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DOSSIER

De ville moyenne à ville intermédiaire : les dynamiques de Jacmel et son positionnement en Haïti

Abigaïl-Laure Kern
p. 267-288

Résumés

Alors que la population mondiale est aujourd’hui majoritairement urbaine, les villes dites moyennes sont longtemps restées à l’écart de la recherche et des politiques publiques qui se sont heurtées à des difficultés de définition pour ces « villes de l’entre-deux », encore plus pour celles situées dans les pays du Sud et ce malgré le récent tournant des études dites post-coloniales. Le concept d’intermédiation grâce à une approche dynamique et qualitative des problématiques urbaines pourrait permettre une meilleure appréhension des réalités sociale et économique ainsi que des besoins spécifiques de ces villes du Sud. Ainsi, en Haïti, l’analyse de la ville de Jacmel en tant que ville intermédiaire révèle comment cet outil est un moyen de mettre à jour les particularismes propres à la ville, son « urbanité partagée », les demandes de ses habitants, les risques auxquels elle doit faire face mais aussi son positionnement sur la scène nationale urbaine haïtienne et ses axes de développement potentiels.

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Notes de l’auteur

Illustrations : Raphaël Châtelet, MSc. arch., rchatelet@hotmail.com

Texte intégral

Introduction

1L’hypothèse de H. Lefebvre qui, en 1970, envisageait dans la Révolution urbaine une urbanisation totale de la planète semble se vérifier alors que depuis plus d’une décennie la population mondiale vit désormais majoritairement dans les villes. Ce phénomène de concentration du peuplement en milieu urbain est consécutif à l’existence de villes très peuplées qui continuent à croître mais contrairement à un mythe souvent véhiculé (Damon, 2011), si un huitième de la population urbaine vit dans des mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants, un urbain sur cinq vit aujourd’hui dans des villes de moins de 500 000 habitants et il est prévu que ces établissements humains abritent plus de 50 % de la population mondiale en 2030 (Un Habitat, 2012 ; Hommann et al. 2019).

2Or, au sein des études urbaines, le champ des villes situées le long du continuum urbain, les villes petites et moyennes, cet « objet réel non identifié » (Brunet, 1997), ont d’abord été étudiés dans le cadre des travaux sur les hiérarchies urbaines (Pumain, 2003), leur attribuant un rang moyen et donc un qualificatif, villes « moyennes » ou « secondaires ». L’étude de ces villes s’est d’abord inscrite dans les travaux sur les schémas généraux de compréhension d’urbanisation partant des métropoles (Bretagnolles, 2005 ; Bell et Jayne, 2009). Toutefois, l’évolution de cet ensemble de villes au sein de contextes fortement hétérogènes ne peut être analysée seulement à partir des schémas liés aux très grandes villes si l’on souhaite comprendre les spécificités de développement propres à chacune (Demazière, 2017).

3Le concept d’intermédiation permet d’appréhender cette réalité en élargissant « la vision simple de la hiérarchie urbaine telle que l’on la perçoit habituellement – métropoles, villes moyennes, villes petites. » (Nadou, 2010, p. 2) en incluant différents critères qualitatifs pour favoriser une approche systémique. Dans une géographie désormais mondialisée, l’intermédiation pourrait ainsi être à même de favoriser la reconnaissance de la diversité des situations de ces villes dites moyennes pour apprendre d’elles en produisant de « new geographies of theory » (Roy, 2005), surtout dans les pays du Sud où ces villes sont particulièrement délaissées par les pouvoirs publics et la recherche alors qu’elles sont caractérisées par des systèmes fortement informels pour lesquels peu de données existent. En effet, les activités informelles, pratiquées hors de tout cadre réglementaire et institutionnel et relevant généralement du secteur économique, sont fortement imbriquées dans l’ordre social (Portes et al., 1984) comme cela est le cas dans le champ urbain où l’informel est une catégorie éminemment politique (Roy, 2005).

4À la faveur du « Southern turn » (Mc Farlane, 2008), l’adaptation des dimensions d’intermédiation à une ville moyenne haïtienne, Jacmel, combinée à d’autres approches méthodologiques telles que l’urbanité partagée (Hilgers, 2009) s’avère être une véritable grille de lecture à la fois pour révéler les particularismes propres à la ville de Jacmel mais aussi pour actualiser les grandes tendances de la scène urbaine en Haïti ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de recherche-action.

Des villes moyennes et secondaires aux villes intermédiaires

La difficile appréhension des villes dites moyennes au Nord comme au Sud

5L’étude des processus historiques de création des villes et leurs implications sur les formes et tailles des villes actuelles ont montré que le décalage entre les transitions urbaines et démographiques, ainsi que la mise en relations des systèmes à des stades d’urbanisation différente, expliquent les actuels multiples systèmes d’organisation de villes (Bretagnolles et al., 2007 ; Moriconi-Ebrard, 1993 ; Pumain, 1997). Or, l’urbanisation croissante des dernières décennies doublée du processus de mondialisation accentue ce processus séculaire de hiérarchisation des villes. Cette contrainte pesant lourdement sur les villes petites et moyenne a nécessité l’intervention des pouvoirs publics pour faire face à ces inégalités de croissance, comme en France, par le moyen des politiques volontaristes des années 1960, avec l’accent mis sur une approche par territoire. La notion de « ville moyenne » renvoie donc d’abord à une catégorie assez floue des politiques d’aménagement du territoire (Béhar, 2010) plutôt qu’à un objet défini de la géographie humaine ou de l’économie territoriale.

6Face au manque de définition des villes moyennes (Bolay et Kern, 2019), la donnée démographique est souvent le premier moyen d’avoir des connaissances sur ces villes mais « il existe presque autant de seuils que de chercheurs, d’organismes nationaux et internationaux chargés de collecter et de traiter des données sur ces villes » (Demazière, 2017, p. 7). Outre la densité et l’étalement de ces établissements humains qui peuvent varier fortement d’un contexte à un autre, les critères de détermination d’une ville changent également selon l’organisation administrative de chaque pays (Santamaria, 2000) et selon les territoires (Benko et Pecqueur, 2001 ; Kosiansky, 2011). La taille démographique des villes est donc un critère qu’il faut manier de façon non stricte pour identifier les villes moyennes (Desmarais, 1984).

7L’extrême hétérogénéité de ces villes selon les contextes rendant leur étude difficile, elles peuvent être perçues dès lors comme « un objet probablement plus difficile à analyser que les métropoles » (Carrier et Demazière, 2012). En effet, les positions géographiques, les trajectoires historiques, les caractéristiques économiques et sociales de ces villes sont autant de critères de distinction auxquels se sont heurtées les tentatives de définition ou de typologie. De façon encore plus marquée au Sud, ces villes, malgré leur importance, restent encore comme en Afrique « un parent pauvre de la littérature » (Hilgers, 2009, p. 68). Une certaine idée d’atonie (Bertrand et Dubresson, 1997) a longtemps prévalu : les cités africaines petites et moyennes étaient seulement considérées comme les échelons inférieurs au bas des armatures urbaines pyramidales. Or, ces dernières années, les études urbaines dites post-coloniales ont donné lieu à un ensemble de travaux qui a profondément modifié la vision actuelle des villes en plaidant pour la reconnaissance de la diversité de leurs situations et ce, grâce au regard porté depuis les pays du Sud. Ainsi, la mondialisation n’a pas eu finalement que des conséquences sur un petit nombre de mégalopoles, les transformant en villes globales mais également sur d’autres villes, dont le rôle de lien entre les réseaux mondiaux et leur environnement géographique a créé de nouvelles « géographies de la centralité » (Sassen, 2001). Les villes de taille moindre ont ainsi vu leur rôle évoluer avec l’avènement de la globalisation, devenant ces espaces de la mondialisation discrète (Choplin et Pliez, 2018).

L’importance croissante des villes moyennes au Sud en termes de lutte contre la pauvreté

8Malgré leur nombre croissant en termes d’habitants et la revalorisation de leur rôle, depuis plus de 20 ans et le Sommet mondial des villes Habitat II en 1996, les villes moyennes dans les pays en développement et émergents ne sont que rarement des priorités pour les politiques publiques nationales et internationales. Or, il apparaît au niveau mondial que les taux de pauvreté les plus élevés ne se trouvent pas dans les plus grandes villes (Banque Mondiale, 2013). La mise en évidence d’un « poverty-size radient » a montré le lien entre taux de pauvreté et taille de la ville dans plusieurs pays en développement (Ferré et al., 2012) : la pauvreté urbaine est clairement moins importante dans les plus grandes villes. Ces villes petites et moyennes présentent aussi un substantiel déficit en termes de services publics de base, le coût par habitant des infrastructures y étant beaucoup plus élevé que dans les métropoles (Homman et al., 2019). Enfin, ces villes sont souvent caractérisées par un manque de ressources financières et humaines, conséquence des politiques de décentralisation des dernières décennies qui n’ont généralement pas été accompagnées par des moyens adéquats (UN Habitat, 2009).

9Il y aurait cependant un réel intérêt à travailler dans ces villes en termes de lutte contre la pauvreté entre autres en raison d’un coût de la vie moins important que dans les grandes villes (Kern et al., 2016). De plus, les acteurs de ces villes du Sud auraient le temps de faire face à la demande des habitants et aux besoins en termes d’infrastructures et de services avant que le déficit ne soit trop important pour être comblé (Cohen, 2006), avec un impact au niveau local mais aussi dans l’hinterland rural (Kern et al., 2016). Parmi leurs atouts, les villes secondaires seraient des centres d’apprentissage privilégiés de la vie démocratique offrant un lieu d’initiation à la politique, appelant à les replacer au centre de l’agenda, de recherche comme politique : small cities, big agenda (Bell et Jayne, 2009). D’autant plus que redéfinir les villes par les flux (Castells, 2001) « s’ajoute plutôt qu’elle ne se substitue à l’ancienne vision de la ville, espace de centralité pour les individus, les fonctions, les symboles » (Carrier et Demazière, ibid., p. 141). L’étude des villes moyennes serait donc un moyen de mettre en exergue la permanence d’un niveau quotidien qui continue à coexister avec les effets des flux et des réseaux propres aux changements de gouvernance et à la mondialisation, et ce en examinant les pratiques locales mais aussi les identités et les degrés d’autonomie (Choplin et Pliez, 2018).

De la ville moyenne à la ville intermédiaire

10La médiation comme la centralité et la différence fait partie de la ville (Lefebvre, 1970) : l’urbain est à un niveau spécifique, un ordre de la réalité sociale qui est un niveau intermédiaire, « entre le niveau privé, l’ordre proche, le quotidien et l’habitat d’une part, et le niveau global, l’ordre lointain, le marché mondial, l’État, le savoir, les institutions et les idéologies d’autre part. » (Diener et al. 2006, p. 166). L’urbain sert donc de relais, de médiation mais aussi de lieu de transmission entre le niveau global et le niveau privé : cette position intermédiaire de l’urbain est ainsi déterminante. Or, le qualificatif d’intermédiaire (Lacour et Puissant, 2007) est souvent utilisé pour caractériser les villes moyennes, situées entre le local et le global, « villes de l’entre-deux : villes moyennes et villes intermédiaires » (Commerçon et George, 1999) marquées par une époque et une position charnière entre les grandes agglomérations et les espaces ruraux organisés autour des petites villes et des bourgs. La notion de ville intermédiaire est reconnue dans la majeure partie des pays européens (Llop et Guardiola, 2012). Mais les mêmes critiques faites aux villes moyennes se retrouvent lorsqu’elles sont qualifiées d’intermédiaires, un concept qui, pour beaucoup, n’est pas stabilisé n’admettant aucun calibrage à portée universelle (Charbonneau et al. 2003).

  • 1 Besides the statistical parameter, the concept needs a model that combines economic, social and te (...)

11La différence résiderait donc dans l’approche utilisée pour qualifier ces types de villes dans le continuum urbain : soit par une approche statique, liée aux seuils différents selon les pays et leurs organisations administratives, soit par une approche plus dynamique, comme l’intermédiation, et plus largement par leurs fonctions. Au vu de la difficulté des visions en termes d’échelles, ces deux approches sont généralement combinées avec des critères additionnels visant une approche plus qualitative des problématiques urbaines que peuvent rencontrer ces villes. Au point que, selon certains, les qualificatifs de moyen ou de petit pourraient être abandonnés au profit d’un modèle qui prendrait en compte cette position d’entre-deux de ces villes (Saint-Julien, 2011)1, ce que l’intermédiation pourrait être.

Les critères d’intermédiation et l’urbanité partagée comme outils

  • 2 Sur cette base, les auteurs donnent des typologies urbaines aux villes moyennes au nombre de 11 : M (...)

12Dans les pays dits du Sud, trois critères de définition de la ville intermédiaire paraissent déterminants pour rendre compte des dynamiques de développement au-delà du critère statique du nombre d’habitants : l’évolution démographique, l’offre en services, équipements et activités à la collectivité et la localisation territoriale de la ville intermédiaire. Par ailleurs, trois échelles entrent en considération dans la représentation des villes intermédiaires : l’échelle locale et régionale, nationale, et internationale (Bolay et Rabinovich, 2004). En combinant cette typologie2 avec celle sur la dimension spatiale de ces villes, Nadou (2010) propose trois types de villes intermédiaires : influencées, satellisées et éloignées.

13L’intermédiation tend à porter l’accent sur les ouvertures et les interactions vécues entre les acteurs de la ville concernée et leurs partenaires externes, selon différents critères (Bolay et al., 2004 ; Nadou, 2010) qui ont été adaptés ici aux contextes des villes du Sud :

Critère de base

1. Démographie et limites administratives

Critères structurants

2. Économie

3. Institutions

4. Services en réseaux

5. Services essentiels

Critères transversaux

6. Environnement

7. Connexion et accessibilité

8. Culture et tourisme

  • 3 Ces entretiens de nature mixte, incluant des parties exploratoires, semi structurées et structurées (...)

14Grâce à cette approche combinée en termes de dimensions, l’intermédiation semble être un outil à même de mettre à jour les spécificités de villes moyennes mais aussi les éléments de cohérence communs à un système de villes. Dans le cadre d’une analyse par théorisation ancrée, Grounded theory (Glaser et Strauss, 1967), portant sur une étude de cas multiples de plusieurs villes haïtiennes, plus d’une trentaine d’entretiens ont été réalisés auprès d’autorités locales, de représentants d’autorités nationales et de la société civile de Jacmel ainsi qu’auprès d’acteurs internationaux actifs dans la ville3. Les entretiens effectués auprès des édiles locaux ont permis une enquête dite par représentation (Blanchet et Gotman, 2010) basées sur les critères d’intermédiation grâce des graphiques de types perceptifs inspirés du diagramme de Kiviat, en étoile, permettant de représenter sur un plan au moins trois ensembles de données.

15L’intermédiation permettant de mettre à jour une certaine forme d’urbanité définie en géographie en tant que combinaison multidimensionnelle de densité et de diversité (Lévy et Lussaut, 2013), ces enquêtes ont contribué à révéler une urbanité dite partagée, notion empruntée à l’ethnologie. L’urbanité partagée vise à rendre compte de trois représentations récurrentes qui se sont imposées au travers d’études ethnologiques « aux populations locales comme des thèmes obsessionnels revenant sous différentes modalités […] : l’urbanité, l’autochtonie et la réputation de la ville » (Hilgers, 2009, p. 11). L’urbanité partagée indique comment ces trois types de représentation « fonctionnent comme des éléments qui forcent chaque habitant ou chaque groupe d’habitants à se positionner sur la scène urbaine. C’est par ce mécanisme que les groupes de population qui composent la ville l’intègrent » (Hilgers, ibid.). Ces éléments combinés permettent une approche systémique (Morin, 1976) dont une des composantes est la dimension historique.

Figure 1 – L’enquête par représentation

Figure 1 – L’enquête par représentation

Jacmel, une ville intermédiaire haïtienne

Une ville moyenne au riche passé

16La ville haïtienne, si elle existe dans les faits, n’a aucune existence en droit : la référence à la ville est quasiment inexistante dans les différentes constitutions adoptées depuis 1801 et dans la Constitution de 1987, il n’en est fait mention que pour désigner la capitale, Port-au-Prince (Oriol et al., 1995 ; Tribouillard, 2016). Les villes moyennes et petites, généralement peu développées physiquement, se trouvaient positionnées dans une section communale, ou au point d’intersection de plusieurs sections communales et ont souvent eu pour origine une agglomération développée autour d’un marché public, élevé au rang de quartier, puis à celui de chef-lieu de commune (Lhérisson, 2015).

  • 4 « Art populaire, art traditionnel, art inné, art académique, qu’il soit peintre ou artisanat, rara (...)

17Yaquimel, ancien territoire des indiens tainos dont elle tire son nom, la ville de Jacmel est bâtie au fond d’un vaste golfe de la mer des Caraïbes, sur la côte Sud-Ouest du pays. 19e ville du pays en termes de population, elle est cependant, pour de nombreux Haïtiens, la capitale culturelle de l’île, forte d’un patrimoine matériel et immatériel important4.

18Jacmel est en effet une ville de province qui a une histoire particulièrement illustrative de la structuration du territoire haïtien. Fondée en 1698 par la Compagnie maritime de Saint-Domingue, la ville a eu pour surnom la « Cité d’Alcibiade Pomeyrac », architecte et entrepreneur dont le nom est associé à l’édification de nombreux bâtiments publics témoignant de la prospérité que connut la ville durant tout le xixe siècle, seul port des Caraïbes ouvert sur les pays occidentaux. Le 19 septembre 1896, un terrible incendie ravage la ville, seule la rue du Commerce, anbalavil, est en partie épargnée (Davoigneau et al., 2016). La crise de 1929 et l’effondrement des cours du café ont définitivement marqué la fin de la grandeur de la ville ainsi que sa mise en sommeil durant les trente années de dictature duvaliériste. Pour réduire la menace que représentait l’élite rurale, le dictateur décida de fermer les ports de province au commerce extérieur et d’obliger les marchandises expédiées de ces ports à transiter par la capitale (Gros, 2011), renforçant de facto la centralisation amorcée durant l’occupation américaine entre 1915 et 1934. Ainsi, durant la deuxième moitié du xxe siècle, peu à peu « Jacmel, en dépit de quelques sursauts, baisse lamentablement, même nous qui y vivons, la chose nous est sensible, aujourd’hui plus qu’hier, et demain nous le sentirons plus qu’aujourd’hui » (Lauture, 1955, p. 7).

Figure 2 – Fiche d’identité de Jacmel et limites administratives

Figure 2 – Fiche d’identité de Jacmel et limites administratives

Figure 3 – Typologie du bâti à Jacmel

Figure 3 – Typologie du bâti à Jacmel
  • 5 L’Institut de sauvegarde du patrimoine national dresse un triste décompte de l’impact du séisme sur (...)

19Néanmoins, Jacmel est une des rares villes haïtiennes ayant conservé les traces de ce passé historique d’un point de vue architectural et un rayonnement qui dépasse les frontières du pays, comme le montre la demande d’inscription de son centre historique à l’UNESCO en 2004. Cette ville côtière conserve en effet sa trame urbaine initiale ainsi que son tracé orthogonal et sa topographie particulière a favorisé le développement de rues piétonnes en gradins typiques de la ville. Mais, touchée par le séisme du 12 janvier 2010 qui a fait près de 400 morts5, le centre historique a souffert de dommages importants, surtout les bâtiments construits au xixe siècle, patrimoine emblématique de la ville. Il reste aujourd’hui encore quelques exemples de cette architecture coloniale de style gingerbread dont une partie seulement a pu être rénovée, vestiges historiques du riche passé commerçant de la ville.

L’urbanité à Jacmel mise à jour par l’analyse de ses dimensions d’intermédiation

  • 6 Méthodologie mixte : récolte de données sur le terrain et littérature grise (bibliographie).

20Les critères d’intermédiation appliqués à la ville de Jacmel permettent à la fois de mettre à jour certains de ses particularismes mais aussi d’inscrire la ville dans les grandes tendances urbaines nationales (Tableau 1)6.

Tableau 1 – Aperçu des dimensions d’intermédiation de Jacmel

Dimension 1 : Démographie et limites administratives

À 86 km de Port-au-Prince
187 253 habitants (IHS 2015) – dont 48 822 habitants pour la ville (19e ville du pays)
Chef-lieu : département du Sud-est, arrondissement de Jacmel
Département du Sud-Est : 632 601 habitants dont 96 454 en milieu urbain (soit la moitié résidant à Jacmel)
Superficie : 444 km2. Densité résidentielle : 15 172 habitants au km2 (29e ville du pays)
Composée de 11 sections communales dont trois sections communales urbaines (1re section Bas Cap Rouge, 5e Section Marbial et 6e section Montagne la Voute).

Dimension 2 : Économie

Importance de l’économie informelle
2011 : 60 % des personnes âgées de 15 ans et plus avaient une activité économique
Marché public : principal lieu d’échanges et d’activités économiques de la population.
Pêche : revenu saisonnier, aléatoire et marginal (Mer des Caraïbes)
Sections communales : agriculture comme principale source de revenus (café, agrumes, mangues et igname, haricots, maïs, patates, pois…).

Dimension 3 : Institutions étatiques

Services déconcentrés de l’État : délégation département du sud Est
Différents services étatiques (Tribunal de paix, Tribunal de 1re instance

Dimension 4 : Services en réseaux

Electricité : 10 511 clients résidentiels ; 913 clients commerciaux ; 48 clients industriels et 77 du gouvernement (2016).
Eau et assainissement : 2 700 abonnés (42 bornes-fontaines, 19 bouches à incendies et 4 kiosques)
Latrines : 70 % de la population
Système d’adduction : sévères défaillances
Zone hydrographique : forte irrigation en surface (20 cours d’eau et 500 sources dans le département) mais seuls 2 % du département irrigués (en raison de la topographie), manque d’exutoire des bassins versants.
Déchets : collecte des déchets ménagers du lundi au samedi de 6 h à 12 h (fortement dépendante de l’état du matériel et des dotations en carburant, ne concerne que certains quartiers).

Dimension 5 : Environnement

Proche du niveau de la mer (44 m d’altitude)
Absence de plan local d’environnement (2016)
4 risques majeurs de catastrophes naturelles : glissements de terrain, inondations, cyclones et tremblements de terre.
Identification de différentes sections communales selon leur degré de vulnérabilité
Espaces publics dits non vacants (éléments du domaine public occupés par l’État ou par des particuliers) : places publiques, conduits d’eau et plages.

Dimension 6 : Connectivité et réseau

Réseau bitumé : Route nationale 4 RN4 dite « route de l’amitié » connectant Jacmel et le Sud-Est au département de l’Ouest et à la capitale/Route départementale 402 (reliant route 208 à la frontière avec la République Dominicaine)
Réseau viaire de la ville
Terre battue : voies de pénétration agricoles, environ 50 % du réseau
Voie aérienne : piste d’atterrissage peu utilisée (liaison Port-au-Prince, le Cap)
Voie maritime : un ponton pour gros-porteur (uniquement utilisé pour la rénovation de bateaux)
Téléphone, internet : couverture 3G dans l’ensemble de la ville, fibre optique disponible dans le centre-ville, bureau des services postaux.
Nombreuses radios et stations de télévision locales
Presse : Journal officiel de la République, le Moniteur, deux écoles privées de journalisme (Référence Institut de Journalisme RIJ et l’Institut de journalisme et de communication ICJ) et l’association des journalistes du sud-est (AJSE).

Dimension 7 : Services sociaux de base

Éducation : 1er et 2e cycles. 885 écoles (187 publiques, ,698 privées), 6 678 enseignants (public : 2003, privé : 4675) et 159 753 élèves (public : 63 901, privé : 95 852). 3e cycle et secondaire : 161 écoles (38 publiques, 123 privées), 1 700 enseignants (public : 510, privé : 1 190) et 23 714 élèves (public : 9 888, privé :13 826).
Déficit de structures sanitaires, de matériel pédagogique, de fournitures et de mobilier, etc.
Enseignement supérieur et professionnel : une université privée (Université du Sud-Est), trois écoles de gestion, une école de droit, une d’infirmières, d’agronomie et d’éducation.
Population alphabétisée : environ 80 % dans les sections urbaines et 65 % dans les sections rurales
Santé : 1 hôpital reconstruit après le séisme et inauguré en 2016 pour tout le département mais qui fonctionne avec les mêmes effectifs qu’auparavant (1 ambulance, 55 lits, 28 médecins dont 2 dentistes, 43 infirmières, 29 auxiliaires et 65 personnels de soutien – chiffres 2015 ; en 2018, ratio de médecin/10 000 habitants : 3.18), 12 dispensaires (centres de santé) dans les sections communales, environ 14 cliniques privées.

Dimension 8 : Tourisme et culture

Destination touristique d’importance (population haïtienne, diaspora, étrangers) : proximité de la capitale et aux bords de la mer des Caraïbes
Patrimoine bâti : architecture de la vieille ville
Patrimoine naturel : différents sites naturels ayant une forte attractivité touristique tant par leur caractère unique (“Bassin Bleu” un site de cascades naturelles) que par leur localisation (nombreuses plages à proximité de la ville).
Patrimoine culturel (matériel et immatériel) : carnaval, défilé de raras (Pâques), fête patronale 1er mai, 1er novembre.
Infrastructures culturelles et écoles d’art : école de musique (Dessaix-Baptiste), école de peinture (FOSAJ), école de cinéma (Ciné Institute), école des métiers du son (Audio Institute), bibliothèque municipale et Centre Culturel de l’Alliance Française.

21Ainsi, la Dimension 1 montre que, comme dans le reste du pays, la croissance urbaine physique de la ville a été très rapide ces dernières années en raison du fort taux de croissance naturel et d’un important exode rural : sa population a ainsi augmenté de 69 % en 15 ans, entre 2000 et 2015. De façon particulièrement marquante, la superficie de la ville était de 143 km2 en 1998 et de 495 km2 en 2010, soit une augmentation de 246 %, devenant ainsi la 2e ville du pays en termes d’étalement urbain.

22Les particularités historiques et actuelles de l’économie jacmélienne Dimension 2 se reflètent dans le fait que la ville est un des principaux centres de production artisanale dans le pays : secteur clé de l’économie d’Haïti, un Haïtien sur dix tirant ses revenus de l’artisanat, c’est aussi une part conséquente de l’économie locale.

23La présence de différents services déconcentrés de l’État Dimension 3 confirme le rôle de chef-lieu de département et d’arrondissement de la ville, malgré un contexte de décentralisation caractérisée par l’extrême faiblesse des moyens humains et financiers mis en œuvre.

24L’étude des services en réseaux, Dimension 4, révèle la très faible couverture de ces services à l’instar de l’électricité : il n’y a que 21,5 % de la population de la ville qui est inscrite comme client auprès du bureau de l’Électricité d’Haïti EDH. Une situation similaire se retrouve dans les autres villes de province, même dans la capitale où environ 30 % des habitants s’acquittent d’une facture.

25En termes d’environnement Dimension 5, Jacmel subit également les conséquences de la dégradation environnementale du pays : le trop-plein des eaux de pluies se déverse des montagnes qui entourent la ville surtout pendant la saison des cyclones. Or, les ravines, lits de ruisseaux, ne peuvent remplir leur rôle de canalisation pendant les périodes de fortes pluies car en saison sèche et en particulier dans les zones urbaines, les déchets sont jetés dans ces ravines et s’y accumulent.

26La connectivité et l’accessibilité Dimension 6 de Jacmel confirme que le transport maritime a cédé la place au transport terrestre. Aucun port de pêche n’a été construit dans la baie : sa situation avec une mer houleuse et un profond enlisement, la pollution des rivières s’y déversant et surtout le coût élevé de telles infrastructures expliquent pourquoi la construction d’un port de pêche comme de transport est un « serpent de mer » des différents plans de promotion et de développement de la ville.

27En matière d’éducation Dimension 7, ces chiffres reflètent de façon intéressante une situation propre à l’ensemble du pays : la scolarisation des enfants diminue avec l’âge, le secteur éducatif en Haïti est dominé par les institutions privées, un véritable marché (Katz, 2013). Les aspects tourisme et culture dimension 8 sont particulièrement importants dans le cas de Jacmel : « un maillon fort et indispensable au développement durable de la commune » (ATL, 2014, p. 18) à l’instar du Carnaval car si cet événement est un pilier culturel haïtien, celui de Jacmel se distingue par ses masques et personnages en papier-mâché qui en font sa réputation. Malgré ce patrimoine matériel et immatériel réputé, Jacmel ne tire que peu de revenus du tourisme dont les fluctuations sont intimement liées à l’instabilité chronique du pays et à une succession de crises économiques (Sarrasin et Renaud, 2014).

Figure 4 – Le centre historique (Rue Saint Anne 2013/Rue du Commerce, 2015)

Figure 4 – Le centre historique (Rue Saint Anne 2013/Rue du Commerce, 2015)

L’urbanité partagée à Jacmel : sentiment d’autochtonie et réputation

28Or, cette dimension de l’intermédiation révèle que le patrimoine culturel et les opportunités de développement touristique ont fortement forgé cette « urbanité partagée » au sens de Hilgers (2009) qui combine l’urbanité, l’autochtonie et la réputation accordée de l’extérieur à la ville conduisant à la façon dont les Jacméliens se positionnent sur la scène urbaine nationale.

Figure 5 – La rénovation (Bord de mer Malecon, 2013/Place de la Mairie 2014)

Figure 5 – La rénovation (Bord de mer Malecon, 2013/Place de la Mairie 2014)

29Tout d’abord, un fort sentiment d’autochtonie a été révélé par l’enquête par représentations. L’urbanité partagée à Jacmel remplit de façon effective le mécanisme par lequel les groupes de population, même arrivés plus récemment ou originaires de communes limitrophes et non de la ville, se sentent jacméliens. Pour les habitants rencontrés hors de Jacmel, à Port-au-Prince, comme dans le reste du pays, être originaire de cette ville est une réelle source de fierté, véhiculant un véritable sentiment d’appartenance communautaire.

  • 7 Représentant société civile, M. D. M., N° 7, 2014.
  • 8 Site du Centre Alcybiade, établissement de droit haïtien réputé de Jacmel, scolarisant plus de 800  (...)

30Mais, si le riche passé de la ville architectural et artistique reste aujourd’hui très présent dans tous les discours, cette réputation accordée par l’extérieur à la ville trouve de moins en moins écho auprès de ses habitants, « Jacmel vit du passé tant elle doute de l’avenir »7. Les faibles investissements dans les domaines culturels et touristiques ne contribuent pas à conforter ce potentiel réel ou imaginaire, du moins en partie, pouvant créer une réelle frustration, « Jacmel rumine son passé »8, voire affecter sa réputation sur la scène nationale comme le décrit l’écrivain L. Trouillot « Ah, Jacmel, fleur bleue, pédantisme désuet du paradis de la mémoire, boutades un peu mièvres : “il y a deux villes au monde, Paris et Jacmel”, “Jacmel, la première ville d’Haïti électrifiée, la première ville d’Haïti à avoir le téléphone” » (Trouillot, 2019).

  • 9 Entretien : Représentant de la société civile, M. JE., n° 90, 2016.

31Enfin, cette réputation et cette autochtonie cachent une réalité de l’urbanité mise à jour grâce aux critères d’intermédiation : la très faible desserte des services en réseaux, la quasi-absence des services essentiels publics, dans la santé comme dans l’éducation, la faible connectivité en termes de transports ou encore la dégradation environnementale. L’image de Jacmel semble un mythe pour de nombreux habitants face aux problèmes quotidiens auxquels ils doivent faire face : « Il y a autre chose que le tourisme, les autres priorités ne sont pas soutenues : il n’y a pas de dynamisme, il n’y a pas d’hôpital, pas de théâtre »9. Un aspect fort de l’urbanité partagée de Jacmel qui est ainsi devenue « moins un lieu habité par des personnes concrètes avec des problèmes concrets qu’un lieu rêvé, la mémoire alimentant l’imaginaire » (Trouillot, 2019).

Figure 6 – Typologie spatiale de Jacmel

Figure 6 – Typologie spatiale de Jacmel

Une ville intermédiaire de type éloignée

32En confrontant cette urbanité partagée aux typologies liées à l’intermédiation, il apparait que Jacmel est positionnée comme une ville éloignée, ville qui, bien qu’en situation d’éloignement, possède les mêmes propriétés qu’en situation de “bordure” mais avec un système qui apparaît comme beaucoup plus fermé sur l’extérieur. Sa position géographique ainsi que la faible connectivité de la ville en termes de transport, une seule route goudronnée mais très fréquentée et dangereuse, serpentant au travers des montagnes, morne karaté, renforce cette position d’éloignement.

  • 10 Entretien : Ancien édile, M.R.A., n° 53, 2013.
  • 11 Entretien : Ibid.

33En 2010, la prise en charge de la population dans l’immédiat post-séisme montre le lien entre cette urbanité partagée et cette position de ville éloignée : Jacmel s’est en effet retrouvée isolée du reste du pays après le 12 janvier car la route d’accès la reliant à la capitale avait subi d’importants dommages. La Mairie a tout de suite organisé « des espaces pour le relogement, nourrir cette population et relayer l’information car beaucoup de personnes ne savaient rien et il fallait les rassurer. Les premiers secours ont été apportés aux blessés […].10 ». Les premiers travaux d’urgence ont été menés localement par les autorités appuyées par les habitants dont la solidarité à cette occasion a été très souvent évoquée : « pendant deux semaines on n’a pas eu de nouvelles de Port-au-Prince. De la Mairie à la bibliothèque municipale, on a fait appel aux ingénieurs de la ville pour identifier les bâtiments dangereux et ceux qui étaient sains11 ».

34Ainsi, ces villes dites éloignées « développent des qualités de résistance et des spécificités qui les conduisent à un certain particularisme, à un caractère particulier » (Nadou, 2010, p. 6), spécificités mises à jour à Jacmel. Avec cependant un risque propre à cette position d’éloignement au sein du système de villes : le fait que même si dans cette configuration les villes intermédiaires soient plutôt tournées vers leur système territorial proche, elles ont néanmoins « besoin d’apports en ressources exogènes pour ne pas entrer dans un processus de désagrégation. Leurs ressources propres ne suffisent pas à leur pérennité » (Nadou, ibid.).

35Cette caractéristique illustre la situation à laquelle est aujourd’hui confrontée Jacmel, malgré son riche passé, sa réputation culturelle et son potentiel touristique. L’urbanité fortement partagée des habitants de la ville pourrait être alors un moyen d’attirer ces ressources exogènes en utilisant cette nostalgie inhérente à la ville comme une force de changement. Ainsi, avant de lancer un développement uniquement basé sur les attraits touristiques de la ville, la réouverture aux voies maritimes par la construction d’un port de pêche dans une zone proche de la baie de Jacmel ou encore la rénovation des voies terrestres vers l’hinterland pour désenclaver les sections communales dans les mornes et vers la frontière proche pourraient être des pistes de développement intégrant à la fois les besoins de la population avec les caractéristiques propres de la ville.

Conclusion

36L’adaptation des critères d’intermédiation au contexte des villes moyennes du Sud participe à la nécessité de décentrer le regard vers le Sud (Choplin, 2012) pour une meilleure connaissance des particularismes de ces villes, ces « subaltern cities », un urbanisme post-colonial renouvelant l’approche sur les villes de façon générale (Myers 2011 ; Robinson 2006 ; Roy 2011).

37La méthodologie proposée ici grâce à l’intermédiation combinée à d’autres critères qualitatifs permet une approche systémique qui, appliquée à la ville haïtienne de Jacmel, dans un contexte de forte informalité et de difficulté d’accès aux données, a mis à jour une urbanité partagée qui renforce en effet « l’instauration d’un collectif d’appartenance en renvoyant à un espace, à une histoire et à une réputation commune » (Hilgers, 2009, p. 31). Alors que les recherches urbaines récentes tendent à considérer les villes comme la concrétisation de l’espace des flux (Graham, 2001 ; Robinson, 2002 ), la typologie spatiale liée à l’intermédiation, soit le positionnement de Jacmel comme ville éloignée au sein du système de villes, explique que la ville reste sensiblement éloignée des flux, contribuant à son enfermement dans une dialectique entre la nostalgie d’un riche passé illustrée par l’accent constant mis sur ses dimensions culturelles et touristiques, et la réalité de sa situation sociale, économique et des besoins spécifiques de ses habitants.

38Outre la mise à jour de ces particularismes, l’analyse basée sur l’intermédiation permet d’obtenir des indications plus générales sur le système de villes en Haïti grâce à la mise à jour d’une forme d’urbanité quotidienne. Pouvant devenir un réel outil de comparaison de villes moyennes au sein d’un même système, l’approche dynamique adoptée rend possible une meilleure prise en compte du potentiel inhérent à chaque ville moyenne mais aussi des risques spécifiques auxquels chacune doit faire face, d’autant plus dans un contexte mondial d’urgence climatique où les villes du Sud sont en première ligne. Plus largement, combinée à d’autres approches telles celles en termes de gouvernance urbaine et locale, l’intermédiation peut devenir une grille de lecture interdisciplinaire particulièrement pertinente pour cerner de façon plus précise ces nouvelles géographies de la centralité, leurs particularismes, leurs besoins et comment y répondre.

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Notes

1 Besides the statistical parameter, the concept needs a model that combines economic, social and territorial functions in these in-between towns” (en français, les villes d’entre-deux) (Saint-Julien, 2011, p. 44).

2 Sur cette base, les auteurs donnent des typologies urbaines aux villes moyennes au nombre de 11 : Marché régional, Centre de services, Capitale régionale, Pôle économique, Centre touristique, Nœud de communication, Périphérie métropolitaine, Interface nationale/internationale, Ville membre d’un ensemble conurbain, Association constituée d’un groupement de villes, Région urbaine (Bolay et Rabinovich, 2004, p. 411).

3 Ces entretiens de nature mixte, incluant des parties exploratoires, semi structurées et structurées, dont un quart ont été effectués sur un modèle épisode clé de vie, ont été menés sur une durée de 3 ans entre 2013 et 2016 afin d’inclure une dimension temporelle évolutive nécessaire aux recherches menées sur la gouvernance.

4 « Art populaire, art traditionnel, art inné, art académique, qu’il soit peintre ou artisanat, rara ou compas, sculpture ou gastronomie, vodou ou évangélique, qu’il soit de rue ou de musée moderne ou ancien, de riches ou de pauvres, l’art se voit partout à Jacmel. La culture jacmélienne est parsemée de créativité artistique. On y trouve des troupes de théâtre culturel, de grands diseurs qui renforcent la culture à travers leurs poèmes, leurs écrits et des artisans qui créent des chefs-d’œuvre d’art. » (ATL, 2014).

5 L’Institut de sauvegarde du patrimoine national dresse un triste décompte de l’impact du séisme sur la ville : « 384 morts, 5 disparus, 448 blessés, 11 632 familles sinistrées, 15 090 sans-abri, 2 913 maisons détruites, 7 484 maisons endommagées » (Bulletin de l’ISPAN, mars 2010, n° 10).

6 Méthodologie mixte : récolte de données sur le terrain et littérature grise (bibliographie).

7 Représentant société civile, M. D. M., N° 7, 2014.

8 Site du Centre Alcybiade, établissement de droit haïtien réputé de Jacmel, scolarisant plus de 800 élèves, http://www.centrealcibiadepommayrac.org/ (consulté le 19/10/15).

9 Entretien : Représentant de la société civile, M. JE., n° 90, 2016.

10 Entretien : Ancien édile, M.R.A., n° 53, 2013.

11 Entretien : Ibid.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – L’enquête par représentation
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Fichier image/png, 442k
Titre Figure 2 – Fiche d’identité de Jacmel et limites administratives
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10262/img-2.png
Fichier image/png, 1,6M
Titre Figure 3 – Typologie du bâti à Jacmel
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Fichier image/png, 4,1M
Titre Figure 4 – Le centre historique (Rue Saint Anne 2013/Rue du Commerce, 2015)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10262/img-4.png
Fichier image/png, 5,0M
Titre Figure 5 – La rénovation (Bord de mer Malecon, 2013/Place de la Mairie 2014)
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Fichier image/png, 7,1M
Titre Figure 6 – Typologie spatiale de Jacmel
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Pour citer cet article

Référence papier

Abigaïl-Laure Kern, « De ville moyenne à ville intermédiaire : les dynamiques de Jacmel et son positionnement en Haïti »Les Cahiers d’Outre-Mer, 279 | 2019, 267-288.

Référence électronique

Abigaïl-Laure Kern, « De ville moyenne à ville intermédiaire : les dynamiques de Jacmel et son positionnement en Haïti »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 279 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/10262 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.10262

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Auteur

Abigaïl-Laure Kern

Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines, Université Quisqueya UniQ. Centre Essential Tech, École polytechnique fédérale de Lausanne EPFL. Courriel : abigail.kern(at)epfl.ch

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Droits d’auteur

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