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DOSSIER

L’indigence des espaces publics de football dans la zone urbaine de Port-au-Prince : reflet des difficultés d’établir une conscience collective ?

Yohann Benmalek
p. 215-243

Résumés

Le football est considéré comme le sport populaire par excellence. À l’occasion d’une expérience de solidarité internationale menée en Haïti, dont l’un des projets était de permettre à de jeunes garçons d’accéder à une pratique de ce sport allant au-delà du football de rue, nous nous sommes livrés à une analyse des clubs de football de Port-au-Prince, mais aussi de sa pratique au quotidien dans la capitale. En Haïti, la volonté de pratiquer sa passion et le rêve de devenir un jour professionnel se heurte à une réalité économique et sociale très difficile, malgré quelques avancées. À partir d’une étude de terrain menée en 2016-2017, l’article montre comment le football est bien présent en Haïti, ce qui est une réalité forte, mais permet aussi de saisir l’état de structuration de la Fédération et de ses clubs ainsi que l’opposition entre un monde qui se veut professionnel et celui, plus informel mais tout aussi important. Le manque de moyens des clubs, l’archaïsme et la faible capacité des stades révèlent un autre aspect de la situation critique que connait la zone urbaine de Port-au-Prince.

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Texte intégral

1Port-au-Prince, créée par les Français en 1749, s’est développée dans ses périphéries, au point que l’aire urbaine définie selon l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) dépasse aujourd’hui largement la structure en damier coloniale. La capitale haïtienne rassemble entre 800 000 et 900 000 habitants mais, avec l’aire urbaine, il faut compter plus de 3 millions d’habitants, soit près du tiers de la population totale du pays. Selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), en 2017, Haïti, pays le plus pauvre du continent américain, occupait le 168e rang sur 189 pays en ce qui concerne l’Indice de Développement Humain. Dans ce pays des Caraïbes, grand comme la Bretagne ou la Belgique, la misère et la désorganisation, non résorbées après le tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010, se retrouvent dans la faiblesse des infrastructures sportives de football et des clubs.

2À Delmas, commune limitrophe de Port-au-Prince, la passion des jeunes garçons pour le football est patente, et presque exclusivement pour ce sport. Les jeunes filles rencontrées dans les foyers d’accueil de jeunes de l’association allemande Haiti Kinder Hilfe, où nous avons travaillé un an pour une mission d’éducation et d’aide à l’insertion socio-professionnelle (2016-2017), n’ont pas évoqué le désir de pratiquer de sport. Les jeunes garçons jouent pour le plaisir du jeu, pour oublier un quotidien souvent écrasant, pour incarner les idoles qu’ils entendent jouer à la radio ou qu’ils voient (plus rarement) à la télévision. « L’esprit du jeu, comme les rêves de promotion et d’extraction sociale, animant les jeunes pratiquants, contribuent aussi à faire du football, la discipline sportive reine dans les quartiers les plus populaires » (Dollé, 2002, p. 53).

3Plusieurs géographes se sont intéressés à la spatialisation des pratiques sportives et du football, à l’instar de Jean-Christophe Gay, sur l’espace de jeu lui-même – « le football est marqué par la géographie. Comme tout sport, il est la délimitation d’un espace de jeu normé, standardisé » (Gay, 1997 cité par Gaubert et Augustin, 2018, p. 2) – ou de Loïc Ravenel (1998) pour qui « l’exception française » en Europe se manifeste notamment dans cette pratique. Plus récemment, Ali Langar, Myriam Baron et Claude Grasland ont étudié les enjeux géographiques et politiques du football en Tunisie (2018). Plus globalement, pour Jean-Pierre Augustin, la géographie « permet d’appréhender ces cultures sportives en utilisant les méthodes variées et renouvelées de la discipline, notamment celles relevant de l’observation, de la cognition et de l’action, pour analyser ces spatialités contemporaines » (Augustin, 2011, p. 362) ; « les cultures sportives sont devenues des organisateurs sociaux et spatiaux structurant les sociétés. Dans les aires centrales des grandes villes, dans les banlieues organisées, dans les périphéries urbaines et dans les espaces de nature, le sport impose sa marque et s’affiche comme un révélateur des spatialités contemporaines » (Augustin, 2007, p. 355). Mais à Port-au-Prince, qui ne compte plus vraiment d’aire centrale depuis le tremblement de terre, où il n’existe pas de « banlieues organisées », le football est-il un élément structurant de l’espace ?

4Dans le cas particulier d’Haïti, il nous est donc apparu intéressant de tenter d’appréhender une autre facette de la réalité du pays à travers cette pratique sportive si commune, de comprendre en quoi le manque de moyens des clubs, l’archaïsme et la faible capacité des stades reflètent une situation politique et économique très difficile.

5Nous avons cherché à localiser les espaces publics sportifs de football accessibles au plus grand nombre dans la capitale et son aire urbaine. Il s’agissait de répondre à une série d’interrogations articulant pratique sportive et état des lieux de l’espace métropolitain : quel diagnostic peut-on dresser des infrastructures de football de la capitale ? Quel a été l’impact du séisme sur les terrains et stades de football ? Quel lien est-il possible d’établir avec les moyens économiques mis à disposition par les acteurs publics pour ce sport si populaire ? Quel rôle les ONG jouent-elles dans la pratique du football ?

Méthodologie

6Pour répondre à ces interrogations, nous avons recensé des espaces publics sportifs de football accessibles au plus grand nombre dans la capitale et son aire urbaine entre octobre 2016 et septembre 2017.

7D’abord parti d’un repérage des espaces à vocation sportive sur Google Maps, nous nous sommes rendu compte de deux points problématiques. D’une part, la carte était loin de relever tous les noms de rues, places, équipements et infrastructures. D’autre part, l’image satellite de Google Maps datait d’une période post-séisme mais antérieure à 2014, d’où la présence, sur l’image, de camps de réfugiés dans ces espaces ouverts, disparus depuis. Ce fut par exemple le cas à l’Institut Saint-Louis-de-Gonzague et au Centre Sportif Henfrasa, mais aussi au Centre Dadadou. Nous nous sommes donc rendus sur les lieux et avons alors découvert que certains terrains étaient désormais payants : le coût d’une heure d’utilisation du terrain de football du Centre Henfrasa s’élève ainsi à 25 dollars américains. Pour le salarié issu de la classe moyenne en Haïti, ce tarif est exorbitant, à peu près un dixième de son salaire… Il fallait donc systématiquement croiser les informations en se rendant sur chaque lieu indiqué comme terrain de football sur Google Maps, et identifier ceux qui n’y étaient pas indiqués.

8Nous avons également procédé à une recherche historique pour évaluer l’impact du séisme du 12 janvier 2010 sur les infrastructures sportives, tant au niveau de leur fiabilité que de leur fonction vis-à-vis de la population. De plus, nous avons étudié les informations recueillies dans la presse locale sur la période 2008-2019, en analysant le contenu des principaux médias, à savoir le journal quotidien de langue française Le Nouvelliste (éditions papier et numérique), Haïti Libre (site internet de médias lancé le 4 mai 2010), Radio Métropole Haïti (station de radio haïtienne francophone), Haïti Press Network (agence de presse et journal électronique basé à Port-au-Prince), LoopHaïti (journal électronique couvrant la zone Caraïbe, Amérique Centrale et Pacifique Sud). Nous avons aussi rencontré plusieurs décideurs ayant ou ayant eu certaines responsabilités dans la pratique du football en Haïti, comme l’ancien ministre des sports M. Evans Lescouflair. Nous avons effectué des recherches sur les données liées à l’affluence, au prix des billets et au budget des clubs sur les sites Internet des clubs de football de première division, lorsqu’ils existent, mais aussi sur la page Web de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA).

9Les données recueillies sont donc hétérogènes ; une fois compilées, nous avons abouti à une étude thématique, pour montrer comment le football est bien présent dans l’aire urbaine de la capitale, ce qui est une réalité au quotidien, mais aussi pour mieux saisir l’état de structuration de la Fédération et de ses clubs à l’échelle nationale. Enfin, nous avons voulu appréhender l’opposition entre un monde qui se veut professionnel et celui, plus informel mais tout aussi important, du quotidien.

Figure 1 – Le classement FIFA au 25 novembre 2018 des Pays les Moins Avancés

Figure 1 – Le classement FIFA au 25 novembre 2018 des Pays les Moins Avancés

Source : FIFA.

Figure 2 – Capacité d’accueil des plus grands stades de football pour les Pays les Moins Avancés

Figure 2 – Capacité d’accueil des plus grands stades de football pour les Pays les Moins Avancés

Source : FIFA.

Un point sur les infrastructures : un état des lieux qui ne reflète pas la compétence sportive au plus haut niveau

  • 1 La FIFA détaille son mode de calcul ainsi sur son site internet : « Le précédent Classement mondial (...)

10Le football est ancien en Haïti puisqu’il y a vu le jour en 1901 et que le premier match officiel a opposé Port-au-Prince à Port-de-Paix en 1904 (Méphon, 2010). Le club principal de la capitale, le Violette AC, a été créé à Bel-Air le 15 mai 1918. Aujourd’hui, Haïti est la 103e nation mondiale au classement de la FIFA1. Ce classement modeste est à relativiser compte tenu des moyens économiques engagés, Haïti figure d’ailleurs en bonne place parmi les Pays les Moins Avancés. Il est le premier pays non africain de la liste. En revanche, Haïti ne dispose que d’un stade de capacité modeste (30 000 places), dans la moyenne parmi les PMA. L’infrastructure sportive essentielle n’est donc pas à la hauteur de la valeur de l’équipe nationale, qui ne peut pas disputer ses rencontres ailleurs qu’à Port-au-Prince pour accueillir suffisamment de public, eu égard à la passion pour le football, très développée dans le pays. Avec le décalage horaire, l’activité de la ville s’arrête en effet en grande partie à la mi-journée lorsque les grands clubs européens disputent, avec leur vedette, la Ligue des Champions outre-Atlantique. L’activité s’arrête également quelques heures plus tard, dans la rue, autour d’un ballon usé et de quelques pierres qui font office de cage pour rejouer le match. Pour le géographe Jean Marie Théodat, si le gouvernement a annoncé des hausses sur le prix des carburants entre 38 % et 51 %, précisément le 6 juillet 2018, pendant le match de football opposant le Brésil et la Belgique, en demi-finale de la Coupe du monde, ce n’est pas un hasard :

[…] c’est la dialectique du bord de la falaise. Le gouvernement avait misé, dans une totale improvisation, sur le fait que si le Brésil avait gagné contre la Belgique, il y avait une chance que ça passe dans un pays addict au foot.
J.-M. Théodat, cité dans « Haïti la tête bas », La Croix, 17 avril 2019.

Figure 3 – Rapport Nombre de clubs/Population totale du pays en % (Graphique de gauche), Rapport Nombre de licenciés/Population totale du pays en % (Graphique de droite)

Figure 3 – Rapport Nombre de clubs/Population totale du pays en % (Graphique de gauche), Rapport Nombre de licenciés/Population totale du pays en % (Graphique de droite)

Source : FIFA.

  • 2 Le Racing Club Haïtien a remporté la Ligue des Champions de la CONCACAF (Confédération de football (...)

11Les difficultés économiques se confirment lorsqu’il s’agit de comparer le nombre de clubs et de licenciés par rapport à la population totale du pays. Nous n’avons pas pu obtenir d’informations quant aux PMA, aussi nous avons choisi de comparer Haïti par rapport à un certain nombre de standards internationaux. Haïti arrive à la traîne en nombre de clubs (seulement 340 sont reconnus officiellement) et encore bien davantage en nombre de licenciés (seulement 24 424, soit 0,2 % de la population). Il est très difficile de pouvoir créer et maintenir un club de football suffisamment solide en Haïti, eu égard aux difficultés et à la lenteur administrative, mais aussi à la défaillance économique et des infrastructures. L’ancien sélectionneur de l’équipe de football nationale d’Haïti, le français Patrice Neveu, a démissionné le 27 décembre 2016, mettant en cause la Fédération Haïtienne de Football (FHF) : « Mon contrat est en cours mais je ne suis plus payé depuis des mois ». Pourtant, l’entraîneur pointait le fait qu’Haïti bénéficiait « d’un énorme potentiel », confirmant ainsi l’écart mesuré entre les performances de l’équipe, parvenant à se qualifier de temps à autre pour une grande compétition internationale2, et les moyens mis à disposition du staff et des joueurs.

12Le stade le plus important du pays est le stade Sylvio-Cator, du nom du champion haïtien de saut en longueur, situé dans les bas quartiers de Port-au-Prince. Aujourd’hui, ce stade d’une capacité de 30 000 places apparaît vétuste aux yeux des standards internationaux. Il faut dire qu’il date de 1953. Le stade national, dont le Violette Athlétic Club et le Racing Club Haïtien sont les clubs résidents, a été en partie détruit par le séisme du 12 janvier 2010. Lors du tremblement de terre, la FHF a perdu tous ses salariés, soit plus de 30 officiels, à l’exception de deux personnes. La FIFA a attribué 3 millions de dollars à la reconstruction des infrastructures.

  • 3 Surnom donné en référence aux généraux partant à la guerre lors de l’indépendance d’Haïti en 1804, (...)

13En septembre 2011, à la suite de travaux de rénovation (éclairage, pelouse, structure, vestiaires, bureaux) financés par la FIFA, les Grenadiers (surnom de l’équipe nationale3) ont pu recevoir les Îles Vierges américaines dans de meilleures conditions, dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde de football 2014, 40 ans après leur dernière participation au tournoi de football mondial majeur. Le nouveau centre de formation et l’académie de la FHF ont été inaugurés en mai 2012, à Croix-des-Bouquets, dans la banlieue est de Port-au-Prince.

14Même plus petits, les autres équipements récents sont de meilleure facture que le stade Sylvio-Cator, comme le complexe sportif inauguré récemment à Pétion-Ville et qui regroupe football, basket-ball, volley-ball mais aussi karaté, judo et boxe. Il peut accueillir simultanément jusqu’à 4 000 spectateurs.

Tableau 1 – Date de création, de rénovation et capacité des principaux stades de football dans l’aire urbaine de Port-au-Prince

Complexe sportif

Date de création

Capacité en spectateurs

Stade Sylvio-Cator

1953 (rénové en 2014)

30 000

Pétion-Ville (multisports)

2017

4 000

Parc Sainte-Thérèse

Réhabilité en 2013

2 700

Centre sportif Dadadou (multisports)

1980

1 200

Centre Sport pour l’Espoir (multisports)

2014

Celtic Park Haïti

2015

Les stades de football ne font pas le plein de spectateurs

15Entre Port-au-Prince et Pétion-Ville, nous n’avons pas relevé beaucoup d’infrastructures publiques sportives gratuites. Comme le montre la figure n° 4, l’essentiel des infrastructures est situé dans la partie sud, beaucoup plus habitée que la partie nord de l’aire urbaine : nous en relevons ainsi dix au sud contre une seule, le Centre Sport pour l’Espoir, au nord. Cette partie abrite les villes de Delmas et plus à l’est de Pétion-Ville. Ces deux communes disposent de certains équipements payants, parfois assez chers, plutôt réservés à une certaine élite. En effet, suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010, la population de la capitale a émigré massivement vers les environs plus montagneux, au sud, ou plus ruraux, au nord, mais de manière anarchique. La partie nord de l’aire urbaine est donc davantage réservée à l’élevage, à l’agriculture ou à l’industrie et il n’y a pas de terrain de football entre la capitale et le Centre Sport pour l’Espoir. À Port-au-Prince, le stade Sylvio-Cator est utilisé par plusieurs clubs de football résidents mais ne permet pas une pratique sportive pour le plus grand nombre.

Tableau 2 – Affluence dans le stade Sylvio-Cator lors des derniers matchs officiels internationaux de la sélection d’Haïti

Date

Adversaire

Classement Haïti à la FIFA au moment du match

Classement de l’adversaire à la FIFA

Affluence en spectateurs

15/06/2008

Antilles Néerlandaises

102

Inconnu (équipe qui n’existe plus à ce jour)

6 000

20/08/2008

Surinam

102

129

7 800

02/09/2011

Îles Vierges Américaines

81

178

12 000

11/10/2011

Curaçao

81

151

7 800

15/11/2011

Antigua-et-Barbuda

81

87

3 000

08/09/2015

Grenade

77

163

13 764

25/03/2016

Panama

73

58

12 000

02/09/2016

Costa Rica

73

17

3 200

10/09/2018

Costa Rica

103

36

14 700

11/10/2018

Salvador

103

70

10 000

24/03/2019

Cuba

100

174

15 000

Source : FIFA.

16Les données concernant l’affluence des derniers matches internationaux de l’équipe d’Haïti, de 2008 à 2019, ont été recueillies via la FIFA. Avant 2008, l’équipe nationale haïtienne a disputé ses matchs à Miami, en raison des troubles politiques qui sévissaient dans la capitale. Depuis cette époque partiellement révolue, tous les matchs se sont joués au stade Sylvio-Cator, ce qui permet d’assurer à la fois la réception du public dans de moins mauvaises conditions (beaucoup d’autres stades ont des gradins en bois), la retransmission télévisuelle et aussi la sécurité.

17Haïti ne reçoit pas de « grandes » équipes internationales dans le cadre de compétitions officielles, car le pays doit passer par des tours de qualification contre d’autres équipes caribéennes, or le Costa Rica est souvent le mieux classé d’entre elles. Compte tenu de la faiblesse des équipements, aucune grande compétition internationale ne se déroule en Haïti. Néanmoins, il n’y a aucun lien entre le classement d’Haïti, qui est souvent « moyen » à l’échelle mondiale, le classement de l’adversaire et l’affluence. Nous ne pouvons pas parler de progression ni de régression au fur et à mesure des années : au 30 novembre 2019, Haïti se situe à la 86e place mondiale et à la 10e place des nations nord-américaines. Quoi qu’il en soit, la capacité d’accueil du stade semble plafonnée à 15 000 spectateurs, peut-être en raison de conditions de sécurité imposées par la FIFA.

18En ce qui concerne les clubs de première division, les stades sont actuellement loin d’être remplis. Certaines personnalités ont tenté d’expliquer cet état de fait. L’ancien joueur et actuel directeur du Parc Sainte-Thérèse, Ernso Laurence, affirmait le 25 février 2017 sur HaitiTempo.com :

Il faut améliorer la qualité de nos footballeurs. Le football est synonyme de spectacle, de performance, de compétition permanente. […] Aujourd’hui tout doit se faire par la formation. Beaucoup de jeunes ont directement intégré la première division sans passer par les catégories jeunes. […] Comment se fait-il qu’il n’y ait aucun championnat de jeunes au pays ? Il n’y a plus de compétition communale, régionale interscolaire. Tous ces manques contribuent à cette perte d’affluence dans la zone urbaine.

Figure 4 – Les stades et terrains de football dans l’aire urbaine de Port-au-Prince

Figure 4 – Les stades et terrains de football dans l’aire urbaine de Port-au-Prince

WoW City, Google Maps.

Le prix des places n’est pas à la portée de toutes les bourses

19Pour le match contre Cuba du 24 mars 2019, le prix des places était fixé à 250 gourdes (2,62 €) dans les gradins du stade Sylvio-Cator, soit l’équivalent du prix pour assister à la finale du Championnat. Mais il n’était pas rare de trouver des billets vendus au marché noir à une valeur triple, soit à 750 gourdes. Le prix des places en tribunes s’élevait lui à 2 500 gourdes, soit 26,20 € au taux du jour. Ce tarif est peu élevé pour un match international de la FIFA, en étant bien placé dans le stade, mais très élevé pour une bonne partie de la population haïtienne.

20L’équipe nationale des moins de 23 ans, appelée U23, disputait en juin 2015 son tour de qualification au stade Sylvio Cator pour les Jeux Olympiques de Rio 2016. Le prix des places était identique contre leurs trois adversaires (Barbade, Îles Caïman et Saint Kitts-et-Nevis) : 100 gourdes pour une place en gradins et 250 gourdes pour une place en tribunes, soit des tarifs proches de ceux pratiqués en championnat de première division (voir Tableau 3).

Tableau 3 – Prix des places par club dans les principales compétitions et matchs amicaux en Haïti pendant les années 2016 à 2019

Tableau 3 – Prix des places par club dans les principales compétitions et matchs amicaux en Haïti pendant les années 2016 à 2019

Source : sites Internet ou pages Facebook des clubs.

Figure 5 – Localisation des clubs de football de première division du championnat d’Haïti pour la saison 2018-2019

Figure 5 – Localisation des clubs de football de première division du championnat d’Haïti pour la saison 2018-2019

Source : COCHAFOP.

21Pour la saison 2018-2019, le championnat de football de première division comporte seize clubs. Il en est ainsi depuis 2014, où quelques clubs ont été « inscrits d’office » par la Fédération nationale mais le championnat national existe depuis 1988. Parmi ces seize clubs, deux se trouvent dans la ville de Port-au-Prince (le Racing Club Haïtien et le Violette AC), et deux dans l’aire urbaine de la capitale (Cosmopolites SC à Delmas et le Don Bosco FC à Pétion-Ville). Cela représente donc une certaine concentration par rapport à l’ensemble du pays (25 %) mais le football est relativement bien représenté dans toutes les provinces haïtiennes.

22Compte tenu du manque de moyens des clubs, ceux-ci ne consacrent pas de budget important en communications officielles mais un certain nombre se sont dotés d’une page Facebook pour diffuser les informations sur les matchs : date du match, type de compétition, lieu du match et parfois tarif. D’autres sites Internet d’information ont aussi communiqué, dans certains cas, les prix des places, ce qui nous a permis de constituer un tableau récapitulatif pour les compétitions et matchs amicaux des saisons d’ouverture et de clôture 2018-2019. Nous pouvons ainsi remarquer que le prix évolue logiquement en fonction des compétitions : il est le plus faible pour les matches amicaux et grimpe pour les compétitions internationales de clubs, car le Don Bosco FC a représenté son pays lors de la CFU Championship, sorte de Ligue des Champions des Caraïbes. Le stade Sylvio-Cator est aussi équipé de « tribunes », où le prix des places est nettement plus élevé, alors que tous les autres stades d’Haïti, beaucoup plus petits, ne comportent que des « gradins ». Lorsque l’on sait qu’un salaire mensuel de 20 000 gourdes (soit un peu plus de 200 € aujourd’hui) est un salaire minimum pour vivre dignement en Haïti, nous pouvons comprendre la difficulté pour les Haïtiens de pouvoir accéder aux stades et encore moins aux tribunes. Cela se traduit par des affluences parfois réduites. La capacité des stades haïtiens de première division oscille en moyenne entre 8 000 et 9 000 spectateurs, toutefois cette moyenne est relevée par la capacité du stade Sylvio-Cator (30 000 places).

23Il est à noter que certains clubs réalisent des offres promotionnelles et de fidélisation de leurs fans. Le club d’Arcahaie, au nord de Port-au-Prince, propose ainsi aux supporters un abonnement de 2 500 gourdes pour assister à l’intégralité du championnat à domicile, avec en prime le maillot de l’équipe et son fanion. À l’occasion d’un match de championnat de la série d’ouverture 2019, le club du Don Bosco FC a offert un bon d’achat de 2 000 gourdes pour toute entrée achetée au prix de 100 gourdes.

Tableau 4 – Quelques budgets de clubs de première division en novembre 2019

Club

Année

Budget
en gourdes

Budget en euros
au taux du jour

Violette FC (Port-au-Prince)

2015

6 000 000

62 495

Real Hope (Cap Haïtien)

2016

5 000 000

52 084

Ouanaminthe FC (Ouanaminthe)

2019

14 000 000

145 835

Source : Clubs

Un milieu « professionnel » mais qui peine à se démarquer économiquement

24Les informations collectées sur les budgets de ces trois clubs de première division convergent, leur montant se chiffre en quelques dizaines ou centaines de milliers d’euros. Nous sommes bien dans un autre monde professionnel lorsque l’on compare avec les budgets du championnat de France, par exemple, qui oscillent cette saison entre :

  • 20 millions d’euros pour Nîmes et 500 millions d’euros pour le Paris Saint-Germain en Ligue 1 ;

  • entre 6 millions d’euros pour Béziers et 36 millions d’euros pour Lens en Ligue 2 ;

  • entre 690 000 euros pour l’Entente Sannois-Saint-Gratien et 4,5 millions d’euros pour Le Mans en National (championnat semi-professionnel).

25Avec un tel budget pour les clubs haïtiens, nous nous retrouvons parmi les 20 % de clubs amateurs du football français au budget le plus important (Source : sportune.fr).

26Les statuts des joueurs ont été fixés en 2005 par un séminaire de formation de la FHF. Le joueur est dit professionnel lorsqu’il est lié par un contrat de travail avec un club de football qui lui verse un salaire. Le président de la FHF, Yves-Jean Bart, a ainsi défini le caractère professionnel dans un entretien du 25 janvier 2018 au journal Le Nouvelliste :

Être professionnel veut dire que vous avez signé un contrat pour jouer au football pour un club et que le club vous verse un salaire qui est supérieur au salaire minimum du pays et qui aurait dépassé les exigences de frais de déplacement admissibles pour un amateur.

27Les contrats n’existent que depuis 2001 en Haïti en ce qui concerne le championnat de football, ce qui n’est pas une surprise lorsque l’on sait qu’une bonne partie de la population travaille encore aujourd’hui sans contrat. Le joueur peut également être amateur s’il n’est pas lié par un contrat. Le joueur professionnel ou amateur doit être qualifié pour pouvoir jouer, donc enregistré dans une fédération ou une association. En tant qu’amateur, le joueur doit disposer d’un formulaire d’enregistrement ou d’un passeport sur lequel est inscrit son passé de joueur. Mais il n’y a pas d’obligation d’être professionnel pour pouvoir participer au championnat de football de première division. Notre enquête nous a permis de préciser la question des salaires pour un ancien club de première division, le Victory SC, qui était situé à Jacmel (côte sud du pays). En 2013, le club versait un salaire allant de 10 000 gourdes par mois à un peu plus de 25 000 gourdes pour les salaires les plus élevés, en plus de l’hébergement collectif avec l’équipe, de la nourriture et des primes de victoires, qui peuvent correspondre au dixième du salaire. Bien que la chaîne française Canal Plus retransmette les matches du championnat, le montant de ces salaires ne représente pas un différentiel aussi spectaculaire par rapport au reste de la population que dans la plupart des pays occidentaux.

Le football de rue en Haïti : un besoin de jouer au football

28Alors, face à ce manque d’équipements accessibles, que font les Port-au-Princiens amateurs de football ? Ils choisissent tout simplement de « taper la balle » dans la rue. Des équipements sommaires sont alors posés directement sur le bitume. Quatre pierres ou quatre morceaux de trottoir et un ballon suffisent. Cette pratique à même la route semble largement tolérée par les automobilistes et les autorités. Bien sûr, il n’y a pas de « football de rue » sur les grandes artères, trop larges et trop fréquentées. Et rares sont les rues pas trop pentues pour désavantager l’une ou l’autre des deux équipes. Bien sûr, le football de rue ne concerne pas que la capitale. La ville de Saint-Marc, à 89 km au nord-ouest de la capitale, organise d’ailleurs chaque été un championnat de football de rue. Car en Haïti, c’est bien dans la rue qu’une bonne partie de la vie se déroule et s’expose. Il s’agit d’un autre terrain de jeu que celui du stade. « Ces pratiques de ballon, dont relèvent les différents football auto-organisés, du fait de leur utilisation singulière de l’espace, ne sont pas pour autant à confondre avec les cultures sportives institutionnalisées (football, futsal, beach soccer) » (Gaubert, 2016, p. 84). « Le football appartient aux pratiques visibles par le plus grand nombre. Il fait partie des spectacles quotidiens. Qu’on l’observe dans la rue ou sur des espaces réservés, c’est un des sports les plus familiers. […] Ce football […] recrée un monde propice au plaisir du jeu et à la reconnaissance mutuelle » (Travert, 1998, p. 113).

29Le football pratiqué dans la rue haïtienne ne fait pas pour autant office de spectacle, sauf pour les plus jeunes. Les joueurs d’un temps ont conscience que la circulation automobile prime sur le match et les interruptions causées par le trafic ne perturbent pas pour autant la scène. C’est comme s’il existait une connivence entre les automobilistes, prenant conscience justement de cette faiblesse d’équipements et de la nécessité pour les jeunes – garçons – de disposer de l’espace public pour se divertir un peu.

30La rue à Port-au-Prince est d’ailleurs un véritable espace de vie. Certes dédié au football, puisque des masses d’individus, exclusivement masculins, viennent regarder la retransmission d’un match de football européen sur un écran minuscule ou écouter une autre partie sur un poste de radio, c’est aussi une sorte d’hypermarché à ciel ouvert, un lieu de prière et de rassemblement, un lieu de fête et de violence, un lieu de processions et de manifestations, d’incarnation des esprits du vaudou. Mais, dans son travail de thèse, H. Bony montre que la rue n’a pas toujours été investie de la même manière : « autrefois, en Haïti, dans les villes et les bourgs, la rue était un espace de prédilection pour les interactions sociales entre les différentes couches de la population […] le lien social existait et les individus accordaient beaucoup d’importance au sentiment de « vivre ensemble ». Au fil des ans, cet espace s’est considérablement transformé avec le développement des activités économiques informelles et l’occupation des rues par les enfants issus de familles pauvres » (Bony, 2016, p. 19). Comme l’explique Vincent Gaubert dans sa thèse, le football de rue opère une redéfinition de l’espace, « recrée un monde, propice au plaisir du jeu et à la reconnaissance mutuelle » (Gaubert, 2016, p. 83).

31L’ancien sélectionneur de l’équipe nationale d’Haïti, Patrice Neveu, décrivait ainsi, il y a quelques années, l’importance attachée par le peuple haïtien au football : « Le football est une religion. Il est porteur de joie incommensurable. […] Je crois à cette pré-formation faite d’instinct, de football de rue où le plaisir est le premier moteur. S’il est vrai qu’Haïti manque parfois de moyens dans divers domaines, il est très riche humainement et, pour moi, cela n’a pas de prix4 ». Haïti a même participé en 2012 à la Coupe du monde de football des sans-abris (ou Homeless World Cup, de la fondation du même nom)5.

32Les enfants sont présents dans les rues depuis le milieu des années 1980. En 2011, d’après l’ONG Aide Médicale Internationale, 3 380 enfants et jeunes ont été recensés dans les rues de Port-au-Prince et de Carrefour. Ils seraient plus de 6 000 aujourd’hui, soit beaucoup plus que les équipements sociaux peuvent en accueillir. Si les jeunes sont présents à toute heure, c’est plutôt l’après-midi que les matches se déroulent, quasiment exclusivement de football. Pourtant, dans la capitale et dans toutes les communes périphériques (Turgeau, Lalue, Delmas, Carrefour, Tabarre puis Croix-des-Missions et Cité Soleil), très peu d’actions ont été entreprises pour prendre en charge la jeunesse la plus modeste dans les rues, tant au niveau de l’Etat que des organisations internationales. Les jeunes se sont donc approprié la rue, souvent malgré eux, et lui ont donné une nouvelle fonction. Les parties ont souvent lieu le soir, après la classe pour ceux qui sont scolarisés, après l’Université pour les rares qui sont étudiants, et précèdent les coups de feu quotidiens des chefs de gangs qui résonnent fréquemment, dès la nuit tombée, dans bien des quartiers.

Le football comme sport, un domaine où les autres disciplines ont bien des difficultés à exister

33Port-au-Prince, avec ses artères très fréquentées à toute heure de la journée, ses marchés rituels ou informels, n’est pas propice au développement de parties de football de rue. Pétion-Ville, située 400 mètres plus haut, avec des rues étroites et souvent en pente, est également peu adaptée au football de rue. Delmas, commune intermédiaire, étendue, peu pentue, avec des rues moins fréquentées et aussi parfois moins praticables, se prête davantage aux parties quotidiennes. Les équipes sont constituées d’enfants et d’adolescents, essentiellement des garçons, qui vivent dans le même quartier : dès qu’un ballon de football est sorti, une partie improvisée démarre et il y a souvent autant de joueurs que de spectateurs.

34Malgré l’utilité sociale du football pour ces jeunes, il semble pourtant difficile de faire bouger les lignes dans la métropole haïtienne. D’une part, il y a une faiblesse d’équipements et de moyens. D’autre part, ce petit pays n’a pas récolté de résultat majeur sur la scène internationale : malgré un comité olympique haïtien fondé en 1914, Haïti n’a obtenu que deux médailles olympiques dans son histoire, et la dernière – en athlétisme – date de 1928. Le football ne manque pourtant pas de soutien : la plus grande compagnie de téléphonie mobile du pays, Digicel, finance le championnat national de football. La FIFA est intervenue pour aider la fédération haïtienne à se relever après les cyclones et séisme de 2004, 2008 et 2010, et Haïti continue à solliciter son aide.

35Le pays souffre de carences, autant pour le pain que pour les jeux. Il y a bien des courts de tennis, bien entretenus, des terrains de golf impeccables. Les hôtels les plus luxueux de la Côte des Arcadins, à une heure au nord de la capitale, proposent même de pratiquer la voile ou la plongée. Mais ces activités sont réservées à une élite fortunée. Le basket, beaucoup plus populaire, vient en second rang après le football dans les sports populaires, mais il n’y a que peu de terrains pour le pratiquer, et encore moins de fédération et d’équipe nationale.

Du sport et des armes

36Pour le géographe Antoine Fleury, auteur d’une thèse sur les espaces publics dans les politiques métropolitaines, « l’espace public correspond tantôt à des espaces de rencontre et d’« interaction » sociales, tantôt à des espaces géographiques ouverts au public, tantôt à une catégorie d’action6 » (Fleury, 2010) ; pour Annabelle Morel-Brochet, l’espace public doit également être « accessible et équipé » (Morel-Brochet, 2005, p. 333), ce qui rejoint la définition proposée par l’architecte Gérald Brun, lors de la biennale d’architecture organisée par la Fédération Caribéenne des Associations d’Architecture en 2015, de l’espace public caribéen qui « nous ramène invariablement à celui de “l’espace détente” comme nous la connaissons. Mais en fait, tout espace aménagé dans le cadre de l’utilité publique – place, marché, rue et trottoir – est un espace public, chacun jouant un rôle bien défini dans l’enceinte de la ville ». En outre, l’espace public urbain offre la condition d’une forme d’anonymat, c’est en effet « là où l’on rencontre habituellement des inconnus, où l’on s’attend à croiser essentiellement des étrangers » (Monnet, 2012, p. 201).

37À l’encontre de ces définitions, en Haïti, un espace public est payant et gardé du moment qu’il est consacré à la détente ; le prix a entraîné une sélection par la richesse de ceux qui viennent pratiquer un sport ou de ceux qui viennent l’observer. Un autre élément frappant est la présence de gardes armés à l’entrée de tous les espaces collectifs ou presque. La circulation des armes est très fréquente dans la région et, partout, cette question de sécurité est présente. Il faut dire que plusieurs faits de violence ont été relevés dans des stades du pays, nécessitant ainsi l’intervention des autorités. La presse a relaté ces faits, comme à Saint-Marc où une bagarre générale a éclaté entre joueurs et spectateurs en mai 2015 lors du match opposant le Tempête FC au Fica Cap Haïtien ; à Mirebalais en décembre 2017 où l’arbitre a été agressé ; à Jacmel en octobre 2018 où des spectateurs ont été blessés lors du match opposant l’AS Sud-Est à l’AS Capoise. Fin 2019, le championnat s’est arrêté après que quelques matchs seulement aient été disputés. En effet, dans un contexte de pays « fermé » (« peyi lok »), où les chefs de gangs sévissent, où l’espace public est menacé, la sécurité des joueurs, des clubs, des supporters n’est évidemment pas assurée au point que de nombreux dirigeants se demandent s’il ne faudrait pas officialiser l’arrêt de cette saison.

Figure 6 – Le stade Sylvio-Cator et le port de Port-au-Prince

Figure 6 – Le stade Sylvio-Cator et le port de Port-au-Prince

Source : auteur.

Une faiblesse en nombre malgré un séisme ravageur mais solidarisant

  • 7 « L’évaluation des besoins après la catastrophe » (Post Disaster Needs Assesment ou PDNA) lancée pa (...)

38Le séisme, que tout Haïtien ou presque a en mémoire, marque une rupture dans l’histoire récente du pays. Il s’est produit le 12 janvier 2010 à 16 h 53, et la magnitude enregistrée était de 7,3 sur l’échelle de Richter. Surtout, l’épicentre était situé à Léogâne, à 17 km au sud-ouest de Port-au-Prince, et à 10 km seulement de profondeur. En 35 secondes, le goudougoudou (nom créole pour désigner un séisme) a provoqué la mort directe estimée de 220 000 personnes et a entraîné le déplacement de 1 300 000 autres, soit 1 Haïtien sur 8. Le PDNA7 a estimé les investissements nécessaires à 292,7 millions de dollars américains pour remettre en état les infrastructures sportives en l’espace de vingt-six mois. Les infrastructures n’étaient pas à la hauteur des besoins avant le tremblement de terre, qui n’a bien évidemment rien arrangé, la désorganisation déjà prégnante s’en est davantage faite ressentir. La comparaison entre la magnitude et le nombre de victimes, au-delà du fait que le séisme ait touché une capitale, traduit bien l’état de vulnérabilité des infrastructures du pays.

39En Haïti, les programmes de reconstruction n’ont pas porté sur de l’aide à long terme, et fort logiquement, les infrastructures sportives ne sont pas apparues comme la priorité à la suite du désastre. De plus, les équipements existants, comme le Centre sportif Henfrasa et le CEPEM (pour Centre d’éducation physique, d’esthétique et de maintien), ont servi pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, à l’établissement de camps temporaires pour héberger la population. En moyenne, les sans-abris ont vécu 15 mois dans les camps, cette durée variant en fonction de l’état de destruction du logement initial. Port-au-Prince manque en effet d’espace et encore bien davantage en cas de crise, comme le montrent les travaux de Jérémy Robert et Robert d’Ercole (2014). Il a donc fallu trouver l’espace là où il y en avait, surtout pour les plus meurtris. Pour autant, nombre de familles et amis ont abrité ceux qui n’avaient plus rien. Cette grande solidarité entre proches ne masque pas une méfiance à plus large échelle et une perte de confiance totale envers les autorités. Pourtant, « les grandes crises de type environnemental peuvent être des occasions d’adaptation lorsque les conditions favorables, de coordination de l’aide à court et plus long terme et de bonne gouvernance notamment, sont réunies8 » (Gomez, 2010).

40Le besoin en équipement sportif collectif se traduisait dans les lignes du Nouvelliste en 2011 :

Le Centre Sportif de Carrefour construit depuis le début des années 1980 et qui faisait partie des meilleurs de la Caraïbe exigeait de solides réparations avant le séisme. Sa piscine olympique qui tenait lieu de dépôt d’immondices, son gymnasium qui nécessitait de sérieuses réparations, sa piste d’athlétisme sans oublier ses différents terrains de volley-ball qu’on aurait dû reconstruire constituent autant d’éléments qui nécessitent une révision en profondeur après le passage du séisme sinon une reconstruction totale.

41L’aide humanitaire, arrivée en masse et avec pour objectif précis – mais non coordonné – de répondre à l’urgence, n’a pas favorisé un meilleur mode de pensée des espaces – de plus en plus anarchiques – à terme. Il a fallu plus de deux ans pour que l’espace public retrouve une fonction première, c’est-à-dire qu’il devienne peu à peu visible : le gouvernement s’est attelé à la tâche du relogement et donc au départ des occupants des camps et des espaces sportifs ; ainsi qu’à l’insécurité prégnante qui pouvait régner en ces lieux. Mais minimiser les besoins en équipements collectifs ne revient-il pas à nier le besoin en conscience collective ?

Figure 7 – L’herbe haute et touffue du Centre Sportif Henfrasa : un des rares terrains de football, coûteux, mis à disposition du public à Port-au-Prince (A. Paul)

Figure 7 – L’herbe haute et touffue du Centre Sportif Henfrasa : un des rares terrains de football, coûteux, mis à disposition du public à Port-au-Prince (A. Paul)

42Emile Durkheim définissait la conscience collective ainsi : « l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d’une société. […] C’est le propre d’une société saine que de favoriser le développement de la solidarité entre ses membres ». Pourtant, beaucoup d’individus se trouvent ainsi livrés à eux-mêmes. Dans son ouvrage « choc » qui a créé la polémique, Haïti n’existe pas (2008), Christophe Wargny affirmait : « Seuls les voisins seraient dans un second temps, de quelque utilité. Secours : solidarité ou charité ? Dépendance à l’étranger, encore une fois. Dépendance prévisible mais imprévue. Inconscience de la fragilité ».

Le Gouvernement haïtien versus « la République des ONG »

43À Martissant, quartier de Port-au-Prince, situé au sud de la capitale et connu pour le climat d’insécurité qui y règne, les habitants sont livrés à eux-mêmes, avec une faiblesse de l’Etat qui les désespère : les forces de police n’interviennent plus dans ce qu’elles considèrent comme une zone de « non droit ». Les ONG interviennent uniquement en cas d’urgence. Comment alors intéresser les « résidents » à un projet collectif et durable ? Ils sont en demande d’Etat, donc de lois, de règles, de « sécurisation foncière » pour faire face à l’informel, la méfiance et à la marginalisation. « La valorisation de l’espace public, si elle ne résout pas tout, permet cependant de recréer des liens. Des liens sociaux entre les habitants dans le partage d’un espace commun, des liens avec l’État qui par ses interventions montre des signes encourageants de formalisation » (Couet et Grandidier, 2013). Dans ce quartier, l’aménagement du terrain de basket de Krepsak et le Mémorial aux victimes du séisme du 12 janvier sont de beaux exemples de réussite de ce type de coopération.

Figure 8 – Les terrains de football du Centre Sport pour l’Espoir

Figure 8 – Les terrains de football du Centre Sport pour l’Espoir

Source : auteur, 2017.

  • 9 Le projet de budget 2019 s’élevait à 172,8 milliards de gourdes, soit 1,9 milliard d’euros à l’époq (...)

44D’après l’Ambassade de France en Haïti, l’économie du pays reste marquée par une forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur : 50 % du budget9 et 80 % des investissements proviennent de l’aide extérieure. Cette aide constitue ainsi une sorte de second gouvernement qui n’agit pas toujours de concert avec le gouvernement officiel. Quelques ONG et Fondations ont donc investi aussi dans le sport. Le club écossais du Celtic Glasgow a ainsi créé un Celtic Park au cœur de la capitale. L’ONG Solidarité Haïti, à travers l’association « Ateliers Sans Frontières », a investi près de 110 000 € dans un projet intitulé « Favoriser la reconstruction du lien social et le développement socio-économique des jeunes Haïtiens à travers le sport et la formation professionnelle ». L’ONG internationale Hands Together a financé la construction d’un nouveau terrain de football à l’école Sainte-Anne de Cité-Soleil. Ce terrain a été inauguré le 19 décembre 2015, arrivant ainsi comme un cadeau de Noël pour 1 200 enfants et jeunes défavorisés du plus grand bidonville des Caraïbes. Les enfants peuvent ainsi bénéficier, selon les mots des responsables de l’ONG, d’« un espace adéquat pour la pratique du sport ».

45Le Comité International Olympique a aussi investi dans un Centre Olympique au nord de Port-au-Prince, à l’extérieur de la zone urbaine. Il porte le nom évocateur de « Centre Sport pour l’Espoir ». Il a coûté 20 millions de dollars et a été inauguré en juillet 2014. Le président du CIO, Thomas Bach, a déclaré à ce sujet :

Après le séisme qui a détruit en 2010 les maigres installations sportives du pays, le mouvement olympique avait promis son aide pour la reconstruction des infrastructures afin d’assurer la cohésion sociale. Ouest France, 15 juillet 2014.

46L’objectif est de « permettre aux jeunes haïtiens de pratiquer des activités tout en recréant du lien social ». Une dizaine de disciplines sportives peuvent y être pratiquées, dont le tennis de table, le rugby et le hockey.

Le président de la République d’Haïti de l’époque, l’ancien chanteur de kompa Michel Martelly, avait offert le terrain au CIO pour la construction du Centre. Il avait alors déclaré :

En 30 ans, aucune infrastructure sportive n’a été construite en Haïti, mais en deux ans de ma présidence nous en sommes à 13, incluant celui offert par le CIO. Ouest France, 15 juillet 2014.

47Le programme « Foutbol pou Chanjman » (Football pour le Changement) a été lancé par le fils aîné et conseiller de l’ancien chef de l’État, Olivier Martelly, en 2011, pour permettre la mise en place d’infrastructures sportives dans les dix départements haïtiens (Le Nouvelliste, 22 décembre 2011). Il a abouti aussi à l’inauguration du Parc Sainte-Thérèse, d’une capacité (modeste) de 2 700 places assises, à Pétion-Ville. À l’occasion de la visite du Président de la FIFA, le 27 avril 2017, le président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse, est allé dans le sens de son prédécesseur, en rappelant « la multiplication des infrastructures sportives un peu partout à travers le pays » (Haitian Groove Media, 29 avril 2017). Le centre, équipé pour l’accueil de personnes handicapées, est aussi utilisé pour les jeunes à l’occasion de camps d’été, encadrés par des moniteurs sportifs formés, au moins sur le papier. Les écoles port-au-princiennes ont ainsi pu découvrir d’autres sports. Mais il y a tellement de champs d’action potentiels, entre développement des infrastructures, féminisation et encouragement à la diversité. La jeunesse haïtienne pourrait y trouver un terrain d’expression de son énergie et de révélations de talents.

Et demain ?

48Malgré « la caravane du changement », impulsée par le président Jovenel Moïse, de nombreux points d’interrogations demeurent. Les freins sont historiques et structurels ; la faiblesse des moyens engagés en général pour permettre au pays de connaître une transformation durable, notamment en faveur de la jeunesse, est patente. L’urbanisation de la capitale et surtout, comme dans tout pays en voie de développement, de sa périphérie, est galopante et les projets de développement d’infrastructures sportives sont toujours aussi limités.

49Il y a tout de même de l’espoir. Le gouvernement a ainsi annoncé la création de 50 académies des sports sur tout le territoire haïtien, pouvant accueillir chacune 200 jeunes simultanément et dans des nouveaux centres sportifs. Ces académies, qui seront consacrées essentiellement au… football, permettront aux jeunes de 10 à 13 ans de pouvoir pratiquer du sport et se former, mais aussi de bénéficier d’un repas équilibré. Le 26 octobre 2018, la FHF a lancé ses académies régionales dans 35 villes du pays, avec également l’accueil de jeunes filles de 8 à 10 ans pour la pratique du football. C’est aussi une petite manne d’emplois supplémentaires pour une nation où le secteur informel est toujours prédominant.

50Le secteur de la formation est un domaine essentiel en Haïti et il y a beaucoup de travail à effectuer dans ce sens. À la fin de l’année 2018, le Directeur Technique National (DTN), Wilner Etienne, a ainsi visité plusieurs écoles de football dans le pays. La Fédération répertorie toutes ces écoles de football, affiliées ou non, pour voir comment leur apporter un contrôle et un mode de fonctionnement normalisé. D’après son responsable,

la Direction Technique Nationale a organisé une formation spécifique pour des éducateurs qui travaillent au niveau des académies régionales de la FHF. Les éducateurs visés étaient des entraîneurs qui travaillent déjà au niveau du football de jeunes. Presque tous ces éducateurs avaient déjà reçu au moins une formation précédemment. Le Nouvelliste, 25 février 2019.

51L’association haïtienne de baseball (sport très populaire bien sûr chez les voisins américains, cubains et dominicains) et de softball dispose de nombreux terrains, dans la capitale et surtout près de la frontière avec la République Dominicaine, mais les fonds manquent pour aménager, entretenir les équipements, et plus encore pour lancer un véritable championnat en Haïti. En matière de rugby, un comité a aussi été organisé pour aboutir à terme à la création d’une fédération nationale et à l’organisation de tournois.

52Le chercheur haïtien, Wilky Thelusmond, auteur d’un travail sur « sport et croissance économique »,

[…] dans le cadre d’une bonne politique sportive, le secteur sportif peut contribuer soit directement ou indirectement à l’augmentation du PIB en Haïti dans le futur.

53Pour cela, il faut

[…] organiser aussi des compétitions dans tous les coins et recoins du pays dans l’idée de découvrir des talents cachés. Le Nouvelliste, 25 juillet 2017.

  • 10 PDNA du Tremblement de Terre, Évaluation des dommages, des pertes et des besoins généraux et sector (...)

54Dans le domaine sportif et la jeunesse, le PDNA a recommandé de favoriser l’accès à la pratique des activités physiques, sportives et culturelles, considérées comme « facteur d’intégration sociale et économique des jeunes »10.

55Au niveau des infrastructures, le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) estime qu’il faut construire des pôles d’équipements collectifs associant lavoirs publics, restaurants de rue, points de distribution du propane et de cartes de téléphones portables avec des terrains de football. Les maisons et terrains créés pourraient devenir des lieux de rassemblement en temps de crise (entendons par là : séismes et cyclones). Cette proposition permet finalement de relier tout ce qui est essentiel dans la vie quotidienne haïtienne populaire ; sans oublier les périodes de désastres naturels qui font partie de la nation que l’on nomme par ailleurs « terre glissée ». La proposition tient bien sûr compte des nombreux échecs d’initiatives implantées de toutes pièces par les ONG, bien souvent vues dans le pays comme étrangères et déversant ainsi leur manne d’argent sans tenir compte des avis des pouvoirs publics, mais aussi de l’intégration de la population dans les idées et les projets.

56Haïti rêve toujours d’un grand stade mais le rêve semble bien inaccessible. Patrice Dumont, sénateur de la République déclarait:

[…] Que nous ayons le devoir de savoir nous indigner, de savoir ressentir la fierté de nos réalisations collectives ou de nos installations sportives. Nous n’avons pas dit que nous allons construire tout de suite un stade. Cependant, [nous pouvons] matérialiser le rêve de voir Haïti posséder une nouvelle infrastructure sportive capable de rivaliser avec celles que possèdent les autres pays de la région. Après deux, trois ou quatre ans, les fonds ramassés seront remis au gouvernement. […]
Le Nouvelliste du 7 juin 2018.

57La création ou la réhabilitation des infrastructures sportives passe aussi par une meilleure prise en compte de l’éducation physique et sportive (EPS) dans les programmes scolaires. L’EPS est loin d’être présente dans les écoles, à cause du manque de moyens et d’espace mais aussi de volonté politique de l’inscrire comme matière obligatoire. De plus, le sport, lorsqu’il est enseigné, a un objectif de compétition et non de découverte du sport et de soi-même. Au cours des visites dans les écoles de la capitale, nous avons pu remarquer le manque d’espace de jeu pour les plus jeunes.

58Haïti se trouve dans une situation délicate, surtout depuis septembre 2019 avec une inflation galopante et une nouvelle montée de l’insécurité. Les faiblesses structurelles et économiques sont criantes et se retrouvent rapidement dans le nombre limité de stades ou même de terrains de football. L’élite, à savoir l’équipe nationale et les joueurs du championnat d’Haïti peinent à s’entraîner dans des conditions acceptables. Pour autant, malgré un nombre de clubs et de licenciés limité, malgré les difficultés financières et les risques liés à la sécurité, Haïti fournit un potentiel de joueurs intéressants et prometteurs. Cet effort, porté par une population jeune et enthousiaste, est encouragé par les réalisations malheureusement trop ponctuelles d’ONG. A l’image de l’économie, cette différence de politique entre gouvernements et ONG en Haïti se traduira-t-elle prochainement par une harmonie au bénéfice des sportifs ?

59Même s’il est difficile d’obtenir des informations de source sûre, cette étude pourrait être approfondie par un travail sur les rapports entre le football et l’espace haïtien dans ses différentes dimensions. À l’image des travaux d’Ali Langar, Myriam Baron et Claude Grasland sur les territoires du football en Tunisie (2018), il faudrait mener une analyse sur les différents niveaux hiérarchiques du football haïtien, l’histoire du développement de ses clubs, ce que leur répartition géographique nous enseigne en lien avec la volonté politique de développement des clubs de football.

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Notes

1 La FIFA détaille son mode de calcul ainsi sur son site internet : « Le précédent Classement mondial se basait sur une moyenne, établie sur une certaine période de temps. Le nouveau système procède par addition/soustraction sur un total de points, en fonction des matches gagnés ou perdus. Les points ajoutés ou soustraits sont en partie définis par la force relative des deux adversaires. Le modèle prend donc en compte la logique qui voudrait qu’une équipe mieux classée obtienne de meilleurs résultats face à un adversaire qui occupe une position inférieure au classement ».

2 Le Racing Club Haïtien a remporté la Ligue des Champions de la CONCACAF (Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes) en 1963, le Violette AC l’a remporté en 1984. L’équipe nationale d’Haïti a été sacrée championne de la CONCACAF (aujourd’hui Gold Cup) en 1973, à domicile et a été finaliste du championnat de la CONCACAF en 1971 et 1977. Elle a participé à la Coupe du monde de la FIFA en Allemagne, en 1974. Elle a été quart de finaliste de la Gold Cup en 2015.

3 Surnom donné en référence aux généraux partant à la guerre lors de l’indépendance d’Haïti en 1804, choisi en 2008 par les dirigeants de la Fédération Haïtienne de Football. Source : https://lenouvelliste.com/article/58499/grenadiers-a-lassaut.

4 Source : https://myfootballclub.fr/patrice-neveu-rencontre-avec-un-entraineur-francais-de-letranger-passionnant/.

5 Cette compétition, créée en 2001 ne fait pas partie des compétitions officielles organisées par la Fédération Internationale de Football Association.

6 Source : http://www.hypergeo.eu/spip.php?article482.

7 « L’évaluation des besoins après la catastrophe » (Post Disaster Needs Assesment ou PDNA) lancée par le Gouvernement haïtien avec l’appui des Nations Unies, de l’Union Européenne, de la Banque mondiale et de la Banque Interaméricaine de développement.

8 Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/transv/Risque/RisqueScient5.htm.

9 Le projet de budget 2019 s’élevait à 172,8 milliards de gourdes, soit 1,9 milliard d’euros à l’époque (la gourde a poursuivi sa dévaluation face à l’euro au cours de l’année 2019). Source : http://www.loophaiti.com/content/le-projet-de-budget-2018-2019-depose-au-parlement-ce-mardi.

10 PDNA du Tremblement de Terre, Évaluation des dommages, des pertes et des besoins généraux et sectoriels, Annexe du Plan d’Action pour le relèvement et le développement national d’Haïti, sous la direction du Gouvernement de la République d’Haïti, 2010.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Le classement FIFA au 25 novembre 2018 des Pays les Moins Avancés
Crédits Source : FIFA.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-1.png
Fichier image/png, 318k
Titre Figure 2 – Capacité d’accueil des plus grands stades de football pour les Pays les Moins Avancés
Crédits Source : FIFA.
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Fichier image/png, 278k
Titre Figure 5 – Localisation des clubs de football de première division du championnat d’Haïti pour la saison 2018-2019
Crédits Source : COCHAFOP.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-3.png
Fichier image/png, 438k
Titre Figure 4 – Les stades et terrains de football dans l’aire urbaine de Port-au-Prince
Crédits WoW City, Google Maps.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-4.png
Fichier image/png, 660k
Titre Tableau 3 – Prix des places par club dans les principales compétitions et matchs amicaux en Haïti pendant les années 2016 à 2019
Crédits Source : sites Internet ou pages Facebook des clubs.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-5.png
Fichier image/png, 77k
Titre Figure 6 – Le stade Sylvio-Cator et le port de Port-au-Prince
Crédits Source : auteur.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-6.png
Fichier image/png, 2,6M
Titre Figure 7 – L’herbe haute et touffue du Centre Sportif Henfrasa : un des rares terrains de football, coûteux, mis à disposition du public à Port-au-Prince (A. Paul)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-7.png
Fichier image/png, 1,6M
Titre Figure 8 – Les terrains de football du Centre Sport pour l’Espoir
Crédits Source : auteur, 2017.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10176/img-8.png
Fichier image/png, 1,4M
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Pour citer cet article

Référence papier

Yohann Benmalek, « L’indigence des espaces publics de football dans la zone urbaine de Port-au-Prince : reflet des difficultés d’établir une conscience collective ? »Les Cahiers d’Outre-Mer, 279 | 2019, 215-243.

Référence électronique

Yohann Benmalek, « L’indigence des espaces publics de football dans la zone urbaine de Port-au-Prince : reflet des difficultés d’établir une conscience collective ? »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 279 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/10176 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.10176

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Auteur

Yohann Benmalek

Docteur en Géographie. Université Jean-Monnet de Saint-Étienne, ancien Éducateur en Volontariat de Solidarité Internationale en Haïti. Courriel : yohann.benmalek(at)yahoo.fr

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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