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5. Arts et archéologie (Histoire de l'art, archéologie, exposition)

María Elena Díez Jorge (éd.), Hecha de barro y vestida de color, Cerámica arquitectónica en la Alhambra vol. I-Estudios, vol. II-Recorridos

Christine Mazzoli-Guintard
Référence(s) :

María Elena Díez Jorge (éd.), Hecha de barro y vestida de color, Cerámica arquitectónica en la Alhambra vol. I-Estudios, vol. II-Recorridos, Grenade, Patronato de la Alhambra ; Junta de Andalucía, 2022, 386 p. (vol. I), 223 p., (vol. II) ISBN : 9788417518165

Texte intégral

1Ces deux volumes consacrés aux terres cuites architecturales décoratives (désormais TCA) de l’Alhambra sont le résultat de plus de cinq années d’une recherche pluridisciplinaire entre historiens de l’art, archéologues, restaurateurs, mais aussi philologues et archéomètres. En dépit de l’omniprésence des TCA dans les palais nasrides, jamais une étude aussi systématique et d’une aussi vaste ampleur n’avait été menée : toutes les céramiques architecturales sont étudiées, revêtements de sols, de murs, de plafonds et de toitures, à partir d’un corpus documentaire croisant relevés in situ, collections des musées, documents d’archives (principalement issus des fonds suivants : Archivo Patronato de la Alhambra y Generalife, Archivo Histórico Provincial de Granada, Archivo de Simancas) et sources littéraires. L’examen aussi approfondi que méthodique des TCA de l’Alhambra permet de dresser un état de l’art le plus exhaustif possible quant aux techniques utilisées, aux motifs décoratifs et aux couleurs employés et, aussi, sur les artisans ayant produit et mis en œuvre les précieux carreaux et, surtout, sur les travaux de conservation et de restauration menés à bien dès le temps des Rois Catholiques et poursuivis sans relâche jusqu’à aujourd’hui.

2Les dix études réunies dans le premier volume sont distribuées entre quatre thématiques : Histoire et complexité, Techniques et matériaux, Restaurations, Diffuser et étudier. Il s’ouvre par une contribution de synthèse de María Elena Díez Jorge, responsable du projet de recherche Cerámica arquitectónica en la Alhambra : « Una ciudad de cerámica : alicatados, azulejos y otros barros en la Alhambra », p. 17-79. Elle y pose les jalons historiographiques d’un sujet en fin de compte mal connu et réunit une bonne partie des données disponibles sur la difficile question, comme toujours, de la terminologie, qu’éclaire, dans un chapitre particulier, la mise au point de María Isabel Álvaro Zamora (« Léxico y consideraciones acerca de la cerámica arquitectónica de la Alhambra (siglos xvi-xx) », p. 177-211). Azulejos, alicatados, aliceres, mosaïques et bien d’autres termes relèvent d’une « historia de la indefinición » (p. 38) et la nécessité se fait sentir de disposer d’un glossaire, tant les mêmes pièces portent des noms différents selon les auteurs, tant le vocabulaire est riche pour parvenir à désigner des pièces géométriques aux formes si diverses et tant la gamme chromatique elle-aussi est riche de variantes. L’ouvrage, en effet, présente non seulement le bilan d’études déjà fort avancées, sur le rôle des femmes dans la production des céramiques ou sur les principaux ateliers ayant approvisionné les chantiers de l’Alhambra à compter du xvie siècle, par exemple, mais il suggère, encore, des recherches à poursuivre ou à venir. Deux chapitres permettent de saisir l’ampleur des modifications intervenues dans les TCA de l’Alhambra entre le xve siècle et le xviiiie siècle (Nieves Jiménez Díaz, p. 81-139), puis du xixe siècle au xxie siècle (José Ignacio Berrera Maturana, p. 141-175) : sols, toitures, canalisations, parements muraux, etc. firent, à toutes les époques et de manière diverse, l’objet d’innombrables interventions. La typologie des aliceres (petites pièces géométriques monochromes) et des azulejos (pièces portant un motif décoratif) des époques médiévale et moderne de l’Alhambra est présentée par Alberto García Porras et Miguel Busto Zapico (p. 215-233), dans un glossaire enrichi d’une abondante iconographie. L’étude archéométrique des céramiques vernissées, présentes dans les fonds du Musée de l’Alhambra, laisse entrevoir le riche potentiel des analyses chimiques et minéralogiques pour connaître les traditions locales et les savoirs-faire des artisans – ainsi la poudre d’os utilisée comme dégraissant –, ou pour mettre en évidence des marqueurs chronologiques – ainsi les éléments associés au cobalt pour produire le bleu, Cobalt, Zinc (Co-Zn) aux xiie-xiiie siècles, Cobalt, Fer, Zinc (Co-Fe-Zn) au xive siècle, Nickel (Ni) introduit à la fin de la période médiévale – (Carolina Cardell Fernández et Isabel Guerra Tschuschke, « Estudio arqueométrico de cerámicas arquitectónicas vidriadas decoradas de los fondos del Museo de la Alhambra », p. 235-269). La complexité des travaux de restauration est mise en évidence à travers la récente rénovation des lucarnes du Bain de Comares, menée à bien entre 2014 et 2016, et par la présentation des processus de nettoyage, de restauration et de protection des couleurs sur les céramiques (María Dolores Blanca López et Lourdes Blanca López, « El lucernario del Baño de Comares », p. 273-319 ; Beatriz Martín Peinado, « Intervenciones sobre cerámicas arquitectónicas nazaríes de la Alhambra », p. 321-337). Le Musée de l’Alhambra joue un rôle clé dans la connaissance de la céramique architecturale de l’Alhambra. L’histoire de la collection est rappelée, depuis les origines dans le dernier quart du xixe siècle jusqu’à l’adoption en 2005 d’un système de catalogage informatisé, DOMUS ; sur les 56 858 pièces de TCA inventoriées, 897 ont été cataloguées et 57 de ces fiches sont consultables en ligne (Silvia Pérez López, Eva Moreno León et Paula Sánchez Gómez, « La cerámica arquitectónica del Museo de la Alhambra. Documentación e investigación », p. 341-365). L’ouvrage s’achève par un retour sur la question de la terminologie : Óscar Jiménez Serrano propose une traduction anglaise pour trente-sept mots du vocabulaire de la céramique architecturale, dans le but d’offrir à la céramique de l’Alhambra une plus grande diffusion internationale (« Difundir la Alhambra : la traducción al inglés de la terminología de su cerámica arquitectónica », p. 369-386). Il s’agit, là, des prémices d’une recherche future visant à développer un glossaire bilingue et à diffuser les connaissances sur l’un des monuments les plus visités d’Europe.

3Le second volume propose dix parcours au travers de l’Alhambra, parmi des espaces emblématiques quant aux modifications apportées aux terres cuites architecturales. Il donne à voir des exemples précis de modifications des céramiques au fil des siècles. Sont ainsi successivement présentés le Patio de Machuca, le Mexuar, le Cuarto Dorado, la Salle de la Barca, le Bain de Comares, la Salle des Rois, la Salle des Deux Sœurs, le Mirador de Lindaraja, le Patio de Lindaraja, la Tour de la Captive. Le lecteur part ainsi à la découverte du palimpseste des céramiques architecturales de l’Alhambra : des carreaux d’époque nasride côtoient des pièces qui, dès la fin du xve siècle, furent insérées pour adapter l’édifice aux goûts et aux nécessités pratiques et quotidiennes des souverains ; ces éléments médiévaux se retrouvèrent entremêlés à des matériaux introduits lors des nombreuses interventions, modifications, restaurations qui ne cessèrent d’aménager et de réaménager les palais au gré des événements et que, seule, une lecture attentive des céramiques permet de reconnaître.

4Les deux volumes sont servis par une iconographie remarquable, tant par la qualité des reproductions que par les légendes suffisamment explicites pour permettre au lecteur de repérer les modifications signalées, mais, aussi, par les renvois aux illustrations qui, bien plus que d’éclairer le texte, font véritablement partie du propos et en facilitent la compréhension. L’ouvrage aurait pu être enrichi d’une bibliographie d’ensemble et d’un lexique des termes techniques les plus fréquemment employés, lexique que le lecteur doit se composer lui-même au fil des pages.

5Ce fort bel ouvrage offre donc une synthèse sur l’histoire des céramiques décoratives de l’Alhambra, depuis leur mise en forme à l’époque nasride jusqu’aux restaurations du xxie siècle. Il rappelle à quel point l’Alhambra, fondée par les Nasrides, fut transformée et modifiée depuis le xive siècle ; il constitue ainsi une très solide contribution à la connaissance des terres cuites architecturales des périodes médiévale et moderne et ouvre des perspectives de recherches, en particulier, dans un domaine pour lequel les données dont nous disposons aujourd’hui restent indigentes : l’histoire des couleurs en Islam.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Christine Mazzoli-Guintard, « María Elena Díez Jorge (éd.), Hecha de barro y vestida de color, Cerámica arquitectónica en la Alhambra vol. I-Estudios, vol. II-Recorridos »Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 38 | 2024, mis en ligne le 14 avril 2024, consulté le 18 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/bcai/7118 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/bcai.7118

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Auteur

Christine Mazzoli-Guintard

Nantes Université, CReAAH, UMR 6566, LARA

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