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Dossier

La forêt est un champ de bataille

Une histoire des régimes de gouvernement des « habitants de la forêt » en Inde coloniale et contemporaine (Himalaya, Uttarakhand)
Forest as a battlefield. A history of the government of “forest dwellers” in Colonial and Contemporary India (Himalaya, Uttarakhand)
Mauve Létang
p. 163-190

Résumés

En Inde, le droit forestier date de la période britannique. Véritable forme de colonisation intérieure, le contrôle des espaces forestiers est aussi révélateur de rapports de force entre l’État et les sociétés locales autour des phénomènes d’accaparement des terres et des situations nouvelles de monopoles fonciers. Pourtant, ce que nous donne à voir l’évolution du droit forestier est qu’il n’existe pas une prise de pouvoir total de l’État sur les territoires qu’il tente d’administrer. On observe plutôt une permanente renégociation avec des populations qui revendiquent une autonomie au sein de l’État, bien plus qu’en dehors de ce dernier. L’évolution récente du droit forestier, concomitance à la libéralisation indienne produit de nouvelles stratégies de gouvernement et de contrôle de la part de l’État qui réorganise l’économie de son administration forestière tout en redistribuant les légitimités politiques à l’échelle locale.

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Texte intégral

  • 1 En outre, ces marges nationales ou territoriales sont souvent des lieux où émergent des formes orig (...)

1La forêt de Sarmoli est située dans l’État himalayen de l’Uttarakhand (carte 1), un territoire de marge. Par marges, nous entendons les espaces et les populations considérées et traitées par l’appareil d’État et les gouvernements en tant que tels, sur la base de leur isolation spatiale, de leurs différences culturelles et politiques. Néanmoins, nous ne considérons pas ces marges en retrait économiquement ou socialement ou même isolées des réseaux et flux plus larges. Elles ne sont pas non plus considérées comme des entités homogènes ayant des qualités primitives1. Aussi l’évolution du gouvernement de la forêt et des habitants de la forêt de Sarmoli dépend des transformations des régimes de gouvernement de l’État indien dans le traitement de ses marges territoriales. La forêt, les relations à la forêt ne sont pas écologiques : elles sont politiques, la catégorisation de l’espace comme forêt étant le fait de l’État, et ne recouvrant que partiellement la définition commune de zones densément boisées. On trouve ainsi en Inde des espaces classés comme forêts où n’apparaissent que quelques arbres épars. Dès lors se joue une confrontation entre plusieurs représentations, usages, appropriations de la forêt. Une analyse des modalités de gouvernement de la forêt renseigne sur l’État et le rapport que l’État entretient au territoire et à la population qu’il souhaite gouverner. Une bonne manière de montrer cela est de passer par l’analyse de l’histoire du droit forestier et de la constitution de l’administration forestière.

Carte 1 – Localisation de la zone d’étude

Carte 1 – Localisation de la zone d’étude

© Mauve Létang, 2016

Photo 1 – Le village de Sarmoli

Photo 1 – Le village de Sarmoli

© Mauve Létang, 2018

2Nous voudrions donc tenter d’identifier ici ce que la colonisation puis la libéralisation indienne produisent comme régimes de gouvernement des forêts et de leurs habitants, c’est-à-dire quelle forme d’État et quels dispositifs d’administration du quotidien sont mis en place. Les mécanismes de transformation induits par la libéralisation indienne suscitent un grand intérêt dans bien des domaines, que ce soit l’éducation ; le travail ; ou l’agriculture etc., mais rarement elle ne suscite d’intérêt dans le domaine du gouvernement des forêts et de ses habitant-e-s (à quelques exceptions comme les travaux de Sundar, 2001 ; Corbridge, 2004). Le gouvernement de la forêt et de ses habitants est souvent appréhendé par le prisme de la décentralisation, c’est-à-dire de la rétrocession par l’État, de droits divers à des groupes de populations ciblés. La décentralisation est en fait assez peu présentée, du moins pas toujours, comme une tactique de libéralisation de l’État, soit une forme de gouvernementalité (sensu Foucault, 2004), produite par un processus de libéralisation. Le gouvernement de la forêt et de ses habitants a été très étudié durant la période coloniale. D’abord car la domination britannique a été le moment de l’essor du capitalisme indien, dont le moment fondateur est la légifération du Permanent Settlement Act de 1793 qui introduit la propriété privée suivi et réaffirmé par le Land Acquisition Act de 1894 qui octroie le droit à l’État de s’approprier des terres au nom d’une certaine idée de l’intérêt national. Puis, parce que c’est précisément à cette période que l’administration forestière est née, sous l’égide d’une expertise allemande, en 1864, nous y reviendrons. C’est d’ailleurs en introduisant l’administration forestière, et par là même le code forestier que l’État constitua la forêt et ses habitants comme catégorie gouvernable, ou plutôt comme catégorie à gouverner.

3Nous parlons ici de la forêt et de ses habitants car la plupart du temps, et ce, même si on observe que les mutations socio-économiques détachent les personnes de la forêt dans leur économie morale, les forêts sont des moyens de subsistance pour les personnes qui habitent au sein même de cet espace, ou en périphérie directe de ce dernier. Par exemple, à Sarmoli, la forêt est utilisée pour les cultures vivrières, pour le prélèvement de bois, pour la construction des maisons, pour le chauffage des foyers, pour la cuisine, ou encore pour nourrir le bétail. Elle est aussi le lieu de collecte de plantes médicinales très recherchées et certains endroits sont sacrés, demeures des dieux régies par des règles spécifiques. Ces territoires jouent donc un rôle central dans la vie quotidienne, profane comme sacrée, du village et de ses habitants : elles mettent en tension différents groupes sociaux, et le système foncier qui en détermine la gestion évolue en fonction des mutations socio-économiques et des différents rapports de force se reconfigurant sur cet espace commun.

4Afin donc de comprendre comment la libéralisation indienne est faite de modalités subtiles et diffuses, bien plus que de systèmes de contraintes provenant d’en haut, nous proposons ici une généalogie du gouvernement des forêts et de leurs habitants depuis la période coloniale jusqu’à la période contemporaine afin d’analyser les processus complexes et ambivalents de formation d’une hégémonie (Hibou, 2011).

  • 2 Cette analyse est issue d’un travail de doctorat en cours. Les données proviennent de la littératur (...)

5Dans un premier temps, nous reviendrons sur la mise en place de l’administration forestière indienne, qui a permis à l’État de se spatialiser pour mieux gouverner ses marges. Ensuite, toujours en historicisant le droit forestier, nous montrerons comment un point de bascule s’opère dans la décennie 1994-2006 par le biais d’une nouvelle série de lois visant à décentraliser, à désengager l’État indien du gouvernement de certains espaces forestiers. Nous montrerons alors que loin d’être une politique progressiste, ce changement de régime de gouvernement correspond à une nouvelle morale de l’État, en fait à une nouvelle politique économique de l’État, qui finalement ne le désengage pas, mais le redéploie sous de nouvelles formes, par un phénomène de segmentation des lieux et espaces de décision2.

Spatialiser l’État colonial pour contrôler les marges à travers la création de l’administration forestière

6La colonisation a marqué une rupture dans l’histoire écologique de l’Inde. L’Europe a apporté une dynamique de changement social due à la Révolution industrielle qui a eu des conséquences profondes sur l’utilisation des ressources (Quenet, 2014). Au milieu du xixe siècle, le gouvernement colonial a réalisé l’énorme potentiel des forêts jusqu’alors inaccessibles de l’Inde. Leur exploitation commerciale a commencé, si bien qu’en 1850-1860, la destruction des forêts était déjà visible et l’empire britannique est devenu le champion mondial de la déforestation pour subvenir aux besoins de sa marine, puis pour construire les chemins de fer à partir de 1853 (Gadgil et al., 1995 p. 118 ; Quenet, 2014). Pour pérenniser l’exploitation forestière en la rationalisant, l’Imperial Forest Service (désormais IFS) a été créé en 1864 afin de subvenir aux exigences des compagnies de chemin de fer en bois de chauffe et de construction. Du fait du manque d’expérience du gouvernement britannique en foresterie, c’est l’expert allemand Dietrich Brandis, ancien professeur à l’université de Bonn qui est devenu le premier inspecteur général des forêts (Guha, 1990). Le recours à l’expertise de Brandis n’est pas un hasard puisqu’à cette époque, le modèle de la foresterie scientifique allemand domine les modes de gestion des forêts en France ou en Angleterre mais également dans les territoires colonisés (Hölzl, 2018). Dans son ouvrage Seeing like a State (1998), Scott évoque à quel point le modèle de foresterie scientifique allemand est standardisé dans le but de permettre une gestion fiscale et économique des forêts par l’État moderne. Scott remarque que ce modèle de gestion a simplifié la forêt : sa biodiversité et son organisation spatiale. Le fait est qu’à cette époque, l’État s’est arrogé le pouvoir de transformer d’anciennes forêts qu’il jugeait désordonnées en de nouvelles forêts, plus uniformes. Plus la forêt est uniformisée, plus le pouvoir de gestion peut être centralisé, plus il sera possible d’éviter les imprévus susceptibles d’intervenir et de faire fluctuer le marché du bois. La standardisation et la simplification permettent de calculer, de mesurer, de manipuler et d’évaluer mais également de recourir à une main-d’œuvre peu qualifiée et peu expérimentée pour effectuer ces tâches de gestion. La main-d’œuvre est alors plus flexible, plus facilement précarisable. C’est donc bien une logique de marché qui guide la mise en place du modèle de gestion de la forêt de l’IFS. Guha et Gadgil notent que dans l’histoire globale de la gestion des ressources naturelles, il y a peu d’institutions aussi considérables que l’IFS (Gadgil et Guha, 1995 : 148), ce dernier possédant près d’un cinquième des terres du sous-continent, en faisant le plus grand propriétaire terrien du pays, alors soutenu par tout un appareil administratif et législatif.

La spatialisation de l’État à travers l’Imperial Forest Service

7En raison du besoin de l’administration d’une assistance législative, la première loi, l’Indian Forest Act passa dans l’urgence en 1865 afin de faciliter l’acquisition par l’État des espaces forestiers dont il avait besoin pour la construction des chemins de fer (Guha, 1990). Dans les faits, la loi permettait au gouvernement britannique de déclarer n’importe quelle terre couverte d’arbres comme forêt gouvernementale et de décider des règles de gestion sur ces dernières. Pourtant, l’État n’utilisait qu’une part minime des terres potentiellement à sa disposition du fait de la difficulté d’accès de certaines d’entre elles, laissant dès lors se poursuivre les usages des différentes sections de la paysannerie. Cette législation avait alors été considérée par certaines fractions de l’administration forestière comme n’étant pas assez stricte. Elles décriaient le manque de contrôle de l’État sur ses terres, qui continuait à autoriser des usages de produits forestiers par les populations locales. C’est pour cela que dès 1869, Brandis se proposa de modifier la loi en partant du constat que l’Indian Forest Act était :

incomplet dans beaucoup de domaines – la plus importante omission étant l’absence de toute mention concernant la définition, la régulation, le changement et l’extinction des droits coutumiers [par l’État]. (Brandis, 1869 in Guha, 1990 p. 67)

8Il y a donc bien ici la transposition d’un débat qui avait déjà eu lieu en Angleterre au xviie siècle, ou en Allemagne à la même époque, analysés respectivement par Thompson (2017) et Hölzl (2018) et où il s’agit bien d’en finir avec les droits coutumiers. Or les droits coutumiers participent aussi de la régulation des relations locales de dépendance et de subsistances qui s’en trouvent alors affectées. Cette proposition de loi inaugure dès lors une nouvelle phase : celle de la controverse et du débat. Guha a proposé une terminologie pour caractériser chacune des trois principales positions qui ont été défendues lors de cette discussion. Il nomme la première annexionniste, considérant que l’État devrait avoir le contrôle total des espaces forestiers du pays. La seconde, dite pragmatique, proposait que l’État gère les espaces forestiers sensibles écologiquement et stratégiques économiquement. Enfin, la troisième, miroir de la première, appelée populiste, rejetait toute intervention de l’État en défendant l’idée que les populations tribales et paysannes pouvaient exercer une pleine souveraineté sur leurs terres boisées (ibid., p. 67-68). En faisant une distinction entre un droit définit comme « stricte et légal ne pouvant être remis en question car ayant été enregistré dans le droit forestier » et un privilège définit comme une « concession d’un usage tel que la collecte de fourrage, de bois de chauffe et de petit bois qui ne sont pas considérés comme des droits légaux mais sont tout de même accordés par des agents du gouvernement à la convenance des personnes », ces nouvelles lois donnent le droit à l’État de disposer ou de retenir pour usage public les terres à « l’abandon » et les espaces forestiers destinées à l’usage public.

9À rebours de cet argument, le gouvernement de Madras a soutenu les intérêts villageois en arguant que la plupart des forêts et jungle (prairies sèches) étaient au sein des limites villageoises et étaient donc sous leur juridiction comme c’était déjà le cas dans la présidence de Madras où les forêts étaient des propriétés communes sans restriction, à l’exception de taxes comme le Moturpha (taxes sur les outils) et la Pulani (taxe sur le fourrage) qui étaient imposées aux gens jusqu’à l’arrivée de l’IFS (Guha, 1990). Ces forêts étaient le plus souvent gérées par des droits tribaux ou communaux. Ceux-ci n’étaient pas égalitaires mais s’organisaient pour la subsistance du plus grand nombre en respectant des hiérarchies claniques, et échappant à l’impôt direct. Selon Madras, ces formes de gouvernement de la forêt étaient les plus efficientes du fait de leur longue histoire et d’une meilleure connaissance et définition des besoins des populations rurales, répondant à certaines circonstances et souvent difficiles à prévoir. La position du gouvernement de Madras est très intéressante puisqu’elle éclaire la profondeur historique des contradictions posées par l’existence d’une administration forestière coloniale et étatique au regard de l’autonomie des populations villageoises pour gérer leurs ressources. Les raisons évoquées par le Madras Revenu Board pour rejeter la proposition de loi de Brandis sont encore plus éclairantes :

  • ses principes, sa portée et ses objectifs étaient incompatibles avec la réalité de la propriété forestière et de son histoire (c’est l’idée que nous évoquions précédemment, selon laquelle les forêts se trouvaient dans les villages et devaient donc être sous juridiction locale) ;

  • et quand bien même la proposition de loi aurait été compatible avec la réalité, Madras jugeait la loi trop arbitraire du fait de la détermination des droits forestiers des villageois.e.s par une administration qui, dans la présidence de Madras au moins, a détruit leurs droits forestiers ;

  • enfin, Madras considère qu’une loi forestière visant à discuter de la régulation des usages locaux n’est pas du domaine administratif national, mais devrait être élaborée, discutée et actée par le corps législatif local.

10En outre, le gouvernement de Madras alertait sur le fait que la restriction des usages coutumiers par la nouvelle loi forestière allait affecter l’économie agraire. Les restrictions sur le pâturage affecteraient les migrations saisonnières et pouvaient provoquer un déclin de l’élevage dans plusieurs districts. Ces restrictions pouvaient également avoir des répercussions particulières sur les femmes dont le seul moyen de subsistance pendant plusieurs mois de l’année consistait à récolter des produits forestiers pour les vendre, tout comme sur l’activité de la médecine allopathique qui tirait ses produits des plantes forestières. Finalement, les arguments avancés par Madras appuient des intérêts de classes : ils pointent du doigt le fait que dans cette arène politique qu’est le droit forestier, les groupes les plus pauvres et marginalisés n’ont pas la possibilité de faire entendre leurs revendications en faisant usage de la loi, tandis qu’une classe influente peut quant à elle facilement faire entendre ses droits et utiliser les outils légaux pour cela. C’est donc bien de sociologie et de politique qu’il est question lors de cette discussion, et non d’écologie. C’est du rapport que l’État entretient au territoire, aux ressources et à la population que traitent ces discussions autour de la loi et non de la protection de la forêt. Cet aperçu d’un moment fondateur de l’histoire de l’administration forestière éclaire le présent et l’attitude de l’État indien aujourd’hui envers le territoire, les ressources et la population. Il montre la façon dont tout un appareil institutionnel colonial puissant s’est constitué pour protéger les intérêts de l’État, intérêts aujourd’hui poursuivis dans le cadre de la libéralisation indienne.

11Le débat sur l’accaparement des ressources par l’État au nom du développement, si vif aujourd’hui en Inde n’est donc pas nouveau. En fait, dès sa création, l’administration forestière a été tiraillée par les différents paradigmes de gouvernement de la forêt portant des visions bien différentes de la sociologie, de l’histoire, de la politique, et de l’écologie des ressources forestières. De toute évidence, il est question de politique soit de contrôle, de pouvoir, et de souveraineté.

12Lors d’une conférence en 1874 (Forest Conference), les participants, administrateurs et officiers anglais, se sont opposés au système mixte (pragmatique) de Brandis, c’est-à-dire un système visant à concilier autant que possible les intérêts paysans aux intérêts de l’État par une réduction du contrôle des usages et l’abandon de la déclaration selon laquelle toutes les forêts servent de réserves d’État contrôlées par le Forest Department. Cette conférence a abouti à la promulgation de l’Indian Forest Act de 1878, qui lui tenait une position annexionniste (Quenet, 2014). La loi de 1878 a effacé des siècles d’élaboration du droit coutumier et a renforcé le contrôle du gouvernement colonial sur les forêts. Elle autorise la collecte de bois de chauffe et de construction, d’une quantité spécifique et délimitée, à chaque famille d’usagers et d’usagères tout en interdisant strictement la vente ou l’échange de produits forestiers.

13Alors que l’ensemble des forêts étaient jusque-là des réserves de l’État, la nouvelle loi apporte quelques assouplissements et classe les forêts en trois catégories : les forêts réservées (Reserved Forest) ; les forêts protégées (Protected Forest) ; les forêts villageoises (Village Forest). Les Reserved Forests, entièrement contrôlées par l’État qui y est très présent par l’intermédiaire de ses gardes forestiers, regroupent les forêts à forte valeur économique : celles qui sont facilement exploitables du fait de leur bonne connexion aux villes. Les Protected Forests sont gérées également par l’État tout en prévoyant la concession de droits d’usages aux populations. Toutefois, lorsque certaines de ces forêts prennent une valeur commerciale en fonction des contextes et besoins de l’État, elles sont converties en Reserved Forests. Aussi, en 1878, on dénombrait 3 625 983 hectares de forêts d’État. À partir de 1890, on comptait 14 503 933 hectares de Reserved Forests et 5 179 976 hectares de Protected Forests. Une décennie plus tard, les Reserved Forests représentaient 21 082 503 hectares alors que les Protected Forests ne représentaient plus que 854 696 hectares (Guha, 1990). Enfin, la troisième catégorie de forêts, celle des Village Forests, les forêts villageoises, est créée afin de réserver des espaces forestiers à la subsistance villageoise. Elles font partie des Reserved Forests mais sont gérées par les communautés villageoises sous la tutelle du Forest department. Cependant, à l’époque, cette troisième catégorie n’était pas appliquée sur la majeure partie du sous-continent (Guha, 1990), les premières forêts villageoises ayant vu le jour en 1931 en Uttarakhand suite à des révoltes paysannes. La catégorisation des forêts et leur gestion différenciée permettent de hiérarchiser le degré de contrôle de l’État et les modalités d’accès aux droits d’usages de la population. Finalement, la nouvelle législation a élargi les possibilités de sanctions punitives destinées aux usages villageois par l’administration forestière et son pouvoir sur la régulation des extractions et les flux des produits forestiers, tout en permettant au gouvernement de tirer un revenu des forêts, revenu qui deviendra progressivement l’un des principaux revenu du gouvernement.

14On voit bien à travers l’évolution de la loi que des droits non reliés à la propriété privée deviennent des privilèges extra-légaux, des concessions. Alors qu’ils étaient jusqu’ici des pratiques, désormais ils sont des délits.

15L’amendement de 1894 avait imposé le principe de monopole malgré sa prise en compte des désagréments causés aux agriculteurs par les mesures de l’administration forestière. En dépit du fait que cet amendement prenne en compte les besoins de la population, il postule que les besoins de la population ne seront pris en compte uniquement s’ils sont cohérents avec les intérêts du gouvernement colonial (Guha, 1990 : 119). En effet, cet amendement prévoit que la gestion de la forêt doit prioriser le développement du pays ainsi que le besoin de maintenir une couverture forestière répondant à des objectifs climatiques et des conditions biophysiques dans le pays. Dès lors, cet amendement prévoit de faire coïncider les besoins de subsistance locaux à la génération maximale de revenus, la génération de revenu prenant le pas sur les besoins. Enfin, cet amendement classa les forêts selon leurs fonctions primaires, c’est-à-dire selon leur degré de participation à la génération d’un revenu pour l’IFS : forêts protégées, forêts commerciales, forêts mineures, pâturages. On voit bien ici comment l’espace et son gouvernement sont réorganisés en fonction des ressources appropriables par l’État.

16L’Indian Forest Act de 1927 réaffirme la position annexionniste de l’Indian Forest Act de 1878. S’y ajoutent quelques amendements, notamment celui concernant le bois de charpente. L’histoire du droit forestier montre que les forêts sont d’abord gérées par le foncier : elles passent sous propriété de l’État ; puis par les usages : les amendements de 1894, puis l’Indian Forest Act de 1927 définissent et contrôlent les pratiques et les usages au bon vouloir et besoins du gouvernement. Pourtant, ce que nous donne à voir l’évolution du droit forestier dans certains cas plus ou moins spécifiques, est qu’il n’existe pas une prise de pouvoir total de l’État sur les territoires qu’il tente d’administrer, c’est ce que montre l’exemple des Van Panchayat en Uttarakhand dans l’Himalaya (carte 1).

La subjectivation politique des paysans

  • 3 Van signifie forêt en sanskrit et Panchayat signifie assemblée des cinq sages.

17Progressivement, l’administration coloniale britannique a pris le contrôle des ressources forestières afin de satisfaire ses besoins commerciaux, notamment dans le bas et le moyen Himalaya de l’ouest (Sarin, 2001). En à peine trois décennies, l’État a pris le contrôle de la moitié des terres de la région du Kumaon dans l’État de l’Uttarakhand et a imposé des règles de régulations spécifiques et contraignantes. Par exemple, à partir de 1907, le Forest Department décidait de restreindre la récolte du fourrage, le pâturage et la coupe du bois pour protéger les forêts des feux. Ce nouveau régime forestier a eu un impact très négatif sur l’économie locale, notamment sur celle des agropasteurs. À partir de ce moment, une résistance silencieuse a débuté, les villageois commencèrent à enfreindre volontairement les règles fixées par le Forest Department (extraction de produits forestiers non autorisés), mais également à transmettre de fausses informations à propos de leurs usages forestiers aux responsables de la division des forêts (Guha, 1989). Entre 1916 et 1921, des formes de résistance collective ont progressivement émergé. Les villageois kumaonis se sont engagés dans des manifestations et des grèves importantes afin de protester contre l’élargissement du territoire étatique et les restrictions grandissantes concernant les règles d’accès et d’usages des espaces forestiers qui leur étaient imposées. Ces revendications se renforcèrent lors de plusieurs phases de mise à feu des forêts d’État dans divers endroits du Kumaon et du Gharwal, d’abord en 1916 puis en 1921, et enfin en 1930-1931 (Guha, 1 989). Suite aux premières vagues de protestation (1916 et 1921), l’administration britannique céda aux revendications des villageois et mit en place le Kumaon Grievance Committee en 1921 (Agrawal, 2005). Ce comité composé de fonctionnaires de l’État et de leaders politiques locaux mena des enquêtes auprès de plus de 5 000 Kumaonis et montra que beaucoup de lois forestières rentraient en contradiction avec les usages des villageois. Le gouvernement provincial du Kumaon prit en compte ces recommandations (Guha, 1 989) et une lente rétrocession de certains territoires « à faible valeur commerciale » s’amorça, jusqu’en 1931, où les Kumaon Van Panchayat rules ont été inscrites dans l’Indian Forest Act de 1927 et permirent la délimitation des espaces et la création des institutions Van Panchayat3. Voici un moment fondateur où les populations directement touchées par la colonisation intérieure de l’État à travers son administration forestière ont employé l’évitement, la protestation, et autres « armes des faibles » (Scott, 1987) pour résister à ces transformations et au contrôle de l’État (Hölzl, 2018). Dans ce cas précis, c’est bien la population qui vient réclamer et reprendre ses droits face à une institution punitive et disciplinaire qui est dans l’obligation de donner des droits aux populations afin de protéger ses intérêts économiques. Cette lutte pour le territoire marque alors un tournant, à la fois en Inde, mais également dans le monde, du fait de sa précocité en matière de dévolution des pouvoirs pour la gestion de la forêt. Cela fera néanmoins figure d’exception dans le sous-continent, le périmètre de mise en place se limitant à la région du Kumaon dans un premier temps, puis étendu à l’ensemble de l’Uttarakhand. Ce cas précis est intéressant car il est traversé par de multiples contradictions. L’application des délégations de pouvoir inscrites dans des lois nationales dépend bien souvent du niveau local de mobilisation pour faire pression sur l’administration et les élus.

18Aussi, le droit forestier ne peut pas être compris uniquement comme le produit et l’instrument d’une domination de classes, d’une élite politique décidant des lois, des règles, des normes concernant la forêt, pour des personnes et usagers et usagères passives, pris au piège de la loi (Thompson, 2017). En fait, nous postulons ici que le droit forestier est le produit de luttes et négociations sociales autour de la forêt. Il doit donc être considéré comme une arène où des combats de classes et d’intérêts ont lieu, ou tout du moins envisagé que son application et les limites de celle-ci dépendent de rapports de force locaux en constante évolution.

Décentralisation et segmentation des lieux de décision : la forêt au prisme de la libéralisation indienne

19On observe un changement général de la stratégie de contrôle de l’État et de son administration forestière à partir des années 1990, correspondant par là même à la période de la libéralisation indienne. Stéphanie Tawa Lama-Rewal (2018) décrira cette période comme constituée de nouvelles pratiques qui ont en commun d’organiser une interaction directe entre citoyens et autorités publiques autour de la gestion des affaires locales, constituant ensemble la version indienne de la démocratie participative et la dimension participative de la démocratie indienne (Tawa Lama-Rewal, 2018 : 9).

La libéralisation indienne et la décentralisation

20Dès 1985, le Fond Monétaire International (FMI) décide de s’attaquer à la dette de l’État indien alors engagé dans une politique économique socialiste mise en place par Nehru et renforcée par Indira Gandhi. Sous la pression du FMI, le gouvernement de Narasimha Rao procède à une dérégulation de l’économie indienne et amorce son intégration dans l’économie mondiale avec la suppression du Licence Raj (le règne des licences), la dévaluation de la roupie, l’abaissement des barrières douanières, et l’autorisation des investissements étrangers directs dans certains secteurs (Tawa Lama-Rewal, 2018 : 70). Dans cette veine, en 1992, les soixante-treizième et soixante-quatorzième amendements à la Constitution sont adoptés définissant ensemble la nouvelle politique de décentralisation s’inscrivant dans un projet global de modernisation de l’État indien.

  • 4 La place manque ici pour développer ce point. En matière de décentralisation de la gestion dans les (...)

21Selon la Banque Mondiale, la décentralisation est une « dévolution formelle des pouvoirs aux décideurs locaux » (Banque Mondiale, 2000 : 106 in Sundar, 2001). Si on s’en tient à cette définition, la décentralisation consiste pour l’État central à rétrocéder des droits de différentes natures aux communautés ou autres autorités locales qui avaient été auparavant réduits ou supprimés par l’existence même de l’État. La rétrocession des droits a lieu dans un contexte où la gestion par l’État développementaliste ou centralisateur est considérée comme inefficace localement, tandis que la décentralisation permettrait de redonner du pouvoir au local permettant une meilleure réactivité et résilience du fait de la proximité des populations locales à leurs diverses ressources. Entendue ainsi, la décentralisation des pouvoirs pour la gestion des forêts serait garante d’une certaine équité, de justice voire de démocratie. La participation, un des mots-clés des programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI dans le Sud global, devient dès lors très présente dans les discours des leaders politiques indiens, comme pour garantir aux investisseurs étrangers des gages de bonne gouvernance (Tawa Lama-Rewal, 2018). En ce qui concerne spécifiquement la décentralisation de gestion des ressources naturelles, les mécanismes hégémoniques se complexifient et s’apparentent bien plus à un triptyque institutionnel à visée programmatique : de l’État, de l’aide au développement, et de la sphère académique4.

22Ce tournant libéral transforme donc la politique économique de l’ensemble des institutions de l’État, notamment en réduisant le recrutement des fonctionnaires et employés du secteur public. Dans ce contexte, il a donc fallu repenser l’économie de l’IFS, en fait, trouver comment faire des économies sans perdre le contrôle du territoire. On observe un changement ou plutôt un déplacement et certains hauts fonctionnaires de l’administration forestière ont réalisé la difficulté pour l’IFS d’administrer et de protéger un si vaste territoire. Si l’administration du territoire par l’État n’est plus si directe et continue à cette période, il n’y a pourtant pas de perte de contrôle, de délaissement des espaces forestiers. On peut plutôt y voir un nouveau cap, une nouvelle forme de gouvernement : le gouvernement par la décentralisation, c’est-à-dire la cession de certains droits de gestion des forêts villageoises aux populations riveraines, mais une cession. En 1994, le Join Forest Management a été mis en place et propose une gestion conjointe de la forêt par le Forest Department et les populations riveraines. Si le Join Forest Management reconnaît la souveraineté des populations sur leurs ressources dont elles sont les usagères directes, le pouvoir de décision reste aux mains du Forest Department local.

23Dans la même veine, le Forest Right Act de 2006 marque un tournant décisif dans l’histoire de l’administration forestière. Il est le fruit d’une longue campagne de revendications de la part des populations tribales suite à d’innombrables cas de déplacements de populations. L’objectif affiché de cet amendement est de reconnaître que :

24les droits forestiers sur les terres ancestrales et leurs habitats n’ont pas été reconnus de façon adéquate lors de la consolidation des forêts d’État durant la période coloniale autant que durant l’Indépendance, ce qui a créé une injustice historique pour les habitants de la forêt tels que les Scheduled Tribes et les autres habitants traditionnels de la forêt qui sont intégralement dépendant de cette dernière pour leur survie et également les garants de la soutenabilité des écosystèmes forestiers.

25À partir de ce moment, la loi forestière propose une nouvelle codification du rapport d’une population à son environnement. Cette dernière obtient un pouvoir légal sur les forêts environnantes tandis que le pouvoir de l’IFS recule. Cette loi identifie un groupe de personnes, « les Tribaux habitants la forêt et les autres habitants traditionnels de la forêt » en caractérisant leur rapport particulier à la forêt où cette dernière apparaît comme essentielle à leur reproduction et à leur survie. Cette transition admet que la forêt est une condition d’existence sociale pour les populations ciblées (environ 100 millions de personnes), autant que ces populations seraient une condition nécessaire pour une bonne gestion de la ressource environnementale. Le Forest Right Act reconnaît un droit à l’autonomie des populations vivant dans la forêt du fait de leur utilité écologique, et de l’utilité pour la ressource, formulant le socle stratégique d’une politique économique de gestion de l’environnement à moindre coût pour l’État. L’autonomie accordée dépend d’une bonne gestion de la ressource tandis que cette dernière est accordée à condition qu’elle soit responsable et en accord avec les préceptes de l’État.

26Cette déclaration d’autonomisation est d’autant plus paradoxale que la dépendance à la ressource est perçue aujourd’hui comme une pauvreté matérielle et source de précarité. Pourtant, l’autonomie pour les plus dominés consiste parfois à rechercher des relations de dépendance stable et négociable, c’est notamment ce que montre l’anthropologue Ferguson en 2015 dans son ouvrage Give a Man a Fish (Ferguson, 2015). En quoi est-ce de l’autonomie, au-delà d’une autonomie déclarée par l’État ? Quelles sont les tensions entre la normativité du cadre législatif et la forme que l’autonomisation prend localement ? Comme le montrent Scott dans Seeing Like a State (1998) ou encore Chatterjee dans Politic of The Governed (2004), la catégorisation, ici celle des Forest Dwellers, les habitants de la forêt, permet à l’État de fixer les identités de ses sujets par une classification rigoureuse. On retrouve d’ailleurs ici la volonté de standardisation de l’État qui se sert de classifications « traditionnelles » pour imposer une domination moderne qui exacerbe des illusions identitaires (Bayart, 2006). En fait, la classification est une étape obligée de l’État : pour comprendre et agir, il doit simplifier et comme l’évoque Geschiere (1998), cela implique comme résultat une image forcément utilitaire, documentée, statique (et statistique) et agrégée de la réalité, où la norme et l’universel l’emportent sur la précision et le particulier, tout en créant une population et un terrain répondant, à la longue, à ces caractéristiques uniformes et simplifiées.

27Cet intérêt soudain pour des droits des populations locales à gérer leurs forêts apparaît clairement dans le cadre du Join Forest Management ou du Forest Right Act de 2006 à l’échelle nationale, et représente une façon pour l’État de contrôler à moindre coût. Mais il ne faut pas le voir uniquement comme une décision de l’État, de la législation, comme une rétrocession de droits, répondant à ses besoins économiques du moment. En réalité, ces droits ont été réclamés par les populations, pendant des décennies dans le cadre de luttes territoriales depuis la colonisation. Finalement, on peut penser que l’État s’est saisi à un moment donné des réclamations de la population pour répondre à ses besoins économiques.

La libéralisation dans la pratique

28Pour comprendre les formes que la libéralisation de l’administration forestière prend localement et comment cette libéralisation se concrétise et se visibilise dans l’organisation du territoire, nous allons revenir sur une étude de cas d’un village de la région himalayenne de l’Uttarakhand (carte 1). Ce cas d’étude est intéressant car la libéralisation de l’administration forestière par la décentralisation agit sur un système de décentralisation ancien, celui du Van Panchayat mis en place en 1931.

29La forêt Sarmoli est située entre 2 500 et 4 500 m d’altitude dans une région à dominante agricole et rurale, dans le tehsil (subdivision administrative) de Munsiary à quelques kilomètres du bourg principal également appelé Munsiary et où se trouve le baazaar (cartes 1 et 2, photo 2). L’originalité de la vallée du Johar réside dans la part considérable de la surface appropriée et gérée de façon collective par les villageois. Cette surface représente 72 % des terres du bassin-versant de la Gori Ganga (rivière traversant la vallée) dont 65 % sont gérés par les comités villageois Van Panchayat (Virdi et Theophilius, 2007) utilisés quotidiennement par certains groupes de populations, notamment les plus marginalisés. De manière générale, durant le siècle dernier, on remarque un affaiblissement progressif de la dépendance des populations pauvres aux forêts et à leurs ressources à cause de leur exclusion par l’État de ces espaces, et, en conséquence, du fait du recours de plus en plus fréquent au marché du travail précaire, aux programmes sociaux, et même aux acteurs non étatiques engagés dans le champ du « développement ».

Photo 2 – Paysage de Sarmoli

Photo 2 – Paysage de Sarmoli

© Mauve Létang, mars 2018

30À Sarmoli, il y a plusieurs types de territoires forestiers (carte 2). La Reserved Forest de Khalia est gérée exclusivement par l’administration forestière pour le bois commercial et l’observation scientifique, mais certains droits d’usage sont concédés aux populations riveraines. C’est le cas des bergers (photo 3) qui utilisent la forêt à cette altitude entre deux saisons (de février à mai) puisqu’ils sont exclus de manière plus ou moins temporaire de la forêt villageoise du Van Panchayat qui considère leurs pratiques nocives pour la forêt.

Carte 2 – Les différents territoires forestiers de Sarmoli

Carte 2 – Les différents territoires forestiers de Sarmoli

© Mauve Létang, 2018

31Certains droits d’usages ne sont pas concédés directement par le Forest Department mais sont pris par les usagers eux/elles-mêmes à condition de s’arranger directement ou non avec la surveillance du garde forestier. L’autre forme de territoire forestier est le Van Panchayat. Comme nous l’avons évoqué précédemment, ces territoires sont depuis longtemps gouvernés par la décentralisation. Le Van Panchayat de Jainti Sarmoli a une surface de 34 ha et est géré par un comité de gestion villageois élu tous les 5 ans (mais c’est rarement le cas dans les faits), qui se réunit tous les mois et composé de 5 à 9 membres, dont la moitié doit appartenir à la catégorie des femmes ou des Scheduled Castes et Scheduled Tribes.

Photo 3 – Berger de Sarmoli autorisé à faire pâturer son troupeau dans la forêt réservée de Khalia

Photo 3 – Berger de Sarmoli autorisé à faire pâturer son troupeau dans la forêt réservée de Khalia

Le comité Van Panchayat de Sarmoli ne l’autorise plus à utiliser la forêt villageoise et il ne migre plus dans la plaine durant l’hiver. Il doit donc payer des droits d’usage au Forest Department de février à mai pour maintenir son activité en attendant de rejoindre les alpages (bugyal) au mois de mai.

© Mauve Létang, mars 2018

32La période post-indépendance a été témoin d’une série d’amendements au Van Panchayat Act : en 1976, 2001, 2005 et 2012. Chaque amendement diluera d’ailleurs le pouvoir du comité de gestion villageois, bureaucratisant et centralisant le pouvoir de prendre des décisions dans les mains du Forest Department ainsi que du Revenu Department. Par exemple, dans l’amendement initial du Forest Act de 1931, aucun agent de l’État ne pouvait intervenir dans la prise de décision. Pourtant, l’amendement de 1976, a donné la possibilité à un fonctionnaire d’intervenir dans la prise de décision, puis cinq fonctionnaires en 2001. Désormais, et depuis 2005, de nombreux fonctionnaires supervisent le travail du Van Panchayat. De plus, alors que la loi de 1931 donnait le pouvoir au comité de gestion Van Panchayat de dessiner lui-même son budget prévisionnel, ce dernier est depuis l’amendement de 2005 supervisé par le Forest Department. Et ce n’est pas rien. En effet, la collecte des ressources forestières doit être faite dans les limites prévues par le budget prévisionnel, ce qui permet par un moyen détourné, à l’administration forestière de contrôler les usages. Aussi, les Van Panchayat ont été affaiblis dans le temps, et leur pouvoir a été progressivement usurpé par l’administration.

33Quand le temps est venu de mettre en place le Join Forest Management et le Forest Right Act de 2006 à Sarmoli, les dispositifs de l’État ont rencontré la réticence des habitants de la forêt. C’est ce que montrent ces mots de M. V., néorurale de Sarmoli, ancienne Sarpanch (présidente de comité Van Panchayat) de 2003 à 2010 réélue en 2018 :

34À la fin des années 1990 et au début des années 2000, ils ont mis en place le Join Forest Management, mais la différence entre le JFM ici et le JFM dans les autres États est une différence très importante. Dans les autres États, le JFM invite la communauté à venir et à travailler de façon conjointe sur les terres des forêts réservées (reserved forest) qui sont des terres du département des forêts. Ici, le JFM n’a pas permis à la communauté à travailler sur les forêts réservées mais ils ont dit « on va travailler avec vous sur les Van Panchayat »… Mais non merci. On s’occupe de notre Van Panchayat, ne viens pas t’approprier notre forêt et nous dire comment la gérer « conjointement ». Le Forest Department a insisté, au début il a érigé ça en projet, mais les gens n’étaient pas d’accord et donc il a dû changer les règles du Van Panchayat pour en faire des règles similaires à celles du JFM, ce qui signifie qu’à partir de 2005-2006, quand les dernières règles Van Panchayat ont été décidées, et ensuite mises en place par le nouveau gouvernement élu de l’État de l’Uttarakhand (nouvellement indépendant de l’UttarPradesh), cela a donné un important pouvoir au Forest Department, incluant le droit de virer le Sarpanch, élu par les villageois. Cela signifie aussi que le Forest Department a un plan à l’échelle du district et que tous les Van Panchayat doivent suivre ce plan. Le Van Panchayat doit faire un micro-plan tous les 5 ans. Pour nous, 5 ans, c’est rien. Tu vois, quand j’ai été « non élue frauduleusement » comme Sarpanch, et que j’étais en colère à ce moment-là, une femme m’a dit, « pourquoi es-tu en colère ? C’est juste 5 ans, le Van Panchayat est bien plus long et plus important que ça, c’est un parcours bien plus long ». Et c’est vrai, qu’est-ce qu’un micro-plan de 5 ans pour nous ? Ça n’a pas d’importance, on doit penser au long terme, le Van Panchayat, comme une femme du village l’a dit, c’est l’oreiller sur lequel on dort et c’est pour cela que si nous ne protégeons pas l’eau, la forêt, les sols, le village en entier va souffrir. Donc si tu fais un plan pour 5 ans, ça n’a pas de sens. (M. V., femme néorurale de cinquante-huit ans, General Caste, initiatrice du collectif de femmes et ancienne présidente du comité Van Panchayat entre 2003 et 2010, réélue en 2018, mars 2016)

35A.K., entrepreneur politique pour la démocratie écologique radicale, ancien membre de l’IUCN qui se rend tous les ans à Sarmoli pour organiser un festival d’observation d’oiseaux et qui travaille en étroite collaboration avec les néo-ruraux de Sarmoli complétera les informations de M.V. lors de notre rencontre :

36Avant le Forest Department était retissant concernant la mise en place du Join Forest Management, tandis que maintenant, il pousse à sa mise en place car il a réalisé que c’était la seule solution pour lui de garder du pouvoir et se montrer comme promouvant la participation, de se montrer progressiste. Sauf que les gens ici, ne veulent pas du JFM, ils sont très attachés aux Van Panchayat qui leur permettent d’avoir la charge de la gestion des forêts. Les gens considèrent la gestion Van Panchayat bien meilleure que les modalités de gestion du reste de l’Inde, bien mieux que le JFM. Bon… par exemple, avec le Forest Right Act de 2006, les communautés ont un total pouvoir légal sur les forêts tandis que le Forest Department perd du pouvoir. Tout de même, le Van Panchayat, ce n’est pas la même chose que de donner la totalité des pouvoirs à la communauté comme le fait le FRA ! Ce qu’il faudrait faire à mon avis, ce serait de reconnaître tous les Van Panchayat sous le Forest Right Act de 2006. Mais les gens ne veulent pas, ils veulent garder le contrôle. Pourtant, aujourd’hui, beaucoup de groupes se montrent favorables à la mise en place du FRA en Uttarakhand, et M. V (cf. supra) voudrait également faire cela avec la communauté ici. Sauf qu’il y a un gros conflit sur ce point avec le Forest Department ici, car tout l’argent est investi dans le JFM en Uttarakhand, et le FRA est complètement mis de côté, et ce, même si ça reste une loi du gouvernement. Il n’y a pas de soutien administratif ou financier pour le FRA. Par exemple, si une communauté obtient des droits, ensuite elle doit être invitée à souscrire au soutien financier à travers le comité JFM, ou Van Panchayat mais pas le FRA. (A.K., entrepreneur politique et intellectuel reconnu, mai 2016)

37Ces mots montrent bien les stratégies de l’État à multiplier les dispositifs de décentralisation afin que ce panel de choix lui profite en fonction des contextes. On peut alors penser qu’il choisira tel dispositif plutôt qu’un autre pour s’accommoder, en fonction du degré d’intervention et de contrôle dont il aura besoin sur un territoire donné. Pis, il facilite la mise en place d’un dispositif tout en contraignant celle d’un autre par une absence d’accompagnement pour garantir le maintien du contrôle et de la prise de décision.

L’entreprenariat politique et la cooptation des ressources institutionnelles pas les élites

38Un groupe de femmes a pris en charge la gestion du territoire Van Panchayat (photo 4). En 1994, un groupe de néo-ruraux est arrivé de Delhi dans le village de Sarmoli pour s’engager dans le travail social. Après une longue période de travail dans des organismes de développement ou dans des universités, ces personnes ont souhaité gagner en indépendance et en flexibilité. À leur arrivée, elles ont formé une communauté avec des femmes, habitant le village, qui est composée de différentes organisations, ayant des objectifs sociaux et économiques divers : un collectif de femmes (Maati) ; une ONG écologique (Himal Prakriti) ; une entreprise d’écotourisme (Himalayan Ark). À l’origine créée pour combattre les violences domestiques faites aux femmes, Maati a lancé une campagne visant à bannir l’alcool du village (du moins sa production et sa commercialisation) qui fût un succès. Depuis 2003, cette organisation s’est tournée vers des questions d’environnement en se concentrant spécifiquement sur le Van Panchayat du village et son fonctionnement. La leader de Maati a été élue Sarpanch et les autres membres ont rejoint ce comité en 2007. Partant du constat que la forêt demeure un moyen de subsistance utilisé quotidiennement par les femmes et que celles-ci ont moins accès au travail salarié que les hommes, le collectif de femmes a mis en avant cette dimension genrée des pratiques du territoire forestier villageois. En s’intégrant au comité de gestion Van Panchayat, au terme d’un processus très long, Maati a modifié les droits d’accès à la ressource commune. Auparavant seuls les hommes détenaient un droit d’usage nominatif sur les terres collectives bien que celles-ci étaient utilisées de manière non officielle par les femmes. Désormais, les femmes arrivant dans le village de Sarmoli suite à leur mariage, conformément au principe de virilocalité en vigueur, ont un droit officiel d’usage. À partir de cet exemple, et de l’organisation générale de ce collectif, on peut comprendre que la mobilisation et les pratiques sont désormais généralement impulsées par des entrepreneurs politiques qui utilisent les cadres légaux existants pour légitimer leur pouvoir. Ce groupe crée sa légitimité en constituant des groupes sociaux en tant que sujet politique grâce à leur référence à la légalité qui fait d’eux des protecteurs naturels de la forêt, et par là même des habitants dignes de confiance et de bons citoyens méritant d’être dotés de droits d’exploitation sur les ressources.

Photo 4 – À gauche, M. V, néo-rurale membre du collectif Maati et de l’ONG Himal Prakriti dispensant une formation sur les risques environnementaux

Photo 4 – À gauche, M. V, néo-rurale membre du collectif Maati et de l’ONG Himal Prakriti dispensant une formation sur les risques environnementaux

Photo 5 – Réunion du collectif Maati dans le cadre de la formation à l’environnement

Photo 5 – Réunion du collectif Maati dans le cadre de la formation à l’environnement

© Mauve Létang, mars 2016

39En 2004, la Sarpanch a initié un programme d’écotourisme, Himalayan Ark, toujours dans le cadre de la gestion du Van Panchayat. Le projet visait alors à concilier les moyens de subsistances pour les villageois et les femmes en particulier, avec un tourisme durable. Ce programme est destiné à valoriser les savoir-faire assignés au genre féminin comme la cuisine ou la confection des produits textiles issus de la laine. Il offre des opportunités économiques à certaines femmes tout en se basant sur une redistribution du bénéfice à la communauté villageoise puisqu’une partie de celui-ci sert au financement de la gestion du Van Panchayat. Le programme d’écotourisme a permis à ses participantes de devenir les principales sources de revenu monétaire de leur foyer et de valoriser économiquement leurs tâches quotidiennes, satisfaisant ainsi exigences d’autonomie et celles de leurs époux.

ONGisation et Écoféminisation de la gestion de la forêt

40La dimension genrée du rapport à la forêt de ces actrices et acteurs présente quelques limites. Leur approche assigne un rôle aux femmes dans la société et renforce ainsi la distribution traditionnelle des tâches : les femmes restent cantonnées à l’espace domestique (cuisine, accueil, soin d’autrui). Ce projet se fonde avant tout sur certains arguments écofeministes (Mies et Shiva, 1999) qui postulent que les femmes entretiennent une relation particulière et privilégiée à la forêt du fait de leurs interactions quotidiennes avec celle-ci. Il idéalise donc le rapport de dépendance que les femmes entretiennent avec l’environnement (ici représenté par la forêt) sans interroger les questions de fond de la société villageoise, à savoir les origines structurelles, sociales et politiques de la domination de certains groupes sur d’autres.

41Outre cela, s’intéresser de plus près à qui sont les femmes qui participent et à qui ce programme bénéficie, permet d’avoir une meilleure compréhension des processus de sélection. Il n’est pas rare que certaines femmes soient empêchées par leur mari ou leur famille en général, de participer à ces activités. Ensuite, pour installer un homestay dans sa maison, il est nécessaire d’avoir une chambre en plus, des toilettes occidentales, et suffisamment d’argent pour coller aux standards du programme d’écotourisme.

42La seconde intervention de ce groupe sur les politiques locales de gestion de la forêt fait de la ressource commune un appui pour repenser les processus de prise de décision à l’échelle locale, c’est-à-dire l’une des modalités centrales de la vie politique du village. En raison de l’affaiblissement de la gestion officielle depuis 2010, les membres de la communauté sont devenus les principaux gestionnaires du Van Panchayat. Ainsi, la gestion ne s’institutionnalise plus par les réseaux politiques officiels : elle s’informalise. L’un des projets de cette communauté consiste à redéfinir le rôle et la place des citoyens dans la prise de décision politique en passant par l’aménagement d’espaces de discussion, de délibération et de politisation des membres de la communauté comme l’expriment ces mots de T. S. :

La démocratie directe est le chemin à prendre pour le commun d’un petit village. […] Ce n’est pas seulement une méthode démocratique, c’est l’internalisation des valeurs de la démocratie. (T. S., homme néorural de soixante ans, General Caste et membre de l’ONG écologiste, mai 2016)

Ou encore ceux de M. V. :

Quand j’occupais la fonction de sarpanch pour régir des problèmes du village, les décisions étaient toujours discutées démocratiquement avant d’être prises. J’exigeais que les gens lisent les décisions, les commentent et ensuite donnent leur accord ou non, ce qui signifie que je ne leur demandais pas juste d’être présents mais que je leur demandais de participer, de s’engager. C’est bien cela qui est essentiel pour la gestion du commun villageois. (M. V., femme néorurale de cinquante-huit ans, General Caste, initiatrice du collectif de femmes et ancienne présidente du comité Van Panchayat, mars 2016)

43Cette lecture écoféministe de l’environnement fait des femmes le groupe le plus dépendant de la forêt et les place au centre d’un nouveau modèle de développement. L’exemple de Maati nous montre bien la façon dont l’usage des cadres écologiques, pour justifier d’organisations ou mobilisations collectives, redéfinit les bons villageois/citoyens autour de leur usage de la ressource et des représentations qui y sont associées. Il ne faut pas non plus minimiser le rôle des stratégies d’alliance politique visant à accommoder différents groupes en les intégrant à des structures de délibération ou de décision. On observe ainsi en Inde une instrumentalisation récurrente des campagnes de femmes contre l’alcool par les politiciens locaux pour accroître leur influence sur cette partie de la population.

44L’indigénisme autant que l’écoféminisme sont aujourd’hui l’actualisation et l’adaptation d’un répertoire de résistances permettant à certains groupes de défendre leurs intérêts en reprenant des catégories érigées par le triptyque institutionnel de la recherche, des politiques de développement et de l’État. Des catégories ont été créées par l’État, par les programmes de développement, par les chercheurs, et ces catégories sont réutilisées par des groupes ayant un accès favorable aux ressources sociales et politiques institutionnelles, dans le but de se visibiliser, pour mieux se faire entendre, et pour garantir leur intégration à l’État. Comme cela a déjà été développé sur les lexiques et répertoires subalternes, ceux-ci tendent à s’approprier les catégories, valeurs, et terminologies dominantes pour y faire apparaître des clivages mettant en scène leurs intérêts divergents. En se référant à diverses critiques de la théorie de la dépendance (Bayard, 2006 ; Ferguson, 2015 ; Hibou et Bono, 2016), nous postulons ici que les groupes dominants à l’échelle locale et les stratégies collectives cherchent à capter les ressources potentielles – à la fois dans la forme symbolique et dans le contenu – des politiques nationales, des programmes de développement, ou des discours hégémoniques. Il semble en réalité que c’est uniquement lorsque ces différentes formes d’intervention soutiennent les positions dominantes existantes, ou quand elles sont réappropriées par des groupes subalternes et donc remettent la hiérarchie existante en question, qu’elles peuvent influencer le local.

Photo 6 – Festival de la forêt de Sarmoli organisé pour promouvoir le rapport vital et ancien entre les femmes du village et leur forêt

Photo 6 – Festival de la forêt de Sarmoli organisé pour promouvoir le rapport vital et ancien entre les femmes du village et leur forêt

À cette occasion, les femmes revêtent les habits traditionnels bhotias, dansent, vendent des produits artisanaux aux touristes venus pour l’événement.

© Mauve Létang, mai 2016

Conclusion

45La généalogie du droit forestier montre que l’administration forestière est passée d’une volonté de contrôle direct pendant la période coloniale à une forme de contrôle plus discontinue et diffuse mais non moins hégémonique au moment de la libéralisation indienne. C’est une nouvelle forme d’État qui se dessine à l’échelle locale, qui segmente les lieux de pouvoir et qui, par la décentralisation va s’immiscer dans les affaires quotidiennes du village : c’est une forme de gouvernementalité. L’État ne recule pas mais se reformule en mettant en place des dispositifs rationalisés de contrôle budgétaires, en traitant de façon différenciée les territoires en choisissant un programme plutôt qu’un autre, en catégorisant les potentiels bénéficiaires de ces programmes sociaux. Cela engendre notamment l’émergence d’une nouvelle catégorie d’acteurs et d’actrices à l’aise avec le dispositif administratif qui se trouvent alors en position d’intermédiaire entre l’État et les habitants de la forêt. Ces intermédiaires captent les ressources de l’État et décident à qui elles seront redistribuées en fonction de leur système normatif et des catégories de bénéficiaires proposées par l’État (femmes, habitants de la forêt, tribaux).

46Ce qui est dès lors saisissant, ce sont les moyens par lesquels ces représentations et ces discours circulent entre les groupes et les institutions et comment leur mobilisation par les acteurs permet de lire l’évolution des rapports de force autour de l’appropriation et des usages de la forêt. Ce qui est certain, c’est que moins de deux siècles après la colonisation et l’amorce de ces nouvelles formes de gouvernement et d’exploitation des espaces forestiers, les populations ont largement intégré et développé les catégories qu’on leur imposait. S’il ne reste pas grand-chose des forêts indiennes à préserver (en dehors des réserves et parcs), les luttes se poursuivent au quotidien avec l’administration forestière pour maintenir des usages de subsistance non liés à la propriété privée. Pour finir, on peut se demander si ce n’est pas finalement autour de cette question de la propriété et de son application aux marges de l’État, dans ses zones les plus contestées, que se noue le cœur de ces luttes autour des forêts et de leurs usages.

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Bibliographie

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Notes

1 En outre, ces marges nationales ou territoriales sont souvent des lieux où émergent des formes originales de gouvernement et de résistance (puisqu’elles se différencient des « espaces majoritaires »), parfois vues comme des laboratoires sociaux et politiques. Pour cette raison, elles sont de riches exemples pour observer la variété des dynamiques de pouvoirs alimentés par la formation des États modernes.

2 Cette analyse est issue d’un travail de doctorat en cours. Les données proviennent de la littérature grise, et d’un travail de terrain de 17 mois effectué entre 2015 et 2018.

3 Van signifie forêt en sanskrit et Panchayat signifie assemblée des cinq sages.

4 La place manque ici pour développer ce point. En matière de décentralisation de la gestion dans les ressources naturelles dans le Sud Global et de la contribution décisive de l’économie institutionnelle via Elinor Ostrom et l’École de Bloomington à la mise en place du cadre méthodologique du Community Based Management par l’aide au développement, nous vous renvoyons aux articles de Locher, 2016.

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Table des illustrations

Titre Carte 1 – Localisation de la zone d’étude
Crédits © Mauve Létang, 2016
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Titre Photo 1 – Le village de Sarmoli
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Titre Photo 2 – Paysage de Sarmoli
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Titre Carte 2 – Les différents territoires forestiers de Sarmoli
Crédits © Mauve Létang, 2018
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Titre Photo 3 – Berger de Sarmoli autorisé à faire pâturer son troupeau dans la forêt réservée de Khalia
Légende Le comité Van Panchayat de Sarmoli ne l’autorise plus à utiliser la forêt villageoise et il ne migre plus dans la plaine durant l’hiver. Il doit donc payer des droits d’usage au Forest Department de février à mai pour maintenir son activité en attendant de rejoindre les alpages (bugyal) au mois de mai.
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Titre Photo 4 – À gauche, M. V, néo-rurale membre du collectif Maati et de l’ONG Himal Prakriti dispensant une formation sur les risques environnementaux
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Titre Photo 5 – Réunion du collectif Maati dans le cadre de la formation à l’environnement
Crédits © Mauve Létang, mars 2016
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Titre Photo 6 – Festival de la forêt de Sarmoli organisé pour promouvoir le rapport vital et ancien entre les femmes du village et leur forêt
Légende À cette occasion, les femmes revêtent les habits traditionnels bhotias, dansent, vendent des produits artisanaux aux touristes venus pour l’événement.
Crédits © Mauve Létang, mai 2016
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/11163/img-8.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Mauve Létang, « La forêt est un champ de bataille »Les Cahiers d’Outre-Mer, 281 | 2020, 163-190.

Référence électronique

Mauve Létang, « La forêt est un champ de bataille »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 281 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/11163 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.11163

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Auteur

Mauve Létang

Doctorante en géographie, Sorbonne université, UMR 8185 ENEeC et UPR 299 Centre d’Études Himalayennes. Courriel : mauveletang1(at)gmail.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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