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Dossier bibliographique

Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires. Dernières parutions

p. 245-248

Texte intégral

1Olivier Chatelan, Des allers sans retours ? Les prêtres français en Amérique latine, 1961-1984, Lyon, LARHRA, Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires, N° 48 & N° 49, 2023, 300 p. + 340 p., ISBN : 9791091592369
I.
La fièvre des départs, 300 p., ISBN : 9791091592345
II.
La tragédie et la conscience, 340 p., ISBN : 9791091592352I
Les volumes ne peuvent être vendus séparément.

2Le Comité épiscopal France – Amérique latine semble oublié aujourd’hui… et pourtant ! Pendant trente ans, entre l’ouverture du Concile Vatican II (1962) et la célébration ambigue du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique (1992), cet organisme a fonctionné comme une véritable gare de triage pour envoyer des prêtres français dans les favelas de São Paulo ou sur les plateaux andins, à la demande d’évêques locaux effrayés par l’aura de la révolution cubaine. Le livre raconte comment les évêques de France ont largement improvisé une réponse collective à cet élan soutenu par Rome, en s’appuyant sur une génération de jeunes prêtres qui, une fois sur place, tombent amoureux d’une Amérique latine mythifiée qu’incarnent alors l’« évêque des pauvres » Hélder Câmara, le révolutionnaire Ernesto Guevara ou l’archiprêtre Ivan Illich installé à Cuernavaca, auprès duquel viennent se former des centaines de clercs missionnaires européens et nord-américains. Très rapidement, avec l’instauration des dictatures militaires et l’essor de la théologie de la libération, le CEFAL est sommé de choisir son camp. Les emprisonnements de clercs français se multiplient, accusés d’être des agents du communisme mondial. Tout à la fois instance officielle de l’épiscopat et caisse de résonance des militants tiers-mondistes, le Comité navigue à vue dans un contexte politique et religieux qui s’est radicalisé et il ne peut empêcher l’assassinat de deux des siens, Gabriel Longueville et André Jarlan.

3L’histoire du CEFAL est en effet celle d’un retournement, voire d’une subversion de la mission – au double sens du terme – qui lui a été confiée. Le Comité est un organisme d’envoi héritier d’une tradition missionnaire de christianisation ad extra sous impulsion romaine qui s’actualise dans un contexte d’endiguement du marxisme en Amérique latine. Mais après quelques années de rodage puis de montée en puissance des envois sous l’impulsion du trio Guy-Marie Riobé – Michel Quoist – François de l’Espinay, le Comité est remis en cause par une partie des prêtres Fidei donum, au nom de ce qu’ils vivent sur le terrain, contre l’immobilisme supposé de la hiérarchie face aux réalités socio-économiques et politiques du sous-continent. Ce clergé jeune, formé dans l’Action catholique et poussé par les vents du Concile, sommé de choisir son camp dans des conflits fonciers d’Amazonie ou dans les luttes syndicales des dockers des ports du Pacifique, entend répercuter en France des questions jugées fondamentales : d’où viennent l’exploitation économique et la misère d’une majorité des populations du tiers monde ? Quelle est la part de responsabilité des pays occidentaux et de soutien de l’Église catholique dans la répression opérée par les dictatures militaires se réclamant du catholicisme et de la « sécurité nationale » ? Peut-on être chrétien et adhérer au socialisme ? La vie sacerdotale doit-elle évoluer vers la possibilité du mariage, d’un engagement politique, d’un travail rémunéré ? En France, ces questions recoupent celles du mouvement Échanges et dialogues né à l’automne 1968. En Amérique latine, les Fidei donum sont loin d’être les premiers et les seuls à se poser ces questions. Ils n’ont pas toujours été, comme ont voulu le leur faire dire les autorités militaires de plusieurs pays, les leaders de la contestation et de la « subversion » au sens de force d’opposition marxiste (dans le lexique des juntes au pouvoir). Les mouvements d’opposition nationaux existent, y compris chez les prêtres, où des groupes comme le Movimiento de los sacerdotes del tercer mundo (MSTM) n’ont pas attendu l’aide de leurs confrères européens pour se mobiliser. Mais les Fidei donum français accompagnent pour beaucoup ce mouvement de fond, qui tente de ré-interroger les fondements de la foi chrétienne au contact des enjeux sociaux et politiques discutés sur le sous-continent. Le CEFAL devient par conséquent prisonnier des attentes qu’il a suscitées. Comment rester fidèle à soi quand c’est l’ensemble de la configuration historique qui s’est déplacée en un quart de siècle : remise en cause de la mission, contestations des années 68, durcissement des contextes politiques et idéologiques, essor et condamnation de la théologie de la libération ?

4Cet ouvrage est une invitation à découvrir une histoire transatlantique jamais écrite, celle d’un moment « Amérique latine » en France qui, à travers un imaginaire et des engagements, a suscité des malentendus mais aussi des amitiés durables. Passeurs entre deux mondes, ces hommes aux trajectoires souvent peu ordinaires se sont brûlés au contact d’une double utopie : celle d’une Église catholique imperméable aux luttes politiques et celle d’une France gaullienne puis mitterrandienne « amie des peuples » de l’autre côté de l’Atlantique sud.

5Yves Krumenacker, Un parcours en protestantisme, I. Chemin de traverse, Lyon, LARHRA, Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires, N° 46, 2023, 431 p., ISBN : 9791091592321

6Ce volume s’intéresse au vécu et aux représentations des protestants, principalement français, du xvie siècle au xviiie siècle. Le fil conducteur est une interrogation sur ce qu’est un protestant, sur la manière dont il se différencie, ou non, des catholiques – en dehors, bien sûr, de la participation au culte –, aussi bien dans ses croyances que dans sa vision du monde ou son apparence, et s’il y a une évolution entre les débuts de la Réforme et l’époque des Lumières. La réponse donnée n’est pas univoque, elle suggère un protestantisme très varié dans l’espace, mais aussi dans le temps, et une distinction entre une Réforme, c’est-à-dire une réelle volonté, au xvie et pendant une bonne partie du xviie siècle, de réformer l’Église, sans forcément vouloir la quitter, et un protestantisme qui se constitue comme une confession chrétienne entièrement séparée du catholicisme romain.

7Comment faire, alors, pour l’étudier ? Il faut privilégier une histoire qui ne s’en tient pas aux institutions, aux pratiques et aux idées ; une histoire culturelle attentive non à l’explicite mais aux impensés, à ce qu’expriment les textes, les paroles et les gestes de la manière dont on vit à une époque donnée ; une histoire non confessionnelle, qui fait du protestantisme à la fois le nom d’un patrimoine religieux à laquelle on peut se rattacher et une construction intellectuelle ; une histoire qui, en dehors de sources proprement religieuses, puise à des correspondances, des journaux, des textes littéraires ou philosophiques, dont le contenu n’est pas d’abord religieux. Cette démarche permet de saisir ce que vivent, sentent et comprennent les réformés à une époque donnée, même si cela nuance ou contredit l’image qu’on pourrait avoir des sociétés protestantes à partir des textes normatifs et de la description des pratiques cultuelles.

8C’est une histoire renouvelée du protestantisme qui est ainsi en jeu.

9Julien Leonard et Noémie Recous (dir.), Un parcours en protestantisme, II. Compagnons de route, Lyon, LARHRA, Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires, N° 47, 2023, 268 p., ISBN : 9791091592277,

10Des hommes, des femmes et des enfants serpentent sur un chemin sinueux, portant de lourds paquets sur leurs épaules. Certains sont accompagnés de chevaux, de charrettes, d’animaux domestiqués. Beaucoup de personnes modestes, mais également un noble, épée au côté, sur son cheval, suivi de serviteurs portant ses affaires. Certains de ces « voyageurs » sont pourchassés et arrêtés par des soldats armés et à cheval, malmenés, leurs affaires sont confisquées ; certains sont enchaînés, contraints de faire marche arrière sous bonne garde. Les visages sont fermés, las. Au loin, un port, la mer, des navires. Au loin, une ville, de laquelle on s’éloigne, car elle est aux mains des soldats. Nombreux sont les protestants français à quitter le territoire à la suite de la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV, en 1685. Ces protestants ne portent pas de signes distinctifs, on ne les reconnaît qu’à leur fuite. Ces protestants sont des femmes, des hommes, des enfants de leur temps, et pourtant leur présence est inacceptable au sein du royaume du « Roi Soleil ». Pourquoi ? Qui sont-ils ? Qui sont-elles ? Ces questions se trouvent au cœur du travail qu’a mené Yves Krumenacker tout au long de sa carrière, à laquelle il s’agit aujourd’hui de rendre hommage.

11Pendant du recueil d’articles d’Yves Krumenacker ce volume propose des travaux originaux réalisés par des collègues, d’anciens élèves et en tout cas des amis qui ont eu l’opportunité de travailler avec lui, à ses côtés ou sous sa direction. C’est pourquoi le sous-titre de cet opus est Compagnons de route, rappelant ainsi que le travail d’historien relève tout autant d’une démarche et d’un parcours personnels que de rencontres, d’échanges, de collaborations, de compagnonnage, et osons le dire, d’amitiés. Ces travaux font écho aux différentes approches et thématiques auxquelles Yves a consacré son travail, ou sont des clins d’œil à des intérêts partagés.

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Pour citer cet article

Référence papier

« Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires. Dernières parutions »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 245-248.

Référence électronique

« Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires. Dernières parutions »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10514 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10514

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