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Dossier bibliographique
Recensions

Lyndal Roper, « Living I Was Your Plague ». Martin Luther’s World and Legacy

Yves Krumenacker
p. 240-241
Référence(s) :

Lyndal Roper, « Living I Was Your Plague ». Martin Luther’s World and Legacy, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2023, 278 p., ISBN : 9780691205304

Texte intégral

1Lyndal Roper, professeure à Oxford, est connue pour être une des meilleures spécialistes de Luther et autrice d’une biographie remarquée du réformateur saxon. Ce nouveau livre, très richement illustré, n’est pas une nouvelle biographie, mais un essai reprenant des études plus anciennes s’intéressant à la manière dont s’est construite l’image de Luther, avec ses bons et ses mauvais côtés. L’accent est mis sur le concept de masculinité, sur lequel L. Roper a beaucoup travaillé.

2Le premier chapitre montre comment l’atelier des Cranach, père et fils, a donné une identité visuelle à Luther, faisant de lui le personnage de son époque dont le portrait est le plus connu. Mais la représentation a évolué : jeune moine, chevalier Jörg, il devient ensuite le docteur, homme mûr représenté un nombre incalculable de fois ; on trouve aussi des portraits doubles : Luther et sa femme Catherine de Bora, puis surtout Luther et Melanchthon : la Réforme est d’abord une affaire d’hommes ! On découvre ensuite le goût de Luther pour raconter ses rêves, bien qu’il affirme que l’Écriture lui suffise. Cette pratique, loin d’être rare à l’époque, est rapprochée de celle de Melanchthon et de Müntzer. Comme le souligne L. Roper, cela peut être une porte d’entrée pour la psychologie de Luther. Mais est-ce aussi simple ? L’histoire des rêves est encore peu pratiquée, et les rapports entre psychologie et histoire sont bien complexes. Toujours est-il que le détour par les rêves est utile pour comprendre les différents types de Réformes, entre celles qui voient les rêves comme des prophéties et celles qui se contentent d’en faire des images. Le chapitre 3 aborde, mais assez rapidement (c’est le chapitre le plus court du livre) le concept de masculinité, vu comme un esprit de combat, de volonté polémique ; Luther se voit non comme un serviteur des princes, mais comme pouvant se battre avec eux par la plume. Luther aime jouer avec les noms. Pour lui, se faire appeler Luther (et non Luder comme son père), c’est rompre avec sa famille et apparaître comme fondateur d’une nouvelle dynastie. En revanche, il ne rattache pas son mouvement à son nom, préférant le définir par son origine géographique (l’Église de Wittenberg) ; ce sont plutôt ses adversaires qui parlent de « luthériens ». Les noms sont l’objet d’une inventivité très grande, des surnoms souvent insultants sont donnés par Luther à tous ses opposants, ce qui révèle sa propension à la polémique et à l’intransigeance. Sans surprise, on trouve un chapitre sur l’anti-papisme de Luther, qui paraît en partie irrationnel, tant la haine du pape est obsessionnelle chez lui, au point d’entrer dans la tradition luthérienne. Le plus long chapitre du livre est consacré à l’antisémitisme de Luther. Sa réflexion théologique, ses sentiments et ses préjugés instinctifs convergent pour créer un antisémitisme différent de celui de la fin du Moyen Âge ; il s’exprime souvent, et de plus en plus quand Luther avance en âge, par des injures, des obscénités, un vocabulaire scatologique. Luther apparaît obsédé par les juifs, en partie parce qu’il considère que le peuple choisi est désormais le peuple des chrétiens réformés. De ce point-de-vue, son antisémitisme, extrêmement agressif, est cependant différent de l’antisémitisme nazi. Le livre se termine par un chapitre plus léger sur « Luther kitsch » montrant comment, lors du 5e centenaire de la Réforme, l’image de Luther, bien que reposant sur des éléments anciens, notamment du xixe siècle, s’est cristallisée sur des objets éphémères (chaussettes, playmobil, chocolats, etc.) créant un rapport très distancié, bien loin du saint ou du héros germanique que d’autres époques ont pu magnifier.

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Pour citer cet article

Référence papier

Yves Krumenacker, « Lyndal Roper, « Living I Was Your Plague ». Martin Luther’s World and Legacy »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 240-241.

Référence électronique

Yves Krumenacker, « Lyndal Roper, « Living I Was Your Plague ». Martin Luther’s World and Legacy »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10999 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10999

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Auteur

Yves Krumenacker

Université de Lyon, Jean Moulin Lyon 3
LARHRA UMR 5190

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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