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Mémoires et thèses

Majima Chikako, Le patrimoine culturel immatériel japonais. La préservation et la transmission de l’Ainu koshiki buyō, danse traditionnelle aïnoue

Mémoire de M2, sous la direction de Caroline Bodolec, EHESS (Anthropologie sociale et ethnologie), 2017
p. 295-297

Texte intégral

1Ce mémoire consacré à la préservation et la transmission de l’Ainu koshiki buyō アイヌ古式舞踊 (ci-après Akb) a été réalisé à partir de mes enquêtes ethnographiques effectuées à l’été 2016 à Hokkaidō et Ōsaka. C’était le troisième travail sur le terrain effectué à la suite de mon premier mémoire de M2 à l’Inalco soutenu en 2015 sous la direction de François Macé, dont le sujet portait sur Kayano Shigeru 萱野茂 (1926-2006), première député d’origine aïnoue.

2L’Akb était pratiquée autrefois lors des cérémonies religieuses et des banquets, ainsi qu’en privé dans la vie quotidienne. Cependant la pratique de cette danse a fortement reculé au cours du xxe siècle, à cause de l’autocensure résultant de la politique d’assimilation forcée menée par le gouvernement central, avant de redevenir valorisée de nos jours en tant que patrimoine du Japon. D’où le point de départ de mes enquêtes : comment l’Akb a-t-elle perduré, a-t-elle été préservée ? Et comment cette danse est-elle transmise aujourd’hui, par les acteurs culturels ? Pour répondre à ces questions, mon travail croise deux lignes d’approche qui s’éclairent mutuellement : d’une part, une étude de l’histoire des mouvements culturels et de revendication des droits qui ont accompagné la réémergence de l’Akb et, d’autre part, une étude sur le terrain de la réalité des pratiques. Pour cette dernière, j’ai appliqué la méthode de l’observation participante auprès de l’Association pour la Préservation de l’Upopo de Sapporo (Sapporo upopo hozonkai 札幌ウポポ保存会) ainsi que d’autres associations locales pratiquant l’Akb sur une base régulière, en tant qu’activité associative.

3J’ai d’abord analysé le contexte historique de la désignation de l’Akb en tant que « bien culturel immatériel important relevant de la culture populaire » japonais en 1984, puis de l’inscription sur la « Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité » de l’Unesco en 2009, en le comparant à l’histoire des mouvements aïnous, notamment celle de l’Association des Aïnous de Hokkaidō (Hokkaidō Ainu kyōkai 北海道アイヌ協会), une fédération regroupant 49 associations locales. Ensuite, j’ai analysé le déroulement des cours d’Akb au sein de la Sapporo upopo hozonkai, ainsi que ses répertoires de danse et de chant en comparaison avec ceux des autres associations de danse locale, partie descriptive qui est le cœur de mon travail d’observation. Puis j’ai étudié l’évolution des répertoires en comparant le fruit de mes observations avec la description des pratiques locales recensées par la recherche antérieure pour les années 1950 à 1980.

4Les analyses précédentes m’ont confirmé que la patrimonialisation de l’Akb n’est pas un phénomène livré au hasard ; elle est au contraire le reflet direct de l’histoire des Aïnous. Au fil du temps, certaines danses ont disparu ; beaucoup ont été préservées et transmises ; d’autres enfin ont été transformées en route, comme il arrive dans d’autres processus de patrimonialisation de pratiques culturelles ailleurs.

5Un dernier enseignement de mon travail sur le terrain est la découverte de l’importance du rôle qu’y jouait une autre pratique culturelle qui est la couture, et son indissociabilité avec la danse en tant que pratiques conjointes de transmission culturelle. Cette activité féminine, associée à l’autre activité plus visible que représente la danse, m’a permis de mettre en exergue à la fois les relations interpersonnelles entre les femmes, et la place de celles-ci dans la préservation et la transmission de la culture aïnoue. Non seulement la plupart des danses sont en effet pratiquées par des femmes, mais de plus, ce que j’ai découvert dans mon intégration du cercle de couture, c’est que celui-ci sert à la transmission des histoires, à la fois histoires personnelles (liées au destin des familles aïnoues lors de l’assimilation forcée), mais aussi au fond, contexte culturel global, puisque cette pratique de transmission semble renvoyer à l’institution des femmes âgées (huci フチ), ainsi qu’aux coutumes de travail en commun entre femmes d’un même groupe qui étaient historiquement propices à l’installation de telles relations. Le savoir de la couture se transmet ainsi en même temps qu’un mode inter-personnel de transmission d’une mémoire qui est aussi bien celle du peuple aïnou (mémoire collective) que celle de trajectoires individuelles (mémoire familiale), et finalement du lien communautaire lui-même, au sein de la communauté. Cette partie sur l’« au-delà de la danse » est devenue au bout du compte un des points essentiels de mon travail.

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Pour citer cet article

Référence papier

« Majima Chikako, Le patrimoine culturel immatériel japonais. La préservation et la transmission de l’Ainu koshiki buyō, danse traditionnelle aïnoue »Cipango, 25 | 2023, 295-297.

Référence électronique

« Majima Chikako, Le patrimoine culturel immatériel japonais. La préservation et la transmission de l’Ainu koshiki buyō, danse traditionnelle aïnoue »Cipango [En ligne], 25 | 2023, mis en ligne le 14 décembre 2023, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cipango/5714 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cipango.5714

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