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La controverse à la portée de tous ?

La prédication catholique en France au xviie siècle.

Réflexions sur un moyen ordinaire de controverser
Catholic preaching in seventeenth-century France. Reflections on an ordinary means of controversy
Stefano Simiz
p. 101-124

Résumés

Parmi les controverses verbales en usage dans les affrontements confessionnels des xvie et xviie siècles, on pense rarement à fixer le regard sur la simple et ordinaire prédication. Certes, elle ne répond pas aux critères habituellement établis de la disputatio, et pourtant des orateurs peuvent se répondre de chaire en chaire, et n’oublions pas que les grands controversistes ont souvent été aussi des prédicateurs renommés. Elle est unanimement considérée aujourd’hui comme un outil de persuasion, de formation et d’information destiné à forger les opinions religieuses. C’est très vrai côté catholique, car l’Église romaine possède davantage de moyens que les protestantes, multipliant partout les prises de parole et saturant en quelque sorte l’espace et le temps. Limitée car contrôlée sous le règne du pacificateur Henri IV, la prédication offensive et polémique reprend de plus belle après 1610. Or, celle-ci n’est-elle pas également une forme de controverse plus familière, de proximité, passant souvent sous les radars de l’historien car agissant comme à bas bruit ? En armant doctrinalement et théologiquement les auditeurs sur quelques points précis, ne contribue-t-elle pas à promouvoir une pratique sociale de la controverse, accessible à tous ? Même si son impact est sans commune mesure avec celui de la grande controverse, elle en constitue cependant et à la fois l’un des ressorts et un prolongement.

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Texte intégral

  • 1 Cinthia Meli, « Prédication et controverse sous le régime de l’édit de Nantes. Étude comparée de t (...)

Si la controverse se traduit par la publication d’un nombre très important de traités et de libelles, elle se déploie également dans les genres oraux de la conférence théologique et du sermon, même si, dans ce dernier cas, le genre ne lui est ni spécifiquement, ni exclusivement dévolu1.

  • 2 René Taveneaux, Le catholicisme dans la France classique, 1610-1715, Paris, Sedes, 1994 (2e éd.), (...)
  • 3 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie si (...)
  • 4 Expression d’Élisabeth Labrousse, citée par Bernard Dompnier, Le Venin de l’hérésie. Image du prot (...)

1Par ces mots, Cinthia Meli restitue bien l’incontestable hiérarchie caractérisant la controverse interconfessionnelle, tant chez les protestants – son premier objet d’étude – que chez les catholiques. Fruit des contextes généraux et locaux, mais aussi dépendant de ses acteurs, le devoir de polémiquer s’exprime surtout par le livre et les grands débats contradictoires publics, ces formes spectaculaires du duel oratoire sur les grandes matières ecclésiales et doctrinales. Traditionnellement qualifiée de « savante » voire de « scientifique »2, elle obéit à des règles quasi académiques et puise dans le très vaste patrimoine d’une pratique traditionnelle. Dans cet ensemble, la controverse verbale qui a été le plus observée est bien la conférence ou disputatio, à l’image des 166 relevées par Émile Kappler et organisées surtout dans le premier tiers du xviie siècle3. En rester à ces constats est déjà riche de sens, et pourtant cela ne rend compte ni de la totalité ni de l’ampleur du phénomène, et des armes employées pour mener ce combat. Non seulement la paix civile et la concorde instaurées par la loi (édit de Nantes) créent les conditions favorables à une autre manière de combattre l’autre, mais elles ouvrent une séquence qui a pu être qualifiée de « vrai paradis pour les controversistes »4. Or, dans ce climat de mobilisation générale des ressources humaines et théologiques afin de vaincre l’autre en illuminant de toute la vérité ses erreurs, l’historien sait bien à la lecture des sources qu’aucun moyen ne fut négligé, en particulier le ressort plus ordinaire de la prédication, outil d’une « controverse familière », de terrain et comme agissante à bas bruit, sans forcément d’effets d’annonce.

  • 5 Pour une mise en perspective générale des défis de la prédication au début des Temps modernes : La (...)
  • 6 Dans le contexte d’affrontement religieux des xvie et xviie siècles, sous toutes les formes possib (...)
  • 7 Emmanuel Tschitschmann, Panorama des missions jésuites en Lorraine aux xvie et xviie siècles, mémo (...)
  • 8 Dans sa chronique (1524-1594), le réformé troyen Nicolas Pithou rapporte de nombreux cas de maître (...)
  • 9 Stefano Simiz, « La foi du Grand Morus, prédicateur catholique et ligueur rémois à la fin du xvi(...)

2Le xvie siècle a permis à toute la prédication chrétienne de gagner en qualité afin de soutenir l’exigence des débats doctrinaux tout en aidant les fidèles des différentes Églises à mieux connaître et vivre leur confession5. Comme ses rivales, le poids d’un héritage pluriséculaire en plus, la prédication catholique s’évertue à renforcer son organisation, à améliorer ses mérites, enfin à relever le défi proposé par une éloquence de chaire protestante très efficace. Dès avant et plus encore pendant les guerres de Religion6, les évêques font appel à des sermonnaires réputés, parfois appelés de loin, pour rétorquer « chaire contre chaire » aux sermons calvinistes en ville, notamment à l’occasion des rendez-vous majeurs que sont les grandes stations longues et bien implantées du Carême et de l’Avent, ou celles plus courtes et justement fondées dans ce contexte des octaves du Saint-Sacrement. À cela s’ajoute déjà l’emploi régulier d’ouvriers apostoliques enrôlés dans des œuvres missionnaires intérieures, comme c’est le cas dans les duchés lorrains dès les années 1580, depuis la base que constitue l’université jésuite de Pont-à-Mousson7. Rappelons que pour éviter les risques de prises de parole moins catholiques, ambiguës voire nettement critiques, faisant le lit des nouveautés, tous ces orateurs sont désormais plus étroitement choisis qu’au cours du second tiers du xvie siècle8, qu’ils s’expriment au nom de toute l’Église et plus spécialement encore en celui de l’autorité qui les engage (épiscopale, régulière, municipale, princière), possédant une légitimité canonique et sociale accrue. Envisager alors leurs sermons en terme d’efficacité performative est non seulement une réalité, mais encore une nécessité. Il est certain aussi, et nous en revenons à notre sujet proprement dit, que ces différentes modalités d’action renouvelées assurent une évidente dimension controversiste, y compris au cœur d’instructions à visée plus générale. À titre d’exemple, les sermons du théologal rémois Hubert Meurier sur les indulgences ou la messe dans les années 1575-1589 assument d’emblée cette coloration bivalente d’être à la fois outil de réformation profonde des fidèles romains et de dénonciation des erreurs adverses9.

  • 10 « Nous deffendons à tous prescheurs, lecteurs et autres qui parlent en public d’user d’aucunes par (...)
  • 11 Henri Fouqueray, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, des origines à la suppression (1528- (...)
  • 12 Expression à propos de la prédication de Génébrard, employée par Thierry Amalou, « Deux frères enn (...)
  • 13 Alain Lottin, Lille, citadelle de la Contre-Réforme ? (1598-1668), Villeneuve d’Ascq, Presses univ (...)

3On le sait bien, le régime de l’édit de Nantes n’affaiblit en rien la capacité de l’Église catholique à poursuivre le combat des mots face aux réformés, bien au contraire. Pourtant, à la demande d’Henri IV et au nom de l’article 17 de la loi de pacification10, les petits brasiers que peuvent être les chaires antagonistes sont maintenus le plus éteints possibles11. Tout change après la mort du premier souverain Bourbon, la controverse redevient une priorité qui peut et doit emprunter aussi la voie de la chaire, car elle « permet alors de vulgariser la polémique antiprotestante »12. Nous supposons donc que les orateurs s’en prenant aux huguenots rencontrent comme au temps des affrontements des guerres de Religion, lorsque la controverse quitte le champ de la théologie pour s’adresser au grand nombre, un certain succès et peuvent être particulièrement recherchés. Observons donc cette capacité renouvelée des maîtres de l’éloquence à enflammer les débats publics en s’emparant des figures de l’hérésie et de l’hérétique13, en tentant d’en évaluer la portée dans la durée, sans omettre d’en signifier les variations, les sources d’inspiration et les limites.

Une reprise de la petite controverse en chaire après 1610

  • 14 Françoise Chevalier, Prêcher sous l’Édit de Nantes. La prédication réformée au xviie siècle en Fra (...)

4Alors que la seconde partie du règne d’Henri IV avait coïncidé avec une accalmie de tout échauffement en chaire, les années 1610 marquent le réveil d’une prédication catholique de controverse. Le ton polémique et incisif adopté en France n’est pas sans rappeler la véhémence des années ligueuses, exacerbée par la prise de conscience de l’efficacité bien établie de l’art protestant du prêche14. Toute une série de petits indices peut être évoquée en appui de cette idée de reprise émanant du terrain pastoral et non théologique.

  • 15 S. Simiz, Prédication et prédicateurs…, op. cit., p. 47.
  • 16 Georges Viard, « Un dévot à l’écoute des prédicateurs : Africain Senault, apothicaire langrois », (...)
  • 17 BM Langres, ms. 39-2, Mémoires de ce qui s’est passé à Langres depuis 1607 jusqu’à 1624, suppl. Ch (...)
  • 18 Henry Ronot, « Une famille de peintres protestants à Langres au début du xviie siècle : les Michel (...)
  • 19 Il s’agit de l’expérimenté controversiste passé par Dieppe, Bordeaux, Sedan, etc. Sur sa méthode d (...)
  • 20 Jean Pussot, Journalier de Jean Pussot, maître-charpentier à Reims (1568-1626), éd. Jérôme Buridan (...)
  • 21 Ibid., p. 164
  • 22 Ibid. p. 203.
  • 23 D’après Aurélien Hupé, « Un aspect de la querelle de la prédication dans la deuxième moitié du xvi (...)

5À commencer par la création, là où il n’existait pas encore, d’un nouveau cycle financé de sermons encadrant la fête du Corpus Christi, une fête qui est un authentique marqueur du catholicisme urbain : rien qu’en Champagne et en Lorraine, les octaves du Saint-Sacrement de Langres (1607) et de Châlons (1623) viennent rejoindre les quatre déjà fondées entre 1579 et 1586 à Toul, Dijon, Metz et Reims15. Faute d’avoir conservé les sermons mêmes et les circonstances précises de leur expression, contentons-nous des échos précis sur leur contenu critique du protestantisme grâce à ce qu’en ont rapporté leurs auditeurs. C’est ainsi avec un plaisir non feint que l’apothicaire langrois Africain Senault, frère de l’ancien ligueur parisien Pierre16, précise sa pensée au sortir d’un sermon donné en 1612 : « Au grand contentement des catholiques … [le capucin Épiphane] a bien daubé sur les huguenotz »17. Le climat est en effet tendu, car le bruit populaire prête l’intention à la petite communauté protestante locale, constituée autour du peintre Jean Michelin et du marchand Jean Raffard, d’obtenir un lieu de culte dans les faubourgs et non de faire les trente lieues qui les séparent du temple d’Attigny près de Sens. Une violente émeute antiprotestante a d’ailleurs lieu en janvier 161318. Fidèle auditeur d’une chaire, celle de la cathédrale de sa cité, le rémois Jean Pussot rapport que le jésuite « Gontier » – qui n’est nul autre que Jean Gontery19–, orateur engagé par le chapitre de Notre-Dame pour faire des octaves de 1613 un rendez-vous de controverse, « prouva suffisamment et refusta tout, les calomnyes, mensonges et faulcetées de toutes les heresies advancées par les herectiques et religionnaires de nostre temps, et signamment celles vomyes contre le sainct sacrement de l’autel »20. Gontier était déjà monté en chaire pour le même office en 1607, mais le ton semble avoir été alors plus neutre21. La même voix devenue familière aux Rémois s’exprime deux années plus tard (1615) pour le Carême « où, semble-t-il, il refuta amplement et clairement sur chacun poinct et passaige de l’escriture saincte, tous les hérésies du très impudent Calvyn ; démonstrant par ses livres mesmes touttes les faulcetés et meschantes oppinions aisées à juger ». Cela fut dit « au grand contentement du grand nombre d’assistans qu’il y avoit journellement, et non au contentement des hérétiques et libertins »22. Au-delà de la subjectivité possible d’un fidèle auditeur, le compte rendu de l’artisan n’est pas sans poser question : en effet s’est-il agi d’une station quadragésimale spécialement construite dans un esprit de controverse et confiée dans ce but à un orateur spécialisé, ou plus modestement de quelques moments opportunément saisis par lui pour débattre contre la foi réformée23 ? On a forcément plus d’assurance sur la teneur antiprotestante des propos lors des octaves eucharistiques.

  • 24 André Valladier profite de l’oraison funèbre de l’évêque Givry en 1612 pour vitupérer contre la «  (...)
  • 25 B. Dompnier, Le Venin de l’hérésie…, op. cit., p. 153 évoque la remontrance du pasteur de Gap cont (...)

6Sensiblement amorcée après 161024, la réouverture d’un front confessionnel récurrent est encore plus nette avec l’entrée dans les années 1620 et la reprise des troubles religieux (guerres de Rohan ou « nouvelles guerres de Religion »), moment par force favorable à toutes les formes de controverse, écrites et orales, ambitieuses ou occasionnelles. Car la vox praedicationis vise moins à rencontrer directement les protestants, qui ont leurs pasteurs et leurs lieux garantis, qu’à les combattre aux yeux des auditoires catholiques. L’apport des prédicateurs réguliers, déjà essentiel voire indispensable à la prédication, s’accentue encore par l’installation massive de nouvelles congrégations, portée par ce qu’il est d’usage d’appeler « l’invasion conventuelle ». C’est d’ailleurs souvent par l’envoi préalable de sermonnaires de qualité que les principaux ordres, tels les jésuites, tentent de se rendre nécessaires à l’animation pastorale des communautés locales. Il serait évidemment exagéré de prétendre que chacune de ces arrivées augmente ou stimule le potentiel de controverse des clergés catholiques, pourtant cette densification de l’encadrement dans un contexte tendu est parfois perçue comme telle par les communautés protestantes. Les pasteurs qui mettent ainsi en garde leurs coreligionnaires tentés d’assister à des sermons « papistes » craignent de ne pouvoir plus endiguer ce flot oratoire25.

  • 26 Cité par Fabienne Henryot, « La controverse », dans Fabienne Henryot, Laurent Jalabert et Philippe (...)
  • 27 L’expression est de Jean-François Boulanger, « Les protestants », dans Georges Clause (dir.), Le d (...)
  • 28 Stefano Simiz, « Vitry-le-François et ses particularités confessionnelles aux xviie-xviiie siècles (...)
  • 29 Jean Pourreau, L’eau vive de la Fontaine d’Asbamée pour convaincre de mensonge les huguenots de Vi (...)
  • 30 Les auteurs » locaux » ou régionaux sont souvent des orateurs, à l’instar de Géry Lespagnol à Lill (...)
  • 31 G. Hérelle (éd.), op. cit., p. 66.
  • 32 On garde un témoignage – le sien – de son passage à Châlons-Compertrix : « [les membres du consist (...)
  • 33 Julien Léonard, « Les Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638). Le chef-d’œuvre de (...)

7Quoi qu’il en soit, les énergies proprement contre-réformatrices se libèrent et les signes d’une dynamique de controverse en chaire se multiplient. Gardien du couvent récollet de Metz, Ignace Le Gault a eu une activité soutenue, et dans son œuvre prêchée, parvenue jusqu’à nous grâce à l’imprimerie, la dimension de controverse est très présente. Rien d’étonnant dans une cité où le poids et la qualité du protestantisme sont pour un locuteur catholique de redoutables et permanents défis. Lui-même nous apprend que « par l’espace d’un an entier, Advents, Caresmes, Octaves, Dimanches, j’ay presché dans l’Eglise cathédrale de cette ville, réfuté les impertinences, erreurs, faussetés et mensonges des susdits livres »26. La récente ville de Vitry-le-François, surgie de terre après les ravages causés à la bourgade voisine de Vitry-en-Perthois par la campagne impériale de 1544, devient dans la seconde moitié du siècle la « place forte [d’un] protestantisme champenois »27, difficile à combattre aussi parce qu’on n’y compte aucun couvent avant le début du xviie. Définie comme le chantier prioritaire de la pastorale antiprotestante par les évêques de Châlons, elle accueille coup sur coup les minimes (1620) puis les récollets (1621-1624), les premiers nommés recevant même un exceptionnel droit de quêter par tout le diocèse en « considération des grands biens que l’on peult recepvoir de leurs prédications et prieres »28. D’importantes figures de la controverse catholique s’y manifestent : le cordelier et gardien du couvent rémois Jean Pourreau s’y exprime lors d’un Carême, calomniant Calvin et assurant que les réformés étaient damnés et leurs mariages un simple concubinage. Le ministre et un « anonyme » réagissent par écrit, puis Pourreau reprend la main dans L’eau vive de la Fontaine d’Asbamée29. Au fil de ses arguments de défense, l’orateur-écrivain30 apporte une intéressante précision sur cette forme biaisée de controverse – car vécue en absence d’adversité directe –, nous apprenant que le pasteur calviniste n’a pas assisté personnellement à ses sermons, fuyant le feu, ajoute-t-il sur un ton badin et provocant, d’une prédication « qui eust grillé et rosty le deslié cotton de sa belle barbe ministériale »31. Ces échanges musclés ont certainement favorisé l’implantation rapide des minimes un an plus tard. Fort de la mission reçue du roi, le célèbre François Véron, très actif en Brie et Champagne en 1622, jette aussi son dévolu sur ce lieu et propose « [s]on petit service en ces exercices dans [le] diocèse, specialement Châlons, Vitry et autres lieux où les ministres font leurs presches ». S’il recherche plus la dispute académique classique provoquée par cartel pour triompher personnellement des pasteurs, il n’exclut pas pour autant de prêcher « ès places publicques »32, conformément à sa pratique ordinaire33.

  • 34 François Monginot se convertit en 1617 et met par écrit son cheminement : François Monginot, Résol (...)
  • 35 G. Viard, op. cit., p. 438.
  • 36 BM Langres, ms. 39-2, Chronique des Capucins, fol. 7 v°-8 v°.
  • 37 Ibid., Mémoires de ce qui s’est passé à Langres depuis 1607 jusqu’à 1624, fol. 123 v°.

8L’une des tâches antiprotestantes du prédicateur consiste à enrayer la diffusion des idées réformées, qualifiées d’hérétiques ou idolâtriques, lesquelles passent par les hommes et par les livres. La vigilance en chaire vise d’abord à protéger les fidèles catholiques de lectures pouvant les entraîner sur des terrains mouvants, doctrinalement dangereux tant pour les moins assurés que pour les plus exigeants d’entre eux. La chose s’observe bien à Langres en 1617, lorsqu’un médecin récemment converti, François Monginot, ramène avec lui de Paris 39 livres imprimés34. Ému par cette situation, le capucin Honoré de Paris alerte le conseil échevinal, les officiers royaux et les auditeurs « qu’il failloit brusler lesd. Livres puisqu’ilz estoient censurez par l’Eglise et par la cour de parlement de Paris35. » Deux théologaux, dont celui de Troyes retenu pour tenir une station, donnent également leurs avis sur la dangerosité représentée par la circulation d’ouvrages contenant « [d’]execrabbles parolles quil a dict [Calvin] contre Jesus Christ et contre son Eglise avec des moqueriez et insolences »36. Les autorités locales réagissent fermement. Le livre réformé n’est d’ailleurs pas le seul à être poursuivi, comme le révèle le sermon pour la fête de la Nativité de la Vierge qui fixe une ligne d’orthodoxie infranchissable : « à ceux qui se dient catholiques de ne poinct avoir en leurs maisons ny lire les livres de Marot, Rabelais ny aultres livres de farce et mocqueries »37.

  • 38 Invitation demeurée sans suite (Julien Léonard, Être pasteur au xviie siècle. Le ministère de Paul (...)

9Il ne faudrait pas s’y méprendre, même au cours de ces années la place de la controverse en chaire reste secondaire, comme un élément consubstantiel à la harangue forte faite aux catholiques de mieux gouverner leur foi. Elle est parfois un simple moyen choisi pour défier le camp adverse, l’inviter à débattre en conférence publique. On comprend que de nombreuses conférences importantes à venir sont ainsi petitement nées d’une amorce en chaire par des orateurs maîtrisant à merveille une argumentation susceptible d’amener aux débats plus théologiques. Le récollet Lescrivain prêchant Avent 1621 et Carême 1622 à Metz, ouvre à ces occasions le débat sur la légitimité et l’autorité des ministres protestants, certes pour informer son auditoire, plus sûrement de manière à pouvoir en débattre avec le pasteur Paul Ferry qu’il défie personnellement38. Ainsi, ce n’est parce qu’il n’est guère publicisé ou aisément repérable que ce premier degré de controverse ne joue pas un rôle dans le contexte des grandes joutes à venir.

D’une controverse à l’autre, le climat du milieu de siècle

  • 39 B. Dompnier, Le Venin de l’hérésie…, op. cit., p. 144.

10Les historiens de la controverse interconfessionnelle ont établi une chronologie assez précise des phases de cet affrontement au Grand siècle. Entre le premier et le dernier (grand) tiers du siècle menant à l’étouffement progressif du protestantisme et à l’édit de Fontainebleau (octobre 1685), la tranche médiane serait marquée par une activité plus ralentie. « [L’]intense volonté de voir régler au plus tôt la question protestante », ce « tour offensif » très répandu dans la société catholique, s’amoindrirait au profit d’approches moins acharnées, plutôt cantonnées aux milieux zélés et dévots, parfois sur place d’expériences de coexistence très pragmatiques39. Cela est incontestable, et pourtant après 1640 le moment d’éclosion d’une nouvelle controverse interne au catholicisme, née de l’augustinisme port-royaliste, a des conséquences loin d’être nulles sur les formes classiques de l’affrontement interconfessionnel.

  • 40 S. Simiz, Prédication et prédicateurs…, op. cit., p. 286-288. Les citations proviennent du Récit v (...)

11Après les épisodes sporadiques relevés à Metz en 1644 (en cause quelques sermons prononcés par des oratoriens lors d’une mission au cours d’une station de Carême), le début de la décennie suivante offre de nombreux témoignages d’une lutte prenant les fidèles à témoin par l’art oratoire. Relèvent de cette catégorie les prises de parole du Parisien Duhamel à Langres en 1654 et l’affaire Carré-Nathanaël à Châlons l’année précédente, tout cela autour de la condamnation des thèses arnaldiennes portées par le traité sur La Fréquente communion (1653). La rivalité entre Carré, prédicateur parisien désigné pour la cathédrale Saint-Étienne par le chapitre et le vicaire général, et le récollet Nathanaël est due à la mauvaise grâce du premier, jaloux devant le succès que le religieux remportait dans la chaire voisine de la collégiale Notre-Dame en Vaux. Mal inspiré et vindicatif, Carré entend marquer les esprits par un sermon flirtant volontairement avec les limites doctrinales, prêchant « de la justice de Dieu, avec des paroles et des propositions si extraordinaires que plus d’un tiers de la ville ne sçavoit plus quel sentiment il devoit avoir de la religion » : Jésus ne serait pas mort pour tout le monde, le temps d’absolution imposé aux pécheurs doit être allongé et le retour à la communion retardé. En absence de l’évêque, retenu à Paris, ces propos ambigus jettent « l’espouvente » « à une infinité de conscience timorées » ; d’autant plus qu’ils consoleraient les calvinistes tout comme ils conforteraient les libertins dans leur idée de ne pas faire d’efforts spirituels si la prédestination entre en ligne de compte. Il faut comprendre l’ampleur de la gêne occasionnée par cette controverse inattendue, alors que l’évêque Vialart est l’objet d’accusations à peine voilées sur son augustinisme et que le diocèse abrite un solide protestantisme. « Les curez » demandent alors au Père Nathanaël de venir administrer le « contre-poison » là même où il a été disséminé, décision qui plonge la cité dans un drame ponctué de pamphlets et contre-pamphlets, de plaintes restées dans l’histoire sous le nom « d’Affaire Carré »40. Ce qui nous intéresse ici est évidement d’un autre ordre et dépasse le seul cadre châlonnais.

  • 41 G. Hérelle (éd.), op. cit., t. 1, p. 114-116.
  • 42 Robert Sauzet, Contre-Réforme et Réforme catholique en Bas-Languedoc. Le diocèse de Nîmes au xviie(...)
  • 43 François de Toulouse, Le missionnaire apostolique ou sermons utiles à ceux qui s’employent aux mis (...)

12La controverse alimentée entre catholiques ne fait-elle pas le jeu des Églises calvinistes en brouillant les repères doctrinaux et les frontières que l’instruction ordinaire établit, depuis des décennies, aux simples fidèles ? D’ailleurs, quelques réformés, certainement isolés, y voient les prémices d’une alliance de fait – plus que contestable sur un plan historique – entre jansénisme et protestantisme, à l’image de ce pasteur hollandais écrivant à son confrère de Vitry-le-François Anguenet vers 1655 : il est convaincu que le livre de Jansenius « servira de filet pour pescher toute l’Europe […] et pour faire venir les papistes au presche ». Grâce à la pensée du « saint evesque d’Ypres, quand je dois monter en chaire pour faire le presche, je n’ai plus besoin de consulter les divers volumes de Luther, de Melanchton, de Calvin, de Bèze, de Dumoulin […] j’ouvre seulement le livre de Jansenius sur les matières ordinaires que nous traitons contre les papistes »41. On pourrait être étonné d’un tel raccourci car, comme le signale Robert Sauzet, il faut se garder de conclure que la présence de foyers hérétiques faciliterait une pastorale janséniste42. C’est pourtant une opinion qu’on entend en chaire et qu’on lit aussi sous des plumes catholiques. Dans le manuel pour les prédicateurs missionnaires de son ordre composé en 1666, le capucin François de Toulouse déclare se tenir à distance « des opinions du temps qui font tant de bruit, qui embarrassent si fort les esprits et qui enfin font les impies et les hérétiques ». L’auteur annonce que le premier sermon du second tome, consacré au salut de l’humanité, sera encore plus explicite puisqu’il combat « cette cruelle hérésie qui veut nous persuader que le Christ n’est pas mort pour tous les hommes »43.

13L’émergence d’un courant plus augustinien au sein de l’Église catholique ne fait pas que ressusciter les querelles de la grâce, il a des conséquences sur la manière de penser la controverse. Pour les évêques notamment, laisser se déployer les divisions affaiblit considérablement l’Église catholique face à ses nouveaux détracteurs (libertins) et à ses opposants ordinaires (protestants). Aussi exige-t-on de cantonner strictement le contenu des approches verbales. Un mandement châlonnais de 1653 enjoint

  • 44 Cité par Gilbert Chérest, Félix Vialart de Herse, évêque et comte de Châlons-sur-Marne, Pair de Fr (...)

à tous les prédicateurs […] de ne traiter dans leurs sermons directement ou indirectement […] d’aucunes matières contentieuses […] qu’elles ne peuvent servir qu’à scandaliser les fidèles, troubler les consciences […] anéantir tout le fruit de leurs prédications [en particulier dans leur contenu antiprotestant], qui doivent toujours tendre à la conservation de la paix et unité de l’Eglise44.

  • 45 Sur cette figure, voir Jean Lesaulnier et Antony McKenna (dir.), Dictionnaire de Port-Royal, Paris (...)
  • 46 Pierre Goujet, La vie de messire Félix Vialart de Herse, évêque et comte de Châlons, Pair de Franc (...)
  • 47 Cité par René Taveneaux, La vie quotidienne des Jansénistes, Paris, Hachette, 1973, p. 117.
  • 48 Sylvio Hermann De Franceschi, « La morale catholique posttridentine et la controverse interconfess (...)

14L’avertissement n’est pas que formel, car les esprits s’échauffent de nouveau au début des années 1670 à Vitry, à propos de l’attitude en chaire du curé Martin Feydeau45. Ami de Port-Royal, placé à cette charge par l’évêque Vialart de Herse, il connait des difficultés avec les récollets, qui pistent son éventuelle hétérodoxie depuis sa nomination. Les réguliers l’accusent « d’avoir avancé des erreurs dans ses prônes », le traite de « calviniste déclaré » en même temps que de janséniste « fléau de Vitry » et « [d’]hérétique »46. En cause un sermon du premier dimanche de Carême où il remet en cause le jeûne semi-intégral (un seul repas vespéral), interrogeant certainement la sincérité du désir intérieur plus que le respect de la règle47, or on sait que c’est « l’un des lieux remarquables de la confrontation » confessionnelle48. La bonne catholicité du curé et de ses vicaires est fortement remise en cause et on croit déceler derrière son argumentation « une mauvaise doctrine » expliquant, entre autres choses, la démission à laquelle il est contraint en 1676.

  • 49 J. Léonard, Être pasteur…, op. cit. p. 153.
  • 50 Sur Louis Sevestre, ibid., p. 168-169 ; Stefano Simiz, « Louis Sevestre, controversiste jésuite et (...)
  • 51 AD Moselle, D 11.
  • 52 Rapporté dans les Mémoires de Jean Du Pasquier : le jeune Bossuet « qui avait grandement coopéré à (...)
  • 53 Paul Ferry, Catechisme general de la Reformation de la Religion, Sedan, François Chayer, 1654.
  • 54 Joseph Lebarq, Charles Urbain et Eugène Levesque (éd.), Œuvres oratoires de Bossuet, Paris, Desclé (...)
  • 55 Jacques-Bénigne Bossuet, Réfutation du catéchisme du Sr Paul Ferry, ministre de la religion preten (...)

15Est-ce un hasard donc si le climat querelleur se développant autour du rigorisme au début des années 1650 coïncide avec la reprise de turbulences notables entre catholiques et réformés en chaire ? L’exemple messin offre la situation intéressante d’une controverse justement confiée à des non augustiniens, les jésuites, en charge « de renforcer les frontières confessionnelles »49. Profitant de leur droit d’assister aux prêches des quatre pasteurs de la ville, le jésuite Louis Sevestre relève entre décembre 1653 et février 1654 l’ensemble des « propositions scandaleuses » avancées aux fidèles réformés50. On y trouve sans aucune surprise les thèmes habituellement disputés : rejet de l’autorité du pape, nécessité de séparer le bon grain de l’ivraie dans l’enseignement d’Augustin et de Jean Chrysostome, dénonciation du culte des saints, en particulier les martyrs, de la vénération des reliques, du mensonge des indulgences, l’idolâtrie d’adorer la « Saincte Hostie », sans oublier enfin, aux lendemains des troubles de la Fronde, la déloyauté de la Compagnie à l’égard de l’État, laquelle est notoirement soulignée depuis l’attentat « jésuite » contre Henri IV en 159451. Il est de tradition de supposer que chaque argument entendu était peut-être prononcé en tenant compte de la présence du père et servit à préparer des réponses circonstanciées en chaire. On sait en revanche que Bossuet, nouveau chanoine, débute sa carrière de controversiste à la cathédrale de Toul lors d’une abjuration (1653)52, puis déploie tout son art de débattre à l’occasion de deux sermons de vêture donnés à la maison de la Propagation de la Foi de Metz en 1654. Il y défend d’abord la succession apostolique, ce solide ferment de la tradition catholique – « Ô la belle chaîne, ô la sainte concorde, ô la divine tessiture que nos nouveaux docteurs ont rompu » – puis s’attaque frontalement au Catéchisme récemment rédigé par Paul Ferry53, « ministre de cette ville … [et] d’iniquité », qui dénonce l’errance et la faillibilité romaine54. Ces premières escarmouches orales en annoncent bien d’autres à partir de la publication de la Réfutation du Catéchisme en 165555, et la controverse savante et codifiée reprend pleinement ses droits. Nous quittons alors le champ semi-spontané. La controverse de bas de niveau, circonstancielle, est bien rampe de lancement vers des modalités construites et maîtrisées.

  • 56 Dominique Deslandres, Croire et faire croire : les missions françaises au xviie siècle (1600-1650)(...)
  • 57 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart …, op. cit., p. 46 : « il lisoit aussi auparavant [les (...)
  • 58 Ibid., p. 44.
  • 59 G. Chérest, op. cit., p. 117.
  • 60 Pierre Bourgoin, La Prestrise de Jésus-Christ, de laquelle Dieu a juré la durée éternelle, sans en (...)

16Ajoutons à ces réflexions une autre série de remarques encadrant le formidable développement des missions intérieures en France, désormais très bien étudiées en France56, à partir du cas de Félix Vialart de Herse, évêque de Châlons-en-Champagne de 1642 à 1680, car il a très tôt saisi l’importance d’entretenir un front ouvert et multiple contre les communautés réformées de son diocèse. Il illustre une pensée controversiste de terrain assez inventive, sans être fondamentalement originale, et qui entend profiter des divers atouts dont dispose l’Église, notamment oraux. Dans le portrait qu’il lui consacre, Pierre Goujet place ce chantier immédiatement après le souci de son clergé et avant l’attention portée « aux grands pécheurs ». « Pour ramener ces brebis errantes au troupeau de Jesus-Christ », il utilise son crédit personnel et sa maitrise de l’arsenal de la controverse pour « ouvri[r] des conférences publiques où il invita les hérétiques, et leur accorda la liberté d’y proposer leurs doutes, d’y faire leurs objections »57. Très salésienne – l’ancien évêque de Genève est le modèle spirituel et pastoral que Vialart suit en tout point –, sa démarche vise à convaincre, non à discuter sans fin et inutilement, prend des allures de grande conférence avec la présence « [d’]Ecclesiastiques instruits des matieres controversées entre eux et nous »58, mais n’en adopte pas tous les critères. Les « hérétiques » invités à ces séances semi-privatisées ne sont probablement pas les pasteurs et ministres des communautés locales, mais des laïcs influents. De même, la teneur des entretiens reste délicate à interpréter en absence de notes prises, et il ne faut sans doute pas se fier à Goujet, qui les dépeint gratuitement comme d’incontestables triomphes épiscopaux, pour en apprécier la portée réelle. Le grand apport de Vialart réside plutôt dans l’utilisation raisonnée de l’outil apostolique des missions intérieures. S’il en lance certaines dès les années 1640, c’est surtout l’après Fronde, laissant dans un état de grandes misères matérielles et spirituelles les deux confessions, qui constitue le moment des initiatives suivies et d’envergure. Certes, l’objectif n’est pas que la controverse car s’il faut songer « d’abord à convertir les protestants » ce n’est pas au détriment des autres fidèles dont il est le pasteur, donc « tout en réveillant le zèle des catholiques »59. Les prédicateurs s’exprimant à Wassy en 1663 (nom inconnu), 1668 (Jean Loppin, archidiacre de Beaune) et de 1675 à 1678 (le capucin Étienne de Chaumont), ou à Vitry en 1669 (Jacques Callou de Reims) et à partir de 1672 (le minime rémois Bourgoin60, « prédicateur ambulant » dans cette ville, mais aussi à Châlons et Chaumont) ont dû mêler instructions familières pour l’ordinaire des fidèles et sermons de controverse en direction des réformés. À Wassy vers 1665

  • 61 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart…, op. cit., p. 151.

on prêchoit ordinairement deux fois par jour, le matin et le soir. C’était ou dans l’église ou dans les places publiques, particulièrement dans les endroits où il se trouvait des personnes de la Religion prétendue réformée, qui auroient peut être fait quelques difficultés de venir à l’église61.

  • 62 BnF, ms. fr. 14408, p. 44.
  • 63 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart…, op. cit.,p. 156-157.
  • 64 Ibid., p. 126-127. Ces discussions verbales ont ensuite alimenté une joute écrite, libelles recuei (...)
  • 65 BnF, ms. fr. 105010, fragment des Mémoires de l’abbé Flambart, vicaire du curé Feydeau ; Bibliothè (...)

17Au-dessus de toutes ces initiatives se situe la Grande Mission de 1665 dont un des moments phares est le passage à Vitry, stratégiquement programmée en parallèle à la tenue d’un important synode local sur place. Autour de l’évêque – qui réside deux mois sur place ! – et du chef de mission, son ami Jean Eudes, on « choisit parmi ceux qui excellaient dans […] la controverse »62. Si les fruits de ces multiples échanges demeurent essentiellement inconnus, les registres d’abjuration mentionnés par les sources ayant disparu, la tradition historique relève le changement de religion de sept demoiselles. Leur père, catholique, assistait aux exhortations presque journalières puis en faisait un compte rendu le soir venu chez lui, créant les conditions d’une conversion vers laquelle ses filles cheminent progressivement. Vialart se charge de conduire les entretiens, puis reçoit leur abjuration et leur donne l’eucharistie le Jeudi Saint63. Les petits sermons conçus comme de potentielles controverses ont bien préparé ce point d’orgue au début du Triduum pascal. Le résultat est certes flatteur, précisons cependant qu’il ne désorganise en rien le protestantisme vitryat. Un usage ordinaire de la controverse est organisé en parallèle à cette mission, lorsque l’évêque envoie Gabriel de Boissy, un chanoine réputé pour être habile controversiste, chez le ministre de Compertrix, Jérémie Ouriet, tentant de lui faire avouer devant témoin (deux autres clercs) les « véritables motifs » pour lesquels les protestants se séparent de l’Église. Tant ce 8 août 1665 que le 17 mars 1667, ces tentatives ont fait chou blanc64. En 1675, alors qu’un nouveau synode réformé se déroule sur place, le prélat remet en place un dispositif contre-réformateur : « M. le curé de Saint Eloy de Chaalons a esté envoie pour présider aux conférences de controverses avec les ministres ou quelques autres personnes qui voudraient conférer ; M. Gardey pour faire l’oraison du soir en présence du Saint Sacrement, immédiatement après le discours de controverse ; Et M. Feydeau a fait chaque jour un discours de controverse, à quatre heures et demie ». Curé de Vitry-le-François, Feydeau, nous précise que « Le 2 may, à l’occasion du Sinode que les huguenots tenoient à Vitry, je fis cinq sermons de controverse »65.

Faire du fidèle un controversiste de terrain ?

  • 66 Joseph Bergin, Church, Society and Religious change in France, 1580-1730, New Haven – Londres, Yal (...)
  • 67 Thomas Gousset (éd.), Les Actes de la Province ecclésiastique de Reims, Reims, L. Jacquet, t. 4, 1 (...)
  • 68 Ibid., p. 243, synode de Châlons, 1662.

18Même si elle n’est ni explicitement énoncée ni encouragée, la controverse est partout présente dans l’administration de la vie religieuse des catholiques. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter les statuts synodaux décrétés dans les assemblées diocésaines, les canevas et comptes rendus de visites pastorales, les divers actes imprimés de la gouvernance des prélats66. Les orientations décidées par l’évêque d’Amiens au synode diocésain de 1662, rappellent aux prédicateurs d’exposer « au peuple les véritez chrestiennes et évangéliques avec simplicité et solidité » pour « confirmer la foy, et establir la saincteté des mœurs […] ils s’abstiendront de questions curieuses, d’altercations ou de disputes qui pourroient troubler la paix »67. À la même époque, dans le diocèse de Châlons, les curés sont invités à faire prier les peuples pour les hérétiques de leurs paroisses, de leurs familles, en « leur témoignant toûjours beaucoup de douceur et de charité ». Si on remarque « en eux de la disposition à écouter et à recevoir quelque instruction, adressez-les au doyen ou promoteur, ou à quelqu’autre de vos confrères qui puisse les instruire suffisamment et leur donner satisfaction, si vous n’avez pas vous-mêmes le talent nécessaire pour cela »68. On le voit, rien ne semble direct ni automatique, et pourtant on peut dire que là où il y a situation de coexistence, la plupart des enseignements sur la vie sacramentelle, l’organisation du culte, de la piété et des dévotions, donnés en chaire sont comme des mises au point sur les critères d’une identité catholique faite de marqueurs non protestants. Plus sûr de ses forces entre 1598 et 1685, le catholicisme urbain a ainsi clairement l’ambition de mobiliser ses fidèles dans une démarche de démarcation des identités confessionnelles. Pour autant, cet investissement attendu d’une partie active des laïcs dans la controverse de terrain est-il si naturel que cela ?

  • 69 Toutes ces citations issues du sermon « De la nature et des proprietez de la Foy ». Jean Lejeune, (...)
  • 70 F. de Toulouse, Le missionnaire…, op. cit., t. 1, p. 380, compare la conversion collective des hab (...)

19Le célèbre prédicateur oratorien Lejeune nous apporte quelques éléments de réponse. Les textes de cet orateur unanimement apprécié ont été consignés dans Le missionnaire de l’Oratoire ou sermons de la foy. Un de ceux-ci, qui semble autant s’adresser aux orateurs destinés à prêcher qu’aux auditeurs, pose tout l’enjeu, et donc la difficulté, de ce chantier. Faire des fidèles les acteurs et d’efficaces relais d’une controverse de tous les jours n’est pas d’abord sans se heurter à la question de leur capacité. Deux défauts sont clairement évoqués, d’abord l’inattention des croyants qui entendent sans écouter – « si l’esprit des Auditeurs étoit bien disposé, il ne faudrait prêcher que la seule parole de Dieu toute pure, de mot à mot, comme elle l’est dans l’Ecriture Sainte » – ensuite, et c’est plus grave, leur « manquement de foy » profonde. Cette « source ordinaire de toutes nos imperfections » explique largement « qu’il y a toujours quelque grain d’hérésie au cœur de plusieurs chrétiens ». Or, si la foi est mal affermie – « nous ne croyons pas tous les articles de la foy, ou nous les croyons pas bien bien fermement et indubitablement » –, si le fidèle chancelle parfois, est-il en mesure de mener une controverse sans se nuire à lui-même, en plus de l’Église ? La démonstration du péril est faite dans un paragraphe où il détaille les articles que l’hérétique consent à croire et ceux dont il se détourne (l’Enfer, mais pas le Purgatoire, la Trinité, mais pas l’Eucharistie, le baptême mais pas la confirmation), en concluant que souvent « Nous faisons comme luy, non pas en théorie, mais en pratique » ! L’appel à la prudence est nettement formulé : « ne vous amusez pas à disputer avec les heretiques des points de controverse si vous ne le sçavez à fond […] adressez-vous à nos Pasteurs, à nos Docteurs, à nos Prédicateurs, et ils vous satisferont si pertinemment, que vous n’aurez point de répartie »69. Si le missionnaire doit percevoir les limites du fidèle dans sa disposition à argumenter70, puis activer les bons débatteurs à sa place, il n’est pas question pour autant de laisser désarmé le fidèle catholique.

  • 71 BPF, ms. 441, Mémoire sur la vie et les œuvres de l’évêque de Châlons-sur-Marne, Félix Vialart (16 (...)
  • 72 G. Chérest, op. cit., p. 130.
  • 73 Ibid., la lettre cite les noms de Forestier, curé de saint Nicolas de Châlons, de Gardey, ancienne (...)

20L’idée d’associer les laïcs et même celle de le former à une controverse que nous qualifierons de terrain, en ce sens qu’elle serait l’affaire de tous, semble être une priorité des responsables pastoraux. Chacun, à la place qui lui est dévolue par son état de vie, peut et doit en effet contribuer à l’effort général de conversion des protestants, tout en consolidant sa foi catholique et celle de ses proches. Vialart de Herse, nous l’avons vu, a consacré une grande partie de son labeur apostolique à cette œuvre, avec la conviction d’un « apôtre » ou dans l’esprit d’un Père de l’Église. Or les docteurs ne dédaignent pas d’engager des fidèles sur ce chemin, du moins ceux « qui savaient la controverse », leur « donn[an]t des gages pour aller aux prêches [et] … entendre ce qui s’y disait »71. Le cas évoqué est sans doute l’application d’une décision de la prévôté de Vitry consécutive à la condamnation du pasteur Varnier qui, en chaire, avait prononcé des paroles jugées sacrilèges contre le sacrement de pénitence et ceux qui l’administrent en mars 1672. L’évêque a obtenu que « des oreilles catholiques écoutassent ce qui s[e] disait » dans les assemblées cultuelles, mais aussi les synodes vitryats72. Une lettre de Cuissote, syndic du clergé pour cette partie du diocèse, au secrétaire particulier du prélat en fournit l’illustration disant que désormais « les ministres se donnent de garde, dans les prédications de leurs synodes, d’avancer aucune chose qui donne sujet à correction ». Des ecclésiastiques surveillent certes, mais ils ne sont pas seuls, puisqu’il précise que « ce matin, le ministre de Charenton fera son discours, bien du monde se prépare à s’y rendre »73. La controverse publique qui oppose en 1657 l’évêque suffragant de Metz Pierre Bédacier à l’un des pasteurs locaux, David Ancillon, est clairement alimentée côté catholique par une stratégie de surveillance ouverte :

  • 74 Vers 1657. Cité par Julien Léonard, Le pasteur David Ancillon (1617-1692). De Metz à Berlin, de la (...)

il y avoit tousjours dans le temple des Jesuites ou des Moines de quelqu’autre Ordre, & des Cath. Rom. de tout état, lorsque M. Ancillon prêchoit […] quelqu’un de ceux qui l’avoient ouï de jour là, rapportèrent ce qu’il avoit dit à Mr. De Bedacier74.

  • 75 M. de Chauvessaigne parle tous les dimanches pendant l’hiver 1660-1661 selon Odile Martin, La conv (...)
  • 76 C. Martin, Les compagnies…, op. cit., p. 419.

21Malheureusement les sources ne mentionnent aucun nom, pourtant il pourrait s’agir de quelques laïcs accompagnant des prêtres et des religieux, les seuls vraiment préparés à entendre l’erreur. Si l’idée parfois avancée que les prédicateurs se répondent de chaire en chaire est réelle – au-delà du topos –, alors le rôle joué par des fidèles suffisamment instruits pour bien saisir puis résumer les propos d’un pasteur est un fait avéré. Dans un registre plus spécifiquement dédié à la question protestante, on connaît bien désormais l’implication des membres de la Compagnie de la Propagation de la Foi à Lyon au milieu du siècle. Destinée à accueillir les réformés sur le chemin de la conversion, elle organise des prédications de controverse au moins jusque vers 1665, certains confrères prennent parfois la parole, mais ce sont des clercs et non des laïcs75. Conçus comme de petits ateliers missionnaires, ces sermons ne se résument pas à l’analyse des points de controverse, mais bien à l’instruction générale des compagnons – donc à une sorte de formation sur pister et démasquer l’hérésie –, d’ailleurs les réformés sont la plupart du temps absents des assemblées76. Nous avons à faire avec un groupe social puissant, choisi car élitiste, enfin très solidaire. Reste à savoir, au-delà de ces réseaux sociaux qui préparaient solidement leurs membres à la controverse pour faciliter les conversions individuelles, quel pouvait être le contenu doctrinal et dogmatique, forcément plus sommaire, délivré au plus grand nombre.

  • 77 Willem Frijhoff, « Chrétienté, christianismes ou communautés chrétiennes ? Jalons pour la percepti (...)

22Pour les autorités ecclésiastiques – et celles relevant de l’État aussi – les discours sur les distinctions confessionnelles doivent être clairs et fixer une ligne infranchissable, non seulement dans les cœurs, mais aussi dans les comportements et les pratiques des auditeurs. Bien évidemment, on ne peut ignorer à quel point ces normes venues d’en haut n’ont jamais empêché une coexistence intelligente là où elle était nécessaire, la fameuse « œcuménicité du quotidien » chère à Willem Frijhoff77. Ce qui nous intéresse ici relève donc plus d’une attente de militants catholiques (elle serait vraie dans l’autre sens) persuadés que l’organisation d’une coexistence par la loi n’est pas appelée à durer longtemps. Dès lors, pour mener leur propre bataille, ils tiennent à disposer d’un éventail de critères simples, si possible inattaquables et aisément maniables. Une bonne partie de ce travail ne peut passer que par les prédicateurs, en particulier dans les villes à proximité de communautés réformées, et dans les régions frontières. Revenons pour l’apprécier au début du règne de Louis XIII.

  • 78 BM Langres, ms. 39-2, Mémoires de ce qui s’est passé à Langres…, op. cit., fol. 134 r°.
  • 79 Ibid., fol. 148 v° et fol. 149.
  • 80 Ibid., fol. 152 v°.
  • 81 Ibid., fol. 153 v°.
  • 82 Ibid., fol. 160 r°.

23Toujours à l’écoute de « bons predicateurs pour la gloire de son sainct nom et pour l’extirpation de lheresie »78, le Langrois Africain Senault n’a pas oublié les sévères affrontements du temps de la Ligue. Il mémorise pour lui-même et peut-être pour des proches, les arguments offensifs utiles comme on aiguise une arme blanche en vue d’un usage. Car si les orateurs sont en guerre contre les ministres huguenots, sur le terrain du quotidien, leurs soldats ne peuvent être que les fidèles. Le paradoxe n’est ici qu’apparent, car si on leur recommande certes de ne pas chercher l’affrontement, bien plutôt de se tenir à distance, les catholiques sont vraiment armés pour le combat au près dès que les circonstances le permettent. La publication dans la cité d’une déclaration royale antiprotestante le 20 juin 1623 débride les initiatives. Le Père Ambert « controversa » à plusieurs reprises cette année-là contre les réformés et sensibilise dans le même mouvement les catholiques, faisant courir la rumeur, nécessairement fausse, d’une implantation calviniste intra-muros. Il leur revient de réclamer pour tous l’intercession d’Ignace de Loyola, de puiser dans le trésor de la communion des saints, en convoquant par la prière ce tout nouveau saint (1622) envoyé « en ce monde comme ung feu bruslant et ung marteau pour ecraser et brusler les huguenotz »79. Ses collègues essaient d’éclairer des pans utiles de l’Écriture sainte – Adam « fut créé avec son libéral arbitre » ce qui le conduit à accepter la pomme80 ; le protestant est la figure aggravée du « pharisien » qui a dénaturé le message évangélique, plus que celle du publicain, le pécheur ordinaire81 – et de la compréhension de l’histoire de l’Église – le protestant est semblable à Judas, à Simon et aux « autres heretiques », et il ne peut se sauver que par un retour dans l’Église romaine82 – pour relever le défi du débat de terrain.

  • 83 Ignace Le Gault, De la saincteté de l’Eglise Romaine contre le Dernier désespoir & appendice de Pa (...)
  • 84 Ignace Le Gault, Sainctes exhortations sur tous les Evangiles du Caresme, Paris, Denys Moreau, 163 (...)
  • 85 Ibid., p. 232-240, sermon IX, « De la piscine probatique. Des cinq degrez et effects de la Peniten (...)
  • 86 Ibid., p. 615, sermon XXIV, « Du respect que l’on doit porter aux Eglises ».
  • 87 Ibid., p. 311-312, sermon XII, « De la saincteté de l’Eglise catholique ».
  • 88 François Laplanche, « Controverses et dialogues entre catholiques et protestants », dans Marc Vena (...)

24Contemporain, le récollet messin Ignace Le Gault dénigre tout autant une communauté dans laquelle on « peut devenir téologien » en trois jours, légèreté qui explique les divisions internes au protestantisme et qui ne peut qu’entretenir leurs fidèles dans l’erreur83. Il collectionne aussi pour ses auditeurs des arguments de langage et des éléments attendus : ne pas respecter le jeûne, « aussi ancien que le monde » et garanti par le Carême « de tradition apostolique, [qui] a la barbe blanche », usage « contre lequel [récriminent] les Religionnaires de ce te[m]ps, volages avortons d’Epicure »84 ; le rejet de la plupart des sacrements, dont la pénitence, or « l’Huguenot ne veut point de confession », alors comment reçoit-il la miséricorde de Dieu85 ; comparer les temples protestants à des « lieux prophanes », souvent des « granges ou même des halles » qui ne sont guère des maisons de Dieu (« Encor les Turcs portent un tel respect à leurs Mosquées »)86 ; l’absence de rayonnement apostolique et missionnaire des calvinistes, puisqu’ils n’ont rien apporté au monde depuis leur échec en terre brésilienne au xvie siècle87. Mises ensemble, ces vérités opposées aux faussetés constituent des preuves commodes, « à l’usage du plus grand nombre »88, à condition de ne pas majorer cette cohorte.

  • 89 I. Le Gault, Sainctes exhortations, op. cit., p. 243-244.

25Autre limite à ne pas écarter, le fidèle catholique du xviie siècle est désormais bien plus confronté au risque de mal pratiquer ou de s’éloigner de la pratique et de la morale religieuses, qu’à la tentation de changer de confession. Les prédicateurs le savent bien, et très tôt. Le Gault évoque ainsi cinq sortes de malades qui se tiennent « sous les porches » : les « hypocrites », les « goulus et luxurieux », les « superbes et avaricieux », les « paresseux », surtout « les libertins et faux catholiques » qui « vivent et s’accommodent en toute Religion, Huguenots avec eux, Catholiques avec nous, pourveu qu’ils y fassent leur profit ». Or, le libertin est jugé « plus pestiféré et dangereux que l’Hérétique, plus difficile à convertir que l’Huguenot »89. Cette nouvelle priorisation des risques devient un véritable leitmotiv au cours de ce siècle et du suivant, marginalisant par force la controverse pour elle-même.

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  • 90 Luc Daireaux, « Réduire les huguenots ». Protestants et pouvoirs en Normandie au xviie siècle, Par (...)
  • 91 Le plus étudié de ces efforts est dû à Richelieu. Bernard Dompnier, « L’histoire des controverses (...)
  • 92 Constat établi par Pierre-Jean Souriac, « La prédication protestante dans un contexte de révolte c (...)

26Au terme de ce rapide parcours à la recherche d’une expression portant à une controverse orale et aux effets mesurés dans le temps comme dans l’espace, que doit-on retenir ? En premier lieu que la controverse existe bien au-delà des grands domaines balisés par l’histoire et l’historiographie que sont le format de la conférence et du combat par l’écrit et l’imprimé. Parce qu’elle revêt bien des formes tout en étant la façon la plus évidente pour instruire les fidèles, la prédication a relevé le défi de la controverse, de différentes manières. Les orateurs catholiques au temps de la cohabitation religieuse du régime de l’édit de Nantes sont nombreux, bien formés et habiles, aussi ne faut-il pas s’étonner de leurs compétences à faire entendre, en les simplifiant, les matières définissant l’orthodoxie romaine et celles échappant à ce cadre dans lequel les fidèles sont invités à faire leur salut. Les sermons de controverse ou possédant un contenu polémique contre la religion réformée, prononcés entre 1610 et le début des années 1680, conservent cette capacité à durcir et rendre visibles les frontières confessionnelles, tout en tentant parallèlement de les gommer pour le plus grand profit de la foi catholique90. À la prédication aussi il est demandé de contribuer sinon au rêve encore chimérique de réunification des chrétiens, du moins à assurer le triomphe des réformes tridentines, par essence même antiprotestantes91. Pendant quelques décennies, les sermonnaires pratiquent volontiers la « véhémence oratoire », moins dans l’espoir de convertir que de totalement discréditer les fondements doctrinaux ecclésiologiques et historiques des Églises comme des pasteurs protestants. Les résultats de ces opérations à destination de l’autre chrétien sont certainement plus faibles qu’espérés, mais l’autre versant de l’effort qui consiste à mieux enraciner les fidèles catholiques dans leur foi est, quant à lui, bien mieux atteint. Les témoignages d’auditeurs en attestent assez largement et la multiplication partout des missions de terrain, s’ajoutant aux prises de parole plus ordinaires, n’y est pas étrangère. Gardons-nous toutefois d’en conclure que les fidèles sont tous bien formés à la controverse, aptes à revêtir une cuirasse de débatteur face aux frères chrétiens séparés. Même omniprésente, la controverse en chaire n’a pas cet aspect performatif qu’on lui trouve dans ses autres formes92.

  • 93 Sur tout cela A. Hupé, op. cit., p. 152-159.

27D’autant plus que la méthode forte ou violente, justifiée par le combat sans repos contre le péché et la défense de la doctrine catholique face à ses détracteurs, n’est pas du goût de tous. À Antoine Sirmond qui préfère « le son de la trompette à celuy de la flute » (Auditeur de la parole de Dieu, 1638) répond la « douceur évangélique » inspirée de François de Sales, qui déclarait « J’ayme la predication qui ressent plus à l’amour du prochain qu’à l’indignation, voire mesme des huguenotz, qu’il faut traitter avec grande compassion, non pas les flattant, mais les deplorant »93. Deux leçons sont à dégager de cette manière de polémiquer : songer à nouveau à leur conversion plus qu’à leur condamnation ; les controverses étant de moins en moins cantonnées au seul public réformé avec l’éclosion des dissidences internes au catholicisme, les risques d’affaiblissement général de la foi chrétienne sont amplifiés par leur usage. De là découle une forme de méfiance à l’égard de la prédication de controverse qu’on qualifie non seulement de très délicate à conduire avec profit – plus encore que le panégyrique pourtant réputé comme le plus difficile des arts oratoires –, mais de moins en moins prioritaire après 1660. Fondateur d’une académie et bon connaisseur des éloquences de la chaire et du barreau, qu’il confronte avec soin, Jean Oudart de Richesource abonde en tout cela en 1673, considérant

  • 94 Jean Oudart de Richesource, L’éloquence de la chaire, ou la Rhétorique des prédicateurs, Paris, Ac (...)

comme les disputes ou les controverses et les critiques edifient bien peu, qu’elles ont quelque chose de rude […] et de fâcheux, et que bien loin d’être a l’édification des fideles, elles en degoutent quelques-uns, et que par un malheur etrange, elles en portent d’autres au refroidissement, pour ne rien dire de pire […] il est de la prudence des predicateurs d’en user avec beaucoup de discretion, ou de n’en parler point du tout, ou d’en parler peu, et surtout de ces anciennes heresies94.

  • 95 Louis Châtellier, Tradition chrétienne et renouveau catholique dans l’ancien diocèse de Strasbourg (...)
  • 96 Eugène Griselle, Le carême de Bourdaloue à Montpellier en 1686, Toulouse, Privat, 1901 ; Sophie Ha (...)

28L’offensive lancée contre les calvinistes dans les années précédant la révocation redonne pourtant vie à une prédication de controverse générale, destinée à accélérer les conversions après 1680, puis à instruire et à prendre soin des nouveaux catholiques. Dès 1684 à Strasbourg, dans le contexte si particulier de l’annexion française récente (1681), l’interdiction faite aux pasteurs de tenir le moindre propos contre le catholicisme s’accompagne du sermon de retour à « l’ancienne religion »95. L’Abrégé du sermon de controverse prêché le 23 juillet en l’église Saint Pierre de Caen, publié la même année par son auteur, dom Antoine Le Gallois, témoigne d’une même certitude de la victoire en chaire. Enfin, la venue de Bourdaloue à Montpellier, en 1686, vient parachever tout un travail en chaire effectué depuis deux années. La controverse n’est pas dans les habitudes du jésuite, aussi vise-t-il autant les brebis de retour dans la bergerie que celles qui y vivent sans faire d’efforts considérables pour s’y sanctifier. C’est à eux aussi qu’il s’adresse en montrant combien les anciens calvinistes étaient unis entre eux96. De façon à ce que cette leçon ne soit pas oubliée et que l’esprit de communion fraternelle prenne le dessus sur toutes les formes de division et de controverse, à l’heure où de nouveaux défis internes comme externes ne laissent pas en repos l’Église catholique.

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Notes

1 Cinthia Meli, « Prédication et controverse sous le régime de l’édit de Nantes. Étude comparée de trois publications (Mestrezat, Du Moulin, Eustache) », Études Epistémè. Revue de littérature et de civilisation (xvie-xviiie siècles), n° 38, 2020 [en ligne : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/episteme/9346].

2 René Taveneaux, Le catholicisme dans la France classique, 1610-1715, Paris, Sedes, 1994 (2e éd.), t. 1, p. 239.

3 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2011.

4 Expression d’Élisabeth Labrousse, citée par Bernard Dompnier, Le Venin de l’hérésie. Image du protestantisme et combat catholique au xviie siècle, Paris, Le Centurion, 1985, p. 170.

5 Pour une mise en perspective générale des défis de la prédication au début des Temps modernes : Larissa Taylor (dir), Preachers and People in the Reformations and Early Modern Period, Leyde, Brill, 2018. Les onze contributions permettent de faire un tour d’horizon européen des mutations et de saisir la place prise par la controverse. Même si cela n’est pas notre objet d’autant que l’ensemble du volume y renvoie, n’oublions pas de rattacher cet essor de la controverse prêchée en ville au genre ancien de la dispute, particulièrement ravivé dès les années 1520 au sein des territoires helvétiques (voir Otto Scheib, Die innerchristlichen Religionsgespräche im Abendland. Regionale Verbreitung, institutionelle Gestalt, theologische Themen, kirchenpolitische Funktion, mit besonderer Berücksichtigung des konfessionellen Zeitalters (1517-1689), Wiesbaden, Harrassowitz, 2009, 3 vol. , puis Olivier Christin, Confesser sa foi. Conflits confessionnels et identités religieuses dans l’Europe moderne (xvie-xviie siècles), Seyssel, Champ Vallon, 2009 – la première partie est justement consacrée aux enjeux de la parole –, enfin Fabrice Flückiger, Dire le vrai. Une histoire de la dispute religieuse au début du xvie siècle. Ancienne Confédération helvétique, 1523-1536, Neuchâtel, Alphil, 2018).

6 Dans le contexte d’affrontement religieux des xvie et xviie siècles, sous toutes les formes possibles, les armées demeurent un des lieux de la lutte verbale confessionnelle. Voir Gian-Claudio Civale (dir.), Predicazione, eserciti e violenza nell'Europa delle guerre di religione (1560-1715), Turin, Claudiana, 2014.

7 Emmanuel Tschitschmann, Panorama des missions jésuites en Lorraine aux xvie et xviie siècles, mémoire de master 2, dir. Philippe Martin, université de Nancy 2, 2008.

8 Dans sa chronique (1524-1594), le réformé troyen Nicolas Pithou rapporte de nombreux cas de maîtres de la chaire locale définitivement ou pour un temps passé au service de la confession calviniste (cité par Stefano Simiz, Prédication et prédicateurs en ville (xvie-xviiie siècles), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2015, p. 47-49).

9 Stefano Simiz, « La foi du Grand Morus, prédicateur catholique et ligueur rémois à la fin du xvie siècle », Annales de l’Est, n° 1, 2020, p. 209-218.

10 « Nous deffendons à tous prescheurs, lecteurs et autres qui parlent en public d’user d’aucunes parolles, discours et propos tendans à exciter le peuple à sedition, ains leur avons enjoinct et enjoignons de se contenir et comporter modestement, et de ne rien dire qui ne soit à l’instruction et edification des auditeurs ». « XII. Édit de Nantes. Édit général », art. 17, dans Bernard Barbiche et Isabelle Chiavassa (éd.), L’édit de Nantes et ses antécédents (1562-1598), édition en ligne [URL : http://elec.enc.sorbonne.fr/editsdepacification/edit_12 ; consulté le 03/05/2022]

11 Henri Fouqueray, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, des origines à la suppression (1528-1762), Paris, A. Picard et fils, t. 3, 1922, p. 154-155, montre comment le souverain tente de maintenir une balance entre les ténors chrétiens antagonistes en chaire. Lorsque Gontery est dénoncé comme séditieux par Sully, Henri IV ajoute que le même ton s’entend au temple de Charenton.

12 Expression à propos de la prédication de Génébrard, employée par Thierry Amalou, « Deux frères ennemis, deux sensibilités catholiques : les prédications de René Benoist et de Gilbert Génébrard à Paris pendant la Ligue (1591-1592) », communication prononcée en 2006 au colloque « La période des guerres de Religion : historiographie et histoire des idées politiques » [en ligne : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01774718/document, consulté le 03/05/2022].

13 Alain Lottin, Lille, citadelle de la Contre-Réforme ? (1598-1668), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2013 (rééd.), p. 214, précise que ces figures demeurent au xviie siècle « le fidèle reflet de l’image que le clergé et les gouvernants diffusent ».

14 Françoise Chevalier, Prêcher sous l’Édit de Nantes. La prédication réformée au xviie siècle en France, Genève, Labor et Fides, 1994 ; Yves Krumenacker et Julien Léonard, « La nouveauté de la prédication protestante dans les villes francophones, xvie-xviie siècles », Histoire urbaine, vol. 34-2, 2012, p. 17-31.

15 S. Simiz, Prédication et prédicateurs…, op. cit., p. 47.

16 Georges Viard, « Un dévot à l’écoute des prédicateurs : Africain Senault, apothicaire langrois », Revue de l’histoire des religions, t. 217-3, 2000, p. 431.

17 BM Langres, ms. 39-2, Mémoires de ce qui s’est passé à Langres depuis 1607 jusqu’à 1624, suppl. Chronique des Capucins de Langres, fol. 3 v°.

18 Henry Ronot, « Une famille de peintres protestants à Langres au début du xviie siècle : les Michelin », Bulletin de la SHPF, t. 94-2, 1949, p. 69-71.

19 Il s’agit de l’expérimenté controversiste passé par Dieppe, Bordeaux, Sedan, etc. Sur sa méthode de controverse, voir Thibault Catel, « Le discours de la méthode dans l’œuvre controversiste de Jean Gontery » dans ce dossier.

20 Jean Pussot, Journalier de Jean Pussot, maître-charpentier à Reims (1568-1626), éd. Jérôme Buridant et Stefano Simiz, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 193.

21 Ibid., p. 164

22 Ibid. p. 203.

23 D’après Aurélien Hupé, « Un aspect de la querelle de la prédication dans la deuxième moitié du xviie siècle en France : le procès de la “véhémence” oratoire », Cahiers du GADGES, n° 3, 2006, p. 159, dans la seconde moitié du xviie siècle « la prédication contre l’impiété excède rarement la proportion d’un sermon pour tout un carême ». On peut donc penser que la norme est plus élevée un demi-siècle plus tôt.

24 André Valladier profite de l’oraison funèbre de l’évêque Givry en 1612 pour vitupérer contre la « pestilente gratelle » locale (André Valladier, Epitaphe panégyrique ou Le Pontife chrestien, Paris, Pierre Chevalier, 1612, p. 114).

25 B. Dompnier, Le Venin de l’hérésie…, op. cit., p. 153 évoque la remontrance du pasteur de Gap contre « ceux qui sont allés dimanche dernier […] ouï[r] le sermon du Capucin » (1637).

26 Cité par Fabienne Henryot, « La controverse », dans Fabienne Henryot, Laurent Jalabert et Philippe Martin (dir.), Atlas de la vie religieuse en Lorraine à l’époque moderne, Metz, Serpenoise, 2011, p. 284.

27 L’expression est de Jean-François Boulanger, « Les protestants », dans Georges Clause (dir.), Le diocèse de Châlons, Paris, Beauchesne, 1989, p. 116.

28 Stefano Simiz, « Vitry-le-François et ses particularités confessionnelles aux xviie-xviiie siècles », dans Gilles Montègre et Pierre Crépel (dir.), François Jacquier. Un savant des Lumières entre le cloître et le monde, Nancy, Presses universitaires de Nancy – Éditions universitaires de Lorraine, 2017, p. 35-40.

29 Jean Pourreau, L’eau vive de la Fontaine d’Asbamée pour convaincre de mensonge les huguenots de Victry le François, sur certains escrits entre jettez par le Ministre dudict lieu et un Anonyme, Reims, Simon de Foigny, 1609. Dans la dédicace à l’évêque Clausse, l’auteur précise qu’il fut pourvu « de l’office de prédicateur à Victry-le-François pour convaincre de mensonges, d’erreurs, calomnies, faulsetez et impertinences les Huguenots du lieu. » Voir Georges Hérelle (éd.), Documents inédits sur le protestantisme à Vitry-le-François, Épense, Heiltz-le-Maurupt, Nettancourt et Vassy, depuis la fin des guerres de religion jusqu'à la Révolution française, Paris, Picard, 1903, t. 1, p. 64-66.

30 Les auteurs » locaux » ou régionaux sont souvent des orateurs, à l’instar de Géry Lespagnol à Lille (A. Lottin, op. cit., p. 214).

31 G. Hérelle (éd.), op. cit., p. 66.

32 On garde un témoignage – le sien – de son passage à Châlons-Compertrix : « [les membres du consistoire] avoient résolu en leur assemblée : premièrement, que leur Ministre n’entreroit jamais en conférence avec le sieur Véron ; secondement, que, s’ils estoient advertis que ledit sieur Véron vinst à leur presche, ils ne s’assembleroient pas, et, s’il survenoit durant leurdit presche, ils sortiroient tous ; troisiesmément, s’il preschoit en quelque place publique de la ville, qu’aucun de leur église ne s’y trouveroit. » (G. Hérelle (éd.), op. cit,, t. 1, p. 73-74).

33 Julien Léonard, « Les Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638). Le chef-d’œuvre de François Véron », dans ce dossier.

34 François Monginot se convertit en 1617 et met par écrit son cheminement : François Monginot, Résolution des doutes, ou Sommaire décision des controverses entre l’Église réformée et l’Église romaine, par François Monginot. Traitté contenant les causes et raisons qui ont meu ledit F. Monginot à sortir de l’Église romaine pour se ranger à l’Église réformée, La Rochelle, P. de La Croix, 1617. On peut penser que ce sont des exemplaires de son récit qui circulent à Langres. Il en existe une traduction anglaise publiée à Londres en 1654.

35 G. Viard, op. cit., p. 438.

36 BM Langres, ms. 39-2, Chronique des Capucins, fol. 7 v°-8 v°.

37 Ibid., Mémoires de ce qui s’est passé à Langres depuis 1607 jusqu’à 1624, fol. 123 v°.

38 Invitation demeurée sans suite (Julien Léonard, Être pasteur au xviie siècle. Le ministère de Paul Ferry à Metz (1612-1669), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 164).

39 B. Dompnier, Le Venin de l’hérésie…, op. cit., p. 144.

40 S. Simiz, Prédication et prédicateurs…, op. cit., p. 286-288. Les citations proviennent du Récit véritable de ce qui s’est passé en la ville de Châlons-en-Champagne sur le sujet de la prédication du Père Nathanael Récollet, du Dimanche [21e] Iuin de la presente annee 1653, s. l., s. n., 1653 ; et de L’innocence reconnue, ou la rétractation de l’auteur d’un factum intitulé Réponse au récit prétendu de ce qui s’est passé à Chaalons sur le sujet de la prédication du 26 juin 1653, s. l., s. n., 1653.

41 G. Hérelle (éd.), op. cit., t. 1, p. 114-116.

42 Robert Sauzet, Contre-Réforme et Réforme catholique en Bas-Languedoc. Le diocèse de Nîmes au xviie siècle, Louvain, Nauwelaerts, 1979, p. 477. Il suffit pour s’en convaincre de porter le regard sur la Lorraine et de relire René Taveneaux, Le jansénisme en Lorraine, 1640-1789, Paris, Vrin, 1960, p. 68 et suiv.

43 François de Toulouse, Le missionnaire apostolique ou sermons utiles à ceux qui s’employent aux missions pour retirer les hommes du péché et les porter à la pénitence, Paris, Denys Thierry, t. 1, 1666, préface, fol. III v°-IIII r°.

44 Cité par Gilbert Chérest, Félix Vialart de Herse, évêque et comte de Châlons-sur-Marne, Pair de France : l’évêque de la paix, [Sézanne], Chérest, 1977, p. 124.

45 Sur cette figure, voir Jean Lesaulnier et Antony McKenna (dir.), Dictionnaire de Port-Royal, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 405-408.

46 Pierre Goujet, La vie de messire Félix Vialart de Herse, évêque et comte de Châlons, Pair de France, Cologne, s. n., 1738, p. 225-226.

47 Cité par René Taveneaux, La vie quotidienne des Jansénistes, Paris, Hachette, 1973, p. 117.

48 Sylvio Hermann De Franceschi, « La morale catholique posttridentine et la controverse interconfessionnelle : Jeûne et abstinence dans la confrontation entre protestants et jésuites : privations alimentaires et confessionnalisation », dans Yves Krumenacker et Philippe Martin (dir.), Jésuites et protestantisme (xvie-xxie siècles), Lyon, Chrétiens et sociétés – Documents et mémoires 37, 2019, p. 73.

49 J. Léonard, Être pasteur…, op. cit. p. 153.

50 Sur Louis Sevestre, ibid., p. 168-169 ; Stefano Simiz, « Louis Sevestre, controversiste jésuite et auteur de (fausses) lettres de Calvin. Le regard d’un compagnon sur les pasteurs réformés dans les années 1650 », dans Y. Krumenacker et P. Martin (dir.), Jésuites et protestantisme…, op. cit., p. 137-156.

51 AD Moselle, D 11.

52 Rapporté dans les Mémoires de Jean Du Pasquier : le jeune Bossuet « qui avait grandement coopéré à la conversion du sieur de Lalouette, feist une très-docte et éloquente exhortation sur le faict de nostre religion […] dans laquelle seule l’on se pouvoit saulver ». Cité par Emmanuel Michel, Biographie du Parlement de Metz, Metz, Nouvian, 1855, p. 266.

53 Paul Ferry, Catechisme general de la Reformation de la Religion, Sedan, François Chayer, 1654.

54 Joseph Lebarq, Charles Urbain et Eugène Levesque (éd.), Œuvres oratoires de Bossuet, Paris, Desclée de Brouwer, t. 1, 1926, p. 484 et suiv., p. 587-590.

55 Jacques-Bénigne Bossuet, Réfutation du catéchisme du Sr Paul Ferry, ministre de la religion pretendue reformée, Metz, Jean Antoine, 1655.

56 Dominique Deslandres, Croire et faire croire : les missions françaises au xviie siècle (1600-1650), Paris, Fayard, 2003 ; Frédéric Meyer et Christian Sorrel (dir.), Les missions intérieures en France et en Italie du xvie siècle au xxe siècle, Chambéry, Presses universitaires Savoie-Mont Blanc, 2001.

57 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart …, op. cit., p. 46 : « il lisoit aussi auparavant [les entretiens privés avec des seigneurs réformés] avec attention les meilleurs livres de controverse ».

58 Ibid., p. 44.

59 G. Chérest, op. cit., p. 117.

60 Pierre Bourgoin, La Prestrise de Jésus-Christ, de laquelle Dieu a juré la durée éternelle, sans en avoir jamais de repentir, Châlons-en-Champagne, J. Seneuze, 1674, ouvrage dédié à Vialart.

61 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart…, op. cit., p. 151.

62 BnF, ms. fr. 14408, p. 44.

63 P. Goujet, La vie de messire Félix Vialart…, op. cit.,p. 156-157.

64 Ibid., p. 126-127. Ces discussions verbales ont ensuite alimenté une joute écrite, libelles recueillis dans BPF, ms. 441.

65 BnF, ms. fr. 105010, fragment des Mémoires de l’abbé Flambart, vicaire du curé Feydeau ; Bibliothèque Mazarine, ms. 2486-1, Mémoires pour servir à la vie de M. Feydeau.

66 Joseph Bergin, Church, Society and Religious change in France, 1580-1730, New Haven – Londres, Yale University Press, 2009, p. 170-182.

67 Thomas Gousset (éd.), Les Actes de la Province ecclésiastique de Reims, Reims, L. Jacquet, t. 4, 1844, p. 217.

68 Ibid., p. 243, synode de Châlons, 1662.

69 Toutes ces citations issues du sermon « De la nature et des proprietez de la Foy ». Jean Lejeune, Le Missionnaire de l’Oratoire, Sermons de la Foy ; Sur le chapitre onziéme de l’Epître de Saint Paul aux Hebreux. De ce que la Foy nous enseigne des perfections de Dieu. Préchez en l’Eglise Cathedrale de Toulouse, pendant les Avents des années 1641. 1642. & 1662. Cinquième Partie, Toulouse, Jean Boude, 1667, p. 91-106. Sur l’action du Père Lejeune, voir notamment Estelle Martinazzo, Toulouse au Grand siècle. Le rayonnement de la Réforme catholique (1590-1710), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.

70 F. de Toulouse, Le missionnaire…, op. cit., t. 1, p. 380, compare la conversion collective des habitants de Ninive à la seule écoute de Jonas – « Une seule prédication les persuada, une seule menace les étonna et leur fit faire un changement de vie » - aux petits pas et multiples allers et retours des fidèles de son temps – « et ce peuple à qui je preche tous les jours […] Ils les ferment [leurs yeux] à mes lumières et s’obstinent à leur perte ; quelle excuse peuvent-ils avoir ? »

71 BPF, ms. 441, Mémoire sur la vie et les œuvres de l’évêque de Châlons-sur-Marne, Félix Vialart (1642-1680), fol. 7.

72 G. Chérest, op. cit., p. 130.

73 Ibid., la lettre cite les noms de Forestier, curé de saint Nicolas de Châlons, de Gardey, ancienne cheville ouvrière du séminaire des Doctrinaires à Châlons (p. 68).

74 Vers 1657. Cité par Julien Léonard, Le pasteur David Ancillon (1617-1692). De Metz à Berlin, de la France au Refuge, Metz, Paraiges, 2017, p. 82.

75 M. de Chauvessaigne parle tous les dimanches pendant l’hiver 1660-1661 selon Odile Martin, La conversion protestante à Lyon, 1659-1687, Genève, Droz, 1986, p. 119. Ce prieur était prédicateur des controverses attitré pour la Compagnie de Lyon en 1660, puis modérateur des conférences pour les trois années suivantes (Catherine Martin, Les compagnies de la Propagation de la foi (1632-1685). Paris, Grenoble, Aix, Lyon, Montpellier. Étude d’un réseau fondé en France au temps de Louis XIII pour lutter contre l’hérésie, des origines à la révocation de l’édit de Nantes, Genève, Droz, 2000, p. 317, p. 418)

76 C. Martin, Les compagnies…, op. cit., p. 419.

77 Willem Frijhoff, « Chrétienté, christianismes ou communautés chrétiennes ? Jalons pour la perception de l’expérience d’unité, de division et d’identité de l’Europe chrétienne à l’époque moderne », dans Bertrand Forclaz (dir.), L’expérience de la différence religieuse dans l’Europe moderne, xvie-xviiie siècles, Neuchâtel, Alphil – Presses universitaires suisses, 2013, p. 17-43.

78 BM Langres, ms. 39-2, Mémoires de ce qui s’est passé à Langres…, op. cit., fol. 134 r°.

79 Ibid., fol. 148 v° et fol. 149.

80 Ibid., fol. 152 v°.

81 Ibid., fol. 153 v°.

82 Ibid., fol. 160 r°.

83 Ignace Le Gault, De la saincteté de l’Eglise Romaine contre le Dernier désespoir & appendice de Paul Ferry, ministre de la pretendüe à Metz, Saint-Mihiel, François et Jean Du Bois, 1625, fol. a iiii r° et p. 443, p. 534.

84 Ignace Le Gault, Sainctes exhortations sur tous les Evangiles du Caresme, Paris, Denys Moreau, 1633, p. 94-108, sermon IV, « Du Ieusne s’il oblige à peché ».

85 Ibid., p. 232-240, sermon IX, « De la piscine probatique. Des cinq degrez et effects de la Penitence ».

86 Ibid., p. 615, sermon XXIV, « Du respect que l’on doit porter aux Eglises ».

87 Ibid., p. 311-312, sermon XII, « De la saincteté de l’Eglise catholique ».

88 François Laplanche, « Controverses et dialogues entre catholiques et protestants », dans Marc Venard (dir.), Le temps des confessions (1530-1620/30), t. 8 de Jean-Marie Mayeur, Charles et Luce Pietri, André Vauchez et Marc Venard (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Desclée, 1992, p. 301.

89 I. Le Gault, Sainctes exhortations, op. cit., p. 243-244.

90 Luc Daireaux, « Réduire les huguenots ». Protestants et pouvoirs en Normandie au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2010, p. 191 résume ainsi les choses : « Finalement, la controverse, si elle permet parfois le franchissement des frontières confessionnelles, contribue aussi à leur durcissement ».

91 Le plus étudié de ces efforts est dû à Richelieu. Bernard Dompnier, « L’histoire des controverses à l’époque moderne, une histoire des passions chrétiennes », Bulletin de la SHPF, t. 148-2, 2002, p. 1045. Voir aussi Nicolas Piqué, « La controverse religieuse : questions de méthode et dynamique de la confrontation », Littératures classiques, n° 59, 2006, p. 67-76 ; Stéphane-Marie Morgain, « Une grande œuvre théologique de Richelieu : La méthode la plus facule et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l’Église », Dix-septième siècle, n° 230, 2006, p. 131-149.

92 Constat établi par Pierre-Jean Souriac, « La prédication protestante dans un contexte de révolte contre le roi au temps de Louis XIII », dans Bruno Béthouart et Jean-François Galinier-Pallerola (dir.), La prédication dans l’histoire, numéro spécial des Cahiers du Littoral, n° 16, 2017, p. 115-132. On peut prolonger ce constat jusqu’aux années 1670.

93 Sur tout cela A. Hupé, op. cit., p. 152-159.

94 Jean Oudart de Richesource, L’éloquence de la chaire, ou la Rhétorique des prédicateurs, Paris, Académie des Orateurs, 1673 (2e éd.), p. 194. [Jean Gaichiès], Maximes sur le ministère de la chaire, Paris, Damien Beugnié, 1711, p. 178-179, va plus loin encore en déconseillant ce type de discours qui « tiennent plus de la dissertation, que du sermon », à cause de leur « raisonnement scholastique ».

95 Louis Châtellier, Tradition chrétienne et renouveau catholique dans l’ancien diocèse de Strasbourg (1650-1770), Paris, Ophrys, 1981, p. 277.

96 Eugène Griselle, Le carême de Bourdaloue à Montpellier en 1686, Toulouse, Privat, 1901 ; Sophie Hasquenoph, Louis Bourdaloue. Le prédicateur de Louis XIV, 1632-1704, Paris, Salvator, 2013, p. 242-253.

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Pour citer cet article

Référence papier

Stefano Simiz, « La prédication catholique en France au xviie siècle. »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 101-124.

Référence électronique

Stefano Simiz, « La prédication catholique en France au xviie siècle. »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10279 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10279

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Auteur

Stefano Simiz

Université de Lorraine – CRULH, UR 3945

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