’accès se révèlent déterminantes dans la perception et la gestion de ces territoires par les pouvoirs publics et les ONG. Par-delà sa dimension insulaire, Srilanka Tappu est un espace considéré comme vivant, relativement sûr, ce qui le rend suffisamment attractif pour bénéficier d’aides du gouvernement et des ONG (indemnisation sur la terre, matériels de secours) et aussi de répondre à des demandes de notables de Sunsari (pâturage). Ces conditions favorisent sans aucun doute l’attachement de ses occupants à leurs terres insulaires, notamment chez les éleveurs.

53Aux antipodes, Gobargadha est un territoire reclus, abandonné de tous en raison de son contexte extrêmement complexe : disparition inéluctable des îlots, accès compliqué, criminalité renforcée par son isolement et sa situation frontalière. Mis à part quelques travailleurs sociaux qui les visitent occasionnellement, les habitants ne reçoivent aucun soutien de la part du gouvernement ou des ONG, façonnant un sentiment d’isolement et d’oubli pour la population locale. Ces espaces sont effectivement considérés par les pouvoirs publics comme en perdition, et sont donc totalement marginalisés.

54Cet isolement est assurément un facteur de paupérisation des populations. Ainsi, à Srilanka Tappu on observe le fonctionnement de différents services (centre de soin, école, diverses épiceries), alors que le contact avec la terre ferme est relativement aisé. Au contraire, à Gobargadha l’isolement et l’oubli des pouvoirs publics n’entraînent pas la réalisation de ces mêmes services. Il n’y a aucune infrastructure, pas même une épicerie : « pour aller acheter une boîte d’allumettes ils doivent se rendre à Hanuman Nagar ! » (Himmat Singh, avocat à la cour suprême de Rajbiraj, Saptari, 2013).

55Cet isolement peut toucher la dimension sociale des groupes. La non-reconnaissance publique du vécu de Gobargadha semble entraîner de la part de cette communauté un abandon comme pour des apatrides. Ce déni dont est victime Gobargadha, alimente auprès des populations se réclamant de l’appartenance madeshi, une réaction d’exclusion et de traitement discriminatoire de la part du reste de la société népalaise. Territoire de peuplement ancien et très riche culturellement, au contraire de Srilanka Tappu, sans véritable profondeur historique, Gobargadha serait l’illustration d’un certain ostracisme régional réalimentant le conflit ethnique népalais qui oppose principalement la population d’appartenance madeshi aux pahadi (Lawoti et Hangen, 2012). Évidemment, lorsque l’on examine l’histoire récente du Téraï, on peut envisager un rapprochement entre cette situation inégalitaire et les profondes modifications ethniques, foncières et économiques que cet espace a connu dans la deuxième partie du xxe siècle.

Conclusion – L’entre-deux ou les réfugiés de l’aménagement

56Aménager les grands cours d’eau torrentiels d’origine himalayenne afin d’en réguler les comportements, est un objectif que tant les occupants anglais que les nouvelles nations postcoloniales ont envisagé. Finalement, indiens et népalais ont entrepris d’énormes travaux en ce sens le long du cours de la Koshi dans sa traversée de la plaine. En effet, la Koshi est capable de crise hydrodynamique multipliant par près de 100 son débit d’étiage avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur un territoire subhorizontal fortement occupé par les activités humaines. Les crues et les inondations spectaculaires qui en résultent sont à l’origine de destructions importantes et coûteuses pour l’économie régionale par-delà le prix humain payé. Ces travaux ont entraîné une mutation des territoires, valorisant les terres protégées et, générant d’importants déplacements de population. Pour les populations vivant dans le bassin de la Koshi, le succès ou l’échec des mesures met en jeu leur équilibre de vie et de moyens de subsistance, pour des générations entières.

57Dans le Téraï népalais, ensemble de plaines au pied d’un pays montagnard, deux sites ont attiré notre attention en raison des difficultés de vie dans un milieu extrêmement agressif : l’installation de populations démunies sur des terres temporairement émergées entre les digues de la Koshi népalaise. Ces deux sites se situent en amont et en aval d’un barrage d’écrêtement. Si, en amont, l’érosion des terres est substituée par les apports sédimentaires, ce n’est pas le cas en aval, les sédiments retenus par le barrage, manquent cruellement aux îlets. Cette installation entre les digues porte à un certain isolement qui modèle les populations. Quand cet isolement n’est pas trop fort, il est partiellement atténué par l’installation de services spécifiques locaux (Srilanka Tappu). Au-delà d’un certain seuil, il génère des conditions de survie extrêmement difficile (Gobargadha) qui impactent fortement les populations. Cet isolement parfois volontairement amplifié par les pouvoirs publics, contribue à l’exclusion sociale et à un certain ostracisme pour le moins ressenti par les populations marginalisées. Dans le contexte conflictuel de la plaine du Téraï, ces conditions réactivent et exacerbent de vieilles tensions inter-ethniques, les populations madeshi se sentant dépouillées et exclues de territoires ancestraux.

58Ces aménagements colossaux génèrent classiquement des problèmes au sein des sociétés impactées par ceux-là. Dans la plaine du Gange, à l’histoire plurimillénaire, les problématiques culturelles découlent de la succession et des mélanges de civilisation et de groupements humains nombreux conduisant à la constitution d’un palimpseste unique au monde. Un des critères remarquables est la structuration en caste selon le modèle hindou. Les grands aménagements souhaités par les jeunes nations sud-asiatiques sont réalisés selon des modèles importés de l’occident. L’application directe de ces modèles sans adaptation aux conditions socio-environnementales régionales, définies comme « orthodoxie environnementale » par Forsyth (2003), bouleverse les équilibres sociaux, exacerbant les inégalités d’une structure sociale pyramidale.

59C’est ainsi qu’en Inde, on compte 380 villages situés entre les digues de la Koshi, regroupant une population d’environ 1,5 million d’habitants (Mishra, 2015). Les populations locales ont bénéficié de programmes de réhabilitation mais n’ont pas été indemnisées pour la perte de leur terre. Nehru s’adresse à ceux déplacés par les grands projets : « si vous devez souffrir, alors vous devez souffrir dans l’intérêt du pays » (Kothari, 1996 ; Dreze & Sen, 1995 ; Carnie, 2000 ; Cullet, 2000). Curieusement, sur les cartes indiennes ces populations n’existent pas, et donc, elles ne sont l’objet d’aucune aide.

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Notes

1 Le cône de déjection du golfe du Bengale s’étend en mer au-delà du delta jusqu’à une profondeur de 12 km, et horizontalement au-delà même de Sri Lanka, sur une distance de plus de 3 000 km (Curray, 1994).

2 Chagrin du Bihar.

3 Village Developpement Commitee : équivalent des communes françaises.

4 Nom donné à l’ancienne Ceylan dans des poèmes mythologiques brahmanes d’Inde du Nord signifiant l’île heureuse, fortunée. Mais aussi, dans le plus populaire Ramayana, l’île où Sita, compagne de Rama, fût emprisonnée par le roi-démon Ravana. C’est probablement la première origine la plus probable, la population très majoritairement Pahadi ayant considérablement bénéficié de son installation à Sri Lanka Tappu.

5 Les troupeaux peuvent dépasser les 100 têtes car des notables de la région confient la responsabilité de leurs bêtes à certains habitants de Srilanka Tappu

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – le bassin de la Koshi, au sein du bassin du Gange et à l’ouest de celui du Brahmapoutre
Crédits ICIMOD, 2009
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 215k
Titre Figure 2 – Coupe nord sud de l’Himalaya central (Népal) montrant les six unités géographiques
Légende Source : Smadja et al., 2014 ; d’après figure dans Ramsay, 1986
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 132k
Titre Figure 3 – Le bassin-versant de la Koshi au Tibet, Népal et Bihar
Crédits Source : SRTM 90, OSM, ICIMOD ; Réalisation Marie-Amélie Candau, soutien technique Jérôme Picard
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 3,6M
Titre Figure 5 – Les principaux aménagements étatiques dans le district de Sunsari
Crédits Source : Candau et al., 2015
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 6 – Les territoires « de l’entre-deux » : en amont Srilanka Tappu, et en aval Gobargadha : la limite de la forêt représente approximativement la rupture de pente entre la plaine et la montagne
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 3,5M
Titre Figure 7 – Configuration du paysage de Gobargadha
Crédits M. A. Candau, 05/2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 78k
Titre Figures 8a et 8b – La traversée des bras de la Koshi
Crédits M. A. Candau, 05/2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 229k
Titre Figure 9 – Carte des mouvements de la Koshi en 1992, 2005 et 2015
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 5,7M
Titre Figure 10 – Srilanka Tappu
Crédits M. A. Candau, 01/2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 816k
Titre Figure 11 – Srilanka Tappu, situation actuelle
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 5,4M
Titre Figure 12 – La zone érodée en 2012
Crédits M. A. Candau, 5 janvier 2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11212/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 64k
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Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Amélie Candau, « Espaces de l’entre-deux dans la rivière Koshi (Téraï, Népal) : diversité de dynamiques socio-environnementales »Les Cahiers d’Outre-Mer, 281 | 2020, 191-217.

Référence électronique

Marie-Amélie Candau, « Espaces de l’entre-deux dans la rivière Koshi (Téraï, Népal) : diversité de dynamiques socio-environnementales »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 281 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/11212 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.11212

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Auteur

Marie-Amélie Candau

Chercheure associée au Centre d’Études Himalayennes UPR 299, au laboratoire LADYSS UMR 7533 et à l’UFR eriTES. Courriel : marieameliecandau(at)gmail.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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