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Varia

Frères ennemis. Gillet et Grente en compagnie (1933-1951)

Enemy brothers. Gillet and Grente in company (1935-1951)
Frédéric Le Moigne
p. 191-209

Résumés

Tous deux candidats à l’Académie française, le P. Gillet, maître général des dominicains (1929-1951), et Mgr Grente, évêque du Mans (1918-1959), nourrissent une rivalité profonde. Celle-ci s’exprime tout particulièrement en 1936, au moment de l’élection au fauteuil 32 pour succéder à Pierre de Nolhac. Le succès de Mgr Grente mérite d’être expliqué à la lumière de de la défaite du P. Gillet. Comment le maître général des dominicains, au sommet de sa carrière en octobre 1936, lorsqu’il reçoit Mussolini, lors de l’inauguration de la basilique Sainte-Sabine à Rome, en arrive-t-il à perdre l’élection académique quinze jours plus tard ? La réponse est à trouver dans les stratégies mises en place par les adversaires et renseignent tout un contexte littéraire, mondain et ecclésiastique. À travers la trajectoire de ces deux personnages, c’est en effet un jeu de relations et de réputations qui vaut d’être interrogé. Ce sont bien des réseaux qui s’affrontent derrière Grente et Gillet. Évêque diocésain contre maître général de l’ordre dominicain, province française contre centralité romaine, c’est tout un échiquier qui se laisse découvrir et un affrontement tactique autour d’une place académique à Paris. Un journal intime, un livre d’or, un album photographique et des correspondances constituent les sources inédites de cette étude.

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Texte intégral

  • 1 Je remercie chaleureusement l’Archiviste général de l’Ordre dominicain, Augustin Laffay, qui a ses (...)

1Après bien des kilomètres parcourus comme maître général de l’Ordre dominicain (1929-1946), tout particulièrement lors d’incessants allers-retours ferroviaires entre Rome et Paris, Martin Stanislas Gillet1 meurt le 5 septembre 1951, à Aix-les-Bains, station attitrée de ses cures thermales. Le terme est assez brutal – une crise d’urémie emporte le religieux âgé de 75 ans – et cette mort sans lenteur ressemble assez à la personnalité directe et énergique du personnage, originaire de la Meuse. La proximité du lac apporte toutefois sa note poétique, ce qui s’accorde avec la mémoire du religieux, auteur impénitent et nocturne de sonnets et d’acrostiches. C’est le petit matin que Mgr Grente préfère pour s’adonner, quant à lui, à un autre genre littéraire, celui du journal intime. L’évêque académicien du Mans, fréquentant la station thermale concurrente d’Évian, ne peut manquer de commenter dans son carnet la fin de son voisin de cure :

  • 2 Archives diocésaines du Mans [désormais ADM], fonds Grente, 1D21 (72), « Souvenirs », 2-5septembre (...)

La Croix, y note-t-il, fait part de la mort presque soudaine de Mgr Gillet. Quelques jours auparavant, à Aix-les-Bains, où il séjournait et prêchait chaque année, il avait donné une conférence sur Lacordaire et la liberté d’enseignement. [Un de ses religieux – j’en ai été surpris – m’a dit pour oraison funèbre : « Il a manqué les deux buts de sa vie : l’académie et la pourpre ». C’est vite oublier les services qu’il a rendus à l’Ordre en récupérant l’Angelicum, et en aménageant Ste Sabine. [Mais les dominicains traditionnels lui savent mauvais gré d’avoir abandonné les rênes, et permis aux esprits aventureux de s’ébattre à leur aise dans la doctrine et les initiatives hardies. Si j’étais mort avant lui, il eût immédiatement posé sa candidature. Mon successeur ecclésiastique reste incertain2.

  • 3 ADM 1D21 (72), « Souvenirs », 11-29 juillet 1951, carnet 68, p. 75.
  • 4 Sur le pétainisme de Gillet, suivre les travaux d’Étienne Fouilloux, notamment « Des théologiens “ (...)
  • 5 Mgr Grente, Oraison funèbre de l’éminentissime cardinal Baudrillart prononcée à Notre-Dame de Pari (...)
  • 6 Archives générales des Assomptionnistes (Rome), J 520, journal Merklen, 27 février 1942, p. 22. L’ (...)

2Soucieux d’équilibre, le commentaire tranche avec le ton ironiquement et uniquement à charge perceptible, du vivant du religieux, dans le journal de l’évêque. Quelques semaines auparavant, Mgr Grente compte encore les lignes supplémentaires que la presse, négligeant sa seule personne, accorde au dominicain dans sa chronique mondaine de la saison estivale3, façon pour lui d’écrire qu’il prend bien soin de ne jamais le rencontrer en Haute-Savoie. Alors que les quotidiens sont remplis de la mort contemporaine de Philippe Pétain, l’allusion peut sembler aussi curieuse que périphérique. Elle rappelle cependant un souvenir thermal. En septembre 1942, Gillet quitte hâtivement Aix-les-Bains pour Vichy afin d’y rencontrer, par l’intermédiaire de son protégé Paul Baudouin, le maréchal4, alors que Grente, qui a déjà assez à s’employer pour effacer la collaboration parisienne du cardinal Baudrillart dans l’oraison funèbre qu’il rédige à Évian5, ne souhaite pas l’y rejoindre. En 1951, la situation est plus interpersonnelle. Les écrits intimes de Grente témoignent que la mort du dominicain le libère d’un poids, qui tient de l’obsession concurrentielle. Celle-ci peut se résumer dans la formule de l’assomptionniste Léon Merklen, rédacteur en chef de La Croix, qualifiant Gillet de « candidat perpétuel à l’Académie6 ». Sa mort, serait-on tenté d’écrire, en fait un mortel, motif de soulagement attendu par l’évêque immortel.

  • 7 Il soupçonne, à l’époque, son ami, Mgr Marmottin, archevêque de Reims, de vouloir y prétendre, mai (...)

3Figure de rival depuis la compétition directe de 1933-1936 pour le fauteuil académique, Martin Stanislas Gillet reste pour l’évêque du Mans ce souvenir de lutte que la victoire, chèrement acquise et longtemps incertaine, ne vient pas totalement effacer. N’y a-t-il d’ailleurs pas chez lui une forme de masochisme à entretenir, après l’élection de 1936 et aussi longuement, cette menace fantomatique ? Celle-ci semble le renvoyer éternellement à la situation initiale de l’usurpateur ou de candidat illégitime, un motif récurrent des campagnes de dénigrement entretenues dans la presse par les amis du dominicain. Une forme de défense émerge alors chez l’évêque du Mans. À ses yeux, la disparition de son rival symbolise fortement l’effacement de la perspective d’un double ecclésiastique à l’Académie. C’est ce qu’il signifie dès 1942, au moment de la mort du cardinal Baudrillart7, puisque son intention est bien de rester le seul représentant de son état au Quai Conti. Avant son décès, en 1959, et dans le même sens, il ne prépare nullement sa succession pour empêcher le cardinal Tisserant de lui succéder comme il l’a fait avec Gillet. La jalousie, nœud de la relation entre Grente et Gillet, et qui s’apparente à une lutte pour la place, ne paraît donc intéressante à commenter que parce qu’elle produit une forme de proximité, qui, au lieu de rapprocher, accentue la distance ou l’hostilité et, au final, l’effacement. C’est bien l’occasion d’explorer ici en profondeur et jusque dans l’intimité ce qui tient d’une rivalité de circonstance, au croisement de deux trajectoires, destins et carrières. Entre concurrence professionnelle (défiance entre un religieux et un évêque diocésain) et détestation tout humaine, sans dissonances ecclésiologiques majeures, il s’agit d’entrer ici dans le petit monde privilégié, à défaut d’être cordial, des dignitaires catholiques du milieu du xxe siècle.

Deux entrées à la suite

Fig. 1 Martin Stanislas Gillet dans les pas de Mussolini (AGOP)

4Image

  • 8 Élection au premier tour par 18 voix contre 8 à Jean-Louis Vaudoyer et 5 bulletins blancs. Lire Fr (...)

5Quinze jours avant l’élection académique du 12 novembre 1936 qui désigne Georges Grente comme successeur de Pierre de Nolhac au fauteuil 328, Martin Stanislas Gillet est photographié à Rome, au couvent de Sainte Sabine, siège de la curie généralice de l’Ordre dominicain, à la droite du Duce (en regardant la fig. 1).

  • 9 Archives générales de l’Ordre des prêcheurs (AGOP), fonds Gillet, V 312.
  • 10 ADM, 1 D 21 (315, 316). Nulle trace toutefois au Mans de livre d’or à l’évêché, situé dans l’édifi (...)

6Dans le lieu même où il a été pris, le cliché se découvre aujourd’hui, dans un carton des archives personnelles laissées par le maître général de l’Ordre. Plus précisément, c’est la page de garde du livre d’or des hôtes du couvent, un bel album (tout blanc), qui contient en double cette vue, légendée à l’arrière « 28 octobre 1936 – Inaugurazione Restauri – Basilica S. Sabina »9. Il s’agit de la seule pièce iconographique du fonds Gillet, peut-être glissée là pour signaler l’absence d’un album personnel ou institutionnel purement photographique. La déception est réelle bien sûr au regard des archives mancelles de Grente riches de deux gros cartons d’albums soigneusement empilés10. Mais, à sa façon, le cliché, qui n’était pas certainement pas destiné à l’album d’origine, semble se suffire à lui-même tant ce qu’il dévoile peut entraîner de commentaires.

  • 11 Rappelons que c’est ce dignitaire fasciste qui souhaitait proscrire la poignée de mains aux Italie (...)

7La description initiale de la scène s’impose en raison même de sa charge symbolique. Un opérateur de L’Istituto Luce en est l’auteur. En adoptant le point de vue dominicain, jusqu’à l’emplacement physique au fond du portique de la basilique et de l’entrée du couvent, le photographe fixe de lui-même les pistes d’interprétation. Ce n’est pas seulement l’arrivée extérieure de Mussolini qui est montrée, c’est tout autant l’attente protocolaire des frères prêcheurs qui, de l’intérieur, fixent des yeux le mouvement des autorités, dont celui du maître général en marche avec Mussolini. À défaut de film, cette vue, jouant sur la profondeur du champ, est donc bien cinématographique. Elle est d’ailleurs ici coupée. Le site internet de l’institut Luce dispose dans ses fonds de la vue plus large où l’on voit, près de l’autre mur intérieur, le deuxième rang, cette fois-ci entier, de la curie dominicaine (qui ne lève pas le bras) et, immédiatement à toucher le photographe, le corps de profil du frère qui réalise un parfait salut fasciste. Seul le bras hautement levé est visible dans la vue conservée par Mgr Gillet et, au premier plan, saturant davantage encore le cadre symbolique de l’adhésion fasciste propre à la scène. Celle-ci, bien sûr, n’est pas entière du côté dominicain. On peut supposer que ce sont les quatre frères italiens qui, à la manière virile préconisée par Achille Starace11, présent également derrière son chef, lèvent le bras. L’ironie est bien sûr que Mussolini, occupé à lever les yeux vers la porte de l’antique basilique, ne répond pas au salut.

  • 12 Il y attendait le pape. C’est le secrétaire d’État, Eugenio Pacelli, qui s’y rend au final. Détail (...)
  • 13 Les carnets de Grente rapportent à ce sujet un entretien romain à propos du déménagement du collèg (...)

8Sa visite vaut en effet restitution. Après travaux, l’État italien remet l’édifice paléochrétien restauré à l’Ordre des prêcheurs. Gillet peut désormais installer sa curie généralice dans le couvent, en prenant bien soin de repousser son inauguration officielle à 1937 pour ne pas l’insérer dans le calendrier anniversaire de la marche sur Rome comme cela a été le cas pour la basilique12. L’événement n’est pas anodin dans l’histoire des dominicains et du maître général en particulier. Ce dernier est alors au sommet de sa charge, entamée en 1929, l’année même des accords du Latran, qui permettent cette restitution. Une vue panoramique montrant les protagonistes sur l’admirable terrasse de l’Aventin, dans l’axe parfait de la coupole de Saint-Pierre, aurait très bien pu se concevoir. La foule reste cependant absente de l’événement, qui s’apparente à une visite protocolaire. Le livre d’or témoigne également de cela. Il s’agit de marquer une nouvelle page de l’histoire de l’Ordre que le maître général français ouvre. Celle-ci se fait avec, en haut à droite, le paraphe inaugural de Mussolini, un personnage que Gillet apprécie13.

  • 14 Grente est logiquement absent.

9Le livre d’or fixe bien sûr cette évidence, mais la source dit également autre chose et peut se révéler un objet plus incertain à commenter. Sans être la propriété exclusive de Gillet, il est clairement classé dans ses papiers personnels. Ses successeurs à la tête de l’Ordre (Suarez et Browne) ne l’ont pas poursuivi. Il faut attendre Fernandez, accueillant une cohorte de Pères de la majorité conciliaire, pour trouver trace d’une nouvelle inscription historique, cherchant peut-être à nuancer le passé. D’autre part, et c’est le plus important, on a visiblement cherché à banaliser la signature de Mussolini en l’encerclant a posteriori. Gillet préfère ajouter des paraphes de femmes du gotha européen sur les deux pages précédentes, dont celle immédiate de gauche. Ces dernières ont de la place et ne se privent pas d’écrire leurs noms et titres en lettres bien plus imposantes que celles du leader fasciste, signant d’ailleurs par contraste de son seul nom. Le maître général entend également ne pas lui réserver la page puisque douze signatures suivent la sienne. Sous son nom, apparaît directement, le 11 novembre 1936, celui du cardinal Verdier, archevêque de Paris, accompagné de ses confrères sulpiciens à Rome, Mgr Hertzog (procureur général de la Compagnie) et de Mgr Fontenelle, lui-même très proche de Mgr Gillet, au point d’être choisi comme confesseur. Cette teinte sulpicienne et française n’est pas autoritaire, de même que celle du P. Raymond-Léopold Bruckberger venant apporter, en novembre 1944, sa caution résistante au maître général contesté pour son maréchalisme. Les signatures révèlent au total une grande diversité. Si la note aristocratique domine (visites du comte de Paris comme du duc de Guise ou d’Alphonse XIII en 1939), elle se colore d’une forte teinte académicienne (Valéry, Tharaud, Gillet, Bellessort)14 ou artistique (Jean Renoir en février 1940), qui ramène le P. Gillet à ses contacts mondains parisiens (la famille Girod de l’Ain pour n’en citer qu’un), contrastant avec l’expression romaine de son administration telle que le montre en tout cas cette photographie martiale avec Mussolini.

  • 15 « Monseigneur Gillet avait la décision ultra-rapide et les mains vigoureuses. Il possédait une man (...)

10Sur celle-ci, a-t-on remarqué le détail ? Les mains puissantes et énergiques, un des traits du maître général15, sont floues. Leur mouvement gêne en effet le photographe tant il fait contraste avec le regard fixe du Duce comme avec les lignes claires et arrêtées des bras levés. Mais ses mains ne traduisent-elles pas autre chose ? Son incapacité par exemple à s’inscrire totalement dans le cadre viril de la photo. Après tout, si ses mains échappent, c’est qu’elles sont destinées à autre chose : la poésie par exemple, ou le livre d’or à ouvrir pour y recueillir les signatures délicates de femmes du grand monde. En tout état de cause, le flou signale une forme d’incertitude graphique qui n’a pu être ni gommée ni corrigée, comme si le détail venait à perturber l’ordonnancement d’ensemble de la scène en contrariant les plans d’avenir et de postérité.

11Cette scène d’octobre 1936 conduit en effet à une inversion. Une forme de logique aurait été qu’elle se poursuive l’année suivante par une réception triomphale du P. Gillet à l’Académie française, portant sa Légion d’honneur comme il le fait au côté de Mussolini, devant un détachement de la garde républicaine. C’est à Georges Grente que revient cet honneur (fig. 2), depuis son élection du 12 novembre 1936, la seule victoire de la droite (académique) en cette période de Front populaire.

12Image

Fig.2 Au son du tambour, Mgr Grente entre à pas feutrés à l’Académie entre ses deux parrains, le cardinal Baudrillart et André Chaumeix.

13Contrairement au cliché romain, la photographie destinée à l’album personnel de l’évêque a été retouchée. Le nouvel académicien, très tendu, grimaçant, ne se laisse pas facilement fixer durant cette occasion solennelle. On le reconnaît d’ailleurs mal. Le photographe corrige au crayon à dessin de petits détails, en particulier ceux concernant le haut du corps (visage et cou). Nous ne sommes pas, comme avec Gillet, à hauteur des mains. Le dessin fixe des traits qui ajoutent à la féminisation, à un certain vieillissement et à la préciosité, près des gardes républicains, à tel point que l’on pourrait presque se demander s’il ne s’agit d’un acte de moquerie de l’entourage, perméable aux clichés de la réputation de Grente, voire des repentirs de l’évêque du Mans lui-même pour corriger la propre image renvoyée de l’événement par son album photographique. N’essaie-t-il pas de se métamorphoser pour se créer un masque de comédien, un masque de composition, au point de ne plus se laisser aisément reconnaître ?

14Cette scène, avant l’entrée dans la lumière de l’hémicycle, tient en effet des coulisses de théâtre, alors même que la scène de Sainte-Sabine semble déjà davantage un espace de représentation. Les deux acteurs religieux, au style si différent, paraissent toutefois interchangeables tant ces scènes de réception en noir et blanc semblent se succéder. Chacun marche dans sa carrière, entre les haies d’honneur, et se trouve caractérisé par le lieu où il se trouve. Le cadre a beau cependant être majestueux, il n’en reste pas moins, dans les deux cas, un couloir.

  • 16 « Mgr Grente sous la Coupole », Le Figaro, 26 novembre 1937, n° 330, p. 2.
  • 17 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 12 août 1935, carnet 23, p. 73.

15Aussi faut-il un ultime détail pour tout différencier. Aux yeux d’un ami du P. Gillet, rédacteur au Figaro, Maurice Noël, qui poursuit de sa verve satirique l’évêque du Mans pour mieux lui faire payer sa victoire académique, celui-ci est tout trouvé, lors de sa réception au Quai Conti : « Qui n’a pas remarqué, car le manteau épiscopal comporte un ruban qui se noue sur la gorge, l’insigne élégance du nœud, dessin parfait de deux ailes, mais sans rigueur, sans rigidité, souple et fin16 ? ». Le rédacteur prend cependant le risque de signer ses charges lourdes et répétées contre Grente du nom de « Girouette ». En juste retour, l’évêque du Mans ne manque jamais une occasion de moquer les ornements arborés en toutes occasions par le maître général : « À Strasbourg, écrit-il, le RP Gillet resplendissait de sa croix légionnaire de diamants17 ».

Un fauteuil pour deux

  • 18 Lettre de Goyau sur les candidatures académiques citée dans Alfred Baudrillart, Les carnets du Car (...)
  • 19 Yvon Tranvouez, « L’aimable France catholique de Monseigneur Grente », dans Dominique Avon, et al. (...)
  • 20 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 8-9 septembre 1933, Souvenirs, carnet 19, p. 111.

16L’origine académique de ce renversement, nœud de cette tension entre Grente et Gillet, remonte à 1933. L’abbé Bremond meurt durant l’été et les rumeurs pour sa succession bruissent de noms d’ecclésiastiques, tant dans l’épiscopat (Mgr Grente, le cardinal Verdier), que dans l’Ordre dominicain (Sertillanges, Janvier, Gillet18). D’autres personnalités (Mgr d’Herbigny, Pierre l’Ermite/abbé Loutil) s’ajoutent encore à la liste décidément bien fournie. Cette abondance de biens est logique. Le fauteuil 36 est ecclésiastique depuis l’élection du cardinal Perraud en 1882. Mais un tel éparpillement signale plus encore une faiblesse. Alors que la droite académique paraît couver, en son sein, un candidat naturel, en la personne de l’évêque du Mans, d’aimable profil provincial19, la presse de la capitale, orientée par les opposants à cette candidature au sein de la Compagnie, brouille les pistes en rendant publics les autres noms évoqués, puis en semblant parier sur la candidature parisienne du cardinal Verdier. Qu’importe si l’intéressé ne fait pas acte de candidature, son nom peut suffire à le faire comparer à son confrère de la Sarthe en mal de notoriété. Alerté par son protecteur, Mgr Baudrillart, et par le nonce Maglione, allié de circonstance pour dégonfler la rumeur publique propulsant Verdier, Mgr Grente obtient de l’archevêque de Paris une promesse initiale d’effacement académique, dans le train qui les mène tous deux au congrès catholique de Vienne en septembre 193320.

  • 21 AGOP, V 312, lettre de Gillet à Fontenelle du 22 novembre 1934.
  • 22 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 21 mars 1935, carnet 23, p. 15.
  • 23 Lettre citée dans ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 16 mars 1935, carnet 23, p. 11.

17C’est le moment que choisit le P. Gillet pour sortir du bois. Cette candidature comble la presse parisienne, soucieuse de trouver une personnalité de remplacement à Verdier. Le dominicain ne perd pas de temps pour mener une campagne directe et active auprès d’académiciens fermement acquis à sa personne (Lecomte, Hermant) ou qui lui sont sympathiques (Valéry, Goyau). L’intensification de sa campagne – un courrier dactylographié tapé et adressé par Mgr Fontenelle, avec l’entête de correspondant romain de La Croix, contenant la bibliographie intégrale du maître de l’Ordre des prêcheurs, adressé à chaque académicien – commence dès l’automne 193421 et trouve son acmé au printemps 1935. Le religieux profite du centenaire des conférences de carême de Lacordaire pour lancer publiquement sa candidature à Notre-Dame à Paris. Dans ses carnets, Georges Grente dénonce le sens de la mise en scène digne des méthodes publicitaires des comédiens que Gillet, aumônier des artistes, fréquente à l’Union catholique du théâtre22. Mgr Baudrillart ne manque pas également de réagir contre le dominicain, qu’il a pourtant eu sous ses ordres à l’Institut catholique. Dans son journal, l’académicien souligne le brio de sa conférence qui, du moins dans sa première partie, le met au niveau de Lacordaire, tout en écrivant ensuite à Mgr Grente que ce dernier reste « hors cadre23 ». C’est sa manière de signifier que le sillage académicien de Lacordaire, premier religieux à entrer au Quai Conti, ne crée pas un droit de succession automatique pour le maître de l’Ordre. La lettre qu’il adresse à Gillet va dans ce sens :

  • 24 Dominicain, professeur à l’Institut catholique, fondateur en 1930 de l’Institut historique de l’Or (...)
  • 25 AGOP, V. 308, correspondances privées (2), lettre du 25 juin 1935.

Vous avez tous les droits du monde de poser votre candidature académique et, si j’ai été gêné pour vous en parler, - pensant même que mon silence devait vous faire peine -, c’est que je suis trop engagé et depuis trop longtemps avec Mgr Grente.
Je n’ai dit que deux choses au RP Théry24 : 1° qu’il me semblait un peu difficile que le supérieur d’un aussi grand Ordre et aussi universel que celui des Frères Prêcheurs s’engageât, tant qu’il est en fonctions, dans une candidature à une académie aussi nationale que l’Académie française ; 2° que M. Abel Hermant ne paraissait pas le parrain désigné pour un religieux et un supérieur d’Ordre25.

  • 26 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 9 octobre 1935, carnet 23, p. 97.
  • 27 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 10 octobre 1935, carnet 23, p. 99.

18Quelques mois après cette conférence, Mgr Grente, de son côté, se garde bien d’acheter la correspondance inédite entre Lacordaire et l’abbé Bernier, qu’un libraire lui propose pour un « bel article26 ». Ce dossier n’a certes pas la valeur de sa correspondance avec Montalembert (ni de son journal), mais le commentaire de lettres, qui témoignent d’une amitié contrariée se dégradant au fil des jours, lui aurait permis de jeter une pierre dans le jardin des dominicains. Concentré sur son objectif académique, l’évêque du Mans ne prend pas le risque d’un affrontement direct avec Gillet. Tant de nervosité, de candidatures déclarées, de rivalités, d’impasses stratégiques n’aident d’ailleurs pas à prendre des initiatives. Le camp catholique se divise, s’égare et se révèle au final bien impuissant. La triple élection académique du 28 mars 1935 l’illustre au plus haut point. Le laïc André Bellessort succède à l’abbé Bremond, le monarchiste Jacques Bainville est élu au fauteuil 34 de Poincaré, Paul Claudel échoue devant Claude Farrère. Devant un tel champ de ruines, Mgr Grente note dans ses carnets que l’élection au fauteuil Bremond lui échappe parce qu’elle ne se situe pas dans un strict champ catholique. C’est exactement le contraire qui advient puisque le secrétaire perpétuel, René Doumic, « [qui] voulait son gendre [Louis Gillet], avait élevé l’objection qu’un fauteuil ne devait pas être réservé à telle classe sociale27 ». Ce nouvel usage de la non spécialisation contraint l’évêque du Mans à écrire sa lettre de candidature en décembre 1935 au fauteuil de l’ambassadeur Jules Cambon, dépourvu de toute référence religieuse.

  • 28 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 8 février 1936, carnet 24, p. 70.
  • 29 Les carnets du Cardinal…, 16 novembre 1934, op.cit., p. 948.
  • 30 Alfred Baudrillart, « Pour élire Maurras, il fallait, dans un premier temps, barrer Claudel » écri (...)
  • 31 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 4 avril 1935, carnet 23, p. 35.
  • 32 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 23 octobre 1935, carnet 23, p. 116.
  • 33 Alfred Baudrillart, Les Carnets du Cardinal Alfred Baudrillart 20 novembre 1935-11 avril 1939, 30 (...)
  • 34 Jugement rapporté par Georges de la Fouchardière. Cité par Christian Gury, Le Cardinal Grente. Des (...)
  • 35 Le manifeste écrit par Henri Massis défend l’invasion de l’Éthiopie par Mussolini. Il est signé pa (...)

19Mgr Grente n’est pas le seul que cette situation embarrasse. Alfred Baudrillart et Georges Goyau qui voient l’élection de Jacques Bainville, l’historien de l’Action française condamnée par Pie XI, lui-même « étranger aux questions religieuses28 », regrettent assurément d’avoir perdu leur temps à envisager des candidatures fantaisistes. En octobre 1934, le recteur de l’Institut catholique écrivait par exemple au sujet de celle du cardinal Verdier : « Il a d’autant plus de chances de réussir, qu’il n’est ni orateur, ni écrivain. Mais il est grand personnage et populaire, et il soigne sa popularité. L’Académie est une drôle d’institution29 ! ». L’échec de Claudel, qui tient de l’affaire30, laisse des traces profondes. Mgr Grente s’en rend directement compte lors de ses visites académiques : « M. Bonnard gémit de l’échec de Claudel. L’attitude de la droite l’étonne : comment n’a-t-elle pas préféré un catholique si net ? Mais M. Bonnard, peu après, me dira que “certainement Claudel aurait voté avec la gauche”31 ». N’est-ce pas décrire également une confusion des lignes plus large ? Lorsqu’il reçoit Grente, François Mauriac parle lui aussi d’« infamie32 » de la droite contre Claudel. Il est bien évident que cette défaite personnelle, issue de sa lutte avec Pierre Benoit, est dans sa tête lorsqu’il reçoit, sans sympathie, l’évêque du Mans. Ce dernier, patronné par la droite académique orientée par le duc de la Force, lui paraît bien insignifiant en comparaison d’une personnalité comme Claudel ou parfaitement futile dans le contexte dramatique du temps. Devant Baudrillart, Mauriac ne le qualifie-t-il pas de « néant33 », une expression qu’il semble reprendre de l’abbé Bremond, sans pitié, en son temps, pour l’évêque arriviste34. Il est vrai qu’en arrivant avec sa compilation de sermons de mariages et d’oraisons funèbres, Rayons de France, titre suranné conseillé par Goyau, Georges Grente ne peut prétendre à mieux pour un Mauriac occupé à lire, pour le réfuter, le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l’Occident et la paix en Europe35, et soucieux de s’inscrire dans les grands débats du temps.

  • 36 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 5 février 1936, carnet 24, p. 58.
  • 37 Georges Grente reçoit le prix Montyon (1905) de l’Académie français pour son Bertaut. Sur le secon (...)
  • 38 La Girouette, « Aux quatre vents. Vers un duel ecclésiastique ? », Le Figaro, samedi 8 février 193 (...)
  • 39 C’est l’occasion de connaître le jugement de Mgr Grente, lui-même bon prédicateur et conférencier, (...)

20Le « néant » peut toutefois se révéler une option crédible. Une nouvelle fenêtre s’ouvre à cet effet. L’Académie française doit trouver un successeur au poète et écrivain Pierre de Nolhac, disparu en janvier 1936 et titulaire du fauteuil 36. Mgr Baudrillart est convaincu depuis 1934 que c’est le fauteuil qui convient à son protégé du Mans. « Il n’y aurait pas pour vous de meilleure succession que celle de ce parfait humaniste. Vous-même en êtes un36 ». Le recteur fait ici référence aux travaux de jeunesse que Georges Grente a consacrés en Sorbonne à deux figures de la Renaissance, Mgr Bertaut et le cardinal Davy du Perron37. Le Figaro, orienté par Abel Hermant, lui réplique que les parfums de la Renaissance humaniste vaudraient d’être recherchés plus directement au sommet de l’Aventin en la personne du P. Gillet38, tout indiqué pour prononcer l’hommage de l’auteur de Souvenirs d’un vieux Romain, ancien membre de l’École française. Quelle est donc la distinction entre les deux ecclésiastiques pour qu’on les nomme à l’identique d’« humanistes » ? Dans la Ville éternelle, le soutien du maître des dominicains est à rechercher sous les fresques néo-pompéienne du palais Taverna. L’ambassadeur de France près le Saint-Siège, François Charles-Roux, conforté par son épouse, en relation constante avec le dominicain, a été insistant pendant la visite que Pierre Laval, alors ministre des Affaires étrangères, effectue à Rome, en janvier 1935 pour lui obtenir « sa rosette ». Grente, qui n’est même pas encore chevalier de la Légion d’honneur, regarde d’ailleurs avec envie le rang d’officier sur la poitrine du religieux, lorsque les deux hommes se croisent à Strasbourg pendant le Congrès eucharistique national de l’été 1935. Se souvient-il qu’en 1932, lors du congrès eucharistique international de Dublin (les deux hommes sont des habitués de ces rendez-vous39), il avait écrit : « J’aborde ce personnage. Quel air important ! Toute la majesté de l’Ordre si humble ! ».

  • 40 AGOP, V. 308, lettre du 14 février 1936.
  • 41 Il se félicite que ses propos aient été repris par L’Action française et n’aient pas été mentionné (...)
  • 42 Frédéric Le Moigne, Les évêques français de Verdun à Vatican II. Une génération en mal d’héroïsme, (...)
  • 43 « Il m’écrit qu’il a lu avec grand plaisir les extraits de mon discours publiés dans les journaux (...)

21De plus près, la lecture de la compétition académique entre Gillet et Grente s’avère aussi confuse que complexe. En témoigne la lettre que la belle-fille de Pierre de Nolhac, Lucie, une ancienne dirigée du dominicain, écrit au maître général en février 1936. Pour celle-ci, pas de doute le siège de son beau-père lui revient de « droit ». Humanisme distingué, goût du classique, clarté d’esprit s’ajoutent à sa fonction dans l’Ordre et lui donnent un autre « prestige » que celui de l’obscur évêque diocésain. S’ajoute encore une dimension familiale : le frère de son mari, Henri de Nolhac, « que [le P. Gillet connaît] par les Semaines sociales semble être l’ami de Mgr Grente, comme démocrate naturellement. Il est carrément socialiste, ajoute-t-elle40 ». La lecture politique que donne Lucie de Nolhac est intéressante car il s’agit d’une inversion. Grente n’est évidemment pas plus socialiste que démocrate-populaire. C’est même tout le contraire ! Son unique participation aux Semaines sociales a lieu à Angers durant l’été 1935. Alors qu’il est invité à prononcer un discours sur la « paix internationale », il choisit de traiter la « patrie » en prenant bien soin de placer des phrases senties pour la presse41. Ce basculement est significatif. L’évêque entend se distinguer du discours pacifiste tenu dans cette institution des Semaines par l’épiscopat social remodelé par Pie XI42. Surtout en étant aussi « national », Grente s’adresse moins à l’Église que directement à la droite académique (Franchet d’Esperey, Weygand, Pétain pour ne citer que les militaires), ce que ne manque pas de relever Mgr Baudrillart pour l’en féliciter43.

  • 44 Alfred Baudrillart, Les carnets…, 8 septembre 1934, op.cit., p. 583.
  • 45 M.S. Gillet, Paul Valéry et la métaphysique, Avec une lettre-préface de Paul Valéry de l’Académie (...)

22La position du P. Gillet est loin d’être aussi claire. Pour contrer Grente, et en raison de ses soutiens, le dominicain se présente comme candidat de la gauche académique. Cela veut dire dans son cas qu’il a la contrainte d’apparaître comme « centriste », une position qui n’est jamais simple dans la course académique, et plus encore pour lui. Parfois qualifié de personnalité « œcuménique44 », aumônier des artistes, habitué des Semaines sociales, il semble pouvoir être en capacité de maintenir la tradition dans le champ le plus contemporain du dialogue avec le monde. L’ouvrage, qui reprend un écrit de 1927, est également stratégique puisqu’il lance sa campagne académique en se consacrant à une lecture métaphysique de Paul Valéry45. N’est-ce pas la meilleure occasion de démontrer que le néo-thomisme peut se confronter à la pensée la plus plébiscitée par les Modernes ?

  • 46 AGOP, V. 308, correspondances privées (2), lettre du 24 décembre 1935 du cardinal Pacelli à Gillet
  • 47 AGOP, V. 308, lettre du 24 décembre 1935 de René Benjamin.
  • 48 AGOP, V. 308, lettre du 22 décembre 1935 de Paul Bourget, peu de jours avant son décès.
  • 49 AGOP, V. 308, lettre à Gillet du 6 décembre 1935.
  • 50 Selon Jacques Chardonne, cité dans Ginette Guitard-Auviste, Chardonne, Paris, Olivier Orban, 1984, (...)

23La correspondance que le dominicain reçoit à ce sujet est intéressante. Les réactions les plus attendues y voient la belle leçon du maître, perpétuant l’apologétique du Docteur Angélique46 « à un pauvre à la porte d’une cathédrale47 », ou à « ce diable d’homme qui fait parfois songer à Pascal et l’instant d’après à Fantasio48 ». Mais, au fond, qui lit en profondeur son ouvrage ? Ce n’est pas Pétain en tout cas, qui avoue : « Faute de vocabulaire technique et d’entraînement aux discussions métaphysiques, je ne puis que jeter un regard d’admiration sur ces hautes envolées philosophiques49 ». Au fond c’est comme si son ambition portait Gillet sur des cimes trop hautes, ou trop romaines, pour le commun des immortels. Plus au ras du sol, les Rayons de France de Grente sont plus parlants que l’essai métaphysique, peut-être brillant mais trop obscur ou éloigné de l’esprit de vulgarisation qui, à travers le style, reste la marque la plus indiquée aux candidats pour entrer à l’Académie. Le dialogue se retourne contre le dominicain et l’on se rend compte que Valéry lui-même, « le plus humain des hommes dans l’intimité50 », semble préférer la conversation bonhomme, lors des visites de Grente, plutôt que de disserter savamment avec Gillet.

  • 51 Visite à Gillet évoquée dans une lettre de Georges Lecomte adressée au dominicain. AGOP, V. 308, l (...)
  • 52 Georges Duhamel, Le livre de l’amertume, 13 juillet 1936, Paris, Mercure de France, 1983, p. 227.
  • 53 Alfred Baudrillart, Les Carnets… 23 octobre 1935, op.cit., p. 1194.

24Dans la conjoncture politisée de 1936, Mauriac songe, un temps, à parier sur Gillet51. Il n’éprouve pourtant nulle admiration pour l’homme, qu’il juge dévoré par l’ambition. Mais le maître général peut être utile en servant de « paratonnerre » de circonstance dans la défense de la revue dominicaine Sept, suspectée par le Saint-Office. Mis dans la confidence, Georges Duhamel, élu de la gauche académique en novembre 1935, jauge cependant très vite le personnage : « Je me promène au jardin avec le malheureux père Gillet qui essaye de m’expliquer qu’il est un homme de gauche. En tous les cas, ce n’est pas un caractère52 ». Cet opportunisme se révèle donc un piège qui a davantage le don d’énerver Mgr Baudrillart53. Ce n’est pas le caractère affirmé ou viril qu’on prête habituellement à l’administrateur Martin Stanislas Gillet, et qui aurait été plus naturel dans son milieu de la droite académique. Malheureusement pour lui, Grente occupe déjà la place.

  • 54 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 26 novembre 1935, carnet 25, p. 140.

25Le déplacement des forces joue en la faveur de ce dernier. Plusieurs des académiciens qui devraient naturellement être portés à soutenir uniquement Gillet (Valéry après son ouvrage, Goyau) sont en excellentes relations avec Mgr Grente. Ils sont d’ailleurs liés aux parrains de l’évêque du Mans (Goyau agit avec Mgr Baudrillart ; Pétain avec André Chaumeix ; Gabriel Hanotaux avec le duc de la Force). L’urbanité de Grente, jamais prise en défaut tant dans ses nombreuses visites que dans son abondante correspondance, convainc les académiciens que la sociabilité de la Compagnie gagnerait à intégrer cette mondanité ecclésiastique. Elle tranche d’ailleurs avec un certain autoritarisme de Gillet, reflet de la nervosité de ses soutiens, qui l’amène à discréditer systématiquement son concurrent. Les académiciens n’en sont pas dupes. Le maréchal Franchet d’Espèrey confie à Grente : « Je n’ai pas encore vu, à l’Académie, autant d’hostilité chez tel ou tel, contre un candidat, que chez les patrons du P. Gillet contre vous54 ». Les manières de l’Académie sont plus feutrées et les hostilités, souvent profondes, plus souterraines. La campagne diffamatoire que le Figaro mène contre l’évêque du Mans est ainsi son meilleur argument aux yeux de Chaumeix, à la tête de la Revue des deux mondes, en guerre lui-même contre le quotidien qui l’employait précédemment.

  • 55 AGOP, V. 308, lettre du 3 février 1936.

26L’appui de Chaumeix, l’investissement de Baudrillart, le dévouement du duc de la Force comptent davantage que la stratégie réactive de Georges Lecomte ou d’Abel Hermant. Ces derniers semblent trop compter sur le faux pas de Grente. Dans quelle mesure n’en sont-ils pas confortés par Gillet, trop convaincu du manque de valeur de son adversaire ? Dans la correspondance avec le dominicain, Georges Lecomte prêche un convaincu, lorsqu’il lui écrit ainsi : « Les amis [de Mgr] du Mans, sentant qu’il n’a aucune chance – mais il n’en a nulle part ! – là où il a manifesté de s’asseoir, lui conseillent de glisser à l’endroit libre55 ». L’esprit de supériorité entraîne par ricochet à sous-estimer le rival. Dans quelle mesure le P. Gillet n’a-t-il pas ralenti sa campagne pour se contenter d’attendre la défaite de Grente et de récolter ensuite les lauriers.

  • 56 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 3 novembre 1936, carnet 25, p. 119.

27La victoire de Grente ou la défaite de Gillet peut encore être commentée. Il paraît évident que le premier acteur montre une envie, et donc une patience, plus forte que le second. Quelques jours avant son élection, il craint par exemple que l’« échec amoindrirait [son] ministère devant [ses] diocésains56 ». Cette pensée doit se lire à la lumière de nombreuses désillusions subies par l’évêque, dont la carrière patine sous Pie XI. Sans compter les affaires, les échecs du passé pour les postes dans l’enseignement supérieur, plusieurs archevêchés (Tours, Rennes en 1931, Lyon encore au moment de l’élection) lui sont barrés, essentiellement par le nonce Maglione qui a l’écoute du pape. On comprend qu’il aille chercher en dehors de l’Église et sur le terrain des lettres une sortie honorable.

  • 57 AGOP, V 300, pro memoria des audiences pontificales du RP Gillet avec Pie XI [en cours d’édition p (...)
  • 58 Ce dernier confie à Robert Jacquin l’ironie de ce remplacement. Lire « Histoire d’une plaque », Re (...)
  • 59 C’est la position du Provincial de France, Jourdain Padé. Voir aussi le jugement du cardinal Baudr (...)

28La fonction du P. Gillet le préserve de tels doutes et l’on peut penser que Pie XI lui-même n’attend pas particulièrement une élection du maître général au sein d’une académie nationale. Son absence pour l’inauguration de la plaque de Manzoni à l’église Saint-Roch en 1937 témoigne des réticences pontificales57 et de son indifférence à voir le discours finalement tenu par l’académicien Grente58. Dans l’Ordre dominicain lui-même, on voit d’ailleurs cette ambition académique du P. Gillet comme une rêverie personnelle peu en phase avec les devoirs d’état du maître général59. Que l’intéressé s’en soit senti libéré, comme d’ailleurs l’évêque du Mans, ne laisse pas d’interroger sur sa faculté à vouloir s’extraire de son devoir d’état pourtant bien lourd pour aspirer à une respiration parisienne. Mgr Grente est cependant plus libre d’ajouter l’occupation du jeudi à sa charge.

  • 60 C’est le vœu d’Abel Hermant rapporté par Grente dans Souvenirs, 29 novembre 1935, carnet 23, p. 15 (...)
  • 61 Lire du pamphlétaire Luc-Vérus, en pointe contre la ligne de Pie XI : Le « Cardinal » Gillet. La p (...)
  • 62 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 13 novembre 1936, carnet 25, p. 124.

29Gillet a beau être en colère, se remettre difficilement de son insuccès académique, son rang, sa reconnaissance, sa fonction occupent assez son esprit pour servir de dérivatif ou de consolation. Après tout, il peut bien se satisfaire d’autres honneurs. Il est notable que ses amis lui promettent, en guise de réconfort, un fauteuil plus prestigieux, celui de Bergson en particulier60. Ses ennemis, au contraire, évoquent ses ambitions au cardinalat61. Par contraste, Baudrillart félicite Grente d’accepter de devenir le « sous-aumônier de l’Académie62 », une position que ce dernier accepte sans broncher. Il n’est pas sûr que le maître général des dominicains aurait admis cette fonction de second rang, l’effaçant derrière le recteur.

  • 63 Julien Green, Toute ma vie. Journal intégral 1946-1950, 24 octobre 1948, Guillaume Fau, Carole Aur (...)
  • 64 À commencer par le terrain des surnoms : « La belle au bois d’Hermant » côtoie « Miss Georgette Pé (...)
  • 65 Son conseil, consigné dans ses notes par Mgr Grente, est le suivant : « Être sur ses gardes pendan (...)
  • 66 Abel Bonnard est du premier groupe : « Lui, il n’habite pas un appartement modeste, comme certains (...)

30La société des gens de lettres, à laquelle les deux acteurs appartiennent et qui finit par élire Georges Grente, a ses propres codes. Après avoir soutenu la candidature Gillet, Abel Hermant s’engage surtout dans l’élection de Jacques de Lacretelle, auquel le lie, derrière le paravent de respectabilité du couple bourgeois, une complicité homophile63. Mgr Grente n’étouffe pas, bien au contraire, dans un tel milieu64 et, s’il est averti par Chaumeix qu’une visite académique à Hermant pourrait lui nuire65, il garde ses préventions pour lui et sort avec habileté de cet exercice imposé en se rendant à deux pas du couvent des dominicains, faubourg Saint-Honoré. Ces visites qui l’amènent à croiser le décor intime, parisien ou banlieusard d’académiciens en costume ou robe de chambre66 n’entrave pas, bien au contraire, le pli toujours impeccable de sa belle soutane provinciale promenée partout.

  • 67 Cité dans Alfred Baudrillart, Les Carnets du cardinal…, 12 juin 1934, op.cit., p. 809.
  • 68 « Gillet, confie Baudrillart à Grente, a une couronne de ferventes admiratrices qui sonnent les cl (...)
  • 69 Allusion aux relents de la crise d’Action française, dans le diocèse du Mans, comme en témoigne ce (...)
  • 70 « Elle [Mme de Fels] me conte de singulières choses sur la façon autoritaire et vraiment peu discr (...)
  • 71 Allusion à la relique de la chair de sainte Thérèse que mère Agnès de Lisieux remet à Georges Gren (...)

31Au salon, comme dans les meublés d’académiciens, l’évêque garde toujours un œil sur les épouses. Celles-ci lui en savent gré. Ainsi, sa compatriote de la Manche, Madame Jacques Bainville, lui rend-elle la politesse après la mort de son mari. Alors que l’on jase souvent sur l’évêque efféminé, elle souligne, sur le ton de la découverte, dans une confidence faite au cardinal Baudrillart, qu’il « est très bel homme67 ». Madame Valéry, la duchesse de la Force, jouent également un rôle non négligeable dans son élection. Et l’on remarque que, sur ce terrain de prédilection du P. Gillet68, il fait jeu égal. Les ennemies existent bien sûr, on l’a vu avec Lucie de Nolhac, mais elles se révèlent de peu de poids et finalement trop provinciales69. Par équilibre, il en existe d’ailleurs pour médire sur Gillet70. Le Normand Georges Grente a de toute façon placé définitivement son élection sous protection féminine, avec Thérèse de Lisieux et sa sœur, mère Agnès, prieure à vie du carmel et figure d’influence sur Pie XI. C’est l’intelligence même, tant le vent souffle alors dans le sens de Lisieux, tant à Rome qu’à Paris. Au fond, ce que Gillet dévoile avec Mussolini, Grente le cache avec une médaille de sainte Thérèse portée autour du cou lors de sa réception. Seul un journal ou un album intime retouché le dévoile. C’est ce qui manque au fond au maître général des dominicains trop découvert, exposé et prévisible dans sa marche romaine. En somme, un peu de sang normand lui aurait été certainement bénéfique pour emporter le morceau académique71.

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Notes

1 Je remercie chaleureusement l’Archiviste général de l’Ordre dominicain, Augustin Laffay, qui a ses attaches à Lyon, pour son accueil romain à Sainte-Sabine.

2 Archives diocésaines du Mans [désormais ADM], fonds Grente, 1D21 (72), « Souvenirs », 2-5septembre 1951, carnet 68, p. 117. La source est en cours d’édition aux Presses Universitaires de Rennes.

3 ADM 1D21 (72), « Souvenirs », 11-29 juillet 1951, carnet 68, p. 75.

4 Sur le pétainisme de Gillet, suivre les travaux d’Étienne Fouilloux, notamment « Des théologiens “officiels et mandatés” dans la France de Vichy ? », Revue d’histoire ecclésiastique, 102 (2), 2007, p. 485-486.

5 Mgr Grente, Oraison funèbre de l’éminentissime cardinal Baudrillart prononcée à Notre-Dame de Paris, le 25 novembre 1942, Paris, La Bonne Presse, 1943.

6 Archives générales des Assomptionnistes (Rome), J 520, journal Merklen, 27 février 1942, p. 22. L’hostilité envers Gillet est d’ailleurs l’un des rares points de convergence entre le rédacteur de La Croix et l’évêque du Mans. Le P. Merklen évoque une carte postale du dominicain adressée au recteur, lui assurant le soutien du Vatican, et diffusée par le chanoine Tricot. Il interprète cela comme un gage de succession à l’Académie, avec les soutiens des amis collaborateurs du cardinal Baudrillart.

7 Il soupçonne, à l’époque, son ami, Mgr Marmottin, archevêque de Reims, de vouloir y prétendre, mais c’est bien au dominicain qu’il pense en écrivant dans ses carnets : « L’archevêque de Reims n’est connu de mes confrères que par Louis Madelin, et il n’a pas de chances d’être élu actuellement. Le P. Gillet l’emporterait sur lui plus aisément encore que Mgr Duchesne sur le cardinal de Cabrières. » ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 29 juin 1942, carnet 42, p. 51.

8 Élection au premier tour par 18 voix contre 8 à Jean-Louis Vaudoyer et 5 bulletins blancs. Lire Frédéric Gugelot, « Mgr Grente panégyriste. Une histoire nationale sainte », dans Dominique Avon, Frédéric Le Moigne, Stéphane Tison et Brigitte Waché (dir.), Le cardinal Grente 1872-1959. Homme de lettres et prince de l’Église, Rennes, PUR, 2021, p. 28.

9 Archives générales de l’Ordre des prêcheurs (AGOP), fonds Gillet, V 312.

10 ADM, 1 D 21 (315, 316). Nulle trace toutefois au Mans de livre d’or à l’évêché, situé dans l’édifice Renaissance du Grabatoire face à la cathédrale Saint-Julien.

11 Rappelons que c’est ce dignitaire fasciste qui souhaitait proscrire la poignée de mains aux Italiens pour la remplacer par un signe proprement « romain ».

12 Il y attendait le pape. C’est le secrétaire d’État, Eugenio Pacelli, qui s’y rend au final. Détails signalés à l’auteur par Augustin Laffay.

13 Les carnets de Grente rapportent à ce sujet un entretien romain à propos du déménagement du collège angélique, contemporain de la restauration de Sainte Sabine et autre grande affaire du maître général : « Mgr Gillet nous retrace les difficultés, internes et externes, qu’il a dû surmonter pour obtenir de Mussolini – avec lequel, nous dit-il, il est resté jusqu’à la fin en excellents termes. Le déclare-t-il à tout le monde ? – les autorisations nécessaires, et pour contraindre ses religieux récalcitrants à quitter l’Angélique, qu’ils jugeaient confortable pour la nouvelle (en fait, l’Ancienne récupérée). » ADM, 1D21 (72), « Souvenirs », 27 novembre 1947, carnet 58, p. 46-47.

14 Grente est logiquement absent.

15 « Monseigneur Gillet avait la décision ultra-rapide et les mains vigoureuses. Il possédait une manière spontanée de remuer les idées comme de secouer les hommes », écrit un portrait canadien. Lire Jacques Boileau, « Son Exc. Mgr Gillet O.P., Revue dominicaine, décembre 1951, vol. LVII, Tome II, p. 304.

16 « Mgr Grente sous la Coupole », Le Figaro, 26 novembre 1937, n° 330, p. 2.

17 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 12 août 1935, carnet 23, p. 73.

18 Lettre de Goyau sur les candidatures académiques citée dans Alfred Baudrillart, Les carnets du Cardinal Alfred Baudrillart 13 février 1932 – 19 novembre 1935, 29 août 1933, Paul Christophe (éd.), Paris, Cerf, 2003, p. 574.

19 Yvon Tranvouez, « L’aimable France catholique de Monseigneur Grente », dans Dominique Avon, et al.(dir.), Le cardinal Grente 1872-1959…, op.cit, p. 111-132.

20 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 8-9 septembre 1933, Souvenirs, carnet 19, p. 111.

21 AGOP, V 312, lettre de Gillet à Fontenelle du 22 novembre 1934.

22 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 21 mars 1935, carnet 23, p. 15.

23 Lettre citée dans ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 16 mars 1935, carnet 23, p. 11.

24 Dominicain, professeur à l’Institut catholique, fondateur en 1930 de l’Institut historique de l’Ordre des Prêcheurs à Sainte-Sabine.

25 AGOP, V. 308, correspondances privées (2), lettre du 25 juin 1935.

26 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 9 octobre 1935, carnet 23, p. 97.

27 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 10 octobre 1935, carnet 23, p. 99.

28 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 8 février 1936, carnet 24, p. 70.

29 Les carnets du Cardinal…, 16 novembre 1934, op.cit., p. 948.

30 Alfred Baudrillart, « Pour élire Maurras, il fallait, dans un premier temps, barrer Claudel » écrit justement Gilles Cornec. Il poursuit : « Voter contre l’un en 1935, c’était déjà voter pour l’autre. » Lire Gilles Cornec, L’affaire Claudel, Paris, Gallimard, 1993, p. 39.

31 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 4 avril 1935, carnet 23, p. 35.

32 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 23 octobre 1935, carnet 23, p. 116.

33 Alfred Baudrillart, Les Carnets du Cardinal Alfred Baudrillart 20 novembre 1935-11 avril 1939, 30 juin 1936, 2 juillet 1936, P. Christophe (éd.), Paris, Cerf, 1996, p. 246

34 Jugement rapporté par Georges de la Fouchardière. Cité par Christian Gury, Le Cardinal Grente. Des maisons closes à l’Académie française, Paris. Éditions Kimé, 1995, p. 85.

35 Le manifeste écrit par Henri Massis défend l’invasion de l’Éthiopie par Mussolini. Il est signé par plusieurs soutiens de Grente issus de la droite académique (dont Baudrillart). Mauriac, quant à lui, signe avec Mounier et Maritain un « manifeste d’intellectuels catholiques pour la justice et la paix », qui reçoit le soutien de L’Aube et de Sept. Grente relève qu’il ne lui a pas été adressé, contrairement à d’autres évêques : » Mon nom, écrit-il, ne s’unira certainement pas à ceux des protestataires. » ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 19 octobre 1935, carnet 23, p. 105-106. Durant l’entretien évoqué du 23 octobre 1935 avec Mauriac, Mgr Grente élude le manifeste et attribue au romancier une alliance de circonstance avec de jeunes dominicains.

36 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 5 février 1936, carnet 24, p. 58.

37 Georges Grente reçoit le prix Montyon (1905) de l’Académie français pour son Bertaut. Sur le second personnage, lire un travail récent : Mark Greengrass, Lana Martysheva (dir.), Jacques Davy du Perron (1556-1618). Figures oubliées d’un passeur de son temps, Rennes, PUR, 2023.

38 La Girouette, « Aux quatre vents. Vers un duel ecclésiastique ? », Le Figaro, samedi 8 février 1936, p. 7.

39 C’est l’occasion de connaître le jugement de Mgr Grente, lui-même bon prédicateur et conférencier, sur l’art oratoire du dominicain : » Sa conférence fut bonne, après quelque prélude banal ». Il lui reproche cependant d’avoir coupé sans ménagement la parole à l’évêque d’Ajaccio, Mgr Rodié, dans une salle qui lui était entièrement acquise, dans le but d’obtenir des applaudissements. Lire ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 23 juin 1932, carnet 17, p. 21.

40 AGOP, V. 308, lettre du 14 février 1936.

41 Il se félicite que ses propos aient été repris par L’Action française et n’aient pas été mentionnés par L’Aube et La Vie catholique. Par prudence, il fait viser son discours par le nonce Maglione et par le secrétaire d’État Eugenio Pacelli. ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 15 août 1935, carnet 23, p. 74-75.

42 Frédéric Le Moigne, Les évêques français de Verdun à Vatican II. Une génération en mal d’héroïsme, Rennes, PUR, 2005.

43 « Il m’écrit qu’il a lu avec grand plaisir les extraits de mon discours publiés dans les journaux et que ce sera excellent pour moi à l’Académie. » ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 17 août 1935, carnet 23, p. 75.

44 Alfred Baudrillart, Les carnets…, 8 septembre 1934, op.cit., p. 583.

45 M.S. Gillet, Paul Valéry et la métaphysique, Avec une lettre-préface de Paul Valéry de l’Académie française, Paris, Flammarion, 1935. Baudrillart écrit à ce sujet : « Le P. Gillet continue son bluff étourdissant par un livre sur Paul Valéry ; il ne lui manque plus que d’en faire un sur Hermant ». Les carnets…, 16 novembre 1935, op. cit., p. 1213-1214.

46 AGOP, V. 308, correspondances privées (2), lettre du 24 décembre 1935 du cardinal Pacelli à Gillet.

47 AGOP, V. 308, lettre du 24 décembre 1935 de René Benjamin.

48 AGOP, V. 308, lettre du 22 décembre 1935 de Paul Bourget, peu de jours avant son décès.

49 AGOP, V. 308, lettre à Gillet du 6 décembre 1935.

50 Selon Jacques Chardonne, cité dans Ginette Guitard-Auviste, Chardonne, Paris, Olivier Orban, 1984, p. 192

51 Visite à Gillet évoquée dans une lettre de Georges Lecomte adressée au dominicain. AGOP, V. 308, lettre du 1er février 1936.

52 Georges Duhamel, Le livre de l’amertume, 13 juillet 1936, Paris, Mercure de France, 1983, p. 227.

53 Alfred Baudrillart, Les Carnets… 23 octobre 1935, op.cit., p. 1194.

54 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 26 novembre 1935, carnet 25, p. 140.

55 AGOP, V. 308, lettre du 3 février 1936.

56 ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 3 novembre 1936, carnet 25, p. 119.

57 AGOP, V 300, pro memoria des audiences pontificales du RP Gillet avec Pie XI [en cours d’édition par Augustin. Laffay], 18 juin 1937.

58 Ce dernier confie à Robert Jacquin l’ironie de ce remplacement. Lire « Histoire d’une plaque », Revue des Deux Mondes, 1er septembre 1966, p. 136.

59 C’est la position du Provincial de France, Jourdain Padé. Voir aussi le jugement du cardinal Baudrillart : « On annonce pour demain l’arrivée à Paris, pour surveiller l’élection académique, du RP Gillet. Ses frères en sont quelque peu honteux. Il est certain que ni lui, ni Mgr Grente ne donnent une haute idée de leur vertu, ni de leur désintéressement : quelle vanité, quelle passion ! ». Cité dans Les Carnets du Cardinal Alfred Baudrillart…, 30 juin 1936, op.cit., p. 244.

60 C’est le vœu d’Abel Hermant rapporté par Grente dans Souvenirs, 29 novembre 1935, carnet 23, p. 155.

61 Lire du pamphlétaire Luc-Vérus, en pointe contre la ligne de Pie XI : Le « Cardinal » Gillet. La pourpre romaine servira-t-elle désormais de prime à l’antipatriotisme ? Vérités 48, Paris, E. Silvin, 1936. La brochure à charge, à laquelle succède un retirage, n’évoque pas l’Académie française mais la protection supposée du maître de l’Ordre pour Sept. Sur ce point, lire Magali Della Sudda, « La suppression de l'hebdomadaire dominicain Sept. Immixtion du Vatican dans les affaires françaises (1936-1937) ? », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2009/4 (n° 104), p. 29-44. Gillet reçoit à cette occasion le soutien de l’académicien Émile Mâle, directeur de l’École française de Rome. AGOP, V. 308, correspondances privées (2), lettre du 30 mai 1936.

62 ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 13 novembre 1936, carnet 25, p. 124.

63 Julien Green, Toute ma vie. Journal intégral 1946-1950, 24 octobre 1948, Guillaume Fau, Carole Auroy, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond, (éd.), Paris, Robert Laffont, 2021, p. 591.

64 À commencer par le terrain des surnoms : « La belle au bois d’Hermant » côtoie « Miss Georgette Pétensoie », sans que les deux hommes s’estiment pour autant.

65 Son conseil, consigné dans ses notes par Mgr Grente, est le suivant : « Être sur ses gardes pendant la visite qui ne servira qu’à lui donner des flèches contre moi ». Lire ADM, 1D21 (71), « Souvenirs », 9 octobre 1935, carnet 23, p. 96.

66 Abel Bonnard est du premier groupe : « Lui, il n’habite pas un appartement modeste, comme certains de ses confrères : il a pignon sur deux rues, dont l’avenue Mozart, et il a des salons importants. C’est lui qui vient m’ouvrir. Bien habillé, soigné, il a un autre aspect que le père Doumic ». Cité dans ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 4 avril 1935, carnet 23, p. 35.

67 Cité dans Alfred Baudrillart, Les Carnets du cardinal…, 12 juin 1934, op.cit., p. 809.

68 « Gillet, confie Baudrillart à Grente, a une couronne de ferventes admiratrices qui sonnent les cloches pour lui ». ADM 1D21 (71), « Souvenirs », 3 avril 1935, carnet 23, p. 31.

69 Allusion aux relents de la crise d’Action française, dans le diocèse du Mans, comme en témoigne cet extrait des carnets de l’évêque : « Le duc de la Force, lui, m’écrit que la marquise de Luart travaille à empêcher Abel Bonnard de voter pour moi, et qu’il le sent ébranlé ». Souvenirs, 13 avril 1936, carnet 24, p. 155.

70 « Elle [Mme de Fels] me conte de singulières choses sur la façon autoritaire et vraiment peu discrète dont beaucoup de Dominicains (notamment le P. Gillet, et même le père Janvier) entendent la direction des femmes. » Alfred Baudrillart, Les Carnets du cardinal…, 28 août 1935, p. 1151. À l’inverse, citons parmi les soutiens mondains du dominicain : Alix Girod de l’Ain, Mme de Breteuil, la comtesse de Bréhague, ou dans les milieux artistiques, Hedwige Louis-Chevrillon.

71 Allusion à la relique de la chair de sainte Thérèse que mère Agnès de Lisieux remet à Georges Grente pour qu’il triomphe de ses visites académiques.

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Pour citer cet article

Référence papier

Frédéric Le Moigne, « Frères ennemis. Gillet et Grente en compagnie (1933-1951) »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 191-209.

Référence électronique

Frédéric Le Moigne, « Frères ennemis. Gillet et Grente en compagnie (1933-1951) »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10434 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10434

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Auteur

Frédéric Le Moigne

Université de Bretagne Occidentale
Centre de recherche bretonne et celtique

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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