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L’hôtel et le café dans les romans de Klaus Mann et Anna Gmeyner. Repenser les espaces sociaux

Maélys Vaillant
p. 199-216

Texte intégral

1 Prendre la mesure de l’expérience de l’exil allemand, par le biais des œuvres littéraires publiées par les auteurs exilés, comporte généralement une série de difficultés. Comment garantir la vé­racité et la fiabilité des propos ? Comment s’assurer que l’ex­périence de l’auteur corresponde suffisamment à celle des personnes “ordinaires”, qui ne jouissent d’aucune renommée ? Comment situer les représentations littéraires dans leur contexte historique ? Malgré ces difficultés, les œuvres littéraires, et les romans en particulier, constituent un outil crucial à la compré­hension d’une époque. Discerner les représentations littéraires récurrentes d’un espace spécifique et situer ces tendances dans leur contexte historique permet de mieux saisir la place occupée par ces espaces. La recherche sur la littérature des auteurs exilés traite généralement du pays d’accueil, en particulier pour les exilés vers les pays d’accueil les plus prisés, tels que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis. La présente contribution vise à ana­lyser les représentations de deux espaces sociaux précis, le café et le restaurant, qui, bien qu’ayant traditionnellement des fonc­tions similaires, se sont vus investis de manière opposée lors de la Seconde Guerre mondiale. À cette fin, cet article analyse deux ro­mans de la littérature des auteurs exilés : de Klaus Mann et Café du Dôme d’Anna Gmeyner. En 1939, l’auteur allemand Klaus Mann publie son dernier roman dans la maison d’édition néerlandaise Querido. L’œuvre constitue une chronique des exilés allemands entre 1933 et 1939. Le récit traite d’une série de personnages issus de différents milieux (professeurs, aristocra­tes et ouvriers) dont les destins s’entremêlent. Parmi eux, l’actrice Marion von Kammer, le jeune poète héroïnomane Martin Korella (dans lequel on reconnait Klaus Mann) et son amant, le jeune bré­silien Kikjou, se rencontrent régulièrement dans un café parisien au début des années trente pour discuter de la situa­tion en Allemagne. Ce qui réunit tous ces différents personnages, c’est la peur à l’égard de la montée du nazisme, la nostalgie en­vers la patrie et l’espoir d’un avenir meilleur. Klaus Mann, lui-même parti en exil dès 1933, se base à plusieurs reprises sur sa propre expérience en se référant notamment aux différents pays dans les­quels il a résidé au cours de son exil tels que les Pays-Bas, la France et les États-Unis. Der Vulkan, que Klaus Mann lui-même tient pour son meilleur roman, permet grâce à son grand nombre de personnages d’illustrer la diversité des exilés qui fuient la montée du nazisme en Allemagne. Il permet également de dé­montrer les différents impacts que la vie en exil ont sur l’individu. Certains personnages, tel le professeur Abel qui était avant son exil pro­fesseur titulaire à l’université de Bonn, se replient sur eux-mêmes et deviennent antisociaux à mesure qu’ils se renferment dans leur misère. D’autres, tel Martin, cherchent le réconfort dans les dro­gues ou se suicident.

Klaus Mann en Italie, 1944

© Stadtbibliothek München

2 L’œuvre d’Anna Gmeyner, en revanche, décrit l’expérience exilique d’un personnage principal unique, Nadia Schumacher, ce qui confère au roman un caractère plus introspectif. En 1941, l’auteure autrichienne Anna Gmeyner publie son deuxième roman Café du Dôme en exil, sous le pseudonyme Anna Reiner. Le roman était à l’origine écrit en allemand et devait apparaître dans la maison d’édition Querido, tout comme son premier roman Manja, mais en raison de l’invasion allemande des Pays-Bas la version originale n’a jamais été retrouvée. Il est finalement publié en an­glais à Londres en 1941. Dans son roman, l’auteure décrit la vie quotidienne des exilés à Paris lors des années trente. L’histoire se développe autour du café éponyme, lieu de rencontre central du roman. Ainsi le Café du Dôme devient un théâtre de la vie dont Nadia, qui passe la majorité de son temps dans cet espace, est la spectatrice.

Café du Dôme à Montparnasse vers les années trente

3 Nous analyserons le rôle que jouent les espaces que constituent l’hôtel et le café dans ces deux romans. Pour ce faire, nous commencerons par parcourir l’histoire du concept d’hospitalité, qui représente un élément crucial pour ces deux espaces sociaux. Nous examinerons ensuite successivement le café et les espaces alimentaires en général dans leur fonction d’espace de convergence et de résistance, puis le café comme salle d’attente, et enfin l’hôtel comme espace de refuge et de persécution.

Une histoire d’hospitalité

  • 1 A. White, Palaces of the people. A history of Social Commercial Hospitality, New York, 1970, p. 8-1 (...)

4 Comprendre la représentation littéraire d’un espace social suppose une appréhension de sa fonction dans la société et de son évolution au sein de celle-ci. En raison de leur histoire commune, ceci est d’autant plus le cas en ce qui concerne le café et l’hôtel. Réduits à leur fonction la plus basique, ils offrent à leurs clients une seule et même chose : une hospitalité commerciale1. C’est également le cas du restaurant, qui partage la fonction d’espace alimentaire avec le café, tout en disposant de ses propres règles.

  • 2 C. Grafe – F. Bollery (éds.), Cafes and Bars. The Architecture of Public Display, Oxford­shire, 200 (...)

5 Il s’avère difficile de délimiter un concept aussi large que le café. Ainsi recouvre-t-il une multitude d’établissements tels que la maison de thé, le bistrot ou le bar, qui ont tous des codes culturels distinctifs2. Mais s’il est acceptable de passer une soirée entière dans un café sans ne jamais rien manger, il en va tout autrement dans un restaurant, où ceci enfreindrait les règles implicites qui régissent cet espace. En outre, il y est généralement mal vu de quitter la table à plusieurs reprises ou de se joindre à celle d’une autre personne. Toutefois, les deux espaces ont des fonctions pro­ches, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un café qui offre éga­lement de quoi manger.

  • 3 Y. Ciotti, « Hospitalité touristique. Conceptualisation et études de l’hospitalité des destinations (...)
  • 4 E. Telfer, « The philosophy of Hospitableness », dans A. Morrison (éd.), In Search of Hos­pitality. (...)
  • 5 J. T. Godbout, « Recevoir c’est donner », Communications. L’hospitalité 65, 1997, p. 41-42.
  • 6 K. Mann, Der Vulkan. Roman unter Emigranten, Hambourg, 2020, p. 72-73.

6 Les similitudes considérables qui relient ces trois espaces re­montent à l’hospitalité traditionnelle des accueillants vis-à-vis des visiteurs et passants. Cette hospitalité traditionnelle, désignée comme « désintéressée »3, qui obligeait l’hôte à bien soigner son invité en lui « partageant son chez-soi », était un excellent outil pour nouer des relations tant professionnelles qu’amicales4. Ainsi, celui qui accueille offre-t-il gracieusement nourriture, héber­gement, protection et sécurité à son invité. Mais l’hôte n’est pas le seul à faire preuve de don. Celui qui est reçu apporte de manière générale des cadeaux, mais plus important encore, on peut con­sidérer qu’« il s’offre lui-même. Il est un don »5. Cet échange de “don” réciproque lors de l’accueil est décrit dans Der Vulkan lorsque la mère de Marion, Marie-Luise, cherche à établir un nouveau cercle d’amis après son départ pour la Suisse. Marie-Luise, qui en tant que baronne est membre de l’aristocratie alle­mande, est habituée à un certain prestige au sein de la société allemande. Néanmoins, en raison de l’origine juive de son défunt mari elle se trouve obligée de quitter l’Allemagne pour protéger ses trois filles : Tilly, Marion et Susanne. Pour rester impliquée dans la même sphère sociale qu’en Allemagne, elle reprend contact avec ses anciennes fréquentations. Ceux-ci l’invitent avec grand plaisir à dîner en raison du prestige de son titre6. Ce n’est que par après, lorsqu’il s’avère que son mari était d’origine juive et qu’elle méprise ouvertement les nazis, fait inconcevable pour son hôte, que l’atmosphère conviviale et hospitalière disparaît.

Espaces de convergence et de résistance

  • 7 Y. Ciotti, « Hospitalité touristique... », op. cit., p. 91-93.
  • 8 A. White, Palaces of the people..., op cit., p. 8-9.
  • 9 Ibid.

7 De nos jours, la relation hospitalière adopte une forme plus commerciale. Cependant, il serait erroné de parler d’une opposi­tion pure et dure entre l’hospitalité traditionnelle et commercia­le, car, comme nous l’avons signalé, l’hospitalité traditionnelle n’était pas entièrement désintéressée7. Bien que le café, l’hôtel et le restaurant doivent leur origine à l’hospitalité traditionnelle, leurs formes contemporaines, plus commerciales, remontent quant à elles aux anciennes tavernes et auberges – ces établis­sements, chargés de nourrir et d’héberger les passants de toutes sortes8. Simultanément, ces établissements servaient aux villa­geois d’espace de rassemblement, ce qui est largement dû à l’ha­bitude d’y offrir de quoi boire et de quoi manger. Il est fort probable que la fonction d’hébergement de l’auberge est une conséquence de sa fonction de rassemblement ainsi que de la possibilité de pouvoir boire tout son saoul9.

  • 10 K. J. James – A. K. Sandoval-Strausz – D. Maudlin – M. Peleggi – C. Humair – M. W. Berger, « The ho (...)
  • 11 L. Bihl-Wilette, Des tavernes aux bistrots. Histoire des cafés, Lausanne, 1997, p. 47-49.
  • 12 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 288.

8 Ces deux fonctions, espace de rassemblement et espace d’hé­bergement, se sont graduellement éloignées l’une de l’autre. L’évolution de la société et des classes sociales qui la structurent, ainsi que le développement des transports (chemins de fer notamment), nous amènent aux concepts de l’hôtel et du café contemporains10. Deux “nouveaux” types d’établissements qui se distinguent principalement de l’auberge et de la taverne par l’illusion de luxe qui en émane11, comme en témoigne la phrase suivante extraite de Der Vulkan : « Das Wort “Gasthausstrich sie aus und schrieb “Hotel” darüber. Das ist höflicher, dachte sie »12 (Elle raya le mot “auberge” et écrivit “hôtel” par-dessus. C’est plus poli, pensa-t-elle).

  • 13 L. Bihl-Wilette, Des tavernes aux bistrots..., op. cit., p. 11.
  • 14 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 77.
  • 15 J. Grévy, « Les cafés républicains de Paris au début de la Troisième République. Étu­de de sociabil (...)
  • 16 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 77.
  • 17 Ibid., p. 90.

9 Le café devient essentiellement un espace de rencontre, qui permet aux individus aux intérêts, aux convictions ou aux statuts socio-économiques similaires de se réunir ou de faire connaissance. Cet aspect apparaît dans un certain nombre de codes légaux particuliers à cet espace, tentant de les réguler, puisque ce sont, selon les mots de Luc Bihl-Wilette, des « lieux de rencontre donc lieux dangereux : lieux de discussions donc de désordre, de con­testation, lieux criminogènes parfois »13. La diversité des raisons pour lesquelles les personnes se réunissent au sein de cet espace, ainsi que le grand nombre d’établissements qui tombent sous le concept du “café”, que ce soient des maisons de café luxueuses ou des bistrots marginaux, permettent par exemple à Tilly, qui en tant que fille de Marie-Luise a grandi dans la “haute-société”, de rencontrer dans les bistrots d’autres jeunes adultes avec qui elle n’a pas grand-chose en commun mis à part « die Antipathie gegen die Nazis » (l’antipathie envers les nazis)14. L’opportunité de se rassembler avec des gens aux convictions similaires explique en effet la fréquente représentation de cet espace dans la littérature d’exil comme lieu de résistance, fonction récurrente dans l’his­toire, des Stonewall riots aux États-Unis aux oppositions po­litiques dans les cafés parisiens au début de la Troisième République15. Cette fonction de résistance dite “active” due à la fonction de regroupement, est exactement ce qui pousse Tilly à se réunir dans des cafés avec d’autres opposants au fascisme16, et à Hans et Ernst d’y vendre des journaux antifascistes17.

  • 18 H. Kesten, Dichter im Café, Cadolzburg, 2015, p. 9.
  • 19 L. Bihl-Willette, Des tavernes aux bistrots..., op. cit., p. 17.
  • 20 A. Gmeyner, Café du Dôme, Berne, 2006, p. 18.

10 L’anonymat qu’offre l’espace du café lui confère une fonction supplémentaire dont se sert également la littérature, et davantage encore la littérature des auteurs allemands exilés. Une fonction que l’écrivain Hermann Kesten dénomme comme Wartesaal der Poesie (« la salle d’attente de la poésie »)18. Comme l’indique Luc Bihl-Wilette, le café devient le « refuge de tous ceux qui n’ont pas de domicile, d’abri, de lieu à eux, dans le village, la ville, le quar­tier : voyageurs, étrangers, marginaux de toute espèce [...]. C’est le lieu où on peut être seul et où on peut ne pas être seul »19. C’est cette représentation qui est mise en avant dans le roman d’Anna Gmeyner, où son café est décrit par les personnages comme « the home of ghosts and tourists »20. À cette représentation est liée la notion d’une résistance dite “passive”, par le fait qu’elle n’est pas le résultat d’une action de regroupement consciente. Il faut également signaler que cette notion de résistance “passive” n’est pas l’apanage du café, mais se retrouve dans tous les espaces dits alimentaires en général, comme le restaurant ou la cuisine.

  • 21 J.-P. Poulain, Sociologie de l’alimentation. Les mangeurs et l’espace social alimentaire, Paris, 20 (...)
  • 22 M.-B. Fourcade, « Autour d’un café arménien. La rencontre d’un goût, le partage d’une expérience di (...)
  • 23 Ibid., p. 63.
  • 24 J.-P. Poulain, Sociologie de l’alimentation..., op. cit., p. 26.
  • 25 C. Fischler, L’Homnivore. Le goût, la cuisine et le corps, Paris, 2001.

11 Ceci est dû au fait que le regroupement a plutôt lieu autour de l’alimentation qu’en raison de l’espace en tant que tel21. Cette représentation, qui apparaît entre autres parmi les touristes désirant vivre la vraie cuisine locale, joue un rôle plus subtil pour les personnes en diaspora. La recherche de Marie-Blanche Four­cade démontre à cet égard l’importance du café arménien pour les Arméniens vivant en diaspora à Montréal. Dans ce cas-ci, la no­tion de “café” accorde moins d’importance à l’établissement en soi qu’à la dégustation de la boisson22. La raison de ce changement conceptuel est due à la nature codifiée du café (techniques de préparation traditionnelles, rituels de sociabilité, goût). Par leur importance symbolique, ces pratiques aboutissent pour l’individu dans « la reproduction de l’identité déracinée »23. Cette nature codifiée centrée autour d’une boisson ou de l’alimentation se re­trouve à travers le monde, allant des maisons de thé chinoises ou de la cérémonie de thé au Japon aux irishs pubs. Ces règles di­vergentes sont à la base de la résistance “passive” évoquée, puisqu’elles offrent à l’individu la possibilité de maintenir sa culture, possibilité d’autant plus signifiante pour les personnes exilées. Jean-Pierre Poulain note en effet qu’en temps de péril, « la cuisine et les manières de table sont des lieux privilégiés de ré­sistance » pour les identités locales24. Il s’avère que ce caractère culturel lié à l’alimentation prend le pas sur les habits, les pratiques religieuses et la langue, et ce particulièrement parmi les personnes exilées25.

  • 26 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 417.
  • 27 Ibid., p. 21.

12 Ainsi, dans Der Vulkan, Tulio, qui éprouve un grand mépris vis-à-vis de l’Italie mussolinienne – raison principale de son dé­part vers les États-Unis –, souhaite néanmoins manger de la vraie nourriture italienne pour son anniversaire, et invite donc Marion à manger dans un restaurant italien qui prépare ses repas « fast wie in Bari »26 (presque comme à Bari). Un autre exemple est Mut­ter Schwalbe qui compte ouvrir un restaurant dans les alentours du Montparnasse selon le modèle de son ancien établissement à Berlin, afin de pouvoir offrir à ses compatriotes un repas décent et « nicht so ein kümmerliches “Schnitzèle Viennois” »27 (pas un misé­rable “Schnitzèle Viennois”).

Le café, salle d’attente

  • 28 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.
  • 29 A. Gmeyner, Café du Dôme..., op. cit., p. 311.
  • 30 Ibid., p. 7.
  • 31 Ibid., p. 18.
  • 32 Ibid., p. 86.

13 En raison de la situation personnelle des auteurs, eux-mêmes se trouvant en situation d’exil, la fonction de “salle d’attente” du café est particulièrement mise en avant dans la littérature de l’exil allemand28. Anna Gmeyner illustre cela clairement dans son œuvre Café du Dôme. Toute l’histoire se centre autour du café pa­risien éponyme, qui sert de refuge au personnage principal, Nadia Schumacher. Cependant, la vie n’y est rien d’autre qu’illusion et Nadia n’est qu’une observatrice de ce café qui n’est, pour sa part, qu’un théâtre de la vie : « It was all like a modern theatrical set ».29 Le roman commence par une narration à double perspective, celle de la narratrice externe, et celle de Nadia : « You were Nadia Schu­macher sitting at a table in the Café du Dôme »30 Nadia s’adresse à la deuxième personne du singulier you, montrant de la sorte une certaine distance par rapport à elle-même, d’autant plus qu’elle utilise la forme du passé were. La représentation d’un individu qui perd son identité à l’intérieur de cet espace est renforcée par le témoignage du camarade communiste Martin qui affirme que le café est « the home of ghosts and tourists »31. Mais les touristes partent, tandis que les fantômes restent : « [O]nly the ghosts were left, people who could not bear to be alone with themselves in bed at night, people who behaved as though some unknown individual with whom they had a rendezvous here had been delayed by some accident and might appear at any moment. »32

  • 33 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.

14 Les exilés souhaitant retourner vers leur patrie se voient obligés d’attendre la fin du régime fasciste, alors que les autres attendent avec espoir que leurs proches, restés en Allemagne, puissent les rejoindre33. Nadia, dont le mari est emprisonné à Dachau au début du roman, passe de ce fait la première moitié du livre à attendre qu’il soit libéré et la rejoigne à Paris. La représentation des person­nages comme des fantômes semble, a priori, contredire la fonction du café comme maintien du lien à l’identité culturelle. Cette fonction n’est toutefois pas d’application dans ce cas-ci. Ce qui im­porte est la fonction du café en tant qu’espace d’attente, dans lequel l’individu peut se perdre dans ses souvenirs.

  • 34 A. Gmeyner, Café du Dôme..., op. cit., p. 17.
  • 35 Ibid.
  • 36 Ibid., p. 86.

15 La métaphore de maison de fantômes joue un autre rôle sur le plan narratif. Toute interaction, discussion et résolution impor­tante se déroule à l’intérieur de cet espace, mettant de ce fait la ville de Paris en arrière-plan. Nadia exprime dès lors n’avoir parlé à personne excepté Martin depuis son arrivée : « Do you realise that you’re the first person I’ve talked to for the last six months ».34 Cette assertion est cependant immédiatement suivie par la nuance suivante : « I’ve spoken to a good many people, of course, on everyday matters, the concierge, shopkeepers, but one forgets how to talk to people really ».35 La vie à l’extérieur du café semble étrangère à Nadia : « Here too the streets belonged to someone else »36, con­trairement à celle de l’intérieur.

  • 37 Ibid., p. 514.

16 Mann traite également cette thématique, et ce de manière en­core plus prononcée et particulièrement en ce qui concerne les per­sonnages qui se sentent rejetés par leurs pays d’origine. Le café fait office de refuge pour les sans-abris de toute sorte. Ainsi, Kikjou, le jeune Brésilien, se fait la remarque de ne plus avoir de patrie : « [N]ach Hause – wie seltsam es klingt ! ... Ich habe kein Zuhause. Zu lange habe ich mit denen gelebt, die heimatlos sind. Ich gehöre zu ihnen, meine Brüder sind sie. Marcel, mon grand frère – hatte er eine Heimat ? Il était sans patrie »37 (Rentrer à la maison – comme ça sonne bizarre  ! ... Je n’ai pas de chez-moi. J’ai vécu trop longtemps avec les sans-abris. Je leur appartiens, ce sont mes frè­res. Marcel, mon grand frère – est-ce qu’il avait une patrie  ? Il était sans patrie).

  • 38 Ibid., p. 117.
  • 39 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 119.
  • 40 Ibid.
  • 41 Ibid., p. 114.
  • 42 Ibid., p. 31.

17 La volonté de Kikjou de vivre parmi les sans-abris corrobore de ce fait la fonction du café comme refuge pour tous ceux qui n’en ont pas. Il ressent un sentiment de fraternité avec eux sur la base de l’exclusion, ressentie ou réelle, de la société. Ce même sentiment revient chez le professeur Abel qui se sent rejeté par l’Allemagne. Lors d’une rencontre avec un mendiant, il note à son propos : « Ein Heimatsloser, auch er »38 (Un sans-abri, lui aussi). Le pro­fesseur loue un appartement à Amsterdam, mais qui n’est pas ressenti comme un véritable chez-soi, malgré les différentes ten­tatives d’Abel de rendre l’espace plus confortable39. Par con­séquent, il reste « regelmäßiger und länger in Lokalen [...], als dies früher seine Art war »40 (régulièrement et plus longtemps dans les pubs qu’avant). Le sentiment d’exclusion, qui pesait sur Nadia et Kikjou, fait donc également souffrir Abel : « Ich passe nicht in diese Gesellschaft »41 (Je n’ai pas ma place dans cette société). La différence est que Nadia a pu se faire de nouveaux amis grâce à ses fréquentations dans le Café du Dôme et que Kikjou éprouve un sentiment d’appartenance dans les cafés qu’il fréquente avec son “grand frère” Marcel42, tandis qu’Abel refuse de nouer de nou­velles relations amicales.

L’hôtel, entre refuge et persécution

18 Le café n’est pas le seul espace qui représente une sorte de refu­ge temporaire  ; l’hôtel remplit également cette fonction. Le fait de substituer au manque de chez-soi un espace social semi-ouvert est un thème prépondérant dans la littérature des auteurs allemands exilés. De plus, les espaces décrits sont souvent les mêmes : allant de Transit d’Anna Seghers, dont l’intrigue est similaire à celle de Café du Dôme, et se déroule dans une pizzeria à Marseille, aux romans d’hôtel de Vicki Baum  ; les espaces d’hospitalité commer­ciale sont omniprésents dans ce type de corpus.

  • 43 B. Matthias, The Hotel as Setting in Early Twentieth-Century German and Austrian Li­terature. Check (...)
  • 44 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 204.

19 La fonction d’hébergement propre à l’hôtel permet aux indi­vidus de passer une période délimitée au sein de cet espace. La possibilité de prendre une chambre individuelle soutient le sens de sécurité et de vie privée que promeut cet espace, les clients ayant la possibilité de fermer leur chambre à clé43. De ce fait, l’hôtel crée une impression de confiance et de sûreté, qui lui accorde son rôle de refuge temporaire. Mais il s’agit là d’une illusion qui ne peut être maintenue indéfiniment : Ernst, qui est sans-papiers, ex­plique ainsi qu’il ne doit se faire des soucis qu’à partir de la deuxième nuit : « Erst die zweite Nacht ist gefährlich »44 (Ce n’est qu’à partir de la deuxième nuit que cela devient dangereux).

  • 45 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 4-6.
  • 46 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 90-91.
  • 47 Ibid., p. 91.

20 L’anonymat, qui transforme le café en espace de refuge ou d’observation, permet à l’hôtel de maintenir son illusion de refuge plus longuement45. Ainsi les amants Kikjou et Martin passent-ils l’entièreté de leur relation amoureuse dans la chambre d’hôtel de Martin, où ils ne rencontrent personne, hormis Marion de temps en temps : « Sie sahen fast niemanden, immer nur einer der ande­ren »46 (Ils ne voyaient presque personne, juste l’un l’autre). Cette relation se termine lorsque Kikjou décide de quitter le refuge que représente la chambre d’hôtel de Martin pour rendre visite à son oncle en Belgique. La décision de quitter cet espace est éga­lement ce qui amène Kikjou à se sentir coupable d’avoir entamé une relation amoureuse avec un autre homme : « Vielleicht wird er mir verzeihen. [...] Dass wir so viel gesündigt haben »47 (Peut-être, il me le pardonnera. [...] D’avoir tellement péché). L’illusion d’un espace de sécurité séparé du reste du monde extérieur est ce qui permet Kikjou d’entrer en relation avec Martin.

  • 48 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 61.
  • 49 P. Pfannkuche, Vicki Baums Romane. Mode, Hochstapelei, Sexualität, Kassel, 2013, p. 250-251.
  • 50 Ibid.

21 Cependant, les aspects qui transforment l’hôtel, et la chambre d’hôtel en particulier, en refuge temporaire, constituent égale­ment les raisons de son usage comme espace de persécution48. Ce deuxième type de représentation littéraire reflète la réalité qu’ont vécue un bon nombre de personnes. L’hôtel peut ainsi se trans­former en espace de ségrégation, chargé de garder les personnes “indésirables” hors de vue – rappelons par exemple l’hôtel Lloyd à Amsterdam, où étaient réfugiés les Juifs ayant fui l’Allemagne pour les Pays-Bas –, ou en espace d’emprisonnement – la Gestapo transformait par exemple d’anciens hôtels, tels que l’hôtel Métro­pole de Vienne, en prisons. Les caractéristiques qui créent l’il­lusion de sécurité (le fait qu’il s’agisse d’un espace social semi-ouvert, d’avoir une chambre d’hôtel pour soi, l’anonymat, etc.) sont à la base même de la persécution réelle ou ressentie49, ce qui est d’autant plus le cas quand le séjour au sein de cet espace est imposé50. La fonction de l’hôtel comme espace d’emprisonnement est notamment décrite dans Die Schachnovelle de Stefan Zweig, Hotel Berlin de Vicki Baum ou encore Nach Mitternacht de Irm­gard Keun.

  • 51 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 118.

22 Son rôle comme espace de persécution connaît également une forme plus subtile que celle qui apparaît dans les œuvres précitées. Dans ce cas, l’hôtel ne remplit pas la fonction de prison, mais fait office d’espace d’exclusion. Tout comme le café, l’hôtel constitue un espace de rencontre. Il permet à des individus, issus de milieux et d’origines différents, de séjourner au sein d’un seul et même espace, peu importe leur identité. Le café, en revanche, permet habituellement de se réunir avec des personnes aux idéologies, expériences ou loisirs similaires. Cette distinction, a priori minime, conduit parfois à des situations, où lors de leur séjour dans un hô­tel, les exilés se trouvent involontairement en présence de leurs persécuteurs. Ainsi le professeur Abel quitte-t-il l’hôtel du fait de la présence d’autres Allemands : « Außerdem fand Abel, dass zu viele Deutsche im Hotel ein und aus gingen. Manchmal sprach ein deutscher Herr ihn wohl sogar an, im Lift, in der Bar oder in der Halle. [...] Professor Abel aber zuckte zusammen, als hätte man ihn schon nach seiner Weltanschauung, seiner politischen Gesinnung und seinen Familienverhältnissen ausgefragt. Man wusste doch nie, mit wem man es zu tun hatte »51 (Par ailleurs, Abel trouvait que trop d’Allemands entraient et quittaient l’hôtel. Parfois, un Al­lemand lui adressait même la parole, dans l’ascenseur, dans le bar ou dans le couloir. [...] Mais le professeur Abel grimaça comme si on lui avait posé des questions sur sa vision du monde, ses opinions politiques ou sa situation familiale. On ne savait jamais à qui on avait affaire).

  • 52 Ibid., p. 116.
  • 53 Ibid., p. 201.

23 Le fait de se trouver dans le même espace que d’autres Alle­mands, membres du parti nazi ou non, dérange le professeur Abel. Il ne supporte plus d’entendre des inconnus parler l’alle­mand : « Abel war empfindlich gegen den Klang der deutschen Sprache geworden »52 (Abel était devenu sensible à la sonorité de la langue allemande). Ce sentiment d’insécurité qu’il éprouve en présence d’autres Allemands, potentiellement membres ou par­tisans du parti nazi, le pousse à chercher un domicile, plus sûr que celui tout illusoire qu’est l’hôtel. Quant à Ernst, qui a fui l’Al­lemagne sans ses papiers, il se trouve dès le départ dans une situation bien plus précaire que le professeur Abel, qui jouit d’une certaine renommée académique. Le manque de documents ad­ministratifs lui interdit de travailler de manière légale, limitant ainsi ses possibilités de gagner de l’argent : « Er berichtete auch von den vielen und sonder­baren Arbeiten mit denen sie sich ein bisschen Geld verdient hatten. “Das ist ja eigentlich nicht erlaubt gewesen” »53 (Il a également fait état des nombreuses et étranges activités qui leur avaient permis de gagner un peu d’argent. “Cela n’était pas vraiment autorisé”). Mais l’absence de papiers a des consé­quences bien plus graves, lorsque Tilly et lui décident de passer la nuit ensemble dans un hôtel. Ernst rassure Tilly sur le risque de contrôle qui ne serait réel qu’à partir de la deuxième nuit, mais il ne s’agissait que d’une illusion de sécurité : il sera arrêté. L’hôtel en tant qu’espace semi-ouvert permet à tout moment l’intrusion des pouvoirs judiciaires – ou tout simplement du personnel de l’hôtel –, ce qui vient briser l’illusion de vie privée qu’offre l’hôtel et qui rend impossible la réalisation d’un véritable espace de refu­ge.

Conclusion

  • 54 A. White, Palaces of the people..., op. cit., p. 8-13.

24 Le café et l’hôtel constituent deux réponses à la demande d’hos­pitalité. Si tous deux trouvent leur origine dans les anciennes tavernes, leurs formes contemporaines se sont éloignées de cette origine commune54. Ces espaces se distinguent de nos jours par leurs règles codifiées et leurs fonctions distinctes, bien qu’ils con­tinuent de partager plusieurs caractéristiques, dont l’offre d’une hospitalité commerciale est la principale. Les évolutions qui ont mené vers la distinction entre les deux espaces sont à la base des fonctions opposées qu’ont occupées ces deux espaces lors de la Se­conde Guerre mondiale.

  • 55 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.
  • 56 M. Fourcade, « Autour d’un café arménien... », op. cit., p. 56-57 et J.-P. Poulain, So­ciologie de (...)

25 Le café, par son statut de salle d’attente, représente un ex­cellent refuge pour les personnes en exil55, se trouvant obligées d’attendre que le temps passe et que le régime tombe ou que leurs proches parviennent à quitter l’Allemagne. Le fait que le café appartienne aux espaces alimentaires au sens large en fait de facto un espace de résistance au minimum “passive”, parce qu’elle permet aux personnes exilées, comme les auteurs allemands, de maintenir leur culture dans le pays d’accueil56. En même temps, l’habitude de se rassembler au sein de cet espace avec des gens proches d’un point de vue idéologique ou social en fait un espace idéal pour mettre en place une résistance plus “active”.

  • 57 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 61.
  • 58 P. Pfannkuche, Vicki Baums Romane..., op. cit., p. 250-251.

26 L’hôtel ne possède par contre pas cette notion de rassem­blement en raison d’une idéologie ou d’un loisir partagé. Il offre en revanche un espace d’hébergement temporaire pour tous ceux qui souhaitent y loger. Par conséquent, les personnes per­sécutées (par exemple Juifs et opposants politiques) peuvent se trouver dans l’obligation de partager un espace avec ceux qui les persé­cutent. L’accès à l’hôtel ne dépendant que des moyens financiers, l’espace n’est en réalité ouvert qu’à certaines personnes – la pré­sence des uns entrainant un sentiment d’exclusion chez les autres, comme l’atteste le cas du professeur Abel. De plus, le fait que la chambre d’hôtel constitue un espace semi-ouvert entraine la possibilité d’être dérangé par autrui57. Par ailleurs, lorsque le séjour est imposé et non choisi, il transforme la chambre d’hôtel en prison58.

  • 59 Dans ce contexte, voir par exemple G. Badia, Exilés en France. Souvenirs d’anti­fascis­tes allemand (...)

27 La fonction de prison occasionnelle que remplit l’hôtel explique déjà dans un premier lieu les représentations distinctes de ces deux espaces. Le fait que le café permette aux personnes d’idéologies si­milaires de se rassembler, ce qui n’est pas le cas de l’hôtel, est la deuxième raison, comme en témoignent les différents extraits de Café du Dôme et de Der Vulkan. Cette représentation corrobore l’expérience des Allemands exilés qui utilisaient certains cafés comme espace de rassemblement ou d’agitation politique, que ce soit en vendant des tracts et des journaux antifascistes ou en se rassemblant pour mettre sur pied des réseaux antifascistes59.

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Notes

1 A. White, Palaces of the people. A history of Social Commercial Hospitality, New York, 1970, p. 8-13.

2 C. Grafe – F. Bollery (éds.), Cafes and Bars. The Architecture of Public Display, Oxford­shire, 2007, p. 1-4.

3 Y. Ciotti, « Hospitalité touristique. Conceptualisation et études de l’hospitalité des destinations et des maisons d’hôtes », Mondes du Tourisme 5, 2012, p. 91-93.

4 E. Telfer, « The philosophy of Hospitableness », dans A. Morrison (éd.), In Search of Hos­pitality. Theoretical Perspectives and Debates, Oxford, 2000, p. 39-41.

5 J. T. Godbout, « Recevoir c’est donner », Communications. L’hospitalité 65, 1997, p. 41-42.

6 K. Mann, Der Vulkan. Roman unter Emigranten, Hambourg, 2020, p. 72-73.

7 Y. Ciotti, « Hospitalité touristique... », op. cit., p. 91-93.

8 A. White, Palaces of the people..., op cit., p. 8-9.

9 Ibid.

10 K. J. James – A. K. Sandoval-Strausz – D. Maudlin – M. Peleggi – C. Humair – M. W. Berger, « The hotel in history. Evolving Perspectives », Journal of Tourism History 9/2, 2017, p. 95-96.

11 L. Bihl-Wilette, Des tavernes aux bistrots. Histoire des cafés, Lausanne, 1997, p. 47-49.

12 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 288.

13 L. Bihl-Wilette, Des tavernes aux bistrots..., op. cit., p. 11.

14 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 77.

15 J. Grévy, « Les cafés républicains de Paris au début de la Troisième République. Étu­de de sociabilité politique », Revue d’histoire moderne et contemporaine 50/2, 2003, p. 54.

16 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 77.

17 Ibid., p. 90.

18 H. Kesten, Dichter im Café, Cadolzburg, 2015, p. 9.

19 L. Bihl-Willette, Des tavernes aux bistrots..., op. cit., p. 17.

20 A. Gmeyner, Café du Dôme, Berne, 2006, p. 18.

21 J.-P. Poulain, Sociologie de l’alimentation. Les mangeurs et l’espace social alimentaire, Paris, 2002, p. 221-244.

22 M.-B. Fourcade, « Autour d’un café arménien. La rencontre d’un goût, le partage d’une expérience diasporique », Diasporas. Histoire et sociétés 7, 2005, p. 56-60.

23 Ibid., p. 63.

24 J.-P. Poulain, Sociologie de l’alimentation..., op. cit., p. 26.

25 C. Fischler, L’Homnivore. Le goût, la cuisine et le corps, Paris, 2001.

26 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 417.

27 Ibid., p. 21.

28 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.

29 A. Gmeyner, Café du Dôme..., op. cit., p. 311.

30 Ibid., p. 7.

31 Ibid., p. 18.

32 Ibid., p. 86.

33 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.

34 A. Gmeyner, Café du Dôme..., op. cit., p. 17.

35 Ibid.

36 Ibid., p. 86.

37 Ibid., p. 514.

38 Ibid., p. 117.

39 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 119.

40 Ibid.

41 Ibid., p. 114.

42 Ibid., p. 31.

43 B. Matthias, The Hotel as Setting in Early Twentieth-Century German and Austrian Li­terature. Checking in to Tell a Story, New York, 2006, p. 61.

44 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 204.

45 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 4-6.

46 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 90-91.

47 Ibid., p. 91.

48 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 61.

49 P. Pfannkuche, Vicki Baums Romane. Mode, Hochstapelei, Sexualität, Kassel, 2013, p. 250-251.

50 Ibid.

51 K. Mann, Der Vulkan..., op. cit., p. 118.

52 Ibid., p. 116.

53 Ibid., p. 201.

54 A. White, Palaces of the people..., op. cit., p. 8-13.

55 H. Kesten, Dichter..., op. cit., p. 9-11.

56 M. Fourcade, « Autour d’un café arménien... », op. cit., p. 56-57 et J.-P. Poulain, So­ciologie de l’alimentation..., op. cit., p. 26.

57 B. Matthias, The Hotel as Setting..., op. cit., p. 61.

58 P. Pfannkuche, Vicki Baums Romane..., op. cit., p. 250-251.

59 Dans ce contexte, voir par exemple G. Badia, Exilés en France. Souvenirs d’anti­fascis­tes allemands émigrés (1933-1945), Paris, 1982, p. 103-120.

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Table des illustrations

Légende Klaus Mann en Italie, 1944
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Légende Café du Dôme à Montparnasse vers les années trente
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Pour citer cet article

Référence papier

Maélys Vaillant, « L’hôtel et le café dans les romans de Klaus Mann et Anna Gmeyner. Repenser les espaces sociaux »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine, 15 | 2021, 199-216.

Référence électronique

Maélys Vaillant, « L’hôtel et le café dans les romans de Klaus Mann et Anna Gmeyner. Repenser les espaces sociaux »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine [En ligne], 15 | 2021, mis en ligne le 10 juin 2022, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cmc/1233 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cmc.1233

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Auteur

Maélys Vaillant

Maélys Vaillant est membre de Philixte, le Centre de recherche en Études philologiques, littéraires & textuelles (ULB). Elle mène ses recherches doctorales sur la représentation des espaces sociaux dans la littérature de l’exil en langue allemande au sein de l’ ULB.

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