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«Hobt nischt ka moire». L’écriture auto-fictive et hétérotopique chez Hertha (Fuchs-)Ligeti

Helga Mitterbauer et Louise Counet
p. 67-84

Texte intégral

1 Fuyant les persécutions en Autriche, Hertha Ligeti est arrivée en 1938 en Belgique, accompagnée de son amie Lotte Sontag. Militante communiste, elle s’engage sous l’Occupation dans la voie de l’action clandestine, notamment en distribuant des brochures antifascistes. Elle est arrêtée en juin 1943, incarcérée à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) puis à la Caserne Dossin de Malines. Elle est déportée par le XXIIIe convoi, qui part le 15 janvier 1944 à destination d’Auschwitz.

  • 1 Cf. H. Ligeti, Die Sterne verlöschen nicht : Roman, Bucarest, 1959. Nous citons doré­navant le roma (...)
  • 2 Nous suivons la traduction du titre par H. Roland, « Les femmes autrichiennes de l’exil antifascist (...)
  • 3 Cf. H. Ligeti, Die Unverzagten, Bucarest, 1956. Nous avons traduit toutes les citations de l’allema (...)
  • 4 Cf. H. Ligeti, Drei Dorfgeschichten. Kurzerzählungen, Bucarest, 1954 ; H. Ligeti, « Son­nenkringel  (...)

2 Hertha Ligeti raconte cette expérience dans Die Sterne verlöschen nicht1 (Les étoiles ne s’éteignent pas2). Elle qualifie ce récit de roman dans le sous-titre. Pourtant, il est quasi certain que le roman puise dans l’expérience de l’auteure et de ses co-com­battantes, en particulier dans la lutte communiste contre la terreur nazie. Ses quelques œuvres – outre son roman Die Sterne ver­löschen nicht, elle a publié le conte Die Unverzagten3 (Les Opi­niâtres) et plusieurs récits4 – tournent toutes autour de ce sujet, ce qui laisse supposer que son écriture s’oriente vers le témoignage de la Shoah et de la résistance au nazisme.

  • 5 Cf. O. Spiridon, « Die rumäniendeutsche Literatur nach dem Zweiten Weltkrieg. Eine Überblicksdarste (...)

3 Fait important : toutes les publications d’Hertha Fuchs-Ligeti ont été publiées à Bucarest dans les années cinquante et soixante par la maison d’édition ESPLA-Staatsverlag für Kultur und Literatur (Maison d’édi­tion de l’état pour l’art et la lit­térature), une des princi­pales maisons d’édi­tion pour la littérature écrite par la minorité alle­man­de en Roumanie, qui a également publié les œuvres de Georg Scherg, Erwin Wittstock, Oscar Walter Cisek et Alfred Kitt­ner. Les romans et nouvelles de Hertha Li­geti sont apparus à l’é­po­que où Gheorghe Ghe­orghiu-Dej – un parti­san de Staline – a stabi­lisé son pouvoir en Roumanie. Les insurrec­tions de 1956, dont les révoltes des étu­diants à Timisoara, ont été répri­mées avec le soutien des troupes soviétiques, et les servi­ces secrets de la Securitate sont déjà établis. En raison de l’im­plication de la population allemande en Rou­manie dans le parti national-socialiste et les déportations en URSS après la chute du régime Antonescu, la situation de la littérature allemande en Roumanie s’avère compliquée et mou­vementée lors des années cinquante. Dès 1949, les revues et les maisons d’édition fondées à Bucarest, en Banat et en Bucovine permettent une vie culturelle allemande relativement libérale, en comparaison avec la Pologne ou la Hon­grie. Cependant, il s’agit d’une littérature soumise à la censure, qui doit se conformer aux attentes du réalisme socialiste5. Après une courte période de libé­ralisation entre 1953 et l’in­surrection de 1956, suivie par le retrait des troupes soviétiques en 1958, les répressions de Gheorghiu-Dej se tournent contre les intel­lectuels.

Couverture de la première édition de Die Sterne verlöschen nicht (1959)

4 C’est le climat dans lequel Herta Fuchs-Ligeti débute comme écrivaine après s’être installée à Bucarest avec son mari. Il n’est donc pas étonnant que le roman Die Sterne verlöschen nicht com­porte des éléments caractéristiques du réalisme socialiste, comme la supériorité des ouvriers et des fermiers, l’optimisme vis-à-vis de l’éducation collective, ou une certaine représentation “en noir et blanc” – les héros communistes contre les nationaux-socialistes cru­els, exécutant des ordres de manière irréfléchie. De plus, le per­sonnage de Hanna peut être lu comme l’alter ego de l’écrivaine, partageant un destin comparable : toutes deux nées dans une fa­mille juive d’un quartier ouvrier de Vienne, elles deviennent membres du kommunistischer Jugendverband (Association de la jeunesse communiste) avant de s’enfuir en Belgique, d’où elles sont déportées à Auschwitz-Birkenau.

  • 6 Cf. I. Grell, L’autofiction, Paris, 2014 ; C. Gronemann, « Autofiction », dans Martina Wagner-Egel (...)
  • 7 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », Empan 54, 2004, p. 12-19.
  • 8 Cf. S. Friedländer, Les Années d’extermination : L’Allemagne nazie et les Juifs (1939-1945), traduc (...)

5 Ce cadre étant établi, nous nous interrogerons ici sur deux composantes essentielles du récit : la tension entre la réalité sug­gérée et la fictionnalité prétendue d’une part, et le traitement des lieux de l’autre. En nous appuyant sur les théories de l’auto­fiction6 ainsi que sur l’idée d’hétérotopie de Foucault7, nous verrons dans quelle mesure ces « années d’extermination »8 sont constitutives dans le roman d’une lutte pour un ordre mondial communiste, dans lequel les Juifs sont appelés à jouer un rôle important.

Entre l’autofiction et le réalisme socialiste

  • 9 B. Simbürger, Faktizität und Fiktionalität. Autobiographische Schriften zur Shoah, Ber­lin, 2009, p (...)

6 Suite au traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, de nom­breux survivants ont décidé de mettre par écrit leur vécu. Qu’il s’agisse d’une autobiographie ou d’un roman, le but est d’ex­primer par l’écriture ce dont il est difficile de témoigner oralement, et la fiction peut même être un facteur facilitateur de l’expression : « [n]ur durch fictio kann das Faktum [...] deutlich und unvergeßbar gemacht werden »9 (ce n’est que par la fiction que le fait [...] peut être rendu clair et inoubliable). C’est le cas de Hertha Fuchs-Ligeti qui décide de publier en 1959 son roman à clé Die Sterne verlöschen nicht à Bucarest.

7 Au cours du XXe siècle s’est créé un débat autour d’un nouveau genre littéraire qui vacille entre roman et autobiographie, l’au­tofiction. Le roman de Hertha Fuchs-Ligeti peut-il être classé dans cette catégorie ? Dans un premier temps, nous nous in­téresserons à la constante incertitude du lecteur quant à son ressenti lors de la lecture, caractéristique du projet autofictionnel, mais aussi aux questions qui en ressortent, telles que celle de l’identité. Dans un deuxième temps, nous soulignerons le pa­radoxe qui se crée entre l’autofiction et le réalisme socialiste, courant littéraire fort engagé et propageant la doctrine idéolo­gique revendiquée par les socialistes.

  • 10 H. Ligeti, SVN, p. 9.
  • 11 Les termes sont utilisés selon Claudia Gronemann qui définit la véracité comme faisant partie du pa (...)

8 Le roman débute avant l’annexion de l’Autriche par l’Al­lemagne en 1938. Dès les premières lignes, le lecteur est plongé dans le climat communiste qui régnait dans la capitale au­tri­chienne jusqu’à 1934, également appelée Vienne la rouge. Le décor se résume à un immeuble communautaire au sein duquel vivent plusieurs familles, juives et non juives, qui partagent la même conviction en ce qui concerne l’idéologie socialiste et communiste : « [v]om Dache flatterten rote Fahnen, unter den Fenstern des ersten und zweiten Stockwerkes wanden sich längs die Straßenfront mit roten Fähnchen geschmückt »10 (du haut du toit battaient des drapeaux rouges. Tout au long de la rue, les fenêtres du premier et deuxième étaient décorées de petits drapeaux rouges). Il s’agit d’une description d’un quartier situé à l’est de la ville de Vienne, ce qui correspond à une première caractéristique de l’autofiction : la véracité. En effet beaucoup d’auteurs juifs, ayant mis par écrit leur vécu, misent plus sur la véracité que sur l’authenticité11. Ceci permet au témoin de garder une certaine distance avec le passé et de retranscrire les faits par le médium de la littérature. Cette première caractéristique est prégnante dans le roman à clé de Hertha Fuchs-Ligeti, et peut être retrouvée dans plusieurs pas­sages, notamment les scènes qui mélangent quartiers et rues réels aux personnages fictifs.

  • 12 Cf. C. Gronemann, « Autofiction », op. cit., p. 243-244.
  • 13 Ibid.
  • 14 I. Grell, L’autofiction, op. cit., p. 10.
  • 15 Ibid.
  • 16 H. Ligeti, SVN, p. 113.

9 De plus, l’auteure associe à ses personnages des traits de caractère qui correspondent aux différents groupes sociaux que l’on peut retrouver à cette époque. Hertha Fuchs-Ligeti présente par exemple le couple de concierges Siegelbauer, qui incarne le stéréotype des personnes issues d’un milieu pauvre et qui, sous l’influence et la conviction de l’idéologie nazie, connaissent une hausse de leur statut social. Un autre exemple est la famille Huber, famille de travailleurs autrichiens fidèles au parti socialiste ou encore la famille Tannenbaum, composée du père Jo­seph, de la mère Berta et des enfants Ossi et Kurtl. Les membres de cette famille sont au centre du roman, non seulement en raison de leur judéité, mais aussi par leur adhésion aux organisations secrètes des travailleurs, qu’ils poursuivent pendant leur exil en Belgique et au sein du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Cette constante alternance entre fiction et réalité met en opposition deux écoles de pensées. D’une part celle qui prône la transformation d’un moi réel en une entité fictive et d’autre part celle dont fait partie Philippe Lejeune, qui admet que le référentiel et le fictif peuvent être distingués12. Il s’agit en réalité d’introduire un aspect plus poétique et analytique que logique dans un récit qui vacille entre l’autobiographie et le roman13. La psychanalyse joue en effet un rôle important lorsqu’il est question d’au­tofiction14. Dans son ouvrage L’autofiction, Isabelle Grell met en avant l’importance des théories freudiennes qui prônent la dé­construction du “je”, image qui peut être faussée par « des impressions, surgies dans un demi-éclair de conscience [qui] se pressent sans s’organiser, se suivent sans se relier »15. Or la question de l’identité est fortement problématisée dans le roman. En effet, du fait de leurs activités clandestines, les personnages sont souvent contraints d’endosser plusieurs identités. C’est le cas de Ottl qui, lors d’une mission pour le mouvement ouvrier, se donne le prénom d’Emil ou encore de Franz Novak. Ce trouble identitaire est également évoqué lors du passage de l’Allemagne à la Belgique, où le passeur Henri est décrit comme « Belgier deutscher Nationalität »16 (Belge de nationalité allemande).

  • 17 M. Aucouturier, Le Réalisme socialiste, Paris, 1998, p. 3-4.
  • 18 I. Grell, L’autofiction, op. cit., p. 11.
  • 19 Cf. M. Aucouturier, Le Réalisme socialiste, op. cit., p. 4.

10 Mais l’inscription de l’œuvre dans le cadre du réalisme socialiste fait émerger un paradoxe. Alors que l’autofiction rime avec la mise en question de l’authenticité, la doctrine littéraire créée en 1934 en URSS sous-entend l’exigence d’une représentation correcte et réelle de la vie des travailleurs et du communisme. Il s’agit de pro­pager à travers l’art l’idéologie socialiste. Les deux esthétiques se différencient par le contenu et la fonction17. L’autofiction a pour but « la fonction référentielle de la logique, [le] langage [devenant] plus onirique, moins mimétique »18, ce qui stimule la réflexion du lecteur, alors que le réalisme socialiste met en avant la vie des travailleurs, la bonne conduite et les avantages de cette classe ouvrière19.

  • 20 S. Doubrovsky, « Autobiographie... », op. cit., p. 88.
  • 21 Cf. H. Ligeti, SVN, p. 46-47.

11 Cette tension entre le projet autofictionnel et l’esthétique du réalisme socialiste se retrouve dans le récit Die Sterne verlöschen nicht. Par la mention du terme « roman » dans le péritexte, l’auteure crée volontairement une distance et un doute entre le récit et le lecteur. Il ne peut donc pas être question d’une au­tobiographie au sens strict, mais bien d’une autofiction. Le récit montre en outre un constant changement de perspective nar­rative, oscillant entre l’introspection des différents personnages et l’intrigue principale. Le fait que le narrateur soit omniscient per­met au lecteur de connaître les pensées des divers personnages et non pas seulement celles du protagoniste, comme c’est le cas dans une autobiographie. On peut noter que l’introspection est utilisée par l’auteure afin de partager les craintes des personnages lorsqu’ils se trouvent dans une situation périlleuse. L’autofiction permet également, selon Serge Doubrovsky, de retracer le vécu d’un point de vue « post-analytique »20, comme le fait Hertha Fuchs-Ligeti en dénonçant la collaboration de certains Autri­chiens avec le parti nazi (le couple de concierges Siegelbauer de l’immeuble de la Ottakringer Straße, par exemple21). Par sa capacité à refléter les pensées des personnages, l’autofiction permet également de pointer les personnes influençables, telles que Martin Franzl, qui était membre du Arbeiterverband et qui finira par se convertir à l’idéologie nazie. Il apparaît comme influençable, et ses actions au sein de l’usine montrent la faiblesse de telles personnes. C’est le cas lorsqu’il s’engage contre le licencie­ment d’un ancien camarade, Bernet. Il demande à ce propos conseil à Hedy Brunner, qui travaille dans la même usine sous l’ordre de l’union des travailleurs. Ce double jeu mené par Martin Franzl en ne se positionnant jamais réellement pour un parti ou l’autre, incarne la bassesse et la pauvreté de ses promesses. En effet, bien qu’il fasse partie des SA depuis l’arrivée des Nazis en Autriche, il continue à soutenir les activités clandestines menées par le Arbeiterverband au sein de l’usine dans laquelle il travaille.

  • 22 Ibid., p. 9.
  • 23 Ibid., p. 12.
  • 24 Depuis la fin du XIXe siècle, l’œillet rouge est l’emblème des communistes et socialistes autrichie (...)

12 Par la présence d’exclamations telles que « Hoch das rote Wien am roten ersten Mai »22 (Vive Vienne la rouge le 1er mai), le lecteur est plongé dans un climat socialiste dès le début du roman. On retrouve cette constante, qui marque l’empreinte et l’importance de cette idéologie, tout au long du récit. D’autres mentions il­lustrant cette tendance sont la grande solidarité entre les combattants communistes clandestins et les membres du kommu­nistischer Jugendverband. En effet, hormis le fait d’être d’origine juive, la famille Tannenbaum incarne le modèle idéologique que souhaite transmettre le réalisme socialiste. Cela se traduit dans le roman par la mère, Berta Tannenbaum, qui grâce à son adhésion aux unions communistes survivra au camp d’Auschwitz-Birke­nau. En effet, elle est désignée à son arrivée pour la construction de munitions, et retrouve dans ce cadre Loisl Huber, le fils de sa voisine viennoise. Il lui apprend l’existence au sein du camp d’un groupe de Résistants communistes, qui prévoit un attentat sur les fours crématoires. Cette solidarité coûtera la vie à certains et donnera la liberté à d’autres. De plus, l’insistance sur les références communistes comme l’importance de la guerre civile autrichienne de 1934, la participation de nombreux Viennois communistes (tels que Loisl et Hansl Huber) à la guerre civile espagnole ou la symbolique évoquée par la « rote Nelke »23 (l’œillet rouge)24, em­blème du mouvement syndical, souligne l’application des critères esthétiques et idéologiques du réalisme socialiste.

La construction d’hétérotopies

  • 25 H. Ligeti, SVN, p. 9.
  • 26 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 15.

13 Hertha Fuchs-Ligeti situe des parties importantes de l’action de son roman dans des logements sociaux à Vienne et Bruxelles. Ceux-ci sont décrits de la manière suivante : « Der Gemeindebau stand inmitten grauer Zinshäuser. Der moderne Baustil zog schon von weitem das Augenmerk auf sich ; der in hellen Farben gehaltene Anstrich, die blühenden Pelargonien auf jedem Balkon trugen zu dem angenehmen Gesamteindruck bei. »25 (Les logements sociaux se démar­quent ainsi nettement des immeubles locatifs gris des en­virons. Ils étaient construits dans un style architectural contem­porain, de couleurs claires, et pourvus de balcons aux géraniums florissants). En dehors de cette référence « fleurie » au logement social de la Vienne rouge de l’Entre-deux-guerres, on trouve peu de descriptions architecturales dans le texte. Nous proposons donc de considérer ces espaces moins comme de véritables espaces que comme des hétérotopies au sens de Michel Foucault qui définit « ces espaces différents » comme « contre-emplacements », com­me des « lieux qui sont hors de tous les lieux »26.

Hertha Ligeti à son arrivée en Belgique en 1938

(Dossier individuel de la Police des Étrangers, Archives générales du Royaume)

  • 27 Ibid., p. 15-16.
  • 28 H. Ligeti, SVN, p. 573.
  • 29 M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 15, 17.

14 Le philosophe français distingue deux formes d’hétérotopie, l’hétérotopie de crise et l’hétérotopie de déviation, parmi lesquel­les il cite explicitement la prison comme exemple. Une hétérotopie de déviation a toujours une fonction spécifique, elle exclut un groupe de personnes de l’espace général, bien qu’il existe des relations avec la société générale27. Dans le roman de Hertha Ligeti, de longues sections se déroulent en effet dans des prisons et des camps de concentration, des lieux que Foucault identifie claire­ment comme des hétérotopies. À propos d’Auschwitz, par exemple, il est dit que « die Fabrik befand sich außerhalb des Lagers, [...] doch noch auf dem Lagergebiet ; im Umkreis von dreißig Kilometern war die ansässige Bevölkerung evakuiert worden, und ein Konzentrationslager reihte sich an das andere. »28 (l’usine où Hanna et Berta travaillent se trouve en dehors du camp de Birkenau, mais tout de même sur le terrain du camp de concentration – la po­pulation locale ayant été évacuée dans un rayon de trente kilomètres et les camps de concentration se succédant). Cette description évoque l’image de l’existence de l’ombre que Foucault assigne aux hétérotopies (« une sorte d’ombre ») : pour l’édifi­cation des camps, la population résidente a été déplacée, faisant d’Auschwitz une hétérochronie qui n’est pas seulement délimitée dans l’espace, mais où se produit aussi « une sorte de rupture absolue avec [le] temps traditionnel »29.

  • 30 H. Ligeti, SVN, p. 662.

15 De même, les immeubles d’habitation peuvent être considérés comme des hétérotopies : ils font office de « Symbol des Guten und Wertvollen ihres Volkes [...], Werk der arbeitenden Menschen, die durch diesen Bau ihrem Glauben an eine schöne Zukunft Ausdruck verliehen hatten. »30 (symbole de la bonté et la valeur du peuple  ; ils sont considérés comme une œuvre réalisée par des hommes au travail exprimant par cet édifice leur foi en l’avenir). La fonction des espaces est tout d’abord symbolique, puisqu’ils renvoient le lecteur aux vertus socialistes : la diligence, la solidarité et la co­hésion entre les travailleurs.

16 En outre, les descriptions architecturales étant rares dans le roman, les espaces se construisent plutôt autour de liens sociaux. En effet, les activités des ouvriers « conscients », qui luttent autant pour leur droit au travail et leur liberté que contre le nazisme et l’antisémitisme, se déroulent sous la direction et la protection des deux matrones, la juive Berta Tannenbaum et « Frau Huber » (sans prénom). Les deux femmes et leurs familles s’engagent dans les batailles de février 1934 contre le fascisme autrichien, puis entrent en résistance après l’Anschluss de l’Au­tri­che au Troisième Reich. Elles poursuivent la lutte en Belgique et dans les camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Pré­cisons que souvent les personnages ne parlent pas de leur lutte clandestine à leur famille, afin de ne pas mettre leurs proches en danger, mais les mères l’entrevoient toujours : elles approuvent ces choix et sont fières de leurs enfants.

  • 31 Ibid., p. 618.
  • 32 Ibid., p. 115.

17 Les femmes s’occupent de leurs familles et passent leur temps libre à tricoter et bavarder avec d’autres femmes dans la cour, que ce soit à Vienne, à Bruxelles – voire à Birkenau, où elles se ras­semblent le dimanche devant le baraquement31. Il n’y a ainsi pas de grandes différences entre les descriptions des logements sociaux de Vienne-Ottakring et la Rue de la Prospérité à Bruxelles-Mo­lenbeek. Les deux endroits se caractérisent par la cohérence sociale entre les ouvriers « conscients » et les compagnons de combat, qui se reconnaissent instinctivement. Tel est par exemple le cas lors­que les fils de Berta Tannenbaum, Ossi et Kurtl, fuient l’Alle­magne pour la Belgique avec l’aide de Johannes Neumayer. La combinaison bleue et – plus important encore – le comportement joyeux de celui-ci lui permettent d’établir une relation de confiance : « Sie witterten gleich den bewußten Arbeiter in ihm, den Kampfgenossen. »32 (Ils ont immédiatement ressenti en lui l’ou­vrier ‘conscient’, le compagnon d’armes).

18 Par ailleurs, il est frappant de constater que l’essentiel du ro­man est écrit selon la perspective des personnages féminins. C’est la raison pour laquelle les endroits comme la cuisine et la cour sont de grande importance : la cuisine est le lieu de préparation des repas (souvent à partir de denrées alimentaires insuffisantes) pour les enfants et leurs amis communistes, ainsi que l’endroit où l’on attend un fils ou une fille en mission dangereuse ou déjà incarcéré. La cuisine devient un espace créateur de cohésion sociale, alors que la cour fonctionne comme lieu de détente. La perspective féminine est également de nature à favoriser les émotions : la responsabilité à l’égard de la société et des compagnons d’arme, le courage, la capacité d’endurance, l’amour, ainsi que les soucis en tant que mère ou ami(e) de Résistant(e).

  • 33 Ibid., p. 366.
  • 34 Ibid., p. 442.
  • 35 Cf. Ibid., p. 601.

19 Comme mentionné ci-dessus, les personnages du roman ac­cordent une grande importance à la faculté de se retrancher dans le mutisme en ce qui concerne leur lutte de Résistance. La réaction de Johannes Neumayer lorsqu’il rencontre des camarades in­connus peut servir comme code de conduite : « Nur kein Vertrauen haben, zu keinem ! Seid hier in fremdem Land, Feindesland, Vorsicht tut Not, das vergeßt nie. »33 (N’ayez pas confiance, en per­sonne ! Vous vous trouvez dans un pays étranger, un pays ennemi, la prudence est requise, ne l’oubliez jamais). Ce sont en par­ticulier les jeunes Résistants qui se taisent afin de protéger la génération des pa­rents. C’est le cas de Berta Tannenbaum, qui « war in der höheren Politik nicht sehr bewandert [...], sie wußte auch nichts Genaues über die Tätigkeit der Genossen und die ihres eigenen Kindes, hatte nur vage Vorstellungen und Vermutungen darüber, und doch ersann sie in einsamen Stunden Pläne, die gar nicht so entfernt von denen der Partei waren » (ne s’y connaît pas en po­litique et qui ne sait rien de précis ni sur les activités de ses camarades ni sur ceux de son propre enfant, mais qui pendant ses heures de solitude élabore des plans qui ressemblent à ceux du parti communiste)34. Et même quand Berta est en train de perdre espoir dans le camp de con­centration, Loisl Huber (le fils de sa meilleure amie à Vienne) hési­te à lui parler de la Résistance parce qu’il veut la prémunir de tout risque35.

  • 36 Ibid., p. 509.

20 Toutefois, le mutisme ne sert pas seulement de protection pour les camarades et leurs familles, mais aussi de moyen pour dé­montrer la supériorité face à l’oppresseur nazi. C’est par exemple le cas lors de l’arres­tation de Hanna, au moment où elle est en train de remettre un tube de dentifrice con­tenant une brochure communiste à un sol­dat de la Wehrmacht, qui s’avère être un in­dicateur. Le narrateur hétérodiégétique nous informe de toutes les pensées et émotions de Hanna, lorsqu’elle se trouve dans une si­tuation qu’elle craig­nait depuis longtemps, mais qui l’a néanmoins surprise : « Hanna war blaß geworden ... und ihr Herz hämmerte so laut, daß sie eine Art Taubheit befiel. Wieder hatte in Sekunden­schnelle völlig Verschiedenes und Unterschied-liches gleichzeitig in ihrem Gehirn Platz : die Sorge um die Mutter, ... die Angst um die Genossen, die Trauer um die schöne Welt und ihre unverwirklichten Träume, das Grauen vor dem Kommenden und ein Fünkchen Freu­de, nun dem Freunde nahe zu sein, sein Schicksal teilen zu dürfen .... Keine dieser Empfindungen spiegelte sich in ihren Gesichtszü­gen. »36 (Hanna pâlit [...] et son cœur battit tellement fort qu’elle fut touchée par une forme de surdité. De nouveau, des pensées com­plètement différentes et divergentes trouvèrent place dans son cerveau en un instant : le souci de bien-être de sa mère [...], la peur pour les camarades, le chagrin pour le beau monde et ses rêves non réalisés, la terreur pour l’avenir et une lueur de joie à l’idée d’être proche de son ami, de partager son destin [...] Aucun de ces senti­ments ne se refléta sur son visage).

Lotte Sontag, l’inséparable amie de Hertha Ligeti

(Dossier individuel de la Police des Étrangers, Archives générales du Royaume)

  • 37 Ibid., p. 529-530.
  • 38 Cf. Ibid., p. 459.

21 En dépit de tous ces sentiments – les soucis, le chagrin, et la ter­reur –, Hanna se montre extrêmement calme et fait preuve de force politique : elle ne trahira jamais ses compagnons d’armes, quelle que soit la gravité de la torture qui l’attend. Le silence ca­ractérise parfois le courage extrême face à la mort : quand Hanna est fouettée par les agents de la Gestapo dans le camp de rassemblement à Malines, ses pensées sont présentées par un monologue intérieur : « Sie können mich höchstens erschlagen, ich habe keine Angst vor dem Tode, und die Schmerzen können ja nicht ewig währen. »37 (Le pire qu’ils puissent faire est de me battre à mort, je n’ai pas peur de la mort, et la douleur ne peut pas durer éternellement). De même, le personnage de Hedwig Brunner, em­prisonnée dans le Langesgerichtsgefängnis à Vienne, survit aux tortures des interrogateurs de la Gestapo – malgré la privation de nourriture et de sommeil – sans jamais faire d’aveux38. On peut donc affirmer que le silence forme lui aussi un espace autre, qui maintient la cohésion de la communauté.

  • 39 Cf. Ibid., p. 626.
  • 40 Cf. Ibid., p. 580.
  • 41 Cf. Ibid., p. 582.
  • 42 Ibid., p. 609.
  • 43 Ibid., p. 459.

22 De ce point de vue, l’espace de silence correspond au réseau de Résistance qui revient souvent dans le roman à clé de Hertha Ligeti. L’auteure dépeint un réseau composé de compagnons courageux de tous pays, qui se sont soutenus, disposés à se battre et à reprendre le combat pour la liberté. Ceci permet à l’auteure d’attribuer une fonction positive aux événements traumati­sants39. La première occurrence concerne un réseau d’entraide à Auschwitz, où les prisonniers qui sont arrivés plus tôt aident ceux qui sont arrivés plus tard et les intègrent dans la Résistance. Par exemple, Huber-Loisl donne à Berta Tannenbaum du pain, sa soupe et un morceau de savon40 lors de son premier jour de travail à l’usine, et il n’a pas le cœur de lui dire que son mari et son fils ont été assassinés peu après leur arrivée au camp41. La seconde concerne un réseau qui relie toutes les parties du camp et dont l’objectif est de saboter en permanence. Une fois de plus, les fem­mes jouent un rôle important : Hanna construit habilement le réseau de résistance à Auschwitz – « als wäre sie eine geborene Verschwörerin »42 (comme si elle était une conspiratrice née) –, et Hedwig Brunner, avant son exécution, établit un réseau d’échan­ge et de soutien entre les prisonniers politiques dans la prison de la Gestapo à Vienne : « So lebten die Insassen des Grauen Hauses ihr geheimnisvolles Leben, scheinbar voreinander und der Außenwelt völlig abgeschlossen und doch durch Hunderte von Fäden miteinander verbunden. Wer nicht zu dieser Gemeinschaft gehörte, wußte nichts von diesem Leben, weder die nächsten Angehörigen der Gefangenen noch ihre Peiniger, selbst dem Aufsichtspersonal blieb es verborgen. »43 (Ainsi, les détenus de la Maison grise ont vécu leur vie clandestine, apparemment complètement isolés les uns des autres et du monde extérieur, mais reliés entre eux par des centaines de liens. Ceux qui n’appartenaient pas à cette communauté ne savaient rien de cette vie, ni sur les proches des prisonniers ni sur leurs bourreaux, même le personnel de surveillance l’ignorait).

  • 44 Cf. Ibid., p. 440-441.

23 En outre, le mouvement de Résistance communiste juif de Bruxelles est décrit comme un réseau de caserne en caserne, de personne en personne : le nœud du réseau se situe dans une pièce mansardée, l’imprimerie d’où partaient les tracts et les journaux pour persuader les soldats allemands de résister à Hitler se trouve dans une pièce au sous-sol d’une villa en périphérie de la ville44, et ainsi de suite.

  • 45 Cf. Ibid., p. 584-585.
  • 46 Cf. H. Ligeti, « Ein Jahr », op. cit., p. 151-152.

24 Le récit associe à ce réseau ceux qui ont déjà été assassinés, symbolisés par des étoiles qui ne s’éteignent pas. Ils servent de phare et donnent à ceux qui sont encore en vie la force de poursuivre leur lutte, même dans les situations les plus difficiles. Après que sa mère a été gazée, Hanna voit au-dessus des flammes des fours crématoires deux étoiles briller dans le ciel du soir qu’elle identifie aux yeux de sa mère45. Il est à noter que ce passage est inspiré par le vécu direct de l’auteure. En effet, en réalité, c’est le meurtre de la mère d’une amie proche qui est à l’origine de cette image – dans son compte rendu « Ein Jahr », Ligeti cite Jetti Genauer, la mère de Lotte Sonntag, son amie d’enfance et ca­marade de combat. Quand Jetti Genauer est assassinée à son arrivée à Auschwitz-Birkenau, les jeunes femmes se réconfortent avec l’idée que les étoiles au-dessus du reflet des fours crématoires sont les yeux de la mère de Lotte46. Cette image permet d’élucider le titre du roman, les étoiles signifiant la solidarité parmi les Résis­tants communistes : même lorsqu’un membre du groupe est seul, les étoiles brillent dans le ciel et il est donc entouré par les esprits de ses camarades.

Conclusion

  • 47 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 12-19.

25 Pour récapituler, on peut donc constater que les lieux décrits dans le roman de Hertha Fuchs-Ligeti sont des « lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables », au sens où Michel Foucault a défini les hétérotopies dans sa conférence « Des espaces autres »47. Il s’agit d’espaces sociaux qui se forment par les liens sociaux plutôt que par l’architecture. Décrite selon une perspective féminine, la cohésion entre les humains joue un rôle majeur, de même que les émotions. Cette étude des espaces du monde diégétique renforce l’inter­prétation de Die Sterne verlöschen nicht comme œuvre autofictive, tout en appliquant au genre les critères esthétiques et idéologiques propres au réalisme socialiste, ainsi qu’une perspective fortement féminine.

26 Même si le roman présente de nombreux parallèles avec les ex­périences personnelles de l’auteure, il serait trop simple de réduire le texte à une recherche de soulagement psychologique ou de transmission de la mémoire des crimes des nazis dans la sphère familiale. Hertha Fuchs-Ligeti était bien trop engagée politi­quement pour cela  ; elle a écrit son roman pour un public large par conviction politique profonde. Elle a émigré à Bucarest avec son mari Simon Fuchs, qu’elle a rencontré à Auschwitz, tous deux faisant partie de la Résistance communiste. L’autofiction est donc au service d’un projet politique. Ce roman est donc avant tout un récit politique, qui oppose à la terreur nazie l’alternative du communisme, se concentrant sur la cohésion entre les résistants communistes, leurs valeurs, les réalisations du socialisme et la construction de la communauté.

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Notes

1 Cf. H. Ligeti, Die Sterne verlöschen nicht : Roman, Bucarest, 1959. Nous citons doré­navant le roman via l’abréviation SVN. La citation dans le titre de cet article est écrite en yiddish et signifie « n’ayez pas peur » (H. Ligeti, « Ein Jahr », dans E. Thurner (éd.), Wien-Belgien-Retour ?, Vienne-Salzbourg, 1991, p. 137-202, 151).

2 Nous suivons la traduction du titre par H. Roland, « Les femmes autrichiennes de l’exil antifasciste, vues à travers le roman de Hertha Ligeti Les étoiles ne s’éteignent pas », Sex­tant 26, 2009, p. 59-67.

3 Cf. H. Ligeti, Die Unverzagten, Bucarest, 1956. Nous avons traduit toutes les citations de l’allemand.

4 Cf. H. Ligeti, Drei Dorfgeschichten. Kurzerzählungen, Bucarest, 1954 ; H. Ligeti, « Son­nenkringel », Neue Literatur. Zeitschrift für Querverbindungen 17/5-6, 1966, p. 88-91.

5 Cf. O. Spiridon, « Die rumäniendeutsche Literatur nach dem Zweiten Weltkrieg. Eine Überblicksdarstellung », Études Germaniques 267, 2012-2013, p. 443-462.

6 Cf. I. Grell, L’autofiction, Paris, 2014 ; C. Gronemann, « Autofiction », dans Martina Wagner-Egelhaaf (éd.), Handbook of Autobiography / Autofiction. Volume I : Theory and Concepts, Berlin-Boston, 2019, p. 241-246  ; S. Doubrovsky, « Autobiographie / Vérité / Psychanalyse », L’Esprit créateur 3, 1980, p. 87-97.

7 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », Empan 54, 2004, p. 12-19.

8 Cf. S. Friedländer, Les Années d’extermination : L’Allemagne nazie et les Juifs (1939-1945), traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, 2008.

9 B. Simbürger, Faktizität und Fiktionalität. Autobiographische Schriften zur Shoah, Ber­lin, 2009, p. 188.

10 H. Ligeti, SVN, p. 9.

11 Les termes sont utilisés selon Claudia Gronemann qui définit la véracité comme faisant partie du pacte autobiographique de Philippe Lejeune, c’est-à-dire mettre sous écrit des faits réels sans faire appel à l’inventivité ou la fonction symbolique du langage. L’authenticité d’un texte est uniquement possible après l’analyse du soi. Par cette in­trospection l’auteur crée une distanciation avec celui-ci, qui lui permettra toutefois de donner une image authentique du moi.

12 Cf. C. Gronemann, « Autofiction », op. cit., p. 243-244.

13 Ibid.

14 I. Grell, L’autofiction, op. cit., p. 10.

15 Ibid.

16 H. Ligeti, SVN, p. 113.

17 M. Aucouturier, Le Réalisme socialiste, Paris, 1998, p. 3-4.

18 I. Grell, L’autofiction, op. cit., p. 11.

19 Cf. M. Aucouturier, Le Réalisme socialiste, op. cit., p. 4.

20 S. Doubrovsky, « Autobiographie... », op. cit., p. 88.

21 Cf. H. Ligeti, SVN, p. 46-47.

22 Ibid., p. 9.

23 Ibid., p. 12.

24 Depuis la fin du XIXe siècle, l’œillet rouge est l’emblème des communistes et socialistes autrichiens, comparable à la rose du Parti socialiste français.

25 H. Ligeti, SVN, p. 9.

26 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 15.

27 Ibid., p. 15-16.

28 H. Ligeti, SVN, p. 573.

29 M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 15, 17.

30 H. Ligeti, SVN, p. 662.

31 Ibid., p. 618.

32 Ibid., p. 115.

33 Ibid., p. 366.

34 Ibid., p. 442.

35 Cf. Ibid., p. 601.

36 Ibid., p. 509.

37 Ibid., p. 529-530.

38 Cf. Ibid., p. 459.

39 Cf. Ibid., p. 626.

40 Cf. Ibid., p. 580.

41 Cf. Ibid., p. 582.

42 Ibid., p. 609.

43 Ibid., p. 459.

44 Cf. Ibid., p. 440-441.

45 Cf. Ibid., p. 584-585.

46 Cf. H. Ligeti, « Ein Jahr », op. cit., p. 151-152.

47 Cf. M. Foucault, « Des espaces autres », op. cit., p. 12-19.

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Table des illustrations

Légende Couverture de la première édition de Die Sterne verlöschen nicht (1959)
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Légende Hertha Ligeti à son arrivée en Belgique en 1938
Crédits (Dossier individuel de la Police des Étrangers, Archives générales du Royaume)
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Légende Lotte Sontag, l’inséparable amie de Hertha Ligeti
Crédits (Dossier individuel de la Police des Étrangers, Archives générales du Royaume)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cmc/docannexe/image/1174/img-3.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Helga Mitterbauer et Louise Counet, « «Hobt nischt ka moire». L’écriture auto-fictive et hétérotopique chez Hertha (Fuchs-)Ligeti »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine, 15 | 2021, 67-84.

Référence électronique

Helga Mitterbauer et Louise Counet, « «Hobt nischt ka moire». L’écriture auto-fictive et hétérotopique chez Hertha (Fuchs-)Ligeti »Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine [En ligne], 15 | 2021, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cmc/1174 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cmc.1174

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Auteurs

Helga Mitterbauer

Helga Mitterbauer est professeure de littérature allemande à l

ULB. Elle étudie la littérature du XIXe siècle à nos jours, notamment la réception de la Shoah, la littérature d’exil, la littérature migrante et la théorie (études transculturelles et inter­médialité). 

Louise Counet

Louise Counet est étudiante en deuxième année de Master en langues et lettres modernes orientation générale à l’ULB. Elle a effectué un bachelier en langues et lettres modernes germaniques à l’ULB et obtenu le baccalauréat à l’école européenne de Franc­fort. Parmi ses publications : Counet e.a., Bodyfaxing Mediagirls, Clowns & Schpeidermän : Intermedialität in ausgewählten Werken Marlene Streeruwitz, dans H. Mitterbauer

I. Arteel (éds.), Punkt. Marlene Streeruwitz. Überschreitungen, Berlin, 2021 (à paraître).

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