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Comptes rendus – Supplément numérique

I Carri di Nîmes, Nicolò Pasero (dir.)

Chloé Lelong
Référence(s) :

I Carri di Nîmes, Nicolò Pasero (dir.), Alexandrie, Edizioni dell’Orso, 2021, 125 p.

Texte intégral

1Nicolò Pasero propose ici une nouvelle édition du Charroi de Nîmes, chanson de geste du xiie siècle appartenant au cycle de Guillaume et racontant la prise de la cité de Nîmes aux Sarrasins par les Chrétiens déguisés en marchands. En regard du texte original en ancien français – 1486 vers répartis en 59 laisses –, l’éditeur propose sa traduction italienne. L’œuvre médiévale est précédée d’une introduction (p. 3-22), structurée en huit paragraphes :

21. Décrivant le contenu du charroi mené par Guillaume et les siens détaillé dans les laisses 26, 27 et 28, l’éditeur en déduit deux lignes directrices de la chanson. D’une part, les objets de culte (crucifix, missels, calices…) inscrivent l’œuvre dans la veine épique héroïque de l’affrontement « storico fra i difensori della causa cristiana e gli avversari pagani » (p. 4) ; et, d’un autre côté, le matériel de cuisine (poêles, chaudrons et trépieds), assurant que « bien en puissent atornier a mengier » (v. 779), ramène les personnages à la « quotidianità fattuale » (p. 4), aux nécessités triviales de ce que le critique qualifie de « basso materiale-corporeo » (p. 5). L’éditeur qualifie ainsi le poème qu’il édite comme un texte hybride – « fisionomia di genere che si può ben definire come mediana » (p. 4) – mêlant deux registres : un registre épique et un autre davantage comique, voire grotesque (p. 3-5).

32. Un rapide historique de la critique rappelle ensuite que cette mixité de l’œuvre a toujours été unanimement soulignée (p. 5-8). Ce passage s’appuie sur les travaux de certains médiévistes antérieurs, en fournissant les indications bibliographiques correspondantes en bas de page. La liste n’est cependant pas exhaustive et il s’agit essentiellement de références à des ouvrages généraux. Sont ainsi évoqués le ton qualifié d’« héroi-comique » par Léon Gautier – Les épopées françaises, Paris, Palmé, 1878-1879, t. 4, p. 373 –, la définition du poème comme « ironic at times, resembling a parody » par Urban Tigner Holmes – A History of Old French Literature, New York, Russell & Russell, 1962, p. 106 – ou encore le « mélange continuel de bouffonnerie et de grandeur » qui, selon André Pauphilet, caractérise l’œuvre – Poètes et romanciers du Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1939, p. 122. Les éditions mentionnées sont celles de Jean Frappier (Paris, Sedes, 1955-1965), de Ducan McMillan – 2e édition revue et corrigée, Paris, Klincksieck, 1978 –, de Giuseppe E. Sansone (Bari, Dedalo, 1969), de Salvatore Luongo (Naples, Liguori, 1992) et de Michael Heintze (Munich, Fink, 1993). Quelques références d’articles permettent à l’auteur d’insister sur l’aspect burlesque et parodique de la chanson qu’il édite et l’amènent à souligner que les études auxquelles il se réfère n’interrogent pas la « posizione ideologica dell’autore » et les « divergenti visioni del mondo » de l’œuvre (p. 8).

43. L’auteur évoque ensuite brièvement l’image négative de Louis dans le Charroi (p. 9-10). Décrit comme un souverain « pavido ed imbelle » (p. 9), qui n’ose s’emparer de la couronne qui lui revient, fuit face à l’ennemi et se réfugie « d’un tref en autre […] con chetif lïemier » (v. 235-236), le personnage apparaît comme « il sosia scoronante di Carlomagno » (p. 10).

54. En opposition à cette « figura regale dimidiata » (p. 10), Guillaume se révèle un héros « sui generis » (p. 10), accomplissant ses devoirs de vassal. La page qui lui est consacrée rappelle que le héros n’hésite pas (p. 10-11), à l’occasion, à se battre de façon moins conventionnelle, à coups de poing ou en défenestrant un païen. Selon N. Pasero, cette « deviazione dagli usi cavallereschi » peut se légitimer (p. 11), dans la logique épique, par la vilenie même des adversaires, « perché si tratta di eliminare dei felloni » (p. 11).

65. Le paragraphe suivant (p. 11-12) souligne la prépondérance des préoccupations corporelles et physiques dans cette chanson du xiie siècle, ce qui paraît l’éloigner quelque peu des thématiques et de la rhétorique proprement épiques. L’éditeur fait, par exemple, référence à l’équivoque sexuelle du passage où Guillaume croit que la Dame « queïs amisitiez / Ou itel chose que fame a home quiert »… (v. 557-558). Pour lui, ce malentendu entre le héros et son interlocutrice, faisant allusion à « una possibile avventura sessuale, inserisce nel dettato epico un tono di banale quotidianità » (p. 12).

76. L’auteur s’intéresse ensuite au thème du déguisement (p. 13-14) et au passage comico-grotesque, « ancore più dissonant[e] rispetto al registro epico » (p. 13), où les chevaliers, travestis en marchands, s’avancent vers Nîmes et où l’un d’eux s’embourbe dans la fange… Cet « abbassamento » rejoint le « scoronamento » évoqué au sujet du roi Louis (p. 13), dans le sens où le chevalier se retrouve aux prises avec une matière indigne de lui et, tel un animal, se vautre dans la boue.

87. Dans les lignes qui suivent (p. 14-15), N. Pasero s’attache plus particulièrement à la vision du monde véhiculée par le texte médiéval. Pour lui, le poème se divise en deux temps puisque l’entreprise belliqueuse elle-même, qui donne son titre à l’œuvre, est précédée d’une première partie dans laquelle Louis fait don à Guillaume d’un fief qu’il ne possède pas. Pour l’éditeur, cette « logica del paradosso » (p. 15), qui s’éloigne de la norme de l’univers féodal, est liée à cette vision du monde qui admet le recours à la « coincidentia oppositorum » (p. 15).

98. Enfin, l’introduction critique s’achève par une étude de la thématique du don (p. 16-20), faisant référence à l’essai d’Émile Benveniste sur le Vocabulaire des institutions indo-européennes – cité et référencé dans son édition italienne Einaudi de 1976. Dans la situation spécifique du rapport féodal, les rôles de donataire et de donateur ne sont pas symétriques et, citant Jean Starobinski, l’éditeur explique que le don du souverain exprime « un rapporto di preminenza, e obbliga alla sottomissione » – A piene mani. Dono fastoso et dono perverso, Turin, Einaudi, 1995, p. 19. Pourtant, ce que Guillaume attend en retour de ses services ne saurait être un loier ou une quelconque forme de rétribution (p. 20).

10À la suite de cette courte introduction critique, l’édition proprement dite est précédée d’une « nota al testo » (p. 21-22) qui récence les huit manuscrits connus de la chanson médiévale, sans préciser cependant lequel sera privilégié pour l’établissement du texte. Sont également citées les principales éditions antérieures, en particulier celles de Ducan McMillan, Giuseppe E. Sansone, Salvatore Luongo et Michael Heintze déjà mentionnées, ainsi que celles de Louis Perrier (Paris, Champion, 2de édition, 1968) et de Claude Lachet (Paris, Gallimard, 1999). Pour une description des manuscrits et un appareil bibliographique, l’auteur se contente de renvoyer aux éditions de Ducan McMillan et de Salvatore Luongo.

11L’appareil critique de cette introduction paraît ainsi réduit au minimum et ne comporte aucun élément sur la langue du texte, sa date de composition, son auteur, ni aucune étude philologique ou de versification. Le mérite essentiel de cette édition est sans nul doute, pour le lecteur transalpin, la présentation du texte médiéval avec, en regard, sa traduction en italien moderne.

12On relève quelques notes infra-paginales – mais sans appels de notes –, dont la première précise, par exemple, le choix de la traduction du terme charroi (v. 6) par le pluriel italien i carri, plutôt que par sa version globalisante carriaggio, préférée par G. E. Sansone, ou charroi, traditionnellement utilisée dans les textes français.

13À l’occasion, l’éditeur propose également une traduction alternative, pour tel ou tel vers. C’est le cas pour la proposition subordonnée relative du vers 1151, « qui bones sont en tens » – il s’agit des tanneries et peaux dont Guillaume fait l’article – traduite par « che vanno bene all’occasione » [qui conviennent à l’occasion] ou, comme proposé en bas de page, « che durano nel tempo » [qui feront du profit, dureront dans le temps].

14Plus nombreuses en début d’œuvre, les notes pointent également les renvois aux épisodes du Couronnement Louis et peuvent, ponctuellement, indiquer un vers manquant (v. 1094), en deviner le contenu – « Manca un verso, che presumibilmente indica la futura sede di una chiese, occupata prima della conquista da un edificio pagano » – et renvoyer à la note de l’édition McMilan…

15L’édition ne comporte ni lexique, ni bibliographie, ni index.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Chloé Lelong, « I Carri di Nîmes, Nicolò Pasero (dir.) »Cahiers de civilisation médiévale [En ligne], 265 | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 25 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ccm/16730 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ccm.16730

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Auteur

Chloé Lelong

CIHAM de Lyon

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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