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Brossa, Casasses, Perejaume et l’esprit catalan : confluences et ramifications artistiques

Brossa, Casasses, Perejaume and the Catalan spirit: confluences and artistic ramifications
Mònica Güell

Résumés

Les soubresauts historiques de la Catalogne au XXe ont marqué intellectuels et artistes catalans qui se sont engagés, avec la plume ou le pinceau, pour défendre une identité muselée et piétinée par quarante ans de franquisme. Dans le dernier tiers du XXe siècle, au cœur des années révoltées, l’œuvre poétique de Joan Brossa (1919-1998) est de bout en bout une défense et illustration de la langue et de l’identité catalanes. Deux autres poètes et artistes engagés, catalans jusqu’à la moelle, d’une génération postérieure à celle de Brossa, sont ici étudiés : Enric Casasses (né en 1951) et Perejaume (né en 1957). Par-delà les différences, on se propose de mettre en lumière des confluences artistiques et idéologiques entre eux, à travers l’analyse de textes qui rendent hommage à la langue, aux arts, au territoire et à la terre catalane, au génie créateur de Gaudí, Jujol ou Miró.

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Texte intégral

  • 1 Santacana, Carles (coord.). Entre el malson i l’oblit. L’impacte del franquisme en la cultura a Cat (...)
  • 2 Sur ces années révoltées, voir Terrasa, Jacques (dir.), Barcelona 60’s. Entre Caputxinada & Gauche (...)
  • 3 Cet article est le fruit de réflexions issues de la journée d’étude « Nacionalismos sin Estado en e (...)

1Les soubresauts historiques de la Catalogne au XXe ont marqué intellectuels et artistes catalans qui se sont engagés, avec la plume ou le pinceau, pour défendre une identité muselée et piétinée par quarante ans de franquisme, entre le cauchemar et l’oubli, comme le rappelle Carles Santacana1. En effet, la fin des années 60, puis les effervescentes années 70 s’inscrivent sous le signe des manifestations contre la dictature de Franco et la défense des libertés, allant de pair avec des revendications catalanistes affirmées haut et fort. Des événements marquants comme la « Caputxinada » en mars 1966, puis la « Tancada de Montserrat » de décembre 1970 pour protester contre les condamnations à mort lors du procès de Burgos défient la dictature. Dans ce contexte historique du dernier tiers du XXe siècle, le premier poète qui sera ici traité est Joan Brossa (1919-1998), dont l’œuvre, au cœur de ces années révoltées2, est de bout en bout une défense et illustration de la langue et de l’identité catalanes. Effectuant un grand saut temporel, je présenterai ensuite deux poètes et artistes engagés, catalans jusqu’à la moelle, d’une génération postérieure à celle de Brossa, nés entre 1950 et 1960 : Enric Casasses (né en 1951) et Perejaume (né en 1957). Par-delà les différences, je vois des confluences artistiques et idéologiques entre eux, car leurs textes rendent hommage à la langue, aux arts, au territoire et à la terre catalane, au génie créateur de Gaudí, Jujol ou Miró. Quelles représentations de l’identité catalane nous offrent-ils ? Quelles confluences et ramifications poétiques et artistiques mettent-ils en évidence3 ?

  • 4 Gimferrer, Pere. Antoni Tàpies i l’esprit català. Barcelona : Ediciones La Polígrafa, 1974.

2Le titre de cet article est un clin d’œil au livre de Pere Gimferrer sur Antoni Tàpies, Antoni Tàpies i l’esperit català4, où sont mises en lumière les confluences souterraines qui sous-tendent l’œuvre d’Antoni Tàpies.

3La méthode ici suivie est l’analyse textuelle au plus près du texte.

Brossa, un écrivain catalan jusqu’à la moelle

  • 5 Bordons, Glòria. « Marques de cultura catalana a l’obra literària de Joan Brossa ». Representacions (...)
  • 6 Voir Marrugat, Jordi. El Saltamartí de Joan Brossa: les mil cares del poeta. Barcelona : Arola Edit (...)

4Nul ne doute que Joan Brossa est, comme l’a formulé Glòria Bordons, un écrivain catalan jusqu’à la moelle5. Une bonne partie de son œuvre ayant été composée sous le franquisme, les circonstances politiques ont contribué à accentuer son engagement envers la langue catalane et l’ont conduit à écrire sur les luttes sociales et politiques du moment. La rencontre avec le poète et consul brésilien João Cabral de Melo, résidant à Barcelone dans les années 50, fut décisive pour Brossa et ses compagnons du groupe Dau al Set. Brossa découvrit alors le marxisme et renforça son engagement envers la classe ouvrière et la nation catalane6. Il n’est donc pas surprenant que sa poésie rende hommage à des créateurs catalans patrimoniaux, tels que les architectes et décorateurs Gaudí, Domènech i Montaner, Josep M. Jujol, ou qu’elle se réfère à de nombreux peintres et artistes contemporains, comme Miró, et ce dans une chronologie temporelle entre 1950 et 1991.

Hommage à des créateurs catalans patrimoniaux

5Dans El pedestal són les sabates (1955), l’ode « Dibuixat país » se veut un hommage explicite à l’architecte Antoni Gaudí, à qui le poème est dédié. Des éléments constitutifs du riche univers gaudinien, profondément inspiré par la nature, comme les plantes, les fleurs, les dentelles, les ondes, les marches et les colonnes sont librement évoqués au fil des vers :

  • 7 Brossa, Joan. Em va fer Joan Brossa. El pedestal són les sabates. Barcelona : Edicions 62, 2013, p. (...)

Disposo de la llum d’altes estàtues
Veig el color de foc de les muralles
Illes s’eleven en escalinates
       Formant piràmides

Em punxen flors de claus desviant braços
I una elegant llanterna té la perla
Un carrer d’arbres dóna als qui passegen
       La serpentina

Florides plantes creixen espontànies
pengen jardins dels troncs més vells i als marbres
Mil ornaments separen tot de puntes
       Ficats en ondes7

6L’ode suivante du recueil, « La tanca del bosc », est un hommage explicite à Domènech i Montaner (1850-1923), grand architecte moderniste catalan, à qui l’on doit, entre autres, le Palau de la Música Catalana :

  • 8 Ibid., p. 106-107.

El laberint traçat des del principi
Ens condueix al taronger del centre
Bosc abundant amaga una gran roca
      Plena de grutes

El peix que regna sobre la muralla
(Horror!) té llibertat fa oscil·lar cintes
De notes musicals que ens ensordeixen
      I repta els astres8.

7Bien des années plus tard, en 1989, Brossa écrivit une sextine à l’architecte moderniste Josep M. Jujol (1879-1949), « Sextina a l’arquitecte Josep M. Jujol », à l’occasion d’une exposition célébrée au Col·legi d’Arquitectes de Catalunya. Jujol était aussi dessinateur, sculpteur, peintre et décorateur. Dans cette sextine de Furgó de cua (1989-1991), Brossa rend compte de la lumière et du matériau à la base de la création jujolienne : le fil de fer, le bois, les pierres, le verre. Les six mots-rimes terra, pedres, ferros, vidres, fustes, formes, constituent le squelette rythmique et conceptuel de la sextine, son axe de rotation, son hélice. Voici comment la deuxième stance évoque ces matériaux :

        Respiren totes les formes,
i el braç s’estén cap una nova terra.
Ferros extrems entortolliguen fustes
en una arquitectura que, entre pedres,
dels vidres fa joiells, dels joiells vidres,
i uneix llums i sanefes amb filferros.

8Dans la quatrième stance, Jujol apparaît explicitement comme un précurseur de Dada :

       Precursor de dadà, fustes,
pobres materials, cartons i ferros
serveixen de fregalls als munts de pedres.
Per manca de diners, qualssevol formes,
les converteix en rams d’una altra terra,
i el Sol es torna anell en els seus vidres.

  • 9 Brossa, Joan. Furgó de cua (1989-1991). Barcelona : Quaderns Crema, 1993, p. 45-46.

9Enfin la coda célèbre le « festin des formes » que Jujol a légué à travers son œuvre : « Honri la Terra, en l’ampli cel de pedres, / parets i ferros, qui ha fet amb vidres, / metalls i fustes tal festí de formes! »9.

10Les liens d’amitié entre Brossa et Miró sont bien connus. En mars 1978, le poète compose une sextine pour les quatre-vingt-cinq ans du peintre. Les mots-rimes évoquent des éléments formels et conceptuels de la création mironienne tels que les traits (ou lignes), les taches, les signes, les flammes, mais aussi le mot vie ou l’adverbe toujours qui inscrit l’acte créateur au-delà du temps, dans l’éternité (vida, ratlles, taques, signes, flames, sempre). La stance suivante atteste de l’importance de la ruralité, de la terre, chez Miró, devenu un jardinier de signes :

  • 10 Brossa, Joan. Viatge per la sextina (1976-1986). Barcelona : Quaderns Crema, 1987, p. 154-155. Cett (...)

Miró camina intacte entre les flames. 
Una arrel regalima i peten taques, 
nassos i trompes escarneixen ratlles, 
i els ulls miren els ulls, miralls de sempre. 
Voltat de galls, Miró pinta la vida 
i viu els quadres, hortolà de signes.

La llum i el so, els percebem als signes. 
La llibertat és vista i emet flames. 
Puja pels peus la força de la vida; 
canta i més canta el blau d’un fons de taques 
i broten fulles del cos humà, sempre 
enllà del pensament teixit a ratlles10.

11Dans ce jardin des signes, arrêtons-nous sur ces deux derniers vers, marqués par la contrainte forte des mots rimes de la sextine. L’image des feuilles surgissant du corps humain convoque peut-être un imaginaire pictural ou littéraire surréaliste (Dalí, Miró) mais la pensée tissée de traits ou de lignes suggère à la fois la pratique de l’écriture et de la peinture chez Miró, et peut-être, avec la métaphore de la toile, d’anciennes métaphores de l’écriture.

12La ruralité, entendue comme un retour aux origines, partagée avec Miró, et sur laquelle je reviendrai plus loin, traverse la poésie de Brossa, est au cœur des poèmes de El pedestal són les sabates, dont le titre rappelle l’ancrage de l’homme au sol et à la terre, tout comme l’affirme le vers de la sextine « Puja pels peus la força de la vida ».

13Enfin, la date de la composition de la sextine n’est pas anodine : 1978, c’est l’année qui suit les premières élections générales en Espagne, après quarante ans de dictature, avec la promesse d’un avenir lumineux et libre. Cet aspect existentiel et politique est le point suivant que je vais traiter. En effet, outre ces tributs aux grands créateurs catalans que sont Gaudí, Jujol, Domènech i Muntaner et Miró, il y a aussi ceux aux hommes politiques. J’ai choisi, on comprendra aisément pourquoi, les figures des présidents Companys et Tarradellas.

Hommage aux présidents Companys et Tarradellas

14Poète engagé à gauche, mais sans appartenir à aucun parti, Brossa a composé plusieurs poèmes dédiés à des hommes politiques catalans, comme l’ode au président de la Generalitat Lluís Companys (composé en 1971), l’ode à Francesc Macià, lui aussi président de la Generalitat (1971), ou encore la sextine au président Josep Tarradellas (1976). L’ode à Companys, assassiné le 15 octobre 1940 au Château de Montjuic, s’ouvre très explicitement sur le vif du sujet, le crime perpétré par les nazis et le franquisme. En effet, on rappelle qu’exilé en France en janvier 1939, Companys fut arrêté par la Gestapo en août 1940 et livré au régime franquiste :

  • 11 Brossa, Joan. Anafil. Textos esparsos (1971-1986) continuació de Vivàrium. Barcelona : Edicions 62, (...)

El teu exemple es dreça com un cim: 
sentim bullir la sang dintre l’abisme, 
i tot té la sortida en aquell crim, 
tan odiós, dels nazis i el franquisme11.

15Son exemple se dresse comme une montagne et le sang des Catalans bouillonne, écrit le poète. Le troisième quatrain invoque ce martyre de la liberté, garant des lois catalanes, els furs.

D’un mar, en surten cent. La claredat 
avança. El pensament de tots empunya 
la teva imatge de la Llibertat, 
del teu esforç pel Fur de Catalunya. 

16Comme dans le premier quatrain, la voix poétique dit l’espoir d’un peuple uni contre l’obscurité et l’obscurantisme franquistes, et les mots-rimes sont tout aussi explicites : claretat-llibertat ; empunya-Catalunya. L’ode se clôt sur un appel à enterrer l’impérialisme castillan : « Lluitem en la certesa d'ensorrar / tot imperialisme castellà! ».  

17Josep Tarradellas, lui aussi exilé en France (à Saint-Martin-le-Beau), ne connut pas le même sort. Après la mort du dictateur, il regagna la Catalogne pour assumer la présidence de la Generalitat de 1978 à 1980. Brossa lui dédie une sextine en 1976, peu avant son retour, construite autour des mots-rimes terra, vida, sabre, boscos, fosca, dia, tous des éléments qui peuplent son imaginaire poétique. Ici encore, c’est une sextine pleine d’espoir en un futur plus lumineux, sans sabres ni sanglots. Tout comme dans le sonnet à Companys, la clarté et la lumière l’emporteront sur l’obscurité, lit-on dans la dernière stance et dans la coda de trois vers :

  • 12 Brossa, Joan. Viage per la sextinaOp. cit., p. 62-63.

Ah, President! Hem d’ampliar la vida.
Mestres del teu bastó seran els boscos.
Falcó a l’horitzó, s’acosta el dia.
La llum ens salva de pensar en la fosca,
els mots no són sanglots ni el destí un sabre.
Deixem que el vent obri un país a terra.

Fem vela, terra, vida rere vida,
perdut el sabre que empolsava els boscos.
Quin dia D la fosca serà dia12?

18Après ce parcours poétique qui a mis en lumière des figures majeures des arts catalans et des hommes politiques dont le destin a été marqué par l’exil, la trahison et l’ignominie (Companys), il est temps de s’arrêter sur le triple hommage qu’Enric Casasses rend à Antoni Gaudí, Jordi Cuixart et Jordi Sánchez.

Enric Casasses, un triple hommage (Gaudí, Jordi Cuixart, Jordi Sánchez)

  • 13 Écrit sans majuscules. Casasses, Enric. assagets. Barcelona : Edicions poncianes, 2020.

19Enric Casasses, poète barcelonais né en 1951, rend hommage à Gaudí dans « regalim de rodolins / del senyor antoni gaudí » paru dans assagets (2020)13. Mais avant d’étudier le corps du poème, je m’arrêterai sur l’abondant appareil paratextuel qui l’accompagne.

  • 14 La photographie est issue du livre de photographies d’Eikoh Hosoé. Voir Hosoé, Eikoh. Gaudí. Exposi (...)
  • 15 Sur Sant Jordi, voir par exemple : Sunyer, Magí. Mites per a una nació. Vic : Eumo Editorial, 2014, (...)

20Le titre « regalim de rodolins / del senyor antoni gaudí », à la sonorité bien trempée, avec des allitérations en l et en r, comprend deux heptasyllabes avec une rime masculine (oxytone) en i- disposés en haut et à droite de la page, scindés de façon à former un carré ouvert. Suit une maxime de Gaudí avec une typographie plus petite et sans guillemets : « la ciència s’aprèn amb principis i l’art amb exemples ». Symétriquement disposée en bas et à gauche de la page, on voit une photographie de la grille de la finca Güell représentant la gueule grande ouverte d’un dragon14. L’image du dragon ne peut être plus symbolique, puisque Saint Georges terrassant le dragon est l’un des mythes de la nation catalane15. Après cette disposition symétrique fort soignée, on lit au verso la circonstance de l’écriture ainsi explicitée : « desplegament d’una espècie de conferència dada el 30 d’octubre de 2017 al palau d’en güell del carrer nou de la rambla a barcelona i que en teoria havia de ser sobre la relació que tenim els escriptors amb l’arquitecte ». La conférence eut lieu le 30 octobre 2017, soit vingt-neuf jours après le référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Comme on le sait, Jordi Cuixart et Jordi Sánchez furent arrêtés puis emprisonnés. Enric Casasses leur apporte son soutien en prenant soin de rappeler au lecteur qu’ils sont toujours entre les mains de la justice ; il s’insurge alors contre les normes orthographiques, puisque, au bas de la même page, une note précise : « mentre el judici contra els jordi cuixart i sànchez no sigui anul·lat només escriuré amb minúscules ». Cette révolte orthographique figure aussi dans l’essai suivant du même volume, « amb el porró en fresc », et continue jusqu’à présent, au-delà du procés. L’engagement clair pour l’indépendance de la Catalogne s’inscrit dans la dédicace « als convençuts », bien mise en évidence à la page suivante, qui ne comprend d’autre écrit que cette dédicace. Enfin, les deux pages d’après sont illustrées par un dessin de Casasses représentant les trois croix du parc Güell et le titre de l’essai.

  • 16 Puig Boada, Isidre. El pensament de Gaudí. Barcelona : La Gaya Ciència : Publicacions del Col·legi (...)
  • 17 assagets. Op. cit., p. 43.

21La structure de ce poème-essai fait la part belle à l’hybridité, avec d’un côté le poème rimé en distiques heptasyllabiques (rodolins) à gauche de la page ; à droite, des textes en prose de Gaudí issus du livre El pensament de Gaudí16, les deux textes étant parfaitement complémentaires et s’éclairant mutuellement. L’auteur de El pensament de Gaudí, Isidre Puig-Boada (1891-1987) était un architecte catalan très lié à Gaudí. Ainsi, l’on entend dans le poème de Casasses deux voix principales : la sienne et celle de Gaudí, auxquelles viennent s’ajouter, plus discrètes, celles de Dalí, Francesc Pujols, Perejaume, Miró, ou encore celle du Valencien Teodor Llorente, tous cités dans le texte, les notes ou les appendices. Contrairement à Dalí, Francesc Pujols ou Perejaume, la présence de Teodor Llorente, qui n’a pas écrit sur Gaudí, peut surprendre à juste titre17. Il est évident que Casasses joue avec son lecteur, en lui livrant un appendice qui a priori n’a rien à voir avec l’essai sur Gaudí, mais rend hommage à un auteur valencien populaire : le poème n’est autre qu’une recette de cuisine, « arròs en fesols i naps ». Des illustrations accompagnent cet essai polyphonique, multiforme et à la temporalité multiple : outre la photographie de la page de titre et le dessin de Casasses déjà mentionnés, il y a une carte postale de 1917, une affiche / poème visuel de Brossa de 1997 « Volem viure plenament en català », deux photographies du parc Güell prises par l’auteur, et un dessin de Joaquim Torres-García de 1944 représentant la Sagrada Família. Des notes et deux appendices clôturent l’essai.

22Venons-en au texte du poème, dont je n’analyse que certains passages. L’esprit pionnier de Gaudí et des Modernistes (« capdavanters del conreu/ de totes les arts ») est mis en avant dès l’ouverture, ainsi que la répression de l’État contre « l’esprit et la langue du pays » :

  • 18 Casasses, Enric. assagets. Op. cit., p. 8.

que el seu moment i el seu lloc
estaven donant un joc
de primer rengle europeu,
capdavanters del conreu
de totes les arts, malgrat
el brutal tracte imposat
des de la cort de madrit
per acallar l’esperit
i la llengua del país18,

23La cour madrilène, muselant l’esprit et la langue du pays, par le passé (l’époque Modernista) jusqu’au présent (« no/ se’n surt ni a cops de canó/ i és guerra i bruta »), est pointée du doigt. On remarque aussi la volonté d’inscrire la prononciation populaire catalane dans le nom de la capitale Madrit, orthographiée avec un t, tout comme ailleurs Col·lègit d’Arquitectes, pour bien souligner la différence catalane, qui plus est populaire barcelonaise :

  • 19 Ibid.

oh cort amarga, infeliç
des de segles perquè no
se’n surt ni a cops de canó
i és guerra i bruta
el que fa
contra el viure en català
plenament i cultural19,

24Avec l’inclusion de l’affiche de Brossa « Volem viure plenament en català », qui redouble ce que disent les vers (contra el viure en català / plenament i cultural), deux temporalités sous le sceau des dictatures se superposent, celle de Gaudí, dont la vie s’éteint sous Primo de Rivera, et celle de Brossa, sous Franco. À cette double temporalité s’ajoute le présent de l’écriture et des deux Jordi emprisonnés, 2017. Ainsi, les trois créateurs (Gaudí, Brossa, Casasses) ont un même combat à mener, dans un flux temporel ininterrompu de guerre pour défendre la langue et la culture catalanes en permanence menacées, dont atteste le présent (no se’n surt, fa). Les écrits de Gaudí compilés par Isidre Puig-Boada figurant à droite du poème vont dans ce même sens, comme on peut le constater dans ce fragment fort instructif :

  • 20 Ibid.

catalunya i el centre. no ens podrem soldar mai. els puntals del poble són el govern, el comerç i l’art; tot, coses sintètiques. la gent del centre són abstractes, i l’abstracció porta sempre als extrems (que són la màxima abstracció) i, així, veiem que el govern central va de la violència (quan actua col·lectivament) a la concupiscència dels cigrons (quan l’assumeix un individu). [§317]20

25Avec leurs créations pionnières, les architectes Gaudí et Jujol ouvraient des chemins artistiques nouveaux et surtout plus libres, en donnant des lettres de noblesse à ce qui était « bâtard », au fragment et au rebut (on songe au trencadís ou tessons à la base de ses constructions) :

  • 21 Ibid., p. 10.

el que semblava bastard
és natural, ja no es fuig
del fragment ni del rebuix,
val per gaudí i per jujol:
fa el que toca i fa el que vol21,

  • 22 Ibid., p. 12.

26Plus loin, Casasses rappelle que chez Gaudí rien n’est gratuit, même les détails en apparence les plus obscurs sont porteurs d’un discours toujours intéressant : « tots els seus pensaments són / terminants i benastrucs »22.

  • 23 Ibid., p. 12.

27Le poète évoque ensuite, non sans humour, ses propres difficultés pour parler de l’influence de Gaudí sur les écrivains, qui était le sujet de la conférence mentionnée dans le paratexte : « ara, definir l’influx /que l’arquitecte ha tingut / sobre escriptors és pelut, / o jo no en sé prou »23. Casasses énumère ses poètes et artistes préférés qui ont écrit sur Gaudí : Francesc Pujols, notamment dans La visió artística i religiosa d’en Gaudí, Dalí, Perejaume (que nous retrouverons plus loin) et l’historien de l’art Casamartina, avant de présenter sa propre expérience de promeneur dans le parc Güell. Il s’y introduisait nuitamment, à une époque où il n’était pas encore envahi par les touristes :

  • 24 Ibid., p. 17-18.

quina sort d’haver-hi estat
quan hi havia poca gent,
o quan de jove imprudent
m’esmunyia al park de nit,
passant la tanca ajupit
per un estrip del cantó
de ponent: sensació
d’un imant que em crida amunt,
cap a les tres creus, el punt
[…]
i entrant a viure a l’embruix
del final del laberint
per contemplar-hi, gaudint,
la sortida a l’univers
des d’aquí terra, i no et perds,
ben al contrari, et transmet
seguretat el tercet
de creus, i cada pedrot24

  • 25 Ibid., p. 20.

28Dénué de tout sens religieux pour le poète, ce lieu culminant couronné de trois croix en pierres l’attirait comme un aimant ; il lui transmettait une jouissance (gaudint) et un sentiment de sécurité à l’origine de sa vocation d’écrivain : « els meus escrits són hereus / del turó de les tres creus »25. Plus loin, les quatre tours du temple inachevé de la Sagrada Família sont vues comme des seuils menant vers un ailleurs, vers d’autres mondes :

  • 26 Ibid., p. 32.

una volta vaig pensar
o diguem fantasiar
que els seus quatre campanars
són detectors de llindars
de mons diferents d’aquest26

  • 27 On souligne aussi que le troisième et dernier essai, intitulé « amb el porró en fresc », se veut un (...)

29Dans cet essai, le poète relate en vers – des distiques heptasyllabiques précisément, soit une métrique en mode mineur – ses expériences de lectures sur l’œuvre de Gaudí, ainsi que ses expériences initiatiques de promeneur dans le parc Güell à l’origine de son écriture, animées par cet esprit catalan évoqué dans le titre27.

30Présentons à présent Perejaume, poète et plasticien « catalan jusqu’à la moelle », pour reprendre la formule de Glòria Bordons.

Perejaume, « Catalunya com a aglutinant »

31Perejaume (Sant Pol de Mar, 1957) est un créateur très prolixe. Son site web fait état de 180 œuvres jusqu’en 2020 (1977-2020)28. De cette masse, j’en ai choisi trois pour illustrer une catalanité foncière et nourricière, à la source de sa création scripturale et artistique. Le premier est « Assaig de llums sobre l’origen i l’inacabament », un texte sur Gaudí qui figure dans le catalogue Eikoh Hosoé, Gaudí29 (1990) évoqué aussi, comme nous l’avons vu, par Casasses. Le deuxième est Mareperlers i ovaladors, catalogue d’une exposition qui s’est tenue au Museu Nacional d’Art de Catalunya en 2014. Le troisième, plus récent, est Treure una marededéu a ballar (2018).

Assaig de llums sobre l’origen i l’inacabament

  • 30 Sur la relation de Gaudí et la nature, et cette phrase précisément, voir Giralt-Miracle, Daniel. Ga (...)
  • 31 Hosoé, Eikoh, Op. cit., p. 51. « En aquesta frase de Gaudí, tan corbada i paradoxal, creiem endevin (...)

32Les deux points principaux sur lesquels s’appuie la réflexion de Perejaume dans ce court essai sur Gaudí sont l’origine et l’inachèvement, en prenant pour point de départ la célèbre phrase de Gaudí « L’originalitat consisteix a retornar a l’origen »30 dont il souligne le paradoxe31. L’originalité naît dans le traitement des procédés et du lieu d’où ils sont issus :

  • 32 Ibid., p. 51. Je souligne.

Aquell trasllat, posem per cas, que feia Gaudí dels turons i arbredes a Barcelona, és el mateix que fa Jujol de l’agosarament constructiu a un llogarret del Baix Camp o el que fa Miró, a París, d’una modernitat vernacle i pairal, en el marc tots tres d’una Catalunya com a aglutinant: una Catalunya reunida i diversa que elabora, entre ciments imperceptibles, un nou model d’unitat, la nació no pas com a absolut, ans com a verb, com a sintaxi32.

33Cette syntaxe de la nation – dont les maillons seraient, par exemple (« posem per cas ») Gaudí, Jujol et Miró – contribue à enrichir une réflexion ininterrompue sur l’espace de la Catalogne, « réunie et diverse », urbaine et agraire, et constitue, me semble-t-il, la clé de voûte de la création artistique de Perejaume. C’est ce qui est développé dans Mareperlers i ovaladors.

Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume

34Cet essai est le fruit d’une exposition que je me permets de qualifier de très originale, qui s’est tenue au Museu Nacional d’Art de Catalunya (octobre 2014-février 2015). Le premier texte, intitulé « El lloc », s’interroge sur l’abondance des formes ovales ou imparfaitement rondes (« malrodones »), que l’on trouve dans la création catalane du XXe siècle, à commencer par Gaudí précisément, mais aussi chez Joaquim Mir, Josep Maria Jujol, Salvador Dalí, Antoni Tàpies ou Joan Miró. Tous ces créateurs tissent un réseau de filiations et de convergences que l’auteur met en lumière au fil de l’essai :

  • 33 Perejaume. Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume. Barcelona : Museu Nacional d’Art de Cat (...)

Les afinitats, les filiacions, el que pugui haver de fenomen de transmissió i el que pugui haver d’estricta convergència entre aquests autors, tot plegat configura un corrent de fons tan incontestable com sobreintencional, en què les obres s’enramen i es determinen per mútua fluència, endavant en el temps, però també endarrere […]33

35Mais il y a plus. Pour démontrer son propos, Perejaume place côte à côte des œuvres anonymes, des poètes patrimoniaux du XIXe siècle comme le visionnaire Jacint Verdaguer, mais aussi les architectes Lluís Domènech i Montaner ou Josep Maria Jujol, auxquels, comme nous l’avons vu, Brossa avait dédié respectivement une ode et une sextine ; ou l’avant-garde catalane avec Dalí, Foix, Lorca, Marià Manent, Miró, Tàpies ou Brossa, qu’il relie à des œuvres issues du baroque agraire et des artisans (« menestral »).

  • 34 C’est le terme employé par Perejaume. Je ne l’explicite pas ici, car cela me mènerait bien au-delà (...)

36Gaudí, Verdaguer, Foix, Miró : voici des créateurs, tous patrimoniaux, dont on voit ou analyse les œuvres avec un regard de citadins. Or, écrit Perejaume, ils ont tous affiché un certain détachement, voire une certaine moquerie envers un environnement strictement urbain ; il y a chez eux un certain primitivisme34, un retour aux origines. L’influence de l’art dit primitif sur l’art du XXe siècle est bien connue, mais l’originalité de la démarche de Perejaume, consiste, à mon sens, à relier tous ces poètes et artistes, pour certains d’avant-garde, à l’aune d’un certain primitivisme constitué surtout de ruralité.

  • 35 Ibid., p. 50.

37Arrêtons-nous sur Miró, le jardinier des signes. Fasciné par le peintre, Perejaume écrit de très belles pages sur lui. Dans « El camp » (Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume), il cite une phrase d’une lettre de Miró de 1919 adressée à J.F. Ràfols, où il établit une comparaison entre l’acte créatif et le travail du jardinier ou le labeur du paysan qui doit creuser au plus profond : « Cavar, cavar ben fondo »35. Voici un fragment de Perejaume sur le lien entre Miró et el Camp :

  • 36 Ibid., p. 51.

Tocant a això, potser ningú com Miró, amb l’acte de deixar sortir de sí mateixa la naturalesa il·luminada d’aquelles gleves del Camp, explicita tan de cap a cap la condició astral de la terra: “la naturalesa sideral i celeste d’aquest aspre terrós penjat en los espais”, que en diu Verdaguer.

No com una terra pintada de llum, sinó com una llum treta de terra, parlem del colors vius de Miró. I un color viu és aquell que, un cop format, pren, de la seva pròpia substancia, tota la llum que projecta. Miró és matinalíssim. Lligat a les realitats primeres, els seus colors són els més clars i purs que us podeu imaginar, com uns colors en llavor : els primeríssims i matinals colors36.

38Ailleurs, il y a de très belles pages sur la forme ovale des amandes et des noix, dont Perejaume se plaît à retrouver la trace chez Miró et chez Tàpies. Mais je ne puis épuiser ici les trouvailles artistiques et conceptuelles de ce beau livre.

Treure una marededéu a ballar

  • 37 Perejaume. Treure una marededéu a ballar. Barcelona : Galàxia Gutenberg, 2018. Le point de départ e (...)
  • 38 Ibid., sp.

39Il s’agit du récit d’une expérience singulière, celle d’une promenade à pied avec une vierge datant du XIIIe siècle dans un sac à dos, effectuant un parcours de 29 étapes traversant 43 lieux de la Catalogne du 27 juin au 7 juillet 2010, au départ du Museu Nacional d’Art de Catalunya37. On lit au seuil du livre : « Pes i trajectòria d’una imatge en l’espai d’un llibre. Això és, fer rumbejar una imatge de manera que tant l’escriptura consisteixi en un recompte de les seves oscil·lacions, com que la imatge hi rumbegi somoguda pels signes »38.

40Si la marche est une modalité de l’écriture poétique qui n’est pas rare, se promener avec une vierge empruntée à un musée est bien moins fréquent. Que signifie cette action poétique ? Elle nous invite à réfléchir sur le sens et le poids des images, à les considérer autrement, non point comme des objets d’art et de culte statiques, comme nous avons l’habitude de les apercevoir dans les musées, mais dynamiques, en mouvement39. Mais au-delà, elle nous invite à repenser notre rapport au temps, aux lieux et aux images, en une très belle traversée des villages et bourgades de Catalogne, de sa campagne et de ses champs40. Voici un exemple de cette prose de la marche et des réflexions de ce nouveau promeneur solitaire, où l’espace de la marche et l’espace textuel se confondent, et l’écriture devient peinture, comme il apparaît dans cet énoncé en chiasme, « Pinacoteca del camí i pintura ininterrompuda de l’acte de caminar » :

  • 41 Perejaume. Treure una marededéu a ballar. Op. cit., p. 47-48. Je souligne.

Travesso Espinagolosa i Piulats que són topònims que s’estenen l’un tocant a l’altre. El text avança, jo el segueixo en silenci. Un torrent remorós al fons d’una barrancada de lletres. Unes mates que fa temps que no les ha mirat ningú. Brogit de pinedes amb els verds, els negres, els blancs, i els barrejats de passar-hi a través. Tot pintat sense cap defecte.
Aquesta forma pictòrica de barreja no existeix sense l’acte de caminar.
És estrictament contemporània a l’acte. Pinacoteca del camí i pintura ininterrompuda de l’acte de caminar, com si una pintura es nodrís de l’altra. També, mentre camino, els blancs i els negres de l’escriptura, en lloc d’alternar-se, arriben a fondre’s41.

41Je dis champ ou campagne et non paysage, car Perejaume biffe le mot paysage, puisque ce dernier offre d’autres connotations que le champ. En effet, l’artiste milite pour une vie au plus près du monde rural et de la terre : « Camp: Terme que esmena l’ús habitual en els primers anys de la paraula paisatge i n’evita les implicacions de tracte òptic, epidèrmic i distant amb el lloc, a favor d'una més lligada a l’activitat de viure-hi i fondre-s’hi »42.

  • 43 Amades, Joan. Costumari català. El curs de l’any. Barcelona : Salvat, 1950-1956.
  • 44 Perejaume cite Amades : « Els grans caminadors i corredors incansables, els lleugers i andarencs, h (...)

42Renouant avec l’esprit du Costumari de Joan Amades, qui a légué dans cet ouvrage en cinq volumes les coutumes catalanes au fil de l’année43, Perejaume écrit de nombreuses pages, accompagnées d’illustrations, sur les sandales de la vierge et leur empreinte44. L’écriture est elle aussi trace, empreinte, et devient serpentine :

  • 45 Ibid., p. 176.

I no sé com, endevino davant meu l’escriptura com una gran bèstia serpentiforme que es retorça, i la mare de Déu que hi posa el peu, ara un pas, ara l’altre, amb un ritme molt i molt lent, però tenaç. Aleshores, torno a veure les grans mares exposades al museu de Vic o al de Solsona, que aixafen petits dimonis amb el peu esquerra i avancen el peu dret amb gran cautela [...]45.

  • 46 Perejaume. Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume. Op. cit., p. 322.

43Enfin dans Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume, dont nous avons déjà évoqué certains aspects singuliers, « Per contacte » fait dialoguer, sur deux pages, les formes et mesures du pied d’une Vierge du XIXe siècle avec un tableau de Tàpies de 1965, « Petjades sobre fons blanc »46. Comme un concetto, la trace relie des territoires artistiques inattendus.

  • 47 Thiesse, Anne-Marie. La création des identités nationales. Paris : Seuil, 1999.

44Pour conclure, le parcours des textes et des tableaux présentés confirme la place de la langue, des arts, du territoire en tant que marqueurs des identités nationales et des imaginaires nationaux comme l’a montré Anne-Marie Thiesse, entre autres, dans son ouvrage sur la construction des identités nationales à la fin du XVIIIe et au XIXe siècles47.

45Dans une perspective différente, liée à des contextes ultérieurs, Brossa, Casasses et Perejaume rendent hommage aux grands architectes et créateurs patrimoniaux catalans que sont Gaudí et Jujol, ou Miró, en des textes polyphoniques. La démarche créative de Perejaume, très originale, dont je n’ai donné qu’une approche parcellaire, mériterait une étude bien plus approfondie. Promener dans un sac à dos, à travers les campagnes, les bourgades et les petites villes de Catalogne une Vierge Marie (una marededéu) du musée de Solsona c’est redonner la vie, oxygéner, resignifier des objets patrimoniaux de l’art médiéval catalan, en de nouvelles pratiques de l’écriture dont les seules limites sont celles du corps humain. C’est aussi pratiquer, à la lettre, de nouveaux cheminements de l’écriture, à travers champs, en battant la campagne.

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Bibliographie

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Notes

1 Santacana, Carles (coord.). Entre el malson i l’oblit. L’impacte del franquisme en la cultura a Catalunya i les Balears (1939-1960). Catarroja : Editorial Afers, 2013.

2 Sur ces années révoltées, voir Terrasa, Jacques (dir.), Barcelona 60’s. Entre Caputxinada & Gauche Divine. Paris : Éditions Hispaniques, 2018 et Terrasa, Jacques ; Güell, Mònica ; Berthier, Nancy (dir.). Barcelona 70’s. Paris : Éditions Hispaniques, 2020.

3 Cet article est le fruit de réflexions issues de la journée d’étude « Nacionalismos sin Estado en el siglo XXI. Imaginarios, representaciones y debates » qui s’est tenue en Sorbonne le 16 février 2023.

4 Gimferrer, Pere. Antoni Tàpies i l’esprit català. Barcelona : Ediciones La Polígrafa, 1974.

5 Bordons, Glòria. « Marques de cultura catalana a l’obra literària de Joan Brossa ». Representacions de la identitat catalana en el món de les avantguardes, sous la direction de Denise Boyer, Catalonia, 3 (2010), Université Paris-Sorbonne https://crimic-sorbonne.fr/ouvrages/catalonia-3/ p. 1-13. [consulté le 05-01-2023] : « Joan Brossa és un escriptor “català” fins al moll de l’os. És difícil trobar un autor més “radical” pel que fa a les formes, més “heterodox” pel que fa a les idees i, en canvi, més lligat a la catalanitat i a la tradició. El lema foixià “M’exalta el nou i m’enamora el vell” és aplicable a tota la seva producció literària, entenent com a “vell” les essències catalanes ».

6 Voir Marrugat, Jordi. El Saltamartí de Joan Brossa: les mil cares del poeta. Barcelona : Arola Editors, 2009.

7 Brossa, Joan. Em va fer Joan Brossa. El pedestal són les sabates. Barcelona : Edicions 62, 2013, p. 104-105.

8 Ibid., p. 106-107.

9 Brossa, Joan. Furgó de cua (1989-1991). Barcelona : Quaderns Crema, 1993, p. 45-46.

10 Brossa, Joan. Viatge per la sextina (1976-1986). Barcelona : Quaderns Crema, 1987, p. 154-155. Cette sextine a voyagé à travers les langues : elle a été publiée en castillan dans La Vanguardia (16 avril 1978) et en français dans L’Humanité (20 avril 1978), de la main de Pierre Lartigue et Maurice Molho. Elle est reprise dans le très beau livre de Pierre Lartigue, L’hélice d’écrire, où l’auteur relate sa rencontre avec Brossa à Barcelone. Il faut aussi rappeler un autre hommage de Brossa au peintre, c’est l’Oda a Joan Miró. En commentant cette ode, Marc Audí souligne un point intéressant sur la catalanité des deux créateurs : « A la sèrie d’homenatges en forma de suite que Brossa compon per a Miró, Oda a Joan Miró, trobem el poema amb la inscripció “EMA I ERRA O”. El nom propi de l’artista internacional hi queda gravat com un nom indefectiblement català, ja que només un lector coneixedor de la llengua catalana pot desxifrar les paraules i referir-se a les grafies corresponents ». Audí, Marc. « Les imatges que parlen català a la poesia visual de Joan Brossa ». Representacions de la identitat catalana en el món de les avantguardes. Op. cit., p. 1-12. https://crimic-sorbonne.fr/ouvrages/catalonia-3/ [consulté le 05-01-2023].

11 Brossa, Joan. Anafil. Textos esparsos (1971-1986) continuació de Vivàrium. Barcelona : Edicions 62, Col. L’Alzina, 16, 1987, p. 10. Cité par Bordons, Glòria. « Marques de cultura catalana a l’obra literària de Joan Brossa », art. cit.

12 Brossa, Joan. Viage per la sextinaOp. cit., p. 62-63.

13 Écrit sans majuscules. Casasses, Enric. assagets. Barcelona : Edicions poncianes, 2020.

14 La photographie est issue du livre de photographies d’Eikoh Hosoé. Voir Hosoé, Eikoh. Gaudí. Exposition du Centre d’études catalanes, novembre-décembre 1990. Departament de cultura de la Generalitat de Catalunya, 1990.

15 Sur Sant Jordi, voir par exemple : Sunyer, Magí. Mites per a una nació. Vic : Eumo Editorial, 2014, p. 72-75.

16 Puig Boada, Isidre. El pensament de Gaudí. Barcelona : La Gaya Ciència : Publicacions del Col·legi d’Arquitectes de Catalunya, 1981, cité par l’auteur.

17 assagets. Op. cit., p. 43.

18 Casasses, Enric. assagets. Op. cit., p. 8.

19 Ibid.

20 Ibid.

21 Ibid., p. 10.

22 Ibid., p. 12.

23 Ibid., p. 12.

24 Ibid., p. 17-18.

25 Ibid., p. 20.

26 Ibid., p. 32.

27 On souligne aussi que le troisième et dernier essai, intitulé « amb el porró en fresc », se veut un hommage au compositeur de sardanes Josep Blanch i Reynalt (1888-1945). Qui dit sardane dit musique et danse populaires et mythe catalan du XIXe siècle, célébré, entre autres, par Joan Maragall.

28 https://arxiu.perejaume.cat/ [consulté le 05-02-2023].

29 Hosoé, Eikoh, Op. cit., p. 51-52.

30 Sur la relation de Gaudí et la nature, et cette phrase précisément, voir Giralt-Miracle, Daniel. Gaudí essencial. Barcelona : La Vanguardia Ediciones, 2012.

31 Hosoé, Eikoh, Op. cit., p. 51. « En aquesta frase de Gaudí, tan corbada i paradoxal, creiem endevinar-hi, a més a més, un to humil, subjecte al món i a la natura. No és, però, un to resignat a l’immobilisme; no veu als límits cap submissió ni cap tribut, sinó el vial que els franqueja. En el gir sobtat de la frase, al mateix revolt de la paradoxa, entre origen i originalitat, entre natura i signatura hi ha una escletxa que Gaudí tracta de relatar-nos, un enlloc ignorat però cert, on tot és a tocar, local i remot ». 

32 Ibid., p. 51. Je souligne.

33 Perejaume. Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume. Barcelona : Museu Nacional d’Art de Catalunya : Edicions 62, 2014, p. 13.

34 C’est le terme employé par Perejaume. Je ne l’explicite pas ici, car cela me mènerait bien au-delà du cadre de cette étude.

35 Ibid., p. 50.

36 Ibid., p. 51.

37 Perejaume. Treure una marededéu a ballar. Barcelona : Galàxia Gutenberg, 2018. Le point de départ et d’arrivée du parcours, le MNAC, est considéré comme un seul et même lieu.

38 Ibid., sp.

39 Trouvé sur la page web de Perejaume: « Amb aquests desplaçaments Perejaume allunya els artefactes culturals de les institucions encarregades de protegir-los i preservar-los. Arrossegats a la intempèrie, els significats estaran subjectes a condicions climatològiques adverses, poc clements amb la lògica pròpia del sistema de l’art ». https://arxiu.perejaume.cat/arxiu/sobre-perejaume [consulté le 05-02-2023].

40 https://arxiu.perejaume.cat/arxiu/alguns-nusos [consulté le 05-02-2023].

41 Perejaume. Treure una marededéu a ballar. Op. cit., p. 47-48. Je souligne.

42 https://arxiu.perejaume.cat/arxiu/alguns-nusos [consulté le 05-02-2023].

43 Amades, Joan. Costumari català. El curs de l’any. Barcelona : Salvat, 1950-1956.

44 Perejaume cite Amades : « Els grans caminadors i corredors incansables, els lleugers i andarencs, hom creia que devien llur resistència a la possessió d’un Peu de la mare de Déu, de més virtut que els altres, el qual mai no deixaven de portar dins la sola del calçat. », Ibid., p. 174.

45 Ibid., p. 176.

46 Perejaume. Mareperlers i ovaladors / Maniobra de Perejaume. Op. cit., p. 322.

47 Thiesse, Anne-Marie. La création des identités nationales. Paris : Seuil, 1999.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Mònica Güell, « Brossa, Casasses, Perejaume et l’esprit catalan : confluences et ramifications artistiques »Catalonia [En ligne], 33 | Deuxième semestre 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/catalonia/6259 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/catalonia.6259

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