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Écrire la ville allemande sous le national-socialisme Spatialité et persécution à Dresde dans les journaux de Victor Klemperer

Arvi Sepp
p. 173-198

Texte intégral

Espace urbain et persécution

  • 1 Pour plus d’informations sur la représentation de l’espace urbain sous le national-socialisme dans (...)
  • 2 Dans le présent article les sigles suivants pour les ouvrages de Victor Klemperer seront utilisés : (...)

1 Dans l’esprit national-socialiste, l’espace urbain faisait office de scène théâtrale. La commémoration de la marche nazie de 1923 sur la Feldherrnhalle, les retraites aux flambeaux des chemises brunes, les défilés SA (Sturmabteilung) ou HJ (Hitlerjugend) étaient autant de mises en scène, autant d’occasions pour le NSDAP de souligner la revendication d’un pouvoir absolu. Avec la prise de pouvoir par Hitler, la modélisation urbaine devient un élément central de la propagande national-socialiste. La constitution d’une “communauté nationale” et la suppression de tout élément qui s’y opposerait marquèrent de leur sceau un espace urbain ho­mogénéisé à travers des images et des reportages circonstanciés. Mais comment cette modélisation était-elle perçue par les “étrangers à la communauté”1 ? L’objectif de cette étude est de décrire comment le quotidien de l’espace urbain vécu est repré­senté dans les journaux intimes de Victor Klemperer entre 1933 et 19452.

Eva et Victor Klemperer devant leur maison à Dölzschen

(p. Jacobs, Im Kern ein deutsches Gewächs. Eine Biographie, Berlin, 2000)

  • 3 Cf. A. Lüdtke, Alltagsgeschichte. Zur Rekonstruktion historischer Erfahrungen und Lebensweisen, Fra (...)

2 Durant toute cette période, le philologue juif allemand a tenu un journal secret comme espace clandestin de liberté d’expression pour affirmer son identité indi­viduelle et s’opposer au régime. Le fait d’être marié à une femme “aryenne”, Eva Schlem­mer, lui vaut d’échapper à l’envoi dans les camps de concentra­tion et de pouvoir témoig­ner pen­dant dou­ze ans des crimes et discri­mi­nations quo­tidien­nes du nazisme. Dans ce contex­te, l’his­toire du quotidien ne peut être pensée hors contex­tes et milieux de vie lo­caux et, a forti­ori, hors espaces spé­cifiques3. Chez le ro­maniste Klem­pe­rer, il s’agit d’une des­crip­tion très détaillée du quo­tidien de la persécu­tion nazie à Dres­de, ville où il habite depuis 1920. L’étude des représenta­tions de l’espace urbain dans son œuvre se conçoit donc comme un cas parti­culièrement intéressant pour étudier à la fois l’aménagement et le rétrécissement de l’espace urbain sous le na­tional-socialisme.

Les passeports d’Eva et Victor Klemperer

(p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)

  • 4 Cf. T. Cole, Holocaust City. The Making of a Jewish Ghetto, Londres-New York, 2003.
  • 5 « L’espace poétique de la constitution du sujet » (F. Regard, « Topologies of the Self. Space and L (...)

3 Contenant des réflexions sur les processus d’exclusion spatiale, les journaux intimes de Klemperer offrent bien plus qu’une simple cartographie urbaine de l’antisémitisme4. Ce sont des témoignages truffés de renseignements précieux sur certains lieux de la ville de Dresde et sur les corrélations entre identité, tradition, commu­nauté et mémoire. En relatant ses longues promenades menées à travers la ville, Klemperer partage ses impressions du quotidien avant et après 1933 et son analyse d’un phénomène de plus en plus palpable, à savoir le rétrécissement des espaces publics. Cette approche selon laquelle l’espace poétique est une condition élé­mentaire de la constitution du sujet (« poetic spacing of the self »5) est d’autant plus pertinente qu’elle n’a jusqu’ici que peu retenu l’attention des chercheurs.

  • 6 Dans ce contexte, Klemperer souligne le danger de la politisation omniprésente du langage par l’idé (...)
  • 7 F. Regard, « Topologies of the Self... », op. cit., p. 18.
  • 8 ZAI, p. 641 [23 juin-1 juillet 1941] ; cf. Ibid., p. 638 [23 juin-1 juillet 1941].
  • 9 Cf. par exemple ZAII, p. 182 [26 juillet 1942].
  • 10 O. Ette, ZwischenWeltenSchreiben. Literaturen ohne festen Wohnsitz, Berlin, 2005, p. 49.
  • 11 ZAII, p. 182 sq. [26 juillet 1942].
  • 12 ZAI, p. 338 [27 mars 1937].

4 La constitution identitaire par les journaux intimes est un phénomène difficilement cernable, dont le caractère occulte ne saurait être défini clairement ; il se doit d’être réappréhendé par le dédoublement entre le soi et l’ordre discursif6. L’instabilité identitaire qui se manifeste à travers les journaux intimes de Klemperer est due à « une expérience du savoir relatif et du changement, de la rupture de lois immuables »7. Le journal in­time, à l’instar du roman d’apprentissage, est l’esquisse topo­graphique de l’épreuve mouvementée que constitue l’inventaire d’une vie intérieure. Klemperer souligne la dimension perfor­mative de la subjectivation dans l’écriture autobio­graphique, ce dont témoigne notamment l’entrée suivante datant de l’année 1941 : « Le crayon m’a changé de fond en comble. »8 La référence fréquente à des termes spatiaux et à des métaphores donne à penser que la pratique autobiographique lui servait de re­fuge, d’espace protégé qui autorisait l’auto-confidence9. L’écriture devient ici principe d’une réappropriation de la réalité aliénée, de la marge de manœuvre qui va se rétrécissant. Autrement dit, le journal intime se confond avec le lieu fictif de l’auto-hospitalité, il constitue l’ancrage identitaire permanent, voire le seul lieu hos­pitalier pour un auteur radié du quotidien. C’est ainsi qu’écrit Ottmar Ette : « L’état de siège qu’endosse le moi identitaire mène à de multiples formes de résistance, dont la signalétique complexe passe non pas par la pensée mais par le corps. »10 Ce même constat vaut également pour le corpus textuel du journal intime de Klemperer. L’écriture y fait office de refuge, de sanctuaire de la communication identitaire : « Je continue [...] à trouver refuge dans mes annotations [...]. Non seulement toutes ces horreurs me laissent de marbre, je ressens aussi un certain bonheur dû à la sa­tisfaction et à la curiosité : “De tout ceci, tu pourras également témoigner personnellement, tu es en train d’en faire l’expérience” [...] ! Et puis je me sens courageux d’oser tout écrire : Je m’en suis déjà tiré si souvent, pourquoi n’y parviendrais-je pas cette fois-ci ? »11 La désolation de sa situation de travail fait l’objet d’une entrée datant du 27 mars 1937 : « Tout est d’une morosité affli­geante, pourtant je n’ai pas d’autre choix que de continuer mon travail en cette cinquième année consécutive, car j’y travaille à présent depuis 33. »12

  • 13 Cf. le chapitre « Lire : un braconnage » dans M. de Certeau, L’Invention du quotidien I, Arts de fa (...)
  • 14 Ibid., p. 245.
  • 15 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Uni­versitätsbibliothek Dre (...)

5 La lecture joue un rôle essentiel dans la vie isolée que menait Klemperer. Faisant partie intégrante de son quotidien, elle lui ouvre un univers de possibles. Elle constitue pour lui un processus productif susceptible de dégager l’horizon d’une interprétation herméneutique et d’éluder, voire même de saper la monocratie du national-socialisme. Pour Michel de Certeau, le processus de lec­ture se confond avec un acte de « braconnage »13, s’inscrivant dans une philosophie de vie plus large et permettant au sujet de conserver certains espaces de liberté : « Lire, c’est pérégriner dans un système imposé (celui du texte, analogue à l’ordre bâti d’une ville ou d’un supermarché). »14 La lecture était l’espace restant, dans lequel le diariste continuait à s’orienter selon des principes scientifiques humains ou humanistes. Mais la fatigue, le travail forcé et les travaux ménagers supplémentaires constituaient des obstacles majeurs à ces moments échappatoires : « J’ai bu du café à la maison et fait la vaisselle pendant une demi-heure, et à 20h30 déjà, alors qu’Eva a les navets sur le feu, mes yeux me cuisent et je tombe de sommeil. Entre 5 et 6 heures du matin, je balaie les escaliers de notre étage. Il m’est impossible de dire quand je pour­rai à nouveau me consacrer un peu à la lecture. »15 

  • 16 ZAI, p. 120 [11 juin 1942] ; cf. ZAII, p. 291 [18 décembre 1942].
  • 17 LTI, p. 23.

6 Non seulement le manque de temps et la fatigue compro­mettaient la lecture, mais les perquisitions dans la « maison juive » (Judenhaus) – dans laquelle les époux Klemperer avaient été forcés de s’installer – étaient également une entrave pour le travail de lecture mené par Klemperer. La lecture était une ac­tivité exigeante, voire dangereuse dans la mesure où elle était conditionnée par l’influence quasi totale du pouvoir national-socialiste. Les Juifs n’étaient autorisés à lire que des livres “juifs”. Le simple fait de posséder un livre interdit, à savoir Der Mythus des 20. Jahrhunderts (Le mythe du XXe siècle) d’Alfred Rosenberg, lui valut, lors d’une perquisition, l’accusation d’un « terrible crime »16. Tout en martelant le livre sur sa tête pendant plusieurs minutes, l’agent de la Gestapo Clemens rugissait contre le ro­maniste : « “Comment peux-tu être juif et lire un tel livre ?” Cela revenait pour lui à une sorte de profanation de l’hostie. »17

La “maison juive” (Judenhaus) dans la Zeughausstraße 1 à Dresde (sur la photo le bâtiment à gauche)

(p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)

  • 18 E. Soja, Postmodern Geographies. The Reassertion of Space in Critical Social Theory, Londres, 1989, (...)
  • 19 R. Mitch, « Landscape and labyrinths », Geoforum 33/4, 2002, p. 457 ; cf. aussi M. de Certeau, L’In (...)

7 S’appuyant principalement sur les deux derniers travaux sus­mentionnés, la présente contribution a pour objet de placer les représentations autobiographiques de l’espace urbain dans leur contexte historique et d’explorer les liens qui relient l’histoire de Dresde à l’époque nazie d’une part et à l’analyse littéraire de l’autre. En effet, comme le souligne Edward Soja, toute source au­tobiographique est susceptible de donner des renseignements précieux sur « les milieux, les lieux immédiats, les lieux pro­vocateurs qui affectent la pensée et l’action18 » et est donc d’une importance inestimable pour la recherche en études culturelles. Notre approche devrait également ouvrir de nouvelles per­spectives pour la recherche historique et sensibiliser celle-ci à l’interrelation entre auto-localisation autobiographique et espace urbain d’une part et entre espaces sociaux et pratiques sociales de l’autre. Les journaux intimes nous permettent de découvrir des routines de tous les jours, des interprétations et des stratagèmes utilisés par le diariste pour réaménager mentalement l’espace ur­bain, pour assurer sa propre stratégie de vie et de survie19. Enfin, la mise en lumière des pratiques quotidiennes permet d’élargir l’approche traditionnelle des études littéraires, qui ont tendance à considérer l’espace urbain comme un simple miroir de la mobilité sociale et/ou de la densification et à perdre de vue la diversité des espaces spécifiques.

  • 20 Cf. D. Trudeau – C. McMorran, « The Geographies of Marginalization », dans V. J. Del Casino – M. E. (...)

8 Cette contribution prendra en compte les marques spatiales ostensibles du pouvoir à Dresde, mais également les frontières invisibles destinées à séparer les sphères de vie et les repères respectifs des habitants “juifs” et “allemands”. Grosso modo, la structure de la présente étude se présentera comme suit : la pre­mière partie visera à montrer comment les processus de mar­ginalisation et d’exclusion portent atteinte à la perception de l’espace urbain ; dans la deuxième partie, il s’agira d’analyser comment l’auteur du journal réagit face aux processus d’ex­clusion, comment il parvient à les contourner, à les questionner ; enfin, nous soulèverons la question de savoir dans quelle mesure le repli sur l’espace privé par l’auteur représente une compen­sation au rétrécissement des espaces publics20.

Expérience spatiale juive durant le Troisième Reich

  • 21 A. Charlesworth, « Towards a Geography of the Shoah », Journal of Historical Geography 18/4, 1992, (...)
  • 22 Cf. B. Ladd, The Ghosts of Berlin Confronting German History in the Urban Landscape, Chicago, 1997  (...)
  • 23 Cf. G. Agamben, Homo Sacer. Sovereign Power and Bare Life, Stanford, 1998 ; A. K. Knowles – T. Cole (...)
  • 24 K. Kwiet, « Nach dem Pogrom. Stufen der Ausgrenzung », dans W. Benz (éd.), Die Juden in Deutschland (...)
  • 25 ZAII, p. 506 [8 avril 1944].

9 Nombre d’historiens urbains et architecturaux se plaignent de­puis déjà plusieurs décennies du manque d’intérêt pour les expériences spatiales juives pendant la Shoah21. La recherche tend en effet à se concentrer sur l’émergence et le changement d’espaces mémoriels “juifs” à Berlin, Francfort-sur-le-Main et Munich (ce qui se traduit entre autres par l’intérêt porté aux « pierres d’achoppement »), sur la muséalisation de la Shoah et/ou sur les pratiques mémorielles revendiquées sous différentes formes à partir des années quatre-vingt-dix22. D’autres études en matière “d’espa­ces juifs” durant l’époque nazie se penchent sur les ghettos et les camps de concentration, et en l’occurrence sur les « espaces con­centrationnaires » ou « espaces d’exception » en Europe de l’Est23. Le ghetto de Varsovie est un échantillon particulièrement repré­sentatif de ce type de recherche. Dans le Reich allemand, les me­sures prises étaient différentes, ce qui a fait dire à Konrad Kwiet que la ghettoïsation ne produisait point de ghettos24. La sé­paration entre cercles de vie “allemands” et “juifs” avait lieu ici au cœur des villes. Les ghettos à proprement parler n’existaient pas, mais on assistait à une ghettoïsation rampante de l’espace urbain. Pour Klemperer, le début de l’internement forcé dans la « maison juive » à Dresde en 1940 signifiait un rétrécissement explicite de son espace de vie. La finalité des habitations regrou­pées consistait exactement en la ségrégation “raciale” afin de contraindre les relations sociales entre Juifs et Allemands ainsi que d’augmenter les moyens de contrôle envers la population juive. Dans ce contexte, le diariste prend note des détails de toutes les contraintes, des « mille piqûres de moustiques »25, comme il les appelle, qui révèlent le point de vue des victimes quant à l’étran­glement permanent de leur espace d’action.

  • 26 M. Wildt – C. Kreutzmüller, « Berlin 1933-1945. Stadt und Gesellschaft im Natio­nalsozialismus », d (...)
  • 27 G. Miron, « “Lately, Almost Constantly, Everything Seems Small to Me” : The Lived Space of German J (...)

10 Cette « ghettoïsation sans ghettos » n’a jusqu’ici pas encore été étudiée par le biais de l’auto-témoignage. En ce qui concerne par exemple la ville de Berlin, Michael Wildt et Christoph Kreutz­müller ont constaté « à quel point l’histoire de la ville et de la société, et tout particulièrement celle qui a trait à [... l’ère nazie], ont été jusqu’ici négligées. Notre connaissance de la vie intérieure de la ville et de sa logique spécifique est encore étonnamment faible »26. Pour la présente étude, deux constats initiaux issus de recherches précédentes ont servi de référence et ont permis de dé­terminer les priorités thématiques. Premièrement, l’objectif décla­ré du régime nazi de supprimer toute frontière entre l’espace pu­b­lic et l’espace privé. Pour les communautés juives, cela signifiait non seulement l’exclusion de l’espace public, mais aussi une réduction de la vie juive à des espaces privés tels que les appar­tements ou encore une concentration sur des espaces connotés “juifs”, comme les synagogues ou les cimetières qui, comme l’écrit Guy Miron, étaient perçus comme des zones de sécurité : « Après avoir été exclus des espaces publics allemands, les juifs se voyaient contraints de se rabattre sur les espaces proprement juifs. [...] [L]e développement des espaces juifs répondait en quelque sorte autant aux besoins des citadins juifs, qui aspiraient à des espaces sûrs, qu’à ceux des nazis, qui mettaient tout en œuvre pour isoler les juifs de la communauté aryenne. »27

  • 28 Cf. LTI, p. 213.
  • 29 ZAI, p. 663 [15 septembre 1941]. À plusieurs endroits, le diariste commente en détail l’ordonnance (...)

11 Le deuxième constat concerne l’imposition de l’étoile jaune. En effet, la politique d’exclusion sociale et de privation des droits politiques à l’encontre des Juifs entreprise dès 1933 est la mesure que Klemperer qualifia avec le recul de coup le plus dur à encaisser durant les douze années de dictature nazie28. La population juive fut ainsi stigmatisée de façon visible. Toute infraction à l’or­donnance entraînait de lourdes amendes et/ou peines de prison. Klemperer ressentait cette cicatrice distinctive comme une humi­liation qui ne pouvait que laisser pressentir le pire : « Le bandeau juif, devenu réalité sous sa forme étoilée, entre en vigueur le 19 septembre. Sans compter l’interdiction de quitter l’enceinte de la ville. Mme Kreidl sen. était en larmes, Frau Voss fut saisie d’un malaise cardiaque, et pour Friedheim c’était le coup le plus dur, plus dur encore que la confiscation des biens. Mon propre moral est au plus bas, les mots me manquent. [...] Le journal justifie : Confrontée aux forces bolchéviques, l’armée a été témoin de la cruauté dont le juif est capable ; il faut donc empêcher les juifs à recourir au camouflage et éviter ainsi aux membres de notre communauté d’entrer en contact avec eux. »29

  • 30 Ibid., p. 671 [20 septembre 1941].
  • 31 Cf. CVI, p. 352.
  • 32 Cf. ZAI, p. 632 sq. [23 juin-1 juillet 1941]. Le diariste constate dans la maison juive que l’impos (...)
  • 33 Selon Klemperer, il n’y avait plus que « 60 Étoilés » en 1943 (cf. ZAII, p. 393 [12 juin 1943]). En (...)
  • 34 ZAII, p. 117 [9 juin 1942].

12 Quelques jours plus tard, Klemperer écrit dans son journal : « Hier, en voyant Eva coudre l’étoile juive, crise de désespoir enragée. »30 L’imposition de l’étoile juive signifiait pour le romaniste l’exclusion définitive et explicite de la communauté nationale allemande, du « général » dans lequel il aurait tant aimé se fondre par l’assimilation31. Bien que Klemperer se défendait contre la dégradation et la stigmatisation en insistant sur son universalité spirituelle et son invulnérabilité, il était en proie à un sentiment d’humiliation presque physique32. La stigmatisation par l’étoile juive qui allait de pair avec une réelle mise en danger physique avait pour effet de mettre à mal son identité, dès lors associée à la singularisation négative33 de sa personne au sein de la communauté “aryenne” : « Ces attentes interminables devant les magasins qui deviennent presque une habitude sont parti­culièrement difficiles à supporter. [...] Le monde entier contemple mon étoile. Torture, je peux me résoudre cent fois à ne pas y prêter attention, cela reste de la torture. Aussi suis-je incapable de dire si tel passant, tel conducteur de voiture ne fait pas partie de la Gestapo, s’il ne va pas m’insulter, me cracher dessus, m’arrê­ter. »34 Tenir un journal et y développer des considérations sur la langue du Troisième Reich était pour Klemperer l’occasion d’une confrontation critique avec le national-socialisme.

  • 35 ZAI, p. 554 [27 septembre 1940].

13 En 1940, sept ans après l’appel au boycott, cinq ans après l’in­troduction des lois raciales de Nuremberg, deux ans après la Nuit de Cristal, un an après le discours du 30 janvier 1939 dans lequel Hitler proféra des menaces d’extermination contre les Juifs, Klemperer fait la rencontre à l’office de la pension d’un employé qui, à première vue, semble compatissant et auquel le diariste décrit la condition à laquelle il est réduit : expropriation, ar­restation, retraite forcée, interdiction de quitter l’enceinte de la ville. Mais ici encore, c’est le même constat d’indifférence devant la réalité persécutoire : « Qu’on ait pris ma maison, que je ne puis­se pas quitter Dresde, qu’on m’ait placé sous arrestation, etc., etc., tout ça, il l’ignorait. “Moi qui pensais que vous, en tant qu’ancien combattant... Ne pouvez-vous vous installer dans un autre en­droit, où il est plus facile d’oublier ? ... Ne pouvez-vous toucher votre pension à l’étranger ?” Il était sincèrement scandalisé. Et en même temps bon élève national-socialiste : “Dommage que ça vous tombe dessus ! Mais en même temps, il faut avouer que le juif nous a causé de grands dommages ... nous avions dans un premier temps mal calculé vos impôts, nous ne savions pas que vous êtes, pardonnez-moi, juif”. [...] “Mais qu’à cela ne tienne, vous ne pou­vez quand même pas douter de notre victoire”. J’émis de légers doutes, ce qui le laissa stupéfait et ce qui était de ma part d’une très grande imprudence. »35

Vox populi et expérience de la ville

  • 36 Cf. par exemple ZAII, p. 406 [19 juillet 1943].

14 À la suite de l’obligation du port de l’étoile juive le 19 sep­tembre 1941, Klemperer se voit de plus en plus empêcher l’accès aux informations des “aryens”. Le diariste ne pouvait quitter la « maison juive » qu’à certaines heures et se rendre qu’à certains endroits. Toute prise de contact entre Juifs et “aryens” était pu­nissable pour les uns comme pour les autres36. Il fureta donc comme il pouvait pour sonder l’état d’esprit et de connaissance de la population allemande à travers les conversations entendues, les scènes de tous les jours dans la rue et dans les magasins, les in­formations obtenues par les commerçants, à travers les ouï-dire de tiers qu’Eva rapportait, les récits d’employés juifs et non-juifs de l’usine, les nouvelles de la radio étrangère, l’intertexte des articles de journaux officiels allemands et à travers les conversations avec les compagnons d’infortune de la « maison juive ». Les connais­sances détaillées sur la signification, le déroulement et l’étendue de la Shoah que Klemperer sut grappiller malgré son statut précaire de citadin juif isolé et persécuté ne laissent pas d’étonner, surtout au vu de la controverse qui entoure la méconnaissance publique des crimes commis à l’encontre de la population juive.

  • 37 Ibid., p. 379 [20 mai 1943].

15 L’analyse de la vox populi incite Klemperer à réfléchir au sens de sa « germanitude », qui selon lui s’opposerait au fascisme et à l’antisémitisme. Il n’hésite d’ailleurs pas à prendre le parti de la population “aryenne”, qu’il ne veut pas associer globalement au national-socialisme, attitude pourtant prévalente chez les per­sécutés juifs : « À l’usine, discussion interminable sur la question de savoir dans quelle mesure les gens sont antisémites. Lazarus et Jacobowicz [sic] affirment l’antisémitisme absolu de toutes les classes allemandes, l’antisémitisme indigène, général, indéraci­nable ; je le contredis, plus résolument que je ne le pense moi-même et trouve des appuis ici et là. Konrad : “Si le peuple était vraiment judéophobe, aucun de nous ne serait encore vivant avec toutes ces incitations à la haine”. Frank : “pas les ouvriers – seule­ment les universitaires”. »37

  • 38 Ibid., p. 28 [19 février 1942].
  • 39 Ibid., p. 65 [18 avril 1942] ; cf. LTI, p. 214 sq.
  • 40 Ibid., p. 75 [28 avril 1942].
  • 41 Ibid., p. 95 [23 mai 1942].
  • 42 Ibid., p. 398 [24 juin 1943].
  • 43 Ibid., p. 420 [7 août 1943].
  • 44 Ibid., p. 505 [29 avril 1944].
  • 45 LTI, p. 213 sq. ; cf. ZAII, p. 398 [23 juin 1943].

16 L’inventaire des actions langagières de la population allemande atteint son point culminant après l’imposition de l’étoile jaune. Dans un contexte de recrudescence des tendances antijuives, Klemperer note chaque propos haineux dans son libellé exact. Ces annotations regorgent d’une sottise inconsciente et d’une mé­chanceté voulue, d’une pensée défoulatoire à l’encontre des Juifs sous la forme d’insultes, d’humiliations et d’intimidations. Dans la liste de citations qui suit, les agressions verbales témoignent de la soumission aveugle à l’autorité et de l’approbation à la persé­cution des Juifs : « Pour la première fois une remarque antisémi­te d’un jeune passant : “Laissez-les à leur corvée ! Heureusement qu’ils s’y mettent pour une fois”. »38 ; « Tout près de notre maison, un jeune m’interpelle depuis sa voiture : “Espèce de bon à rien, pourquoi es-tu encore en vie ?” »39 ; « Un ouvrier assez âgé peste du haut de sa roue contre moi : “Salaud de juif !” »40 ; « Un pas­sant m’interpelle en pleine Strehlener Straße : “Que peuvent bien faire des juifs avec ces bagages ?” Des officiers de la Gestapo (de vrais officiers) vocifèrent à l’entrée de la maison : “Gredins de Moïse !” »41 ; « Vox populi : Un groupe de garçons à vélo, âgés de quatorze à quinze ans, à dix heures du soir, en plein milieu de la rue Worms. Ils me dépassent, crient vers moi, attendent, me lais­sent passer. “Celui-là sera abattu d’une balle dans la nuque... j’appuierai sur la détente... Il sera pendu au gibet – agioteur et autres magouilles financières”. Cela m’a plus aigri, plus bouleversé que les paroles du vieil ouvrier de la veille ne m’ont fait plai­sir. »42 ; « Sur le chemin du retour, je me vois insulté par un gar­çon bien habillé et visiblement intelligent de onze à douze ans : “Tuer ! – Vieux juif, vieux juif !” »43 ; « Mercredi dernier, un hom­me à la barbe blanche m’interpelle dans la “Frauengasse” : “Chien juif !” »44 ; « Un homme de type petit-bourgeois, plutôt bon enfant, tenant précautionneusement un petit garçon par la main. Il s’arrête devant moi, à un pas de distance : “Regarde-moi celui-là, Horst ! – c’est lui qui est à blâmer pour tout.” »45

  • 46 ZAII, p. 313 [17 mars 1943] ; cf. Ibid., p. 286 sq. [3 décembre 1942] ; Ibid., p. 422 [23 août 1943 (...)

17 Klemperer ne ressent quasi pas de colère face à ces insultes antisémites et à ces hostilités verbales. Ce qui est remarquable c’est que cette hostilité évidente ne l’émeut pas, sans doute parce qu’il attribue l’attitude des personnes qui l’attaquent à l’igno­rance et à la crédulité, mais pas à la méchanceté. Dans ses notes de journal consacrées aux attitudes antijuives, le diariste constate que ce sont surtout les enfants et les adolescents qui font preuve de dédain dans leurs comportements, d’où il conclut que l’anti­sémitisme n’est qu’un signe d’immaturité intellectuelle et morale : « En rentrant du cimetière à pied par la rue “Fiedler”, je passe devant [...] une grande école. Lors de la sortie massive des élèves, j’y fais souvent la même expérience : Les plus grands me dé­passent sans incident aucun, tandis que les petits m’interpellent en criant “Juif” ou autre chose encore. Les petits sont encore en­tièrement recouverts d’idéologie, alors que chez les grands l’effet ne se ressent plus. »46

  • 47 ZAI, p. 393 [18 janvier 1938].
  • 48 ZAII, p. 209 [17 août 1942].
  • 49 Cf. ZAI, p. 41 [13 juillet 1933] ; Ibid., p. 143 [12 septembre 1934] ; Ibid., p. 210 [21 juillet 19 (...)
  • 50 ZAII, p. 140 sq. [23 juin 1942].
  • 51 Ibid., p. 370 [4 mai 1943].

18 Dans les pires moments de déception (cependant étonnamment rares), Klemperer arrive à la conclusion que le national-socialisme est, dans sa propension à l’ordre et à l’efficacité, typiquement « allemand », il correspond « à la mentalité globale de la ci­vilisation germanique »47. Et de souligner avec amertume que « le national-socialisme est essentiellement une culture alle­mande »48. À d’autres endroits encore, l’auteur du journal renvoie à l’es­sentialisme culturel pour exprimer sa déception et pour re­considérer, en fonction des derniers développements et de l’état émotionnel du moment, sa conviction selon laquelle le régime nazi est “non allemand”49 : « Je ne peux plus croire au caractère non allemand du national-socialisme ; il s’agit d’un produit du pays, d’un carcinome à base de viande allemande, une variante du can­cer à l’instar de la grippe espagnole. »50 Comme le souligne l’un des compagnons d’infortune de Klemperer, la complaisance de la menace antijuive ne laisse présager rien de bon pour l’avenir : « En Allemagne, les choses ne s’arrangeront plus pour nous ; l’an­tisémitisme a toujours été là ; son empreinte est devenue trop profonde. »51

  • 52 Cf. LTI, p. 70.
  • 53 ZAII, p. 500 sq. [2 avril 1944].

19 Il est d’avis que le peuple, “simple” et influençable, s’était lais­sé séduire grâce à un discours cohérent et une propagande inflam­matoire qui n’avait aucun scrupule à vanter les attraits perfides de l’antisémitisme. Le fort potentiel de séduction52 du régime na­tional-socialiste (et ici encore Klemperer s’évertue à marquer une différence entre « allemand » et « national-socialiste ») aurait plongé dans l’abîme une population qui pourtant était de bonne foi. Ce n’est pas le mensonge ou la malice qui seraient à l’origine du soutien du régime nazi, mais la peur des représailles : « Peur du petit pourcentage de fidèles au régime, peur de la prison, hachette et balle sont les contraintes qui les lient. »53

  • 54 J. Randolph, « The Space of Intellect and the Intellect of Space », dans D. M. McMa­hon – S. Moyn ( (...)

20 L’espace urbain n’était pas « juste là », il était encore moins une valeur immuable. Dans les auto-témoignages, il devient un espace d’énonciation permettant de sonder la marge de ma­nœuvre, le lieu de vie et les droits à la vie restants. Ainsi John Randolph écrit-il : « L’espace ne doit pas être perçu que dans sa dimension physique, mais aussi comme réceptacle de la vie hu­maine, pas seulement comme “contexte” à des interprétations textuelles, mais aussi comme mode de production intellectuelle à part entière avec des interprétations qui lui sont propres. »54

Espaces publics et privés dans le journal intime de Klemperer

21 Les tentatives du régime nazi de contrôler et de s’approprier l’espace urbain (que ce soit par des retraites aux flambeaux, des affiches, ou encore par l’exclusion des “non-communautaires”) allaient de pair avec les tentatives des citadins juifs d’investir d’autres lieux, d’autres chemins et infrastructures. Les nom­breuses excursions en voiture qu’entreprit Klemperer servaient à la fois à maintenir une culture bourgeoise du voyage et à fuir la ville, qui devenait de plus en plus une scène de représentation national-socialiste. Lors de ces escapades à travers les petites villes et les zones rurales, Klemperer se sentait, le temps d’une journée, libéré de la pression que le régime faisait peser sur l’appropriation même de l’espace.

Eva et Victor Klemperer avec leur voiture vers 1936

(p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)

  • 55 ZAI, p. 233 [31 décembre 1935].
  • 56 Cf. Ibid., p. 240 sq. [25 janvier 1936].
  • 57 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Univer­si­tätsbiblio­thek D (...)
  • 58 Cf. ZAI, p. 301 [5 septembre 1941] ; Ibid., p. 321 [24 novembre 1936] ; Ibid., p. 376 [11 septembre (...)
  • 59 Appartenant à la localité de Cotta et comptant aujourd’hui 2 100 habitants, Dölzschen est un distri (...)
  • 60 ZAI, p. 246 [11 février 1936].
  • 61 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universi­tätsbibliothek Dre (...)

22 Klemperer concevait le rêve d’acquérir une voiture depuis les années vingt. L’impression d’être isolé, de mourir à petit feu depuis l’arrivée au pouvoir du NSDAP finissait par le convaincre qu’il s’agissait là d’un luxe nécessaire : « C’est par la voiture que nous accéderons à nouveau à la vie et au monde. »55 Les cours de con­duite, épreuve cocasse pour le professeur maladroit qu’il était, sont décrits en détail sur de nombreuses pages. L’examen eut lieu à la fin du mois de janvier, et c’est au prix de beaucoup d’efforts et de l’ingérence discrète du moniteur de conduite (qui de­vait à plusieurs reprises re­pousser le pied de son élève de la pédale d’accélérateur pour évi­ter un accident dans les rues étroites de Dresde) qu’il parvint à le décrocher56. Le 2 mars 1936, Klemperer achète une Opel, 32 CV, 6 cy­lindres, construite en 193257, qu’il surnomma affectu­eu­sement « bouc »58. Les auto­rités nazies n’ar­rêtaient ce­pen­dant pas de le chicaner : le gara­ge, déjà en cours de construc­tion, ne devait pas être muni d’un toit plat, et ce indépen­damment du fait que tous les autres propriétaires de voitures vivant à Dölz­schen59 se préva­laient d’une toiture plate. Les objections de Klem­perer n’étaient visiblement pas d’une gran­de utilité, car le maire s’empressa de dire au diariste : « Vous n’avez apparemment pas la moindre idée de ce qui se passe, vous n’êtes qu’un hôte, et j’ai bien envie de vous mettre en détention pré­ventive. »60 Cependant, mal­gré les représailles de plus en plus ma­nifestes, les excursions en voiture lui permirent de se libérer du poids de l’emprise idéo­logique. C’est dans le moindre détail qu’il fait état de ses aventures dans son journal. Même son style de conduite qui était à l’origine d’un certain nombre de différends en­tre les époux fait l’objet d’une description minutieuse : « Psy­cho­logiquement parlant, le voyage d’hier n’avait rien de ré­jouissant, et ce pour plusieurs raisons. Dès le début, je me retrou­vai dans une situation précaire ; je dépassai une voiture qui, de son côté, devait se tenir à droite pour laisser passer un essaim de cyclistes, ce qui m’obligeait à mon tour de res­ter dans une proximité critique des arbres ; Eva n’arrêtait pas de crier : “Plus à droite” ; je renchéris en lui demandant de bien vou­loir, pour l’amour de Dieu, se taire ; ce moment critique surmonté, Eva resta foncièrement et durablement rancunière ; en ce qui me concerne, je fus convaincu que mon excitation, somme toute légi­time, aurait dû susciter sa compréhension. »61

  • 62 ZAI, p. 265 [21 mai 1936].
  • 63 Ibid., p. 266 [24 mai 1936].
  • 64 Ibid., p. 412 [29 juin 1938].
  • 65 Ibid., p. 239 [24 janvier 1936] ; cf. Ibid., p. 549 [30 août 1940].
  • 66 Cf. Ibid., p. 576 [20 février 1941].
  • 67 Ibid., p. 580 sq. [25 février 1941].

23 Pendant une longue période, le diariste se livre entièrement à sa nouvelle passion et relègue les événements politiques au second plan : « La voiture, la voiture par-dessus tout, nous en sommes complètement épris, d’une passion dévorante. »62 Le travail sur son histoire de la littérature française se verra également suspendu pendant un certain temps en faveur de la voiture : « La voiture me ronge, Rousseau n’est plus qu’un bouche-trou ».63 Pour les Klemperer, la voiture constitue le « dernier morceau de liberté »64. Cependant, ce pauvre petit bonheur qu’inspirait la « période voi­ture »65 fut bientôt compromis. Le 20 février 1941, Klemperer reçoit une lettre poignante de la municipalité de Dölzschen qui le contraint de vendre sa voiture dans les huit jours66. Selon la loi, la possession d’une voiture était interdite aux Juifs et aux conjoints non juifs. L’interdiction de conduire sa « voiture juive »67 était d’un mauvais présage, et d’autres mesures coercitives s’en­suivirent bientôt. Même si Dresde n’affichait pas de frontière et ne comptait pas encore de ghettos, les citadins juifs étaient bien conscients qu’il était préférable d’éviter les espaces publics.

  • 68 Ibid., p. 533 [6 juin 1940].
  • 69 ZAII, p. 198 [8 août 1942].

24 Klemperer ne vivait pas dans le ghetto. Il ignorait donc, pour ne pas les avoir vécues directement, les épidémies, les conditions d’hygiène indicibles et la situation nutritionnelle catastrophique qui y sévissaient. Mais il fut forcé d’emménager dans une « maison juive », pour Klemperer un « camp de concentration relevé »68, voire un « petit fort de ghetto [...] »69, où il menait une vie exiguë dans un lieu de coexistence forcée et dans la peur constante des fouilles de la Gestapo qui y étaient monnaie courante.

  • 70 Ibid., p. 309 [13 janvier 1943].
  • 71 Ibid., p. 561 [14 août 1944].
  • 72 Cf. Ibid., p. 76 [3 mai 1942].

25 La rationalisation alimentaire entraîna la faim et la faiblesse. Les détenus de la « maison juive » se voyaient exposés à une faim rongeante et d’autant plus pénible qu’elle était éprouvée quo­tidiennement. Il était impossible de lui échapper, et dans son journal intime Klemperer en parle de façon récurrente : « Beau­coup de pensées tournent autour de la nourriture, la famine, la faim et la fatigue. »70 Eva et Victor Klemperer avaient faim, mais contrairement aux prisonniers des camps de concentration ou aux habitants des ghettos, ils ne mouraient pas de faim : « À ce qu’on entend, les Juifs de Theresienstadt souffrent bien plus de la faim que nous ici. »71 L’état de faiblesse et de dépérissement dans les camps lui paraissait si inconcevable qu’il pouvait encore se permettre de se plaindre du manque de diversité dans l’ali­mentation72.

Victor Klemperer en 1947

(p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)

26 Pour Klemperer, Dresde se trans­forma peu à peu en une sorte de labyrinthe. Dans son journal intime, il décrit en détail com­ment de nom­breux Juifs évitèrent le centre-ville, comment ils cherchaient à le con­tourner, quels détours et déviations étaient les leurs. Dans la perception du diariste, la stratégie d’appro­priation de l’espace urbain empruntée par les nationaux-socialistes était for­tement focalisée sur le centre. En ef­fet, c’est avec des défilés et des mar­ches aux flambeaux, revers et avers de la prise de pos­session de l’espace ur­bain, que le régime parvint à asseoir son au­torité. L’exclusion publique ne servait pas uniquement à dé­montrer que les citoyens juifs avaient perdu leurs droits dans la ville. C’était aussi l’expression d’une politique spatiale qui visait, à travers le changement du paysage urbain, à façonner certaines partitions sociales, que ce soit celle des « concitoyens » ou celle des exclus.

  • 73 Ibid., p. 511 [3 mai 1944].

27 Délibérément conçue comme attaque contre le principe d’uni­versalité de l’individu, l’utilisation inflationniste et mani­chéenne des singuliers collectifs « l’Allemand » et « le Juif » avait des con­séquences graves et inquiétantes sur l’opinion populaire « aryen­ne ». Ainsi, Mme Belka, une employée de l’entreprise dans laquelle Klemperer avait été soumis au travail forcé, n’hésitait pas à recourir à la différence admini­strativement correcte entre « alle­mand » et « juif », ce qui était pour le diariste une preuve supplé­mentaire de son exclusion de la communauté allemande : « L’effet de la propagande : Mme Belka m’a déjà demandé à plu­sieurs reprises : “Avez-vous une femme alleman­de ?”, “Jacobi a-t-il une femme allemande ?” Cela a sur moi un effet bien plus dé­vastateur que le mot étranger “aryen” ». Visiblement, l’objectif du « “garrottage total” des Juifs dans la conscience populaire »73 avait été atteint. La question citée, sans être peut-être de nature con­sciemment et ouvertement anti­sémite, montre à quel point le discours de la ségrégation raciale était enraciné dans le langage quotidien de la population “aryenne”.

28 Les effets dévastateurs de la ségrégation spatiale venaient modifier la perception de l’espace urbain et se faisaient sentir de part et d’autre de la « communauté du peuple » : pour les per­sonnes directement touchées par la persécution, l’isolement spatial était à l’origine de l’isolement social. Les Juifs de Dresde n’avaient d’autre choix que de se retirer de la sphère publique et d’investir l’espace privé, de s’y “encapsuler”. Quant aux “mem­bres de la communauté”, l’isolement spatial des Juifs, leur mise en quarantaine, les confortait dans l’idée que les habitants juifs étaient pour eux une menace directe. Ainsi, la politique spatiale national-socialiste finissait par se confondre avec l’attisement de la méfiance à l’égard des Juifs.

29 Les tentatives d’exclusion, d’isolement et de restriction de la liberté de mouvement avaient cependant pour effet de provoquer chez Klemperer l’effet inverse : elles suscitèrent sa volonté de maintenir, voire d’élargir son espace de vie personnel. Ceci était encore plus le cas après 1939, lorsque le diariste fut placé dans une « maison juive » surpeuplée et dut se plier aux mesures de couvre-feu qui frappaient exclusivement la population juive.

Page du manuscrit avec les notes du 19, 20 et 23 mars 1943

© Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universitätsbibliothek Dresden

30 Pour Klemperer, l’exclusion de l’espace urbain avait pour con­séquence d’accorder une priorité plus élevée encore à son journal qui devenait une sphère publique de substitution. Avec le rétré­cissement des espaces publics et la diminution des contacts in­terpersonnels, le journal intime compensait la perte des anciens espaces de communication, se substituait au système d’échanges antérieurs. Dans le même ordre d’idées, le repli sur l’espace de vie privé se lit également comme tentative de compensation. Autant la maison du couple avait-elle jusqu’ici servi comme espace-dé­tente, autant elle remplissait à présent des fonctions que l’on attribuerait plus volontiers aux zones urbaines. Les routines quotidiennes, la rédaction de ses mémoires et autres travaux scientifiques étaient pour Klemperer autant de stratégies d’af­firmation de soi, de tentatives pour maintenir un reflet de savoir-être bourgeois. Le repli sur l’espace de vie privé n’entraîna non pas l’aliénation dont nous avons parlé ci-dessus mais une forme spécifique d’intériorisation, voire une altération des goûts per­sonnels et des références temporelles.

31 Le repli sur l’espace privé est donc une conséquence directe de la politique spatiale national-socialiste, qui ne manquait pas de lais­ser des traces visibles au sens propre comme au sens figuré ; au sens propre, dans la mesure où la transformation de l’espace public préludait à la transformation des pratiques sociales des « citoyens du Reich » et des persécutés ; au sens figuré, parce que le rétré­cissement des espaces publics entraîna un repli sur un espace privé réaménagé pour compenser la perte de la normalité publique.

Conclusion

32 Notre analyse a démontré que les journaux intimes de Klem­perer sont révélateurs à plusieurs égards. D’une part, ils relatent le rétrécissement progressif des espaces “juifs” à Dresde, ré­trécissement qui incite l’auteur à reconsidérer sa propre indi­vidualité, son appartenance à une communauté, les traditions dont il fait partie et ses perspectives d’avenir. Ses réflexions sur le paysage urbain lui permettent donc, tel un écran de projection, à mieux comprendre les principaux facteurs d’appropriation de l’espace par les nationaux-socialistes. D’autre part, les repré­sentations et les réflexions révèlent aussi des pratiques très con­crètes. Klemperer développe des stratégies spécifiques et des routines quotidiennes pour éviter ou du moins compenser les restrictions et exclusions spatiales. Le fait que ces stratégies de compensation et d’auto-préservation aient parfois eu pour effet d’accentuer la marginalisation spatiale des persécutés, est une conséquence directe et fondamentale de la politique spatiale na­tional-socialiste.

33 En somme, l’analyse littéraire des auto-témoignages juifs alle­mands comme ceux de Klemperer n’offre pas seulement de nouvelles perspectives sur les liens qu’entretiennent les concepts spatiaux, les pratiques sociales et les concepts d’identité. Elle apporte, contrairement aux modèles « top-down » encore for­tement répandus en matière d’histoire de la ville (et qui au mieux ne s’intéressent qu’aux effets de la planification politique et des processus décisionnels), davantage de différenciation. L’analyse des journaux intimes de Victor Klemperer révèle deux aspects particulièrement intéressants : d’une part, elle sensibilise aux con­séquences individuelles et quotidiennes des politiques spatiales national-socialistes, de l’autre, elle montre les stratégies in­dividuelles d’appropriation et de réinterprétation avec lesquelles les tentatives d’ordre national-socialiste furent sapées. L’accès à l’histoire de l’expérience et de la vie quotidienne attire ainsi l’at­tention non seulement sur l’« obstination des espaces urbains », mais aussi et surtout sur l’obstination des citadins eux-mêmes.

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Notes

1 Pour plus d’informations sur la représentation de l’espace urbain sous le national-socialisme dans les écrits autobiographiques de Juifs allemands vivant à Breslau, cf. A. Sepp – A. Augustyns, « Breslau in deutsch-jüdischen Selbstzeugnissen : Schrumpfende Räume, Selbst-Verortungen und Selbsterhaltungsstrategien im “Dritten Reich” », dans W. Süß – M. Thießen (éds.), Städte im Nationalsozialismus. Urbane Räume und soziale Ordnungen, Goettingue, 2017, p. 89-105.

2 Dans le présent article les sigles suivants pour les ouvrages de Victor Klemperer seront utilisés : CVI : Curriculum Vitae : Erinnerungen 1881-1918, Tome I ; LTI : LTI – Notizbuch eines Philologen ; ZAI : Ich will Zeugnis ablegen bis zum letzten : Tagebücher 1933-1941, Tome I ; ZAII : Ich will Zeugnis ablegen bis zum letzten : Tagebücher 1942-1945, Tome II. La traduction est réalisée par Béatrice Costa.

3 Cf. A. Lüdtke, Alltagsgeschichte. Zur Rekonstruktion historischer Erfahrungen und Lebensweisen, Francfort-sur-le-Main, 1989. Pour en savoir plus en matière de recherche urbaine, cf. P. Zukin – P. Kasinitz – C. Xianming, Global Cities, Local Streets, Everyday Diversity from New York to Shanghai, Londres-New York, 2015.

4 Cf. T. Cole, Holocaust City. The Making of a Jewish Ghetto, Londres-New York, 2003.

5 « L’espace poétique de la constitution du sujet » (F. Regard, « Topologies of the Self. Space and Life-Writing », dans F. Regard (éd.), Mapping the Self. Space, Identity, Discourse in British Auto/Biography, Saint-Étienne, 2003, p. 16).

6 Dans ce contexte, Klemperer souligne le danger de la politisation omniprésente du langage par l’idéologie national-socialiste : « Les mots peuvent être comme de minus­cules boîtes d’arsenic : ils sont avalés inaperçus, ils ne semblent pas avoir d’effet, et après un certain temps, l’effet toxique est là » (LTI, p. 27). À l’encontre de cette tendan­ce, l’auteur essaie d’échapper au pouvoir de classification du discours nazi en prenant la défense de son identité nationale contre l’eugénisme antisémite et le darwinisme social du national-socialisme : « L’appartenance à une nation est déterminée non pas par le sang mais par la langue » (ZAII, p. 322 [28 janvier 1943]).

7 F. Regard, « Topologies of the Self... », op. cit., p. 18.

8 ZAI, p. 641 [23 juin-1 juillet 1941] ; cf. Ibid., p. 638 [23 juin-1 juillet 1941].

9 Cf. par exemple ZAII, p. 182 [26 juillet 1942].

10 O. Ette, ZwischenWeltenSchreiben. Literaturen ohne festen Wohnsitz, Berlin, 2005, p. 49.

11 ZAII, p. 182 sq. [26 juillet 1942].

12 ZAI, p. 338 [27 mars 1937].

13 Cf. le chapitre « Lire : un braconnage » dans M. de Certeau, L’Invention du quotidien I, Arts de faire, Paris, 1990, p. 239-255.

14 Ibid., p. 245.

15 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Uni­versitätsbibliothek Dresden, Mscr. Dresd. App. 2003, 138 : Tagebuch (47b), Dresden, 10.5.1941-25.5.1945, p. 991 [27 décembre 1943].

16 ZAI, p. 120 [11 juin 1942] ; cf. ZAII, p. 291 [18 décembre 1942].

17 LTI, p. 23.

18 E. Soja, Postmodern Geographies. The Reassertion of Space in Critical Social Theory, Londres, 1989, p. 114.

19 R. Mitch, « Landscape and labyrinths », Geoforum 33/4, 2002, p. 457 ; cf. aussi M. de Certeau, L’Invention..., op. cit.

20 Cf. D. Trudeau – C. McMorran, « The Geographies of Marginalization », dans V. J. Del Casino – M. E. Thomas – P. Cloke – R. Panelli (éds.), A Companion to Social Geography, Oxford, 2011, surtout p. 445-446.

21 A. Charlesworth, « Towards a Geography of the Shoah », Journal of Historical Geography 18/4, 1992, p. 464-469.

22 Cf. B. Ladd, The Ghosts of Berlin Confronting German History in the Urban Landscape, Chicago, 1997 ; cf. aussi G. D. Rosenfeld, Munich and Memory : Architecture, Monu­ments, and the Legacy of the Third Reich, Berkeley, 2000 et A. Huyssen, Present Pasts. Urban Palimpsests and the Politics of Memory, Stanford, 2003.

23 Cf. G. Agamben, Homo Sacer. Sovereign Power and Bare Life, Stanford, 1998 ; A. K. Knowles – T. Cole – A. Giordano (éds.), Geographies of the Holocaust, Bloomington, 2014 ; B. Neumann, The Nazi Weltanschauung : Space, Body, Language, Haifa, 2001 ; W. Sofsky, « Absolute Macht. Zur Soziologie des Konzentrationslagers », Leviathan 18, 1990, p. 518-535.

24 K. Kwiet, « Nach dem Pogrom. Stufen der Ausgrenzung », dans W. Benz (éd.), Die Juden in Deutschland 1933-1945. Leben unter nationalsozialistischer Herrschaft, Munich, 1988, p. 545-559. Cf. aussi l’étude sur Budapest rédigée par T. Cole – A. Giordano, « Bringing the Ghetto to the Jew. The Shifting Geography of the Budapest Ghetto », dans A. K. Knowles – T. Cole – A. Giordano (éds.), Geographies of the Holocaust, op. cit., p. 120-157.

25 ZAII, p. 506 [8 avril 1944].

26 M. Wildt – C. Kreutzmüller, « Berlin 1933-1945. Stadt und Gesellschaft im Natio­nalsozialismus », dans M. Wildt – C. Kreutzmüller (éds.), Berlin 1933-1945, Munich, 2013, p. 7-16.

27 G. Miron, « “Lately, Almost Constantly, Everything Seems Small to Me” : The Lived Space of German Jews under the Nazi Regime », Jewish Social Studies 20, 2013, p. 132.

28 Cf. LTI, p. 213.

29 ZAI, p. 663 [15 septembre 1941]. À plusieurs endroits, le diariste commente en détail l’ordonnance sur le port de l’étoile juive : « L’“étoile des juifs”, noire sur tissu jaune, avec le mot “Juif” en caractères hébreux, à porter sur la partie gauche de la poitrine, grande comme la paume de la main, nous a été remise contre la somme de 10 Pfennigs, à porter à partir de demain 19 septembre. L’omnibus ne peut plus être utilisé, le tramway uniquement sur le perron avant. Eva s’occupera, du moins pour le moment, des courses, je veux juste retrouver mes esprits sous le couvert de la nuit » (ZAI, p. 669 [18 septembre 1941]). Le bilan annuel de la Saint-Sylvestre 1941 indi­que : « Coup le plus dur, plus lourd que la semaine de prison en été : le “Judenstern” depuis 19.09.41. Complètement fermé depuis » (Ibid., p. 703 [31 décembre 1941]). Lors du premier anniversaire de l’imposition de l’étoile juive, Klemperer résume à nouveau en quoi cet événement représentait pour lui une césure : « Aujourd’hui, il y a un an, l’insigne juif nous a été imposé. À quelle misère avons-nous été réduits durant cette année. Par rapport à tout ceci, ce que nous avons vécu avant paraissait facile » (ZAII, p. 247 [19 septembre 1942]). Cf. à ce propos le chapitre LTI s’intitu­lant « L’étoile » (LTI, p. 213-219) qui contient une description détaillée de l’épreuve psychique que représentait cette stigmatisation.

30 Ibid., p. 671 [20 septembre 1941].

31 Cf. CVI, p. 352.

32 Cf. ZAI, p. 632 sq. [23 juin-1 juillet 1941]. Le diariste constate dans la maison juive que l’imposition de l’étoile jaune suscite une palette de réactions, qui inclut la fierté en passant par l’isolement jusqu’à la honte. Une compagne d’infortune tente par exemple de neutraliser le stigma par le port d’une croix : « Käthchen Sara porte ostensiblement une croix au cou [...], afin de paralyser l’étoile juive » (ZAI, p. 669 [17 septembre 1941]).

33 Selon Klemperer, il n’y avait plus que « 60 Étoilés » en 1943 (cf. ZAII, p. 393 [12 juin 1943]). En raison du marquage par l’étoile (LTI, p. 216), « chaque juif étoilé [se voit ré­duit à porter] son ghetto avec lui, tel un escargot qui traîne sa maison », écrit le diariste.

34 ZAII, p. 117 [9 juin 1942].

35 ZAI, p. 554 [27 septembre 1940].

36 Cf. par exemple ZAII, p. 406 [19 juillet 1943].

37 Ibid., p. 379 [20 mai 1943].

38 Ibid., p. 28 [19 février 1942].

39 Ibid., p. 65 [18 avril 1942] ; cf. LTI, p. 214 sq.

40 Ibid., p. 75 [28 avril 1942].

41 Ibid., p. 95 [23 mai 1942].

42 Ibid., p. 398 [24 juin 1943].

43 Ibid., p. 420 [7 août 1943].

44 Ibid., p. 505 [29 avril 1944].

45 LTI, p. 213 sq. ; cf. ZAII, p. 398 [23 juin 1943].

46 ZAII, p. 313 [17 mars 1943] ; cf. Ibid., p. 286 sq. [3 décembre 1942] ; Ibid., p. 422 [23 août 1943].

47 ZAI, p. 393 [18 janvier 1938].

48 ZAII, p. 209 [17 août 1942].

49 Cf. ZAI, p. 41 [13 juillet 1933] ; Ibid., p. 143 [12 septembre 1934] ; Ibid., p. 210 [21 juillet 1935] ; ZAII, p. 84 [11 mai 1942].

50 ZAII, p. 140 sq. [23 juin 1942].

51 Ibid., p. 370 [4 mai 1943].

52 Cf. LTI, p. 70.

53 ZAII, p. 500 sq. [2 avril 1944].

54 J. Randolph, « The Space of Intellect and the Intellect of Space », dans D. M. McMa­hon – S. Moyn (éds.), Rethinking Modern European Intellectual History, Oxford, 2014, p. 225.

55 ZAI, p. 233 [31 décembre 1935].

56 Cf. Ibid., p. 240 sq. [25 janvier 1936].

57 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Univer­si­tätsbiblio­thek Dresden, Mscr. Dresd. App. 2003, 136 : Tagebuch (47), Dresden, 4.11.1934-3.5.1936, p. 242 [6 mars 1936].

58 Cf. ZAI, p. 301 [5 septembre 1941] ; Ibid., p. 321 [24 novembre 1936] ; Ibid., p. 376 [11 septembre 1937].

59 Appartenant à la localité de Cotta et comptant aujourd’hui 2 100 habitants, Dölzschen est un district de la ville de Dresde.

60 ZAI, p. 246 [11 février 1936].

61 Cf. le journal inédit dans la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universi­tätsbibliothek Dresden, Mscr. Dresd. App. 2003, 137 : Tagebuch (47a), Dresden, 10.5.1936-10.8.1941, p. 262 [18 mai 1936].

62 ZAI, p. 265 [21 mai 1936].

63 Ibid., p. 266 [24 mai 1936].

64 Ibid., p. 412 [29 juin 1938].

65 Ibid., p. 239 [24 janvier 1936] ; cf. Ibid., p. 549 [30 août 1940].

66 Cf. Ibid., p. 576 [20 février 1941].

67 Ibid., p. 580 sq. [25 février 1941].

68 Ibid., p. 533 [6 juin 1940].

69 ZAII, p. 198 [8 août 1942].

70 Ibid., p. 309 [13 janvier 1943].

71 Ibid., p. 561 [14 août 1944].

72 Cf. Ibid., p. 76 [3 mai 1942].

73 Ibid., p. 511 [3 mai 1944].

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Table des illustrations

Légende Eva et Victor Klemperer devant leur maison à Dölzschen
Crédits (p. Jacobs, Im Kern ein deutsches Gewächs. Eine Biographie, Berlin, 2000)
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Légende Les passeports d’Eva et Victor Klemperer
Crédits (p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)
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Légende La “maison juive” (Judenhaus) dans la Zeughausstraße 1 à Dresde (sur la photo le bâtiment à gauche)
Crédits (p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)
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Légende Eva et Victor Klemperer avec leur voiture vers 1936
Crédits (p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)
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Légende Victor Klemperer en 1947
Crédits (p. Jacobs, Im Kern..., op. cit.)
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Légende Page du manuscrit avec les notes du 19, 20 et 23 mars 1943
Crédits © Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universitätsbibliothek Dresden
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Pour citer cet article

Référence papier

Arvi Sepp, « Écrire la ville allemande sous le national-socialisme Spatialité et persécution à Dresde dans les journaux de Victor Klemperer »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine, 15 | 2021, 173-198.

Référence électronique

Arvi Sepp, « Écrire la ville allemande sous le national-socialisme Spatialité et persécution à Dresde dans les journaux de Victor Klemperer »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine [En ligne], 15 | 2021, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cmc/1223 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cmc.1223

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Auteur

Arvi Sepp

Arvi Sepp est professeur de culture allemande et de traductologie à la VUB et chercheur à l’Institut d’Études juives de l’UA. Il a publié de nombreux articles sur la littérature comparée, la litté­rature juive-allemande, la traduction littéraire et l’écriture auto­biographique.

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Droits d’auteur

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