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La controverse à la portée de tous ?

Les Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638)

Le chef-d’œuvre de François Véron
Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638) François Véron's masterpiece
Julien Léonard
p. 41-58

Résumés

François Véron (1575-1649), controversiste infatigable, auteur de centaines de titres allant de la feuille volante au traité, est dénigré par les adversaires de son temps, et généralement méprisé par l’historiographie. L’œuvre de sa vie est une méthode de controverse contre les protestants, alliant théorie et mise en pratique, une méthode se voulant simple et universelle, lentement affinée à partir de 1615 et directement à l’origine du discrédit dans lequel il est tombé, car elle est dénoncée comme simpliste. Pourtant, l’édition de 1638 de cette méthode, de plusieurs centaines de pages in-folio, a pour but de montre le degré de maîtrise auquel il est parvenu. Objet hors norme, ce livre constitue une sorte de point final à une démarche de longue haleine, que Véron perçoit comme une œuvre définitive pouvant servir d’outil pour le passé, le présent et l’avenir, et enfin dans quel sens on peut dire que cette lecture éprouvante nous en apprend aussi beaucoup sur l’auteur, dont la vie est si intimement liée à son activité professionnelle. Véron a bien pensé et publié une sorte de traité total de controverse, certes difficile à appréhender et dénigrer, mais qui a sa cohérence et qu’il estime être parvenu à sa perfection après un quart de siècle de travail et d’expérimentation.

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Texte intégral

  • 1 Une recherche de cet auteur dans le seul catalogue de la BnF donne 190 résultats. Certains titres (...)
  • 2 Une exception notable : la présentation mesurée et contextualisée de Bernard Dompnier, Le Venin de (...)
  • 3 Pierre Féret, Un curé de Charenton au xviie siècle, Paris, Jules Gervais, 1881.
  • 4 Julien Léonard, « Vulgariser la controverse. La méthode “facile” de François Véron contre les réfo (...)
  • 5 Didier Boisson, « François Véron et les réformés : analyse d’un discours d’exclusion », dans Chrys (...)

1Inclure « chef-d’œuvre » dans le titre d’une contribution à l’histoire des controverses entre catholiques et protestants portant sur François Véron (1575-1649) paraîtra sans doute provocateur pour nombre de collègues. Ce controversiste infatigable, auteur de centaines de titres allant de la feuille volante au traité1, est en effet dénigré par les adversaires de son temps, et généralement méprisé par l’historiographie2. Parisien, ancien jésuite, puis missionnaire franc-tireur dans le royaume de France au gré des événements, et enfin curé de Charenton, sa carrière des années 1610 aux années 1640 est celle d’un acharné3. L’œuvre de sa vie, c’est une méthode de controverse contre les protestants, alliant théorie et mise en pratique, une méthode se voulant simple et universelle, lentement affinée à partir de 1615 et directement à l’origine du discrédit dans lequel il est tombé, car elle est dénoncée comme simpliste : il s’agit de partir des règles mêmes des réformés et d’exiger d’eux qu’ils prouvent les articles de leur confession de foi par des passages exprès de la Bible4. Très peu de figures de premier plan du camp réformé français ont accepté de rentrer dans ce jeu et, de ce fait, même les historiens ont hésité à donner du crédit à son œuvre, à de rares exceptions près5.

  • 6 Antoine Furetière, Dictionnaire universel, Contenant generalement tous les mots françois, La Haye (...)

2Il ne sera pas ici question d’une réhabilitation (et encore moins d’une apologie) de la méthode de François Véron, mais je voudrais montrer qu’il a vu son œuvre comme cohérente et en cours de perfectionnement, jusqu’à une édition qu’il estime définitive et parfaite, en 1638, après plus de vingt-trois ans d’expérience. Cette édition de 1638 (achevée en réalité en 1637) est bien, au sens des artisans, un chef-d’œuvre, montrant la capacité de celui qui le réalise à exercer son art6. Véron est un des premiers controversistes à affirmer qu’il pratique une discipline à part, bien définie, qu’il enseigne publiquement et diffuse : les pages de titre de ses ouvrages le qualifient régulièrement de « prédicateur du roi pour les controverses » et/ou de « lecteur du roi pour les controverses ».

3L’ouvrage daté de 1638 est en ce sens un chef-d’œuvre, que Véron estime nécessaire de publier pour montrer le degré de maîtrise auquel il est parvenu, mais aussi, peut-être, pour montrer qu’il n’est pas seulement le producteur de feuilles volantes et de petits livrets que ses adversaires ou les moqueurs méprisent, que sa méthode est plus complexe et raffinée que ce qu’ils veulent faire croire. Le volume est la synthèse, l’aboutissement et le couronnement d’une carrière et d’une méthode. Ce très gros livre in-folio de près de 1 300 pages (on peut y rajouter les 530 pages de la suite parue en 1662 de façon posthume), bien que très répétitif et ennuyeux à la lecture, est une œuvre totale et conçue comme telle par son auteur. C’est sous cet angle que l’analyse sera faite, en l’absence de documentation archivistique suffisante pour aller plus loin sur son élaboration et sa publication. On verra d’abord en quoi il s’agit d’un objet hors norme, mais aussi d’une sorte de point final à une démarche de longue haleine, que Véron perçoit comme une œuvre définitive pouvant servir d’outil pour le passé, le présent et l’avenir, et enfin dans quel sens on peut dire que cette lecture éprouvante nous en apprend aussi beaucoup sur l’auteur, dont la vie est si intimement liée à son activité professionnelle.

Un objet hors norme

  • 7 Sans entrer dans le détail des tomes, très confus, citons François Véron, Bref et facile moyen par (...)

4Une des raisons du mépris qui touche Véron est donc le caractère jugé superficiel de ses publications, répétitives, incessantes, sous forme de petits cahiers ou de comptes rendus de conférences. L’accusation est en partie vraie, car le harcèlement éditorial fait partie de la méthode de l’ancien jésuite. Il bénéficie, depuis des patentes écrites par Louis XIII du camp de Montauban en octobre 1621, d’un privilège (assez flou) lui permettant de publier comme il le veut, et il sait le rappeler. Pourtant, il a aussi déjà fait des efforts, en 1617-1618 et en 1623-1629, pour proposer des versions développées de sa méthode, au fil de son perfectionnement7.

  • 8 Il s’agit, dans l’ordre de citation du texte, de Jean Petitpas, Michel Soly, Adrien Topinard, Mart (...)
  • 9 François Véron, Methodes de traiter des Controverses de Religion, Par la seule Escriture Saincte, (...)
  • 10 François Véron, Seconde et Troisiesme Partie de cet Œuvre ; contenant la decision selon ces Method (...)

5Si l’ouvrage de 1638 est hors norme, au-delà du format déjà cité qui concurrence les traités les plus complets et les plus savants du temps, c’est aussi qu’il est proposé en plusieurs éditions simultanées, chez différents imprimeurs. Huit d’entre eux sont nommément cités dans le texte du transfert du privilège royal, daté du 6 août 16378. Il en manque peut-être, car on ne voit pas ici son imprimeur le plus fréquent, Louis Boulanger. Une enquête plus approfondie dans les contrats des marchands-libraires serait nécessaire, et permettrait aussi de voir les aspects financiers d’une éventuelle négociation. Malgré ce format qui dénote au milieu de son œuvre, Véron respecte, au grand dam du lecteur lassé, quelques-unes de ses pratiques, notamment un titre incroyablement long9, des pages de titres intermédiaires (par exemple pour les 2e et 3e parties, sans indication d’imprimeur dans l’édition que j’ai consultée)10, des répétitions incessantes d’une section à l’autre, ou encore des paginations et des tables des matières se chevauchant et présentant des incohérences.

  • 11 François Véron (éd.), La Discipline des Eglises Pretendues reformées de France : C’est à dire, L’o (...)
  • 12 François Véron, Methodes de traiter des Controverses de Religion. Ou corps du droit controversé se (...)

6C’est que l’ensemble reste fait de bric et de broc, repris de cahiers le plus souvent déjà publiés, et probablement retravaillés en cours de publication. En effet, l’annonce dans la table des matières de certains éléments est anticipée et ne débouche pas sur une réelle publication, ou alors sur une autre solution : par exemple, Véron annonce qu’une des grandes parties structurantes de ses méthodes doit être une édition commentée et réfutée de la discipline des Églises réformées de France, mais elle voit le jour de façon autonome en 1643, et chez un imprimeur chez lequel il publie très souvent, Louis Boulanger11. De même, sa volonté acharnée de répondre à des ouvrages qui sont en train d’être publiés le pousse à compléter certaines parties et à ajouter des paragraphes de réfutation, alors que la suite est déjà imprimée, ce qui est source de doubles paginations. La dernière partie de l’ouvrage est quant à elle publiée de façon posthume en 1662 seulement12, ce qui lui donne une structure (à peine) plus simple à appréhender à la lecture.

  • 13 Sur Véron au service de Richelieu, voir pour commencer Auguste et Claude Cochin, « Le grand dessei (...)
  • 14 Catherine Martin, Les compagnies de la Propagation de la foi (1632-1685). Paris, Grenoble, Aix, Ly (...)
  • 15 [Antoine Duranthon (éd.)], Collection des Procès-Verbaux des Assemblées-Générales du Clergé de Fra (...)

7Le tout est à la fois très organisé et très confus. On le voit dès les multiples avant-propos non paginés qui précisent les différents buts qu’il a poursuivis et les différents interlocuteurs qu’il aimerait avoir. Surtout, il rappelle les protections dont il bénéficie. Celle du roi d’abord, qui lui a donné son privilège d’imprimer en 1621 et d’autres patentes en mars 1622 l’autorisant à disputer contre les ministres n’importe où. Celle du cardinal-ministre de Richelieu aussi, à qui il adresse l’épître dédicatoire le 1er octobre 1637, « Jour de S. Remy, nostre Apostre François », se présentant comme un missionnaire et estimant que le but de l’État et de l’Église est le même : qui mieux que Richelieu en serait l’incarnation ? Véron n’éprouve aucune gêne à se mettre à son service, et le suit même dans ses tentatives souterraines de réunion des protestants13, même si cette édition de 1638 est plutôt une fin de cycle, avant de pouvoir justement se consacrer à des actions coordonnées par le cardinal. L’assemblée du Clergé, et surtout les évêques, sont également présentés comme des protecteurs, même si la lecture des procès-verbaux montre une certaine prudence, que ce soit à Bordeaux en octobre 1621 ou à Paris en février 1626 : à cette dernière occasion, Véron tente de mettre sur pied une compagnie de propagation de la foi, qu’il prétend (faute de connaissance ou par opportunisme ?) se calquer sur le modèle romain de la congrégation du même nom, de fondation récente (1622), mais c’est finalement un autre projet qui récupérera ce nom, en partie autour d’un autre promoteur d’une méthode de controverse, Charles-François Abra de Raconis (v. 1580-1646)14. La seule aide concrète est que l’assemblée de 1636 donne 1 000 livres pour participer aux frais d’impression (qui devaient être importants) de ce volume paru en 1638, et il obtient des subsides pour financer la suite en 164115.

  • 16 Françoise Chevalier, « La décision synodale de 1631 : la question de l’union des calvinistes et de (...)
  • 17 Voir par exemple François Véron, Accusation faicte pardevant Nosseigneurs de l’Assemblée du Clergé (...)
  • 18 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 159-161.

8Une fois passé le dédale des pièces liminaires, le traité proprement dit n’est guère plus simple à appréhender. Véron a prévu de grandes parties (trois dans ce premier volume, d’autres dans celui de 1662, mais certaines sont inachevées), la présentation de plusieurs méthodes (c’est une nouveauté que de les présenter au pluriel et en se prévalant de saint Augustin), elles-mêmes divisées en chapitres subdivisés en paragraphes dont la numérotation perd souvent le lecteur. C’est qu’il faut voir ce gros ouvrage comme un outil, une mine à laquelle on vient puiser ce dont on a besoin, et non comme un livre que l’on va lire intégralement. Véron a donc ressenti le besoin, après tant d’années de perfectionnement et de pratique, de proposer une sorte d’état de l’art complet, et il érige de ce fait la controverse en discipline autonome, une discipline complète qui en mobilise de nombreuses autres sans s’y limiter : théologie, histoire, philosophie, langues anciennes, philologie, mais aussi droit. Depuis les années 1630, et surtout après un décret synodal réformé admettant en 1631 les luthériens à la communion sans abjuration16, Véron se fait en effet le dénonciateur acharné des contraventions à l’édit de Nantes17. Il actualise régulièrement ses exemples, et il inclut ainsi dans son second tome un arrêt de la chambre de l’Édit de Paris du 22 août 1640 contre le prêtre apostat Sébastien Tridon dont les enfants sont déclarés bâtards18.

  • 19 Parmi une œuvre touffue de cet auteur, voir sur cette question de la théorisation de l’autonomisat (...)

9Le controversiste se pose en spécialiste et même en fondateur d’une discipline qui n’est pas qu’une simple sous-catégorie de la théologie. Certes, comme dans bien d’autres de ses publications, Véron est présenté sur la page de titre comme « Docteur en Theologie, & Predicateur du Roy pour les Controverses. » Mais l’autonomisation de la controverse comme art irrigue l’ouvrage. Elle a surtout été formulée par un de ses successeurs intellectuels et institutionnels, François Péan de La Croullardière (1603-1683), réhabilitant le degré d’expertise du controversiste selon le modèle véronien19. Mais Véron l’applique déjà dans les faits par ses écrits et par son activité : au moment où il rédige le traité achevé en 1637, il est pensionné par le clergé, vit à Paris à l’abbaye Saint-Victor sous la protection de François II de Harlay (1585-1653), il prêche régulièrement dans Paris et, surtout, va tous les dimanches à Charenton écouter les sermons des pasteurs réformés de la capitale qui y ont leur lieu de culte. C’est au cours de ces années 1638-1639 qu’il devient d’ailleurs curé de Charenton et c’est comme tel qu’il poursuit la rédaction de son second tome posthume. Pour lui, le bon controversiste est certes théologien, mais aussi historien, grammairien, philosophie, etc.

10L’idée de l’ouvrage paru en 1638 est donc bien de produire un « corps » de controverse, un système exhaustif, clos et utilisable en toutes circonstances. Une des pages de faux titre porte d’ailleurs la mention « Methodes et Controverses de Veron, ou le Corps du Droict controversé. » C’est bien le fruit de longues années de perfectionnement et le don d’une méthode universelle pour l’avenir.

La perfection d’une méthode longuement polie. Un outil universel

11Véron formule tout au long de son ouvrage l’idée qu’il va non seulement développer la dernière perfection de sa méthode pensée et améliorée depuis 1615, mais aussi réfuter tous les écrits et sermons des ministres calvinistes, insistant beaucoup dans des paragraphes ad hoc en fin de chapitres sur ceux qu’il a lus. Il va cependant au-delà, précisant régulièrement qu’il répond par la même occasion à tout ce qui a pu paraître à son insu ou à tout ce qui pourrait paraître à l’avenir.

  • 20 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie si (...)

12L’ouvrage de 1638 constitue un terrain à la fois connu et déroutant pour le lecteur qui a déjà vu les publications précédentes de Véron. Le cœur de l’argumentation est toujours le même : les calvinistes français, en proclamant dans leur confession de foi qu’ils ont dû réformer l’Église tombée en ruine (art. 31) et qu’ils ne fondent leurs dogmes que sur la Bible sans rien y changer (art. 5), s’obligeraient à accepter de faire lire expressément dans les Écritures leurs articles de foi. Le missionnaire semble même concéder ce qu’il présente comme étant des « passe-droits », comme de lire ces articles dans les bibles de Genève traduites en français malgré des « falsifications » selon lui, ou encore de ne pas avoir à prouver immédiatement la légitimité de la vocation et de la mission des réformateurs. Le but de Véron est d’obtenir de ses interlocuteurs l’aveu qu’ils ne peuvent répondre à ce défi, et que leurs articles de foi sont appuyés sur des « conséquences ». Puis, dans un second temps, il veut faire admettre que ces dernières ne sont pas appuyées uniquement sur la Bible, mais sur des argumentations sorties du « cerveau des ministres », et que ces faux pasteurs font donc abandonner l’autorité de l’Église, des conciles et des Pères à interpréter la Bible et la Tradition au profit de fantasmes. Le controversiste conclut régulièrement qu’il « faut estre fol pour estre huguenot » et préférer des chimères à l’autorité de l’Antiquité. Pour Véron, l’affaire est entendue, rien n’est sûr dans la foi calviniste, puisqu’il n’y a de plus aucune bible réellement authentique (seuls les originaux hébreux et grecs étant considérés comme tels par les réformateurs) et aucun canon validé par l’Église (art. 4). Enfin, autre position déjà rappelée dans ses publications précédentes mais peut-être radicalisée et systématisée, Véron insiste beaucoup sur la nécessité de ne poser les termes de la controverse qu’avec les confessions de foi et non avec les écrits des docteurs particuliers de chaque camp, et de suivre strictement les étapes qu’il propose pour obtenir les aveux attendus. C’est cela qui, selon lui, est essentiel et garantit le triomphe, et c’est parce qu’ils admettent de débattre avec les calvinistes selon les règles classiques de la scolastique et de la théologie catholique que trop de controversistes, par bienveillance, par habitude ou par vanité, laissent les débats s’enliser et empêchent une victoire éclatante. Il le regrette de façon feutrée pour de grands noms comme les cardinaux Bellarmin ou Du Perron (dont il reconnaît être le disciple pourtant), parfois de façon virulente, par exemple pour le jésuite Alexandre Regourd (1585-1635) dont le principal tort est sans doute de lui avoir volé la vedette par un débat avec le pasteur de Charenton Jean Mestrezat (1592-1657) en juillet 162920. Pour garantir le succès, Véron estime qu’il doit donner au lecteur des clés pratiques en plus des fondements théoriques. Rapportant sa propre expérience missionnaire en Picardie, Normandie, Saintonge, Guyenne, Languedoc, Champagne et surtout Paris, il fait des différentes conférences qu’il a eues et des incessants défis qu’il a lancés des modèles immédiatement applicables : le détail de ses conseils va jusqu’à l’ordre de la procédure à respecter pour entrer en dialogue et les mots importants à prononcer.

  • 21 Voir par exemple François Véron, La Condemnation de la doctrine des Jansenistes par cinq Conciles (...)

13Malgré l’aspect répétitif des éditions successives de la méthode, Véron introduit régulièrement des nouveautés qui font selon lui le perfectionnement. On a déjà souligné dans les années 1630 le tournant « juridique » de la méthode et la volonté d’aider à porter le débat devant des juges. Mais plus clairement, dans l’édition de 1638, on peut pointer deux originalités faisant sens. La première est que sa méthode n’est plus aussi « nouvelle » que ce que Véron proclamait dans ses titres précédents. En effet, désormais, le controversiste insiste sur l’héritage augustinien des méthodes, et montre régulièrement comment l’évêque d’Hippone demandait aux donatistes ou aux manichéens de lui lire leurs articles de foi dans l’Écriture. Probablement ce haut parrainage permet-il de contrer les quolibets dénonçant le prétendu manque d’envergure intellectuelle de sa démarche. Ce tropisme augustinien ne doit pas être pris comme le signe d’une sensibilité proche de ceux que l’on appelle quelques mois plus tard les « jansénistes » : au contraire, Véron estimera plus tard que ses méthodes sont applicables contre eux21.

  • 22 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), p. 3-552.
  • 23 Ibid., p. 11.
  • 24 Ibid., p. 193-572 (2e pagination).
  • 25 Ibid., p. 573-822.
  • 26 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 1-422.
  • 27 Antoine Girodon, Explication de tous les Passages du Nouveau Testament, dont les Catholiques, les (...)

14La deuxième originalité est que désormais il ne s’agit plus d’une méthode, mais de méthodes, au pluriel, présentées dans une longue première partie22. Véron justifie cela par sa volonté de modularité et d’exhaustivité : la première méthode est purement défensive, elle est celle dont on a répété les contours, et elle est accessible à n’importe quel fidèle sachant lire et raisonner. De « simples artisans » peuvent la mettre en œuvre, mais elle est à la fois « haute & subtile, & digne de l’esprit de sainct Augustin », et « très-facile en sa pratique ce qui estoit necessaire pour la rendre très utile »23. Cette première méthode est suffisante aux yeux de Véron, et est même la seule à garantir la victoire quoi qu’il arrive. Les autres sont progressives et plus complexes, car elles permettent de prouver la foi catholique et font intervenir les Pères et les conciles (ce qui n’est pas nécessaire). Elles sont réservées aux plus savants, sans doute une nouvelle preuve que Véron veut sortir de l’accusation de simplisme. Une dernière méthode est parallèle aux précédentes et peut elle aussi être mise en œuvre par n’importe qui, il s’agit de comparer les éditions successives des bibles de Genève pour y repérer les falsifications croissantes, précisément sur des passages servant de preuves aux calvinistes sur les points controversés. Une fois ces différentes méthodes exposées, les parties suivantes proposent des mises en œuvre sur des sujets généraux24, avec, donc, régulièrement des exemples de conférences ou de missions de la carrière de Véron depuis 1615. Il insiste particulièrement sur l’Eucharistie et ses controverses dérivées (messe, transsubstantiation, etc.) qu’il estime majeures et sur lesquelles il pense que les réformés sont de mauvaise foi d’accepter les luthériens et pas les catholiques à la communion. Il réfute ensuite un à un les articles de la confession de foi des Églises réformées de France dans une troisième partie25, et ce travail est en cours en 1637-1638 puisqu’il n’est achevé sous forme de quatrième partie que dans le second tome publié en 166226, peut-être par Antoine Girodon qui à la même époque réédite d’autres travaux de Véron et qui se targue d’avoir été son disciple27. Ce travail est colossal, et des indices dans le volume de 1662 laissent entendre qu’il est resté inachevé à la mort de son auteur en décembre 1649.

  • 28 Notamment David Blondel, Esclaircissemens familiers de la controverse de l’Eucharistie, Quevilly, (...)
  • 29 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 423-527.

15En effet, dans plusieurs passages du volume paru en 1662, Véron évoque « la présente année 1649 », il répond par ailleurs à des ouvrages qui sont sortis entre 1638 et 1649. Sa cinquième partie sur l’Eucharistie et l’autorité du pape, qui devait par exemple réfuter des ouvrages récents du pasteur David Bondel (1590-1655)28, est à l’état de chantier à la mort de l’auteur, mais ce qui est en forme est publié29. C’est que la vie de l’auteur et son œuvre sont entremêlées : de ce point de vue aussi, Véron atteint une forme de perfection, en faisant sa propre hagiographie en creux de l’apologie de sa méthode.

Le bilan d’une vie. La méthode, prétexte à l’autohagiographie

  • 30 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), n. p. C’est de cet avant-propos que je tire les développemen (...)
  • 31 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 692-700.
  • 32 Il s’en amuse par exemple dans François Véron, La Conversion à l’Eglise catholique du seigneur d’A (...)
  • 33 Sans être exhaustif, citons parmi les réponses les plus solides Paul Ferry, Le dernier désespoir d (...)
  • 34 Sur ces règles, voir par exemple Olivier Christin, « La formation étatique de l’espace savant. Les (...)

16La méthode de Véron est indissociable de sa vie, et il l’écrit de façon très touchante à plusieurs reprises dans l’ouvrage de 1638, et en particulier dans un « Second Avant-Propos de l’utilité et force, invention et derniere Perfection de cette Methode30. » Ces passages autobiographiques, ou plutôt autohagiographiques, construisent sa propre légende dans un mouvement de défense contre ce qu’il estime être des injures et des calomnies. Ils permettent, de façon en apparence neutre, de suivre le parcours du controversiste depuis les années 1610. Il y admet des dettes intellectuelles et des protections, mais travaille aussi et surtout à construire sa réputation, là aussi pour contrer des attaques et pour se donner du crédit. Ce dernier aspect est à mon sens crucial. Il a diffusé depuis 1615 des dizaines et des dizaines de défis lancés à des ministres, intégrés à des publications ou sur des placards imprimés, le plus souvent adressés à des hommes en vue, en particulier le fameux Pierre Du Moulin (1568-1658) qui est comme une obsession pour lui, mais aussi d’autres pasteurs de Charenton comme Jean Mestrezat ou Jean Daillé (1594-1670). Pourtant, ce sont le plus souvent des contradicteurs de seconde zone qu’il parvient à affronter en conférence, à l’exception peut-être du neveu de Pierre Du Moulin, Samuel Bochart (1599-1667) en septembre 1628 à Caen31. Il est même obligé parfois de se déguiser pour être admis en présence des pasteurs parisiens32, et ce ne sont que des plumes mineures qui travaillent à le réfuter33. Bref, sa réputation le préoccupe énormément, il essaie de la construire et n’y parvient pas selon les normes habituelles de la controverse34. Il doit d’ailleurs parfois se distinguer d’autres controversistes connus, pour insister sur ce qui fait l’originalité de sa méthode, et les reproches explicites à Regourd ou implicite à Bellarmin le prouvent.

  • 35 C’est en particulier le cas de Jean Daillé, La Foy fondée sur les Saintes Escritures. Contre les N (...)
  • 36 Nicolaus Vedel, Rationale Theologicum, seu De Necessitate et vero usu principiorum rationis ac Phi (...)

17C’est dans cette optique d’autocélébration et de valorisation de sa propre vie d’ecclésiastique qu’il faut comprendre qu’il prétende que ses adversaires reconnaissent tous en secret les succès de cette méthode, « quoy qu’ils fassent tous semblant de la mepriser pour en oster l’apprehension au peuple errant ou le desir de la cognoistre ». Par un curieux retournement des pratiques, il fait donc de la non-réponse de ses adversaires un signe de crédit. Il a en partie raison, car des ouvrages de Charenton, justement dans les années 1630, sont dirigés contre lui sans réellement le citer, ou alors pour le dénigrer35, ce qui prouve sans doute en creux que son action a des effets ou du moins un écho. Mais surtout, en 1637-1638, il pense avoir trouvé un adversaire à sa hauteur qui a écrit des pages contre lui, et tant pis si le fait qu’il les ait découvertes plusieurs années plus tard laisse envisager que cela n’a pas eu beaucoup de succès. Il s’agit d’un ouvrage de Nicolaus Vedel (1596-1642) publié en 162836. Certes, le discours tel que Véron le rapporte et le traduit n’est guère à son avantage, puisque Vedel dénonce « la bassesse de ceste Methode qui est telle qu’il n’y a Ramoneur qui ne la puisse apprendre, je ne diray pas en un jour, mais en une heure, & qui ne puisse devenir aussi tost un Theologien Veronien. » Mais Véron estime que « Cette facilité, pourveu qu’elle soit jointe à une solidité, […] ne la rend pas blamable, mais tant plus recommandable. » L’intérêt de la citation est ailleurs : le controversiste présente Vedel comme « Pasteur & Professeur en son Eglise & Academie » de Genève, sans trop de précision, car il vaut mieux laisser sonner ces titres prestigieux que de préciser que Vedel est professeur de philosophie (et non de théologie) et ministre de l’Église de langue allemande (nettement moins peuplée et sans doute prestigieuse).

  • 37 Sur Gontery, voir notamment Thibault Catel « Le discours de la méthode dans l’œuvre controversiste (...)

18Réfuter Vedel permet aussi à Véron de reprendre la main sur l’histoire de sa méthode. Au-delà de la haute figure tutélaire augustinienne que j’ai déjà évoquée, et qui est en partie topique, il reconnaît que des jésuites, notamment en Allemagne contre les luthériens ou surtout Jean Gontery (1562-1616) en France, l’ont inspiré37. Mais il tient à montrer ce qui vient de lui et comment il a poli une matière brute (pour reprendre une image qu’il utilise fréquemment), peut-être aussi pour justifier ses appointements de la part du clergé, puisqu’il n’est plus jésuite depuis 1619 ou 1620, et doit depuis financer par ses efforts son activité missionnaire. Alors que Gontery avait beaucoup bataillé, par écrit, en Guyenne et en Normandie surtout, pour montrer que les réformés ne pouvaient produire de passages bibliques exprès, il en restait là et estimait qu’ils étaient ainsi déboutés. C’est d’ailleurs de cette façon qu’est présentée grossièrement l’action de Véron par ses détracteurs, alors qu’il précise bien que son apport a surtout été de montrer que les conséquences, gloses et interprétations tirées de la Bible par les calvinistes n’étaient pas non plus suffisantes pour en tirer des articles de foi, puisqu’elles s’appuyaient au moins en partie sur des raisonnements humains.

  • 38 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 487-493.

19Le controversiste emmène aussi le lecteur dans l’intimité du perfectionnement progressif de la méthode, au fil de sa vie, du moins telle qu’il la reconstruit a posteriori. Il raconte en effet (mais sans donner d’année) qu’il ne s’intéressait pas, au début de sa carrière, à la controverse. Mais alors qu’il prêchait à Tours, il avait été réclamé par « une personne de haute qualité » en une ville voisine, parce que sa sœur était sur le point de se convertir en présence de plusieurs ministres. Il refuse (si l’on en croit son récit) la mort dans l’âme d’entrer en lice : « j’estimois que la voye de disputer devant un peuple par nostre façon commune, sçavoir argumentant par l’Escriture meslée de raisonnements subtils, d’Interpretation de langues, &c. estoit sujette à divers perils ». De retour à La Flèche où il enseignait alors, il a un entretien avec Gontery qui lui expose sa méthode : elle provoque chez Véron à la fois l’espoir (celui de réussir à vaincre les ministres) et le doute, car le rejet des conséquences ne lui plaît pas. Il décide donc d’améliorer cette façon de débattre. L’occasion lui en est fournie d’abord en janvier 1615 contre le ministre d’Amiens Adrien Le Hucher38, puis jusque dans les années 1624-1625 contre un grand nombre de pasteurs et même de synodes lors de missions dans des provinces où les hérétiques sont nombreux. Véron insiste sur le grand succès immédiat, en nombre d’auditeurs (il prêche généralement sur les places publiques) et d’exemplaires vendus (10 000 copies selon lui des différentes éditions de sa méthode).

  • 39 Pierre Coton, Geneve Plagiaire, ou Verification des depravations de la parole de Dieu, qui se trou (...)
  • 40 [François de Laubéran sieur de Montigny, Pierre Du Moulin, Samuel Durant et Jean Mestrezat], Defen (...)
  • 41 Pierre Du Moulin, Bouclier de la Foy, ou Defense de la Confession de Foy des Eglises Reformées du (...)

20Surtout, il essaie de faire ressortir son rôle personnel dans diverses controverses. J’en retiendrai deux exemples seulement, non exhaustifs. Le premier concerne les éditions successives de la Bible de Genève. C’est en 1617, lors d’un séjour à l’université jésuite de Pont-à-Mousson qu’il en découvre les « falsifications », au fondement de sa méthode parallèle déjà citée. Sans doute veut-il ici laisser entendre au lecteur que cette découverte est concomitante à celle du célèbre jésuite Pierre Coton (1564-1626) qui publie en 1618 une retentissante Genève plagiaire39. Le second exemple date de la même époque : Véron déclare au milieu des années 1630 que c’est lui, en 1617, qui a donné au confesseur du roi, Jean Arnoux (1576-1636), une copie de sa méthode et une remise en cause des versets bibliques mis en regard des 40 articles de la confession de foi des Églises réformées de France. Or c’est une prédication d’Arnoux en présence du roi, contre cette confession de foi, qui enclenche une gigantesque chaîne de controverse avec une réponse des ministres de Charenton et une réplique d’Arnoux40, un grand nombre d’autres publications annexes, et notamment un ouvrage de Du Moulin défendant le texte réformé et voué à un grand succès, le Bouclier de la foi41.

21L’intrication entre le cours de la vie de Véron et sa méthode affleure aussi parfois de façon émouvante. Dans la fin de son avant-propos consacré à l’histoire de son perfectionnement, il voit dans cette dernière publication comme un aboutissement personnel :

Je pense que cette impression sera la derniere, tant pour ce que je me trouve jà sexagenaire, que pource qu’elle a sa derniere perfection, & qu’aucun n’osera & ne pourra rien repliquer davantage. C’est certainement le precis de toutes mes estudes, specialement depuis mes premieres de Theologie, c’est à dire depuis trente huict ans, & particulierement depuis l’an 1617. c’est à dire depuis 20. ans, depuis lequel temps, je n’ay faict presque autre que combatre l’Heresie, & vaquer à la Conversion des errants.

22Il produit aussi en toute fin d’ouvrage une liste en apparence neutre de toutes les éditions de sa méthode validant l’idée de chef-d’œuvre et montrant la longue durée :

La 1. a esté à Amyens 1615 : & peu après les suivantes ; 2. & 3. à Roüen ; 4. & 5. à Paris ; 6. à Ingolstad ; 7. à la Fleche ; 8. à Cologne, en Latin ; 9. en Anglois ; 10. en Hollandois ; 11. au Pont-àmousson plus ample & plus perfectionnée que les precedentes l’an 1617 ; 12. à Lyon ; 13. 14. à Rouën augmentée 1618 ; 15. à Xaintes 1620 ; 16. en sa penultieme perfection, en 2. gros Volumes entiers 1623. avec la Replique à Ferry, au Bouclier de du Moulin, & à plusieurs autres qui avoient escrit contre cette Methode : J’y adjoustay un 3. Tome 1629 ; 17. à Montpelier 1625 ; 18. à Caën 1631 ; 19. à Paris ; & 20. l’an 1635. Ceste 21. en la presente année 1637. est avec sa derniere perfection, augmentée de plus des deux tiers. Le tout selon l’ordre, & pieces adjoustées, representées cy-dessus en mon 2. Avant-propos : § 7.

Outre dix ou douze autres impressions en divers petits Racourcis ; & sans compter dix impressions en dix ou douze jours par Cottereau, des 4. Ministres de Charenton baillonnés par 4. propositions, que je fis pourmener par tout Paris il y a 17. ans, lesquels j’y tien encore dans une fuitte continuë depuis tout ce temps là. Bref j’en ay remply la France, à la confusion de tous les Ministres d’icelle : & Multiplication de Catholiques disputeurs qui s’en servent par tout, contre les deformés [sic], muets & Fuyards par icelle en toutes rencontres.

23Mais il poursuit et l’on en arrive à son véritable but qui est, comme toujours, de montrer ce qu’on lui doit, et il fait alors un rapide tour d’horizon d’ouvrages qui lui ont emprunté sa méthode :

  • 42 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), p. 822 (voir aussi des précisions p. 541).

Plusieurs ont fait divers extraicts de cette Methode, Nihusius en Saxe qu’il a intitulé de l’Art Nouveau ; un autre en Holande ; un troisiesme en Angleterre, tiltré Da textum, Divers en France, Malavalete & autres. Et nouvellement le P. Victorin Recollect, a remply de ce mien dernier Volume, un Traitté par luy intitulé, Des Motifs qui obligent ceux de la Religion pretenduë Reformée à sortir de leur Eglise, & à retourner dans celle de leurs Ancestres ; Avec un Deffi charitable sur ce sujet presenté aux Ministres, imprimé à la Rochelle 1637. auquel il cite en son Motif 11. page 130. Le Traitté 8. De ce Tome in folio. L’Approbation de ces Motifs est datté du 14. d’Aoust 1637. à la Rochelle, & l’Epistre Dedicatoire, du 31. May 1637. Et l’Approbation du mien est du 9. d’Aoust 1637. à Paris. Mais cela vient de ce que j’avois envoyé audit P. Victorin à son instante priere, mon Volume bien qu’imparfait quatre moys ou plus avant qu’il fust achevé d’imprimer. Il m’a prié par lettre receuë ce moys de Septembre de luy envoyer l’accomplissement ; Ce que je feray au plustost42.

  • 43 Je ne connais cet ouvrage que par sa 2e édition, treize ans plus tard : Victorin Poulihot, Traité (...)

24Insister sur le cas du récollet Victorin Poulihot lui permet de montrer son influence sur un ouvrage publié à La Rochelle dès 1637, utilisant massivement des notes envoyées par Véron43. L’urgence était de s’en servir contre le synode provincial de Saintonge qui devait se dérouler à Cozes en août 1637. Mais affirmer sa visibilité est essentiel, il en va encore une fois de sa réputation.

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25L’ouvrage de 1638 constitue donc aux yeux de son auteur la dernière perfection de sa méthode, un outil pratique pour combattre les réformés à l’avenir, une défense contre les moqueurs et détracteurs, et le moment d’un bilan de sa vie. En lisant ce très gros volume, le lecteur peut avoir l’impression qu’il s’agit d’une page qui se tourne. C’est bien le cas, mais seulement partiellement.

  • 44 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), n. p.
  • 45 Théophile Brachet de La Milletière, Le Moyen de la Paix chrestiene en la Reunion des Catholiques e (...)
  • 46 François Véron, Le Nouveau Testament de nostre Seigneur Jesus-Christ, de la Traduction des Docteur (...)
  • 47 François Véron, Lumieres Evangeliques, Pour rendre facile à un chacun l’intelligence du nouveau Te (...)
  • 48 F. Véron, Regle generale de la Foy Catholique, separée de toutes autres doctrines inferieures en a (...)

26En effet, Véron change un peu sa stratégie à partir de la toute fin des années 1630 et au long des années 1640, en proposant des publications que l’on pourrait presque qualifier d’« iréniques », ou en tout cas de plus apaisées, dans le contexte d’une prise en main de ces affaires par Richelieu qui cherche à fédérer les efforts. On en voit d’ailleurs quelques signes dès 1638, notamment dans la « Preface à Messieurs de la Religion Pretendue Reformée, separez de l’Eglise de leurs Pères » où il se présente étonnamment comme un « ambassadeur de paix », et propose des « Ouvertures de Paix, proposées Sur le Decret faict d’Union avec les Luth. »44. Il est difficile d’y voir autre chose qu’une posture, mais il reste ensuite dans ce changement de ton. Il insiste toujours beaucoup sur l’argument de la décision de 1631 qui devrait forcer les réformés à accepter les catholiques à la communion s’ils acceptent les luthériens, mais se rapproche aussi des travaux du calviniste en rupture de ban et au service de Richelieu Théophile Brachet de La Milletière (1588-1665) dont il reprend en 1639 un titre de controverse proposant un Moyen de la paix chrétienne45. Véron se recentre aussi en 1646 sur la traduction en français du Nouveau Testament46, dans le but de couper l’herbe sous le pied des protestants prétendant en avoir le monopole. Il défend l’idée que la messe est dans la Bible, et que tous les catholiques doivent pouvoir la lire en français sans autorisation, ce qui surprend jusque dans son camp47. Il systématise aussi dans sa Règle générale de la foi catholique (1645) l’idée qu’il faut en rester aux seuls textes normatifs des confessions48, écartant les questions non débattues, et avec une tendance à estimer de plus en plus qu’il n’y a que quelques points « fondamentaux » sur lesquels il faut être en accord : il retourne ainsi un argument des calvinistes eux-mêmes (notamment de Daillé et Mestrezat) pour justifier leur union avec les luthériens, et semble profiter de cette brèche dont il avait souvent combattu les fondements dans les années 1630.

  • 49 Étienne-Michel Faillon, Vie de M. Olier fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, Paris, Poussielgu (...)

27Mais à côté de ces évolutions assez feutrées, Véron fait aussi preuve de continuité. On l’a vu, il écrit la suite de l’ouvrage de 1638 jusqu’à sa mort en décembre 1649, ce qui constitue le second tome paru en 1662. C’est aussi dans cette ligne dure qu’il publie en 1643 une réfutation de la discipline des réformés, qu’il continue les entreprises judiciaires contre Charenton surtout, dont il est curé tout au long de la décennie 1640. Il fait toujours la promotion de sa méthode jugée « simpliste » et applicable par tous, par exemple en soutenant en 1644 les missions en Saintonge de deux artisans parisiens présentés comme analphabètes, le « Mercier » et le « Coutelier », qu’il a formés à Saint-Sulpice sous le patronage d’Olier49.

  • 50 « Memoire contenant les differentes Méthodes dont on peut se servir très-utilement pour la convers (...)

28Ses successeurs, même ceux qui se titrent aussi « lecteurs » en controverses et qui appliquent exactement sa méthode comme Girodon et Péan de La Croullardière, le citent peu dans les années 1650 et 1660, sans doute pour éviter les querelles stériles qui se sont cristallisées autour de son nom, et ils reprennent l’idée que la méthode est due à saint Augustin, ainsi que la stratégie visant à beaucoup insister sur la décision de 1631, faisant des calvinistes des schismatiques plus que des hérétiques. Malgré tout, son ombre plane sur la controverse jusqu’à la fin du régime de l’édit de Nantes : lorsque l’assemblée extraordinaire du Clergé de 1682 présente les différentes méthodes pour convaincre les hérétiques, il figure en bonne place (l’assemblée précise néanmoins qu’il reprend saint Augustin)50, comme une revanche posthume sur sa mauvaise réputation, mais avant un retour dans l’ombre à la suite de la Révocation, archétype du controversiste vain. Pourtant, son édition de 1638 propose une méthode moins simpliste qu’il n’y paraît. Véron a bien pensé et publié une sorte de traité total de controverse, certes difficile à appréhender et dénigré, mais qui a sa cohérence et qu’il estime être parvenu à sa perfection après un quart de siècle de travail et d’expérimentation.

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Notes

1 Une recherche de cet auteur dans le seul catalogue de la BnF donne 190 résultats. Certains titres majeurs sont donnés au fil des notes suivantes.

2 Une exception notable : la présentation mesurée et contextualisée de Bernard Dompnier, Le Venin de l’hérésie. Image du protestantisme et combat catholique au xviie siècle, Paris, Le Centurion, 1985, p. 169-224.

3 Pierre Féret, Un curé de Charenton au xviie siècle, Paris, Jules Gervais, 1881.

4 Julien Léonard, « Vulgariser la controverse. La méthode “facile” de François Véron contre les réformés (années 1610 – années 1640) », Revue d’histoire de l’Église de France, n° 262, 2023, p. 129-143.

5 Didier Boisson, « François Véron et les réformés : analyse d’un discours d’exclusion », dans Chrystel Bernat et Hubert Bost (dir.), Énoncer – Dénoncer l’autre : discours et représentations du différend confessionnel à l'époque moderne, Turnhout, Brepols, 2012, p. 343-355.

6 Antoine Furetière, Dictionnaire universel, Contenant generalement tous les mots françois, La Haye – Rotterdam, Arnout & Reinier Leers, 1690, t. 1, n. p., entrée « Chef-d’œuvre ».

7 Sans entrer dans le détail des tomes, très confus, citons François Véron, Bref et facile moyen par lequel toute personne bien qu’elle ne soit versée en Theologie, peut par la seule Bible, soit de Geneve, soit autre, & par la Confession de foy de la Religion pretenduë, faire paroistre evidemment à tout Ministre qu’il abuse, & à tout Religionaire qu’il est abusé en tous & un chacun des poincts de sa pretenduë reformation, Pont-à-Mousson, Melchior Bernard, 1617 et id., Methode nouvelle, facile, et solide de convaincre de nullité la Religion pretendue reformée en tous les poincts controversez, Paris, Jean Mestais – Joseph Cottereau, 1623.

8 Il s’agit, dans l’ordre de citation du texte, de Jean Petitpas, Michel Soly, Adrien Topinard, Martin Durand, Pierre Bilaine, Jacques Quesnel, Jean Branchu et Louis de Heuqueville. Il est possible que toutes les éditions n’aient pas vu d’exemplaires conservés : Louis Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre Catholiques et Protestants en France (1598-1685), Genève, Droz, t. 2, 1985, p. 75, pourtant très précis et utile, n’en repère que pour Branchu, Heuqueville et Petitpas (n° 4161-4163).

9 François Véron, Methodes de traiter des Controverses de Religion, Par la seule Escriture Saincte, alleguée en termes exprez ou exposée par les Saincts Pères seants ez Conciles des cinq premiers siecles, rapportez par les Centuriateurs de Magdebourg, & imprimez à Basle, ou Geneve, Enseignées et pratiquées par Sainct Augustin. Avec, selon icelles, la Decision de tous les Points en debat en Religion en ce siecle ; La Refutation des Confessions de Foy pretenduës Reformées de France, Holande, Escosse, Angleterre, d’Augsbourg, de Saxe, & autres ; Et la Response à tous les Livres escrits par les Ministres de ces Confessions, particulierement par ceux de Charenton, Et à Marc Anthoine de Dominis, Autheur d’une nouvelle Secte, & contre le Decret du Synode National des Ministres de France, tenu à Charenton 1631. de recevoir à leur Cene les Lutheriens, & Indifference de Religion à Salut, Paris, Jacques Quesnel, 1638. J’ai consulté l’exemplaire de la BM Lyon (Part-Dieu, Silo ancien, 21314).

10 François Véron, Seconde et Troisiesme Partie de cet Œuvre ; contenant la decision selon ces Methodes, par la seule Escriture Saincte alleguée en termes exprez, ou exposée par les saincts Pères seants ez Conciles des cinq premiers siecles, rapportez par les Centuriateurs de Magdebourg, & imprimés à Basle & Geneve ; La Seconde, des Controverses generales, La III. des Controverses particulieres ez sujets internes. Sur les vingt-trois premiers Articles de la Confession de Foy des Ministres. Avec la Response à tous les Livres escrits sur ces matieres, specialement à l’Apologie, Foy fondée, & Employ des saincts Pères, de Daillé ; au Traitté de l’Escriture, de Mestrezat ; au Triomphe de l’Eglise, de Drelincourt ; au I. Livre de la Nouveauté de du Moulin ; à Bochart ; au Proselyte, &x. Et à de Dominis en sa Republique Ecclesiastique, Paris, s. n., 1638.

11 François Véron (éd.), La Discipline des Eglises Pretendues reformées de France : C’est à dire, L’ordre par lequel elles sont conduites & gouvernées ; Suivant qu’elle a esté reveuë & corrigée au Synode National tenu à Charenton l’an 1631. Avec La Refutation d’icelle, par la Discipline contenuë en l’Escriture saincte, & ès Conciles des six premiers Siecles, Paris, Louis Boulanger, 1643.

12 François Véron, Methodes de traiter des Controverses de Religion. Ou corps du droit controversé selon la Methode de Sainct Augustin, par la seule Escriture Saincte, alleguée en termes exprés ou exposée par les Saincts Pères. Avec les Responses aux Livres entiers de Blondel De la Primauté en l’Eglise, de Saumaise : De la Primauté du Pape, Et des Evesques, d’Amiraut ; De la Vocation des Pasteurs ; de Mestrezat, intitulé, Traitté de l’Eglise ; & d’autres Ministres de la Religion pret. ref., Paris, Louis et Antoine Boulanger, 1662. J’ai consulté l’exemplaire de l’Österreichische Nationalbibliothek à Vienne (Sammlung von Handschriften und alten Drucken, 18. C. 14.)

13 Sur Véron au service de Richelieu, voir pour commencer Auguste et Claude Cochin, « Le grand dessein du nonce Bargellini et de l’abbé Desisles contre les réformés (1668) », Annuaire-bulletin de la Société de l’histoire de France, t. 50-2, 1913, p. 248-268 ; Pierre Blet, « Le plan de Richelieu pour la réunion des protestants », Gregorianum, t. 48-1, 1967, p. 100-129 ; Stéphane-Marie Morgain, « Une grande œuvre théologique de Richelieu : La méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l’Église », Dix-septième siècle, n° 230, 2006, p. 131-149.

14 Catherine Martin, Les compagnies de la Propagation de la foi (1632-1685). Paris, Grenoble, Aix, Lyon, Montpellier. Étude d’un réseau d’associations fondé en France au temps de Louis XIII pour lutter contre l’hérésie des origines à la Révocation de l’Édit de Nantes, Genève, Droz, 2000, notamment p. 60 et p. 144-146.

15 [Antoine Duranthon (éd.)], Collection des Procès-Verbaux des Assemblées-Générales du Clergé de France, Paris, Guillaume Desprez, t. 2, 1768, p. 829 (mars et avril 1636) et t. 3, 1769, p. 98-99 (mai et août 1641).

16 Françoise Chevalier, « La décision synodale de 1631 : la question de l’union des calvinistes et des luthériens », Bulletin de la SHPF, t. 139-4, 1993, p. 605-620.

17 Voir par exemple François Véron, Accusation faicte pardevant Nosseigneurs de l’Assemblée du Clergé, Contre Daillé Ministre de Charenton Predicant d’une tierce Religion, abolissante toutes les autres ; Mestrezat complice, Paris, Claude Morlot [et Jean Mestais], 1635.

18 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 159-161.

19 Parmi une œuvre touffue de cet auteur, voir sur cette question de la théorisation de l’autonomisation de la controverse par rapport à d’autres disciplines dont elle se nourrit Pierre Péan de La Croullardière, Apologie des Controverses, où est monstré l’obligation que les Catholiques ont de les sçavoir, & de travailler à la Conversion des Heretiques, Paris, Louis Boulanger, 1652, en particulier p. 12-17.

20 Émile Kappler, Les Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2011, p. 700-704.

21 Voir par exemple François Véron, La Condemnation de la doctrine des Jansenistes par cinq Conciles François, huict cents ans y a ; Selon les Methodes de S. Augustin. Ou Jansenii Gothescalcus, Hæreticus ; Et, Le Baillon des Jansenistes, [Paris], Denis Langlois, [1648].

22 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), p. 3-552.

23 Ibid., p. 11.

24 Ibid., p. 193-572 (2e pagination).

25 Ibid., p. 573-822.

26 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 1-422.

27 Antoine Girodon, Explication de tous les Passages du Nouveau Testament, dont les Catholiques, les Protestans, & ceux de la Religion P.R. se servent, en leurs Disputes. Par les SS. Pères & anciens Docteurs, & par les nouveaux Ministres, Paris, Louis Boulanger, 1661, préface non paginée. Les rééditions nommément présentées par Girodon sont notamment : Antoine Girodon (éd.), La Discipline des Eglises Prêt. Ref. de France ; C’est à dire, L’ordre par lequel elles sont conduittes & gouvernées. Où sont adjoustées les Observations & Resolutions sur chaque Article, tirées des Actes de leurs pretendus Synodes Nationaux, Paris, Louis Vendosme, 1663 ; Id., Le Nouveau Testament de Nostre Seigneur Jesus Christ, de la traduction des Docteurs de Louvain. Reveuë & corrigée de nouveau si exactement, qu’elle est au vray une nouvelle traduction, Paris, C. Barbin, 1662.

28 Notamment David Blondel, Esclaircissemens familiers de la controverse de l’Eucharistie, Quevilly, Jacques Cailloüé, 1641 ; Id., De la Primauté en l’Eglise, traitté où sont confrontées avec la response du Serenissime Roy de la Grand’Bretagne les Annales du Card. Baronius, les Controverses du Card. Bellarmin, la Republique du Card. Du Perron, &c., Genève, Jacques Chouët, 1641.

29 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1662), p. 423-527.

30 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), n. p. C’est de cet avant-propos que je tire les développements suivants et, sauf contre-indication, les citations de cette partie.

31 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 692-700.

32 Il s’en amuse par exemple dans François Véron, La Conversion à l’Eglise catholique du seigneur d’Averne, où est estably le plus ancien presche de France, avec celle de deux autres gentils-hommes et de plusieurs bourgeois, en suitte d’une conférence privée du sieur Véron desguisé sous le nom de De la Fons, avec le Sr Daillé ministre de Charenton, en sa maison ; la fuitte honteuse du sieur Aubertin, ministre lez-Chartres, et une autre conférence reiglée avec le Sr Chorin, ministre dudit Averne, convaincu de n’avoir ny Eglise, ny vocation, ny un seul mot exprès de la Bible en sa faveur, Paris, François Julliot, [vers 1627].

33 Sans être exhaustif, citons parmi les réponses les plus solides Paul Ferry, Le dernier désespoir de la Tradition contre l’Escriture. Où est amplement refuté le Livre du P. François Veron Iesuite, par lequel il pretend enseigner à toute personne, quoy que non versee en Theologie, un Bref & facile moyen de reietter la Parole de Dieu, & convaincre les Eglises reformees d’erreur & d’abus en tous & un chacun poinct de leur doctrine, Sedan, Jean Jannon, 1618 ; Isaac Chorin, Refutation de la nouvelle methode, ou art qu’enseignent et professent les Jesuites de Cour, & quelques Modernes Docteurs de la Religion Romaine pour disputer contre ceux de la Religion Reformée, Sedan, s. n., 1623.

34 Sur ces règles, voir par exemple Olivier Christin, « La formation étatique de l’espace savant. Les colloques religieux des xvie-xviie siècles », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 133, 2000, p. 53-61.

35 C’est en particulier le cas de Jean Daillé, La Foy fondée sur les Saintes Escritures. Contre les Nouveaux Methodistes, Charenton, Melchior Mondière, 1634.

36 Nicolaus Vedel, Rationale Theologicum, seu De Necessitate et vero usu principiorum rationis ac Philosophiæ in controversiis Theologicis. Libri Tres, Pro veritate totius Religionis Christianæ, & speciatim Confessionum Evangelicarum. Oppositi Sophisticæ ultimorum temporum, Genève, Jacques Chouët, 1628.

37 Sur Gontery, voir notamment Thibault Catel « Le discours de la méthode dans l’œuvre controversiste de Jean Gontery », dans ce dossier.

38 É. Kappler, Les Conférences théologiques…, op. cit., p. 487-493.

39 Pierre Coton, Geneve Plagiaire, ou Verification des depravations de la parole de Dieu, qui se trouvent ès Bibles de Geneve, Paris, Claude Chappelet, 1618.

40 [François de Laubéran sieur de Montigny, Pierre Du Moulin, Samuel Durant et Jean Mestrezat], Defense de la Confession des Eglises Reformées de France, contre les accusations du sieur Arnoux Jesuite, deduites en un Semon fait en la presence du Roy à Fontainebleau, par lesquelles ils soustient que les passages cottés en la marge de nostre confession sont faux & inutiles, La Rochelle – Charenton, P. Auvray, 1617 ; Jean Arnoux, La Confession de Foy de Messieurs les Ministres, convaincuë de nullité par leurs propres Bibles : Avec la replique à l’escrit concerté, signé, & publié par les quatre Ministres de Charenton. Le tout en suitte du discours fait à Fontainebleau, le 25. de Juin, en la presence de sa Majesté, Paris, Joseph Cotterau, 1617. Sur le flot incroyable de publications suscitées par ce premier échange, voir notamment Yann Rodier, Les raisons de la haine. Histoire d’une passion dans la France du premier xviie siècle, Ceyzérieux, Champ Vallon, 2019, p. 146-165.

41 Pierre Du Moulin, Bouclier de la Foy, ou Defense de la Confession de Foy des Eglises Reformées du Royaume de France. Contre les objections du Sr. Arnoux Jesuite. Livre auquel sont decidées toutes les principales controverses entre les Eglises Reformées, & l’Eglise Romaine, Charenton, Abraham Pacard, 1618.

42 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), p. 822 (voir aussi des précisions p. 541).

43 Je ne connais cet ouvrage que par sa 2e édition, treize ans plus tard : Victorin Poulihot, Traité des motifs qui obligent ceux de la Religion prétendue Réformée à sortir de l’Eglise que les ministres déclarent, en l’article 31 de leur Confession, avoir dressée de nouveau, et à retourner dans celle de leurs ancêtres dressée par Jésus-Christ, Paris, Edme Couterot, 1650.

44 F. Véron, Methodes…, op. cit. (1638), n. p.

45 Théophile Brachet de La Milletière, Le Moyen de la Paix chrestiene en la Reunion des Catholiques et des Evangeliques sur les differens de la Religion, Paris, s. n., 1637 ; F. Véron, Le Moyen de la Paix chrestienne en la Reunion et Reduction generale de ceux de la Religion pretendue Reformée à l’Eglise Catholique, sur les differends de la foy, Paris, Louis Boulanger, 1639. Sur La Milletière, voir Robertus J. M. van de Schoor, The Irenical Theology of Théophile Brachet de La Milletière (1588-1665), Leyde, Brill, 1995.

46 François Véron, Le Nouveau Testament de nostre Seigneur Jesus-Christ, de la Traduction des Docteurs de Louvain, Reveuë & corrigée exactement sur l’ancienne & vulgate edition Latine, reconnuë par le commandement du Pape Sixte V. & publiée par l’authorité de Clement VIII. Collationnée au Grec, Paris, Louis Boulanger, 1646.

47 François Véron, Lumieres Evangeliques, Pour rendre facile à un chacun l’intelligence du nouveau Testament ; aux fins que sans crainte ou ombrage, par cette direction, chacun soit assidu en cette lecture, Paris, Louis Boulanger, 1646, pièce liminaire « La Bible en François, non deffenduë », n. p.

48 F. Véron, Regle generale de la Foy Catholique, separée de toutes autres doctrines inferieures en authorité, et specialement d’un grand nombre de faulses, impies et abominables, imposées les unes et les autres à la croyance de l’Eglise romaine, et réfutées comme d’icelle par les ministres, Paris, Adrien Taupinart, 1645.

49 Étienne-Michel Faillon, Vie de M. Olier fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, Paris, Poussielgue Frères – Wattelier et Cie, 4e éd., 1873 (1ère éd. 1841), t. 2, p. 63-72, p. 367-370 et p. 400-402. Voir par exemple Jean Clément dit « le Coutelier » et Jean Beaumais dit « le Mercier », Le Voyage du Coustelier et du Mercier, Dans les Provinces de Xaintonge, Païs d’Ony, de Gascogne, & d’Agenois ; Leurs Conferences avec les Ministres, & autres de la Religion Pretenduë Reformée, avec grandes victoires, & nombreuses Conversions ensuivies ; Par la Methode de Saint Augustin, Qu’ils nous lisent ce qu’ils disent ès Escritures sainctes, enseignée par le Père Veron en ses Academies aux doctes & aux non lettrez. Modèles sur lesquels chacun peut estre victorieux de l’erreur en tout rencontre. Rapporté par lesdicts Coustelier, & Mercier, au vray & simplement, Paris, Louis Boulanger, 1644.

50 « Memoire contenant les differentes Méthodes dont on peut se servir très-utilement pour la conversion de ceux qui font profession de la Religion prétenduë Reformée », dans [François Harlay de Champvallon (éd. dir.),] Actes de l’Assemblée generale du Clergé de France de M. DC. LXXXII. concernant la Religion, Paris, Frédéric Léonard, 1682, p. 25-44, ici p. 29-30.

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Pour citer cet article

Référence papier

Julien Léonard, « Les Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638) »Chrétiens et sociétés, 30 | 2023, 41-58.

Référence électronique

Julien Léonard, « Les Methodes de traiter des Controverses de Religion (1638) »Chrétiens et sociétés [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 20 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/chretienssocietes/10154 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/chretienssocietes.10154

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Auteur

Julien Léonard

Université de Lorraine – CRULH, UR 3945

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