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«Les lieux que nous avons vus nous regardent à présent.» Vienne dans la littérature contemporaine judéo-autrichienne

Vivian Liska
p. 125-143

Texte intégral

  • 1 Le passé nazi en Autriche est un thème important dans l’œuvre d’autres auteurs autrichiens d’origin (...)

1 La littérature contemporaine judéo-autrichienne se caractérise par la place prépondérante qu’y occupe la destruction de la po­pulation juive de Vienne pendant le régime de terreur de la période nazie. Les descriptions de Vienne qu’on y trouve sont marquées par l’ubiquité de ce passé, mais aussi par l’idée qu’une authentique remémoration ne peut avoir lieu que quand le présent est éga­lement convoqué. Cette littérature se nourrit bien moins des lieux de mémoire officiels – que sont, par exemple, les monuments du (Place des Juifs) – que des rues et des places de la Vien­ne d’aujourd’hui. Par leur permanence, elles conservent le passé et elles demeurent, aux yeux des auteurs judéo-autrichiens de la génération d’après-guerre, véritablement hantées par les crimes des nazis et de leurs collaborateurs autrichiens. Plutôt que de représenter ces lieux par des descriptions et des narrations, ces auteurs les transforment en mots et chargent le langage d’une mé­moire fantomatique. Les textes poétiques de Doron Rabinovici (°1961), de Robert Schindel (°1944) et d’Ilse Aichinger (1921-2016) – trois auteurs d’origine juive qui commémorent dans leur œuvre la terreur nazie dans leur pays et qui ont fortement marqué la littérature autrichienne après 19451 – constituent cette image de Vienne en paradigme des lieux présents habités par le passé. Tous ces auteurs font face aux événements historiques en utilisant un langage propre pour établir le lien entre passé et présent. Leur perception des traces du passé dans les rues et les lieux de la capitale autrichienne finit par révéler, sobrement, le tragique d’événements trop longtemps refoulés, mais qui subsistent sous le vernis d’une ville pourtant réputée pour son charme et sa beauté. Ce souci des lieux et de leur histoire ainsi qu’une intense attention portée à la matérialité du langage constituent l’essence de la poé­tique de ces auteurs.

Le mémorial au Judenplatz à Vienne

© Istvan

  • 2 R. Storr, cité par J. Young, « Memory and Counter-Memory », Harvard Design Maga­zine 9 (numéro spéc (...)

2 Au cœur de Vienne, un peu à l’écart du centre-ville, se trouve le Judenplatz, une place ancienne bordée de façades baroques, de restaurants, de cafés et de boutiques. Elle a été rénovée à la suite de la décision, prise en 1996, d’y ériger un mémorial pour les 65 000 Juifs autrichiens exterminés par les nazis. Ces travaux mi­rent à jour sa dimension de palimpseste architectural. Elle recèle en effet de multiples dimensions de l’histoire et de la culture judéo-autrichienne. Parmi d’autres importantes découvertes, on y trou­va notamment les fondations d’une synagogue où des centaines de Juifs périrent par le feu lors d’un pogrom en 1421, un 12 mars, soit le même jour que l’entrée des troupes nazies dans Vienne 517 ans plus tard. Une plaque portant une inscription latine du XVIe siècle affirme que ces « chiens hébreux » méritaient leur sort. Sur une façade adjacente, un somptu­eux emblème doré de la monarchie impériale orne ce qui est à présent le Verfas­sungsgerichthof, la Cour constitutionnel­le de la République d’Autriche. La maison sise au numé­ro 244, dans laquelle Mo­zart composa le Cosi Fan Tutte, correspond quant à elle bien à l’image traditionnelle de Vienne, ville de musique et d’un art de vie festif. À l’écart du centre de la place, une statue des an­nées vingt, implantée sur le Judenplatz dans les années soixante, représente un Gotthold Éphraïm Lessing plus grand que nature, le dra­maturge des Lumières par excellence, celui qui prêcha la tolérance re­ligieuse et l’égalité universelle. De l’autre côté de la place, un petit musée propose une présentation multimédia de la vie juive à Vien­ne au Moyen-Âge. Il permet en outre au public de consulter une base de données archivistique interactive sur l’extermination des Juifs autrichiens par les nazis. Ce même bâti­ment héberge une sy­nagogue rénovée ainsi qu’un mouvement de jeunesse juif or­thodoxe et sioniste. Enfin, le mo­nument de Rachel White­read constitue l’ajout le plus récent et le plus im­portant à la place, com­mémorant les Juifs autri­chiens tués par les nazis. Cette « Biblio­thèque ano­nyme » – c’est là le nom du monument – con­siste en un bloc de béton sur la surface duquel se trouvent des rayonnages de livres, le dos tourné vers l’intérieur. Une porte à doubles battants, montée à l’envers et toujours fer­mée, interdit à tout jamais l’accès à l’espace vide enclos à l’intérieur de ce bloc de béton. Ce vide au centre du mémorial représente, selon le critique Robert Storr, « le trou au cœur de la ville »2.

La « Bibliothèque anonyme » de Rachel Whiteread à Vienne

© Bwag

3 Par de nombreux aspects, le Judenplatz peut constituer une topographie symbolique du cadre historique, politique et culturel nécessaire à la lecture de la littérature contemporaine judéo-autrichienne. La place évoque les cinq siècles de persécutions répétées et l’antisémitisme d’Église comme d’État qui condui­sirent à la quasi-extinction de la population juive autrichienne sous le régime nazi. La statue de Lessing, créée en 1920 et d’im­portance esthétique modeste, nous rappelle la courte période socialiste d’entre-deux-guerres, appelée « Vienne la rouge ». Elle rappelle également la fin des années soixante quand les mou­vements de gauche essayèrent timidement de faire revivre un âge des Lumières philosophique et politique, qui ne parvint jamais vrai­ment à s’implanter dans ce pays majoritairement catholique. L’incongruité de l’emblème monarchiste sur la façade de la Cour constitutionnelle peut être interprétée comme l’incarnation archi­tecturale de l’allégeance de surface que la République d’après-guerre fit aux valeurs démocratiques tandis qu’elle maintenait en fait vivaces nombre des pratiques et des attitudes de son passé absolutiste. Le mémorial de l’artiste britannique Rachel White­read, une commande de la municipalité viennoise, témoigne de la reconnaissance publique tardive de la participation de l’Autriche à la Shoah, une culpabilité qui n’a été officiellement reconnue que lors de l’« affaire Waldheim », en 1986. La synagogue rénovée, quant à elle, évoque la précarité du renouveau de la vie juive dans la Vienne d’après-guerre. Enfin, le cadre urbain du Judenplatz, ses restaurants et ses cafés typiquement viennois, incarne l’atmo­sphère cosmopolite de la capitale avec ses nombreux espaces semi-privés où, depuis la moitié du XIXe siècle, artistes et intellectuels juifs et non-juifs se croisent, se fréquentent et contribuent à la vie culturelle viennoise, souvent impressionnante.

4 Tout comme le Mémorial de la Shoah occupe le centre du Judenplatz, des marques encore vives de la Shoah tiennent, elles aussi, une place centrale dans la littérature contemporaine judéo-autrichienne. Le parallèle porte au-delà des seuls aspects thé­matiques, et le fait que le Judenplatz juxtapose plusieurs formes de mémoires culturelles est extrêmement significatif. Ainsi, le site archéologique, le musée, la synagogue, l’installation multimédia, la statue figurative de Lessing, le mémorial conceptuel et, au-delà de ces objets concrets, l’interaction entre les significations lourdes de sens de la place et l’environnement urbain quotidien dans le­quel elles sont insérées, peuvent être lus comme autant de mé­taphores des différentes façons d’appréhender l’histoire, les tra­ditions et la culture juive. La réflexion sur ces modes de pensée et leurs implications pour la littérature irrigue les œuvres des prin­cipaux auteurs judéo-autrichiens de l’après-guerre. Mettre à jour le passé, en conserver les preuves documentaires, transmettre les expériences passées, représenter de façon mimétique les vies et les histoires et, avant tout, créer un monument aux morts : ce sont là des questions avec lesquelles et souvent contre lesquelles, ces au­teurs formulent leur propre poétique et, plus généralement, leur compréhension des possibilités offertes à la littérature dans ce contexte.

5 De façon significative, le médium le plus fortement porteur d’un projet artistique, mais aussi le plus énigmatique auquel il est fait référence dans la constellation du Judenplatz est la forme et le nom même du mémorial de Rachel Whiteread. En effet, le choix qu’elle a fait d’une bibliothèque fermée et de ses rayonnages évoque l’idée d’un cœur impénétrable et fait penser à la nature nécessairement médiée et indirecte du phénomène du souvenir, dans une perspective contemporaine. Avec leurs tranches tournées vers l’extérieur, les livres posés à l’envers du mémorial font penser à un entrepôt d’informations archivées ou encore à une collection de récits d’expériences du passé. En même temps, ils laissent la place pour que de nouvelles histoires y soient projetées, des his­toires qui finiront inéluctablement par s’inscrire sur et dans les interstices des anciennes.

6 Tandis que l’Allemagne, surtout après les révoltes étudiantes de la fin des années soixante, a mené une nette politique de Ver­gangenheitsbewältigung (maîtrise du passé), bien que souvent problématique, en Autriche, les Juifs comme les non-Juifs gardè­rent plus longtemps le silence sur leur histoire. Il a fallu attendre 1986 – à la suite des révélations sur le passé nazi de Kurt Wald­heim, l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, et du fait que les Autrichiens répondirent au tollé international en l’élisant président – pour que le rôle de l’Autriche dans les crimes nazis soit publiquement discuté. Ce long silence fit qu’à la fois la culpabilité non reconnue des criminels comme le traumatisme refoulé des survivants demeurent sous-jacents et prolifèrent sous la forme de ressentiments inconscients et de névroses pathologiques. La lit­térature autrichienne de la deuxième génération représente par conséquent souvent le passé comme un spectre, un fantôme ou un revenant, alliant la culpabilité des criminels à la honte des sur­vivants. Vienne est dès lors souvent, dans cette littérature, une ville hantée par de tels fantômes.

  • 3 D. Rabinovici, Papirnik, Francfort, 1994, p. 125.
  • 4 D. Rabinovici, Suche nach M., Francfort, 1997, p. 114. Paru en français sous le titre Ceux d’après,(...)
  • 5 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 114 (notre traduction).
  • 6 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 51 (notre traduction).
  • 7 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 259 (notre traduction).

7 Dans l’épilogue de son recueil de nouvelles, Papirnik, Doron Rabinovici décrit ainsi le passé comme les pièces d’un puzzle qui « fait naître en nous des noms, les villes et les pays, les rues et les chemins, les places de l’être et les sites de la mort, les lieux de meurtre et les caches de la survie »3. Mullemann, le personnage principal du roman de 1997 de Rabinovici, Suche nach M.4, est littéralement un fantôme qui hante la ville de Vienne. Ce fantôme est enveloppé de bandelettes qui le protègent tout en dissimulant une mystérieuse maladie cutanée, symbole des blessures du pas­sé. Il endosse compulsivement la culpabilité, et ce faisant, révèle qu’elle est au cœur même de cet environnement urbain. Ce fantôme s’avère être un masque, porté par Dani Morgenthau, le fils de survivants qui avaient gardé le silence sur le passé. L’auteur décrit Dani – un représentant paradigmatique de la « deuxième génération » – comme un « amas de douleurs constitué d’innom­brables morts et rien qu’un paquet de souvenirs »5 dont le moi risque de disparaître sous l’effet paralysant des blessures pa­rentales, gravées dans sa peau. Rabinovici insiste sur le fait qu’il revient à la deuxième génération de révéler ce passé si longtemps dissimulé, tout en mettant en garde contre une obsession trop exclusive pour ce passé qui risquerait de devenir une névrose de culpabilité et de vengeance : « La recherche du coupable devint une drogue. »6 L’obsession de Mullemann augmente au fur et à mesure qu’il est lui-même pourchassé par ceux qui le considèrent comme un danger pour le statu quo. Alors que quelques re­présentants de la génération actuelle d’Autrichiens non juifs reconnaissent que sa présence dans la ville pourrait avoir des effets bénéfiques pour tous, les grands-parents, qui avaient pris part aux crimes, veulent se débarrasser de ce fantôme perturbateur. Dans un mouvement dialectique, Rabinovici décrit le moment où Mul­lemann pourrait enlever ses bandages comme une forme alter­native de commémoration : « Ne pas être attaché par les entraves du temps comme une momie, rejeter toutes les techniques d’embaumement, retirer les couches, défaire les nœuds, attaquer le nouage ensemble, chercher des doigts les bosses, les dénouer et retirer les lanières : voilà le travail de mémoire. »7 La forme pas­sive « être attaché » est remplacée par des actions évoquées par le champ métaphorique du textile fait texte (les couches, les nœuds et les lanières). La commémoration, selon Rabinovici, ne consiste pas à s’identifier de façon compulsive aux criminels du passé et à leurs victimes, mais bien à désenchevêtrer activement le passé, une action qui implique le langage vivant, le langage de tous les jours de celui qui se souvient et qui rend le passé présent.

  • 8 Pour la version allemande, voir R. Schindel, Ein Feuerchen im Hintennach, Francfort, 1992, p. 53.
  • 9 Traduction de B. Gonzalés-Vangell dans Kaddish et Renaissance : La Shoah dans les romans viennois ( (...)

8 « Vineta 1 »8, l’un des poèmes viennois les plus connus de Schindel, évoque la possibilité d’une telle alternative : « Ich bin ein Jud aus Wien, das ist die Stadt / Die heiße Herzen, meines auch, in ihrem Blinddarm hat / Die schönste Stadt der Welt direkt am Lethefluss / Ich leb in ihr, in der ich so viel lachen muss // Einst Welthauptstadt des Antisemitismus ist sie heute / Vergessenshaupt­stadt worden. In ihr lachen Leute / Die für das nackte Leben grad gnug Tränen haben / Sitzen in der Dunkelküche, eine halbe Welt geladen // Dies Wien liegt dennoch nicht im Österreiche / Und wer noch glaubt, dass diese Stadt, die herzensbleiche / Dem Land der Hauptsitz ist vom schroffen Alpenbunker / Der soll vom Trans­alpinen kommen da herunter / Möge uns geben den Devisenklunker / Und in der Hofburg riechen Östreichs beste Leiche // Ach diese Stadt ist nicht fürs Alpenglühen da / Sondern sie lebt, wie ich, längst in Diaspora. »9 (Je suis un Juif de Vienne, Vienne la ville / Qui dans son appendice recèle des cœurs brûlants, le mien aussi, / La plus belle ville du monde située sur les rives du fleuve Léthé / Je vis en son sein et j’y ris tant // Jadis capitale de l’antisémitisme, au­jourd’hui / Devenue capitale de l’oubli. En son sein rient des gens / Qui ont juste assez de larmes pour vivre / Assis dans la cuisine noire, chargés d’une moitié de monde // Cette Vienne-là n’est pour­tant pas en Autriche / Et qui croit encore que cette ville, pâle de cœur, / Est le siège du pays, du bunker abrupt des Alpes / Qu’il descende, des Transalpes vers nous / Qu’il nous apporte ses devises de pacotille / Et qu’il renifle au Hofburg, la résidence impériale, le meilleur cadavre de l’Autriche // Ah  ! Pour embraser les Alpes, cette ville n’est pas là / Tout comme moi, elle vit depuis long­temps, en diaspora). Le poème commence par l’affirmation laco­nique « Je suis un Juif de Vienne », puis établit une différence explicite entre l’Autriche et Vienne. Même si Vienne est appelée l’ancienne « capitale de l’antisémitisme », aujourd’hui « capitale de l’oubli », « cette Vienne-là n’est pourtant pas en Autriche ». Contrairement au reste de ce pays alpin, où les images de couchers de soleil et de cimes enneigées servent d’autoreprésentations na­tionalistes idylliques, évoquant une innocuité mensongère et un sentiment d’appartenance harmonieuse, la Vienne de Schindel se trouve déjà en exil : « Ah  ! Pour embraser les Alpes, cette ville n’est pas là / Tout comme moi, elle vit depuis longtemps, en dia­spora ». L’identification de Schindel à la capitale autrichienne n’est possible que du fait de son éloignement, du fait qu’il ne puisse la distinguer du reste du pays natal (Heimat). Schindel fuit l’Autriche idyllique de carte postale, mais il emporte Vienne dans son exil. Là où elle ne correspond pas à ce pays homogène, là où elle ne représente pas un pays natal, la capitale est « sa » ville.

9 Les mots qui ouvrent le poème – une affirmation de l’identité juive du locuteur – et celui qui le clôt, « diaspora », un terme qui évoque l’expérience juive de l’exil et du bannissement confèrent au poème un cadre juif, sans toutefois contenir et re-territorialiser la judéité. L’existence juive et la ville de Vienne correspondent l’une à l’autre précisément là où elles semblent toutes deux dépourvues de pays natal et déracinées. Dans « Vineta 1 », le terme de « diaspora » rime avec le « là » (da) où « vit » le non-lieu que constitue Vienne. De prime abord, ce petit adverbe « là », d’ap­parence pourtant inoffensive, donne l’impression d’une étrange rime vide, mais un examen plus attentif de la strophe montre qu’il constitue en fait, en allemand, le préfixe du verbe “être” (dasein). Contrairement au mot d’origine étrangère “diaspora” – disper­sion – et à son préfixe (dia-), qui indique cette « dispersion », « là » signifie un lieu fixe et assigne au verbe « être » un lieu spécifique, en l’occurrence, les montagnes autrichiennes. Ainsi, si les Alpes et leur luminescence évoquent le dévoilement de l’être-là (au sens d’une existence heideggérienne enracinée dans le sol du pays natal), le verbe du dernier vers, qui finit par “diaspora”, est “vi­vre”. Ainsi, l’expérience juive dans le poème de Schindel se joue dans la fine opposition linguistique entre être-là et “vivre”, entre enracinement et exil, entre le calme et la passivité d’une existence authentique dans le sens que Heidegger prête à l’“être-là” et le vivre plutôt banal, dans l’enchevêtrement agité et désorganisé du quo­tidien.

10 En associant la vie quotidienne avec l’exil et la diaspora, Schin­del conjugue son refus d’une identité nationale liée à l’idée de pays natal avec la subversion du sublime qui traverse toute son œuvre. La banalité de la rime finale en « là » (da) associée à l’expérience sublime des sommets ensoleillés est caractéristique de la juxta­position, souvent déconcertante, d’une langue soutenue et d’une langue triviale que l’on trouve dans les textes des écrivains judéo-autrichiens contemporains.

  • 10 I. Aichinger, Kurzschlüsse, Vienne, 2001, p. 5 (notre traduction ; toutes les citations de ce texte (...)

11 On peut observer un phénomène similaire dans le poème en prose d’Ilse Aichinger, « Centre-ville » : « Stadtmitte. Etwas kommt in den Sinn. Jagt nicht und biegt nicht ein wie Wagen, die von Stephansplatz in eine Nebengasse wollen, sondern biegt ein wie die Straße selbst, hat Knopfgeschäfte und Kaffeehäuser in sich, öffnet und verbirgt vieles, zeigt die Schaufenster und alles, was vorne liegt, und lässt die Magazine im Dunkel. Ich weiß von den Schoko­ladekuchen, von der Hochzeit des Joachim und der Anna, die sie vergessen haben, von der Judengasse, in die der Wind weht. So hilft uns der Himmel. Lasst doch die Sonne ruhig matter werden ! Es gibt Wolle und Schuhe zu kaufen in den Seitengassen. Und eine Stiege, mit Gras bewachsen, führt hinunter. Die Orte, die wir sahen, sehen uns an. »10 (Centre-ville. Quelque chose me vient à l’esprit. Ne poursuis pas les voitures qui veulent aller du Stephansplatz vers une rue secondaire et ne tourne pas comme elles, mais tourne com­me la rue elle-même, avec ses merceries et ses cafés, ouvre et cache beaucoup de choses, expose ses vitrines et tout ce qui s’y trouve, mais laisse les entrepôts dans l’obscurité. Je connais les gâteaux au chocolat, le mariage de Joachim et Anna, qu’ils ont oublié, la Judengasse [ruelle des Juifs] où souffle le vent. Que le ciel nous vienne en aide. Alors que le soleil se couche ! On peut acheter de la laine et des chaussures dans les rues d’à côté. Et un escalier, recouvert d’herbe, mène plus bas. Les lieux que nous avons vus nous regardent à présent.) « Centre-Ville » ouvre le recueil de poèmes en prose Courts Circuits (Kurzschlüsse), écrit dans les années cinquante. Tous les poèmes du recueil ont pour thème un lieu ou une rue de Vienne et, ce faisant, ils proposent un tour de Vienne, en partant du centre, du Stephansplatz, puis en progres­sant en spirale dans toute la ville. La phrase finale de « Centre-ville » est cruciale : les lieux de Vienne sont personnifiés ; ils exigent qu’on leur rende des comptes en associant le passé de ce qui a été vu « à l’époque » avec le présent de l’écrivain. Les textes de Courts Cir­cuits semblent de prime abord mystérieux et hermétiques, mais ils se laissent décoder et déchiffrer dans la perspective du travail de mémoire qu’ils effectuent. Cela concerne non seulement leurs con­tenus respectifs, mais aussi la dynamique langagière à partir de laquelle ces structures textuelles se dé­veloppent. Les connexions naissent du fait de prendre le langage au pied de la lettre, un langage dans lequel l’activation des phénomènes de dénotation et de connotation rend une telle quête des traces possible, en per­mettant à cet aller-retour à travers la ville de devenir une ex­périence de l’oubli qui inclut le présent.

12 « Quelque chose me vient à l’esprit » : ce « quelque chose » n’apparaît pas comme « les voitures » qui passent par là  ; il surgit dans l’« entendement » (Sinn), ce qui signifie à la fois le sens et la per­ception par les sens. Ce « quelque chose » n’est pas une apparition fugace, il ne se presse pas avec le temps qui se hâte et passe  ; c’est quelque chose qui demeure, qui reste avec la rue. Cet endroit c’est le Stephansplatz, là où, comme nous le savons, les Juifs ont été contraints à nettoyer, sous les quolibets, les pavés avec des brosses à dents. Les merceries renvoient à une ouverture et à une fermeture, à quelque chose que l’on dissimule, dont on garde le secret ; les cafés et les vitrines de magasins sont visibles, mais les entrepôts, dans lesquels le passé est « protégé » du public et défendu, désig­nent les camps et restent « dans l’obscurité », cachés et dissimulés. Le terme d’entrepôts renvoie aussi aux armes et à la violence que ce texte rend visible.

13 De l’extérieur, on ne voit rien d’autre que de belles façades, des fêtes et des pâtisseries. Il y a la référence à la spécialité viennoise des Sacher Tortes et au « mariage de Joachim et d’Anna, qu’ils ont oublié ». Cette Anna est la mère de la vierge Marie, et aurait selon une légende mené cette dernière à Jérusalem. Elle figure, avec son époux Joachim, sur le Vermählungsbrunnen, la « fontaine de mariage » située non loin, qui célèbre justement leur mariage. Le texte mentionne ensuite la Judengasse, une petite ruelle qui donne sur le Hoher Markt et qui abrite aujourd’hui des magasins de vêtements et de chaussures. Elle part précisément de la fontaine du mariage de Joachim et Anna, les deux anciens Hébreux que les nazis avaient « oubliés » tandis qu’ils persécutaient les Juifs dans cette même rue. La Judengasse aboutit à un escalier qui « descend » et elle est donc ouverte des deux côtés, aussi le vent y souffle-t-il. Mais, ce vent, d’où vient-il  ? – cette question de l’ori­gine pose celle de la culpabilité, ici associée au double sens du « que le ciel nous vienne en aide. » Nous avons là, tout ensemble, dans une juxta­position ironique : un phénomène naturel (le vent), l’origine des bombes et l’indifférence divine face aux victimes. L’adresse au ciel pose également la question du « nous ». Qui désigne-t-il  ? La question reste ouverte et invite le lecteur à s’identifier.

Morzinplatz 4 : l’hôtel Metropol vers 1942, quartier général de la Gestapo

© WStLA.

14 Des cieux, le texte parvient au soleil. Ce ciel impitoyable ne ra­yonne pas de gloire : l’escalier au bout de la Judengasse « mène plus bas », au Morzinplatz et au Josephskai où se trouvait le quar­tier général de la Gestapo, dans l’ancien hôtel Metropol. Pendant la guerre, Ilse Aichinger a vécu avec sa mère non loin de là, dans la rue Marc-Aurèle, dans une pièce qui leur avait été attribuée après l’“aryanisation” de sa grand-mère avant qu’elle ne soit déportée et assassinée. « Recouvert d’herbe », l’escalier mène à ce passé : au contraire de la fontaine de mariage triomphante, il a été refoulé et oublié. Ces lieux oubliés nous regardent.

La Gloriette du château de Schönbrunn

© Shemsu.Hor

  • 11 Pour la version allemande, voir I. Aichinger, Kurzschlüsse, op. cit., p. 6 (notre traduc­tion ; tou (...)

15 Ces textes de Courts Circuits sont également liés au niveau du rapport au passé qu’ils expriment. Le poème qui suit s’intitule Judengasse11 : « Judengasse. Katzenköpfe. Was unsere Straßen schmückt, sind nicht mehr die Schädel der Opfertiere. Unser Stolz ist vergangen. Hinter unseren Gängen ticken die Uhren ins graue Licht. Junge Männer fragen lächelnd nach unseren Wün­schen. Da rauscht kein rotes Meer. Nur unsere Wäsche trocknet noch im Ostwind. Es ist geschehen, weil wir die Nacht nicht abgewartet haben. Als die Sonne unterging, sind wir ihr nachgezogen. Und hier ist die Stelle, an der wir müde wurden, hier bauten wir Häuser. Hier ging die Sonne unter, hier krümmten wir uns, ohne uns zu beugen. Seither wächst Gras zwischen den Steinen. » (Rue des Juifs. Des pierres. Plus de crânes des animaux sacrificiels pour orner nos rues. Notre fierté s’en est allée. Derrière nos couloirs, les horloges font tic-tac dans la lumière grise. De jeunes hommes nous de­mandent ce que nous souhaitons en souriant. La mer rouge n’y rugit pas. Seule notre lessive sèche encore au vent de l’Est. C’est arrivé parce que nous n’avons pas attendu la nuit. Quand le soleil s’est levé, nous l’avons suivi. C’est là que nous avons ressenti la fatigue, là que nous avons bâti nos maisons. Là, s’est couché le soleil  ; là, nous nous sommes contorsionnés, sans nous incliner. Depuis lors, l’herbe pousse entre les pierres.) Ces pierres, les Katzenköpfe (têtes de chats), d’anciens pavés irréguliers tels qu’on peut les voir dans le film le Troisième Homme, pavent la Juden­gasse. Pourtant le texte va au-delà de ce terme avec l’expression « crânes des animaux sacrificiels » : les dépouilles des victimes, les dernières traces de leur assassinat, sont devenues invisibles. Mais ces crânes renvoient aussi aux décorations des façades de la Gloriette du château de Schönbrunn. Pourtant, cette référence cachée à un détail architectural nous renvoie au langage, par l’emprunt au français de « gloriette », à son étymologie de « gloire » qui annonce la phrase suivante : « notre fierté s’en est allée ». Là encore, nous devons nous sou­ve­nir qu’aujourd’hui les victimes sont dissi­mulées. La question du « nous » s’impose de nouveau. Ce « nous » est le sujet de cette dissimulation, qui, dans l’hermétis­me du texte, est elle-même exprimée avec ironie. Le temps qui a passé apparaît aussi dans l’image des hor­loges qui font tic-tac ; l’hor­loge en forme d’ancre du Hoher Markt qui orne une fa­çade située tout à côté de la Juden­gasse, mon­tre des per­sonnages célèbres de Vienne faisant la ronde à chaque heure pleine et à midi. Le passé en­tre ici aussi dans le jeu de manière littérale : la lumière grise fait res­sortir les glorieuses couleurs de ces hauts personnages, la facti­cité de leur grandeur. De nos jours, des ven­deurs proposent leurs marchan­dises dans la Judengasse. Ce présent d’un monde peuplé de biens matériels re­foule la mémoire de la « mer rouge ». Comme dans le poème « Centre-ville », le vent souffle ici aussi ; c’est le vent de l’Est qui souffle dans la Judengasse ouverte sur sa fin. Pourtant, non seulement les Juifs, mais aussi d’autres étrangers, sont venus à Vienne de l’Est, « fati­gués », et s’y sont in­stallés, construisant des maisons comme le pa­lais Sina, édifié par Si­mon de Sina, le fonda­teur d’une dynastie ser­be. Nulle mer rouge ici, parce que la mer de sang liée à la Judengasse n’est plus visible sur le visage souriant des jeu­nes hommes et dans leurs activités. Seule « notre lessive sèche encore au vent de l’Est ». La culpabilité a été blanchie après-guerre. On parle ainsi du Persilschein, un ques­tionnaire qui était censé fournir des informations sur la par­ticipation aux crimes nazis, mais, comme le montre l’allusion à la lessive du même nom, il a trop souvent été utilisé à mauvais escient, pour dissimuler la culpabilité des criminels. Dans la Vien­ne des années cinquante, les taches de sang viennent d’être lavées sur le linge qui sèche encore au vent.

L’Ankeruhr à Vienne

© pollobarca2

16 « C’est arrivé parce que nous n’avons pas attendu la nuit. Quand le soleil s’est levé, nous l’avons suivi. » Dans le Livre d’Isaïe, nous trouvons la formule célèbre, « Garde  ! Qu’en est-il de la nuit  ? » (Isaïe, 21 : 11) Cette allusion renvoie à un désir de salut et à l’ironie tragique avec laquelle les nazis voulaient régler la solution du salut, par la violence de leur « solution finale ». Mais l’attente prend aussi un autre sens : « nous » ne nous attendions pas à cette nuit d’horreur, elle n’a pas été repoussée, elle n’a pas été empêchée. Au contraire, « nous l’avons [suivie] », « nous » l’avons rejointe, « nous » avons été annexés par elle. « Nous », comme pronom sujet et objet, est réinvesti de plusieurs façons : l’endroit « où nous avons connu la fatigue » fait référence aux immigrés de l’Est et donc diffère du « nous » de ceux qui se sont soumis au régime nazi et n’ont pas résisté à sa nuit. Ces iden­tifications déconcertantes, qui ne se recoupent pas, contribuent au caractère dérangeant de ces textes. En même temps, elles tra­duisent bien la situation de la Vienne d’après-guerre où les criminels comme les victimes, les passants comme les survivants se croisent, sans que peut-être aucun ne s’y sente vraiment chez lui, étant tous dérangés par le vent d’Est qui souffle dans la Judengasse.

17 « Là s’est couché le soleil » : là désigne l’Ouest, où le vent d’Est conduit ces immigrés. Ils se sont « contorsionnés » sans succom­ber : ici, nous pouvons déceler une référence à la Résistance qui sert de fondement à la poétique d’Aichinger après la guerre – par exemple quand elle rend hommage à Hans et Sophie Scholl. « Depuis lors, l’herbe pousse entre les pierres » : les pierres de cette rue sur laquelle le sang a coulé sont elles-mêmes devenues mé­moire. Comme le montre l’usage de l’expression allemande selon laquelle l’herbe qui pousse à un endroit y fait disparaître toute trace du passé, ce passage évoque la remémoration du passé : les pierres empêchent l’herbe, donc l’oubli, de pousser et ce dernier ne peut surgir qu’entre elles. Pour lutter contre l’oubli, le poème d’Aichinger s’accroche aux pierres de cette rue viennoise. Ses poèmes en prose eux-mêmes sont des pierres, semblables à celles que les Juifs placent sur les tombes à la place des fleurs : ils sont les pierres de Vienne.

  • 12 Pour la version allemande, voir R. Schindel, Ein Feuerchen..., op. cit., p. 18 (notre traduction).
  • 13 Par ailleurs, ce « rayon » (Radius) peut être lu au sens premier, géométrique, dans la mesure où le (...)

18 D’autres « pierres » viennoises, celles d’un poème de Robert Schindel, serviront ici de conclusion : « Vineta 2. In Wien kenn ich dir jeden Stein / Paul Stein am liebsten, jeden Stern / Am lachendsten den Willy, jeden Hochroizpointner Karli / Den Präsidenten aber auch den Ratzer Charlie // In Wien kenn ich die meisten der Kastanienbäume / Und jeden Mokka, ob beim Kalb oder im Prückel / Den Rotwein sowieso, den Heurigen der Brünner Straße / Den Stephansdom um halb vier morgens fest im Augenmaße // Kenn dir den Wiener, ob vermummt als Trafikant / Oder herausgesagt vor allen Ohren als Sekkierer / Die Frauen kenn ich dir, ob aus Hernals / Oder verhuscht im Wiental allenfalls // Was ich nicht kenn in Wien, was kenn ich denn ? / Den Radius der liederlichen Einöd Stufen-steigen ? // Vom Hörensagen kenne ich den echten Judenscherz / Und mit der Zahnbürste spür ich des echten Wiener Herz // In Wien kenn ich dir jeden Stein und jeden Stern / Lebe in dieser Stadt so mittelgern. »12 (Vineta 2. À Vienne je connais chaque pierre / Paul Stein, le préféré, chaque étoile, / le plus rieur, le Willy, chaque Hochroizpointner Karli, / Le président, mais aussi le vieux Ratzer Charlie // À Vienne je connais presque tous les châtaigniers / Et chaque café, que ce soit au Kalb ou au Prückel / Et de toute façon le vin rouge, le bistro de la rue Brünner / Le Stephans­dom fermement dans la mesure des yeux à trois et demi du matin / Je connais le Viennois, qu’il soit déguisé en buraliste / Ou qu’il s’affirme aux oreilles de tous comme agaceur / Les femmes je les connais, de Hernals / Ou, mieux, les timides de la vallée de Vien­ne // Que ne sais-je de Vienne, qu’en sais-je  ? / Le rayon des mar­ches irrégulières qui montent dans le désert // Par ouï-dire je connais la vieille blague juive / Et de la brosse à dents, je touche le véritable cœur de Vienne // À Vienne je connais chaque pierre et chaque étoile / J’aime vivre dans cette ville moyennement.) On ne trouve nulle part ailleurs dans cette littérature une trans­position des lieux en langage en même temps aussi chargée et malicieuse. Il y a là l’expression presque idio­matique de la con­naissance intime d’un lieu – cette connaissance qu’en a le poète et qui le fait appeler ses pierres et ses étoiles des noms juifs de Paul Stein et de Willy Stern, les accompagnant de surnoms typi­quement viennois. Ils sont adossés et associés à des lieux viennois typiques : les cafés et les lieux de socialisation de la ville, la présence de la cathédrale au petit jour qui suggère une longue fête bien arrosée entre amis, et la périphérie avec ses petits commer­çants et ses femmes qui déambulent. Ce monde de toute évidence familier et sympathique est interrompu par ce que le « je » du poème ne sait pas, ou plutôt ce qu’il sait qu’il ne sache pas : le « rayon des marches irrégulières qui montent dans la solitude », le Stufensteigen. Il s’agit d’une allusion à la Todesstiege, ces mar­ches qui mènent vers la mort dans le camp de con­centration de Mauthausen, à l’ouest de Vienne. Les horreurs passées de ce camp rayonnent13 encore dans les vieilles plaisanteries antisémites (« la vieille histoire juive »), ne serait-ce que par « ouï-dire ». La réfé­rence la plus directe au passé nazi de Vienne est la mention de la brosse à dents, avec laquelle les Juifs furent contraints à nettoyer les rues de la ville. Ces images de torture et d’humiliation sont rendues présentes dans une phrase qui suggère la persistance de l’antisémitisme, tapi jusqu’à ce jour dans « le véritable cœur de Vienne ». Les derniers vers font écho au début du poème, mais l’intimité initiale est devenue une autre sorte de proximité, am­biguë et sombre. À la fin du poème, l’ombre du passé pèse sur l’humour et la légèreté des jeux de mots du début, où Stein et Stern, pierre et étoile, sont aussi des noms de juifs Viennois. Après avoir évoqué les crimes et les souffrances du passé, ces mêmes mots, Stein et Stern, désignent des lieux de mémoire, l’un en deçà, l’autre au-delà de la vie bouillonnante de la ville d’aujourd’hui.

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Notes

1 Le passé nazi en Autriche est un thème important dans l’œuvre d’autres auteurs autrichiens d’origine juive, tels que Robert Menasse, Waltrud Mitgutsch, Peter Stephan Jungk, Elfriede Jelinek, Ruth Beckermann et Vladimir Vertilib.

2 R. Storr, cité par J. Young, « Memory and Counter-Memory », Harvard Design Maga­zine 9 (numéro spécial Constructions of Memory), 1999, p. 7.

3 D. Rabinovici, Papirnik, Francfort, 1994, p. 125.

4 D. Rabinovici, Suche nach M., Francfort, 1997, p. 114. Paru en français sous le titre Ceux d’après, traduction de Colette Strauss-Hiva, Paris, 2009.

5 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 114 (notre traduction).

6 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 51 (notre traduction).

7 D. Rabinovici, Suche nach M., op. cit., p. 259 (notre traduction).

8 Pour la version allemande, voir R. Schindel, Ein Feuerchen im Hintennach, Francfort, 1992, p. 53.

9 Traduction de B. Gonzalés-Vangell dans Kaddish et Renaissance : La Shoah dans les romans viennois (1991-2001) de R. Schindel, R. Menasse et D. Rabinovici, Villeneuve-d’Ascq, 2005, p. 43-44 (nous avons changé le pénultième vers de la traduction de Béa­trice Gonzalés-Vangell afin de restituer la rime en -da/-ra des deux derniers vers de l’original allemand).

10 I. Aichinger, Kurzschlüsse, Vienne, 2001, p. 5 (notre traduction ; toutes les citations de ce texte proviennent de cette même page).

11 Pour la version allemande, voir I. Aichinger, Kurzschlüsse, op. cit., p. 6 (notre traduc­tion ; toutes les citations de ce texte proviennent de cette page).

12 Pour la version allemande, voir R. Schindel, Ein Feuerchen..., op. cit., p. 18 (notre traduction).

13 Par ailleurs, ce « rayon » (Radius) peut être lu au sens premier, géométrique, dans la mesure où les marches du Wiener Graben (la carrière où travaillaient et mourraient les déportés de Mauthausen) décrivent bien un quart d’arc de cercle, une figure géométrique dont on peut mesurer le rayon.

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Table des illustrations

Légende Le mémorial au Judenplatz à Vienne
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Légende La « Bibliothèque anonyme » de Rachel Whiteread à Vienne
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Légende Morzinplatz 4 : l’hôtel Metropol vers 1942, quartier général de la Gestapo
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Légende La Gloriette du château de Schönbrunn
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Légende L’Ankeruhr à Vienne
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Pour citer cet article

Référence papier

Vivian Liska, « «Les lieux que nous avons vus nous regardent à présent.» Vienne dans la littérature contemporaine judéo-autrichienne »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine, 15 | 2021, 125-143.

Référence électronique

Vivian Liska, « «Les lieux que nous avons vus nous regardent à présent.» Vienne dans la littérature contemporaine judéo-autrichienne »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine [En ligne], 15 | 2021, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cmc/1204 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cmc.1204

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Auteur

Vivian Liska

Vivian Liska est professeure de littérature allemande et directrice de l’Institut d’Études juives à l’UA ainsi que professeure distinguée à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Publications récentes : When Kafka Says We et German-Jewish Thought and its Afterlife. A Tenuous Legacy.

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Droits d’auteur

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