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Ouidah (Bénin) : mettre en tourisme la ville du binôme culture vaudou/mémoire de l’esclavage

Jean Rieucau
p. 599-626

Résumés

Ouidah, ville du sud du Bénin, constitue le pôle spirituel principal du pays et la capitale mondiale du vaudou. Port esclavagiste à partir du xviiie siècle, riche d’un patrimoine matériel et immatériel afro-brésilien, la ville ambitionne, grâce au plan stratégique gouvernemental « Bénin Révélé, 2016-2020 », de devenir un site touristique majeur de la mémoire de l’esclavage et de la traite transatlantique en Afrique de l’Ouest.

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Texte intégral

L’auteur remercie plusieurs enseignants-chercheurs, spécialistes du tourisme et du Bénin, pour leurs échanges scientifiques autour de cet article. Noukpo Agossou, professeur de géographie (PTU-CAMES), directeur du Laboratoire d’Aménagement Régional et Développement (LARD), directeur des Éditions Populaires Africaines (ÉPA), directeur de l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel (ISMA), a relu et corrigé les questions traitant de géographie économique et culturelle. Antoine Yves Tohozin, professeur titulaire de géographie humaine et économique (CAMES), Département de Géographie et Aménagement du Territoire, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Université d’Abomey-Calavi, a relu et corrigé les questions traitant des populations, des groupes humains, de la géographie et de l’histoire du Bénin. Bellarmin Codo, Maître-Assistant dans le département d’Histoire et d’Archéologie, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Université d’Abomey-Calavi, a relu et corrigé les questions traitant des périodes historiques, de la construction des bâtiments vernaculaires, coloniaux et religieux, du Bénin. Laurick Zerbini, Maîtresse de conférences en Histoire des Arts d’Afrique subsaharienne, à l’Université Lumière Lyon 2, UMR 5190 (LARHRA), a relu et dialogué sur les questions traitant des religions et de l’architecture religieuse au Bénin.

Introduction

1Selon l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), le Bénin, avec une arrivée de 240 000 visiteurs en 2014, (174 000 touristes en 2004) est la cinquième destination touristique de l’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigeria (4 millions), le Sénégal (1 million), la Ghana (900 000), le Togo (327 000). Le tourisme est la deuxième source de rentrées de devises du Bénin, derrière l’agriculture depuis 2010 (Pitte, 2011).

2Trois destinations ou lieux touristiques majeurs existent au Bénin depuis une vingtaine d’années (Principaud, 2004) : la ville de Ouidah, le site lacustre de Ganvié (bâti sur pilotis au xviiie siècle, sur le plan d’eau lagunaire appelé lac Nokoué) situé au sud-est du pays et le parc de la Pendjari établi dans la partie nord-ouest, au nord de la ville de Natitingou (figure 1).

3La ville touristique de Ouidah, selon la typologie des huit lieux touristiques établie par l’Équipe MIT (Équipe MIT, 2002), constitue une catégorie spécifique, dans laquelle, le lieu est préexistant au tourisme, mais que celui-ci a progressivement investi, dotée d’hébergements, d’une population permanente, de fonctions urbaines variées, autres que celles liées aux activités touristiques. Le site de Ganvié, selon la typologie évoquée, constitue un type de lieu touristique, dans lequel le touriste passe, ne séjourne pas (très faible capacité d’accueil), se contente de visiter les habitations sur pilotis, durant quelques heures. Le parc de la Pendjari constitue une aire protégée, majoritairement vouée au tourisme de safari qui est associé à une activité de chasse sportive.

4La spécialisation thématique de plusieurs sites touristiques béninois, les projets de construction de nouveaux musées, depuis 2016, participent de l’application des préconisations de « Bénin Révélé, 2016-2020 » qui constitue le volet tourisme d’un ambitieux Programme d’Action Gouvernemental (PAG). Celui-ci fait du tourisme une des deux priorités économiques du pays avec l’agriculture et le place au cœur de l’avenir du développement économique du pays.

  • 1 Les enquêtes à Ouidah et dans les villes du sud du Bénin (Grand-Popo, Cotonou, Porto-Novo, Ganvié), (...)
  • 2 L’indépendance est accordée par la France au Dahomey, le 1er août 1960. Le pays sera rebaptisé Béni (...)

5Ouidah1, ville touristique de la République du Bénin2, occupe un site lagunaire, précédé d’un cordon littoral sableux qui borde l’océan Atlantique (Agossou, 2008). La ville est située à 42 kilomètres à l’ouest de Cotonou (figure 1). Elle est peuplée de 162 034 habitants au Recensement Général de la Population (RGPH) de 2013. La cité appartient au triangle historico-culturel Abomey-Ouidah-Porto-Novo (Principaud, op. cit.) (figure 1), composé de trois cités fortement impliquées dans le commerce des esclaves, dotées d’un des plus importants patrimoines architecturaux précolonial d’Afrique subsaharienne. La ville est bien reliée à l’aéroport international de Cotonou et bien connectée par voies terrestres, grâce aux liaisons routières et autoroutières, avec Lomé à l’Ouest, capitale du Togo, ainsi qu’avec Lagos, à l’Est, capitale économique et principale ville du Nigeria.

Figure 1 – Carte de situation du Bénin

Figure 1 – Carte de situation du Bénin

6Ouidah (capitale spirituelle du pays) est une des quatre « capitales » du Bénin, avec Abomey (ancienne capitale du royaume du Danxomè, fondée au xviie siècle), Cotonou (capitale de facto, en tant que principal pôle économique du pays) et Porto-Novo (capitale politique de jure) située à 12 kilomètres du Nigeria. Porto-Novo est la capitale officielle de la République du Bénin, en vertu de la constitution du 12 décembre 1990.

7L’Office de tourisme et les guides touristiques de Ouidah peuvent s’appuyer sur une très importante offre touristique, unique dans le pays. Le passé esclavagiste de cette ville, visible dans ses bâtiments coloniaux, sa fonction religieuse et spirituelle autour de la culture vaudou (temple des Pythons), son patrimoine architectural chrétien afro-brésilien (basilique de l’Immaculée Conception), plusieurs monuments islamiques, la présence de la forêt sacrée de Kpassè Zounmè (nom du roi fondateur de la cité), de plusieurs lagunes, marais, mangroves, salins, confèrent à la ville un vaste patrimoine culturel et naturel, gage d’importantes ressources touristiques (Principaud, op. cit.). Cet important patrimoine est présenté en entrée de ville, au moyen d’un petit portique, sur lequel sont représentées les principales curiosités touristiques de la ville (figure 2).

Figure 2 – L’entrée de ville de Ouidah

Figure 2 – L’entrée de ville de Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018

8Au-delà d’une grande abondance en ressources touristiques, deux aménités touristiques spécifient Ouidah : le patrimoine matériel et immatériel vivant liés à la religion vaudou et des lieux de mémoire de l’esclavage et de la traite transatlantique.

9Le Bénin constitue le berceau historique du vaudou au xviie siècle, à partir duquel il s’est diffusé dans le Nouveau Monde par la traite transatlantique des esclaves. Son importance mondiale, à la différence des autres religions traditionnelles africaines, se fonde sur cette projection outre-mer. Au début du xxie siècle, le vaudou a pour centre national et international la ville de Ouidah. La ville draine, toute l’année, des milliers de visiteurs : pèlerins du vaudou, touristes afro-descendants (Afro-antillais, Afro-brésiliens, Afro-américains), Béninois de la diaspora, touristes internationaux.

10Sur le golfe du Bénin, Ouidah et Lagos, situées sur l’ancienne Côte des Esclaves (régions côtières du Togo, du Bénin et d’une partie du Nigeria côtier), étaient les ports les plus actifs pendant la période esclavagiste. Deux millions d’esclaves furent exilés au départ de ces deux cités portuaires vers les Amériques (Grenouilleau, 2018). Les ports se composaient de comptoirs, le plus souvent installés dans des forts, construits par chaque pays colonisateur.

11Quelles formes, quelle ampleur, le gouvernement du Bénin, doit-il donner à la mémorialisation (Chevalier, 2017) de l’esclavage et de la traite transatlantique ? Pourquoi Ouidah, en dépit de sa richesse patrimoniale, matérielle et immatérielle, autour de la culture vaudou, est-elle spécialisée par le plan stratégique gouvernemental « Bénin Révélé, 2016-2020 », comme pôle central du tourisme mémoriel de l’esclavage au Bénin ? Pourquoi ce plan confère-t-il à la ville l’ambition de devenir une destination majeure du tourisme de mémoire en Afrique de l’Ouest ? Pourquoi Porto-Novo, et non Ouidah, est-elle choisie par le gouvernement béninois, comme pôle national de la culture Orisha-Vaudou ? Pourquoi, la culture vaudou et la mémoire de l’esclavage sont-elles liées par le phénomène des métis afro-brésiliens (présents tant à Ouidah qu’à Porto-Novo), revenus dans les pays du golfe du Bénin ?

12Une première partie traitera de Ouidah comme capitale spirituelle du Bénin et capitale mondiale du vaudou. Un deuxième développement présentera cette ville comme un des lieux majeurs de la mémoire de l’esclavage en Afrique de l’Ouest.

« Bénin Révélé, 2016-2020 »

13Le Président Patrice Talon, en 2016, au début de son quinquennat, présente le PAG, qui concerne tous les domaines économiques du pays. Le programme met en avant deux axes majeurs de création de richesses et d’emplois, dont le tourisme. Du volet tourisme du PAG, dit « Bénin Révélé, 2016-2020 », il ressort que le cœur de la « destination Bénin » s’organisera autour du thème « Histoire et Culture ». Six axes de développement touristique sont actés. Le premier est de faire des parcs nationaux de la Pendjari et du W, situés au nord du pays, des parcs de référence en Afrique de l’Ouest. La situation géopolitique conflictuelle dans les pays africains sahéliens, en particulier au Burkina Faso voisin, rend le parc du W infréquentable par les touristes, et celui de la Pendjari beaucoup moins attractif pour le tourisme de safari. Le second objectif concerne Ouidah, spécialisée dans le tourisme mémoriel de l’esclavage et de la traite transatlantique par « Bénin Révélé, 2016-2020 ». Ce plan prévoit à proximité de la Porte du Non-Retour, le mouillage permanent en mer, de pirogues et d’un bateau négrier dit du Retour. Le troisième point sélectionne la ville de Porto-Novo comme pôle de la culture Orisha-Vaudou (projet de construction du musée international des Arts et de la Civilisation Vaudou-Orisha). Cependant, l’importance de la culture vaudou est telle au Bénin, qu’il est également projeté de créer des routes des couvents vaudou, ainsi que de classer plusieurs places, dites « places vaudou », dans les villes de Ouidah, Porto-Novo, Allada et Abomey. Le quatrième volet retient la cité lacustre de Ganvié, édifiée sur le lac Nokoué (marché flottant, pirogues à rames, à moteur, à voile, église et mosquée sur pilotis), située à 18 km de Cotonou, comme un des sites symboles majeurs du refuge des populations locales face aux razzias esclavagistes. Le point cinq concerne les villes de Abomey et Allada. Dans la ville d’Abomey, haut lieu de l’histoire du Bénin, sera construit le musée thématique d’Abomey, associé au musée des palais royaux, déjà classé par l’Unesco. Le nouveau musée est au cœur de la question de la restitution par la France des collections muséales actuellement enregistrées dans le patrimoine français et exposées dans les musées français. Dans la ville d’Allada, sera édifié, un musée « Toussaint Louverture, l’esclavage, résistance et mémoire ». Enfin, un sixième projet consistera en la construction d’une station balnéaire, aménagée ex nihilo, sur une partie de la route dite « Route des pêches » (longue de 40 km, étirée de Cotonou à Ouidah). Elle sera aménagée entre cocoteraies, zones humides et hauts de plage (Agossou, 2016), sur un cordon littoral sableux, développé en arrière d’une côte marquée par une très forte barre.

14Ce volet tourisme du PAG, qui constitue le premier plan stratégique du pays pour cette activité, donne un cadre d’action pour l’avenir. L’État du Bénin, en 2020, dégage certaines priorités à l’intérieur du domaine tourisme de « Bénin Révélé, 2016-2020 ». Il priorise le second axe concernant Ouidah, dans l’objectif cinq il privilégie la ville d’Abomey et enfin met en avant le point six constitué par la station balnéaire de la « Route des pêches ».

Ouidah, capitale spirituelle du Bénin, capitale mondiale du vaudou

15Les Fon, comme dans la ville d’Abomey, sont très représentés à Ouidah. La langue fon, davantage que le français, est utilisée dans les manifestations culturelles vaudou. Bien que moins prégnante qu’à Porto-Novo, l’architecture des maisons de style afro-brésilien marque la ville de Ouidah. Islam, christianisme et surtout religion vaudou, imprègnent le quotidien des habitants de cette ville. Mosquées, églises, basiliques, temples vaudou marquent et maillent finement l’espace urbain de la cité.

Le peuplement du Bénin

16Plusieurs groupes humains ont fortement imprimé leur marque spatiale sur le pays. Le premier groupe est celui des Adja-Tado, dont la branche la plus importante est celle des Fon (38,4 % de la population du pays), présente au sud-ouest (Abomey, Allada, Ouidah), à l’origine du puissant royaume d’Abomey. Les Gun, très nombreux à Porto-Novo se rattachent à ce groupe. Les Yoruba-Anago sont présents dans la partie sud-est du pays. Ce groupe humain, très anciennement implanté au Bénin, constitue 12,1 % de la population et forme une petite aire culturelle (Agossou, 2008).

17Divers autres groupes, venus à différentes époques, se sont installés : les Bariba, implantés au nord-est, les Bétammaribé ou Bétammariba, dits les Somba, groupe humain longtemps minorisé, installés autour de la chaîne de montagnes de l’Atakora. Ce groupe humain est présumé le peuplement le plus ancien du pays (Agossou, op. cit.), les Peuls appelés aussi Fulbe et Fulani sont présents dans le Nord.

18Le français est la langue officielle du Bénin. Mais, on dénombre 63 parlers en usage, regroupés en 23 langues (Agossou, op. cit.), dont les plus usitées sont : le fon (utilisé dans une grande partie du pays, compte tenu du poids démographique de ce groupe humain), le yoruba, le dendi, le peul, le bariba, le goun (Agossou, op. cit.).

Les Afro-brésiliens

19Les Afro-brésiliens occupent une place particulière parmi les populations afro-descendantes présentes au Bénin. Ils sont également appelés « Agoudas » ou « Brésiliens ». Ce sont des descendants d’anciens esclaves ou d’esclaves affranchis, revenus du Brésil, dès la vague des premières abolitions de l’esclavage. L’esclavage est aboli dans les colonies anglaises en 1883, dans celles de la France en 1848, aux États-Unis en 1868, et seulement en 1894 au Brésil (Pitte, op. cit.). Ces retours commencent dès le début du xviiie siècle et se sont poursuivis jusqu’au début du xxe siècle, d’abord entre Salvador de Bahia et le golfe du Bénin, puis au départ d’autres villes du Brésil. Ces populations revendiquent encore aujourd’hui leurs racines brésiliennes. À l’instar des De Souza, ils descendent de marchands d’esclaves brésiliens ou portugais établis sur la Côte des Esclaves durant toute la période de la traite transatlantique.

20Les « Brésiliens » sont maçons, menuisiers, tailleurs, commerçants (Guran, 2010). La communauté des Afro-brésiliens est présente au Ghana, Togo, Bénin et Nigeria. Les raisons du retour sont la nostalgie du « continent mère », la volonté de revenir parmi les frères (souvent complices de la traite) et de s’imposer socialement, même en devenant à leur tour des vendeurs d’esclaves (Guran, op. cit.).

  • 3 Bien que classées au patrimoine historique béninois, nombre des maisons afro-brésiliennes de Porto- (...)

21Les « Agoudas » ont également importé depuis le Brésil des savoir-faire, des patrimoines immatériels : des danses (capoeira) ; ils ont inspiré de nouvelles coiffures féminines ; ils ont apporté de nouveaux types de tissus et enfin ils ont influencé l’art culinaire. Ces populations issues du Brésil ont également amené leurs techniques de construction des habitations. Ils ont bâti des maisons3 sur plusieurs niveaux, en pisé, dotées d’un premier étage à colonnades et d’une toiture en tôle, à quatre pans.

22Les Afro-brésiliens, catholiques et musulmans, pour l’essentiel, tournent le dos au vaudou polythéiste. Leurs apports aux pays africains du golfe du Bénin sont en premier lieu d’ordre architectural (mosquée centrale de Porto-Novo construite selon les plans d’une cathédrale baroque de Salvador de Bahia au Brésil). À Ouidah, des populations afro-brésiliennes ont construit la basilique de l’Immaculée Conception.

Effervescence et cohabitation religieuse au Bénin

23Le Bénin est un pays profondément religieux. Ses populations déploient un foisonnement de croyances et des pratiques religieuses. Une situation de tolérance religieuse le caractérise. Le pays compte une centaine de confessions (Agossou, 2018), que la Constitution de 1990 garantit, en combinant laïcité de l’État, liberté de pensée, d’expression et de pratique religieuse.

24Un Béninois, selon les moments de la journée, pratique à la fois une des religions du Livre (islam, christianisme) et le culte vaudou (pratiqué surtout la nuit). Un même individu est « pluriappartenant » et « pluripratiquant ». Certains Chrétiens et Musulmans pratiquent leur religion le jour, à la vue de tous et surtout le vendredi pour les uns, le dimanche pour les autres et deviennent pratiquants ou féticheurs vaudou la nuit (Agossou, op. cit.). L’ensemble de ces comportements religieux contribuent à créer une situation d’apaisement religieux dans le pays.

25Il est de ce fait difficile de comptabiliser les pratiquants de chacune des religions, rites et croyances. Le Bénin compterait 43 % de Chrétiens (Agossou, op. cit.) principalement établis au sud (catholiques romains, adeptes de nombreuses églises africaines indépendantes de Rome, dont le Christianisme Céleste, protestants : Baptistes, Évangélistes, Méthodistes). Les Églises spécifiquement africaines, tant catholiques que réformées, sont fréquemment qualifiées de « charismatiques ». Le pays totaliserait 27 % de Musulmans (Agossou, op. cit.), vivant principalement dans le Nord. Le Bénin posséderait 18 % d’adeptes de religions traditionnelles, endogènes issues du terroir national (Agossou, op. cit.). Ces religions (principalement le culte vaudou et le culte orisha) sont regroupées sous la dénomination culture ou culte Orisha-Vaudou. Le culte orisha ou culte des orishas, très proche du culte vaudou, est la religion traditionnelle des Yoruba-Anago. Les orishas sont des divinités afro-américaines, originaires d’Afrique, plus précisément issues des traditions religieuses yoruba. Elles sont vénérées au Bénin et au Nigeria.

26De nombreuses minorités religieuses sont également présentes dans le pays : Mormons, Témoins de Jéhovah, Bahaïs, secte Moon, communautés Rastas. Le mouvement rastafari est né dans les années 1930 en Jamaïque, il est incarné, à la fois par Jésus-Christ et par Haïlé Sélassié (empereur d’Éthiopie de 1930 à 1936, puis de 1941 à 1974) (Tétart, 2015). De petites communautés Rasta sont présentes au sud-ouest du Bénin, dans la ville de Grand-Popo, ainsi que sur la côte togolaise proche.

27Mais, le Bénin est avant tout, dans la vie quotidienne de ses habitants, fortement marqué par le vaudou (figure 3). Ses espaces sacrés rythment les paysages ruraux et urbains (forêts sacrées, autels, temples, couvents pour les initiations, sanctuaires, sites purificatoires, tombeaux, sites funéraires) (figure 4). Nombre d’arbres sont sacrés et sièges de rites (échanges avec les esprits, réception d’offrandes) (Agossou, 2008). Ces lieux cultuels liés au vaudou constituent, en Afrique de l’Ouest, un patrimoine religieux vivant exceptionnel.

Figure 3 – Vivacité de la culture vaudou : une tribune pour accueillir une manifestation, près de la Bouche du Roy, à l’ouest de Ouidah

Figure 3 – Vivacité de la culture vaudou : une tribune pour accueillir une manifestation, près de la Bouche du Roy, à l’ouest de Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 4 – Temple vaudou avec représentations picturales et couvent intérieur, près de la Bouche du Roy, à l’ouest de Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Ouidah et la culture vaudou

28Le terme vodun est le terme utilisé au Bénin, ainsi que par de nombreux anthropologues. Il viendrait des parlers fon et yoruba. Le terme vaudou, que nous utiliserons dans cette étude, est très usité dans la langue française. Il serait une francisation du mot vodoun, terme surtout répandu en Haïti, en Amérique du Nord et en Amérique latine. D’autres orthographes existent : vodou, vodu, vaudoun, vudun.

29Nous utiliserons le terme religion traditionnelle, ou religion endogène, des vocables qui regroupent dans le monde, des croyances dites animistes, naturalistes, chamanistes et seraient pratiquées par 400 millions d’adeptes (Tétart, op. cit.). Ces religions, encore dénommées « animisme » dont le vaudou, dans les ouvrages de sciences humaines (Tétart, op. cit.), se fondent sur le culte des esprits, celui des ancêtres et sur un polythéisme participant des forces de la nature. Elles cohabitent et s’hybrident avec les grands monothéismes. Au Brésil et en Haïti, on parle de syncrétisme brésilien et haïtien qui sont inspirés et pénétrés par la culture et les rites vaudou, conséquence directe de la traite transatlantique des Noirs (Trincq, 2005).

30Cette religion faite d’emprunts au christianisme, contractés aux Amériques par les descendants d’esclaves, reconnaît l’existence de l’Être suprême, créateur de l’univers. Les phénomènes de possession volontaire et provisoire des êtres par les esprits, avec perte de conscience, constituent une caractéristique importante des cérémonies vaudou. Les rites participent de sacrifices d’animaux, d’éléments de sorcellerie, de la croyance aux morts vivants. Les ancêtres sont divinisés. Le vaudou s’appuie sur un panthéon qui renvoie aux forces de la nature (ciel, foudre, arbre, mer). L’animal le plus vénéré est le python. Pour les adeptes de la religion vaudou, la ville de Ouidah est construite sous le signe de Dangbé, le python sacré, divinité protectrice. Dangbé signifie, littéralement, serpent bienfaiteur ou Providence (Agossou, 2008).

31Le vaudou constitue une religion, d’abord diabolisée par les voyageurs, ensuite combattue par les missionnaires chrétiens, plus tard interdite par les colonisateurs, puis enfin interdite par le régime marxiste béninois dans les années 1970. Le caractère du vaudou souvent perçu comme mystérieux, insondable face aux religions universelles, a longtemps dévalorisé cette religion endogène, comme étant une croyance satanique, maléfique (Antilles françaises). Au Bénin, en particulier à Ouidah, aujourd’hui, ce culte endogène fait l’objet d’une renaissance et d’une réappropriation par certains universitaires, hommes et femmes de lettres, responsables politiques. Ceux-ci se mêlent aux dignitaires, aux sages vaudou locaux, aux chefs des temples et couvents, lors de manifestations culturelles de défense de cette religion, revendiquée comme endogène et originelle.

32Le vaudou constitue un patrimoine matériel et immatériel, unique dans l’Afrique subsaharienne. Il constitue bien plus qu’une religion traditionnelle. Il se compose de traditions orales, de rites, de danses, d’une musique (Bertrand Poda, 2010), d’une philosophie, d’une justice. Il s’est diffusé dans le sud du Nigeria, le Bénin méridional, le sud du Togo.

33Chaque année, le 10 janvier, jour férié à travers le Bénin, est célébrée la « Fête nationale des religions endogènes », dans laquelle, tout particulièrement à Ouidah, le rite vaudou (parade des troupes cultuelles et des différents couvents) occupe une place centrale. Cette fête rassemble, d’une part des visiteurs venus du Nouveau Monde, descendants d’esclaves, pour certains adeptes du culte vaudou, d’autre part des pratiquants de cette religion traditionnelle vivant au Togo, au Bénin et au Nigeria et de très nombreux touristes internationaux, non-adeptes du vaudou.

34Le patrimoine matériel vaudou est particulièrement abondant dans la ville de Ouidah, en particulier celui constitué par les temples. Un temple vaudou se compose d’une cour ou péristyle, accessible au public où se déroulent des cérémonies et des sacrifices et d’une petite hutte contenant l’autel et son « esprit », dont l’accès est, lui, interdit au public. Le temple des Pythons à Ouidah (figure 5) abrite quelques dizaines de pythons vivants. Ils sont portés autour du cou, pour servir d’acte de purification, par plusieurs milliers de touristes religieux, issus des Caraïbes, du Brésil, des États-Unis, du Bénin (figure 6), du Togo et du Nigéria. À l’intérieur du temple, existe un cimetière pour ces reptiles. Nul n’a le droit de maltraiter ou de tuer ces serpents inoffensifs. Les pythons sont une espèce en voie de disparition, menacés dans leur habitat par la croissance urbaine, vendus par les populations locales aux marchands béninois ou bien aux trafiquants occidentaux (Agossou, 2008). Le Dangbé est libre de parcourir la ville, une fois par mois. Il contribue à la nettoyer des petits rongeurs, il se nourrit d’œufs. Les habitants ramènent au temple les pythons égarés.

Figure 5 – L’entrée du temple des Pythons à Ouidah

Figure 5 – L’entrée du temple des Pythons à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 6 – Touristes béninois au temple des Pythons à Ouidah

Figure 6 – Touristes béninois au temple des Pythons à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Les édifices religieux comme affirmation des religions dans le paysage urbain de Ouidah

35Au Bénin, les différentes religions présentes dans le pays, tant les religions traditionnelles que celles non issues du terroir africain, en particulier dans les villes, cherchent à affirmer leur présence, leur dynamisme. Pour ce faire, elles choisissent avec soin les emplacements, privilégient la monumentalité, insistent sur la finesse de l’architecture, soignent la qualité des matériaux, de leurs lieux de culte (temples vaudou, églises, basiliques, cathédrales catholiques, temples réformés, mosquées sunnites).

36Ouidah et Porto-Novo s’affirment, dans leur ville respective, par la forte implantation de l’islam et du christianisme (nombre de pratiquants, abondance des lieux de culte). Les deux cités rivalisent à distance, par la taille de leurs basiliques et de leurs mosquées. En effet, les deux plus importants édifices religieux du Bénin, par la taille, sont, d’une part la grande mosquée de Porto-Novo de style afro-brésilien, d’autre part la basilique de l’Immaculée Conception à Ouidah de style jésuite (figure 7), consacrée en mai 1909 (Zerbini, 2019).

37Ouidah, ville du vaudou est également une ville chrétienne. Elle a accueilli la première mission catholique du royaume du Dahomey en 1860 (missions africaines de Lyon). Plus tard au xixe siècle, Ouidah deviendra le point de départ des missions catholiques vers l’intérieur des terres.

38Ouidah est également une ville musulmane (nombreuses mosquées). Si l’islam se diffuse au Bénin vers 1850, d’abord dans la partie sud-est du pays, par le biais du commerce avec le Nigeria, tenu par les Haoussa et les Yoruba, il s’implante également à Ouidah.

39Néanmoins, le paysage religieux urbain de Ouidah juxtapose et oppose avant tout, architecturalement et symboliquement, les lieux de culte vaudou et ceux du christianisme. L’imposante basilique de l’Immaculée Conception à Ouidah est située, en centre-ville, face au temple des Pythons qui constitue un des principaux lieux sacrés vaudou du pays.

40La monumentalité de cet édifice catholique contribue à affirmer, au moyen de sa grande taille, la présence du christianisme, religion coloniale, aux populations africaines adeptes du culte vaudou, aux Musulmans, ainsi qu’aux nombreux Béninois « multipratiquants ». Le paysage cultuel urbain que représente cette basilique participerait d’une conquête des âmes (Zerbini, op. cit.).

41Cette différence de taille des deux édifices religieux, encore au début du xxie siècle, étonne les touristes occidentaux et interpelle les nombreux pèlerins afro-descendants venus d’outre-mer pour se recueillir au temple des Pythons.

42D’autre part, la dénomination des espaces publics par les deux religions (vaudou et catholicisme) renforce ce marquage religieux de l’espace urbain : à la place de l’Immaculée Conception fait face l’esplanade du temple des Pythons.

Figure 7 – La basilique de l’Immaculée Conception à Ouidah

Figure 7 – La basilique de l’Immaculée Conception à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Ouidah, lieu de mémoire de l’esclavage en Afrique de l’Ouest

Mémorialisation et patrimonialisation de l’histoire coloniale

43Le développement du tourisme lié aux thèmes de l’esclavage et de la traite transatlantique, au Bénin, se déroule dans un pays et une société profondément marqués par l’histoire coloniale. Les enjeux patrimoniaux sur la mise en tourisme de ces thématiques mémorielles sont sources de conflits et de débats virulents, entre l’Unesco, l’État béninois et certains historiens et intellectuels du pays.

44Ouidah se trouve au cœur des débats, des controverses et des actions conduites sur la mémorialisation et sur la patrimonialisation de l’esclavage et de la traite (Fort portugais, Place aux enchères, Porte du Non-Retour, Porte du Retour, Arbre de l’Oubli, Arbre du Retour).

45La ville de Ouidah est également concernée par la restitution des œuvres d’art africain. La question de la restitution du patrimoine artistique africain au Bénin participe également de la mémorialisation de l’histoire coloniale. Elle suscite, tant en France que dans ce pays africain, un débat foisonnant et de vives réactions (Pierrat, 2019). Ces objets d’art pillés au titre de butin de guerre, concernent des pièces d’une grande diversité (masques, têtes commémoratives, fétiches, calebasses, cloches, bronzes, statues, statuettes, ivoires, trônes, portes ornées) (Pierrat, op. cit.).

46La patrimonialisation du souvenir de l’esclavagisme à Ouidah est singulière et assez unique en Afrique subsaharienne. En effet, l’originalité du site de la « Route de l’esclave » de Ouidah réside dans le fait qu’entre la ville et la côte, l’art vaudou utilisé dans les statues anthropomorphes qui bordent cet itinéraire (Ciarcia, 2008), s’entremêle avec la mémoire de l’esclavage et de la traite.

47Les guides touristiques qui traitent du Bénin utilisent, pour qualifier le tourisme de la ville de Ouidah, un foisonnement de termes : tourisme de la traite, tourisme de la mémoire, tourisme mémoriel, tourisme des racines, tourisme généalogique. Les lieux mémoriels de l’esclavage à Ouidah reçoivent des touristes internationaux non-africains, africains (Sénégalais, Ivoiriens, Sud-Africains) et des pèlerins afro-descendants découvrant la terre de leurs ancêtres (Brésiliens, Américains, Antillais).

Le tourisme mémoriel de l’esclavage et de la traite transatlantique

48Le tourisme fondé sur la valorisation et la découverte du patrimoine lié à l’esclavage et à la traite (Grenouilleau, 2018) est spécifique, parce qu’il s’appuie sur une histoire douloureuse et sur une mémoire blessée (Chevalier, 2017). Les sociétés africaines subsahariennes, affectées par l’esclavagisme, ressentent un impératif et une demande de justice mémorielle (Chevallier, op. cit.). Au Bénin, ceux-ci concernent la restitution des œuvres d’art aux musées projetés à Abomey et à Porto-Novo, ainsi que la construction et l’ancrage du Bateau du Retour, au large de Ouidah, envisagé par « Bénin Révélé, 2016-2020 ».

49Dans un premier temps, les états procèdent à un classement national de leurs sites témoins de la traite des Africains. Dans un deuxième temps, ils demandent une inscription des lieux de mémoire de l’esclavage à l’Unesco. En Afrique, mis à part l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et le Maroc, principaux bénéficiaires du classement au patrimoine mondial, la majorité de pays font piètre figure dans la mondialisation du patrimoine (Lazzarotti, 2011).

50Dans nombre de pays africains, la mondialisation patrimoniale, sous la férule de l’Unesco, participe d’une opposition entre la souveraineté nationale et la logique de sauvegarde de cette organisation internationale. Ainsi, au Bénin les acteurs internationaux (Haïti, Organisation Mondiale du Tourisme, Union Européenne, Unesco) en 1995, obtiennent l’édification et le classement au patrimoine mondial du Mémorial de la Porte du Non-Retour à Ouidah. De ce classement découle une acquisition mondiale de notoriété et la garantie d’une fréquentation touristique pérenne. À la fois en réaction et en complément, à Ouidah, un acteur privé, fait bâtir, à proximité de ce mémorial, la Porte du Retour et son musée, un établissement important pour les pèlerinages des Afro-descendants. Les mémoriaux, musées et actions mémorielles permettent une appropriation de l’histoire coloniale et le début de la mise en place, par la société béninoise, du processus du devoir de mémoire de l’esclavage et de la traite.

51Les pays concurrents du Bénin, pour le développement du tourisme mémoriel de l’esclavage et de la traite, en Afrique de l’Ouest, sont principalement des pays anglophones. Le monde anglo-saxon envisage le tourisme de mémoire tel un tourisme spécifique, plus sombre, le dark tourism (Lennon, Foley, 2001). Selon ces auteurs, les termes de dark tourism et de thanatourisme caractérisent des mobilités touristiques en lien avec la visite d’un lieu, dont la finalité de la visite permet d’être en contact réel ou idéel avec la mort (Lennon, Foley, op. cit.). Ce développement du dark tourism pose la question des retombés négatives du tourisme de masse (Chevalier, op. cit.), à l’image de la banalisation des « Auschwitz Tours » en Pologne (Knafou, 2012). Plus un site mémoriel, fondé sur une mémoire douloureuse, est visité, plus son message originel peut se diluer, plus il peut se banaliser (Rousso, 2007), plus il est susceptible de s’affaiblir.

52À l’échelle mondiale, le développement d’un tourisme dit « sombre » (Hernandez, 2008) concernerait selon cet auteur, les visites mémorielles en lien avec le souvenir des tragédies, des catastrophes (génocides, déportations, exterminations, emprisonnements, destructions de guerre, catastrophes naturelles, industrielles). Ces mémoires sont fréquemment valorisées et exploitées par le tourisme de masse (Chevalier, op. cit.). À Ouidah, certains lieux mémoriels, la Place aux enchères, les Portes du Retour et du Non-Retour, n’échappent pas à une dérive mercantiliste (vente d’artisanat, de souvenirs) autour de la mémoire de l’esclavagisme.

53Ce tourisme, ces visites des lieux de la mémoire douloureuse, sont complexes. Ils peuvent contribuer à entretenir le drame, ainsi que participer d’une dramatisation de l’histoire. À l’inverse, leur rôle positif n’est pas négligeable. Le tourisme de la mémoire de l’esclavage et de la traite participerait d’une mission éducative, civique, pédagogique, envers les jeunes générations (Chevalier, op. cit.), tout autant qu’il contribuerait à soigner le traumatisme de certains aspects de l’histoire coloniale.

Ouidah, port esclavagiste à partir du xviiie siècle

54Au xvie siècle, commence avec les pays d’Afrique, le commerce de l’ivoire, de l’or et surtout la traite des esclaves (âgés de 16 à 30 ans). La traite des Africains demeure un sujet controversé (Grenouilleau, 2018). La moitié des esclaves furent transportés, depuis les côtes de l’Angola et du Mozambique, jusqu’au Brésil, du début du xvie siècle jusqu’au milieu du xixe siècle, par les Portugais (Coquery-Vidrovitch, 2011).

55En Afrique de l’Ouest, la traite des Africains a eu principalement lieu au Ghana, au Bénin et au Nigeria. Deux villes portuaires, Lagos et Ouidah, concentrent le trafic négrier. Les esclaves sont rassemblés à Abomey, puis menés à Ouidah pour y être vendus, d’où ils étaient embarqués vers Gorée (Sénégal), puis vers îles du Cap Vert, et ensuite acheminés vers le Brésil, les Caraïbes et l’Amérique du Nord. Le dernier bateau esclavagiste quitte le port de Ouidah en 1860 (Grenouilleau 2018).

56Ouidah appelée initialement Gléxwé ou Gléhué, était un simple village pêcheur, fondé au xvie siècle par un souverain de Savè (ville située au sud de Parakou), le roi Kpassè Zounmè. Progressivement, le lieu se développe, grâce à la pêche maritime, au commerce des esclaves, ainsi que du bois d’ébène. Les richesses accumulées à Ouidah attirent d’abord la dynastie Fon (centrée sur la ville d’Abomey), dont l’un des rois conquiert la ville en 1729. Les monarques Fon s’associent aux Européens (Anglais, Français, Portugais), dans le commerce des esclaves.

57Les rois du royaume du Danxomè (aussi appelé royaume d’Abomey) sont contraints par les autorités portugaises de fournir régulièrement des contingents d’esclaves. Pour y parvenir, ils organisent périodiquement des razzias, aux marges de leur territoire, dans des royaumes moins puissants, permettant d’éviter de capturer et de livrer des populations fon de leur propre royaume. Au début du xxie siècle, le souvenir de cette immunité des Fon, face à l’esclavage, demeure fortement ancrée dans la mémoire collective des populations du centre du pays, mais également au sein de celles du sud-est du Bénin. Cette mémoire douloureuse de l’esclavage, touchant inégalement les Béninois, alimente régulièrement des tensions entre les populations locales, dans les régions du centre du pays fortement touchées par les razzias esclavagistes.

58Lorsque les Européens s’établissent sur le site côtier de Ouidah, les ressortissants de chacune des nations coloniales entendent, à leur manière, le terme « huéda », utilisé oralement, par les autochtones, pour désigner le lieu, puis ils l’adaptent à leur langue. Les Portugais en firent « Ajuda », les Anglais « Whyda » et les Français « Ouidah ». La ville sera définitivement nommée Ouidah, après la conquête coloniale française de la cité, en 1892.

59Cette prise de la ville est parachevée par le général français Alfred Amédée Dodds, qui obtient, en 1894, la reddition du roi Béhanzin, dernier monarque du royaume du Dahomey. Ce tournant historique provoque le déclin progressif du port de Ouidah, accentué par la construction du wharf de Cotonou, qui attire, grâce à ses meilleures conditions nautiques, les plus importants navires de commerce.

Les lieux mémoriels de l’esclavage à Ouidah

60Ouidah possède de nombreux lieux de la mémoire de l’esclavage, patrimonialisés ou créés de toute pièce, après l’indépendance en 1960 : Fort portugais, Maison des esclaves, Enclos des esclaves, Fosse commune, Place aux enchères, Porte du Non-Retour, Porte du Retour, Arbre de l’oubli, Arbre du Retour. Ce riche paysage mémoriel fonde une ressource de la mémoire de l’esclavage et de la traite, inégalée par les autres villes du Bénin.

61Du cap des Trois Pointes (situé dans la région occidentale du Ghana) jusqu’à Ouidah, on dénombre 32 forts côtiers (Grenouilleau, op. cit.). Portugais, Anglais, Français, Danois et Hollandais, construisirent des forts à Ouidah. Le Fort portugais (figure 8) est la pièce maîtresse du patrimoine lié à la traite négrière dans la ville. Il abrite le musée d’histoire de la ville de Ouidah, qui conserve des objets témoins de l’esclavage (chaînes, carcans, menottes, fers, entraves de captifs). Il se compose de deux entrepôts pour esclaves, d’un lieu de marquage des captifs et d’une chapelle. Ce bâtiment, nommé fort João Baptista de Ajudá, est construit en 1721, par le capitaine de vaisseau Joseph de Torres, originaire de la région de Bahia, dans le Nordeste brésilien. Seul ce fort subsiste à Ouidah, au début du xxie siècle. Il est en bon état de conservation, grâce à deux restaurations, l’une en 1967, la seconde en 1989, rendues nécessaires en raison de plusieurs incendies, perpétrés par les Portugais eux-mêmes, au cours de l’Histoire, détruisant les archives de plusieurs siècles d’esclavage (du xvie au xixe siècles).

62Le commerce des esclaves se déroulait sur la Place aux enchères ou Place Chacha (figure 9), située devant la résidence de Francisco Felix de Souza. À son avènement, en 1818, le roi Ghézo (1818-1858) délègue à son ami Francisco Felix de Souza, la prérogative de la vente des captifs aux Européens (prisonniers de guerre, victimes de razzias, coupables d’adultères). Ils sont marqués au fer rouge, des initiales de leur acheteur, puis troqués contre des canons, des fusils, des alcools. Ce site majeur de la mémoire de l’esclavage et de la traite à Ouidah reçoit des touristes afro-descendants, africains et des visiteurs internationaux.

63La Porte du Non-Retour (figure 10) est située en bord de mer, sur la plage où attendaient des pirogues chargeant les esclaves vers les navires négriers, empêchés de mouiller à même la côte, en raison de la barre (figure 11). Inaugurée en novembre 1995 par le président Nicéphore Soglo, elle a été réalisée par l’artiste béninois Fortuné Bandeira. Cette porte est un mémorial qui, de facto, participe, à la fois d’un devoir de mémoire de la traite transatlantique, et consécutivement, de la mise en tourisme de ce souvenir douloureux. Cette porte symbolique, édifiée sur la plage sableuse, face à l’océan Atlantique, suscite un attrait à la fois mémoriel et touristique, particulièrement important pour les communautés afro-brésiliennes et afro-américaines, soucieuses de se recueillir sur la terre de leurs ancêtres (Principaud, 2002).

64La Porte du Retour, initiative muséale privée et béninoise, située à quelques centaines de mètres de la Porte du Non-Retour, aménagée en 2004, semble s’opposer à la première porte, inscrite au patrimoine mondial par l’Unesco (Goussanou, 2017). Elle participe du débat, voire de la controverse, en cours chez certains historiens et politiciens, autour du devoir de mémoire, au moyen de la construction de mémoriaux initiés par des organismes internationaux non-béninois. L’installation du bateau du Retour, programmé par « Bénin Révélé, 2016-2020 », devrait entraîner un déplacement de la Porte du Retour et de son musée.

65La majorité des bâtiments coloniaux liés à l’esclavage, sont regroupés dans un itinéraire mémoriel nommé la « Route de l’esclave » de Ouidah. Cette route s’étire, du centre-ville jusqu’à l’océan Atlantique. Ce circuit mémoriel reconstitue le chemin qu’empruntaient les captifs, depuis le centre de la ville jusqu’aux navires négriers, dans lesquels ils étaient embarqués. Longue de 3,5 kilomètres, cette route se décline en plusieurs étapes, dont les principales sont : la Place aux enchères (point de départ du circuit), l’Arbre de l’Oubli, la Fosse commune, l’Arbre du Retour et la Porte du Non-Retour, dernier jalon et point le plus emblématique de l’itinéraire.

66Les principales étapes de cette route se trouvent en centre-ville et en bord de mer. Entre les deux, la route qui s’étire entre Ouidah et la mer est bordée de vingt et une sculptures réalisées par quatre artistes béninois. Ces œuvres d’art évoquent, majoritairement, les emblèmes des souverains d’Abomey ou des divinités vaudou. La sculpture du lion, emblème du roi Glélé (1858-1889) (figure 12) et celle d’un homme à trois têtes tenant un python sacré (figure 13), sont parmi les œuvres les plus singulières. Cet itinéraire mémoriel, lancé en 1994, à la demande de Haïti, avec le soutien de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), avec le jumelage de l’Union Européenne, fait l’objet d’un projet de classement au patrimoine mondial de l’humanité par L’Unesco. Aux abords de ce circuit mémoriel, surtout sur la plage, se sont multipliées structures marchandes, échoppes, étals, pour tirer profit de la fréquentation touristique présente aux différentes étapes.

Figure 8 – Le fort portugais João Baptista de Ajudá abrite le musée d’histoire de la ville de Ouidah

Figure 8 – Le fort portugais João Baptista de Ajudá abrite le musée d’histoire de la ville de Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 9 – La Place aux enchères, point de départ de la « Route de l’esclave » à Ouidah

Figure 9 – La Place aux enchères, point de départ de la « Route de l’esclave » à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 10 – Mémorial de la Porte du Non-Retour à Ouidah

Figure 10 – Mémorial de la Porte du Non-Retour à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 11 – Bas-relief représentant des esclaves enchaînés, embarquant sur un navire négrier, sur le mémorial de la Porte du Non-Retour

Figure 11 – Bas-relief représentant des esclaves enchaînés, embarquant sur un navire négrier, sur le mémorial de la Porte du Non-Retour

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 12 – Sculpture d’un lion, emblème du roi Glèlè, bordant la « Route de l’esclave » à Ouidah

Figure 12 – Sculpture d’un lion, emblème du roi Glèlè, bordant la « Route de l’esclave » à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Figure 13 – Sculpture d’un homme à trois têtes, tenant un python sacré, bordant la « Route de l’esclave », à Ouidah

Figure 13 – Sculpture d’un homme à trois têtes, tenant un python sacré, bordant la « Route de l’esclave », à Ouidah

J. Rieucau, septembre 2018.

Ouidah face à la concurrence africaine dans le tourisme de la mémoire de l’esclavage

67Dans l’Afrique de l’Ouest, existe un flux de « touristes pèlerins », désireux de connaître les lieux où leurs ancêtres ont perdu la liberté (Principaud, 2002). Si la clientèle européenne a représenté pendant des décennies plus de 40 % des arrivées de touristes internationaux, les pays de cette région essayent de capter, à partir des années 2000, une nouvelle clientèle issue des États-Unis, des Antilles et du Brésil (Principaud, op. cit.).

68Le principal pays concurrent du Bénin, sur le segment du marché du tourisme de la mémoire de l’esclavage, est le Ghana. Dans ce pays, sur la Gold Coast ou Côte de l’Or (partie centrale du littoral ghanéen), est évacuée pendant des siècles par voie maritime, la production de mines d’or situées dans l’arrière-pays. La Côte de l’or constitue également une des principales zones de prélèvement et d’acheminement des esclaves vers les Amériques. Les Portugais, avant l’arrivée des Anglais, à partir de 1450, sont les premiers colonisateurs européens à bâtir forts et châteaux, sur les littoraux de l’Afrique de l’Ouest (Grenouilleau, op. cit.). Le principal site contemporain du tourisme de mémoire au Ghana est Cape Coast, un fort côtier, inscrit au patrimoine mondial par l’Unesco, situé à 200 km au sud-ouest de la capitale Accra. Les touristes internationaux et africains peuvent également découvrir, dans cette région, la ville de Elmina, fondée en 1482. Elle fut le premier comptoir européen du golfe de Guinée et abrite le fort côtier le plus ancien de ce littoral. Les leaders politiques états-uniens, Martin Luther King, puis Barack Obama, se sont rendus sur la Gold Coast, ce qui a renforcé la notoriété du Ghana comme principale destination touristique internationale en Afrique de l’Ouest, pour la mémoire de l’esclavage et de la traite transatlantique. Les touristes afro-américains effectuent des circuits de 16 jours, dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest, dont deux jours sont plus particulièrement consacrés au tourisme de mémoire au Ghana (Principaud, op. cit.).

69Sur la façade atlantique de l’Afrique, l’île de Gorée au Sénégal et la « Route des esclaves » en Angola (soutenue par le Portugal) constituent deux autres destinations concurrentes des sites mémoriels de l’esclavage et de la traite, que sont les villes de Ouidah et de Porto-Novo, au Bénin.

70L’Unesco accompagne le développement du tourisme mémoriel de l’esclavage, en déclarant sites patrimoniaux, différents lieux liés à la traite négrière : quelques forts africains (au Ghana, au Sénégal, au Mozambique, au Bénin, à la Réunion, en Tanzanie), ainsi que des lieux de débarquement des esclaves situés outre-mer (en Haïti, au Brésil, en République dominicaine), eux aussi symboles de la traite des esclaves africains et des routes maritimes transatlantiques (Magnani, 2014). D’autre part, afin de protéger les lieux du trafic négrier, l’Unesco a mis en place, à partir de 1994, un itinéraire touristique intercontinental, implanté tant en Afrique que dans les Amériques, dénommé « Route des esclaves » (Magnani, op. cit.), qui met en valeur le patrimoine architectural et culturel de la traite esclavagiste.

Conclusion

71Deux villes, Ouidah et Porto-Novo, se disputent au Bénin, le patrimoine de la culture vaudou et la mémoire de l’esclavage et de la traite transatlantique des Africains. Ces deux cités possèdent un patrimoine historique, culturel, et des ressources touristiques induites, qui sont, à la fois croisées, complémentaires, mais aussi fortement concurrentes. Les deux villes ont en commun une forte empreinte de l’architecture portugaise, un quartier colonial singulier à l’architecture variée, un patrimoine esclavagiste, la culture Orisha-Vaudou, de nombreuses églises, cathédrales et des mosquées, tant d’architectures africaines qu’afro-brésiliennes. Chaque cité se revendique comme le cœur de la culture afro-brésilienne au Bénin, Ouidah s’affichant même comme « Ouidah la « brésilienne ».

72La décision gouvernementale, contenue dans le programme de développement du tourisme « Bénin Révélé, 2016-2020 », de spécialiser Porto-Novo dans la culture Orisha-Vaudou et Ouidah dans le tourisme mémoriel de l’esclavage et de la traite, répond à plusieurs logiques. Indépendamment des décisions politiques, le choix de spécialisation de Porto-Novo peut se fonder sur une importante cohérence humaine, religieuse et culturelle. Les cultes vaudou et apparentés ou culture Orisha-Vaudou, présents dans la capitale du Bénin, participent de l’existence d’une plus grande diversité ethno-religieuse que celle présente à Ouidah (culte vaudou stricto sensu). D’autre part, Porto-Novo fait judicieusement le lien entre les différentes cultures qui composent l’important groupe humain des Adja-Tado. Ce groupe rassemble à la fois les populations de Ouidah, les Fon implantés à Abomey, les populations et la culture yoruba, très présentes dans la capitale politique et dans le sud-est du pays. Enfin, les Gun (également originaires de la région de Abomey-Allada), rattachés au groupe des Adja-Tado, sont nombreux à Porto-Novo et pratiquent aussi le culte Orisha-Vodou. Ainsi, plusieurs groupes humains à fondement ethno-religieux, participant de la culture et du culte Orisha-Vodou, originaires du sud du pays, sont davantage représentés à Porto-Novo, plutôt qu’à Ouidah.

73Si Porto-Novo peut se prévaloir d’une richesse architecturale et d’une activité muséale uniques au Bénin, par contre, Ouidah, grâce à son patrimoine culturel et naturel, est la ville qui possède la ressource et potentiellement l’offre touristique, les plus diversifiées du pays.

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Notes

1 Les enquêtes à Ouidah et dans les villes du sud du Bénin (Grand-Popo, Cotonou, Porto-Novo, Ganvié), ont été faites en septembre et octobre 2018, dans le cadre d’une première mission financée par l’Agence Universitaire de la Francophonie. Une deuxième mission, soutenue par l’Université Lumière Lyon 2, s’est déroulée en juillet 2019, à Ouidah, Abomey, Porto-Novo, Cotonou.

2 L’indépendance est accordée par la France au Dahomey, le 1er août 1960. Le pays sera rebaptisé Bénin en 1975. L’actuelle République du Bénin, d’une superficie de 114 763 km2, avec une population de 10,4 millions d’habitants en 2013 (RGPH, 2013), est membre de la CÉDÉAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et de la zone du franc CFA (Communauté Financière en Afrique). Le pays est un PMA (Pays le Moins Avancé), classé pour son IDH (Indice de Développement Humain) au 166e rang mondial sur 188 pays.

3 Bien que classées au patrimoine historique béninois, nombre des maisons afro-brésiliennes de Porto-Novo (quartier de Oganla) sont occupées par des populations pauvres, sans titre de propriété, ou bien détruites et remplacées par des pharmacies, des établissements de restauration rapide, ou des maisons neuves appartenant à des habitants rapidement enrichis.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Carte de situation du Bénin
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10733/img-1.png
Fichier image/png, 216k
Titre Figure 2 – L’entrée de ville de Ouidah
Crédits J. Rieucau, septembre 2018
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Titre Figure 3 – Vivacité de la culture vaudou : une tribune pour accueillir une manifestation, près de la Bouche du Roy, à l’ouest de Ouidah
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Titre Figure 5 – L’entrée du temple des Pythons à Ouidah
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Titre Figure 6 – Touristes béninois au temple des Pythons à Ouidah
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Titre Figure 7 – La basilique de l’Immaculée Conception à Ouidah
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Titre Figure 8 – Le fort portugais João Baptista de Ajudá abrite le musée d’histoire de la ville de Ouidah
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Titre Figure 9 – La Place aux enchères, point de départ de la « Route de l’esclave » à Ouidah
Crédits J. Rieucau, septembre 2018.
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Titre Figure 10 – Mémorial de la Porte du Non-Retour à Ouidah
Crédits J. Rieucau, septembre 2018.
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Titre Figure 11 – Bas-relief représentant des esclaves enchaînés, embarquant sur un navire négrier, sur le mémorial de la Porte du Non-Retour
Crédits J. Rieucau, septembre 2018.
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Titre Figure 12 – Sculpture d’un lion, emblème du roi Glèlè, bordant la « Route de l’esclave » à Ouidah
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Titre Figure 13 – Sculpture d’un homme à trois têtes, tenant un python sacré, bordant la « Route de l’esclave », à Ouidah
Crédits J. Rieucau, septembre 2018.
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Pour citer cet article

Référence papier

Jean Rieucau, « Ouidah (Bénin) : mettre en tourisme la ville du binôme culture vaudou/mémoire de l’esclavage »Les Cahiers d’Outre-Mer, 280 | 2019, 599-626.

Référence électronique

Jean Rieucau, « Ouidah (Bénin) : mettre en tourisme la ville du binôme culture vaudou/mémoire de l’esclavage »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 280 | Juillet-Décembre, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/10733 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.10733

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Auteur

Jean Rieucau

Professeur émérite (géographie), Université de Lyon, Lumière Lyon 2. UMR 5600 (CNRS) Environnement, Ville, Société. Courriel : jean.rieucau(at)orange.fr

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