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La controverse à la portée de tous ?

La controverse en vallées vaudoises : débats savants ou lutte antiprotestante ?

The controversy in the Waldensian valleys: scholarly debate or anti-Protestant struggle?
Yves Krumenacker
p. 143-161

Résumés

Si les controverses dans les vallées vaudoises sont très nombreuses, elles ont laissé peu de traces : elles n’ont qu’assez rarement donné lieu à la publication de comptes rendus et beaucoup semblent plus proches des empoignades que des débats savants. C’est donc une autre image des controverses que nous offre cette région généralement peu étudiée dans ses liens avec le royaume de France. Si elles ont peu d’intérêt théologique, ces controverses sont comme des armes légères parmi d’autres d’une guerre civile qui ne s’est pas vraiment arrêtée tout au long du XVIIe siècle et qui sont donc occultées par des mécanismes de coercition plus efficaces. Si les protestants français jouissent d’une certaine sécurité pendant les deux premiers tiers du XVIIe siècle grâce à l’édit de Nantes qui peut favoriser la tenue de controverses encadrées, ceux du Piémont subissent plusieurs décrets d’expulsion, de terribles massacres ont lieu en 1655 et en 1686, le protestantisme est interdit en Savoie, comme il l’est en France depuis l’édit de Fontainebleau. Dans ce contexte de guerre, de volonté de supprimer le culte réformé dès que l’opportunité se présente, les disputes s’apparentent la plupart du temps non à de vrais débats, mais à des agressions et des provocations, ce qui peut expliquer que les ministres protestants hésitent à répondre, et encore plus à publier leurs réponses, sauf s’ils estiment qu’ils doivent riposter à des calomnies ou à des bulletins mensongers de victoires catholiques. S’ils sont quelques-uns à écrire des livres contre les catholiques, ce n’est qu’assez rarement et dans le cadre de controverses en bonne et due forme. Ces cas s’accompagnent d’autres pratiques d’écriture destinées, elles aussi à conforter les vaudois dans l’assurance qu’ils représentent la vraie Église. C’est ainsi qu’un grand nombre d’histoires des vaudois sont publiées qui, toutes, montrent leur origine apostolique et le maintien d’un christianisme pur dans les vallées : outre celles de Perrin, Gilles et Léger, abondamment utilisées dans cet article, il faut ajouter l’Histoire de la glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées d’Henri Arnaud (1710), ainsi que plusieurs écrits anonymes portant sur des épisodes précis, généralement des massacres.

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Texte intégral

Carte des localités où ont eu lieu des controverses

1Image

  • 1 Euan Cameron, The Reformation of the Heretics. The Waldenses of the Alps, 1480-1580, Oxford, Clare (...)
  • 2 Yves Krumenacker, « Les Églises réformées entre Savoie et France (xvie-xviiie siècles) », dans Mar (...)

2Il peut paraître incongru de traiter des controverses dans les vallées vaudoises à l’intérieur d’un dossier portant sur la France. Pourtant, bien des raisons nous portent à le faire. Les premières sont géographiques, politiques et linguistiques. Les vallées dont il est question se trouvent dans le Piémont : le val de Suse, à l’ouest de Turin, traversé par la Doire Ripaire ; la vallée de Pérouse, prolongée par la vallée de Pragela (ou val Chisone), entre Pignerol et le Montgenèvre ; le val Germanasca, ou vallée de Saint-Martin, un peu plus au sud ; la vallée de Luserne, qui se subdivise en val d’Angrogne et val Pellice, entre val Chisone et vallée du Pô. Sur le plan ecclésiastique catholique, ces vallées dépendent du diocèse de Turin, avant la création de l’évêché de Pignerol en 1748 et de celui de Suse en 1772. Politiquement, toute la région appartenait au comté de Savoie jusqu’en 1349, date à laquelle le Dauphiné, auquel appartiennent la vallée de Pragela et la haute vallée de Suse, en amont d’Exilles, est rattaché à la France. En 1536, le reste du duché de Savoie est envahi par les troupes françaises et reste possession française jusqu’en 1559, à l’exception de quelques villes jusqu’en 1562, ainsi que de Pignerol et de la vallée de Pérouse jusqu’en 1574 ; mais les vallées sont sous la juridiction du parlement de Turin, créé par le roi de France en 1539, et non sous celui de Grenoble. En 1631, avec le traité de Cherasco, Pignerol et la vallée de Pérouse sont à nouveau sous domination française et le restent jusqu’au traité d’Utrecht de 1713. Linguistiquement enfin, beaucoup des pasteurs vaudois ont été formés à Genève et parlent français, ce qui explique que la plupart de ces textes de controverse sont dans cette langue. L’organisation ecclésiastique réformée confirme qu’on est bien dans une région spécifique, entre France et Savoie. Les vaudois, descendants des vaudois du Moyen Âge mais progressivement ralliés à la Réforme calviniste à partir de 1532, sont en effet nombreux dans ces vallées et même majoritaires dans de nombreux villages1. Ils disposent de synodes propres aux vallées tout en envoyant des délégués aux synodes provinciaux du Dauphiné, jusqu’à ce qu’un édit du duc de Savoie du 5 février 1596 interdise à ses sujets d’avoir des relations avec l’étranger ; le Pragela est alors entièrement incorporé à la province synodale du Dauphiné, alors que les autres vallées ne peuvent plus avoir de délégués aux synodes du Dauphiné, sauf les Églises de la haute vallée de Suse, qui appartiennent au colloque de l’Embrunais. Mais, malgré les interdictions, les relations persistent tout au long du xviie siècle entre les vallées vaudoises2.

3Une autre raison de s’intéresser ici aux controverses dans ces vallées tient à leur nature même. Très nombreuses, elles ont laissé peu de traces : elles n’ont qu’assez rarement donné lieu à la publication de comptes rendus et beaucoup semblent plus proches des empoignades que des débats savants. C’est donc une autre image des controverses que nous offre cette région généralement peu étudiée dans ses liens avec le royaume de France.

Une pesée globale des controverses

  • 3 Louis Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre Catholiques et Protestants en France (...)
  • 4 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie siè (...)
  • 5 Otto Scheib, Die innerchristlichen Religionsgespräche im Abendland. Regionale Verbreitung, institut (...)
  • 6 Ont été principalement mobilisés : Jean-Paul Perrin, Histoire des Vaudois. Divisée en trois parties(...)

4L’une des caractéristiques des controverses dans les vallées vaudoises est le très fort contraste entre celles qui sont répertoriées dans les ouvrages spécialisés et leur nombre réel. Dans son Répertoire des ouvrages de controverse, il est vrai limité aux années 1598-1685, Louis Desgraves en compte seulement treize : sept protestants et six catholiques, écrits par six auteurs différents3 ; Émile Kappler, qui s’intéresse aux conférences théologiques, pas forcément publiées, n’en connaît qu’une, en 1659, à Fenestrelle4 ; quant à Otto Scheib, malgré une recherche portant sur une période plus longue, il n’en retient aucune5. Or la lecture attentive des sources portant sur les vallées vaudoises permet de connaître un nombre beaucoup plus important de confrontations verbales et d’ouvrages publiés6. Faute de pouvoir aller plus loin en l’état de l’historiographie, on restera cependant ici dans une analyse de traités imprimés, en étoffant une étude de cas.

  • 7 J.-P. Perrin, Histoire des Vaudois, op. cit., p. 165.
  • 8 Chiara Povero, Missioni in terra di frontiera. La Controriforma nelle Valli del Pinerolese. Secoli (...)
  • 9 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 187.
  • 10 Ibid., p. 188-189.

5Dès la fin des années 1550, des tentatives, non de disputes mais de prédications, ont lieu à l’initiative du parlement de Turin, qui envoie des religieux prêcher dans la vallée d’Angrogne, mais le président du parlement envoyé sur place interdit aux pasteurs de répliquer7. En revanche, une controverse a lieu entre le jésuite Possevino et le ministre Scipione Lentolo en 1560 au temple de Ciabas8. Le 10 juillet 1561, Filippo Castellazo, prieur des servites de Luserne, envoie une lettre de défi à Étienne Noël, pasteur d’Angrogne ; il lui propose de débattre, en italien, de la vraie Église, de ses marques, de sa visibilité et de son chef temporel ; Noël, qui ne sait pas l’italien, ayant répondu en latin, le prieur envoie d’autres propositions sur l’Eucharistie et les traditions. Le débat continue quelque temps par écrit, puis oralement9 ; des comptes rendus en auraient été publiés, mais nous n’en avons pas la trace. Castellazzo ayant été défait, du moins si l’on en croit Pierre Gilles, c’est l’inquisiteur de Pavie Pietro Quinziano qui défie alors Noël le 4 mars 1563 sur soixante-sept propositions portant sur toutes sortes de sujets. Noël accepte de disputer à Angrogne, mais sur un nombre limité de thèmes vraiment importants. Quinziano, de manière surprenante, se dérobe et publie même un mandement, le 6 mai 1563, interdisant de converser avec les hérétiques, un mandement du duc de Savoie précisant, le 9 juillet, que cela ne concerne que les disputes de religion10.

  • 11 Ibid., p. 271-274.
  • 12 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., J. Léger, Histoire générale, op. cit., t. 2, (...)
  • 13 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 286-288.

6Les réticences du duc de Savoie expliquent sans doute qu’on n’entend plus parler de conférence avant 1581, lorsque le jésuite Jean-Baptiste Vanin prêche dans le val de Luserne. C’est cette fois un pasteur, le ministre de Saint-Jean, François Truchis, qui prend l’initiative de le défier lors d’une conférence. La rencontre doit avoir lieu en février à Saint-Jean, mais Vanin ne s’y rend pas et profite de l’absence des pasteurs qui voulaient assister à la conférence pour chercher à prêcher dans les villages de la vallée ! Des disputes ont cependant lieu en octobre, mais Vanin aurait été incapable de répliquer aux pasteurs Truchis et Gros11. Les controverses et les conférences verbales s’intensifient alors à partir de cette fin du xvie siècle, avec une activité plus intense des jésuites du collège de Turin (puis, en 1622, la fondation d’une résidence à Pignerol) et la fondation des missions des capucins de Pérouse et du Perrier en 159612. En 1584, les jésuites reviennent dans les vallées et cherchent à convertir individuellement les protestants et l’un d’entre eux, Hippolyte Le Port, défie en décembre les ministres à soutenir une dispute. Le défi est accepté le 7 janvier 1585 mais, de manière surprenante, les jésuites y renoncent, considérant qu’une ligue de princes catholiques allait bientôt supprimer le protestantisme13.

  • 14 Alexis Muston, L’Israël des Alpes. Première histoire complète des vaudois du Piémont et de leurs c (...)
  • 15 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 319-322.
  • 16 Chiara Povero, « Controverses entre catholiques et réformés : duels verbaux avec les armes pointue (...)

7Mais les pressions des jésuites continuant, les ministres demandent une dispute publique. Le pasteur Daniel Chanforan, de Saint-Jean, et le jésuite Jean-Baptiste Rossetti se mettent d’accord pour une conférence en mars 1596 à Saint-Jean sur le thème de la vraie Église. Mais le débat tourne court très vite car, si l’on en croit Pierre Gilles, Chanforan démontre sans mal que le jésuite détourne les paroles de l’Écriture. D’autres disputes suivent, sans aboutir à quoi que ce soit14. Il faut ensuite attendre le 2 août 1598 pour trouver une nouvelle dispute qui a lieu à Saint-Germain entre le pasteur du lieu, Daniel Rostain, et le capucin Philippe Ribot sur l’Eucharistie. Mais Rostain ayant fait écrire les arguments, les réponses et les répliques de part et d’autre, ce qui prend plusieurs heures, les controversistes se retirent sans conclure15. En 1600, le pasteur de Pinache dispute avec le célèbre jésuite Pierre Coton16.

  • 17 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 374.
  • 18 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 345-351.
  • 19 Ibid., p. 396-397.
  • 20 Ibid., p. 453.

8Bien entendu, ce type de conférences se poursuit au siècle suivant. On en connaît par exemple en 1600 en vallée de Saint-Martin17. En 1602, ordre est donné aux habitants de Luserne, Bibiana, Fenile, Campiglione et des alentours de se convertir ; pour les persuader de la vérité de la foi catholique, Antoine Marchesi, recteur des jésuites à Turin, affronte le pasteur Auguste Gros le 12 mars sur le thème de la messe ; mais, se sentant en difficulté, le jésuite aurait refusé de poursuivre la conférence, et la dispute se poursuit sur le mode épistolaire18. Il faut ensuite attendre 1615 pour avoir mention d’une nouvelle controverse : en mai, le capucin Barthélemy de Nice affronte au Perrier le pasteur de Maneglia, Valère Gros ; le capucin expose tous les points de controverse sous forme de syllogismes, puis se retire19. D’autres disputes ont lieu en 1625 entre Barthélemy Appia, pasteur de Saint-Jean, et le jésuite Simeone sur le purgatoire, et à nouveau entre Valère Gros et des capucins. Elles sont toujours remportées par les pasteurs, si l’on en croit Gilles20.

  • 21 Ibid., p. 538-562. Sur ces controverses, voir infra, p. 148-149.
  • 22 Voir cette année-là François Guérin, Les mœurs chrestiennes, ou explication de la loi de Dieu, Gen (...)
  • 23 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 562.

9En 1632, la controverse se fait essentiellement par livres et lettres, comme nous le verrons plus loin. Elle oppose le prieur de Luserne, Rorengo, le frère Belvedere, et les pasteurs Valère Gros et Pierre Gilles, et elle dure jusqu’en 1637, moment où elle tente de repartir sous forme de conférences verbales, avec d’autres protagonistes21. En dehors des controverses menées par Rorengo et par Placido Corso, examinées plus loin, on note, en 1637-1638, le défi du frère Hilarion, résidant à La Tour, à François Guérin, pasteur de Bobbio, qui débouche sur un échange de plusieurs lettres22. D’autres religieux font de même dans les vallées de Pérouse et Saint-Martin23.

  • 24 J. Léger, Histoire générale, op. cit, t. 2, p. 362-363.
  • 25 Ibid., p. 363-364.
  • 26 Daniel Pastor, Manuel du vray Chrestien opposé au diurnal du sieur Jean Balcet, enseignant la mani (...)

10Puis, en 1643, le frère Angelo, envoyé par Rome dans les vallées, se rend avec des capucins du couvent de La Tour au temple de Saint-Jean où, après la fin de la prédication du pasteur Jean Léger, il monte en chaire et invite le ministre à une dispute sur le sacrement du mariage ; elle se poursuit le dimanche suivant, toujours au prêche, en présence de nombreux vaudois d’Angrogne et de Saint-Jean ; une autre dispute entre les deux hommes a lieu quelques jours plus tard sur la grande place de Luserne24 ; le capucin ayant été envoyé ailleurs par son ordre, c’est un autre capucin, le frère Antoine, qui affronte Léger lors de deux rencontres, toujours à Luserne, à propos des prières pour les morts, de l’invocation des saints et de la primauté du pape. Une troisième rencontre a lieu ensuite au palais du comte Christophe de Luserne entre le frère Antoine et Jean Léger ; c’est une vraie dispute avec, comme il se doit, un modérateur et deux secrétaires ; elle dure deux jours, puis le capucin se retire, réclamant que la dispute se poursuive sur la place de Luserne. D’autres disputes, publiques et particulières, sont menées par la suite par Jean Léger à Luserne, jusqu’en 1645, dont une sur l’Eucharistie avec un autre frère Antoine, au palais du gouverneur25. Dans la vallée de Pragela, le ministre du lieu, Daniel Pastor, s’oppose en 1651 à Jean Balcet, qui avait publié un Diurnal, ou Journée pieuse du bon Chrestien ; la dispute donne lieu à la publication par Pastor d’un Manuel du vrai chrétien auquel Balcet répliquera quelques années plus tard avec une Défense de la Sainte Messe26.

  • 27 Jean Jalla, « Synodes vaudois de la Réformation à l’exil (1536-1686) », Bulletin de la Société d’h (...)
  • 28 Ibid., n° 27, 1909, p. 54-55.
  • 29 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 290.

11Pendant cette période, une technique de harcèlement semble avoir été mise en place par les missionnaires. Ils n’hésitent en effet pas à se rendre aux synodes des Vallées pour défier les ministres. C’est le cas en 1645 avec le frère Paul Marie de Corniato, en station au Perrier, qui se rend au synode en vallée de Saint-Martin où sont réunis onze ministres, et qui finit par affronter le pasteur d’Angrogne, Isaac Le Preux, sur la mission légitime des ministres de la Parole27. Quelques années plus tard, le capucin Jean Thomas, en tête de la mission de Pérouse de 1651 à 1653, se rend à un synode des Vallées à Pinache et défie les ministres devant une foule de sept cents personnes, mais ceux-ci refusent de lui répondre et le modérateur décide qu’il n’y aura pas de réponse28. Mais, en dehors de ces événements, il n’y a plus de véritable dispute avant les massacres sanglants des « Pâques piémontaises » de 165529.

  • 30 Eugène Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux xvie, xviie et xviiie siècles. vol. 2 : le (...)
  • 31 Benjamin de Joux, Le Succès de la mission de Pragela, ou Véritable récit de la Conférence tenuë à (...)

12La controverse semble ensuite lentement disparaître. Mais les missions se poursuivent et, avec elles, quelques tentatives de disputes. Les jésuites cherchent à s’établir dans la vallée de Pragela en 1657, puis en 1659 à Mentoulles, où ils essaient d’entamer des disputes avec les pasteurs30. Les pères Golier et Billet assistent aux prêches, puis réfutent les pasteurs devant les fidèles, mais personne ne les écoute. La Compagnie du Saint-Sacrement de Grenoble y envoie alors un jésuite de Die, Marc-Antoine Calemard, qui entame une conférence verbale avec Benjamin de Joux, ministre de Fenestrelle, sur la légitimité de la vocation des pasteurs, puis sur l’Eucharistie. Une nouvelle conférence doit avoir lieu la semaine suivante, mais le pasteur refuse de disputer autrement que par écrit. Tout cela donne lieu à plusieurs publications31.

  • 32 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 312-313. Cf. Illuminé Faverot, Réveille-ma (...)
  • 33 Réponse pour les Églises des Vallées de Piémont au sieur Illuminé Faverot récollet et missionnaire(...)

13Les conférences théologiques deviennent ensuite très rares. Les derniers témoignages qu’on en ait consistent en une confrontation entre le récollet Illuminé Faverot et le ministre de Saint-Jean Carlo Matteo Danna en 1666-1667, ce dernier finissant par se convertir en 1678 au catholicisme32 ; et entre Faverot et Barthélemy Gilles, ministre de Fenestrelle, en 167933.

Le déroulement des controverses

  • 34 C. Povero, dans sa thèse consacrée aux missions dans les vallées vaudoises, n’en cite pas, après a (...)

14L’une des principales difficultés quant à l’analyse de ces controverses réside dans la nature des sources mobilisées, très majoritairement protestantes. En dehors de quelques imprimés, il semble qu’il n’y ait pas, ou très peu, de relations catholiques34. Cela peut expliquer en partie un phénomène curieux : on ne peut en effet qu’être frappé par le très grand nombre de controverses qui sont interrompues prématurément et qui n’aboutissent pas, voire qui n’ont pas lieu alors que le défi avait été accepté. Ce sont toujours les catholiques qui font défection, d’après nos sources. Il faut donc les prendre avec précaution, car il est inimaginable que des capucins, et surtout des jésuites, soient incapables de soutenir un débat théologique avec des pasteurs, quel que soit le savoir de ces derniers. Il faut plutôt supposer que les religieux catholiques ne sont pas intéressés par de vrais débats, qu’il leur suffit de lancer des défis et d’exposer, par écrit ou oralement, des arguments. En outre, l’origine protestante des sources conduit probablement à un biais visant à mettre en scène une victoire réformée en cela que les catholiques maîtriseraient moins bien les Écritures.

15À chaque fois, ces conférences correspondent à un défi lancé par des religieux, jésuites la plupart du temps, capucins quelquefois, auquel répondent les pasteurs. Qu’un pasteur lance un défi semble exceptionnel : nous n’en avons trouvé que deux exemples, en 1581, quand Truchis s’oppose au jésuite Vanin, et en 1596, quand les ministres veulent répondre aux pressions des jésuites. Nos sources ne permettent pas de savoir si les consistoires ont bien toujours autorisé ces débats, mais il est manifeste qu’ils le font quelquefois et même qu’ils demandent à des ministres de répondre. Or, un des rôles des consistoires, des colloques et des synodes est d’autoriser ou non la tenue de conférences théologiques entre les pasteurs et le clergé catholique. La Discipline des Églises réformées de France, adoptée également par les Églises vaudoises, indique dans l’article 4 du chapitre 6 :

  • 35 Isaac d’Huisseau (éd.), La Discipline des Eglises Reformées de France. Ou l’ordre par lequel elles (...)

Les disputes de la Religion avec les Adversaires, seront reglées en telle sorte, que les nostres ne seront point agresseurs ; & s’ils sont engagez en dispute verbale, ils ne le feront qu’avec la regle de l’Escriture sainte, ne donnans lieu aux escrits des Anciens Docteurs, pour le jugement & decision de la Doctrine. N’entreront en dispute reglée, que par escrits respectivement baillez & signez. Et quant à la dispute publique, n’y entreront que par l’advis de leur Consistoire, & de quelque nombre de Pasteurs, qui pour cet effet seront choisis par les Colloques ou Synodes Provinciaux35.

  • 36 Bibliothèque du protestantisme français, ms. 556/1 : synodes provinciaux du Dauphiné.

16Les synodes provinciaux de Serres (1603) et de Nyons (1604) répètent qu’il ne faut pas chercher de disputes avec les prêtres ou les religieux, sauf accord du consistoire36.

  • 37 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 81-85.
  • 38 Ibid., p. 33.
  • 39 P. Gilles, Histoire ecclésiastique, op. cit., p. 345-351.
  • 40 J. Léger, Histoire générale, op. cit., t. 2, p. 58-72, identifie seize « artifices malins » utilis (...)
  • 41 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 69.
  • 42 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 75.

17Du côté catholique, les avis sont assez partagés sur l’utilité des controverses37. Le concile de Trente interdit les controverses sans l’accord de l’évêque ; la congrégation Propaganda fide les interdit également en 1625, tout en précisant en 1645 qu’elles sont néanmoins possibles « lorsqu’il a espoir d’un plus grand bien » ; mais la congrégation du Concile et le Saint-Office confirment leur interdiction38. Cela n’empêche pas la tenue de controverses, quelquefois même suscitées par la Propaganda. Cependant, dans les vallées vaudoises, le clergé séculier s’y engage peu. L’archevêque de Turin, Carlo Broglia, pourtant désireux de ramener à l’Église romaine les habitants des vallées, s’intéresse bien à la dispute tenue en 1602 entre le jésuite Marchesi et le pasteur Grosso, mais il n’y est pas présent et il en constate l’inutilité39. L’initiative vient des ordres missionnaires, essentiellement jésuites et capucins, qui font de la controverse un élément de leur stratégie de conversion des protestants, à côté des prédications, de la catéchèse, de la tenue de procès, de l’enlèvement d’enfants, de l’appel aux forces armées pour des persécutions violentes, etc.40 Pour les jésuites, ces efforts doivent s’accompagner de l’usage de la force pour être efficaces41. Il s’agit bien, de la part de ces ordres, d’une stratégie de harcèlement des protestants. Cela explique que les controverses ont lieu dans des villages, partout où une communauté vaudoise est présente, alors qu’on estime qu’en France c’est souvent dans des villes – mais ce dossier oblige à nuancer le point-de-vue habituel, et il faut aussi comparer l’implantation du calvinisme dans chaque zone. On en trouve en effet à Fenestrelle, Le Perrier, Saint Germain, Chisona, Luserne, Saint-Jean, La Tour, Bibiana, Angrogne, Bobbio, etc. Une autre particularité est que ces conférences ont donné lieu à très peu de comptes rendus publiés, alors qu’en France, généralement, « il est rarissime que des actes n’aient pas été publiés »42 ; c’est qu’il s’agit sans doute moins de convaincre par des arguments scripturaires que d’affirmer que la seule Église légitime est l’Église romaine et qu’il faut s’y rallier. Du côté protestant, le synode provincial de Serres de 1603 oblige à enregistrer les débats par écrit mais, dans bien des cas, on doit estimer que ce ne sont pas de vrais débats.

  • 43 Voir la carte des missions dans C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., hors texte.
  • 44 Samuel Cassini, Vittoria triomphale, Coni, 1610 ; ce livre est mentionné par P. Gilles, Histoire e (...)

18Ces éléments expliquent que les protagonistes sont, de façon attendue, d’un côté, exclusivement des pasteurs, de l’autre, presque toujours des religieux, jésuites, capucins, exceptionnellement récollets, c’est-à-dire des trois ordres installés dans les vallées : les jésuites sont présents à Pignerol, Fenestrelle et Bibiana, les capucins sont dans les vallées de Pragela et de Saint-Martin, les récollets au sud de Pignerol et dans le val Pellice43 ; il y a aussi un servite (Castellazzo), des franciscains (Belvedere et Samuel Cassini, qui écrit un ouvrage pour montrer que les vaudois ne sont pas de vrais chrétiens44). Certains, parmi eux, sont envoyés dans les vallées par la congrégation Propaganda fide.

  • 45 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 159.
  • 46 C. Povero, « Controverses entre catholiques et réformés », op. cit.

19Lorsqu’une controverse se tient dans les formes, elle se déroule selon le schéma habituel. Un défi est lancé par un religieux, souvent à l’issue ou lors d’un prêche. Si le pasteur accepte (en principe avec l’accord de son consistoire ou du synode), on se met d’accord sur le thème et la manière de le traiter. Comme nous l’avons vu, les thèmes sont très variés : la messe, l’Eucharistie, la vraie Église, le pape, les Écritures, les apocryphes, le baptême, la vocation pastorale, la vénération des images, le libre arbitre, le purgatoire, le mariage, les prières pour les morts. L’échantillon est assez réduit, mais il semble qu’il y ait une plus grande dispersion des thèmes par rapport l’ensemble des conférences tenues en France45. On choisit ensuite le lieu, le président de la conférence, les modérateurs et les secrétaires. Il y a toujours du public, et chacun des acteurs cherche à attirer le plus de monde possible ; les notables sont toujours présents. Le débat commence ensuite : l’un des protagonistes expose des thèses, que son adversaire discute une à une, par syllogisme et en suivant les règles de la rhétorique46, en se fondant sur les livres autorisés : la Bible, certains Pères de l’Église, quelquefois les ouvrages de Calvin quand il s’agit de réfuter les idées réformées. Le débat peut durer plusieurs jours, pas forcément successifs, et donne ensuite lieu à des comptes rendus de la part de chacun des camps.

  • 47 Marco Aurelio Rorengo, Breve narrazione dell’introduzione degli Eretici nelle Valli del Piemonte c (...)
  • 48 Théodore Belvedere, Turris contra Damascum, hoc est, tutela Civitatis Sanctae Syon, seu Ecclesiae (...)
  • 49 Toute l’affaire est rapportée par P. Gilles, Histoire ecclésiastique, op. cit., ch. LXI, p. 538-55 (...)

20En réalité, les choses ne se déroulent pas toujours ainsi. Comme ailleurs, les vallées vaudoises connaissent des chaînes de controverse. Un bon exemple est donné par la Breve narrazione de Rorengo47. Le pasteur de Villar Valerio Grosso répond au nom du synode des Vallées, mais sans publier son texte. Rorengo, aidé par le frère capucin Théodore Belvedere, réplique néanmoins avec des Lettres apologétiques abondamment distribuées dans les vallées. Pierre Gilles, pasteur de La Tour, est alors chargé de répondre et publie des Considérations sur les lettres apologétiques des sieurs Marc Aurele Rorenc prieur de Luserne & Theodore Belvedere prefect des moines. Belvedere publie une réplique en latin, Turris contra Damascum48. Deux franciscains en apportent un exemplaire à Gilles en présence de notables des deux confessions, et Gilles leur promet de le réfuter par écrit ; ceci achevé, il en montre le manuscrit à ses adversaires. Mais Belvedere compose un autre livre, Lucerna della Christiana Verita, per conoscer la vera Chiesa, & la falsa pretesa Riformata et il le fait distribuer dans les vallées et dans tout le Piémont. Mis au défi de répondre, Gilles écrit une Torre Evangelica pour réfuter, en 48 chapitres, tous les arguments catholiques et il l’envoie aux capucins de La Tour. Ceux-ci ne répondent pas par écrit, mais attaquent le livre de Gilles dans leurs prédications. Pour sa part, Belvedere publie un livre dédié à la Propaganda Fide pour l’informer sur les Églises réformées du Piémont. Gilles entreprend une fois encore de le réfuter, en 18 chapitres49. La controverse est, dans un premier temps, simplement écrite, avec des pratiques surprenantes comme de faire voir son manuscrit à ses adversaires, et l’oralité n’intervient qu’à travers les prédications des capucins contre les livres de Gilles. Mais ce ne sont pas des disputes purement théologiques, même si tous les sujets classiques de controverse sont traités, dans la mesure où Belvedere fait largement distribuer ses écrits : il s’agit de saturer l’espace piémontais des arguments catholiques.

  • 50 Ibid., p. 557-559.
  • 51 Ibid., p. 559-562.

21La controverse ne s’arrête pas là : Rorengo veut poursuivre aussi bien par écrit que par des conférences verbales, et il s’adresse d’abord à Valerio Grosso avec qui plusieurs lettres sont échangées, puis à Pierre Gilles sur la nécessité de rétablir quelquefois l’état de l’Église visible par une vocation extraordinaire. Rorengo cesse alors, en décembre 1637, de disputer avec Gilles50. C’est qu’il a entamé une autre controverse : le 10 novembre 1637, il défie le pasteur de Saint-Jean, Antoine Léger, et une dispute se fait « assez paisiblement ». Le relais est ensuite pris par Placido Corso, envoyé par la Propaganda Fide pour demander aux vaudois pourquoi ils se sont séparés de la religion romaine, qui s’adresse à Pierre Gilles. Des lettres sont échangées pendant plusieurs mois, puis la controverse s’arrête, probablement faute de nouveaux arguments, même s’il arrive que les deux hommes discutent entre eux lorsqu’ils se rencontrent par hasard. Mais Placido Corso préfère s’adresser à Antoine Léger : une conférence verbale a lieu le 4 décembre 1637 à La Tour, en présence de très nombreux assistants et de deux secrétaires, Rorengo étant modérateur de la dispute, qui porte sur les apocryphes. Le débat est interrompu par la nuit et reprend le 1er janvier. Placido Corso arrive en retard, monopolise la parole et, si l’on en croit la relation faite par P. Gilles, refuse une troisième séance51. Manifestement, il s’agit pour lui de montrer sa présence et d’asseoir son autorité de délégué du pape, non de débattre réellement.

22Ces controverses des années 1632-1637 sont exemplaires de la manière dont les choses se passent réellement. Beaucoup de lettres sont échangées et les disputes verbales restent assez rares. Les échanges sont animés, mais aussi quelquefois courtois. Il faut dire que les protagonistes, quand il s’agit de capucins du couvent de La Tour et des pasteurs du lieu, se connaissent bien et peuvent se croiser tous les jours. Il semble que la discussion proprement théologique ne soit pas l’essentiel ; du côté catholique, il faut surtout occuper le terrain, et c’est pourquoi on peut employer indifféremment la controverse, la prédication, l’intimidation, le recours aux forces armées. La controverse s’inscrit dans une véritable campagne de harcèlement, à laquelle les ministres protestants répliquent en faisant étalage de leur savoir, en dénigrant les catholiques, en restant présents auprès de leur troupeau.

  • 52 Daniele Tron, « Thomas Gautier : pastore a Fenestrelle », dans Raimondo Genre (dir.), Cattolici e (...)
  • 53 Giorgio Tourn, « François Guérin, pastore a Villaretto » dans Raimondo Genre (dir.), Cattolici e r (...)

23Certaines controverses sont purement écrites. En effet, les pasteurs vaudois sont assez nombreux à écrire des ouvrages opposés à la doctrine ou aux pratiques catholiques. On a pu calculer qu’environ 14 % d’entre eux ont publié des livres52, un des plus prolifiques étant le pasteur de Villaret François Guérin : on connaît de lui Le Laict des chrestiens (1636), consacré à la misère de l’homme et aux moyens d’y remédier, avec toute une partie portant sur les « doctrines contraires », notamment celles de l’Église catholique ; un Supplément au Laict des chrestiens (1637) qui commente le Credo et l’Oraison dominicale ; Les mœurs chrestiennes (1637) ; Le berger Chrestien (1640) qui défend la dignité du ministère réformé et ses devoirs, tout en attaquant les prêtres et les moines ; De la régénération contre la corruption de ce temps qui contient une « exhortation aux Églises du Piémont » (1642) ; un Tableau d’erreurs et contradictions tiré de divers docteurs de l’Église romaine (1656) ; enfin une Charge du sanctuaire (1666) et un Tableau du Jugement dernier53. Mais cela n’est pas le prolongement de conférences théologiques. En revanche, l’œuvre de François Guérin, par ailleurs engagé dans des controverses avec le frère Hilarion, montre que le souci pastoral, l’édification et les attaques contre l’Église catholique sont indissociables. Pour les Églises vaudoises, il s’agit surtout de répliquer aux offensives généralement violentes de l’Église catholique, sans forcément privilégier le débat théologique.

24Il faut également noter qu’un certain nombre de controverses tournent court. On a déjà signalé le grand nombre de défis non honorés, d’abandons alors que le sujet n’est pas entièrement traité (mais avec la proclamation d’une victoire éclatante, de façon topique), de missionnaires qui quittent la région après avoir peu débattu. La controverse ne semble pas être prise au sérieux par une bonne partie des religieux, ce qui peut s’expliquer en partie par les réticences, notées plus haut, des autorités catholiques, à ce qu’elles aient lieu. Mais c’est aussi sans doute significatif de la véritable raison d’être des controverses qui, finalement, intéressent aussi peu les catholiques que les protestants.

Les résultats

  • 54 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 255-261.
  • 55 Réponse pour les Églises des Vallées de Piémont, op. cit., préface, fol. 3.

25Les controverses sont le fait presque exclusif de religieux, pour qui elles font partie intégrante de leur offensive missionnaire, on l’a souligné. Leur objectif n’est pas de triompher d’un débat théologique, mais de convertir, ce qui les oblige à user d’un langage simple, à la portée du peuple, et à diaboliser l’adversaire, à se montrer brutal, injurieux, c’est-à-dire à faire l’opposé de ce que devrait être une dispute théologique. Mais il faut aussi toucher la raison et la conscience et pour cela, les missionnaires veulent impressionner par leur érudition biblique et patristique, leur maîtrise de la rhétorique, mais aussi par une gestuelle très expressive54. À les en croire, ils l’emportent toujours, « ils savent tout, ils pensent tout, ils font tout », se plaignent les ministres réformés55, qui sont eux-mêmes persuadés d’avoir toujours vaincu : les mémorialistes protestants, comme Pierre Gilles, expliquent invariablement que les pasteurs sont vainqueurs.

  • 56 La conversione di quaranta heretici con due loro principali Ministri della setta di Calvino alla S (...)
  • 57 Journal des conversions qui ont été faites durant le cours de l’énnée 1661, s. l.., s. n., s. d. ; (...)
  • 58 Carlo Matteo Danna, Les Colonnes de la religion catholique inébranlables aux attaques de leurs adv (...)

26La victoire la plus éclatante est atteinte quand l’adversaire se convertit. C’est pourquoi le récit de l’abjuration de deux ministres des vallées, Pietro Grosso, d’Angrogne, et Francesco Agnito, de Bobbio, et d’une partie de leurs paroissiens, peut être assimilé à un récit de controverse56. Peu importe que ces abjurations aient été consécutives à une campagne militaire et à l’emprisonnement dans les prisons sénatoriales de Turin : le récit insiste bien sur le fait qu’ils ont demandé à se réunir à l’Église catholique. D’autres récits de conversions multiples sont publiés dans les années 166057. Bien entendu, quand un ministre se convertit, il est appelé à le publier, ce que fait Carlo Matteo Danna en 167958.

  • 59 Alexis Muston, Bibliographie historique et documentaire de l’Israël des Alpes ou liste des ouvrage (...)
  • 60 L’histogramme concernant la France est fait à partir de L. Desgraves, Répertoire, op. cit. Pour le (...)

27Les publications de controverse sont assez rares, avons-nous noté. En réalité, elles sont un peu plus nombreuses que ce qu’indiquent les répertoires. En nous fondant sur le Répertoire de Desgraves, sur la bibliographie de l’Israel des Alpes de Muston59, sur les données du site http://www.waldenserbibliographie.com/​ et sur nos propres recherches, nous arrivons à vingt-sept titres, entre 1581 et 1679 (en excluant les récits de conversion et les textes polémiques qui ne sont pas à proprement parler de la controverse, car n’ayant donné lieu ni à des débats, ni à des réponses). Mais leur chronologie est très singulière, car elle ne correspond absolument pas à celle des controverses publiées en France. Desgraves montre en effet des publications surtout nombreuses dans le premier tiers du xviie siècle, avec un pic entre 1611 et 1620, alors que dans les vallées vaudoises elles sont très rares avant 1632, elles se multiplient dans les années 1630 et retrouvent un bon niveau entre 1656 et 167960. Même si les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes entre l’ensemble de la France et les vallées vaudoises, la différence des histogrammes est remarquable.

Publications dans les vallées vaudoises

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Publications en France

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30La chronologie des publications ne correspond pas non plus à celle des controverses dans les vallées. En effet, si l’on en croit les histoires des vaudois publiées au xviie siècle, les controverses sont nombreuses à la fin du xvie siècle et au début du siècle suivant, mais très peu ont été publiées. On en connaît ensuite en 1615, en 1625, mais sans que des comptes rendus soient parus. En revanche, les publications des années 1630 coïncident avec les nombreuses controverses des années 1632-1638 ; mais ces dernières se poursuivent au cours de la décennie suivante, alors qu’on ne trouve à nouveau plus aucun écrit les relatant. On retrouve une situation plus classique, avec disputes orales et comptes rendus écrits, au début des années 1660 ; et, à la fin de notre période, les efforts missionnaires du frère Illuminé Faverot donnent lieu à des conférences verbales et à des textes de controverse.

  • 61 En cela, ces controverses sont assez différentes de celles qui dominent en France, telles qu’elles (...)

31Il n’y a donc de concordance entre conférences verbales et ouvrages de controverse qu’à deux moments, dans les années 1630 et 1660, ainsi qu’à un autre, les années 1670, où la pratique commence à devenir inutile pour les religieux. Tout se passe donc comme si, sauf pour quelques-uns, le contenu théologique des disputes n’avait pas assez d’importance pour faire l’objet d’une publication ; les thèmes traités semblent d’ailleurs beaucoup plus variés que dans le royaume de France, même si l’Eucharistie revient plusieurs fois. Si certains auteurs se laissent emporter par la passion polémique, ce qui aboutit à des chaînes de controverse comme celle allant de 1632 à 1637, la plupart semblent ne guère s’y intéresser. Pour le comprendre, il faut rappeler, une dernière fois, les défis non honorés, les abandons, et surtout l’intégration des controverses par les religieux dans une tentative d’occuper le terrain d’une manière spécifiquement catholique, de harceler les pasteurs, de susciter des procès, d’accompagner les soldats chargés de convertir les vaudois par la force ; tout au plus se doivent-ils de montrer quelquefois, en provoquant les ministres, qu’ils ont des compétences théologiques et que leur confession est donc la bonne. Mais il ne s’agit pas à proprement parler de convaincre, d’apporter des preuves ; asséner quelques arguments et se retirer suffit, du moins pour la plupart des controversistes catholiques61, si l’on en croit les sources protestantes et il y a peut-être là un biais.

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  • 62 Jacques Solé, Les origines intellectuelles de la révocation de l’édit de Nantes, Saint-Étienne, Pu (...)
  • 63 A. Muston, Bibliographie, op. cit., p. 18-22.

32On comprend le peu d’intérêt théologique de ces controverses, qui ne comptent guère non plus sur le plan intellectuel, de notre point de vue. Pour Jacques Solé, elles seraient « la continuation de la guerre civile par d’autres moyens62 » ; dans les vallées vaudoises, ce sont plutôt des armes légères parmi d’autres d’une guerre civile qui ne s’est pas vraiment arrêtée et qui sont donc occultées par des mécanismes de coercition plus efficaces. Il faut rappeler que, si les protestants français jouissent d’une certaine sécurité pendant les deux premiers tiers du xviie siècle grâce à l’édit de Nantes qui peut favoriser la tenue de controverses encadrées, ceux du Piémont subissent des décrets d’expulsion, il est vrai peu appliqués, en 1637, 1639, 1641, 1650, 1653 ; de terribles massacres ont lieu en 1655 et, en 1686, le protestantisme est interdit en Savoie, comme il l’est en France depuis l’édit de Fontainebleau. Dans ce contexte de guerre, de volonté de supprimer le culte réformé dès que l’opportunité se présente, les disputes s’apparentent la plupart du temps non à de vrais débats, mais à des agressions et des provocations, ce qui peut expliquer que les ministres protestants hésitent à répondre, et encore plus à publier leurs réponses, sauf s’ils estiment qu’ils doivent riposter à des calomnies ou à des bulletins mensongers de victoires catholiques. S’ils sont quelques-uns à écrire des livres contre les catholiques, ce n’est qu’assez rarement et dans le cadre de controverses en bonne et due forme. Ces cas s’accompagnent d’autres pratiques d’écriture destinées elles aussi à conforter les vaudois dans l’assurance qu’ils représentent la vraie Église ; il est en effet assez exceptionnel qu’autant d’histoires des vaudois soient publiées qui, toutes, montrent leur origine apostolique et le maintien d’un christianisme pur dans les vallées : outre celles de Perrin, Gilles et Léger, abondamment utilisées dans cet article, il faut ajouter l’Histoire de la glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées d’Henri Arnaud (1710), ainsi que plusieurs écrits anonymes portant sur des épisodes précis, généralement des massacres63. En pays vaudois, la controverse apparaît bien comme un instrument de guerre parmi d’autres, bien plus que comme un enjeu intellectuel ou théologique.

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35La chronologie des publications ne correspond pas non plus à celle des controverses dans les vallées. En effet, si l’on en croit les histoires des vaudois publiées au xviie siècle, les controverses sont nombreuses à la fin du xvie siècle et au début du siècle suivant, mais très peu ont été publiées. On en connaît ensuite en 1615, en 1625, mais sans que des comptes rendus soient parus. En revanche, les publications des années 1630 coïncident avec les nombreuses controverses des années 1632-1638 ; mais ces dernières se poursuivent au cours de la décennie suivante, alors qu’on ne trouve à nouveau plus aucun écrit les relatant. On retrouve une situation plus classique, avec disputes orales et comptes rendus écrits, au début des années 1660 ; et, à la fin de notre période, les efforts missionnaires du frère Illuminé Faverot donnent lieu à des conférences verbales et à des textes de controverse.

  • 64 En cela, ces controverses sont assez différentes de celles qui dominent en France, telles qu’elles (...)

36Il n’y a donc de concordance entre conférences verbales et ouvrages de controverse qu’à deux moments, dans les années 1630 et 1660, ainsi qu’à un autre, les années 1670, où la pratique commence à devenir inutile pour les religieux. Tout se passe donc comme si, sauf pour quelques-uns, le contenu théologique des disputes n’avait pas assez d’importance pour faire l’objet d’une publication ; les thèmes traités semblent d’ailleurs beaucoup plus variés que dans le royaume de France, même si l’Eucharistie revient plusieurs fois. Si certains auteurs se laissent emporter par la passion polémique, ce qui aboutit à des chaînes de controverse comme celle allant de 1632 à 1637, la plupart semblent ne guère s’y intéresser. Pour le comprendre, il faut rappeler, une dernière fois, les défis non honorés, les abandons, et surtout l’intégration des controverses par les religieux dans une tentative d’occuper le terrain d’une manière spécifiquement catholique, de harceler les pasteurs, de susciter des procès, d’accompagner les soldats chargés de convertir les vaudois par la force ; tout au plus se doivent-ils de montrer quelquefois, en provoquant les ministres, qu’ils ont des compétences théologiques et que leur confession est donc la bonne. Mais il ne s’agit pas à proprement parler de convaincre, d’apporter des preuves ; asséner quelques arguments et se retirer suffit, du moins pour la plupart des controversistes catholiques64, si l’on en croit les sources protestantes et il y a peut-être là un biais.

 

  • 65 Jacques Solé, Les origines intellectuelles de la révocation de l’édit de Nantes, Saint-Étienne, Pu (...)
  • 66 A. Muston, Bibliographie, op. cit., p. 18-22.

37On comprend le peu d’intérêt théologique de ces controverses, qui ne comptent guère non plus sur le plan intellectuel, de notre point de vue. Pour Jacques Solé, elles seraient « la continuation de la guerre civile par d’autres moyens65 » ; dans les vallées vaudoises, ce sont plutôt des armes légères parmi d’autres d’une guerre civile qui ne s’est pas vraiment arrêtée et qui sont donc occultées par des mécanismes de coercition plus efficaces. Il faut rappeler que, si les protestants français jouissent d’une certaine sécurité pendant les deux premiers tiers du xviie siècle grâce à l’édit de Nantes qui peut favoriser la tenue de controverses encadrées, ceux du Piémont subissent des décrets d’expulsion, il est vrai peu appliqués, en 1637, 1639, 1641, 1650, 1653 ; de terribles massacres ont lieu en 1655 et, en 1686, le protestantisme est interdit en Savoie, comme il l’est en France depuis l’édit de Fontainebleau. Dans ce contexte de guerre, de volonté de supprimer le culte réformé dès que l’opportunité se présente, les disputes s’apparentent la plupart du temps non à de vrais débats, mais à des agressions et des provocations, ce qui peut expliquer que les ministres protestants hésitent à répondre, et encore plus à publier leurs réponses, sauf s’ils estiment qu’ils doivent riposter à des calomnies ou à des bulletins mensongers de victoires catholiques. S’ils sont quelques-uns à écrire des livres contre les catholiques, ce n’est qu’assez rarement et dans le cadre de controverses en bonne et due forme. Ces cas s’accompagnent d’autres pratiques d’écriture destinées elles aussi à conforter les vaudois dans l’assurance qu’ils représentent la vraie Église ; il est en effet assez exceptionnel qu’autant d’histoires des vaudois soient publiées qui, toutes, montrent leur origine apostolique et le maintien d’un christianisme pur dans les vallées : outre celles de Perrin, Gilles et Léger, abondamment utilisées dans cet article, il faut ajouter l’Histoire de la glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées d’Henri Arnaud (1710), ainsi que plusieurs écrits anonymes portant sur des épisodes précis, généralement des massacres66. En pays vaudois, la controverse apparaît bien comme un instrument de guerre parmi d’autres, bien plus que comme un enjeu intellectuel ou théologique.

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Notes

1 Euan Cameron, The Reformation of the Heretics. The Waldenses of the Alps, 1480-1580, Oxford, Clarendon Press, 1984 ; Gabriel Audisio, Les Vaudois. Histoire d’une dissidence (xiie-xvie siècles), Paris, Fayard, 1998.

2 Yves Krumenacker, « Les Églises réformées entre Savoie et France (xvie-xviiie siècles) », dans Marc Ortolani, Christian Sorrel et Olivier Vernier (dir.), États de Savoie, Églises et institutions religieuses des réformes au Risorgimento, Nice, Serre éditeur, 2017, p. 171-183.

3 Louis Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre Catholiques et Protestants en France (1598-1685), Genève, Droz, 2 vol. , 1984-1985.

4 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2011 (celle de 1659 porte le n° 149, p. 779-786).

5 Otto Scheib, Die innerchristlichen Religionsgespräche im Abendland. Regionale Verbreitung, institutionelle Gestalt, theologische Themen, kirchenpolitische Funktion, mit besonderer Berücksichtigung des konfessionellen Zeitalters (1517-1689), Wiesbaden, Harrassowitz, 2009, 3 vol. 

6 Ont été principalement mobilisés : Jean-Paul Perrin, Histoire des Vaudois. Divisée en trois parties, Genève, Matthieu Berjon, 1618 ; Pierre Gilles, Histoire ecclesiastique des eglises reformees, recueillies en Piedmont, & circonvoisines, autrefois appelees Eglises Vaudoises, Genève, Jean de Tournes, 1644, et Jean Léger, Histoire générale des églises évangéliques des Vallées de Piémont, Leyde, Jean Le Carpentier, 1669.

7 J.-P. Perrin, Histoire des Vaudois, op. cit., p. 165.

8 Chiara Povero, Missioni in terra di frontiera. La Controriforma nelle Valli del Pinerolese. Secoli xvi-xviii, Rome, Istituto Storico dei Cappuccini, 2006, p. 68-69.

9 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 187.

10 Ibid., p. 188-189.

11 Ibid., p. 271-274.

12 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., J. Léger, Histoire générale, op. cit., t. 2, p. 60, insiste particulièrement sur la date de 1596.

13 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 286-288.

14 Alexis Muston, L’Israël des Alpes. Première histoire complète des vaudois du Piémont et de leurs colonies, Paris, Marc Ducloux, 1851, t. 2, p. 134.

15 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 319-322.

16 Chiara Povero, « Controverses entre catholiques et réformés : duels verbaux avec les armes pointues de la rhétorique », dans Martin Dumont (dir.), Coexistences confessionnelles en Europe à l’époque moderne, Paris, Cerf, 2016, p. 67.

17 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 374.

18 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 345-351.

19 Ibid., p. 396-397.

20 Ibid., p. 453.

21 Ibid., p. 538-562. Sur ces controverses, voir infra, p. 148-149.

22 Voir cette année-là François Guérin, Les mœurs chrestiennes, ou explication de la loi de Dieu, Genève, Jean de Tournes, 1637, et Supplément du Laict des chrétiens, ou Examen familier du Symbole des Apôtres et de la Prière dominicale, Réponse pour les Églises des Vallées de Piémont au sieur Illuminé Faverot récollet et missionnaire, Genève, Jean de Tournes, 1637.

23 P. Gilles, Histoire ecclesiastique, op. cit., p. 562.

24 J. Léger, Histoire générale, op. cit, t. 2, p. 362-363.

25 Ibid., p. 363-364.

26 Daniel Pastor, Manuel du vray Chrestien opposé au diurnal du sieur Jean Balcet, enseignant la manière de la droite invocation et du pur service de Dieu, Genève, Jean Gaultier – Pierre Molard, 1652 ; Jean Balcet, La Défense de la Sainte Messe et de ses dépendances, contre les injustes accusations, erreurs et blasphèmes des Ministres et en spécial du sieur Pastor, Lyon, Pierre Compagnon, 1656. Cf. Eugène Arnaud, Notice sur les controverses religieuses en Dauphiné, Grenoble, Édouard Allier fils, 1872, p. 43.

27 Jean Jalla, « Synodes vaudois de la Réformation à l’exil (1536-1686) », Bulletin de la Société d’histoire vaudoise, n° 26, 1908, p. 36-37.

28 Ibid., n° 27, 1909, p. 54-55.

29 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 290.

30 Eugène Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux xvie, xviie et xviiie siècles. vol. 2 : le régime de l’édit de Nantes 1598-1685, Paris, Grassart, 1875, p. 150-152.

31 Benjamin de Joux, Le Succès de la mission de Pragela, ou Véritable récit de la Conférence tenuë à Fenestrelles, le deuxiesme octobre 1659, Genève, Philippe Gamonet, 1660 ; Marc-Antoine Calemard, Deux marques de l’erreur du Calvinisme, la presomption et l’infiddélité, descouvertes juridiquement dans l’escrit d’un de ses ministres, Grenoble, Antoine Verdier, 1660 ; Antoine Crégut, Refutation de deux lettres du sieur Calemard, jésuite, par lesquelles il pretendroit prouver l’existence actuelle et possible du corps de Jesus-Christ en plusieurs lieux, Die, Ézéchiel Genoît, 1660 ; de L’Ambre de Saint-Ferriol [Marc-Antoine Calemard], La Verité reconnue, ou, Convictions juridiques de l’erreur, et de l’infidelité ou mauvaise Foy de deux Ministres de la Religion Reformée, Lyon, Jean Paulhe, 1662. Cf. É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 779-786.

32 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 312-313. Cf. Illuminé Faverot, Réveille-matin à double montre, une qui guide au précipice et l’autre à la Gloire, Grenoble, André Galles, 1670 ; Id, La Colombe de Noé portant le symbole de paix en réplique parénétique à deux réponses synodales faites à l’auteur, Lyon, Michel Tabelard, 1673.

33 Réponse pour les Églises des Vallées de Piémont au sieur Illuminé Faverot récollet et missionnaire, Genève, Jean-Philippe Albert, 1679.

34 C. Povero, dans sa thèse consacrée aux missions dans les vallées vaudoises, n’en cite pas, après avoir consulté de nombreux fonds à Rome, Turin et Pignerol ; cf. Missioni in terra di frontiera…, op. cit.

35 Isaac d’Huisseau (éd.), La Discipline des Eglises Reformées de France. Ou l’ordre par lequel elles sont conduites & gouvernées, Genève – Saumur, Isaac Desbordes, 1667, p. 245. Cet article a été rédigé en 1601 au synode de Jargeau.

36 Bibliothèque du protestantisme français, ms. 556/1 : synodes provinciaux du Dauphiné.

37 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 81-85.

38 Ibid., p. 33.

39 P. Gilles, Histoire ecclésiastique, op. cit., p. 345-351.

40 J. Léger, Histoire générale, op. cit., t. 2, p. 58-72, identifie seize « artifices malins » utilisés par les missionnaires pour convertir les protestants.

41 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 69.

42 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 75.

43 Voir la carte des missions dans C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., hors texte.

44 Samuel Cassini, Vittoria triomphale, Coni, 1610 ; ce livre est mentionné par P. Gilles, Histoire ecclésiastique, op. cit., p. 11 et p. 13.

45 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 159.

46 C. Povero, « Controverses entre catholiques et réformés », op. cit.

47 Marco Aurelio Rorengo, Breve narrazione dell’introduzione degli Eretici nelle Valli del Piemonte con gli ordini fatti dall’Altezza di Savoia, Turin, s. n., 1632.

48 Théodore Belvedere, Turris contra Damascum, hoc est, tutela Civitatis Sanctae Syon, seu Ecclesiae Romanae contra Calvinistarum incursionem obiecta, Turin, Joannis Guillelmi Tisman & Soc., 1636.

49 Toute l’affaire est rapportée par P. Gilles, Histoire ecclésiastique, op. cit., ch. LXI, p. 538-551.

50 Ibid., p. 557-559.

51 Ibid., p. 559-562.

52 Daniele Tron, « Thomas Gautier : pastore a Fenestrelle », dans Raimondo Genre (dir.), Cattolici e riformati in alta Val Chisone nel 1600, Villaretto-Roure, Associazione culturale La Valaddo, 2006, p. 285.

53 Giorgio Tourn, « François Guérin, pastore a Villaretto » dans Raimondo Genre (dir.), Cattolici e riformati, op. cit., p. 257-272.

54 C. Povero, Missioni in terra di frontiera, op. cit., p. 255-261.

55 Réponse pour les Églises des Vallées de Piémont, op. cit., préface, fol. 3.

56 La conversione di quaranta heretici con due loro principali Ministri della setta di Calvino alla Santa Fede nell’augusta Città di Torino, alli 18 di maggio 1655, Turin, Carlo Granelli, 1655.

57 Journal des conversions qui ont été faites durant le cours de l’énnée 1661, s. l.., s. n., s. d. ; La vérité reconnue, ou quinze motifs de la conversion de MM. De Pragellat, s. l, s. n., s. d. (2e éd. à Lyon en 1679).

58 Carlo Matteo Danna, Les Colonnes de la religion catholique inébranlables aux attaques de leurs adversaires, et proposées aux habitans de St. Jean en la vallée de Lucerne, Turin, Jean Sinibald, 1679.

59 Alexis Muston, Bibliographie historique et documentaire de l’Israël des Alpes ou liste des ouvrages qui traitent des vaudois, Paris, Marc Ducloux, 1851, p. 49-55.

60 L’histogramme concernant la France est fait à partir de L. Desgraves, Répertoire, op. cit. Pour les vallées vaudoises, nous n’avons pas inclus le titre le plus ancien, les Conferenze del padre missionario Vanini, dont la date est incertaine et qui n’est connu que par une mention dans l’Histoire ecclésiastique de Pierre Gilles.

61 En cela, ces controverses sont assez différentes de celles qui dominent en France, telles qu’elles sont analysées par Bernard Dompnier, « L’histoire des controverses à l’époque moderne, une histoire des passions chrétiennes », Bulletin de la SHPF, t. 148-4, 2002, p. 1035-1047.

62 Jacques Solé, Les origines intellectuelles de la révocation de l’édit de Nantes, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1997, p. 11.

63 A. Muston, Bibliographie, op. cit., p. 18-22.

64 En cela, ces controverses sont assez différentes de celles qui dominent en France, telles qu’elles sont analysées par Bernard Dompnier, « L’histoire des controverses à l’époque moderne, une histoire des passions chrétiennes », Bulletin de la SHPF, t. 148-4, 2002, p. 1035-1047.

65 Jacques Solé, Les origines intellectuelles de la révocation de l’édit de Nantes, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1997, p. 11.

66 A. Muston, Bibliographie, op. cit., p. 18-22.

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Pour citer cet article

Référence papier

Yves Krumenacker, « La controverse en vallées vaudoises : débats savants ou lutte antiprotestante ? »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 143-161.

Référence électronique

Yves Krumenacker, « La controverse en vallées vaudoises : débats savants ou lutte antiprotestante ? »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 20 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10354 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10354

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