Navigation – Plan du site

AccueilNuméros33MonographiqueRecevoir et traduire Proust en es...

Monographique

Recevoir et traduire Proust en espagnol et en portugais : un voyage euro-américain (1920-1960)

Receiving and translating Proust into Spanish and Portuguese : a Euro-American journey (1920-1960)
Etienne Sauthier

Résumés

Dès décembre 1919, le nom de Proust circule tout autour du monde grâce au prix Goncourt remporté par l’auteur pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs : c’est en Espagne qu’il est pour la première fois partiellement traduit. À cet égard il est intéressant que les importateurs de l’auteur en Espagne et en Argentine soient en partie les mêmes. Au Brésil, le premier article consacré spécifiquement à l’auteur de la Recherche, en 1923, reprend une critique publiée quelques semaines auparavant dans la presse madrilène. De la même manière, les traductions complètes latino-américaines de Proust précèdent les traductions luso-portugaises. Il semble dès lors évident qu’il y a dans la diffusion de Proust en espagnol et en portugais une forte circulation entre l’Europe latine et l’Amérique latine, celle-ci fait l’usage de passeurs et connaît des particularismes régionaux.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Il n’est notamment pas évoqué par Gaëtan Picon au titre de la nouvelle littérature française : Pico (...)
  • 2 Amorim, Sônia de. Em busca de um tempo perdido. São Paulo : EDUSP, 2000, p. 168.

1Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à un moment où Proust ne fait plus que relativement l’actualité littéraire en France1, deux projets de traduction d’À la recherche du temps perdu sont engagés en Argentine (dès 1946) et au Brésil (à partir de 1948). Ceux-ci sont largement couverts par la presse et constituent les deux premières traductions complètes en portugais et en espagnol de la Recherche. Dans le cas argentin, les premiers volumes (Du côté de chez Swann, À l’ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté de Guermantes) sont repris à la traduction partielle publiée en Espagne de 1921 à 1933 et réalisée par Pedro Salinas et José María Quiroga Pla, le reste est complété par le poète et traducteur argentin Marcelo Menasché. Au Brésil, c’est à la commande de la Livraria do Globo de Porto Alegre que la traduction complète est réalisée et publiée de 1948 à 1956 par la fine fleur du monde littéraire brésilien de l’époque2.

  • 3 Compagnon, Olivier. L’Adieu à l’Europe, L’Amérique latine et la Grande Guerre. Paris : Fayard, 2013 (...)

2Cette situation incongrue de traversée d’une œuvre littéraire d’Europe en Amérique, à un moment où elle semble largement inactuelle en France, atteste une forme de retour, de survivance de la littérature européenne en Amérique, malgré l’existence concomitante d’un mouvement que l’historien Olivier Compagnon voit comme un Adieu à l’Europe3. Il nous faudra dès lors observer le contexte, les acteurs et les motivations de la circulation de Proust vers la péninsule ibérique puis vers l’Argentine et le Brésil ; il faudra également questionner le moment de la traduction de l’auteur dans les deux langues de la péninsule ibérique et du cône sud. Cette translation géographique comme linguistique de Proust pourra être conçue, à cet égard, comme un processus euro-américain saisi sur le temps du premier xxe siècle.

3Nous constaterons dans un premier temps qu’un lien très fort s’établit entre Proust et la péninsule ibérique, notamment grâce à la circulation de passeurs, d’introducteurs de son œuvre en Espagne, mais aussi à travers la diffusion physique des ouvrages que lui assure le prix Goncourt : tout texte qui circule faisant par essence la route sous forme de papier, dans les commandes de librairies comme dans les valises de ses premiers lecteurs. Cette tête de pont de Proust en Espagne assure aussi le passage de l’auteur vers les Amériques, qui les lisent également et le reçoivent à leur manière. Enfin, au moment des premières traductions de Proust en Amérique latine, nous nous demanderons si la dimension pionnière de celles-ci n’est pas le symptôme d’un contexte, notamment politique et moral qui, installant une chape de plomb sur l’Espagne et le Portugal au xxe siècle, tend à inverser, en tout cas au point de vue culturel, le rapport entre métropole et colonie qui avait existé jusqu’au début du xixe siècle.

Du Nord au Sud : l’œuvre de Proust vers la péninsule ibérique : des passeurs et des projets.

  • 4 Tadié, Jean-Yves. Lectures de Proust. Paris : Armand Colin, 1971.

4La circulation de Proust vers la péninsule ibérique puis vers l’Amérique latine part tout naturellement de Paris, et si Du côté de chez Swann est publié en 1913 sans grand bruit4, certains latino-européens et américains qui y sont présents à ce moment-là font la découverte de l’auteur avant la Première Guerre mondiale ou aux premiers temps du conflit. Bon nombre de ces découvreurs sont appelés à s’ériger par la suite en passeurs de l’œuvre proustienne.

  • 5 Barège, Thomas. « Un ping-pong transatlantique : les traductions de Proust en Espagnol, Société fra (...)

5Ainsi, l’Espagnol José Ortega y Gasset, formé à l’étranger et en particulier en Allemagne avant 1910, cultive un important intérêt pour l’actualité littéraire française au moment de la publication du premier volume de la Recherche et contribue au numéro d’hommage à Marcel Proust de la Nouvelle Revue française en janvier 1923. Pedro Salinas, quant à lui, est lecteur d’espagnol à la Sorbonne de 1914 à 1918, moment où il devient professeur de littérature espagnole à l’université de Séville. Dès 1920, à la demande d’Ortega y Gasset, il devient non seulement le premier passeur de l’auteur en espagnol mais aussi son premier traducteur toutes langues confondues5.

  • 6 Amoroso Lima, Alceu. Companheiros de viagem. Rio de Janeiro : José Olympio Editôra, 1971, p. 101- (...)
  • 7 Amoroso Lima, Alceu. Memórias improvisadas, diálogos com Medeiros Lima. Petrópolis : Editora Voz (...)
  • 8 Levi, Darell E. A familia Prado. São Paulo : Cultura 70, Livraria e editora, 1977.
  • 9 Reyes, Alfonso. « La última morada de Proust ». Universidad de Concepción (Chile), Atenea, 6 (31 ao (...)

6L’intellectuel et critique littéraire brésilien Alceu Amoroso Lima, futur animateur du mouvement catholique brésilien, vit à Paris avant la guerre, il y passe les années 1913 et 19146. S’il entend parler pour la première fois de Proust au sein des milieux Action française qu’il fréquente alors, c’est de retour au Brésil, durant le conflit, qu’il lit Du côté de chez Swann7. Le sociologue Paulo Prado, qui devient l’un des premiers à penser l’identité culturelle brésilienne en 1926 et l’un des animateurs de l’avant-garde brésilienne des années 1920, jouait pour sa famille un rôle de relai culturel à Paris8 ; une première édition originale de Du côté de chez Swann, marquée de son ex-libris et largement annotée, figure à la bibliothèque Mario de Andrade de São Paulo, et il est loin d’être exclu que ce volume ait été acquis au moment où Prado vivait à Paris avant-guerre. Parmi les intellectuels et hommes de lettres latino-américains présents en France au moment de la publication de Du côté de chez Swann, on peut également citer le philosophe et journaliste mexicain Alfonso Reyes. Celui-ci est en effet diplomate à Paris en 1913-1914 et de 1924 à 1939 il représente à nouveau son pays en France. En 1928, il évoque l’écrivain et sa vie rue Hamelin9.

  • 10 Proust, Marcel. Por el lado de Swann, Trad. Pedro Salinas. Madrid : CALPE, 1920.
  • 11 Proust, Marcel. A la sombra de las muchachas en flor. Trad. Pedro Salinas. Madrid : CALPE, 1922.
  • 12 Salinas, Pedro. « Para un descanso en La Recherche du temps perdu, emprendida por M. Proust ». Madr (...)

7En 1919, le prix Goncourt attribué à Marcel Proust lui acquiert en quelques semaines une reconnaissance mondiale dans de nombreux pays : ce prix provoque les premières évocations de son nom en l’espace de quelques semaines. C’est dans ce contexte que l’auteur connaît sa première traduction en Espagne – par le biais de bon nombre de ces passeurs présents à Paris dans les années précédentes, ou en lien avec la vie culturelle parisienne de l’époque. José Ortega y Gasset, alors directeur de la maison d’édition CALPE, à Madrid, commande à Pedro Salinas une traduction du premier volume de la Recherche, Por el lado de Swann, qui, publié en 1920, devient la première traduction, toutes langues confondues, de Marcel Proust10. En 1922, la même maison d’édition publie une traduction du second volume, également réalisée par Pedro Salinas à la demande de José Ortega y Gasset : A la sombra de las muchachas en flor11. En 1921, Pedro Salinas publie également son texte « Para un descanso en La Recherche du Temps Perdu12 » :

  • 13 Sauf mention contraire les traductions sont personnelles.

Aujourd’hui il m’a été donné d’assister à un spectacle singulier. Tout le théâtre était éclairé, prêt à la représentation mais sans aucun autre spectateur que moi. […] Et quand le rideau s’est levé, un homme vêtu d’un frac est apparu sur scène, les cheveux noirs bien plaqués et brillants, il avait l’air aussi las que rebelle. Il a fait une profonde révérence – sans doute pour moi seul – et, à son signal, au fond de la scène, s’est levé un autre rideau, et sont apparus, en vaste demi-cercle, assis sur des chaises, de nombreux personnages de différents milieux et âges, aux vêtements et aux conditions diverses. […].
L’homme au frac va et vient, il fouille dans son chapeau et, après avoir retroussé ses manches, pour que l’on voie bien qu’il ne triche pas, il en tire une petite ville sympathique, dominée par une église aux vitraux polychromes. Voilà Combray, ses maisons et les pièces de ses maisons, et voilà qu’il tire de son chapeau sans fond un chemin qui chemine au bord d’une rivière. Et tous les personnages se taisent pour voir un petit garçon se promener en admirant silencieusement les nymphéas. […]
Et en s’installant sur un côté de la scène, l’homme au frac, d’un geste sobre, commence à tirer de son violon des sons étranges, inouïs et familiers, et de cette caisse de bois sortent les jours de la vie passée, chacun avec sa sonorité propre, intime et particulière. Il joue, il joue inlassablement, tant et si bien que, parfois, un personnage du tableau se fatigue et, sans que l’homme au frac le remarque, retourne lentement à sa chaise. Et il semble que tout soit effacé et que la scène demeure vide. On ne voit rien. Juste le délicieux fil du violon, capricieux, fantaisiste, tourbillonnant, mais qui dévoile à coup sûr le secret du labyrinthe. C’est que Monsieur Proust s’adonne à son plaisir favori : Monsieur Proust, artiste de renommée mondiale, parcourt le monde avec son Stradivarius des passions ; il a inventé un nouvel exercice. Monsieur Proust est le virtuose de la psychologie13.

  • 14 Craig, Herbert E. « Pedro Salinas as Proust’s First Translator ». Confluencia, Colorado State Unive (...)
  • 15 Antici, Ilena. « Traduire et créer, l’expérience proustienne de Pedro Salinas ». Société française (...)

8Pedro Salinas a ici la vision déjà assez classique à l’époque d’un Proust créateur de mondes : celui-ci se retrouvant sur une scène de théâtre, dans le rôle d’un Monsieur Loyal ou d’un magicien remontant ses manches pour montrer « qu’il n’y a pas d’astuce » et tirant de son chapeau, comme d’autres le font de leur tasse de thé, le village et l’enfance du narrateur. En 1926, Pedro Salinas publie Víspera del Gozo, un recueil de récits dont l’un lui vaut un procès pour plagiat de l’écrivain et critique espagnol Ernesto Giménez Caballero. Celui-ci reproche à Salinas un passage de sa nouvelle « Livia Schuber incompleta » où l’amoureux doit restreindre la connaissance de son amante à l’enveloppe de son corps endormi, limite que le narrateur de la Recherche décrit aussi s’agissant d’Albertine14. Cette polémique et ces accusations, associées au jugement négatif de Salinas sur la thématique homosexuelle de la Recherche, qui depuis Sodome et Gomorrhe ne fait plus de doute, finissent de détourner le traducteur espagnol de Proust et de l’entreprise de traduction engagée quelques années auparavant15. Il ne participe dès lors que très peu à la version espagnole du Côté de Guermantes, El Mundo de Guermantes, publiée en 1931 et produite par Mario Quiroga Pla. Le désintérêt relatif de la critique pour Proust au tournant des années 1930, et plus tard la censure franquiste, viennent interrompre la publication espagnole de Proust dans les années 1930. Celle-ci est interrompue sans retour mais les premiers volumes traduits seront repris tels quels lorsque l’auteur sera publié en Argentine, à partir du milieu des années 1940.

  • 16 Bourdieu, Pierre. « La circulation internationale des idées ». Actes de la recherche en sciences s (...)

9On le perçoit, cette arrivée de Proust en Espagne, cette translation Nord-Sud, est le fait d’intellectuels et d’écrivains aux liens forts avec la France, qui ont souvent reconnu rapidement les qualités littéraires de l’auteur de la Recherche. Ce rôle de passeurs tend aussi à servir leurs intérêts, si l’on en croit Bourdieu et son analyse du prestige attaché à ce rôle de médiateur culturel d’une œuvre littéraire entre deux espaces16. On pourrait cependant se demander à quel point ce greffon « prend » dans le pays d’arrivée, et si les circonstances contextuelles, pour les passeurs comme pour l’Espagne, ne tendent pas à nuire à cette circulation. Cette circulation Nord-Sud n’en favorisera cependant pas moins un passage transatlantique de l’œuvre proustienne d’Est en Ouest, à partir de la péninsule ibérique vers l’Amérique latine. Cette traversée sera d’ailleurs parfois opérée par les mêmes passeurs.

D’Est en Ouest : de l’Europe latine vers l’Amérique latine (via Madrid)

  • 17 Voir Craig, Herbert E. Marcel Proust and Spanish America: from critical response to narrative dialo (...)

10Si Proust connait d’autres points d’entrée importants en Amérique hispanique17, il bénéficie d’une réception massive et continue en Argentine dès le début des années 1920. José Ortega y Gasset est ici à nouveau un des passeurs de premier ordre. En janvier 1923, un mois et demi après le décès de l’auteur, le critique espagnol assure au même moment la livraison de deux articles aussi bien en France, dans le numéro d’hommage à Marcel Proust de la NRf qu’en Argentine, pour le numéro du 14 janvier de la Nación de Buenos Aires, où il est chroniqueur littéraire régulier. Si l’on ne peut considérer sa lecture de Proust comme identitaire, force est de constater que le critique espagnol est un spécialiste de l’auteur de la Recherche dans la presse parisienne en même temps qu’un passeur transatlantique de son œuvre, et sait la transmettre à des lecteurs qui pourront en avoir une lecture bien plus personnelle et liée à l’espace de réception argentin. On peut à cet égard citer l’écrivaine Victoria Ocampo, principale animatrice de la vie littéraire argentine des années 1920 et 1930. Un de ses écrits de 1931, dans le troisième numéro de la revue Sur, rend un vibrant hommage à la langue française et décrit celle-ci comme l’idiome de son enfance. Il semble cependant que si Victoria Ocampo justifie son rapport à la langue française à travers la référence proustienne, elle associe sans doute l’auteur de la Recherche à un décor plus proche du latifundio argentin que du village de Combray :

  • 18 Ocampo, Victoria. « Palabras francesas ». Buenos Aires : Sur, 3 (1931), p. 7-25.

[…] Ce que Proust dit de François le Champi et de tout ce que cette nouvelle, lue à l’enfance, la nuit où sa mère l’avait grondé si fort et tout de suite pardonné, lui évoque, c’est plus ou moins l’histoire que je vais raconter. […]
Tous les livres de mon enfance et de mon adolescence ont été anglais et français, français pour la plupart. J’ai appris l’alphabet en français, dans un hôtel de l’Avenue de Friedland. Depuis lors le français s’est tant saisi de moi que je n’ai pu me débarrasser de lui. […]
Tandis que j’étudiais la grammaire dans Larive et Fleury, les sciences dans Paul Bert, l’histoire sacrée dans Duruy, combien de désirs, combien de regards s’évadaient à travers la fenêtre vers nos champs, vers notre fleuve, nos quais. Combien les fables de La Fontaine étaient mêlées aux cris des bonimenteurs : « bouteilles vides » ou « engrais pour les plantes ». Ah, ces vendeurs ambulants dont j’enviais la liberté. Je me rappelle de quelques nuits chaudes où je lisais Poe traduit par Baudelaire à la lumière d’une bougie qu’on m’obligeait à éteindre à l’heure la moins opportune. « La chute de la maison Usher » était pleine, pour moi, de mugissement de vaches et de bêlements de chèvres. Une odeur de luzerne et de trèfle entrait par la fenêtre, c’était le temps de la tonte. Durant le jour, dans un hangar, on voyait les paysans, employés de mes parents, planter leurs ciseaux dans la laine épaisse. L’un d’entre eux allait et venait parmi eux, portant à la main un seau plein d’une obscure mixture qui empestait le goudron. On l’appelait de toute part à la fois : « Médecin, médecin ! » et il enduisait de ce mystérieux liquide les écorchures que les ciseaux maladroits et hâtifs infligeaient aux animaux. Cela m’impressionnait beaucoup, je ressentais de la pitié pour les chèvres, de la peur des ciseaux et pourtant le spectacle me fascinait. Seule la pensée que Le scarabée d’or ou que Le diable dans le clocher m’attendaient à la maison pouvait rompre cet enchantement.
Les mots français, encore et toujours, les voici confondus ici avec l’odeur du goudron, de la laine, le bruit des ciseaux et les cris des employés ruraux. Je percevais ces exclamations comme une sorte de meuglement. Ce n’étaient pas les mots de la pensée. Et ma langue, mon espagnol – ça a toujours été difficile à dire – était, sur un autre plan, presque aussi primitive et sauvage18.

11On le voit ici, Victoria Ocampo assimile son rapport à la langue française à son enfance au même titre que le narrateur de la Recherche se rappelle avec émotion ses lectures de George Sand, elle relie cette langue à ses années parisiennes, sa vie et ses premiers apprentissages en français ; on peut même relever, dans sa mention des bonimenteurs de rue, une référence évidente au passage des « cris de Paris » dans La Prisonnière, lorsque le narrateur entend à travers sa fenêtre les cris des commerçants ambulants de la capitale française. Il est cependant intéressant d’observer qu’à travers la fenêtre, ce ne sont pas les bruits de Paris ou le climat humide de l’automne, mais l’air de « quelques nuits chaudes », une odeur de luzerne et de trèfle, « des mugissements de vache et des bêlements de chèvre » : nous voici, à travers cette fenêtre, transportés du Paris de Marcel Proust au latifundio argentin des parents de Victoria Ocampo, avec des moutons à tondre, « l’odeur du goudron, de la laine, le bruit des ciseaux et les cris des employés ruraux ». L’arrivée de Proust en Argentine est ainsi portée par le même passeur que pour l’Espagne, mais celle-ci se fait aussi dans un très réel mouvement d’appropriation et de transposition de l’écrivain dans son espace de réception.

  • 19 Compagnon, Olivier. Op. cit.
  • 20 Lima, Jorge de. O Mundo do Menino Impossível. Maceió : Casa Trigueiros, 1925.

12Ces deux caractéristiques de l’arrivée de Proust en Argentine se retrouvent également au Brésil : le passage par l’espace de médiation espagnol, et une très profonde tendance des critiques brésiliens à ramener Proust à eux – aussi bien à travers la transposition géographique que dans les échos aux débats culturels brésiliens. Ainsi, en septembre 1923, la revue America Brasileira de Rio de Janeiro publie, sous la plume de Carlos Bosleli, la recension d’un article du critique madrilène Antonio Ballesteros de Martos qui compare Proust à Ramón Gómez de la Serna. Cet article avait été publié une première fois le 1er avril 1923 dans le quotidien El Sol de Madrid. Au moment d’un relatif détachement latino-américain de la matrice culturelle française19, il est significatif que cette circulation de l’œuvre de Proust vers le Brésil se fasse via la médiation d’un espace européen non francophone. De la même manière qu’en Argentine, la réception brésilienne de Proust se fait en bonne partie à travers une réception identitaire de l’auteur qui tend à le ramener aussi bien à soi qu’aux débats culturels nationaux du moment. Ainsi dans O mundo do menino impossivel de Jorge de Lima20 : le poète décrit un enfant qui casse tous les jouets importés que lui ont offerts ses grands-parents pour prendre des cailloux de la rivière, des boites d’allumettes et des trognons de maïs locaux, comme on rejette l’importation européenne, mais il le fait au coucher, dans l’attente du baiser du soir et face à un mur où une lampe se reflète et fait écho à la lanterne magique. Ce poème de 1925 associe ainsi l’opposition entre la capitale et la province, qu’il reprend à la Recherche, à l’affirmation du refus de l’importation étrangère en vogue dans le mouvement culturel régionaliste que connaît à ce moment le nord-est du Brésil :

Fin d’après-midi, embouchure de la nuit
Avec les premières étoiles
Et les derniers tintements de cloche.

À travers les étoiles, et là, derrière l’Église,
Surgit la pleine lune,
Pour pleurer avec les poètes

Et les deux jeunes choses de ce monde vont dormir :
Le soleil et les enfants.

Mais l’enfant impossible, là, de côté,
Tandis que tous les autres enfants dorment
Bercés par mère nègre nuit.

L’enfant impossible qui a détruit les parfaits jouets que ses grands-parents lui ont offerts.
L’ours de Nuremberg, le vieux barbare yougoslave,
Les poupées de Paris aux cheveux crêpés
La petite voiture portugaise, faite de feuilles de Flandres,
La boîte à musique tchécoslovaque
Le polichinelle italien « made in England »
Et le macaque brésilien de Buenos Aires
« Moviendo la cola y la cabeza »
L’enfant impossible qui a même détruit les soldats de plomb de Moscou.
Et a crevé les yeux d’un Papa Noël

Joue avec des trognons de maïs,
Des boîtes vides et des morceaux de bois.
Des galets blancs du fleuve.
Et il fait comme si les trognons étaient des bœufs….
Il fait comme si…
Il fait comme si…
Et les trognons de maïs mugissent comme de vrais bœufs
Et les morceaux de bois qui auraient pu être des soldats de plomb sont des bouviers bandits au chapeau de cuir
Les galets bêlent, pauvres agneaux éloignés de leur mère et enfermés dans leur enclos de carton
C’est l’embouchure de la nuit dans le monde que l’enfant impossible a peuplé tout seul.
La mère somnole, le père hoche la tête,
La pendule bat les secondes,
Et voilà que tombe une nuit enchantée,
Celle de la lampe qui expire lentement sur le mur du salon
L’enfant repose sa tête et rêve dans la nuit tranquille de la lampe éteinte
Du monde merveilleux qu’il a tiré de rien.
Oust ! File ! Paon, quitte le toit,
Laisse l’enfant dormir de son calme sommeil.

  • 21 Barreto Filho, José. Sob o olhar malicioso dos trópicos. Rio de Janeiro : Festa, 1929.

13Autre réalité identitaire présente dans les intertextualités brésiliennes de Proust, Rio montrée chez Barreto Filho comme une capitale nationale récemment haussmannisée et où les protagonistes cultivent des orchidées dans des jardins d’hiver, à la manière d’Odette Swann, ou dansent Maxixe et Fox Trot, les danses à la mode du moment. Cette ville présentée en capitale est ainsi assimilée au Paris du narrateur, à tel point que la scène de La Prisonnière où le narrateur perçoit le temps de Paris à travers les bruits et atmosphères de la rue est transposée dans le cadre de Rio21. Cette assimilation de l’espace carioca à l’espace parisien est bien révélatrice d’une ville qui aspire à une identité de centre culturel majeur du continent latino-américain, en lien direct avec Paris. Enfin, la relative absence de Proust dans la critique et la production littéraire du São Paulo de ces années est aussi l’indice d’une œuvre peu compatible avec le modernisme qui s’y développe alors et semble faire une part plus belle aux écrivains d’avant-garde comme Blaise Cendrars, qui est invité toute une année dans la ville en 1924.

  • 22 Espagne, Michel. Les transferts culturels franco-allemands. Paris : PUF, 1999.

14On peut ainsi dire, avec Michel Espagne22, que comme tout transfert culturel d’un espace à un autre, l’œuvre de Proust arrive en Amérique latine, notamment en Argentine et au Brésil, aussi bien par le fait de passeurs, via l’espace espagnol, que parce qu’elle peut parler à ses récepteurs de problématiques purement nationales ou toucher en eux des éléments qui leur parlent d’eux plus que du Paris ou même de la province de Proust. Pour ces récepteurs, plus que de lire Proust, il s’agit de se lire en celui-ci et d’y penser leur identité. En 1933, dans la préface de ce qui est devenu un des classiques sur la société brésilienne, Gilberto Freyre se revendique de Proust lorsqu’il développe sa pensée de l’identité nationale à partir des vieilles villes de la région du Minas Gerais :

  • 23 Freyre, Gilberto. Casa Grande & Senzala: formação da família brasileira sob o regime de economia pa (...)

L’étude de l’histoire intime d’un peuple a quelque chose de proustien ; les Goncourt l’appelaient déjà « ce roman vrai ». L’architecte Lucio Costa, devant les vieilles maisons de Sabara, de S. Joao del Rey, de Ouro Preto, de Mariana, et de la province de Minas en général, dit : « C’est comme si l’on se rencontrait soi-même… On se souvient de choses que l’on croyait ignorer, mais qui étaient en dedans de nous, sans doute – Proust arriverait à expliquer cela23. »

  • 24 Diário de Manhã. Vitoria : Espirito Santo, 21 de Novembro 1937, p. 7.
  • 25 Michon, Jacques (dir). Histoire de l’édition au Québec au XXe siècle. Montréal : Fides, 2004, Tome (...)

15Cette revendication de Proust au moment de se penser latino-américain, que ce soit sous la plume de Victoria Ocampo ou de Gilberto Freyre, montre que l’assimilation à soi est possible et que loin de n’être qu’une simple importation culturelle en Amérique, l’auteur de la Recherche est bel et bien devenu un classique. Son entrée en langue française au programme des concours universitaires, fût-ce en droit24, montre clairement que cet écrivain pas encore totalement traduit est devenu un auteur classique en langue française, et que sa lecture est désormais attendue de la part de quelqu’un de cultivé. C’est d’autant plus remarquable que l’écrivain voit son actualité européenne décroître après 1927, la Recherche étant publiée et le flot des publications posthumes s’étant tari. Il faut ajouter à cette tendance une nette diminution en Amérique durant les années 1920 et 1930 des circulations de livres venus d’Europe. Dès les débuts de la Seconde Guerre mondiale, cette circulation s’interrompt et dès lors, pour un temps, les ouvrages sont bien moins disponibles. Si des éditions québécoises vont rapidement remplacer ces éditions françaises25, bien vite la question de la traduction se pose aussi bien en Argentine qu’au Brésil.

Importations annuelles au Brésil de matériel imprimé en France

Année

Volume

Valeur

Pourcentage du total d’importation de livres (tous pays) Poids / Valeur

1935

38’246

70’903

9,5 %

25 %

1936

18’674

28’297

5,9 %

13 %

1937

31’246

47’131

7,9 %

11,6 %

1938

51’144

67’306

10,4 %

12,4 %

1939

36’123

44’323

8,6 %

9,2 %

1940

6’466

1’454

0,2 %

0,3 %

1941

0

0

0

0

1942

0

0

0

0

1943

0

0

0

0

1944

0

0

0

0

1945

0

0

0

0

1946

48’411

95’383

5,9%

5,2%

Source : Hallewell Laurence, Historia do livro no Brasil, rev e comp, Sao Paulo, EDUSP, 2005, p. 408-409.

La traduction en Amérique latine : l’ancienne colonie devenue métropole culturelle ?

  • 26 Craig Herbert. Marcel Proust and Spanish America. Op. cit., p. 37.

16Il est paradoxal que le moment où Proust est traduit en Argentine et au Brésil corresponde peu ou prou à celui où il est le moins actuel en France, à tel point que Gaëtan Picon ne lui donne pas de place dans la première édition de son Panorama de la nouvelle littérature française (1949). Ces deux traductions latino-américaines et leur réception manifestent l’intérêt que l’auteur suscite, aussi bien en Argentine qu’au Brésil. Entre 1946 et 1947, l’éditeur Santiago Rueda de Buenos Aires reprend pour les trois premiers volumes de la Recherche la traduction espagnole de Salinas / Pla tout en y adjoignant celle des volumes suivants (Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière, Albertine disparue et Le Temps retrouvé) par le poète argentin Marcelo Menasché, à la commande de l’éditeur. On voit que la traduction commencée en Espagne passe le témoin à une traduction argentine, les deux formant la première publication espagnole intégrale de la Recherche26. On peut donc se demander si l’ancienne colonie n’est pas alors devenue un espace culturellement pionnier.

  • 27 Diretrizes, Rio de Janeiro, 22.06.1946.
  • 28 Bulletin de la société des Amis de Marcel Proust et de Combray. Illiers (Eure-et-Loire), 1(1950), (...)
  • 29 Revista Branca, 4, Rio de Janeiro (décembre-janvier 1948-1949).
  • 30 Saldanha Coelho, José (Org.). Proustiana brasileira. Rio de Janeiro : Revista Branca, 1950.

17Le cas du Brésil procède d’une dynamique comparable, malgré des différences contextuelles et de nature de la traduction. Le pays avait été comme l’Argentine privé de la circulation du livre français durant la guerre, même si une édition québécoise avait été diffusée dans ces années. Après-guerre avait immédiatement émergé une volonté de traduction de la Recherche au Brésil27, du fait d’une maison d’édition brésilienne alors au sommet de son prestige : la Livraria do Globo de Porto Alegre. Cette entreprise est portée par la collection « Nobel » de la maison, consacrée à la littérature contemporaine et servie, entre 1948 et 1956, par un ensemble de traducteurs particulièrement reconnus dans le monde littéraire brésilien de l’époque : qu’il s’agisse du poète Mario Quintana (Du côté de chez Swann, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le Côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe), du poète Manuel Bandeira et de Lourdes Souza de Alencar (La Prisonnière), du poète Carlos Drummond de Andrade (Albertine disparue) ou de la critique littéraire Lucia Miguel Perreira (Le Temps retrouvé). Cette publication est accompagnée d’une importante communication : à travers la création d’un Proust-Club à Rio de Janeiro28, d’une Revista Branca – transposition carioca de la Revue blanche parisienne où Proust écrivait à la fin du xixe siècle, et qui lui consacre en 1948 un numéro d’hommage, dévolu à sa réception brésilienne29 –, ou encore de la parution, en 1949, d’une anthologie de la critique brésilienne sur Proust : la Proustiana brasileira30. Cette traduction est fortement couverte et annoncée par la presse, qui publie même un mot croisé proustien, de manière que le premier volume est le deuxième livre le plus vendu à São Paulo la semaine de sa publication. Cette redécouverte brésilienne qui précède celle de l’auteur en France, par le biais de sa traduction, est aussi un accès donné à l’œuvre à un nouveau public proustien, comme le montre l’article « Proust Slogan » de Saldanha Coelho :

  • 31 Saldanha Coelho, José. « Proust Slogan ». Revista Branca. Rio de Janeiro, 4 (décembre-janvier 1948 (...)

L’existence de Marcel Proust parmi nous est un phénomène nouveau, qui découle de l’usage démesuré de son nom, qui a acquis le caractère d’un « slogan », qui allait le tirer de la cachette d’un injuste anonymat, après le quart de siècle passé depuis sa mort, et lui donner une place méritée parmi les plus beaux talents artistiques du monde. Bien que son nom fût tant de fois cité, à propos de tout, la connaissance de Proust était réservée à quelques rares écrivains qui avaient peut-être reconnu son importance mais l’avaient tue, ignorant la nécessité de révéler l’auteur à la jeunesse du pays, pour que, dépassant son incompréhensible indifférence, elle puisse connaître et rendre hommage à À la recherche du temps perdu, monument historique édifié à l’aide des images et des caricatures génialement reproduites par la mémoire et recréées par la puissante imagination de Proust.
Peu connaissaient son œuvre, bien que rares aient été ceux qui ne la commentaient pas, l’évoquant au moyen de vagues références et répétant en chœur le triptyque des mots les plus entonnés dans les derniers mois : Proust – proustien – proustianisme. La jeunesse littéraire d’aujourd’hui, liée à un mouvement culturel qui s’accentue jour après jour dans tout le Brésil, se laissant emporter par les références faites à Marcel Proust, leur a donné, à lui et à son œuvre, une valeur subjective, faute de posséder les moyens de vérifier de ses propres yeux les mérites d’À la recherche du temps perdu, parce qu’elle ne savait pas le français ou parce qu’elle ne trouvait pas les livres de Proust en version originale, a été presque obligée d’admirer la valeur abstraite, ou, pour mieux le dire, cette force de Proust, sortie soudain de l’ombre et transformée en « slogan » littéraire de la plus haute vulgarité dans nos milieux littéraires. […] L’entreprise de la maison d’édition Globo, qui a publié, dans une excellente traduction du poète Mario Quintana, le premier volume du cycle romanesque du génie français, Du côté de chez Swann, a fourni aux lecteurs un contact direct avec la pensée et les belles images de la sensibilité créatrice de Proust31.

18Cette première traduction brésilienne de Proust est aussi la première en langue portugaise ; l’auteur sera publié pour la première fois au Portugal en 1984 dans une traduction de Maria Gabriela de Bragança. Il n’est pas innocent qu’un auteur scandaleux comme Proust de même qu’un dramaturge engagé comme Brecht n’aient pas trouvé leur place dans la société catholique, moralisatrice et corsetée d’Oliveira Salazar autrement que traduits et circulant par le biais de leurs éditions brésiliennes : les espaces des anciennes colonies, décidément plus libres, s’érigent sans doute, face à la chape de plomb qui pèse sur les anciennes métropoles, en espaces culturellement centraux, inversant leurs relations.

  • 32 Thiesse, Anne-Marie. La création des identités nationales. Europe xviiie-xxe siècles. Paris : Se (...)

19On le voit ainsi, au fil du premier xxe siècle, c’est à travers un équilibre entre un écrivain français qui circule vers la péninsule ibérique comme vers l’Amérique latine et la capacité de ces espaces de réception à lire et concevoir leur identité dans l’œuvre reçue qu’on peut appréhender la circulation de Proust en espagnol et en portugais. Dans l’Espagne des années 1920, sa réception est le fait d’une élite intellectuelle qui tire une part de sa légitimité de cette importation culturelle. Ortega y Gasset comme Pedro Salinas se retrouvent sur une ligne de crête, risquant à chaque instant le procès pour plagiat et les accusations de trop forts emprunts. Dans les cas argentin et brésilien, après-guerre, les traductions complètes de Proust sont respectivement les premières publications complètes de l’auteur en espagnol et en portugais : ce qui conduit à s’interroger, dans le contexte du franquisme en Espagne et du salazarisme au Portugal, sur la notion de métropole et de colonie culturelles au xxe siècle et sur la possible inversion du rapport historique euro-américain. Quoi qu’il en soit de cette relation, il est néanmoins nécessaire de souligner, une fois de plus, que si un transfert culturel existe, ce n’est qu’à la condition que le récepteur y trouve une lecture à faire de son identité. Ici comme ailleurs, on ne peut que souscrire au constat d’Anne-Marie Thiesse selon lequel il n’y a rien de plus international que les identités nationales32.

Haut de page

Bibliographie

Abreu, Márcia. « A Circulação Transatlântica dos Impressos: a globalização da cultura no século XIX. » Revista do núcleo de estudos do livro e da edição, v. 1, 2011, p. 115-130.

Abreu, Márcia. Os Caminhos dos livros, 1. ed. Campinas : Mercado de Letras/ALB/FAPESP, 2003. v. 1.

Amorim, Sonia de. Em busca de um tempo perdido. São Paulo : EDUSP, 2000.

Amoroso Lima, Alceu. Companheiros de viagem. Rio de Janeiro : José Olympio Editôra, 1971.

Amoroso Lima, Alceu. Memórias improvisadas, diálogos com Medeiros Lima. Petrópolis : Editora Vozes LTDA, 1973.

Antici, Ilena. « Traduire et créer, l’expérience proustienne de Pedro Salinas ». Société française de littérature générale et comparée. Actes et volumes collectifs, XXXVIIe congrès de la SFLGC, 2011.

Barège, Thomas. « Un ping-pong transatlantique : les traductions de Proust en espagnol ». de Dampierre, Ève, Metzger, Anne-Laure, Partensky, Vérane et Poulin, Isabelle (dir.). Traduction et partages : que pensons-nous devoir transmettre ?. Actes du 37e Congrès de la S.F.L.G.C., 2011.

Barreto Filho, José. Sob o olhar malicioso dos trópicos. Rio de Janeiro : Festa, 1929.

Bourdieu, Pierre. « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées ». Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 145 (décembre 2002), p. 3-8.

Carelli, Mario. Cultures croisées. Histoire des échanges culturels entre France et Brésil de la découverte aux temps modernes. Paris : Nathan, essais et recherches, 1993.

Casanova, Pascale. La République mondiale des lettres. Paris : Le Seuil, 1999.

Compagnon, Olivier. « L’Euro-Amérique en question. ». Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En línea], Debates, Puesto en línea el 03 febrero 2009, [consulté le 08/01/2023].https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nuevomundo.54783

Compagnon, Olivier. L’adieu à l’Europe. Paris : Fayard, 2013.

Craig, Herbert E. « Pedro Salinas as Proust’s First Translator ». Confluencia, Colorado State University, Vol. 18, 1 (Fall 2002), p.129-138.

Craig, Herbert E. Marcel Proust and Spanish America: from critical response to narrative dialogue, Levinsburg : Bucknell University Press / London : Associated University Press, 2002.

Espagne, Michel. « La fonction de la traduction dans les transferts franco-allemands ». Revue d’histoire littéraire de la France, numéro spécial « Les traductions dans le patrimoine français », mai-juin 1997.

Freyre, Gilberto. Casa Grande & Senzala: formação da família brasileira sob o regime de economia patriarcal. Rio de Janeiro : Maia & Schmidt, 1933.

Hallewell, Laurence. Historia do livro no Brasi, rev e comp. Sao Paulo : EDUSP, 2005.

Levi, Darell E. A familia Prado. São Paulo : Cultura 70, Livraria e editora, 1977.

Lima, Jorge de. O Mundo do Menino Impossível. Maceió : Casa Trigueiros, 1925.

Michon, Jacques (dir). Histoire de l’édition au Québec au XXe siècle. Montréal : Fides, 2004.

Ocampo, Victoria. « Palabras francesas ». Buenos Aires : Sur, 3 (1931), p. 7-25.

Picon, Gaëtan. Panorama de la nouvelle littérature française. Paris : Gallimard, Le Point du Jour, 1950.

Reyes, Alfonso. « La última morada de Proust ». Universidad de Concepción (Chile), Atenea, 6 (31 août 1928).

Rocha, Tadeu. Modernismo e Regionalismo. Maceio : Impr. Oficial de Alagoas, 1964.

Schaposchnick, Nelson. « Edição, recepção e mobilidade do romance Les mystères de Paris no Brasil oitocentistain ». Varia História (UFMG. Impresso), v. 26, 2010, p. 591-617.

Tadié, Jean-Yves. Lectures de Proust. Paris : Armand Colin, 1971.

Thiesse, Anne-Marie. La création des identités nationales. Europe XVIIIe-XXe siècles. Paris : Seuil, coll. « Points Histoire », 2001 [1999].

Wilfert, Blaise. Paris, la France et le reste…, Importations littéraires et nationalisme culturel en France, 1885-1930. Thèse d’histoire, Université Paris I Panthéon Sorbonne, 2003.

Haut de page

Notes

1 Il n’est notamment pas évoqué par Gaëtan Picon au titre de la nouvelle littérature française : Picon, Gaëtan. Panorama de la nouvelle littérature française. Paris : Gallimard, Le Point du Jour, 1950.

2 Amorim, Sônia de. Em busca de um tempo perdido. São Paulo : EDUSP, 2000, p. 168.

3 Compagnon, Olivier. L’Adieu à l’Europe, L’Amérique latine et la Grande Guerre. Paris : Fayard, 2013.

4 Tadié, Jean-Yves. Lectures de Proust. Paris : Armand Colin, 1971.

5 Barège, Thomas. « Un ping-pong transatlantique : les traductions de Proust en Espagnol, Société française de littérature générale et comparée ». « Un ping-pong transatlantique : les traductions de Proust en espagnol ». de Dampierre, Ève, Metzger, Anne-Laure, Partensky, Vérane et Poulin, Isabelle (dir.). Traduction et partages : que pensons-nous devoir transmettre?. Actes du 37e Congrès de la S.F.L.G.C., 2011.

6 Amoroso Lima, Alceu. Companheiros de viagem. Rio de Janeiro : José Olympio Editôra, 1971, p. 101-104.

7 Amoroso Lima, Alceu. Memórias improvisadas, diálogos com Medeiros Lima. Petrópolis : Editora Vozes LTDA, 1973, p. 130-131.

8 Levi, Darell E. A familia Prado. São Paulo : Cultura 70, Livraria e editora, 1977.

9 Reyes, Alfonso. « La última morada de Proust ». Universidad de Concepción (Chile), Atenea, 6 (31 août 1928).

10 Proust, Marcel. Por el lado de Swann, Trad. Pedro Salinas. Madrid : CALPE, 1920.

11 Proust, Marcel. A la sombra de las muchachas en flor. Trad. Pedro Salinas. Madrid : CALPE, 1922.

12 Salinas, Pedro. « Para un descanso en La Recherche du temps perdu, emprendida por M. Proust ». Madrid : Índice, 2 (1921).

13 Sauf mention contraire les traductions sont personnelles.

14 Craig, Herbert E. « Pedro Salinas as Proust’s First Translator ». Confluencia, Colorado State University, Vol. 18, 1 (Fall 2002), p. 129-138.

15 Antici, Ilena. « Traduire et créer, l’expérience proustienne de Pedro Salinas ». Société française de littérature générale et comparée, Actes et volumes collectifs, XXXVIIe congrès de la SFLGC, 2011.

16 Bourdieu, Pierre. « La circulation internationale des idées ». Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 145 (décembre 2002), p. 3-8.

17 Voir Craig, Herbert E. Marcel Proust and Spanish America: from critical response to narrative dialogue. Levinsburg : Bucknell University Press / London : Associated University Press, 2002.

18 Ocampo, Victoria. « Palabras francesas ». Buenos Aires : Sur, 3 (1931), p. 7-25.

19 Compagnon, Olivier. Op. cit.

20 Lima, Jorge de. O Mundo do Menino Impossível. Maceió : Casa Trigueiros, 1925.

21 Barreto Filho, José. Sob o olhar malicioso dos trópicos. Rio de Janeiro : Festa, 1929.

22 Espagne, Michel. Les transferts culturels franco-allemands. Paris : PUF, 1999.

23 Freyre, Gilberto. Casa Grande & Senzala: formação da família brasileira sob o regime de economia patriarcal. Rio de Janeiro : Maia & Schmidt, 1933. // trad. Freyre Gilberto. Maîtres et Esclaves. Paris : Gallimard, Croix du sud, 1953.

24 Diário de Manhã. Vitoria : Espirito Santo, 21 de Novembro 1937, p. 7.

25 Michon, Jacques (dir). Histoire de l’édition au Québec au XXe siècle. Montréal : Fides, 2004, Tome 2, p. 43.

26 Craig Herbert. Marcel Proust and Spanish America. Op. cit., p. 37.

27 Diretrizes, Rio de Janeiro, 22.06.1946.

28 Bulletin de la société des Amis de Marcel Proust et de Combray. Illiers (Eure-et-Loire), 1(1950), p. 68. / Diário Carioca, Rio de Janeiro (12.12.1948).

29 Revista Branca, 4, Rio de Janeiro (décembre-janvier 1948-1949).

30 Saldanha Coelho, José (Org.). Proustiana brasileira. Rio de Janeiro : Revista Branca, 1950.

31 Saldanha Coelho, José. « Proust Slogan ». Revista Branca. Rio de Janeiro, 4 (décembre-janvier 1948-1949), p. 27.

32 Thiesse, Anne-Marie. La création des identités nationales. Europe xviiie-xxe siècles. Paris : Seuil, coll. « Points Histoire », 2001 [1999].

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Etienne Sauthier, « Recevoir et traduire Proust en espagnol et en portugais : un voyage euro-américain (1920-1960) »Catalonia [En ligne], 33 | Deuxième semestre 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/catalonia/6399 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/catalonia.6399

Haut de page

Auteur

Etienne Sauthier

etienne.sauthier[at]gmail.com

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search