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6. Codicologie, paléographie, édition et traduction de textes

Sayyid Muḥammad ābāābā’ī Bihbahānī (éd.), Muibb alDīn ‘Aā Allāh Buzghushī Shīrāzī, Al‑Mashīkha al‑Buzghushīa

Denise Aigle
Référence(s) :

Sayyid Muḥammad ābāābā’ī Bihbahānī (éd.), Muibb alDīn ‘Aā Allāh Buzghushī Shīrāzī, Al‑Mashīkha al‑Buzghushīa, Téhéran, Kitābkhāna-i Majlis-i Shūrawī, 1401sh./2020, 194 p., index., ISBN : 9786002203182

Entrées d’index

Mots-clés :

Iran, soufisme, Chiraz

Keywords:

Iran, Sufism, Shiraz
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Texte intégral

1Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh Buzghushī Shīrāzī (m. 884/1481) est un important maître soufi de Chiraz. Il était affilié à l’ordre de la suhrawardiyya, implanté dans la ville par son ancêtre Najīb al‑Dīn ‘Alī b. Buzghush (m. 678/1279). Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh Buzghushī est l’auteur d’une mashīkha (« liste des cheikhs ») éditée par Sayyid Muḥammad Ṭābāṭābā’ī Bihbahānī, professeur à l’université de Téhéran. Le manuscrit utilisé par l’éditeur, conservé dans la Khānaqāh Ni‘matullāhī de Téhéran, est reproduit en fac-similé. Il s’agit d’un ouvrage important pour la connaissance du soufisme à Chiraz, dans le Fārs et plus généralement en Iran et pour d’autres régions du monde musulman comme la Syrie et l’Égypte.

2La mashīkha est constituée d’un ensemble d’autorisation à transmettre le savoir acquis auprès d’un maître (ijāza), de demande d’autorisation à transmettre (istajāza), de règles pour revêtir le froc de soufi (khirqa), d’attestations pour l’enseignement de la mémorisation du nom de Dieu (talqīn-i dhikr). La grande majorité des ouvrages étudiés sont des recueils de hadiths, des commentaires du Coran, des traités juridiques et des ouvrages de grammaire. Le célèbre ouvrage d’adab soufi, le ‘Awārif alma‘ārif de Shihāb al‑Dīn Abū Ḥafṣ ‘Umar Suhrawardī (m. 632/1234) fait partie des ouvrages étudiés et transmis à Chiraz. Ces documents contiennent des informations biographiques sur les personnages cités. Par ailleurs, certaines ijāza sont datées, elles fournissent ainsi des repères chronologiques sur les maîtres cités dans les documents.

  • 1 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs. Pouvoir, société et lieux de sacralité (xe-xve  (...)
  • 2 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs, p. 304-308.

3La mashīkha de Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh Buzghushī témoigne de la vitalité de la suhrawardiyya à Chiraz depuis son implantation par Najīb al‑Dīn ‘Alī b. Buzghush1. D’après le Shadd alizār (ca. 791/1389), de Mu‘īn al‑Dīn Abū l-Qāsim Junayd Shīrāzī, un ouvrage contenant les biographies des personnages enterrés à Chiraz, Buzghush était un marchand de Syrie d’origine turke qui était venu à Chiraz pour ses activités commerciales. La mashīkha permet de connaître la filiation de Buzghush qui était le fils d’un certain ‘Abd Allāh Rūmī. Pendant son séjour à Chiraz, Buzghush avait épousé la fille de Qādī Sharaf al‑Dīn Muḥammad Ḥusaynī et de ce mariage était né Najīb al‑Dīn ‘Alī b. Buzghush. Le nom du père, Buzghush, a fini par donner la nisba « buzghushiyya » à la famille. Les représentants de la ṭarīqa à Chiraz étaient liés aux grandes familles de sayyids Ḥasanī et Husaynī, soit par mariage, soit comme fils spirituels. En 885/1480-1481, par exemple, Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh a reçu une ijāza de Sayyid Niẓām al‑Dīn Aḥmad Dashtakī, qui appartenait à une éminente famille de descendants de Zayd b. ‘Alī b. al‑Ḥusayn, les Ḥusaynī Dashtakī2. Cette mashīkha fourmille d’informations originales qui complètent les autres sources sur les cheikhs de Chiraz, comme le Shadd alizār de Junayd Shīrāzī et le Shīrāz-nāma, achevé en 744/1342 par Mu‘īn al‑Dīn Abū l-‘Abbās Aḥmad, connu sous le nom d’Ibn Zarkūb Shīrāzī. On apprend que 7 000 dinars ont été partagés entre les héritiers de Najīb al‑Dīn ‘Alī b. Buzghush et ceux de son fils Ẓahīr al‑Dīn ‘Abd al‑Raḥmān (m. 733/1232-1233 ou 744/1343-1344). La mashīkha permet de reconstituer l’arbre généalogique de la famille sur plusieurs générations.

  • 3 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs, p. 335-340.

4À la lecture des documents contenus dans la mashīkha, on constate qu’il y avait de nombreux contacts entre les maîtres spirituels des différentes affiliations soufies de Chiraz, la suhrawardiyya, la kāzarūniyya-murshidiyya et la rifā‘iyya. On y trouve l’histoire de la transmission de la khirqa murshidiyya (p. 33-35) On constate le rôle joué à Chiraz par les descendants et les disciples d’Amīn al‑Dīn Balyānī (m. 745/1345). Il avait restauré le complexe édifié à Kāzarūn par Murshid al‑Dīn Abū Isḥāq Kāzarūnī (m. 426/1035), le maître éponyme de la kāzarūniyya, mais Amīn al‑Dīn Balyānī était affilié à la suhrawardiyya3. On constate également que Rūzbihān Baqlī (m. 606/1209), un des grands maîtres soufis de Chiraz, n’est pas cité dans la mashīkha de Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh. Après la disparition de son fils et de son petit-fils, le courant spirituel initié par Rūzbihān Baqlī n’a pas perduré sur la longue durée. En revanche, selon la mashīkha, le tombeau-ribāṭ d’Abū ‘Abd Allāh b. Khafīf (m. 371/981), le premier maître spirituel de Chiraz, était un lieu de transmission du savoir. Les maîtres spirituels de la suhrawardiyya de Chiraz attiraient de futurs disciples, mais aussi des savants en sciences religieuses, notamment pour la transmission des hadiths prophétiques.

5On trouve dans la mashīkha des informations sur des personnages hors de la stricte sphère des élites religieuses. Jamāl al‑Dīn Muḥammad Khaṣṣa avait un rôle politique, en tant que chef de quartier à Chiraz. Les chroniques historiques témoignent qu’il est intervenu dans les négociations lors des tentatives de conquête de la ville. Il est mentionné dans le Shadd alizār dans la biographie de Shams al‑Dīn Maḥmūd Kāzarūnī qui était prédicateur à la mosquée édifiée par Jamāl al‑Dīn Muḥammad Khaṣṣa. La mashīkha apporte des informations complémentaires sur ce dernier. Il a construit à Chiraz une khānaqāh appelée « Maison de la pureté » (dār alṣafā’) dont le gestionnaire du waqf était Ṣadr al‑Dīn Junayd Buzghushī (m. 791/1389), le petit-fils de Ẓahīr al‑Dīn ‘Abd al‑Raḥmān.

6L’édition du texte est précédée d’une longue introduction d’une trentaine de pages dans laquelle l’éditeur retrace la filiation de Muḥibb al‑Dīn ‘Aṭā’ Allāh Buzghushī Shīrāzī. Il explique la valeur importante de la mashīkha, non seulement pour la connaissance de la suhrawardiyya à Chiraz, mais aussi sur les activités religieuses dans la ville au xve siècle, période pour laquelle nous manquons de sources par rapport aux xiiie-xive siècles. Plusieurs index concluent le volume : noms de personnes (p. 143-184), ouvrages cités (p. 184-186) et lieux (p. 186-187). On peut regretter que les chiffres mentionnés dans les index se réfèrent au fac-similé car il aurait été plus facile pour le lecteur que l’éditeur renvoie à l’édition de la mashīkha. Mis à part cette remarque, il faut se féliciter de disposer maintenant d’une source importante pour améliorer nos connaissances sur les maîtres de la suhrawardiyya à Chiraz dans leurs relations avec les élites religieuses soufies et traditionnelles de la ville.

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Notes

1 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs. Pouvoir, société et lieux de sacralité (xe-xve s.), Leyde, Brill, 2023, p. 341-351.

2 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs, p. 304-308.

3 Voir D. Aigle, Saints hommes de Chiraz et du Fārs, p. 335-340.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Denise Aigle, « Sayyid Muḥammad ābāābā’ī Bihbahānī (éd.), Muibb alDīn ‘Aā Allāh Buzghushī Shīrāzī, Al‑Mashīkha al‑Buzghushīa »Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 38 | 2024, mis en ligne le 14 avril 2024, consulté le 21 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/bcai/7590 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/bcai.7590

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Auteur

Denise Aigle

CNRS-UMR 8167 Orient & Méditerranée

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