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La controverse à la portée de tous ?

Controversiste malgré lui

Le pasteur Samuel de Chambaran aux prises avec l’Église catholique au début du xviie siècle
A controversialist in spite of himself Pastor Samuel de Chambaran at odds with the Catholic Church in the early 16th century
Didier Boisson
p. 125-142

Résumés

En 1607, se déroule à Lorges en Beauce une conférence théologique entre le jacobin Jean Journé et le pasteur de l’Église de Lorges-Marchenoir, Samuel de Chambaran qui est issu d’une famille de la noblesse de Romorantin. Elle nous est principalement connue par la publication cette même année d’un compte rendu de cette « dispute » par Samuel de Chambaran. Ce débat, provoqué par l’ecclésiastique qui a déjà controversé à plusieurs reprises avec le pasteur de Châteaudun, se déroule dans un cadre classique pour de tels affrontements, comme ceux étudiés par Émile Kappler. Cependant, la conférence théologique n’arrive pas à son terme en raison de son interdiction par le magistrat, le bailli de Beaugency, qui craint des troubles confessionnels. Il en est de même des différentes thématiques qui sont proposées lors de cette controverse : c’est un débat très classique autour des questions de la messe, de l’eucharistie ou du purgatoire. Néanmoins, alors que souvent en suivant la méthode de Jean Gontery, c’est l’ecclésiastique qui mène les débats dans de telles circonstances, lors de cette conférence c’est assurément le pasteur qui a la main malgré son peu d’expérience dans ce domaine.

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Texte intégral

  • 1 Louis Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre catholiques et protestants en France (...)
  • 2 Né vers 1675, il est le fils de Nicolas Vignier, juriste calviniste et médecin converti au catholi (...)
  • 3 Il épouse Catherine Du Faur et il a au moins deux enfants, Catherine née en 1629 qui épouse le pas (...)
  • 4 Avant d’être pasteur de l’Église de Gien, il a exercé à Nantes-Blain et à Thouars. Sa fille Suzann (...)
  • 5 Edmond de Beauval, Declaration de Pere Edmond de Beauval jadis Jesuite, docteur en theologie, et p (...)
  • 6 Daniel Bourguignon, Déclaration du sieur Bourguignon, cy devant ministre de la Religion prétendue (...)
  • 7 Élie Péju, Antidote contre les vains prétextes des apostats, ou bien Instruction sur les principal (...)
  • 8 Étienne de Monsanglard, Aspergile chrestien, ou Refutation des erreurs de Thomas Ravenel, Augustin (...)
  • 9 Isaac Garnier, Réfutation de la procédure que tiennent les nouveaux Méthodistes, ou Traitté monstr (...)
  • 10 Samuel de Chambaran, Entière et Complete Dispute d’entre les sieurs Samuel de Chambaran ministre d (...)
  • 11 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie si (...)
  • 12 Yves Guéneau, Protestants du Centre, 1598-1685 (ancienne province synodale d’Orléanais-Berry), app (...)

1L’étude prosopographique des ministres de la province synodale d’Orléanais-Berry, réalisée dans le cadre de la prochaine publication des actes des synodes provinciaux et des colloques qui ont pu être retrouvés, montre que nombre de pasteurs de la première moitié du xviie siècle ont été aux prises avec l’Église catholique et que ces rapports ont donné lieu à des ouvrages de controverse. Durant les premières décennies du régime de l’édit de Nantes, alors que cette forme de littérature se multiplie1, il est possible de distinguer trois catégories d’auteurs parmi les ministres de cette province. Plusieurs d’entre eux sont les auteurs de nombreux ouvrages, ils prennent régulièrement la plume pour controverser, publier des ouvrages de théologie ou des sermons ; peuvent être cités Nicolas Vignier, pasteur de l’Église de Blois de 1599 à 16452, Paul Testard, également pasteur de l’Église de Blois de 1626 à 16433, et dans une moindre mesure François Oyseau, pasteur de l’Église de Gien de 1609 à 16234, ou Jacques Imbert-Durand, pasteur de l’Église d’Orléans de 1616 à 1641. Par ailleurs, la controverse est liée à la conversion de certains ministres, soit ce sont d’anciens ecclésiastiques comme Edmond de Beauval, jésuite devenu pasteur de l’Église d’Issoudun de 1601 à 16045, ou ce sont des pasteurs convertis au catholicisme, à l’image de Daniel Bourguignon, fils du pasteur de Mer Laurent Bourguignon, qui abjure en 1617 après avoir exercé dans les Églises de Gien, Jargeau et La Celle6. Enfin, certains ministres ne paraissent que des auteurs occasionnels, pris souvent dans une controverse sans lendemain avec l’Église catholique. Parmi eux, on peut noter Élie Péju, pasteur successivement des Églises de Mer, Beaugency et Argenton-sur-Creuse7, Étienne de Monsanglard, pasteur des Églises de Corbigny et de Mer8, Isaac Garnier, pasteur de l’Église de Lorges-Marchenoir de 1618 à 16429, ou son prédécesseur dans cette même Église, Samuel de Chambaran. Ce dernier, membre éminent du corps pastoral de la province, issu d’une famille de la noblesse de Romorantin, ministre de l’Église de Lorges-Marchenoir de 1602 à sa mort en 1617, semble malgré lui pris dans une controverse en 1607 que nous pouvons connaître par la publication d’un ouvrage10. Cette controverse, recensée parmi les conférences théologiques étudiées par Émile Kappler11, se déroule en Beauce, région de la province synodale d’Orléanais-Berry où les communautés réformées sont de taille modeste et très dispersées12. Il est donc intéressant de se demander ce qui conduit un pasteur a priori peu versé dans cet exercice à polémiquer avec un ecclésiastique catholique, dans ce cas le jacobin Jean Journé ? En quoi cette controverse, très classique dans les thématiques traitées, peu originale et sans lendemain, obéit-elle quand même à des règles et des pratiques qui semblent en partie bien établies ? Deux aspects peuvent permettre de comprendre cette controverse mineure, le cadre tout d’abord de l’opposition entre l’ecclésiastique et le pasteur, puis les arguments développés par l’un et l’autre, tels qu’ils sont connus par le compte rendu de Samuel de Chambaran.

Le cadre d’une controverse « banale »

  • 13 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 395-397. Cela a donné lieu à au moins une (...)
  • 14 Cité par É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 396.
  • 15 En novembre 1611, le synode provincial d’Orléanais-Berry tenu à Blois censure Simpson pour avoir « (...)

2Des deux protagonistes, nous avons davantage d’éléments biographiques sur Samuel de Chambaran que sur Jean Journé. Ce dernier est un prédicateur jacobin qui sillonne la Beauce au cours de cette première décennie du xviie siècle. Avant cette conférence théologique l’opposant au pasteur de l’Église de Lorges-Marchenoir, l’année précédente c’est le pasteur écossais de Châteaudun Alexandre Simpson qu’il rencontre lors d’un premier débat13. Comme l’analyse Émile Kappler, les échanges entre Simpson et Journé ont été nombreux, donnant lieu probablement à des « conférences privées ». Simpson écrit en particulier dans la « Préface au lecteur » de Cinq Escrits sur la fausseté des Epistres de S. Clément : « […] lequel Journé avoit mis en lumière sur quelques conférences qui s’estoient passées entre luy et le sieur Simson : comme ils parlementoient ensemble »14. Jean Journé et Alexandre Simpson semblent donc des habitués des controverses15, ce qui n’est probablement pas le cas de Samuel de Chambaran.

  • 16 Aujourd’hui Châtillon-Coligny (Loiret).

3La carrière de ce dernier est connue principalement par les actes des synodes nationaux et surtout provinciaux auxquels il participe, et ces sources ne nous montrent jamais un pasteur versé dans la controverse. Il semble avoir embrassé tardivement la carrière pastorale. En 1602, dans les actes du synode provincial de Châtillon-sur-Loing16, on peut lire :

  • 17 BnF, ms. fr. 15829, fol. 97 v°.

La compagnie ayant ouy m[onsieu]r du Chambaran en la proposition du texte a luy donné, loue Dieu des graces qu’elle y recognoist, et surtout du saint zele qu’il a, l’exhortant de s’accourager de plus en plus, et pour cet effect s’exercer en la methode de traicter la parolle de Dieu, afin que suyvant l’intention de cette compagnie le colloque de Blaizois le puisse dans le temps qu’il jugera propre luy donner l’imposition des mains et le donner à l’eglise de Lorges, Marchenoir et Beaugency17.

  • 18 Lors des deux synodes provinciaux de 1601 et celui de 1602, il représente l’Église de Romorantin c (...)
  • 19 BnF, ms. fr. 15829, fol. 97 v°. L’assemblée politique de Sainte-Foy s’est tenue en 1601, il y est (...)
  • 20 Jean Aymon, Tous les synodes nationaux, La Haye, Charles Delo, 1715, t. 1, p. 273, art. 6 des mati (...)
  • 21 BnF, ms. fr. 15829, fol. 108, synode provincial de Sancerre.
  • 22 De nombreux articles des synodes provinciaux de 1609, 1610 et 1611 sont consacrés à cette affaire, (...)

4Il apparaît tout d’abord constamment comme représentant des Églises de la province, soit à des synodes nationaux, soit à des assemblées politiques. Ainsi en 1601, il est député au synode national de Jargeau, présenté comme ancien de l’Église de Romorantin18. Au synode national suivant tenu à Gap en 1603, il est de nouveau député, mais désormais comme pasteur. C’est le cas encore lors des synodes nationaux de de Saint-Maixent en 1609 et de Tonneins en 1614. Lors du même synode provincial de 1602 au cours duquel il est désigné comme pasteur de l’Église de Lorges-Marchenoir, il est remercié par l’assemblée après avoir « rendu compte de la commission qui luy fut donnée pour l’assemblée de Sainte Foy »19. Il est par ailleurs modérateur lors des synodes provinciaux de 1609 et de 1616, modérateur adjoint en 1610 et en 1611. Ensuite, il est souvent missionné par le synode provincial afin d’apaiser, voire de régler, certains conflits dans les Églises du colloque du Blaisois. Cela peut être sur des questions de respect de la discipline ecclésiastique, comme en 1604 quand Chambaran est envoyé à Châteaudun pour réconcilier le consistoire de l’Église et son diacre contre qui des procédures ont été faites « pour raison d’une tombe dressée à sa femme defuncte », alors que le synode national de Gap a précisé l’année précédente que « pour les sépultures, chacun se doit tenir à la simplicité de l’ancien christianisme, sans s’approprier rien de particulier »20. En 1606, en raison « de certain scandale advenu en l’eglise de Jargeau », il est un des pasteurs dépêchés « pour essaier d’assoupir les divisions qu’ils y trouveront, et conseiller à l’accusé ce qui sera pour l’edification de l’eglise »21. En 1609-1611, il intervient à plusieurs reprises à Orléans afin de pacifier les relations entre une partie des fidèles et un des pasteurs, Joachim Du Moulin22. C’est lui qui est encore à l’initiative à Châteaudun en 1610 et 1611 lors du conflit entre le consistoire et le pasteur de l’Église Simpson accusé d’hétérodoxie. Enfin, lors des synodes provinciaux, il intervient pour recommander certains comportements aux fidèles, demandant ainsi aux pasteurs de relayer dans leurs Églises ces questions. Ainsi en 1614, c’est sur sa proposition que :

  • 23 BnF, ms. fr. 15829, fol. 156 r°, synode provincial de Châtillon-sur-Loing.

la compagnie exhorte tous les pasteurs de la province d’enseigner soigneusement leurs peuples de la vanité et impieté des predictions et pronostications tirées de l’astrologie judiciaire, afin que les fideles n’ajoutent aucune creance à telles divinations et s’arrestent du tout à la providence de Dieu23.

5Représentant de son Église ou de sa province, pacificateur, c’est l’image que les synodes provinciaux révèlent de la carrière de Samuel de Chambaran, mais à aucun moment il n’apparaît comme controversiste. Et c’est malgré lui qu’il participe à cette conférence théologique voulue par le jacobin Jean Journé en 1607.

  • 24 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 25-39.

6La question de l’organisation de ces conférences théologiques est réglementée tant par l’édit de Nantes que par les synodes nationaux ou provinciaux24. Le synode provincial d’Orléanais-Berry en 1602 met en garde les pasteurs :

  • 25 BnF, ms. fr. 15829, fol. 95 v°. Dans la province d’Anjou-Touraine-Maine, cette question est évoqué (...)

Sur la lecture de l’article du synode national pour le reglement des disputes et conferences avec ceux de l’eglise romaine, ayant esté remarqué que plusieurs engagent les pasteurs soubz divers pretextes, la compagnie exhorte toutes personnes de quelque qualité que ce soit, et les consistoires aussi, de n’engager point legerement un pasteur. Ce qui sera proposé au synode national afin de l’adjouster à l’article susdit25.

7Et voici comment Samuel de Chambaran résume la controverse engagée avec le dominicain au début de l’ouvrage rendant compte de la conférence :

  • 26 L’ouvrage n’a pas été retrouvé.
  • 27 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. iii-iv.

Aiant esté provoqué par un Jacobin, docteur de la Sorbonne, pour entrer en dispute touchant la Religion ; et m’estant contenu aux termes d’escrire, le plus qu’il m’a esté possible : pressé en fin de son désir, il m’est venu trouver jusques ceans, auquel lieu en la présence de fort bonne & notable compagnie nous avons examiné le point de la messe, comme partie formelle de l’Eglise romaine, en quitte de quelques propositions & arguments précédents, mais cette conference ayant esté rompue, à mon grand regret & ceux de l’Église par Monsieur de baillif de Beaugenci, j’ai continué ledit examen par escript, & envoié icelui audit Docteur, lequel l’aiant receu demanda temps pour respondre au retour de quelque petit voiage, et la dessus au lieu de respondre à cest escript, & plusieurs autres choses, où il n’avoit point respondu, il a falsifié & corrompu nostre conference verbale, l’a remplie d’injures & d’invectives, & m’impose des contrarietez, le tout aux despens de la vérité dont nous faisons profession, & ainsi l’a faict imprimer26. Pour empescher donc que le mensonge de sa publication n’abusast les simples, & pour montrer la vérité & saincteté de nostre Religion, j’ai mis en lumière les actes tant de la conference escripte que verbale, en leur intégrité et simplicité27.

8Quels enseignements peut-on tirer de cette présentation de la conférence théologique ? Elle apparaît comme représentative de celles étudiées par Émile Kappler. La rencontre n’est en aucune façon fortuite : comme l’écrit le pasteur, il a été « provoqué » par le jacobin, faisant de la controverse un véritable duel en lui empruntant ses règles et ses codes, comme nous allons nous en rendre compte. En effet, Chambaran analyse ainsi le comportement de l’ecclésiastique :

  • 28 Ibid., p. 3.

Il entreprend et promet de me le faire confesser si je veux entrer avec lui en conference de vive vois. Je ne sçai si ce sera, ou qu’il pense avoir plus forte voix que moi, où à coups de poing, ou de couteau, de recourir à quelcun de ces moiens pour me faire confesser quelque chose28.

9L’assaillant est comme souvent l’ecclésiastique, qui passe par l’intermédiaire d’un marchand réformé de Châteaudun pour engager le duel (un certain Juppin), et qui demande à l’adversaire de proposer un syllogisme, point de départ de la controverse :

  • 29 Ibid., p. 1. Ce à quoi Jean Journé répond dans une lettre : « Le sieur de Chambaran sçait bien que (...)

Le sieur de Chambaran aiant receu le xxiiii febvrier une lettre signée Juppin par laquelle il estoit provoqué à la dispute, de la part du sieur Journé, docteur de la Sorbonne, lui envoia la proposition qui s’ensuit : Toute Église qui n’est fondée sur la parole de Dieu escripte & contenue és livres canoniques du vieil & nouveau Testament, n’est point l’Église de Dieu / L’Église Romaine n’est point fondée sur la parole de Dieu escripte & contenue és livres canoniques du vieil & nouveau testament / Donc l’Église Romaine n’est point l’Église de Dieu / Signé Chambaran29.

  • 30 Ibid., p. 4.
  • 31 Ibid., p. 3.
  • 32 Ibid., p. 12-13.

10Au-delà de la controverse théologique, chacun accuse l’autre de comportement déloyal. Chambaran protestant à plusieurs reprises contre les « injures » et les « invectives » (p. i) de son adversaire, et s’exclamant ainsi : « Que ne seroit-il de vive voix, puis que par escript il est injurieux30 ! » Selon le pasteur, le jacobin a « manqué de courage pour entrer en un combat plus serré », mais il lui reconnaît son audace « pour oser de faire valoir en defiant & provoquant un chacun à débattre de parole »31. C’est pour cela qu’à plusieurs reprises Chambaran insiste sur la controverse écrite car, pense-t-il, « davantage par ce moyen d’escrire on prévient tous blasmes & faux bruits, & subvient on aux esprits non exercez aux disputes. En somme c’est le moyen de nous obliger vous & moi, par nos escritures, & signatures, pour le maintien & justification un chacun de sa cause, en sorte que ce qui est escrit ne se puisse rétracter »32.

11De son côté, l’ecclésiastique regrette que le pasteur fuie le combat, lui reprochant de vouloir uniquement controverser par écrit, alors que le prédicateur catholique veut une conférence orale :

  • 33 Ibid., p. 7-8.

Ne fuiez point nostre conference par ceste manière d’escrire, de peur que le refus que vous en faictes ne face juger à vos disciples ou que vous avez manqué de sçavoir, ou que vous n’avez point la vraie religion : sur ce dernier, je m’asseure de vous vaincre & de faire voir aux assistans que vostre doctrine est damnable. Quand à ce que vous désirez d’y procéder par escrit, c’est processus in infinitum, & en un an nous ne sçaurions faire pas escrit ce que nous ferons en trois heures de vive voix, ou pour le moins en un jour ou deux. […] Choisissez donc le lieu de nostre entreveue, & la matiere pour conférer & le temps pour s’y trouver, faites mentir ceux qui font desja courir le bruit que vous n’oseriez paroistre devant moi. Que si vous y manquez je serai contraint de dire comme eux & juger de vostre refus, que vous vous rendez à un religieux qui presche la vérité, & que vous confessez que vostre religion prétendue reformee est esloignée de la vérité mesme33.

12Jean Journé est celui des deux adversaires qui fixe véritablement le rythme et les règles du duel, acceptant dans un premier temps que la controverse soit écrite, mais exigeant ensuite que les deux hommes passent à un débat oral :

  • 34 Ibid., p. 17.

Je veux acquiescer à vostre desir de recevoir vos escripts & y respondre quand il vous plaira, & le plustost sera le meilleur, & je vous suplie que ce soit avec modestie. Mais je dis que j’accepte ceste condition d’escrire un mois durant à la charge que dans cinq sepmaines nous disputerons deux jours à tout le moins de vive voix, en un lieu que nous, ou nos amis choisiront34.

  • 35 Village situé entre les bourgs de Lorges et de Marchenoir.
  • 36 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 49 : « Aux dites conditions le sieur Jo (...)

13Et c’est ainsi que la conférence orale peut se dérouler, à partir du 3 mai 1607. Pour tous ces débats contradictoires, les conditions entre les deux parties, comme pour un duel, sont fixées par écrit et signées. Manifestement, c’est Jean Journé qui va au-devant de son adversaire, se présentant ainsi comme prédicateur catholique dans le lieu de Briou où réside le pasteur35, et semblant donner l’impression que c’est lui qui accepte le débat proposé par le pasteur36 :

  • 37 Ibid., p. 48.

Conditions accordées entre les sieurs de Chambaran et Journé pour la conférence verbale. / Le sieur Journé estant venu à Briou au logis du sieur de Chambaran le troisiesme jour du mois de mai 1607 pour conférer avec lui sur le faict de la Religion en suitte de ce qui s’est passé ci devant entr’eux par escrit, & par les principes dont ils sont demeurez d’accord, par icelui escript ont aussi convenu respectivement des conditions suivantes pour ladite conference37.

14Les termes du duel sont ensuite fixés :

  • 38 Ibid., p. 48-49.

Sera choisi le point de la messe ou s’il ne semble bon audit sieur Journé tel autre qu’il voudra de la religion romaine des cinq poincts desja proposez entr’eux. Qu’il sera tenu de prouver par la parole de Dieu, ou à son refus le sieur de Chambaran l’oppugnera ; & lui le deffendra ; le tout se faisant en bonne forme & selon l’ordre de logique. / Que celui qui sera chargé de la preuve de quelque chose sera tenu de la réduire en syllogisme lors qu’il en sera requis par l’autre. / Que les raisons et syllogismes proposez seront escrits & signez par celui qui les proposera devant que l’autre soit tenu d’y respondre. / Que rien ne sera tenu pour authentique à faire foi, ni qui oblige à la response que ce qui sera escrit & signé de part & d’autre. / Qu’il ne se passera d’un point à l’autre que le premier proposé ne soit vuidé. / Qu’il y aura double escrit l’un pour ledit sieur Journé l’autre pour le sieur de Chambaran. / Qu’il y aura egal d’auditeurs lesquels seront tenus de signer avant que se séparer chacun des deux escrits38.

  • 39 Sur les 166 conférences étudiées par É. Kappler, 23 se déroulent au domicile du pasteur, mais auss (...)

15C’est le domicile du pasteur qui est donc utilisé pour cette conférence verbale39. On peut être surpris cependant par l’absence de certains points : aucune mention de mise en scène du débat, pas de référence à un modérateur ou à un quelconque secrétariat de part et d’autre pour prendre des notes sur le déroulement ou pour rédiger les réponses, pas de précisions pour cette première étape de la conférence orale sur le nombre de participants et de témoins et sur l’attitude que ces derniers doivent observer pendant les échanges – si ce n’est « qu’il y aura egal d’auditeurs », pas de date de fin des débats.

16La suite de la conférence permet de répondre en partie à ces différentes questions. Tout d’abord, les débats durent dans un premier temps deux jours, les jeudi 3 et vendredi 4 mai. À la fin de la deuxième journée, chacun des deux camps étant tombé d’accord que les échanges peuvent encore se poursuivre, il est décidé :

  • 40 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 104.

D’autant qu’il estoit tard, la compagnie s’est separée sans que monsieur Journé ait dressé response au precedent article : & pour la continuation lesdits sieurs Journé et Chambaran se verront avec l’aide de Dieu dimanche prochain à Marchesnoir sur les deux heures après midi, là où ils prendront advis ensemble pour la continuation faict l’an et jour que dessus, signé Journé et Berthelot, secretaire de M. Journé. / En consequence de ceste remise, lesdicts sieurs se virent à Marchesnoir le jour qu’il avoit esté dict, & fut conclud entr’eux ce qui s’ensuit40.

17Si Jean Journé semble donc avoir un secrétaire, Berthelot, il n’en est de rien pour Samuel de Chambaran, ou du moins n’est-il pas mentionné. Les nouvelles conditions de la conférence sont ainsi fixées le dimanche 6 mai dans les termes suivants :

  • 41 Ibid., p. 104.

Aujourd’hui dimanche sixiesme jour de mai 1607 à l’entreveue faite entre les sieurs de Chambaran et Journé du lieu et heure de la continuation de leur conference encommencée les jours de jeudi & vendredi derniers, a esté arresté & resolu entr’eux que leur dicte conference se continuera en la maison dudict sieur de Chambaran, où elle a esté commencée, & ce les jours de mardi, mercredi et jeudi de la presente sepmaine, et ce depuis onze heures du matin jusques à quatre heures du soir : & lesquels ont respectivement denommé pour leurs assistans estre presents à la conference desdicts jours des personnes jusques au nombre de sept tant d’une part que d’autre ; lesquelles personnes n’auront aucune voix en ladicte conference. Faict à Marchesnoir au logis de M. le lieutenant dudit lieu, ainsi signé Journé, Chambaran, du Val41.

18Ainsi, trois jours supplémentaires sont prévus, donc une fin est annoncée, et le nombre de témoins est précisé, peut-être le même que celui qui a assisté aux débats lors des deux premiers jours. Le caractère assez confidentiel du duel doit être relevé. Toutefois, la conférence théologique n’a jamais pu se poursuivre, interdite par le bailli de Beaugency :

  • 42 Ibid., p. 104-105.

Et ledict jour du mardi, la compagnie s’estant assemblée comme il avoit esté arresté M. le Bailli de Bogenci, après avoir disné à Lorges s’y transporta avec son greffier & fit defenses de passer outre sur grieves peines, & commandement à chacun de se retirer. Sur quoi le sieur du Pont, lieutenant à Marchesnoir offrit sa maison pour la conference ; et là-dessus, le dit sieur bailli protesta de suivre à Marchesnoir, et en dresser proces verbal pour envoier au conseil : la compagnie offrit de sortir de son detroict, Et aller à Lorges, il protesta, comme dessus : & le sieur de Chambaran le prie de se contenter que la compagnie se separast, mais qu’il fut permis au sieur Journé avec un homme de demeurer d’autant qu’ils vouloient conférer de leurs estudes ; et qu’ils respondoit de lui estant en sa maison : mais il persista toujours, disant que cette dispute tenoit en alteration & division toute la ville de Bogenci ; & en ceste sorte a esté rompue la conference verbale42.

  • 43 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 396.

19On peut naturellement être surpris par l’argument du magistrat sur le fait que « cette dispute tenoit en alteration & division » toute la ville de Beaugency, étant donné que la conférence théologique ne s’y déroule pas et qu’elle a lieu en présence de peu de témoins. Manifestement, un certain nombre d’entre elles sont interdites avant même qu’elles puissent débuter, comme c’est le cas à Thiville, autre bourg beauceron, entre Jean Journé et Alexandre Simpson, le pasteur de Châteaudun43, soit au cours de son déroulement. Cela permet de bien souligner le caractère public de telles rencontres et que si l’accord des deux Églises ne suffit pas, celui du magistrat est essentiel. On peut enfin remarquer que, comme il a été souligné lors des débats entre les mêmes Jean Journé et Alexandre Simpson, les deux protagonistes sont prêts à continuer à débattre, mais dans un cadre désormais privé et non plus public. Cette interdiction ne doit pas faire oublier le caractère assez confidentiel du débat, tant par le lieu que par le nombre de témoins, ne lui permettant en aucune façon d’obtenir une véritable audience. Et ce ne sont pas les thématiques abordées qui peuvent modifier cette analyse.

Au cœur des thèmes ordinaires controversés

20La conférence théologique opposant Samuel de Chambaran à Jean Journé doit être toujours replacée dans un contexte beaucoup plus général de controverses interconfessionnelles, et ainsi de volonté plus particulièrement du côté catholique de mettre les pasteurs en difficulté en soulignant les erreurs de l’adversaire et en le convainquant ainsi de retourner dans le troupeau qu’il a quitté. La difficulté d’analyser cette conférence théologique est que l’unique source est réformée, il s’agit de l’ouvrage de Samuel de Chambaran, même si ce dernier a fait transcrire les interventions de son adversaire jacobin. Cependant, sur les 49 premières pages de l’ouvrage comprenant la préparation de la conférence verbale, la répartition des pages entre les auteurs est la suivante : les lettres écrites par Jean Journé représentent 7,5 pages, celles par Samuel de Chambaran 40 pages, auxquelles il faut ajouter le texte de l’accord signé par les deux parties. Lors de la première journée de la conférence verbale, à laquelle 26 pages sont consacrées, les interventions de Samuel de Chambaran en occupent 14 ; pour la deuxième journée, ce sont 19 pages sur 27. La dernière partie de l’ouvrage concerne les échanges écrits après l’interdiction du bailli de Beaugency de poursuivre les échanges oraux : elle comprend 67 pages, et les écrits de Jean Journé n’en représentent que 3. Ainsi, seul le compte rendu de la première journée comporte un relatif équilibre entre les interventions des deux hommes, les autres parties sont beaucoup plus déséquilibrées et en faveur du pasteur.

  • 44 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 51.
  • 45 Ibid., p. 3-4.
  • 46 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 159.
  • 47 Ibid., p. 19.

21Les travaux d’Émile Kappler ont mis en évidence l’influence de la scolastique et de la disputatio dans les échanges entre les protagonistes des conférences verbales. Et c’est bien le terme de « dispute » qui est utilisé comme titre du compte rendu de la première journée, mais aussi par Chambaran44. Le syllogisme proposé par Chambaran ne constitue qu’un point de départ dans la controverse, car très rapidement le pasteur souhaite « restraindre la preuve & la dispute à certains poincts qui autrement seroit trop vague, en un amas presque infini de dogmes & articles de foi », demandant ainsi à son contradicteur catholique « par quels tesmoignages de la saincte escriture vous me prouverez l’invocation des saints, la veneration des images, & mesmes qu’elles peuvent estre adorées de mesme adoration que l’exemplaire, […] la prohibition du mariage aux prestres, & de quelques viandes en certain temps, le Purgatoire, le sacrifice de la messe »45. Ces différentes thématiques proposées font de cette controverse théologique un débat très classique entre les deux protagonistes, d’autant que sur ces points – déjà nombreux – c’est celui de la messe qui est par la suite privilégié46. Malgré la qualité et l’érudition probable des protagonistes, peut-on considérer que cette conférence théologique, à l’image d’une grande partie de cette littérature est, comme l’écrit Émile Kappler, « d’un niveau peu élevé et rarement originale », cherchant à capter un auditoire certes cultivé mais souvent peu versé en théologie47 ? Ainsi, plus que les auteurs, n’est-ce pas le public visé qui explique le niveau théologique de ces ouvrages ? Plusieurs éléments permettent de confirmer ce « faible niveau ».

  • 48 Ibid., p. 209. L’art. 5 de la confession de foi des Églises réformées de France affirme en effet q (...)
  • 49 Ibid., p. 209. Voir sur cette méthode les explications postérieures de Jean Gontery, La Pierre de (...)
  • 50 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 210-211. Gontery accompagne sa méthode de (...)

22On peut tout d’abord s’interroger sur la méthode de controverser, en particulier de la part du jacobin Jean Journé, étant donné qu’il semble avoir une certaine habitude de ces débats quand il engage son duel contre Samuel de Chambaran. En ce début du xviie siècle, avant que ne s’impose par une activité débordante François Véron (1575-1649) dans la façon de combattre les adversaires réformés lors de ces conférences verbales, méthode restée dans l’historiographie sous le nom de « la Véronique », c’est le jésuite Jean Gontery (1562-1616) qui apparaît comme « l’initiateur » en France d’une méthode qui doit « conduire l’opposant à rendre les armes », dont s’est fortement inspiré par la suite Véron et qu’il a perfectionnée. Il s’agit « de montrer que les accusateurs sont dénués de tout moyen de justifier leurs accusations », mais avec une inversion des rôles puisque l’agresseur (le catholique) devient l’accusé. Influencé par saint Augustin et le jésuite Juan Maldonado (1534-1583), professeur de théologie à Paris dans les années 1560, Jean Gontery veut conduire les réformés à prouver leurs articles de foi par l’Écriture et par elle seule48. Selon Émile Kappler, Gontery usa de cette méthode en controverse verbale pour la première fois en 1606 contre le pasteur Benjamin Basnage à Caen en 1606, soit l’année précédant la conférence verbale qui nous intéresse49. La méthode comporte deux volets. Tout d’abord, exiger la confrontation d’un texte exprès de l’Écriture sainte à l’article de foi en discussion. Le pasteur ne le pouvant pas, le lui faire avouer. D’autre part, si l’adversaire prétend user de conséquences, c’est-à-dire d’un raisonnement scolastique à partir d’un texte de l’Écriture, en contester le bien-fondé par tous les moyens de la dialectique50. Cette controverse entre Samuel de Chambaran et Jean Journé permet-elle d’observer la diffusion de la méthode de Jean Gontery auprès du jacobin et d’une défense de la part du pasteur ?

23Il n’en est rien. C’est incontestablement Samuel de Chambaran qui mène les débats, et Jean Journé qui doit constamment se justifier. Ainsi, dès le début de la conférence verbale, il accuse son adversaire de modifier les termes du débat :

  • 51 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 51. Journé ne conteste jamais les texte (...)

Le sieur de Chambaran dit que le sieur Journé change les principes de la dispute, puisqu’il est d’accord avec lui, que l’Eglise de Dieu n’a point d’autre fondement que la parole de Dieu escrite és livres canoniques du vieil & nouveau Testament. Et par iceux il s’est ja ci-devant obligé de prouver non seulement le point de la messe, mais tous les points de la Religion romaine. Je le somme donc de se contenir en ses principes51.

24De même, toujours lors de la première journée, Chambaran reproche à Journé de modifier les règles et de ne pas s’appuyer comme il était convenu uniquement sur les Écritures :

  • 52 Ibid., p. 68. De même : « Le sieur de Chambaran dit qu’il n’y a d’autres authoritez qui doivent av (...)

Le sieur Journé rompt les lices, il faut qu’il se contienne dans les preuves de la parole de Dieu, ainsi il l’a signé, ainsi l’avons-nous convenu, ainsi avons-nous disputé jusques ici, maintenant il est réduit à l’impossible, & ne pouvant prouver par la parole de Dieu, il s’échappe dans les peres52.

  • 53 Ibid., p. 73.
  • 54 Ibid., p. 93-94.
  • 55 Ibid., p. 67.
  • 56 Ibid., p. 85.
  • 57 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 206.
  • 58 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 59, p. 62, p. 66 et p. 69.
  • 59 Ibid., p. 52.
  • 60 Ibid., p. 53.
  • 61 Ibid., p. 55.

25Ensuite, Chambaran lui fait remarquer à plusieurs reprises qu’il est obligé de répéter toujours les mêmes arguments contre Journé, ce qui ne fait pas avancer la conférence verbale. Ainsi, « il supplie la compagnie de rejeter les fautes de ces longueurs sur monsieur Journé, la répétition qu’il faict des choses vuidées, disant que ce que j’ai rejetté lui a esté accordé, ou s’attribuant favorablement des expositions »53 ; ou encore : « En tout cet article le sieur Journé a redit ce qu’il avoit desja dit plusieurs fois, & à quoi j’avois desja respondu : c’est pourquoi j’ai honte de rebouillir tant de fois mesme chose, à cause de quoi m’estudiant à briesveté sur chaque raison desja respondue, je me contenterai de dire un mot »54. Enfin, Chambaran explique que Journé ne prouve rien et se contredit : « le sieur de Chambaran dit qu’il ne faut point détenir les aureilles des auditeurs par des discours qui ne font rien à la chose, & partant je di en deux mots, que les discours de Monsieur Journé se contrarient, & au reste que mes solutions sont fort bonnes & qu’il n’a rien prouvé »55. Cette dernière accusation est aussi utilisée par Jean Journé qui « réplique que le sieur de Chambaran s’est assez souvent contredit lui mesme, & contredit aussi à ceux de sa Religion, & de la nostre »56. On retrouve là une des caractéristiques de la rhétorique des conférences verbales, « occuper le temps et par-là empêcher l’adversaire de répondre »57. Ainsi, à plusieurs reprises, Journé répète inlassablement qu’il a « prouvé un sacrifice continue »58. Les débats sont donc menés non pas par le jacobin, mais par le pasteur, mettant le premier en difficulté si l’on se fie au texte de l’ouvrage de Samuel de Chambaran. Ce dernier écrit ainsi : « Je nie maintenant que l’Eglise romaine soit fondée sur la parole de Dieu escrite, et c’est à lui à prouver et je le somme de ce faire »59 ; et dans l’échange suivant : « La question doncques est toute réduite là, qu’il faut au sieur Journé prouver tant la messe que les autres points de la Religion romaine, par la parole de Dieu, escrite, ou autrement on ne peut estre l’Eglise de Dieu »60. À la suite de l’acceptation par Chambaran de traiter uniquement le sujet du sacrifice de la messe, il « le requiert » d’en donner la définition61.

  • 62 Ibid., p. 55. Journé : « La définition de la messe est d’offrir & sacrifier le corps de nostre Sei (...)

26En ce qui concerne le contenu théologique des échanges, Chambaran est toujours à l’offensive. Il conteste par exemple la définition donnée par Journé du sacrifice de la messe en expliquant qu’elle est « imparfaicte », citant en cela le concile de Trente62. Chambaran reprend les citations bibliques faites par son adversaire en les interprétant différemment. Ainsi, Journé s’appuie en particulier sur Daniel (d’une part 12, 11, et d’autre part 9, 27) ; Chambaran écrit à ce sujet :

  • 63 Ibid., p. 62-63.

Touchant les passages alleguez de Daniel, il est très évident que le Sacrifice continuel dont il est là parlé s’entend du sacrifice continuel des Juifs commandé de Dieu en la Loi. Exod. 29, 38 & 39. Tu offriras par chacun jour continuellement deux aigneaux d’un an. Tu sacrifieras l’un des aigneaux au matin & l’autre aigneau entre les deux vespres. […] Quant au passage du 9, 27, il ne peut estre rapporté qu’à Christ lequel par l’oblation de soi mesmes a faict cesser le Sacrifice continuel des Juifs, depuis laquelle cessation, le temple de Jerusalem fut profané par la prise d’icelle facite par les Romains […]. Et par ces passages, ne peut ledit sieur Journé conclure un Sacrifice tel que la messe devoir estre celebré en l’Église chrestienne d’autant que jamais les prophetes n’ont cognu un tel sacrifice63.

27Il n’est jamais question pour lui de justifier un quelconque article de la confession de foi, comme le préconise Jean Gontery.

  • 64 Ibid., p. 97.

28La présentation à laquelle procède Samuel de Chambaran en opposant la messe catholique et la cène réformée montre très bien cette volonté non pas de faire preuve d’érudition, mais au contraire de s’adapter aux auditeurs et de s’en faire comprendre en les interpellant si nécessaire : « Jugent auditeurs & lecteurs si deux choses si contraires & différentes en toutes sortes de différence, peuvent estre une seule & mesme chose »64.

La messe La cène
« remede à toutes sortes de maux » « a seulement pour but la nourriture des ames »
« servir tant aux presens qu’aux absens, aux morts, comme aux vivants » « [servir] seulement à ceux qui prennent le corps et le sang de Jesus Christ »
« se celebre en l’honneur des saincts » « en mémoire de Jesus Christ »
« le sacrificateur sacrifier Jesus Christ et l’offrir à Dieu » Le Seigneur se donne à ses fidèles
« le prestre seul manger et boire tout » « tous les fidelles estre appellez à la communion »
« la coupe estre retranchée au peuple » « Jesus Christ commander à tous d’en boire »
Se célèbre en langue latine qui n’est plus en usage « en langue vulgaire & intelligible »
« on adore le pain » « le pain et le vin sont symboles du corps & du sang du Christ, sans aucun tel commandement, & sans aucune transsubstantiation »
« ne se peut célébrer que sur un autel, ou pierre à ce destinée » « se celebre à la table »
« avec certains gestes habits extraordinaires » « sans aucuns mouvemens ni habits affectez »
« un sacrifice » « un sacrement »

29Samuel de Chambaran se veut ainsi très didactique dans sa présentation de l’opposition entre messe catholique et cène réformée.

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30Si des conférences théologiques ont vu s’affronter de grands controversistes catholiques et réformés sous le régime de l’édit de Nantes, les débats entre Samuel de Chambaran et Jean Journé n’apparaissent pas, tant sur la méthode que sur le contenu, comme des modèles d’érudition, mais c’est le cas semble-t-il de nombre de ces conférences verbales. Est-ce pour autant une controverse de « faible niveau » ? Il est difficile de juger de la valeur de controversiste des deux protagonistes. Jean Journé ne semble vraiment pas à son avantage dans ce débat, mais rappelons-le la source vient de son adversaire, le jacobin ayant cependant davantage d’expérience dans ce domaine que le pasteur. Samuel de Chambaran, lui, n’est pas un controversiste, cette conférence est la seule expérience de débateur que nous lui connaissons. Il semble toutefois nettement dominer les débats oraux pendant les deux jours où ils se rencontrent. En revanche, ce qui est frappant c’est de constater d’une part l’importance donnée par l’un et l’autre à la méthode, même si l’influence de Jean Gontery ne se fait aucunement sentir dans l’attitude et la démarche de Jean Journé, d’autre part la volonté de s’adapter aux auditeurs (et aux lecteurs), en étant pédagogues et en cherchant à simplifier les oppositions.

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Notes

1 Louis Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre catholiques et protestants en France (1598-1685), Genève, Droz, 2 vol., 1984-1985.

2 Né vers 1675, il est le fils de Nicolas Vignier, juriste calviniste et médecin converti au catholicisme en 1579. Il épouse Olympe Le Blond dont il a deux fils Nicolas, pasteur, et Jérôme (1606-1661) qui se convertit au catholicisme et devient oratorien. Il décède à Blois en 1645.

3 Il épouse Catherine Du Faur et il a au moins deux enfants, Catherine née en 1629 qui épouse le pasteur Claude Pajon, et Paul, pasteur de l’Église de Dangeau avant d’émigrer. Il décède en 1650.

4 Avant d’être pasteur de l’Église de Gien, il a exercé à Nantes-Blain et à Thouars. Sa fille Suzanne épouse André Rivet, pasteur de Thouars, en 1596.

5 Edmond de Beauval, Declaration de Pere Edmond de Beauval jadis Jesuite, docteur en theologie, et predicateur en Bourbonnois, publiquement faite de vive voix en l’Eglise reformée de S. Amand en ladite province, le dimanche 16. juillet mil six cens, Niort, Thomas Portau, 1600. Suit la même année Pierre-Victor Palma-Cayet, Response à la déclaration d’un nommé Edmond de Beauval, soy disant jésuite, qui s’est rendu à la prétendue réformée, Paris, Guillaume Binet, 1600.

6 Daniel Bourguignon, Déclaration du sieur Bourguignon, cy devant ministre de la Religion prétendue réformée sur le sujet de sa conversion à la foy catholique, apostolique et romaine, Paris, René Giffart, 1617 ; Id., L’heureuse conversion du sieur Bourguignon, cy-devant ministre de la Religion prétendue reformée ès ville de Gien et Jargeau et autres lieux prez d’Orleans, à la foy catholique, apostolique et romaine, Paris, s. n., 1617 ; Id., Rencontre et conférence verbale entre le sieur Bourguignon, cy devant ministre des églises prétendues réformées, et le sieur Du Moulin, ministre à Charenton, Paris, René Giffart, 1617 ; Id., Le juste et raisonnable desfy du sieur Bourguignon aux ministres de la province où il estoit, Paris, René Giffart, 1617 ; Id., Response au discours du sieur Jurieu, ministre de Chastillon sur Loing, en laquelle sont descouvertes les pratiques malicieuses de certains huguenots à l’égard des catholiques convertis, Paris, René Giffart, 1617 ; Id., Les impiétés et athéismes evidens des hérésiarches huguenots, Paris, René Giffart, 1617 ; Id., La cabale des ministres huguenots intendans, Paris, René Giffart, 1618.

7 Élie Péju, Antidote contre les vains prétextes des apostats, ou bien Instruction sur les principales controverses de ce temps au sujet de 19 questions proposées à l’auteur, Saumur, Gaucher Collas, 1630.

8 Étienne de Monsanglard, Aspergile chrestien, ou Refutation des erreurs de Thomas Ravenel, Augustin, en son Traicté de l’antiquité, propriété et miraculeux effects de l’eau bénite, Saumur, Thomas Portau, 1624.

9 Isaac Garnier, Réfutation de la procédure que tiennent les nouveaux Méthodistes, ou Traitté monstrant l’injustice et l’impertinence de la méthode qu’employent quelques docteurs de l’Eglise romaine, Saumur, Isaac Desbordes, 1641.

10 Samuel de Chambaran, Entière et Complete Dispute d’entre les sieurs Samuel de Chambaran ministre de l’Église de Lorges & Marchesnoir. Et Jean Journé Docteur de la Sorbonne, selon les actes ci raportés escripts & signez de part et d’autre. Œuvre très utile pour les disputes de ce temps, & principalement pour ce que la question, Si l’Église Romaine est l’Église de Dieu, y est vuidée & decidée par l’examen des principales parties d’icelle, Saumur, Thomas Portau, 1607.

11 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2011, p. 401-403. L’auteur retient « sous le terme de conférence, toute rencontre publique ou privée, qui a fait l’objet d’une discussion verbale entre deux théologiens de religion opposée, sur des points controversés de doctrine ou de pratique » (p. 18). Voir également Bernard Dompnier, Le Venin de l’hérésie. Image du protestantisme et combat politique au xviie siècle, Paris, Le Centurion, 1985. Jacques Solé, Les origines intellectuelles de la Révocation de l’édit de Nantes, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1997.

12 Yves Guéneau, Protestants du Centre, 1598-1685 (ancienne province synodale d’Orléanais-Berry), approches d’une minorité, thèse de 3e cycle en histoire, dir. Robert Sauzet, université de Tours 1982, p. 119-122. Par exemple, l’Église de Lorges-Marchenoir, la plus importante, devait comprendre au début du siècle probablement de 600 à 800 fidèles, voire peut-être plus, celle de Châteaudun autour de de 600 personnes, quelque 500 pour l’Église de Dangeau. Yves Guéneau insiste sur la très grande dispersion des feux réformés dans de nombreux villages et bourgs.

13 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 395-397. Cela a donné lieu à au moins une publication : Alexandre Simpson, Cinq Escrits sur la fausseté des Épistres de S. Clément à S. Jacques, et quelques autres matières, envoyez par A. Simson, ministre de l’Église de Chateaudun, à F. Jean Journé, Quevilly, s. n, 1606. Cette conférence théologique se déroule alors qu’une première tentative avait eu lieu en 1605, mais elle avait été interdite par le magistrat tout en donnant quand même lieu à une publication : Alexandre Simpson, Responce claire et solide à un discours sur la présence du corps du Seigneur, fait par F. Jean Journé, prédicateur de l’Ordre des Jacobins, en forme de dialogue et adressé à un de l’Église réformée de Chasteaudun, s. l., s. n, 1605. Un troisième ouvrage du pasteur de Châteaudun est publié en 1610, issu probablement encore d’une controverse avec le même Jean Journé : Dialogue sur la présence du corps du Seigneur au Sacrement, fait par un Jacobin…, s. l., s. n., 1610.

14 Cité par É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 396.

15 En novembre 1611, le synode provincial d’Orléanais-Berry tenu à Blois censure Simpson pour avoir « enseigné une doctrine erronée touchant le lieu où sont recueillies les ames des fidelles après leur depart de ce monde jusques à la resurrection », et il lui est interdit « d’enseigner jamais telle doctrine erronée ni de bouche ni par escrit, ni publiquement ni particulierement, sur peine de suspension de son ministère » (BnF, ms. fr. 15829, fol. 136 v°-137 r°).

16 Aujourd’hui Châtillon-Coligny (Loiret).

17 BnF, ms. fr. 15829, fol. 97 v°.

18 Lors des deux synodes provinciaux de 1601 et celui de 1602, il représente l’Église de Romorantin comme ancien.

19 BnF, ms. fr. 15829, fol. 97 v°. L’assemblée politique de Sainte-Foy s’est tenue en 1601, il y est donc en tant représentant de la noblesse.

20 Jean Aymon, Tous les synodes nationaux, La Haye, Charles Delo, 1715, t. 1, p. 273, art. 6 des matières générales.

21 BnF, ms. fr. 15829, fol. 108, synode provincial de Sancerre.

22 De nombreux articles des synodes provinciaux de 1609, 1610 et 1611 sont consacrés à cette affaire, voir BnF, ms. fr. 15829 (pour 1609, fol. 113-119 ; pour 1610, fol. 121-124 ; pour mars 1611, fol. 129-131 ; pour novembre 1611, fol. 133-139).

23 BnF, ms. fr. 15829, fol. 156 r°, synode provincial de Châtillon-sur-Loing.

24 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 25-39.

25 BnF, ms. fr. 15829, fol. 95 v°. Dans la province d’Anjou-Touraine-Maine, cette question est évoquée lors du synode de 1600 : « Il ne se pourra entreprendre aucune dispute publicque sans le consentement des magistrats, consistoires et colloques. Mais quand aux disputes particulieres, on le pourra faire pour l’edification de quelques particulliers, et pour leur conversion avec le consentement du consistoire. Et toutes disputes soit verballes ou par escript se decideront par l’escriture » (art. 9 des faits généraux), voir Didier Boisson (éd.), Actes des synodes provinciaux des Églises réformées d’Anjou-Touraine-Maine (1594-1683), Genève, Droz, 2012, p. 107.

26 L’ouvrage n’a pas été retrouvé.

27 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. iii-iv.

28 Ibid., p. 3.

29 Ibid., p. 1. Ce à quoi Jean Journé répond dans une lettre : « Le sieur de Chambaran sçait bien que la mineur proposition de ce syllogisme répugne à la foi & à la vérité, & par conséquent heretique ; comme je promets de lui faire confesser quant il lui plaira de discourir avec moi de vive voix. Mais il faut qu’il croie comme moi en ceste façon : Toute Église qui n’est fondée sur la parole de Dieu escripte & contenue es livres canoniques du vieil & nouveau Testament, n’est point l’Église de Dieu / L’Église prétendue reformée n’est point fondée sur la parole de Dieu escripte & contenue és livres canoniques du vieil & nouveau testament / Donc l’Eglise pretendue reformee n’est point Église de Dieu / Signé Journé, docteur en théologie en l’Université de Paris, & predicateur à Chasteaudun » (p. 1-2).

30 Ibid., p. 4.

31 Ibid., p. 3.

32 Ibid., p. 12-13.

33 Ibid., p. 7-8.

34 Ibid., p. 17.

35 Village situé entre les bourgs de Lorges et de Marchenoir.

36 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 49 : « Aux dites conditions le sieur Journé souscrivit. / Estant venu en ce lieu de Briou a presché en l’Eglise dudit lieu j’ai accepté la maison de Monsieur de Chambaran qu’il m’a offert pour la conference que nous ferons et reçois les conditions susdites. / Signé Journé ».

37 Ibid., p. 48.

38 Ibid., p. 48-49.

39 Sur les 166 conférences étudiées par É. Kappler, 23 se déroulent au domicile du pasteur, mais aussi 34 dans des demeures seigneuriales ou 13 dans les domiciles de magistrats (Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 52).

40 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 104.

41 Ibid., p. 104.

42 Ibid., p. 104-105.

43 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 396.

44 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 51.

45 Ibid., p. 3-4.

46 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 159.

47 Ibid., p. 19.

48 Ibid., p. 209. L’art. 5 de la confession de foi des Églises réformées de France affirme en effet que la parole de Dieu, contenue dans les livres canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament, est la référence exclusive de la doctrine réformée.

49 Ibid., p. 209. Voir sur cette méthode les explications postérieures de Jean Gontery, La Pierre de touche ou la vraye méthode pour désabuser mes esprits trompez sous couleur de réformation, Bordeaux, Simon Millanges, 1614 : « Je n’emploieray ny citations des Pères, ny autres moyens accoutumés pour establir une vérité chrestienne ou dissiper l’erreur. Nos adversaires s’en moquent. Nous nous contenterons d’employer leur seule Confession de foy qu’ils ont présentée au Roy » (dédicace non paginée).

50 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 210-211. Gontery accompagne sa méthode de conseils pratiques : 1. Avant d’entamer la discussion, faire comprendre à l’adversaire qu’il doit se poser la question s’il n’existe pas d’erreurs dans sa propre confession ; 2. Faire préciser à l’adversaire la proposition ou thèse qu’il conteste, selon les propres termes de la Confession de foi, la règle qu’il accepte pour juge du débat, et le texte formel de la Bible considéré comme preuve de la proposition initiale ; 3. Puis mettre par écrit ce qui a été ainsi défini ; 4. Vérifier si le texte biblique allégué est conforme au passage concerné de la Confession de foi. Si c’est négatif, la preuve est faite de la fausseté de la proposition ; 5. Si l’adversaire recourt « aux conséquences, aux conformitez, aux analogies, aux syllogismes, aux argumens, aux histoires, aux Pères », faire remarquer qu’il est en contradiction avec l’article 5.
Sur la méthode de Gontery et ses articulations avec celle de Véron, voir dans ce dossier les articles de Thibault Catel et Julien Léonard.

51 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 51. Journé ne conteste jamais les textes de la Bible réformée, se sentant peut-être insuffisamment préparé à cette question de la conférence verbale. C’est pourquoi il préfère semble-t-il glisser sur le terrain de la messe.

52 Ibid., p. 68. De même : « Le sieur de Chambaran dit qu’il n’y a d’autres authoritez qui doivent avoir lieu en ceste dispute, que celle de la parole de Dieu, suivant ce que nous avons convenu » (p. 70-71).

53 Ibid., p. 73.

54 Ibid., p. 93-94.

55 Ibid., p. 67.

56 Ibid., p. 85.

57 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 206.

58 S. de Chambaran, Entière et Complete Dispute, op. cit., p. 59, p. 62, p. 66 et p. 69.

59 Ibid., p. 52.

60 Ibid., p. 53.

61 Ibid., p. 55.

62 Ibid., p. 55. Journé : « La définition de la messe est d’offrir & sacrifier le corps de nostre Seigneur sous les espèces du pain & du vin, la substance du pain et du vin estant changée au corps de nostre Seigneur Jésus Christ, & en son sang ».

63 Ibid., p. 62-63.

64 Ibid., p. 97.

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Pour citer cet article

Référence papier

Didier Boisson, « Controversiste malgré lui »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 125-142.

Référence électronique

Didier Boisson, « Controversiste malgré lui »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10324 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10324

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Auteur

Didier Boisson

Université d’Angers – TEMOS, UMR 9016

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CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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