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4. Anthropologie, ethnologie, sociologie et anthropologie historique

Marlene Schäfers, Voices That Matter. Kurdish Women at the Limits of Representation in Contemporary Turkey

Lucie Drechselová
Référence(s) :

Marlene Schäfers, Voices That Matter. Kurdish Women at the Limits of Representation in Contemporary Turkey, Chicago, Chicago University Press, 2022, 240 p., ISBN : 9780226823058

Texte intégral

1Voices That Matter. Kurdish Women at the Limits of Representation in Contemporary Turkey, paru chez Chicago University Press en 2022, est la première monographie de Marlene Schäfers, anthropologue affiliée à l’Université d’Utrecht. L’ouvrage repense le lien entre la voix et la représentation et questionne la logique libérale selon laquelle la parole des femmes kurdes serait automatiquement une preuve de leur émancipation (p. 5).

  • 1 Le site personnel de Hayv Kahraman présente non seulement sa trajectoire biographique mais aussi s (...)

2Avant même de feuilleter cet ouvrage, on est attiré par l’image reproduite sur la couverture. Il s’agit de la reproduction de « Celebrity » de Hayv Kahraman (2018). Dominée par différentes tonalités de bruns, l’image comporte trois femmes sur scène, celle du milieu légèrement mise en avant. Le choix de cette image est pertinent à plusieurs égards. Elle s’articule bien avec l’enjeu conceptuel de l’ouvrage qui réfléchit aux processus d’individuation des femmes chanteuses-poètes dans l’espace kurde en Turquie. D’origine kurde d’Iraq, Hayv Kahraman a grandi en Suède, s’est formée en Italie avant de s’installer aux États-Unis 1. Les trois figures féminines sont représentatives et reviennent souvent dans son œuvre. Il y a également un chevauchement entre les thèmes traités par M. Schäfers et H. Kahraman car cette dernière investit les thèmes de la mémoire, de la féminité, de l’audibilité et de la violence sonique dans sa production artistique.

  • 2 Ulas Özdemir, Wendelmoet Hamelink, and Martin Greve, (eds.), Diversity and Contact among Singer-Po (...)

3Les protagonistes principales de l’ouvrage de Marlene Schäfers sont les femmes dengbêj, essentiellement basées dans la ville de Van située à l’est de la Turquie. Les dengbêj sont les bardes ou chanteurs/chanteuses-poètes 2. Le mot en kurde est composé de deng (la nouvelle, la parole) et bêj, la racine du temps présent du verbe gotin (dire). Traditionnellement, les dengbêj-s étaient les raconteurs d’histoires errants, qui composent, se produisent et transmettent les histoires avec, au cœur des chansons-poèmes, la douleur et ses modulations. Les répertoires des dengbêj-s se composent des kilam, qui marquent la forme spécifique et traditionnellement codifiée de ces chansons-poèmes.

  • 3 L’association a été forcée de fermer en 2018.

4Le livre de M. Schäfers se base sur une recherche ethnographique de vingt mois, réalisée, essentiellement, entre 2011 et 2012, dans la ville de Van (p. x). L’auteure a fait plusieurs séjours sur le terrain et n’a jamais coupé ses liens avec l’Association des femmes dengbêj 3, ni avec sa fondatrice Dengbêj Gazîn qui est également la principale protagoniste du livre, qui lui est dédié. Les tremblements de terre d’octobre et de novembre 2011 ont ravagé Van et ses environs et ont aussi impacté la recherche ethnographique de Marlène Schäfers. L’auteure en rend pleinement compte et décrit les visites et les enregistrements effectués avec les femmes dengbêj pendant qu’elles étaient installées dans les containers provisoires, placés à la périphérie de la ville.

  • 4 Marlene Schäfers, ‘Voice’, Cambridge Encyclopedia of Anthropology, 27 October 2017, https://www.an (...)

5« Les voix ne représentent pas toujours d’emblée celles qui les prononcent, » (p. 37) écrit M. Schäfers au début du livre ; elle indique aussi que le fait de lever sa voix n’est pas automatiquement un marqueur de l’agentivité et de l’émancipation. L’auteure place, alors, au cœur de sa problématique, l’association directe entre l’individu et sa voix. M. Schäfers mobilise ce cadre conceptuel dans Cambridge Encyclopedia of Anthropology 4. Le contexte kurde avec l’importance de l’oralité et la constitution des dengbêj-s en patrimoine culturel, lui permet d’affirmer que les « voix peuvent devenir détachées des individus qui les émettent et exprimer les émotions des autres » (p. 5). Si la première moitié de la démonstration va dans ce sens, la deuxième tente d’expliquer les enjeux de la stricte association d’une voix à un individu.

  • 5 Estelle Amy de la Bretèque, “Voices of Sorrow: Melodized Speech, Laments, and Heroic Narratives Am (...)

6Outre l’introduction et la conclusion, le livre est composé de cinq chapitres. Le premier se penche sur le genre des dengbêj-s, le kilam, ou la parole mélodisée, comme l’appelle Estelle Amy de la Bretèque 5. Les kilam-s traitent de la non-fiction, des événements passés et contemporains, les histoires des conflits tribaux, les soulèvements kurdes, les expériences personnelles de l’amour et de la perte, mais surtout et avant tout de la douleur (p. 35). Le chapitre insiste également en grand détail sur la forme des kilam-s car le « succès » des kilam-s est évalué en fonction de leur capacité à transmettre des émotions fortes, surtout la douleur et la souffrance (p. 40).

7Le deuxième chapitre appréhende la voix comme une technologie mobile de l’affectivité (affective technology), qui peut ne pas être uniquement l’expression du soi et de son intériorité. Marlène Schäfers s’interroge sur les modalités selon lesquelles les voix des femmes kurdes sont parvenues à animer la socialité kurde face à la violence coloniale et patriarcale, la répression et le déni (p. 60). Simultanément, l’auteure introduit la question de la médiation (via les cassettes ou la radio). Son observation principale est que la dissociation des voix de leurs porteuses que les cassettes ou la radio induisent ne contribue pas nécessairement ni automatiquement à une perte d’authenticité (p. 83).

8Dès le troisième chapitre, M. Schäfers identifie de nouvelles esthétiques vocales qui accompagnent la transformation de la voix des femmes dengbêg en un instrument d’expression de leur propre souffrance intérieure. Le déplacement signifie une relégation en position secondaire des « caractéristiques soniques » au profit des « caractéristiques sémantiques » (p. 111). L’auteure affiche, ici, une sensibilité genrée quand il est question des risques et vulnérabilités qui accompagnent les promesses et les récompenses destinées à celles qui élèvent leur voix (p. 110). Cette notion continue à gagner en importance dans les chapitres suivants.

9Le quatrième chapitre s’interroge sur les ambiguïtés d’attribution des kilam-s à des auteures en particulier. En effet, des droits d’auteur s’articulent mal avec les traditions orales, transmises souvent de manière anonyme, marquées par une forte intertextualité et façonnées par des éléments codifiés d’expression émotionnelle qui font que de nombreuses expressions sont identiques à travers les kilam-s. M. Schäfers aborde dans ce chapitre de manière plus frontale la notion de représentation. Selon elle, pour accéder au capital lié au fait « d’avoir une voix », il faut être identifiable comme auteure et propriétaire de celle-ci, il s’agit donc d’une injonction à l’identification claire et nette des porteuses des voix (p. 124).

10Le cinquième chapitre repère quelles sont les modulations de la voix nécessaires pour qu’elles soient audibles. Ceci permet à M. Schäfers de critiquer le cadre hégémonique qui s’impose à l’expression et à la circulation publique des voix des femmes dengbêj. Celles-ci font face à des tentatives de cooptation par des acteurs et dans des arènes différents (que ce soit par le mouvement féministe turc ou par le mouvement kurde). Pour les uns, les femmes dengbêj sont célébrées pour s’être affranchies de la sphère domestique contre les injonctions de leur société conservatrice, tandis que pour les autres, ces femmes marquent le succès du mouvement kurde dans la refonte de la fabrique sociale selon les préceptes de la libération des femmes (p. 158).

11Le livre de Marlene Schäfers se démarque par sa qualité de rédaction et par la complétude des références mobilisées. Je propose d’évoquer trois points de dialogue avec son texte qui, par ailleurs, suscitent des engagements multiples. Mais les aborder tous, alourdirait trop ce compte-rendu déjà trop long. Le premier point de dialogue concerne le cadre conceptuel basé sur le lien entre la voix et les politiques libérales de représentation. La proposition de départ, qui permet la démonstration, semble un peu caricaturale. En effet, peu d’adeptes des théories libérales de la représentation considèrent qu’élever sa voix aurait pour conséquence uniquement l’émancipation.

12Ensuite, il y a la question du genre. L’ouvrage fournit des éléments concrets, clairs et variés quant à comprendre comment le patriarcat joue dans les trajectoires biographiques et artistiques des femmes dengbêj. Or, le concept de patriarcat n’est pas problématisé et reste relativement plat. J’aurais aimé lire plus sur ce que Marlene Schäfers a à dire concernant les dynamiques patriarcales. Cependant, il s’agit d’une envie motivée par la curiosité et non pas une critique d’omission car le pari conceptuel de l’auteure est ailleurs, il repose sur la voix en tant que telle, la voix féminine, certes.

13Le dernier élément de dialogue que je souhaiterais engager avec l’auteure porte sur l’État et le mouvement kurdes. Relégués tous deux en arrière-plan, ils occupent, dans les coulisses de la démonstration, une place principalement immobile et homogène. Pourtant, les matérialisations de ces entités dans les vies des femmes dengbêj sont nombreuses et vont au-delà des « cadres hégémoniques ». Par ailleurs les manières de composer avec ces cadres sont également situationnelles et dépendent des temporalités particulières. Un engagement plus approfondi avec l’État et le mouvement kurde permettrait de rendre compte de leurs impacts sur la voix féminine kurde et son audibilité.

14Du point de vue formel, la longueur de l’ouvrage est un aspect intéressant. Excepté l’introduction et la conclusion, les cinq chapitres du développement s’étendent sur 130 pages au total. Cela peut paraître peu pour certains, mais la longueur traduit avant tout les préférences de l’éditeur, les presses universitaires de Chicago. Je mets sur le compte de la maison d’édition un autre aspect, celui du système des notes qui ne se trouvent pas en bas de page mais à la fin de l’ouvrage. On sent bien que le mot d’ordre a probablement été celui de réduire au maximum le nombre des notes. Or, Marlene Schäfers se sert des notes pour communiquer des informations très pertinentes, et le lecteur doit régulièrement interrompre sa lecture chaque fois qu’il doit aller chercher la note en question à la fin de l’ouvrage. Cette envie de « nettoyer » les textes scientifiques peut se comprendre pour des maisons d’éditions non-universitaires, mais le souci de rapprochement de ces standards par Chicago University Press est, à mon sens, moins justifié.

  • 6 La liste des publications est disponible et régulièrement mise à jour sur le site institutionnel d (...)
  • 7 Marlene Schäfers, “Being Sick of Politics: The Production of Dengbêjî as Kurdish Cultural Heritage (...)
  • 8 Marlene Schäfers, “Troubled Terrain: Lines of Allegiance and Political Belonging in Northern Kurdi (...)

15Comme mentionné dans l’introduction de ce compte-rendu, « Voices that matter » est la première monographie de l’auteure. Or, M. Schäfers est devenue une référence incontournable sur les femmes dengbêj depuis plusieurs années. Placer l’ouvrage dans le contexte de la production scientifique de l’auteure permet ainsi de dégager quelques observations quant aux stratégies de publication, notamment des jeunes chercheurs. M. Schäfers n’a pas privilégié un livre, qui voit le jour douze ans après son enquête de terrain. À la place, elle a publié neuf articles scientifiques ou chapitres d’ouvrages liés aux thématiques du livre 6. Le premier a été une contribution à European Journal of Turkish Politics (EJTS) 7 et annonçait déjà la méfiance de M. Schäfers vis-à-vis des cadres hémogéniques, notamment ceux imposés par le mouvement kurde. On retrouve, d’ailleurs, certains points du texte dans le livre, notamment les interlocutrices qui affirment en avoir marre de la politique (« I am sick of politics »). L’auteure a également proposé une réflexion sur son positionnement et les négociations de sa place lors de l’enquête ethnographique 8, éléments relativement marginalisés dans l’ouvrage.

  • 9 Marlene Schäfers, “Walking a Fine Line Loyalty, Betrayal, and the Moral and Gendered Bargains of R (...)
  • 10 Marlene Schäfers, ‘“It Used to Be Forbidden”: Kurdish Women and the Limits of Gaining Voice’, Jour (...)

16L’analyse genrée apparaît comme la plus explicitée dans l’article que Schäfers a écrit en 2020 pour un numéro thématique des Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East 9. Elle s’est penchée sur la notion de la résistance et ses négociations genrées. En revanche, son autre article « “It Used to Be Forbidden”: Kurdish Women and the Limits of Gaining Voice » paru dans le Journal of Middle East Women’s Studies (JMEWS10 en 2018 est le plus proche du cadre conceptuel du livre en ce qu’il associe les considérations sur la voix et la représentation. L’article a, par ailleurs, été retravaillé et republié dans le livre avec l’accord du journal.

17M. Schäfers opte le plus souvent dans ses publications, pour une politique d’anonymisation partielle – elle propose des pseudonymes pour les protagonistes qui ne sont pas connues publiquement mais maintient les vrais noms pour les femmes dengbêj connues (néanmoins, elle n’indique pas quels noms sont les pseudonymes). Seul le premier texte de 2015 se distingue car tous les noms des interlocutrices ont été pseudonymisés. Néanmoins, une lecture croisée des différents écrits permet l’identification des personnes anonymisées en 2015. Si cela peut paraître comme un détail mineur, ceci est une préoccupation de première importance pour l’auteure qui décide, par mesure de protection, de pseudonymiser dans son ouvrage, y compris les interviewées qui lui ont expressément demandé de ne pas le faire.

18Il n’en reste pas moins que la préoccupation éthique de l’auteure est à saluer. Elle correspond aux standards disciplinaires de l’anthropologie, mais d’autres disciplines auraient de quoi s’en inspirer – non pas pour généraliser l’anonymisation, au contraire, pour rendre compte explicitement de comment en tant que chercheurs on participe à l’effacement de nos interlocuteurs à travers certaines de nos pratiques – même pour de bonnes raisons. Inscrire la question de l’anonymisation dans la durée (au sein d’une série de textes différents de l’auteure) peut mener à l’affaiblissement des effets de la pseudonymisation. En cela, la question de l’anonymisation n’est qu’un élément parmi d’autres qui pointe vers ce que la lecture d’ensemble de la production scientifique d’une auteure révèle. On peut voir des déplacements de la focale, des évolutions dans l’argument scientifique, et les modalités changeantes d’engagement avec son terrain.

  • 11 Ergun Sibel Yücel and Marlene Schäfers, Ez Gazin İm, Istanbul: Aram Yayınları, 2021.

19L’an 2018 a marqué la disparition de Dengbêj Gazîn, protagoniste principale de l’ouvrage. M. Schäfers lui a dédié son livre, mais a également produit, en collaboration avec Ergun Sibel Yücel, un ouvrage entier sur la vie et l’œuvre de Gazîn. Le livre s’intitulant Ez Gazîn im (Je suis Gazîn) est paru en 2021 et comporte à la fois les versions turque et kurde11. Cette publication pour le large public marque l’engagement de M. Schäfers vis-à-vis de la mémoire de Dengbêj Gazîn, qui va bien au-delà de son enquête de terrain.

20La lecture de « Voices That Matter » m’a projetée dans mes souvenirs de 2015, à Diyarbakır. Mes amis m’ont emmenée pour la première fois à la maison des dengbêj-s, fondée par la municipalité. Les portes étaient ouvertes, ou plutôt, dans mon souvenir déjà bien flou, la cour donnait l’impression d’une telle accessibilité que je ne suis même plus sûre qu’il y ait vraiment eu des portes. Je suis restée assise à écouter plusieurs dengbêj-s, tous des hommes, à déclamer leurs kilam-s. Revenant à cette expérience en lisant l’ouvrage de Marlene Schäfers, je ne peux qu’apprécier l’exactitude de ses descriptions et sa manière de contextualiser les kilam-s et leurs transformations. Enfin, si plus de dix ans séparent l’enquête sur laquelle repose essentiellement le livre et sa publication, je n’ai pas pu m’empêcher de suivre l’auteure dans ses considérations sur les transformations dramatiques ayant marquée la dernière décennie en Turquie et dans les espaces kurdes. « How can voices matter? », ou « Comment les voix peuvent-elles avoir de l’importance lorsque les corps sont écrasés, mutilés et agressés ? » (p. 175), se demande M. Schäfers à la fin de son livre et je souhaite terminer ce compte rendu sur cette interrogation puissante, en espérant que la lecture de l’ouvrage fournira de l’épaisseur à cette question qui va bien au-delà de la rhétorique.

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Notes

1 Le site personnel de Hayv Kahraman présente non seulement sa trajectoire biographique mais aussi ses entretiens et essais. Pendant l’écriture de ce compte rendu, la partie « œuvres » du site n’a pas été accessible à cause d’un problème technique. https://hayvkahraman.com/

2 Ulas Özdemir, Wendelmoet Hamelink, and Martin Greve, (eds.), Diversity and Contact among Singer-Poet Traditions in Eastern Anatolia, Ergon Verlag, 2019.

3 L’association a été forcée de fermer en 2018.

4 Marlene Schäfers, ‘Voice’, Cambridge Encyclopedia of Anthropology, 27 October 2017, https://www.anthroencyclopedia.com/entry/voice.

5 Estelle Amy de la Bretèque, “Voices of Sorrow: Melodized Speech, Laments, and Heroic Narratives Among the Yezidis of Armenia”, Yearbook for Traditional Music, 44, 2012, p. 129–48.

6 La liste des publications est disponible et régulièrement mise à jour sur le site institutionnel de l’Université d’Utrecht : https://www.uu.nl/staff/EMSchafers/Publications

7 Marlene Schäfers, “Being Sick of Politics: The Production of Dengbêjî as Kurdish Cultural Heritage in Contemporary Turkey”, European Journal of Turkish Studies. Social Sciences on Contemporary Turkey, no. 20, 2015.

8 Marlene Schäfers, “Troubled Terrain: Lines of Allegiance and Political Belonging in Northern Kurdistan”, in Methodological Approaches in Kurdish Studies: Theoretical and Practical Insights from the Field, vol. 14, Lexington, 2018.

9 Marlene Schäfers, “Walking a Fine Line Loyalty, Betrayal, and the Moral and Gendered Bargains of Resistance”, Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East 40, no. 1, 1 May 2020, p. 119–32.

10 Marlene Schäfers, ‘“It Used to Be Forbidden”: Kurdish Women and the Limits of Gaining Voice’, Journal of Middle East Women’s Studies 14, no. 1, 2018, p. 3-24.

11 Ergun Sibel Yücel and Marlene Schäfers, Ez Gazin İm, Istanbul: Aram Yayınları, 2021.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Lucie Drechselová, « Marlene Schäfers, Voices That Matter. Kurdish Women at the Limits of Representation in Contemporary Turkey »Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 38 | 2024, mis en ligne le 14 avril 2024, consulté le 21 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/bcai/6558 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/bcai.6558

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Auteur

Lucie Drechselová

EHESS, CETOBaC

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

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