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Dossier bibliographique
Recensions

Étienne Fouilloux, Claude Langlois, André Encrevé, Jacques Prévôtat (dir.), Jean-Marie Mayeur. Historien du catholicisme et de la laïcité

Sylvain Milbach
p. 226-229
Référence(s) :

Étienne Fouilloux, Claude Langlois, André Encrevé, Jacques Prévôtat (dir.), Jean-Marie Mayeur. Historien du catholicisme et de la laïcité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 331 p., ISBN : 9782753586208

Texte intégral

1Peu avant sa disparition, Jean-Marie Mayeur (1933-2013) invitait à la dispersion des livres de sa bibliothèque, proposant « de les donner à ses anciens étudiants, à d'autres aussi, pourquoi pas, du moment que ses livres soient utiles à autrui et permettent de nourrir une recherche féconde », confie Catherine Mayeur-Jaouen. Ultime diffusion, et ramification, du savoir accumulé qui s'inscrit dans la continuité d'une carrière caractérisée par le travail collectif, tant dans l'organisation de la recherche et les projets, que dans les réalisations éditoriales.

2L'ouvrage est le résultat d'une rencontre organisée à Paris en septembre 2018, cinq ans après le décès de Jean-Marie Mayeur et il se démarque par là des hommages académiques pour faire résolument entrer l’œuvre de l’universitaire « dans l'histoire ». Il se compose de trois parties. La première esquisse quelques étapes du parcours intellectuel, en s'appuyant sur six textes brefs publiés par l'historien entre 1956 et 2005, corpus complété par une étude sur son engagement au moment de la guerre d'Algérie, via la revue Vin Nouveau qui a regroupé des étudiants chrétiens, et dont Mayeur a été un des animateurs (C. Mayeur-Jaouen). La seconde partie s’attache à rappeler les éléments clés de la carrière : son parcours universitaire et savant (p. Airiau, J.-O. Boudon), ses liens avec l'Alsace de sa jeunesse et l'Allemagne (A. Vauchez, C. Maurer), son ouverture vers l'historiographie italienne et l’histoire de la papauté (p. Boutry), la place de sa thèse sur l'abbé Lemire (1968) dans l'historiographie du catholicisme (G. Cuchet) et le rappel de ses travaux sur la laïcité (J. Lalouette), ainsi qu'une approche plus intime de cette œuvre avec l'étude de la bibliothèque du professeur (C. Mayeur-Jaouen). À ces contributions, s'ajoute le précieux témoignage de Jacques Prévotat sur le séminaire « matriciel » mis en place à l'université de Créteil, qui accompagna la création d'un 3e cycle d'histoire religieuse contemporaine en 1973-1974, et dont un des premiers résultats fut le fameux guide sur L'histoire religieuse de la France, 19e

-20 siècle. Problèmes et méthodesLe Monde

3Précédé de René Rémond et d’Émile Poulat, souvent cités – auxquels il faudrait peut-être au moins ajouter Jean-Baptiste Duroselle –, Mayeur fit entrer l'histoire du catholicisme dans l'université et la recherche historique françaises, autant par ses travaux propres que par les forces qu'il a su agréger. Ce qui ressort en effet de l'ouvrage est son activité constante et renouvelée, discrète aussi, dans la conduite de projets collectifs. L'historien en connaît bien les résultats publiés, depuis le colloque de Grenoble de 1971 sur les catholiques libéraux, initié avec Jacques Gadille – où figurent, on ne saurait trop le rappeler car il s'agit bien d'une question de méthode, les suggestives discussions provoquées par les interventions –, jusqu'à la co-direction de la monumentale Histoire du christianisme, longuement méditée, publiée chez Desclée, dont le premier volume (1990, le 12e de la collection), consacré au xxe siècle, est dirigé par Mayeur lui-même. L'attention spécifique portée aux sources imprimées, le goût pour les outils prosopographiques (la collection du Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine chez Beauchesne, en direction avec Yves-Marie Hilaire), l'attention aux sensibilités internes au catholicisme, s'appuyant sur le comparatisme et leur circulation européenne, et à la nuance de leur généalogie... sont des éléments caractéristiques, et neufs alors, de l’œuvre de Mayeur. Caractéristiques aussi, la probité et la prudence déontologique : citons à cet égard, la mise en garde à propos des débats sur la laïcité qui invitait à ne pas substituer « un discours sur la laïcité à une histoire de la laïcité ».

4Mais la plus importante leçon du volume, et qui forme comme un fil continu, est le travail dans les coulisses de l'institution universitaire où les tâches administratives étaient alors dévolues à structurer un champ de recherche et à encadrer les étudiants, à l’heure d'une lente massification de l'enseignement supérieur. Dans sa conclusion, Claude Langlois expose le « contexte » dans lequel purent se développer les initiatives de Mayeur à Créteil (1971). Il rappelle comment l'histoire du catholicisme a frayé sa voie dans l'institution par l'histoire politique, ce dont témoigne aussi le parcours de René Rémond. Mayeur n'a jamais abandonné le champ de l'histoire politique, et s'y même consacré davantage dans la suite de sa carrière (à Paris IV, 1981), si bien qu'elle identifie son œuvre, que cette histoire politique soit imbriquée ou pas dans l’histoire religieuse. Au point qu'on regrette, même si ce renoncement est bien justifié dans l’introduction, qu'elle ne soit pas plus mise en valeur dans le présent volume. En effet, la connaissance intime de la Troisième République notamment permit de nourrir une approche réellement « dialectique », qui tint compte des points de vue opposés dans les débats et les combats sur le statut des religions, si structurants dans la vie politique française. Une telle approche a certainement participé à faire sortir l'histoire du catholicisme de son carcan confessionnel, mais surtout à lui faire rencontrer une audience plus large. Et cela même si se pose, mais vingt ans auparavant, la question de la spécificité de l’historien de l'Église – qui n'est pas la même chose, il est vrai, que l’historien du catholicisme : on se reportera avec intérêt à la retranscription d'un échange de 1956 (entre Rémond, Venard, Joutard, Marrou, Mayeur) où est interrogée l'intelligence du christianisme pour un non chrétien et, de là, la possibilité d'être historien du christianisme pour un non croyant.

5À lire les contributions, on voit bien que le séminaire de Créteil, où se mettent en place les perspectives et les synergies qui permettront dans les décennies suivantes à l'histoire religieuse de prendre place dans le paysage universitaire, est déjà de l'histoire pour le lecteur d'aujourd'hui. On s'interroge d'ailleurs sur la réception initiale de cette histoire du catholicisme contemporain au sein du microcosme universitaire d'alors. Depuis l'histoire religieuse s'est installée dans l'université, avec les générations suivantes, marquée davantage par la sociologie et l'anthropologie historique, avant de perdre du terrain, comme d'ailleurs la domination de l'histoire économique et sociale « face » à laquelle l'histoire religieuse a dû se faire une place. Depuis aussi, le métier d’universitaire a beaucoup changé, dans ses pratiques et ses horizons, dans ses ambitions et ses missions. Sous ce point de vue, le livre peut inviter à une réflexivité non narcissique et participe d'une histoire d'un champ de recherche et de l'institution. Oui, l'historien ainsi présenté ne s'apparente pas aux façons un peu envahissantes de l'ego-histoire et, à juste distance de l'hommage académique, cet ouvrage est bel et bien un livre d'histoire, un moment de la vie de l'université française.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sylvain Milbach, « Étienne Fouilloux, Claude Langlois, André Encrevé, Jacques Prévôtat (dir.), Jean-Marie Mayeur. Historien du catholicisme et de la laïcité »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 226-229.

Référence électronique

Sylvain Milbach, « Étienne Fouilloux, Claude Langlois, André Encrevé, Jacques Prévôtat (dir.), Jean-Marie Mayeur. Historien du catholicisme et de la laïcité »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10919 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10919

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Auteur

Sylvain Milbach

Université de Savoie

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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