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Comptes rendus – Supplément numérique

Jean Wirth, Art et image au Moyen Âge

Éric Palazzo
Référence(s) :

Jean Wirth, Art et image au Moyen Âge, Genève, Droz, 2022, 536 p.

Texte intégral

1Un recueil d’article comporte toujours des risques. Par définition, ce genre d’ouvrages permet aux lecteurs de se replonger dans des publications jadis parues dans des revues ou des volumes collectifs et de saisir la cohérence de la pensée d’un auteur, ou bien son absence. De façon générale, on ne peut que louer l’entreprise consistant à mettre à la disposition d’un lectorat de spécialistes ou d’étudiants une série d’articles éparpillés dans des publications parfois difficilement accessibles. Mais l’opération se révèle quelques fois risquée et débouche sur un résultat peu satisfaisant, faisant apparaître au grand jour les principaux défauts de la méthode d’un auteur. Tel est le cas pour ce recueil de certains des principaux articles de Jean Wirth, dont les nombreux ouvrages sur l’art médiéval sont bien connus des médiévistes. Les dix-neuf articles retenus par l’auteur sont organisés à partir de trois catégories qui, comme toute catégorie, sont forcément marquées du sceau de l’arbitraire. La première catégorie intitulée « Modalités » – titre assez énigmatique dont on a du mal à comprendre le sens réel… – « concerne les traits généraux de la production artistique médiévale », pour reprendre les mots de Jean Wirth. On y trouve bon nombre d’articles dédiés à l’exploration de la nature de l’image médiévale ou bien encore au statut de l’artiste au Moyen Âge. Dans plusieurs des contributions de cette section, l’auteur se contente de rappeler quelques généralités sur le statut de l’image chrétienne à partir d’une documentation textuelle souvent incomplète et dont on a du mal à percevoir la pertinence de son regard sur elle. Par exemple, dans l’article intitulé « Voir et entendre : notes sur le problème des images. De saint Augustin à l’iconoclasme », J. Wirth affirme des idées, qui ne sont dans la plupart que des exemples choisis, non démontrées, laissant le lecteur sur sa faim et donnant l’impression d’une méthode superficielle fondée sur des allusions plutôt que sur de véritables analyses. On se demande bien sur quoi repose, par exemple, une telle affirmation : « On sait que la sémiologie d’Augustin est héritée des stoïciens et il faut certainement attribuer à la même influence son attitude face au visible » (p. 37). Dans la conclusion de ce même article, J. Wirth se contente encore d’affirmations simplistes qui ne reposent sur rien de concret du point de vue de la documentation et de son analyse : « Il reste à savoir comment on en est arrivé là… La réponse est simple. On en est arrivé là lorsque le Christ est devenu totalement Dieu, approximativement lorsque les partisans d’Athanase ont vaincu ceux d’Arius » (p. 48). Dans l’article consacré à la question de savoir s’il faut adorer les images, j’avoue mon incompréhension face au discours de l’auteur et même les schémas à vocation pédagogique de cette contribution ne permettent nullement d’y voir clair. Là encore, le propos de J. Wirth est souvent ponctué d’affirmations infondées ou non démontrées, comme à la page 62 : « Les théologiens francs étaient augustiniens ». Le lecteur espère parfois avoir quelques éclaircissements qui lui permettraient de comprendre certaines de ces affirmations à partir des auteurs, principalement des théologiens, auxquels se réfère l’auteur, mais, malheureusement, les références à ces auteurs ne sont le plus souvent pas accompagnées des passages auxquels semble se référer Jean Wirth. Dans un autre article de cette section, J. Wirth entraîne le lecteur dans des méandres inutiles sur le rapport entre l’imago et l’historia et celui entre le substantif et la proposition dans le domaine de la grammaire et à propos duquel il nous dit lui-même qu’il ne faudrait pas pousser trop loin la comparaison (!) (p. 88). Dans le même sens, on se demande bien l’utilité pour comprendre la sémantique médiévale d’aller chercher à la rescousse Heidegger et Derrida ? Je préfère m’arrêter là au sujet des articles de cette première section afin de ne pas alourdir la critique, même si elle peut malheureusement s’appliquer également à plusieurs passages des articles regroupés dans la deuxième section intitulée « Thèmes ». Ici, l’auteur s’intéresse effectivement à des thèmes iconographiques, comme le crucifix (objet ? thème ?), dont l’article que lui a consacré J. Wirth ouvre cette section. Dans les articles dédiés à des thèmes, l’auteur pèche souvent par l’exposé d’un panorama iconographique particulier à tel ou tel thème, marqué par des raccourcis et des comparaisons entre les œuvres montrant souvent une méconnaissance de leur contexte par Jean Wirth. Tel est par exemple le cas à propos de la crucifixion Te igitur du sacramentaire de Gellone, dont l’auteur ne comprend manifestement pas le sens dans le contexte liturgique du manuscrit. Dans cette section, un article échappe à ces critiques. Il s’agit de celui consacré à la roue de la fortune, qui est ici analysée avec grande précision et à partir d’exemples que l’auteur maîtrise, notamment pour ce qui touche à leur contexte respectif.

2La troisième et dernière partie regroupe des articles consacrés à des « Œuvres » puisqu’il s’agit du titre choisi par l’auteur. À dire vrai, je ne vois, pour ma part, aucune véritable différence entre ces articles et ceux regroupés dans la deuxième section, mais cela n’a pas grande importance eu égard au fait que, comme pour les deux précédentes catégories, ces textes sont marqués par les mêmes défauts que ceux que j’ai déjà relevés précédemment. Dans cet ensemble confus et dans lequel le lecteur a du mal à frayer son chemin dans la « pensée » de l’auteur, je mets à part la contribution consacrée aux portraits de Saint-Benoît de Malles et Saint-Jean Mustaïr que l’auteur traite avec compétence, tant du point de vue de l’iconographie des œuvres étudiées, mais aussi grâce à ce qui est dit au sujet de l’archéologie des peintures et des sculptures passées en revue.

3Le volume se termine par un curieux article consacré à l’iconographie du suaire de Turin, dont le parcours est intéressant, mais qui ne méritait pas une conclusion aussi plate : confirmer que l’image du Christ sur le suaire n’est pas une empreinte mais une image peinte ! Et J. Wirth d’ajouter qu’il fallait faire intervenir un autre regard (le sien ?) « pour déjouer la complicité de deux aveuglements parfaitement compatibles : la bigoterie et le scientisme » (p. 502).

4Cette phrase de conclusion au dernier article et au livre est particulièrement représentative des écrits de Jean Wirth, non seulement dans ces articles, mais aussi dans ces livres publiés sur différents aspects de l’art médiéval, qui ont eu souvent l’apparence d’un discours idéologique, à défaut de bien négocier la difficile harmonie entre la théorie de l’art, l’historiographie et les études de cas.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Éric Palazzo, « Jean Wirth, Art et image au Moyen Âge »Cahiers de civilisation médiévale [En ligne], 265 | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ccm/16754 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ccm.16754

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