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DOSSIER

La production foncière informelle dans les périphéries de Port-au-Prince

Cas de Canaan2 (Commune de la Croix des Bouquets) et de Boko (commune de Gressier)
Vosh Dathus et Bezunesh Tamru
p. 167-192

Résumés

L’objectif de cet article est d’analyser l’émergence des nouveaux quartiers périphériques de Port-au-Prince dans la période post-séisme en privilégiant l’étude des modes d’accès aux sols devenus de facto urbains. Par l’examen croisé du cas de Boko dans la commune de Gressier au sud de l’agglomération de Port-au-Prince et de Canaan au Nord-ouest, le rôle paradoxal des acteurs institutionnels, État, collectivités territoriales ou ONG, est interrogé car fait d’encouragements conjoncturels d’accès au sol et d’interdictions structurelles de sécurisation foncière. Cette ambiguïté encourage le développement d’une production foncière informelle et celui d’un marché immobilier attirant de nombreux ménages en mobilités résidentielles. Mais ces derniers se trouvent confrontés à un statut foncier précaire fragilisant leur droit à la ville et à une citadinité reconnus.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Ce terme est une commodité de langage et ne recouvre pas une réalité juridique.

1La maîtrise foncière est un élément essentiel de la planification urbaine (Piermay, 1993). La création de nouveaux espaces urbains devrait ainsi être soumise à une réglementation et à une gestion foncière associée. Toutefois, les transformations en œuvre dans l’agglomération1 de Port-au-Prince ne semblent pas tenir compte de ces préalables. Les secteurs de Canaan2 et de Boko, nés au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010 dans les périphéries de Port-au-Prince, montrent une absence de gestion publique cohérente dans le foncier et un accès au sol demeuré informel. Une telle situation ne fait qu’amplifier la précarité de tenure des habitants concernés. Dans cet article, nous voulons dévoiler la création de facto de sols urbains par une production foncière urbaine irrégulière. Nous souhaitons également insister sur le rôle paradoxal joué par les acteurs institutionnels dans ces productions foncières à Boko comme à Canaan2 par la mise à disposition de larges portions d’espaces publics par un arrêté présidentiel d’utilité publique ou par des attributions municipales à des ONG.

2Afin de décrypter ce processus de précarisation foncière d’un nombre de ménages toujours croissant, les éléments théoriques et de contextes sont présentés suivis du rappel des principales étapes de la croissance urbaine de Port-au-Prince et de ses périphéries. La troisième partie est consacrée à l’analyse de la production foncière informelle à partir de données d’enquêtes et dans les deux zones d’étude dévoilant l’existence d’un florissant marché immobilier informel et souvent abusif. Une discussion sur l’apathie et les contradictions des institutions, concernant l’aménagement des espaces périphériques post-séisme et la défense des droits citadins de leurs habitants terminent cet article.

Cadre théorique et contextuel

  • 2 Les résultats utilisés dans l’article font partie de la campagne d’enquête de la thèse de doctorat (...)

3Pour analyser l’émergence de nouveaux quartiers urbains dans les périphéries de Port-au-Prince depuis le séisme de 2010, une entrée par l’étude foncière est privilégiée. Une analyse bibliographique tant sur Haïti que d’autres aires des Suds a été menée, la presse consultée et un film documentaire observé (Archambeau, 2017). En octobre 2017, une enquête2 quantitative comportant une quarantaine de questions a été conduite auprès de 183 chefs de ménage. Les données recueillies ont été traitées par le logiciel SPSS. Des entretiens auprès d’acteurs institutionnels, comme les responsables des municipalités de Gressier et de la Croix-des-Bouquets, des notaires, des responsables d’ONG et des cadres ministériels ont été réalisés. Ces discussions nous ont permis de comprendre les évolutions foncières dans les périphéries récentes de Port-au-Prince ainsi que le rôle, souvent ambigu, de ces acteurs.

Concepts mobilisés

4Cette étude s’appuie sur trois notions principales : le sol urbain, la production foncière et enfin les périphéries urbaines. D’un point de vue pédologique, le « sol » est la partie superficielle de la couche terrestre. Dans le cadre de cette étude, la définition de J. Levy et M. Lussault (2003) considérant le sol comme : « support et ressource aux constructions humaines (habitat, infrastructures) ainsi qu’aux divers usages productifs et sociaux que lui affectent les sociétés » est adoptée. Pour J.-P. Gili (1969), les terres urbaines sont celles incluses dans les limites de la ville, matérialisées topographiquement par le périmètre urbain. Selon le même auteur, les destinations des sols urbains vacants peuvent être la construction, les usages collectifs diverses ou l’agriculture. L’approche de Gili convient à notre démarche car les deux zones d’études étaient dévolues aux « activités touristiques » à Canaan et agricoles dans la commune de Gressier.

5Durand-Lasserve (1986) définit quant à lui la production foncière comme étant un ensemble d’opérations liées à la transformation d’un sol non constructible en sol potentiellement constructible. Dans le cadre de cet article, nous travaillons effectivement sur la transformation en sols constructibles d’espaces agricoles et forestiers (dans le cas de Boko) et arides voués aux tourismes (dans le cas de Canaan), et par ce processus sur une production de facto de sols urbains. Les mutations spatiales en cours de ces espaces créent ainsi un marché foncier de plus en plus dynamique et participent à l’étalement urbain.

6La périphérie urbaine est vue comme une aire d’extension externe d’une agglomération sur laquelle s’étendent l’habitat et les zones d’activités urbains (George et al., 2009). Mais cette notion est souvent mise en discussion avec celle d’étalement urbain, considérée comme l’extension de la superficie d’une agglomération sur le territoire avoisinant (Ndiaye, 2015). Selon J.-L. Chaléard et al. (2014), « la périphérie urbaine est définie comme l’espace relevant d’une configuration […]., sans rupture spatiale avec la ville-centre, mais qui s’en distinguent par leur développement ultérieur […] ». Dans le cas de nos zones d’études, Boko fait partie de la tâche urbaine de de Port-au-Prince en formant une continuité de bâti avec Gressier. Par contre le développement de Canaan est quasi autonome du noyau urbain de la Croix des Bouquets, créant ainsi une certaine discontinuité spatiale.

Présentation des zones d’étude

  • 3 Le découpage administratif haïtien s’organise en département, arrondissement, commune et section co (...)

7Canaan, dans la commune de la Croix-des-Bouquets, et Boko, dans celle de Gressier, sont localisés dans le département de l’Ouest d’Haïti. La commune de la Croix-des-Bouquets est composée de dix sections communales3 et le secteur de Canaan se subdivise également en 5 sous-secteurs portant chacun un numéro. Cette étude s’intéresse plus particulièrement à Canaan2, car cet espace fait partie du noyau initial à partir duquel s’est développé l’ensemble du district, certains de ses habitants sont des primo arrivants et des témoins privilégiés de l’évolution du secteur. La commune de Gressier se situe au sud de l’arrondissement de Port-au-Prince et à la frontière administrative avec l’arrondissement de Léogâne. Elle est constituée de trois sections communales, le quartier de Boko appartient à celle de Morne à Chandelle. Le choix de ce secteur est justifié par la présence d’un lotissement bâti par une ONG selon les normes d’un habitat moderne. Il s’agit du Village Model, un projet de logements sociaux réalisés par la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM).

8Au-delà des différences dans le processus de leur émergence, l’observation de ces deux secteurs (Figure 1) spatialement très éloignés permet d’interroger les permanences dans les modes de productions foncières informelles en périphéries post-séismes de Port-au-Prince.

Figure 1 – Localisation des zones d’étude

Figure 1 – Localisation des zones d’étude

L’urbanisation des périphéries de Port-au-Prince

Un aperçu historique

9L’étalement urbain de Port-au-Prince date du début du xxe siècle, par l’absorption successive de localités proches comme Carrefour dans le sud ou par la transformation de terres agricoles en bâtis urbains, comme dans la Plaine du Cul-de-Sac dans le nord de l’agglomération. Ces mutations résultent de mesures soutenues par les pouvoirs publics ou d’initiatives plus informelles. Ces deux processus d’accès au foncier urbain ne sont pas totalement étanches et les périphéries actuelles sont les résultantes de mutations spatio-temporelles complexes. En 1850, la ville de Port-au-Prince n’était qu’une bande littorale accidentée de buttes et de collines ne comptant que 29 000 habitants (Lucien, 2013). Pendant l’occupation américaine (1925 à 1934), sa croissance s’est accélérée avec une population atteignant 80 000 habitants, les autorités publiques de l’époque avaient tenu compte de cette expansion. En effet, l’arrêté du 26 août 1924 établit les nouvelles limites de la ville en repoussant sensiblement celles fixées par la loi du 29 septembre 1899. Selon ce décret, la ville allait s’étendre sur 1 487 ha, soit le double de sa superficie de 1915. Dans les années 1950, les pouvoirs publics ont aménagé de nouveaux quartiers afin d’accueillir des citadins toujours plus nombreux à Port-au-Prince, et atteignant le chiffre de 144 000 habitants. Ces secteurs se sont établis le long de l’Avenue de Delmas nouvellement construite (Calmont et al., 2015). Ces créations s’adressaient surtout aux couches modestes, à l’instar de projets soutenus par les états d’Amérique Latine (Dureau et al., 2006) ou d’Afrique francophone (Yapi-Diahou, 1990).

Figure 2 – Schéma de l’étalement urbain à Port-au-Prince

Figure 2 – Schéma de l’étalement urbain à Port-au-Prince

Source : Calmont et Mérat, 2015, p. 475.

10La figure 2 est une illustration de la métropolisation du département de l’Ouest. En utilisant un dégradé de couleurs, la carte de Calmont (2015) distingue les différentes auréoles d’influences urbaines autour du noyau de Port-au-Prince.

  • 4 En général, ces associations ne sont pas inscrites dans les registres du Ministère des affaires soc (...)

11Actuellement, l’influence des projets étatiques concrets est plutôt marginale sur l’étalement urbain de Port-au-Prince, tandis que d’autres parties prenantes y jouent un rôle plus important. Il peut s’agir d’initiatives informelles de groupements organisés sur des bases familiales ou d’autres types associations4 dont les capacités d’actions vont de la construction de cabanes en matériaux de récupération à celles de parcellisations et de ventes illégales de terrains. Dans ce cadre, l’accès à la propriété des couches défavorisées se traduit par des achats de terrains vacants ou bâtis ou par des opérations d’invasion. En Amérique latine, les agents opérant dans le lotissement clandestin s’approprient des terrains dans des zones non constructibles ou hors du périmètre urbain de la ville, pour les revendre à des familles à faibles revenus (Dureau et al., op. cit.). Ainsi, les invasions de terres dans les périphéries urbaines constituent un des modes privilégiés de la croissance spatiale des villes caribéennes et sud-américaines (Godard et al., 2003).

Figure 3 – Évolution de la tâche urbaine de Port-au-Prince de 1978 à 2016

Figure 3 – Évolution de la tâche urbaine de Port-au-Prince de 1978 à 2016

12L’étalement urbain (Figure 3) de Port-au-Prince s’exprime dans toutes les directions : vers le Sud (jusqu’à Léogâne) ; vers le Nord/Nord-ouest (jusqu’à Cabaret) et vers l’Est/Sud-est (jusqu’à Kenscoff). Il existe également une extension à l’ouest grâce à des espaces gagnés sur la mer par un système de poldérisations informelles. Sauf dans le cas du Nord-Ouest, où la ville s’étire en îlots discontinus, le tissu urbain s’étend de façon plus homogène ailleurs. Cet étalement urbain se caractérise par sa rapidité et, dans les dernières décennies, par la présence et l’importance des acteurs informels ; elle résulte donc essentiellement de la multiplication de quartiers précaires issus des occupations illégales de terres (Godard et al., op. cit.).

13L’étalement urbain contemporain a donc largement dépassé l’aire considérée métropolitaine par Calmont dans la figure 2, voire celle qu’il désigne de zone périurbaine ou rurale. Nos zones d’études situées dans les communes de Gressier et de La Croix-des-Bouquets se trouvent ainsi dans les aires d’extension les plus récentes.

  • 5 Selon le même rapport, les Perspectives d’Urbanisation dans le Monde des Nations Unies (ONU) avance (...)

14Pourtant, les deux images (Figures 2 et 3) expriment une même évidence : celle d’un département de l’Ouest très urbanisé sous l’impulsion de la capitale haïtienne dont la croissance intègre dans son giron les territoires des communes avoisinantes. Un rapport de la Banque Mondiale (2017) indique l’augmentation sensible du taux d’urbanisation d’Haïti passé de 10 % dans les années 1950 à 52 % en 20155.

15L’émergence des quartiers de Boko et de Canaan2 se particularise par son inscription dans deux dynamiques spatiales simultanées, celle d’une extension urbaine classique mais aussi celle d’une accélération post-séisme. Les périodes de conflits armés, de catastrophes naturelles ou de troubles politiques, fragilisent les modes de contrôles publics des espaces. Ces « vides » institutionnels profitent à d’autres formes de pouvoirs qui occupent les espaces illégalement ou tacitement, les terres accaparées peuvent être des propriétés privées, appartenant au domaine public ou des aires non constructibles. La réaction des forces de l’ordre dépend de la volonté étatique et de ses capacités réelles à intervenir. En Haïti, jusqu’aux années 1980, les dictatures civiles et militaires réprimaient violemment l’occupation illégale des terres en organisant des déguerpissements massifs de populations souvent très démunies. Après une période de transition, l’installation de régimes démocratiques entraîne des réactions plus nuancées de la part de l’État (Godard et al., op. cit.). Un notaire, avec qui nous nous sommes entretenus en 2016, date les vagues d’occupations illégales du front de mer de Port-au-Prince aux lendemains de la chute du régime des Duvalier. Les périodes de troubles, ayant succédé au départ de Jean Claude Duvalier, ont permis l’accaparement des espaces littoraux par des groupes organisés, souvent proches du pouvoir déchu. Robert et al. (2014) admettent ainsi l’importance et l’exacerbation des enjeux pour l’accès aux ressources en situation de crise, les ressources foncières étant les plus disputées.

L’émergence de Canaan

16L’espace où se localise le secteur de Canaan est considéré comme un domaine d’utilité publique par un premier décret du gouvernement Duvalier du 17 mars 19706. En effet, ce décret déclarait « zone Touristique, par conséquent d’utilité publique, l’habitation7 Corail Cesselesse située en la 2e section rurale des Varreux de la Commune de la Croix-des-Bouquets ». En raison de ce décret, ou plus probablement de son aridité, l’habitation Corail-Cesselesse est restée quasi vacante. Par contre, nous n’avons pas pu établir si l’État a procédé à l’indemnisation des anciens propriétaires de cette époque, la constitution de 1987 faisant désormais obligation d’un juste dédommagement (article 36.1 de la Constitution).

  • 8 Le Moniteur du lundi 22 mars 2010, n° 21.

17Ce secteur va connaître une certaine notoriété aux lendemains du séisme de 2010. Des familles affectées par le tremblement de terre ont commencé à quitter un centre-ville totalement sinistré pour trouver refuge à Canaan. Selon leurs témoignages, ce choix est déterminé par le besoin immédiat de trouver un abri loin des tonnes de gravats obstruant les rues de la capitale, des corps encore prisonniers des décombres et des bâtis chancelants. La première vague d’occupation de Canaan peut donc être considérée comme spontanée et a précédé les mesures prises par le gouvernement de l’époque. En effet, le Président de la République René Garcia Préval prend un arrêté, daté du 22 mars 20108, stipulant que l’espace décrit par son article 1 est d’utilité publique et servira comme lieu d’accueil des victimes du séisme du 12 janvier 2010.

18En prenant cet arrêté, l’État admet l’appropriation de facto des terrains déjà occupés, le cas de Canaan2 s’apparente alors à une tolérance de l’État (Godard et al., op. cit.) sans aller jusqu’à une légalisation avec attributions de titres de propriété. Pour les habitants, l’arrêté du 22 mars 2010 est une légitimité suffisante qui les encourage à investir plus dans leurs constructions. L’article 2 du même arrêté est pourtant rédhibitoire à une installation durable en stipulant que : « Dès la publication du présent arrêté, tous travaux de construction, de percement de route, de lotissement ou autre exploitation, ainsi que toute transaction ou aliénation immobilière sont et demeurent interdites sur toute l’étendue de l’aire définie par l’article 1 ». L’arrêté de 2010 n’abolit donc pas le décret de 1970, et considère toutes les occupations comme temporaires et à vocation d’abris provisoires. Aucun effort de viabilisation n’a donc été entrepris par la puissance publique, les populations, surtout les primo-arrivants, ayant été livrés à leur sort. Dans d’autres secteurs, des travaux d’infrastructures minimales nécessaires à des campements d’urgence ont été réalisés par les ONG dans le secteur dit de Corail-Cesselesse.

  • 9 Nous n’avons pas encore trouvé les archives sur les détails du projet.

19Les décrets d’utilité publique du 17 mars 1970 et du 22 mars 2010 veulent conserver vacants les terrains de l’actuelle Canaan dans l’attente d’aménagements modernes restés fictifs. En effet, les Duvalier n’ont jamais concrétisé leur dessein d’édifier une aire touristique9 ; et le gouvernement Préval n’a pu empêcher la transformation de ces espaces en d’immenses bidonvilles alors qu’il les concevait comme zones d’accueil provisoire pour les réfugiés du séisme. Malgré ces mutations, aucun suivi étatique ne se profile à Canaan, le secteur est laissé aux initiatives informelles diverses, individuelles ou associatives, que ce soit pour la fourniture des services de base ou pour l’accès au foncier.

Le cas de Boko

20Le Village Model a été créé à Boko grâce à l’aide internationale, au bénéfice des familles affectées par le séisme du 12 janvier 2010. Avant la catastrophe, le lieu-dit Bois-Boko était encore boisé avec la présence de champs cultivés et un habitat dispersé (Figure 4a). En octobre 2010, trente camps de fortune étaient recensés au sein de la commune de Gressier (Robert et al., op. cit.), dont certaines à proximité de la zone d’étude. La commune de Gressier a fait l’objet de projets de reconstruction tant en infrastructures qu’en habitats, le village Model est un lotissement de 150 unités de logement de 37 m2 situé au sommet du Morne La Chandelle, et réalisé par la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM).

Figures 4a et 4b : Secteur de Bois-Boko au centre des images en 2010 et 2016

Figures 4a et 4b : Secteur de Bois-Boko au centre des images en 2010 et 2016

Source Google Earth, 2017

21FLM est une Organisation religieuse et non gouvernementale, ses responsables ont pris contact avec les autorités municipales de Gressier afin de trouver un terrain vacant pour réaliser leur projet. Lors d’un entretien, en juillet 2017 avec le maire de Gressier de l’époque, nous avons eu confirmation du rôle actif de la ville dans ce projet. Les autorités municipales ont accompagné les membres de la Fondation pour identifier un terrain propice à la construction du village. Les travaux ont débuté en 2011 et se sont achevés en février 2013 (cf. Figure 4) en privilégiant un recrutement local sur une base dite participative. En dehors des emplois hautement qualifiés, le projet s’est seulement appuyé sur les compétences locales (mâcons, ébénistes etc.) en particulier parmi les habitants de la zone et les bénéficiaires du programme.

22La création du Village Model a insufflé une véritable mutation urbaine dans la zone. La période post-catastrophe est ainsi caractérisée par un changement considérable dans son paysage devenu urbain et avec un bâti densifié (Figure 4b). La majorité des voies de communication dans le secteur de Boko est encore en terre battue, mais celle reliant le Village Model à la Route nationale n° 2 est goudronnée (Figure 5). Le percement de cette route a été le véritable catalyseur du développement urbain de Bois-Boko et de la demande foncière associée.

23En définitive, l’évolution des périphéries urbaines de Port-au-Prince suit le schéma classique d’extensions urbaines observables dans de nombreux pays des Suds (Tamru, 2009). Mais le contexte post-crise crée une certaine originalité par les facteurs conjugués d’une catastrophe naturelle de très grande ampleur et d’un État affaibli par des périodes successives d’instabilités. Cette accumulation de crises crée des occasions favorables à l’occupation illégale de terrains relevant souvent du domaine de l’État et participe à l’étalement urbain. La démission des pouvoirs publics dans l’accompagnement de ce processus d’extension urbaine, en termes de politiques globales d’aménagement ou de réalisations locales concrètes, trouve un palliatif dans les actions des ONG et celles des habitants. La production foncière informelle et périphérique constitue alors un puissant moteur d’extension urbaine.

Figure 5 – Photo de la nouvelle route goudronnée conduisant au Village Model

Figure 5 – Photo de la nouvelle route goudronnée conduisant au Village Model

Cliché : Vosh Dathus, 13/01/2018.

Les productions foncières informelles en périphérie de Port-au-Prince

Les mobilités résidentielles

24Nous nous sommes intéressés aux raisons motivant l’installation des ménages dans nos zones d’étude. Même si la raison prépondérante demeure la recherche d’un foncier à un prix accessible, d’autres facteurs ont également émergé des réponses obtenues lors de nos enquêtes.

25Quatre grandes raisons sont évoquées (Figure 6), justifiant la mobilité résidentielle périphérique : disposer d’un sol constructible est la plus importante et représente 60 % des réponses. Les modes d’accès dominants aux sols sont variés : invasions, achats, dons, locations. Disposer d’un terrain déjà bâti est le second motif le plus important d’installation et touche 30 % des réponses. Sans surprise, la fréquence de ces réponses est la plus élevée dans le Village Model. L’attachement familial et la proximité avec ses activités (emplois, commerce) sont les aspects les moins significatifs dans l’installation des foyers dans nos secteurs d’étude.

Figure 6 – Les raisons d’une mobilité résidentielle en périphérie de Port-au-Prince

Figure 6 – Les raisons d’une mobilité résidentielle en périphérie de Port-au-Prince

26La mobilité résidentielle en périphérie de Port-au-Prince, somme toute classique, trouve un marché accessible par la production foncière informelle qui s’y est développée dans la période post-catastrophe et sous l’impulsion paradoxale des pouvoirs publics et des ONG. Si les victimes du séisme ont certes tiré avantage des possibilités d’abri offertes, la majorité des nouveaux habitants a plutôt saisi l’opportunité d’accéder à une ressource urbaine devenue ainsi abordable. Dans les sections suivantes, nous nous intéresserons aux modes d’accès au sol des habitants et à la sécurisation de leur tenure.

Les modes d’accès au sol urbain à Boko et Canaan2

27Dans sa fiche d’information n° 21, ONU-Habitat (2005) définit le droit à un logement convenable comme « le droit de chaque femme et de chaque homme, jeunes et enfants, de pouvoir habiter dans sa propre maison, au sein d’une communauté, en toute sécurité et de façon à vivre dignement et en paix ». Pour la société haïtienne, d’essence rurale, la propriété de la terre demeure primordiale car tout autant garantie de sécurité économique que symbole de réussite sociale (Dathus, 2017). Le sol urbain, produit marchand, a un prix variable selon sa localisation et la multiplicité des intermédiaires dans les transactions. Son accès légal demeure donc très onéreux. Ainsi, plus de 50 % des habitants des quartiers populaires et des bidonvilles sont locataires de l’espace qu’ils occupent (Calmont et al., op. cit.). Les familles victimes du séisme de 2010, en particulier les locataires de leur logement, vont donc être les plus enclins à la mobilité résidentielle en occupant les espaces vacants périphériques.

28Afin de mieux comprendre les modes d’accès au sol et au logement dans ces espaces, 183 ménages ont été interrogés (Tableau 1). Ce sont majoritairement les chefs de ménage qui ont répondu à nos questions (54 % à Boko et 55 % à Canaan2), suivis des conjoint(e)s, les autres membres de la famille sont plus minoritaires, surtout à Canaan2 (3 % environ des enquêtés).

Tableau 1 – Statuts des personnes enquêtées

Boko

Canaan2

Modalités

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Non renseigné

3

2.9

18

23.1

Chef de foyer

57

54.3

42

53.8

Conjoint (e)

26

24.8

14

17.9

Hébergé (e)

3

2.9

2

2.6

Membre de la famille

16

15.2

2

2.6

Total

105

100.0

78

100.0

Source : Enquêtes V. Dathus, 2017.

  • 10 L’affermage est un bail emphytéotique d’une durée variable selon les accords, ce mot est également (...)

29Les mécanismes d’accès au sol à Boko et à Canaan2 sont multiples, mais nous pouvons distinguer cinq procédés principaux (Tableau 2), l’accaparement direct ou invasion (plus présents à Canaan2), l’achat, l’affermage10, l’attribution, le « don » des ONG (surtout à Boko) ou encore la succession. Dans le cas des invasions, il est rare que ce soit le fait de familles isolées mais plutôt celui de groupes clandestins ou des chefs d’associations organisant l’occupation des terrains. À Canaan2 et aux lendemains du séisme, des associations sont nées après l’établissement des premières familles sinistrées. Certains responsables de ces associations se sont ensuite érigés en pouvoirs locaux sur le foncier du secteur en devenant les autorités de facto des attributions sous forme de partage ou de vente (Tableau 2). La puissance publique, en grande partie à la source du processus en prenant l’arrêté de déclaration d’utilité publique, laisse prospérer ces acteurs informels en considérant le développement des bâtis à Canaan comme un épisode temporaire. Ceci pose le problème des représentations divergentes entre un État, pour qui ces espaces demeurent de jure vacants, et la multiplicité des productions foncières créant de facto des espaces de plus en plus urbanisés.

30À Boko, sur un corpus de 105 habitants enquêtés, 32 % (Tableau 2) ont acquis leur propriété grâce au « don » de l’ONG Fédération Luthérienne mondiale (FLM), alors qu’à Canaan2, sur 78 habitants enquêtés, aucun n’a bénéficié de ce type d’assistance. À Canaan2, 51 % des familles enquêtées se trouvent sur un terrain approprié par invasion, cette importance s’explique par la primauté d’arrivée des habitants aux lendemains immédiats du séisme et avant même l’arrêté d’utilité publique. Dans ce secteur, certains responsables d’églises évangéliques affirment aussi l’appropriation pure et simple du sol utilisé pour construire leur lieu de culte (Archambeau, op. cit.).

Tableau 2 – Les modes d’accès au sol

Boko

Canaan2

Modalités

Effectif

Pourcentage

Modalités

Effectif

Non renseigné

4

3.8

0

0

Par succession

3

2.9

1

1.3

Par achat

50

47.6

31

39.7

Par location

3

2.9

1

1.3

Par affermage

15

14.3

5

6.4

Don d’une ONG

30

28.6

0

0

Invasion

0

0

40

51.2

Total

105

100.0

78

100.0

Source : Enquêtes V. Dathus, 2017.

31Pourtant, une part significative de l’échantillon a acheté son terrain : 48 % à Boko et 40 % à Canaan2. En effet, depuis 2011, Canaan est devenu un vaste marché de transactions foncières clandestines. Selon nos enquêtes, les vendeurs, le plus souvent les primo arrivants, bénéficient d’une rente de localisation pour leur premier terrain à proximité de la Route nationale 1. Ces pionniers s’approprient alors deux, voire trois, autres parcelles, généralement en arrière-plan, qu’ils clôturent de haies ou de murets de fortune. La répartition se fait par entente mutuelle et sur la base d’une superficie d’un centième de carreau (ancienne mesure coloniale rurale équivalente à 1,29 ha), soit de 129 m2 par parcelle, vendue aux familles fraîchement arrivées et à un prix plutôt élevé pour le quartier. En effet, selon nos enquêtes d’août 2018, le prix du centième de carreau varie de 40 000 à 50 000 gourdes (entre 600 à 650 dollars USD d’après le cours du moment). Les primo arrivants occupent généralement des parcelles totalisant deux à quatre centièmes d’un carreau, soit une superficie totale de 258 à 516 m2 pouvant leur rapporter 100 000 à 200 000 gourdes (1 300 à 2 600 dollars USD).

32Pour accéder aux logements construits par l’ONG Fédération Luthérienne Mondiale dans le Village Model, les bénéficiaires devaient verser une contrepartie de 1 034 dollars américains. Même si cette opération s’apparente à une vente, la somme demandée est relativement modique pour des logements en dur sis sur un terrain viabilisé. Mais le statut foncier des sols demeure flou car le village a été implanté sur un domaine public avec une simple autorisation municipale. D’ailleurs, un des bénéficiaires enquêté nous a confié que l’ONG a formellement interdit aux foyers de revendre leur logement. Pourtant, plusieurs des maisons attribuées ont déjà été revendues et les familles nouvellement arrivées au Village Model affirment avoir acheté leur maison au prix de 6 000 dollars américains environ. Selon un entretien réalisé auprès d’un chef d’association du Village, il resterait moins de 30 % des bénéficiaires initiaux parmi les résidents. Les premiers habitants du Village Model ont ainsi réalisé une plus-value de la revente de leur logement pour s’installer dans des terrains à proximité du Centre-Ville de Gressier ou pour d’autres types d’investissements.

33Beaucoup de nouveaux propriétaires à Canaan2 comme à Boko avaient déjà des biens immobiliers dans leurs anciens quartiers. Les objectifs post-catastrophes de logements pour les plus démunis semblent avoir raté leurs cibles en favorisant indirectement des classes sociales plus favorisées. Ainsi, par l’arrêté d’utilité publique de Canaan et par la fondation du Village Model à Boko, les acteurs institutionnels ont implicitement encouragé voire incité une dynamique de productions et de transactions foncières illégales. Si nous avons pu collecter des informations concrètes sur la manière individuelle d’accaparements ou de reventes foncières, le rôle des associations ayant fait main basse sur des terres vacantes reste encore à décrypter.

La précarité des statuts fonciers

34Canaan2 et Boko se densifient et s’étalent par l’apparition continuelle de nouvelles poches de constructions. Les familles viennent d’un peu partout mais plus particulièrement d’autres communes du département de l’Ouest, comme Cité-Soleil, Tabarre, Delmas, Pétion-Ville, Carrefour ou Port-au-Prince. Cependant, et dans les deux secteurs, les habitants vivent dans une situation d’insécurité foncière issues des modes d’accès au sol.

35À Canaan2, les appropriations par invasions sont fréquentes dans le périmètre de l’arrêté d’utilité publique. Même si l’article 2 interdit formellement tous travaux de viabilisation et de pérennisation de l’habitat, les constructions se sont multipliées et les transactions sont fréquentes. Pour ces habitants, l’arrêté légitime amplement leur présence, même si tous ne font pas partie des sinistrés du séisme de 2010. Installés depuis presque 10 ans, les résidents de Canaan2 ou de Boko pourraient fonder un espoir sur la prescription acquisitive. La législation haïtienne distingue en effet deux catégories de prescription acquisitive : la plus petite s’acquiert dans une période de 10 ans et la grande demande un délai de 20 ans pour être appliquée.

36Les ventes de terrain effectuées à Canaan2 sont des transactions de gré à gré, sans passation de véritable « titre de propriété » entre vendeur et acquéreur. Dans son acceptation légale, le titre de propriété est un document délivré en premier par un notaire assermenté sur la base de déclarations faites par le propriétaire et le vendeur, après vérifications de la légalité des procédures. En Haïti, pour une transaction totalement légale concernant un sol urbain, le processus peut durer au minimum douze mois avant la délivrance du titre de propriété. Les étapes importantes incluent la vérification de l’authenticité de propriété de la parcelle et l’enregistrement de la transaction à la Direction Générale des Impôts (DGI). Mais, à Canana2, le terme de « titre de propriété » a une tout autre acception. Une des questions de notre enquête porte sur la possession d’un titre de propriété. Les chefs de ménage ont donné des réponses très diverses (Tableau 3) : 10 %, soit 8 foyers sur les 78 que compte notre échantillon, déclarent être en possession d’un titre de propriété ; le processus d’immatriculation serait en cours pour 15 % de la population, mais 75 % des familles occupent un terrain sans titre de propriété.

37Lorsque nous demandons à voir la nature des documents dont ils disposent réellement et qu’ils qualifient de « titre de propriété », les enquêtés présentent une copie de la déclaration d’utilité publique du 22 mars 2010 et celle d’un permis de construire délivré par la municipalité de la Croix-des-Bouquets. Bien entendu, ces documents ne peuvent pas prétendre au statut d’un « titre de propriété » notarié avec droit d’aliénation et d’usufruit et pouvant servir de caution solidaire auprès d’institutions financières et des coopératives dans l’accès aux crédits. Les 15 % se déclarant en cours d’immatriculation sont donc des chefs de ménage ayant introduit une demande de permis de construire auprès de la Municipalité de la Croix-des-Bouquets et qui attendent le résultat de leur requête. Mais la majorité des habitants n’a aucune forme de justificatif légitimant l’occupation de son terrain, car l’ayant acquis de vendeurs qui en étaient eux-mêmes dépourvus.

Tableau 3 – Diversité de situations par rapport au titre de propriété

Boko

Canaan

Modalités

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Acte notarié

25

24.3

0

0

Reçu de vente

6

5.8

20

25.6

Autorisation de la mairie

8

7.8

18

23

Démarche en cours

39

37.9

5

6

Contrat d’affermage

1

1.0

10

12,8

Aucun

24

23.1

25

32

Total

103

100.0

78

100.0

Source : Enquêtes V. Dathus, 2017.

La prescription acquisitive : une solution pour une sécurité foncière ?

38La production foncière informelle et post-séisme en périphérie de Port-au-Prince couvre maintenant une période de 10 ans, mais les foyers ayant résolu de se tourner vers cette solution à Canaan comme à Boko vivent toujours dans une insécurité foncière les exposant à un risque permanent de déguerpissement. Pour les familles ayant occupé leur terrain depuis une décennie, un mince espoir réside dans la prescription acquisitive.

39L’un des éléments déterminants pour pouvoir bénéficier de cette procédure sur une propriété occupée illégalement est de prouver l’acquittement de factures auprès des services publics. Ces derniers peuvent en effet accepter de raccorder les foyers aux réseaux d’électricité et d’eau courante, même si les conditions d’accès à la propriété occupée demeurent floues. La construction d’un logement nécessite l’obtention d’un permis de construire, délivré par la mairie concernée en s’acquittant des droits sur le foncier bâti auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI). Ces différents documents, permis de construire, factures d’eau et d’électricité, reçus annuels d’impôts de la DGI, peuvent servir d’arguments pour bénéficier d’une prescription acquisitive.

40Nous avons donc interrogé les habitants sur d’éventuelles stratégies de légalisation de leur statut en leur demandant s’ils versaient des impôts sur le bâti foncier à la DGI. La majorité des réponses est restée floue et même ceux déclarant s’acquitter de ces taxes ne semblent pas en saisir l’enjeu. Pour les habitants, ces impôts ou toute autre forme de factures sont plus perçus comme un juste paiement à des services rendus et non comme un accès possible à des droits de sécurisation foncière. Mais même si certains habitants s’avéraient suffisamment avisés pour entamer les démarches administratives comme juridiques pour réclamer leur droit, la longueur et la complexité des procédures, ainsi que l’importance de leurs coûts, dresseraient des barrières quasi insurmontables.

41Les modes de transactions en cours dans la production foncière informelle postséisme semblent fort bien s’accommoder de ce flou juridique pour en tirer de juteux profits. À Canaan2, certains propriétaires disposent de plusieurs parcelles réservées à une vente quasi spéculative tandis que d’autres vivent chichement sur leur petit lopin. Ces inégalités dans l’accès au sol et la rapacité des vendeurs, individuels ou par groupes et de leurs intermédiaires, aboutissent à des conflits parfois sanglants. Une même parcelle, vacante ou construite, peut faire l’objet de multiples ventes et reventes, par un même vendeur ou par plusieurs se réclamant de ce droit. De violents conflits vont donc opposer acheteurs et « racheteurs » dupés par un marché foncier abusif où règne la loi du plus fort.

42Dans nos deux zones d’études, l’insécurité foncière est un sort commun aux familles installées depuis la période post-séisme. Que ce soit un terrain acquis dans une transaction douteuse et bâti sans permis à Canana2 ou une maison en dur achetée dans des conditions incertaines dans le Village Model à Boko, tous redoutent de se trouver un jour expulsés de chez eux. Face à un tel vide juridique, quelle est la part de responsabilité des institutions en charge de la gestion de l’habitat, de l’aménagement et de la planification urbaine ?

Le rôle paradoxal des acteurs institutionnel dans la production foncière informelle

43La période post-séisme a augmenté les opportunités d’accès au sol et au logement en périphérie de Port-au-Prince pour de nombreux foyers, sans pour autant régler l’épineuse question de la sécurité foncière. Nous pouvons interroger le rôle des acteurs institutionnels, État, municipalité et ONG dans la précarisation foncière des habitants de Canaan2 comme de Boko. Si les logiques d’urbanisation des deux secteurs semblent au départ différentes, nous constatons les mêmes permanences dans la production foncière informelle.

Figure 7 – Unité de logement dans le Village Model à BOKO

Figure 7 – Unité de logement dans le Village Model à BOKO

Cliché : Vosh Dathus, janvier 2018.

44La Fédération Luthérienne Mondiale à Boko présente le cas classique d’une ONG se substituant aux institutions locales (Lombart et al., 2014), dans l’offre de services de base à la population, allant jusqu’à s’immiscer dans l’attribution de terrains publics. Le rôle de la municipalité est aussi ambigu, par sa mise « à la disposition » de la FLM d’un terrain pour la construction d’un parc de logements sociaux (Figure 7), vendus à prix modiques, mais dont le statut foncier demeure flou. Les transactions qui s’en sont suivies complexifient la situation malgré l’utopique interdit de vente émis par l’ONG. Les travaux réalisés par la FLM sont pourtant très complets (terrassements, parcellisations régulières, construction des logements selon des normes parasismiques). Des panneaux solaires ont été installés et des puits dotés de pompes creusés. L’effort a aussi porté sur les voies de communication toutes goudronnées et le lotissement est raccordé à la route nationale 2 (Figure 5). Tous ces éléments ont contribué au renchérissement du prix des unités de logement lors des transactions informelles.

45Les primo arrivants à Canaan2 ont certes précédé l’arrêté d’utilité publique pris par l’État haïtien, mais la publication de ce dernier a créé un véritable appel d’air attirant une multitude de foyers sans lien direct avec le séisme. Si dans d’autres aires, comme à Corail-Cesselesse, des ONG ont créé de véritables cités de toiles pour l’accueil des réfugiés du séisme, notre secteur d’étude n’a bénéficié d’aucune aide pour son aménagement. Les victimes du tremblement de terre et les familles qui les ont rejointes ultérieurement se sont retrouvées être à la fois les habitants et les aménageurs de leurs quartiers (Percq, 1994). Les premières masures apparaissent dès février 2010, abris provisoires fabriqués avec des matériaux légers de récupération et qui se sont « durcifiés » graduellement. La construction de ces logements mobilise l’entre-aide selon un savoir-faire local. Le bâti de Canaan2 est donc dépourvu de toutes normes parasismiques, installé sur des parcelles irrégulières délimitées sur des terrains arides et pentus. Quelques tracés de rues poussiéreuses (Figure 8) organisent la circulation mais, dans l’ensemble, les habitants se déplacent encore sur des sentiers abrupts et peu aménagés. Malgré l’absence de l’État en termes de services de base, et des conditions de vie précaires, la croissance et la densification de Canaan sont parmi les plus rapides des zones périphériques de Port-au-Prince.

Figure 8 – Logements à Canaan2

Figure 8 – Logements à Canaan2

Cliché : Vosh Dathus, octobre 2017.

46À Canaan2 comme à Boko, l’État et l’ONG FLM ont créé les conditions d’émergence d’une production foncière informelle, même s’ils avaient assorti leurs actions d’interdictions préalables de constructions ou de transactions. Cependant, la mairie de la Croix-des-Bouquets, dont dépend le secteur de Canaan2, semble peu s’en soucier et délivre de nombreux permis de construire. Pourtant la loi du 29 mai 1963, dans son article 30 définit les conditions de délivrance d’un permis de construire comme suit : « Aucune construction nouvelle, aucune modification de construction existante ne pourront être entreprises sans une demande d’autorisation adressée à l’administration locale et transmise pour avis au service compétent de la direction générale des Travaux Publics. Cette demande sera accompagnée du plan d’arpentage de la propriété signée par le constructeur précisant la localisation de la construction projetée. En outre, le projet comportera en duplicata les dessins cotés tels que le plan, coupe, élévation et épure à une échelle d’au moins un centimètre par mètre » (CIAT et al., 2013). Les autorités municipales n’exigent manifestement pas tous les documents stipulés par la loi pour délivrer le précieux permis. En acceptant l’existence d’une zone de facto urbanisée et en expansion, la commune de la Croix-des-Bouquets semble faire preuve de pragmatisme. Mais son action encourage l’occupation des sols des secteurs de Canaan par un habitat urbain sans pour autant lui offrir des solutions réglant la fragilité des statuts fonciers ou l’anarchie des transactions.

47À Boko, malgré des attributions en bonne et due forme aux premiers bénéficiaires, l’ensemble des habitants du secteur connaît une situation d’insécurité foncière quant à son statut. Les suivis d’attribution de titres de propriétés aux premiers bénéficiaires incombent aux autorités municipales de Gressier. Mais, à ce jour, aucune action n’a été entreprise en ce sens. Pourtant, les habitants sont toujours contraints de payer ces frais de suivi d’impôt à la mairie. Les espaces voisins du Village Model se densifient également, selon un mode d’accès au sol flou, car devenus plus accessibles grâce à la nouvelle route goudronnée. La production foncière informelle a donc trouvé par ce biais un marché florissant encourageant l’émergence de constructions très éloignées des normes et des exigences de la FLM.

48En définitive, dans l’idéal, la puissance publique ou tout autre acteur institutionnel aurait pu tout simplement se conformer à la loi pour lotir ou rendre constructibles des espaces vacants en périphérie de Port-au-Prince. Ce préalable aurait facilité l’immatriculation des parcelles et la disponibilité d’un plan d’arpentage ouvrant le droit à un permis de construire clair. Pauvreté de l’État, indigence de la population, séisme majeur, précipitations des ONG dans l’action, les raisons sont multiples pour justifier l’absence d’un tel choix ouvrant la voie à la production informelle. Il ne reste donc aux habitants que des bribes de légalités, émanant d’un arrêté présidentiel et/ou d’un permis de construire municipal comme à Canaan 2, ou d’une promesse communale comme à Gressier pour construire leur légitimité citadine sur leur terrain.

Conclusion

49Le séisme de 2010 se révèle être un amplificateur mais aussi un coup de projecteur porté sur l’épineux problème du manque de logement dans l’agglomération de Port-au-Prince. Les périodes de secours d’urgence voire de reconstruction ont ainsi ouvert des espaces périphériques publics, jusque-là vacants, à une production foncière informelle qui, dix ans après la catastrophe, demeure toujours plus dynamique.

  • 11 Unité de construction de logements et de bâtiments publics.

50Les pouvoirs publics connaissent pourtant l’ampleur du problème de logement dans le pays en général et à Port-au-Prince en particulier. Une étude de l’UCLBP11 (2013) décrit une zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPAP) comptant en 2012 plus de 2,3 millions habitants. Malgré ces chiffres, les mesures récentes en faveur du logement urbain sont timides voire inexistantes, les pouvoirs publics préférant, dans ce cas comme dans d’autres, sous-traiter leurs responsabilités envers les plus démunis aux ONG. L’action de ces dernières, ponctuelles et souvent tournées vers l’image, ne peut répondre à l’immensité d’une demande comblée par de multiples initiatives informelles, termes génériques recouvrant des réalités multiples et complexes.

51Ce flou institutionnel et ce manque de volonté à ne pas vouloir accompagner, voire anticiper, un territoire qui s’urbanise interroge (Milian et al., 2018). R. Noël (2012) réfute l’assertion courante d’un État haïtien faible, il appuie son argumentaire sur l’exemple de l’arrêté d’utilité publique pris par ce même État pour protéger ses prérogatives et encadrer les actions d’urgence sur le domaine public de Canaan. Selon cet auteur, la véritable faiblesse vient du manque de moyens pour réaliser les travaux d’aménagement estimés, en 2012, à 50 millions de dollars américains. Un plan d’urbanisme conçu la même année par la Société d’Aménagement et de Développement (SODADE) est ainsi resté dans les tiroirs. Malgré les permis de construire délivrés, la mairie de la Croix-des-Bouquets refuse de légitimer les invasions à Canaan, et considère l’État comme seul responsable de la gestion du secteur (Yapi-Diahou, op. cit.). Dans ce flou administratif fait de démissions et d’irresponsabilités institutionnelles, la production immobilière à Canaan bat son plein et le secteur se densifie et s’étale à un tel rythme qu’il s’étend maintenant sur le territoire de la commune voisine de Cabaret, incluse dans l’arrondissement d’Arcahaie.

52Dans nos deux secteurs d’étude (Canaan2 ou Boko), nous avons démontré les mécanismes fonciers permettant de transformer un espace périphérique en sol de facto urbain. Cette production d’espaces urbains rejoint ainsi l’informalité de la production foncière et pose le problème du droit à la ville des habitants dont la précarité foncière est un des faciès les plus iniques. En effet, délivrer un titre de propriété légal sur une parcelle sise dans des secteurs de plus en plus denses revient à admettre l’urbanité de ce sol. Il semblerait que les pouvoirs publics préfèrent se représenter ces espaces densifiés voire taudifiés comme « vacants » et pouvant s’urbaniser selon des normes modernes plutôt que d’admettre leur existence et d’accompagner leur aménagement. Le terme biblique de Canaan, ou de terre promise, utilisé voire revendiqué par les habitants (et par d’autres acteurs) est ainsi absent de l’arrêté de 2010 qui lui préfère les toponymes anciens de Corail-Cesselesse, de Montet, de Lerebours, de Morne Saint-Christophe, de Latanier ou de Concombre.

53Mais malgré cette cécité de l’État, les autorités locales paraissent mieux accepter la réalité tout en cherchant à travers cette reconnaissance à s’imposer réellement sur leur territoire, comme les y autorise la constitution de 1987. C’est probablement à partir de cette échelle et avec un vrai dialogue de toutes les parties prenantes que pourrait émerger, légalement, le périmètre de la Région Métropolitaine de Port-au-Prince composée d’espaces urbains plus inclusifs et un foncier moins inique et anarchique.

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Notes

1 Ce terme est une commodité de langage et ne recouvre pas une réalité juridique.

2 Les résultats utilisés dans l’article font partie de la campagne d’enquête de la thèse de doctorat en cours de V. Dathus.

3 Le découpage administratif haïtien s’organise en département, arrondissement, commune et section communale.

4 En général, ces associations ne sont pas inscrites dans les registres du Ministère des affaires sociales.

5 Selon le même rapport, les Perspectives d’Urbanisation dans le Monde des Nations Unies (ONU) avancent plutôt pour Haïti le chiffre de 57 % en 2015 et avec un taux moyens annuel d’urbanisation de 5 % entre 2000 et 2015.

6 Moniteur, 1970, vol. 125, http://ciat.bach.anaphore.org/archives/show/HTIGOUVCIAT_000000009_de-215.

7 Nom donné à une plantation de l’époque coloniale.

8 Le Moniteur du lundi 22 mars 2010, n° 21.

9 Nous n’avons pas encore trouvé les archives sur les détails du projet.

10 L’affermage est un bail emphytéotique d’une durée variable selon les accords, ce mot est également utilisé pour désigner la location de logement.

11 Unité de construction de logements et de bâtiments publics.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Localisation des zones d’étude
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-1.png
Fichier image/png, 2,1M
Titre Figure 2 – Schéma de l’étalement urbain à Port-au-Prince
Crédits Source : Calmont et Mérat, 2015, p. 475.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-2.png
Fichier image/png, 195k
Titre Figure 3 – Évolution de la tâche urbaine de Port-au-Prince de 1978 à 2016
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-3.png
Fichier image/png, 2,5M
Titre Figures 4a et 4b : Secteur de Bois-Boko au centre des images en 2010 et 2016
Crédits Source Google Earth, 2017
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-4.png
Fichier image/png, 7,2M
Titre Figure 5 – Photo de la nouvelle route goudronnée conduisant au Village Model
Crédits Cliché : Vosh Dathus, 13/01/2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-5.png
Fichier image/png, 2,8M
Titre Figure 6 – Les raisons d’une mobilité résidentielle en périphérie de Port-au-Prince
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-6.png
Fichier image/png, 64k
Titre Figure 7 – Unité de logement dans le Village Model à BOKO
Crédits Cliché : Vosh Dathus, janvier 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-7.png
Fichier image/png, 2,5M
Titre Figure 8 – Logements à Canaan2
Crédits Cliché : Vosh Dathus, octobre 2017.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/10056/img-8.png
Fichier image/png, 1,9M
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Pour citer cet article

Référence papier

Vosh Dathus et Bezunesh Tamru, « La production foncière informelle dans les périphéries de Port-au-Prince »Les Cahiers d’Outre-Mer, 279 | 2019, 167-192.

Référence électronique

Vosh Dathus et Bezunesh Tamru, « La production foncière informelle dans les périphéries de Port-au-Prince »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 279 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/10056 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.10056

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Auteurs

Vosh Dathus

Doctorant à l’Université Paris 8 – UMR-Ladyss. École Normale Supérieure – Université d’État d’Haïti. Courriel : dvosh2000(at)yahoo.fr

Bezunesh Tamru

Professeure – Université Paris 8, UMR-Ladyss. Courriel : bezunesh.tamru(at)univ-paris8.fr

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