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Dossier. Récit et médiation des collections. Comment on raconte l’histoire des bibliothèques
Réflexions

Des origines savantes

Aux origines de l’historiographie et de la présentation des fonds précieux de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat (1841-1951)
Laurent Naas

Résumés

La Bibliothèque Humaniste de Sélestat conserve dans ses collections deux bibliothèques héritées de l’âge d’or de la ville de Sélestat qui correspond aux XVe et XVIe siècles. Il s’agit d’une part de la bibliothèque paroissiale, qui se développa essentiellement entre 1452 et les années 1570, et, d’autre part, de la collection d’ouvrages rassemblés tout au long de sa vie par le savant et ami proche d’Erasme de Rotterdam Beatus Rhenanus (1485-1547) afin d’alimenter ses travaux philologiques et historiques.

La reprise en main des collections en 1841, qui rendit possible la mise en œuvre des premières mesures de préservation de cet héritage de la Renaissance, favorisa l’émergence d’un discours scientifique et le prolongement de la réalisation des premiers inventaires élaborés au cours du XVIIIe siècle. Ce discours scientifique, porté en partie par l’école d’érudition allemande, devait accompagner l’émergence de la bibliothèque-musée confirmée avec l’installation de cette dernière dans la Halle aux Blés en 1889.

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Texte intégral

1Les institutions patrimoniales présentent le plus souvent une histoire qui, cumulée avec celle de leurs collections, leur permet de plonger leurs racines en des temps parfois éloignés. Cette épaisseur du passé alimente souvent d’autre part une tradition historiographique accordant une place importante aux grands auteurs, voire aux auctoritates, auxquels il est de bon ton de se référer régulièrement. Il devient dès lors bien souvent difficile, face à ces pesanteurs et aux gardiens vigilants de la Mémoire des lieux, de réinterroger cet héritage, notamment historiographique, à plus forte raison s’il s’étend aux modalités de présentation des collections. C’est malgré tout le pari qu’a tenté la Ville de Sélestat, tutelle de la Bibliothèque Humaniste (B. H.) et propriétaire de ses collections, dans le cadre de la récente mise en œuvre du projet de revalorisation de cette institution patrimoniale, qui a pu rouvrir ses portes en juin 2018.

2Le présent article se propose d’examiner le discours tenu par les experts, souvent bibliothécaires, sur les collections précieuses de la bibliothèque municipale de Sélestat (qui prendra plus tard la dénomination, plus courante depuis un demi-siècle, de « Bibliothèque Humaniste »), discours qui a pu ensuite donner lieu à des récits construits. Nous verrons tout particulièrement comment ce discours s’est articulé avec l’évolution de la présentation des collections jusqu’au milieu du XXe siècle. C’est en effet en 1951 que l’abbé Paul Adam prit ses fonctions en tant que bibliothécaire et archiviste de la Ville de Sélestat, ouvrant ainsi une nouvelle période dans l’histoire de la B. H. (Naas, 2019).

3Il ne s’agit pas ici de retracer l’histoire des collections les plus précieuses de la B. H. mais de mettre en exergue, après les avoir présentées rapidement, les points saillants du discours tenu à leur sujet, en particulier du point de vue de leur mise en valeur scientifique depuis le milieu du XIXe siècle.

Le substrat historique

4À l’aube des temps modernes, Sélestat, cité prospère de près de 5 000 habitants, abritait une école latine réputée, qui connut son âge d’or avec l’arrivée du maître Louis Dringenberg en 1441 (Adam, 1962 ; Rapp, 1975). S’en suivit un véritable renouveau pédagogique qui permit à Sélestat de jouer un rôle décisif à cet égard dans le Rhin supérieur, au moins jusqu’en 1525. Ce contexte culturel et pédagogique des plus favorables rendit possible la constitution du socle des collections précieuses de l’actuelle B. H., autour de la bibliothèque paroissiale et de la collection du savant Beatus Rhenanus.

5Soucieux de sa charge d’âmes et de l’instruction des écoliers, le curé de l’église Saint-Georges, Jean de Westhuss, après avoir fait venir Dringenberg à Sélestat, décida de mettre sa bibliothèque à la disposition du clergé et des maîtres de cette ville : à sa mort, le 13 mars 1452, il donna une trentaine de manuscrits à la paroisse. Cette donation décisive en suscita d’autres. Le maître Dringenberg offrit trois ouvrages. En 1470, le chapelain Jean Fabri en donna douze. L’humaniste Jacques Wimpheling offrit aussi quelques livres. La donation la plus importante fut celle de Martin Ergersheim : ce fils de tanneur, maître ès arts de l’université de Heidelberg et curé de la paroisse, fit don à sa mort en 1535 d’une centaine de volumes. La dernière donation significative fut celle du conseiller impérial Jacques Taurellus (1524-1579), qui comportait notamment une Bible du XIIIe siècle richement enluminée.

6Le savant Beat Bild (1485-1547), plus connu sous le nom de Beatus Rhenanus, offrit à sa ville natale le second noyau des collections précieuses de la B. H. (Petitmengin, 1989 ; Hirstein, 2002). Né à Sélestat le 22 août 1485, le jeune Beat suivit les cours de l’école latine de Sélestat, dès l’âge de six ans. Rhenanus se constitua une bibliothèque dès son plus jeune âge : il possédait déjà une soixantaine de volumes avant 1503. Tout en étudiant au collège du cardinal Lemoine à Paris de 1503 à 1507, il œuvra comme correcteur auprès de l’imprimeur Estienne. À Paris, il put acquérir près de 188 œuvres, comportant des traités d’Aristote, des éditions d’auteurs latins classiques et de Pères de l’Église. À l’âge de vingt-deux ans, il possédait 253 livres, soit le commencement d’une belle bibliothèque personnelle. De retour en Alsace à l’automne 1507, Rhenanus participa aux projets éditoriaux de l’imprimeur strasbourgeois originaire de Sélestat, Mathias Schürer, et intégra les cercles des humanistes strasbourgeois. De 1511 à 1513, il approfondit sa connaissance du grec à Bâle auprès du dominicain Jean Cuno et hérita d’une partie de la bibliothèque de cet ancien correcteur d’Alde Manuce. C’est alors que commença sa collaboration durable avec les imprimeurs Amerbach et Froben. À la fin de l’automne 1514, Rhenanus rencontra Erasme de Rotterdam à Bâle. Ce fut le début d’une amitié durable et d’une complicité intellectuelle certaine, au point que le « Prince des humanistes » confia au Sélestadien l’édition de ses œuvres sur les presses de Froben.

7Afin de nourrir ses travaux philologiques et historiques, Rhenanus continua à acquérir des ouvrages, parmi lesquels figurent de nombreuses éditions frobéniennes. Outre les éditions auxquelles il collabora comme correcteur et philologue (Tertullien, Sénèque, Quinte-Curce, Tite-Live, etc.), il acheta de nombreux livres. Il échangea certaines de ses éditions avec ses amis et reçut de nombreuses œuvres, parfois munis d’un ex-dono. Les pages de titre des volumes de Rhenanus portent souvent son ex-libris manuscrit, preuve de son attachement à leur égard (« Sum Beati Rhenani. Nec muto dominum » : « j’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître »). Anobli par l’empereur Charles Quint en 1523, il fit orner plusieurs reliures de ses armoiries. Outre ses travaux d’éditions de textes anciens, Rhenanus fut l’auteur d’une œuvre originale, une histoire de la Germanie, dans laquelle il mit en œuvre une méthode historique renouvelée, croisant le témoignage des Anciens avec les apports de l’archéologie et des chartriers médiévaux.

8Rhenanus disparut le 20 juillet 1547, non sans avoir décidé de léguer sa bibliothèque à sa ville natale. Grâce à cette marque de générosité, la B. H. conserve encore la plus grande partie de la collection de ce savant, soit près de 2 500 titres répartis en 670 volumes environ. À cet ensemble s’ajoute la correspondance de ce savant composée de 265 pièces, qui reflète ses relations avec les savants de son temps.

9La bibliothèque de la paroisse de Sélestat et la collection de l’humaniste Beatus Rhenanus constituent les noyaux originels des collections les plus précieuses de l’actuelle Bibliothèque Humaniste. Ces ensembles furent cependant enrichis tout au long des XIXe et XXe siècles grâce à un certain nombre de donations remarquables, qui permirent à la bibliothèque de se constituer un fonds ancien original en Alsace, composé de 464 manuscrits anciens, 550 incunables, près de 2 600 imprimés du XVIe siècle, 3 000 ouvrages des XVIIe et XVIIIe, 13 000 ouvrages du XIXe siècle, 2 000 alsatiques du XVe au XXe siècle et plus de 20 000 ouvrages généraux du XXe siècle (Meyer, 1995 ; Naas, 2013).

10Tels sont les éléments aujourd’hui connus, qui balisent l’histoire savante de ces collections. Cette tradition savante est cependant brouillée par la concurrence entre l’accueil des publics érudits et l’exigence grandissante, au XIXe siècle, de la démocratisation de la lecture.

11La naissance de la bibliothèque municipale de Sélestat du point de vue administratif constitue en effet sans aucun doute un tournant décisif. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les ouvrages disponibles étaient essentiellement utilisés par les érudits et les enseignants. Mais en 1841 fut ouverte à Sélestat la première véritable bibliothèque publique cherchant à sensibiliser l’ensemble de la population à la lecture. Cette création résultait avant tout de la prise de conscience d’une grave lacune en la matière. Cette transition met également en évidence qu’on faisait alors peu de cas des collections de livres héritées de la Renaissance et paradoxalement, c’est l’émergence d’une doctrine en matière de lecture publique qui a permis à la municipalité de se ressaisir des collections patrimoniales. Preuve en est la lettre du Maire de Sélestat au sous-préfet Blanchard en date du 4 février 1838 dans laquelle il rappelait que

cette bibliothèque n’a été jusqu’à présent qu’une charge pour la ville […] des étrangers savants ou curieux en ont souvent l’accès, on suppose que des ouvrages leur ont été confiés, n’ont pas été rendus, qu’il y a eu dilapidation avec cela, il serait impossible de le prouver, jusqu’à ce qui existait en richesses littéraires des derniers siècles n’était pas exactement connu. Vous savez que le local où elle est établie est une petite salle dans une tourelle de l’église St. Georges, tout le mobilier qu’elle possède consiste en une grande table dans le milieu de la salle, il n’y a ni banc, ni chaise et les rayons sont insuffisants pour contenir tous les volumes, dont une partie est entassée sur le parquet (Meyer, 1991 : 161-162).

12Un demi-siècle plus tôt, l’historien et abbé Philippe-André Grandidier (1752-1787) avait déjà consigné dans ses notes prises à l’occasion d’un passage à Sélestat les 8 et 9 août 1786 que la bibliothèque qui se trouvait à l’église paroissial Saint-Georges était « assez mal conservée » (Grandidier, 1867 : 335).

13Le constat portant sur les conditions de stockage des bibliothèques héritées de la Renaissance est plutôt accablant et rend bien compte de l’idée très approximative que les élus sélestadiens avaient à cette époque de leur patrimoine écrit. Ces deux collections n’avaient manifestement pas vocation à être étudiées, tant en raison de l’inexistence d’un catalogue qui fasse autorité (ce qui empêchait par ailleurs de constater toute lacune !) qu’en raison de l’absence du mobilier minimal permettant une consultation longue des livres ; plus grave, une partie des volumes était posée à même le sol !

14Lors d’une délibération du conseil municipal du 16 août 1839, fut examiné le projet d’installation de la bibliothèque au deuxième étage de la mairie. Une salle de lecture était prévue afin de permettre la consultation des ouvrages tant anciens que récents. Des rayonnages furent également conçus. En mai 1841, les ouvrages, entreposés jusque-là à l’église Saint-Georges, furent de ce fait transférés à l’Hôtel de Ville. Dans chaque volume, on colla un ex-libris imprimé daté de 1841. Le règlement de la bibliothèque, promulgué par le conseil municipal le 10 décembre 1841, précisait en outre les modalités de consultation des ouvrages et sanctionnait ainsi la valeur patrimoniale des fonds. On réglementait, enfin, l’accès aux collections : l’article 5 précisait qu’« aucun livre ou manuscrit ne pourra être distrait du local du dépôt sous quelque prétexte que ce soit, à moins d’une autorisation spéciale du maire ». Enfin, il faut noter que le rapport transmis par le bibliothécaire Kleitz au Maire le 23 décembre 1849 indiquait qu’« une place particulière » avait été réservée aux volumes de Rhenanus et que les premiers catalogues avaient été réalisés (Meyer, 1991 : 166). Ainsi, au milieu du XIXe siècle, la patrimonialisation de ces collections est en cours. Elle ouvre la voie à de nouvelles appréciations, aux fins d’ériger ce bien collectif en un outil identitaire à l’échelle du territoire, ce qui est le principe même du patrimoine.

Relectures catalographiques

15La rédaction de catalogues n’a pas peu contribué à la reconnaissance de la valeur de ces fonds par la communauté scientifique ; de même, elle a pu stimuler l’émergence d’un récit sur les livres et sur l’ensemble de la collection, en particulier dans leurs propos introductifs.

16Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la bibliothèque de Rhenanus n’avait engendré de ce point de vue qu’un intérêt limité. Seuls les travaux d’édition d’auteurs présocratiques menés par le philologue Richard Brunck (1729-1803) avaient conduit celui-ci à utiliser, d’ailleurs en se les appropriant, certains manuscrits grecs de Rhenanus (Naas, 2018).

17Au début du XVIIIe siècle, les deux bibliothèques de Sélestat constituaient un ensemble documentaire qu’on se devait d’avoir vu et dont il fallait connaître les ressources. Ainsi, le bénédictin dom Calmet (1672-1757), surtout connu comme abbé de Senones, se rendit à Sélestat, sans doute à l’époque où il était sous-prieur de l’abbaye de Munster, entre 1704 et 1706 (Bornert, 2009 : 397-398). Il put y voir la bibliothèque paroissiale et celle de Rhenanus, puisqu’il mit par écrit une « liste des livres de la Bibliothèque qui est sur la voute (sic) de la Grande Eglise de Scelestad < et de celle qui est a la douane > (Petitmengin, 2004). Il décrit 48 ouvrages, soit 17 manuscrits et 31 imprimés. Quatre volumes, disparus depuis, ne sont connus que par cet inventaire. De plus, cette liste mettait en évidence que certains livres de Rhenanus avaient alors déjà été transférés à l’église paroissiale. L’insertion de cette collection dans les « voyages littéraires » a produit un premier niveau sinon de récit, du moins de notoriété à son propos.

  • 1 B.H.S., ms. 439.

18Mais ce n’est qu’en 1739 que Jean-Daniel Papelier rédigea le premier inventaire des bibliothèques héritées des XVe et XVIe siècles. Ce document pose d’ailleurs un certain nombre de questions : il avait été dressé presque deux siècles après la mort de Rhenanus ; les volumes « empruntés » par les Jésuites n’y figuraient pas ; les collections de la paroisse et du savant sélestadien n’étaient pas distinctes. Enfin, le catalogue de Papelier n’a vraisemblablement jamais été déposé à Sélestat puisque le Magistrat de cette ville chargea le 15 avril 1774 l’abbé Scherer de « former incessamment un répertoire général des livres et manuscrits qui composent [la bibliothèque de cette ville…], dont l’original sera déposé dans notre chancellerie, et une copie dans la bibliothèque, et à charge de n’extrader aucun livre ny manuscrit à qui que ce soit même par emprunt sans un décret d’autorisation du Magistrat » (Meyer, 1985 : 94). Si le catalogue de Papelier nous est parvenu, c’est uniquement grâce à une copie réalisée par l’historien et bibliothécaire Antoine Dorlan1, l’original ayant disparu dans l’incendie de la bibliothèque municipale de Strasbourg en 1870.

19Le premier effort de catalogage des fonds précieux réalisé à la fin de l’Ancien Régime fut poursuivi au milieu du XIXe siècle par la publication du premier catalogue des manuscrits sélestadiens (Michelant, Cocheris, 1861). D’après Hubert Meyer, leurs auteurs, Henri Michelant et Hippolyte Cocheris, auraient repris les notices établies par Amand Kleitz, bibliothécaire et archiviste de la Ville de Sélestat de 1846 à sa mort en 1867. Après avoir mentionné l’amélioration du sort des collections transférées en direction de l’Hôtel de Ville en 1841, les auteurs décrivent 137 volumes de manuscrits (les manuscrits reliés dans des imprimés ne furent pas inventoriés), dont les notices, somme toute assez indigentes, furent plus tard reprises, et surtout enrichies, dans l’entre-deux-guerres par le bibliothécaire Joseph Walter. Ce premier catalogue des manuscrits comportait en outre le premier inventaire des lettres de Rhenanus encore conservées. La bibliothèque municipale de Sélestat avait ainsi eu la chance de voir une partie de ses manuscrits décrits dans l’un des sept volumes in-4° publiés entre 1848 et 1885, soit la première vague du CGM (Thomas, 1991).

20C’est grâce au bibliothécaire Amand Kleitz que le catalogage des fonds anciens connut les progrès les plus notables. Dans le rapport qu’il transmit au Maire le 23 décembre 1849 (soit trois ans après son entrée en fonction), il notait lui-même qu’il avait « révisé et soigneusement catalogué tous ces anciens ouvrages, qui s’élèvent au nombre de 2 645 volumes ». Si l’étude des catalogues réalisés par Kleitz reste à faire, on peut néanmoins considérer à juste titre que ses efforts ont contribué de manière décisive à une meilleure connaissance des fonds.

21S’appuyant sur le travail de catalogage au long cours réalisé par ses prédécesseurs, l’abbé Walter paracheva cette tâche en publiant un certain nombre d’inventaires et autres catalogues (Naas, 2020). Cette mission lui avait d’ailleurs été clairement assignée au moment de son recrutement, puis régulièrement rappelée. Dans un courrier adressé au Maire de Sélestat le 24 février 1919, Walter indiquait qu’il se portait « garant de fournir à la ville de Schlestadt le catalogue de la Bibliothèque attendu depuis plus de 30 ans dans un délai de cinq ans ».

22Dans l’avant-propos du catalogue des alsatiques, le bibliothécaire ne manqua pas de préciser que le conseil municipal de Sélestat avait approuvé, dans sa séance du 20 décembre 1919, « l’impression du Catalogue, qui doit être l’âme de la Bibliothèque », répondant ainsi à « l’attente justifiée de la Municipalité et de la République des savants et des chercheurs » (Walter, 1920). Dans ce même texte, l’abbé Walter décrivait l’articulation entre les catalogues à venir, portant sur :

  • « les Alsatiques, ou l’inventaire de tous les livres, qui traitent de la statistique, géographie, histoire, du folklore, de la législation, administration, littérature, des questions industrielles et sociales de notre pays, suivi d’un appendice sur la Lorraine », segment des collections composé en grande partie de la bibliothèque d’Antoine Dorlan acquise par la Ville de Sélestat en 1860 ;
  • « la Bibliothèque, dite Moderne, qui constitue numériquement la partie la plus considérable des dépôts, y compris la Bibliothèque des frères Joseph et Pantaléon Mury ». Ce volume fut imprimé selon une décision prise par le conseil municipal le 19 avril 1922 et avait pour objectif « d’attirer encore de plus nombreux lecteurs et de mettre ainsi à leur disposition toutes [les] richesses littéraires » (Walter, 1923) ;
  • « la Bibliothèque, dite ancienne, dans laquelle se trouvent réunis les collections de Beatus Rhenanus et d’autres humanistes, les Incunables et les livres imprimés jusqu’à 1600, qui intéressent particulièrement la ville de Sélestat et l’Alsace » (Walter, 1920 : III).

23La seconde série du catalogue général devait également comprendre un catalogue des manuscrits anciens et modernes et des Estampes, ainsi que le catalogue du Musée de la Ville. La troisième série des catalogues devait être consacrée aux archives municipales (Walter, 1920 : IV). Trois catalogues furent imprimés en définitive :

  • Ville de Sélestat. Catalogue général de la bibliothèque municipale. Première série : les livres imprimés. Première partie : les alsatiques, Colmar, 1920, 329 p.
  • Ville de Sélestat. Catalogue général de la bibliothèque municipale. Première série : les livres imprimés. Deuxième partie : les livres de 1600 à 1923, Colmar, 1923, 411 p.
  • Ville de Sélestat. Catalogue général de la bibliothèque municipale. Première série : les livres imprimés. Troisième partie : incunables et imprimés du XVIe siècle, Colmar, 1929, 621 p.

24Alors même que ce dernier catalogue avait été annoncé en 1920 comme devant ne comporter que des imprimés, l’abbé Walter précisa dans l’avant-propos de celui du fonds moderne qu’il s’étendrait également aux manuscrits (Walter, 1923 : I).

25La grande réalisation de l’abbé Walter reste la publication du catalogue des incunables et des imprimés du XVIe siècle. Le ton de la préface, datée du 11 février 1929, n’a rien à voir avec celui des préfaces des deux volumes précédents : se rapportant aux ouvrages les plus précieux, il est davantage empreint de solennité. Le volume souhaitait d’emblée perpétuer le souvenir de Wimpheling et de Rhenanus. L’Éloge de Sélestat par Erasme de Rotterdam, imprimé par Froben en 1515, fut reproduit sous la forme d’un fac-similé. L’abbé Walter indiquait dès le début de son avant-propos que « le présent catalogue est un hommage » en direction des savants de l’illustre école de Sélestat, qui « se sont dressé eux-mêmes le monument le plus noble en réunissant la bibliothèque que la Ville, fidèle dépositaire, garde jalousement depuis lors » (Walter, 1929 : VII). On mesure ici le décalage avec la réalité, la conservation ayant longtemps fait défaut à la bibliothèque. Ce catalogue laissait cependant transparaître la nécessité de faire connaître ces trésors : en effet, « moins que jamais, les antiques et vénérables dépôts doivent rester le fief de quelques rares privilégiés » (Walter, 1929 : VIII). Malgré tout, ces volumes précieux restaient avant tout en quelque sorte les reliques précieuses d’un âge d’or dans l’histoire de Sélestat, « témoins instructifs et sacrés d’un passé glorieux », à un moment où la ville peine à se remettre des effets dévastateurs de la guerre de 1870 et cherche son identité durant sa transition entre le régime allemand et la réintégration à la République française.

26Dans le même avant-propos, l’abbé Walter resituait le patrimoine écrit sélestadien dans le temps long des bibliothèques alsaciennes, non sans affirmer que « Sélestat s’enorgueillit de posséder la plus ancienne, la plus vénérable bibliothèque d’Alsace », puisqu’elle a été constituée bien avant l’époque révolutionnaire (Walter, 1929 : IX). De fait, « le seul dépôt qui ait bravé les assauts des temps et des hommes, non pas sans avoir essuyé quelques pertes, est celui de Sélestat. Il est le seul dont les titres de noblesse remontent jusqu’au milieu du XVe siècle ». Le propos de Walter est tout à fait juste et pertinent ; cet aspect reste d’ailleurs une des grandes originalités de l’actuelle Bibliothèque Humaniste, dont les fonds les plus anciens ne proviennent en fait que marginalement des confiscations révolutionnaires.

27De manière plus originale, le catalogue est en lui-même matière à récit. L’abbé Walter décrit en effet la stratigraphie des catalogues qui précédèrent le sien. À l’occasion du transfert des volumes vers la Halle aux Blés en 1889,

on regrettait une fois de plus le manque d’un catalogue. On était même contraint de constater qu’un pareil travail était pour le moment impossible, aucun répertoire sommaire praticable ne pouvant servir de point de départ. Celui de Schoepflin, conservé dans une copie de l’avocat Dorlan, était à considérer comme non existant et l’autre, des environs de 1840, n’avait pas plus de valeur (Walter, 1929 : XII-XIII).

28La réalisation de ce catalogue à nouveaux frais par Walter nécessita « un travail patient et ininterrompu de cinq années ». Le conseil municipal vota les crédits destinés à son impression au cours de la séance du 5 novembre 1927. En dépit de ses imperfections, portant notamment sur les particularités d’exemplaires et les données incomplètes des tables (en particulier celle des provenances), ce catalogue est encore utilisé de nos jours et reste la principale clef d’accès aux collections précieuses de la B. H.

29L’abbé Walter avait très bien compris les enjeux que comportait la publication d’un catalogue des manuscrits, susceptible de catalyser les travaux des chercheurs sur ce segment de collection. Dans un entretien avec un journaliste en 1937, le bibliothécaire rappelait qu’il lui restait à publier un « Catalogue des manuscrits », dont il espérait la parution prochaine. Walter attendait

beaucoup de ce nouvel instrument de travail, car [la] bibliothèque est avant tout un centre de recherches, et la prospection peut porter, non seulement sur la période humaniste, mais également sur les mouvements littéraires et théologiques antérieurs. Ce catalogue sera donc le point de départ de nouveaux travaux de la part des chercheurs, qui sont nombreux (Debrix, 1937 : 57).

30Il faut dire que les historiens ne disposaient jusqu’alors que du catalogue assez sommaire réalisé au XIXe siècle dans le cadre de la vaste entreprise du Catalogue général des manuscrits. Le catalogue des manuscrits préparé par l’abbé Walter permet de disposer encore aujourd’hui d’un remarquable outil dans lequel le bibliothécaire a su mettre en œuvre toute son érudition et sa parfaite maîtrise de la codicologie. Cet outil est resté inédit mais a servi de base au catalogue sommaire publié en 1962 par l’abbé Adam (1962).

L’attention des érudits

31Les travaux scientifiques portant sur les bibliothèques sélestadiennes héritées de la Renaissance furent évidemment favorisés par la rédaction des premiers catalogues. C’est ainsi que fut publiée en 1856 la première biographie de Beatus Rhenanus, œuvre du philologue bâlois Jakob Achilles Mähly (1828-1902) (Mähly, 1857). Cette première biographie devait désormais être suivie d’une série de travaux scientifiques qui ont nourri les récits relatifs au patrimoine écrit sélestadien.

32Les écrits historiques de Jean-Baptiste Antoine Dorlan (1803-1862) méritent à ce titre d’être mentionnés. Avocat au barreau de Sélestat, il fut par ailleurs membre du conseil municipal et contribua à ce titre à l’amélioration notable des conditions de conservation, mais aussi de consultation, des ouvrages les plus anciens en 1841. Dorlan fit aussi œuvre d’historien, en rédigeant des ouvrages sur Sélestat (Dorlan, 1843) et en collaborant à la Revue d’Alsace. Il constitua à cet effet une collection d’alsatiques et d’ouvrages précieux qui fut acquise par sa ville natale en 1860. Il contribua aux débats de son temps sur les débuts de l’imprimerie et publia à cet effet un opuscule intitulé Quelques mots sur l’origine de l’imprimerie, ou résumé des opinions qui en attribuent l’invention à Jean Mentel, natif de Schlestadt (Dorlan, 1840), dans lequel il souhaitait avant tout réhabiliter Mentel, natif de Sélestat, détrôné au profit de Gutenberg par Schoepflin à l’aide de ses Vindiciae typographicae (1760). Cependant, les premiers incunables étant dépourvus de colophon (permettant d’attribuer telle édition à tel proto-typographe), Dorlan reconnut la difficulté de sa tâche, tout en admettant qu’il agissait presque avant tout par patriotisme local. À un moment où les commémorations de l’« invention » de Gutenberg suscitent encore d’innombrables débats pour savoir de quelle nation le monde est redevable de cet « art divin » (Martin, 1987 : 11-28), cette instrumentalisation des collections contemporaines de l’enfance de la typographie pour les insérer dans le récit plus vaste de l’histoire du livre est remarquable. Elle tient aussi à la reconnaissance très progressive, et en voie d’aboutissement au milieu du XIXe siècle, de l’incunable comme objet typographique singulier (Henryot, 2022). Dorlan eut recours aux collections précieuses de la bibliothèque municipale de Sélestat : en marge de son étude sur l’école latine publiée en 1855, il ne manqua pas de « remercier le digne bibliothécaire, M. Kleitz, de toute la bonté et de la patience qu’il a mises à [son] service dans [ses] fréquentes visites au dépôt confié à sa garde » (Dorlan, 1855 : 348).

33Il faut en outre souligner la contribution de l’école historique et philologique allemande, représentée en particulier par deux savants : Adalbert Horawitz (1840-1888) et Karl Hartfelder (1848-1893). On doit en particulier au premier une série de travaux sur la vie et l’œuvre de Beatus Rhenanus (Horawitz, 1872 et 1874). Les deux savants unirent leurs forces afin de publier en 1886 la première édition de la correspondance du savant sélestadien qui fait encore en partie autorité de nos jours (Horawitz et Hartfelder, 1886). Dans l’avant-propos de leur œuvre commune, les éditeurs ne manquèrent pas de déplorer les conditions d’accès aux fonds, dont la sécurité n’est d’ailleurs pas garantie, ainsi que les moyens mis en œuvre en vue de leur conservation, insuffisants eu égard à l’état matériel des lettres. Sans être infondée, cette insistance fait partie des topoï classiques de la visite du savant en bibliothèque, permettant de rehausser le mérite du savant qui a su braver ces difficultés. Elle permet aussi de s’ériger en redécouvreur et de faire valoir l’intuition qui est au cœur de la démarche de recherche (Eco, 1993).

34Cette trame personnelle de l’exposition de soi comme savant en prise avec des réalités documentaires insuffisantes se double du développement de récits sur la collection. À l’occasion du transfert des collections vers la Halle aux Blés en 1889, l’abbé Gény (1861-1905), bibliothécaire de la ville de Sélestat de 1887 à sa mort, produit les premiers travaux portant sur l’histoire de l’ensemble des fonds de la bibliothèque municipale. Dans une publication commémorative, il entremêle l’histoire des bibliothèques de Sélestat (Gény, 1889) et celle de la bibliothèque de Beatus Rhenanus avec le concours de Gustav Knod (Knod, 1889). Or, on sait combien les Festschrift, « hommages » et « mélanges » contribuent à tisser un réseau relationnel et sémantique autour des chercheurs et des institutions de recherche, en fabriquant une histoire officielle, érudite et malgré tout schématique puisqu’elle doit fournir les principaux repères d’une carrière ou d’une institution. On peut même dire que ce Festschrift constitue à la fois la synthèse et le point de départ d’un récit institutionnel destiné ensuite à nourrir toutes les tentatives de médiation des collections, du bâtiment et des documents. S’il n’omet pas d’ancrer l’histoire de la bibliothèque dans celle des fondations ecclésiastiques urbaines (dominicains, franciscains, etc., et plus tard, jésuites), il consacre l’essentiel de son propos à détailler l’apport matériel, mais aussi symbolique, des bibliothèques privées des humanistes à la paroisse ou à la ville : Westhausen, Dringenberg, Ergersheim, ainsi que l’inévitable Rhenanus, encore que celui-ci ne fasse l’objet que d’une courte notice. À la fin du XIXe siècle, en effet, sa figure n’est pas encore surévaluée par rapport aux autres intellectuels de son temps. En insistant sur le « don », Gény esquisse aussi l’idée d’une dette morale à l’égard de bienfaiteurs dont il ne faut pas trahir le vœu de conservation et de communication des livres. Au fond, la ville est moins riche de livres que d’une filiation prestigieuse.

35Il est ainsi remarquable que dans les décennies suivantes, à partir de cette première trame et grâce aux efforts des bibliothécaires en charge de cet équipement, la B. H. s’insère très sûrement dans la narration qui émerge en France autour des collections nationales. Joseph Walter publie ainsi un descriptif de la bibliothèque dans le Bulletin de l’Association des bibliothécaires français (Walter, 1924). On lui doit également une courte notice dans la série de volumes portant sur les Richesses des bibliothèques provinciales de France de 1932 (Walter, 1932). Or, dans cette notice, Walter met surtout en avant la strate parisienne de la collection de Beatus Rhenanus, reflet des préoccupations des « Régnicoles ». En effet, le très francophile Walter (par ailleurs, acteur de la refrancisation de la société sélestadienne par l’intermédiaire de la Société sélestadienne des lettres, sciences et arts) ne pouvait mettre en avant le passé germanique des collections de la B. H., il cherchait donc à relier, d’une manière ou d’une autre, Rhenanus à la France.

36Enfin, il associa la bibliothèque de Sélestat à l’accueil en Alsace du troisième Congrès de l’Association Guillaume Budé du 20 au 23 avril 1938 (Association Guillaume Budé, 1938). Il assura la visite de la cathédrale au cours de l’après-midi du mercredi 20 avril, tandis qu’une partie significative de l’après-midi du vendredi 22 avril fut consacrée à Sélestat, sous les auspices de la Société sélestadienne des lettres, sciences et arts. À cette occasion furent inaugurés les deux médaillons visibles jusqu’en 2016 dans l’ancienne salle de lecture de la B. H., l’un représentant Erasme de Rotterdam (offert par la « Sélestadienne ») et l’autre Beatus Rhenanus (pris en charge par l’association des anciens élèves du collège de Sélestat). Cette cérémonie fut agrémentée d’une conférence du chanoine Walter intitulée « Erasme - Guillaume Budé – Beatus Rhenanus ». Les actes de ce Congrès lui donnèrent l’occasion de publier une de ses rares études en lien avec la Renaissance (Walter, 1939).

La transposition des récits dans la muséographie

37C’est précisément une singularité de la B. H. que d’être devenue très tôt une bibliothèque-musée. Les prémices d’une exposition des ouvrages précieux remontent au bibliothécaire Kleitz qui avait tenu, dans l’agencement de la bibliothèque, à rendre visible un certain nombre de pièces remarquables. Il notait lui-même dans le rapport transmis au Maire le 23 décembre 1849 qu’il avait « rangé dans les armoires du buffet au milieu de la salle, les manuscrits et les incunables, en mettant en évidence, sous les cases vitrées ceux qui offrent le plus d’intérêt » (Meyer, 1989 : 17). Les visiteurs de passage à Sélestat pouvaient ainsi découvrir certains trésors du patrimoine écrit de cette ville dans des conditions désormais convenables. En témoigne Paul Huot qui, après avoir rappelé les étapes de la constitution des collections de la bibliothèque municipale de Sélestat, formulait ce constat : « aussi peut-on avancer sans crainte qu’il n’y a peut-être pas en France une grande ville de 10 000 âmes possédant une bibliothèque comparable à celle qui nous occupe, surtout par le nombre et la beauté exceptionnelle de ses incunables et de ses manuscrits dont quelques-uns sont publiques. Le local situé dans l’hôtel de ville […] est très convenable et parfaitement disposé, même pour les simples curieux. Les exemplaires les plus remarquables sont ouverts sous des vitrines placées au milieu des salles, en pleine lumière, de manière à donner une idée suffisante de l’exécution matérielle du livre à ceux qui ne viennent pas en faire une étude spéciale et approfondie. Sous ce rapport, je le dis à regret, mais quiconque a pu le faire la comparaison sera de mon avis, la bibliothèque de Schlestadt fait honte à celle de Colmar » (Huot, 1866).

38L’émergence de la bibliothèque-musée au second étage de la mairie à partir de 1841 se traduisit aussi dans la mise en œuvre d’une politique d’acquisitions d’œuvres d’art dont l’élément le plus remarquable est encore de nos jours le retable de Rodern (en fait, deux panneaux, la caisse ayant disparu), découvert par l’historien de l’art, l’abbé Straub (1825-1891), dans le grenier de l’église paroissiale de Rodern en juin 1859 (Kubler, 1977). Le maire de Sélestat Marie-Charles Knol (1827-1888), par ailleurs amateur d’art, souhaitait réaliser un musée pour lequel il avait déjà affecté une pièce de la mairie et finança cette acquisition sur ses propres deniers. Le chanoine Fritsch, qui mourut en 1867, donna à son tour à la ville une série de tableaux.

39Certaines œuvres d’art entraient plus directement en résonance avec le patrimoine écrit de la bibliothèque, à l’image du buste de Jean Mentel. Deux ans après les festivités qui eurent lieu à Strasbourg pour le 400e anniversaire de la mise au point de l’imprimerie à caractères mobiles, l’artiste Anne Catherine Sichler, née Vallastre (1795-1853), conçut un buste en marbre de Jean Mentel. Son socle à décor néo-gothique était agrémenté d’une plaque en marbre ornée des armoiries octroyées à ce typographe par l’empereur Frédéric III. Ces dernières furent reprises par son petit-fils l’imprimeur Jean Schott, qui fut ainsi à l’origine de la légende attribuant l’invention de l’imprimerie à Mentel. Ce buste, visible pendant longtemps au milieu des collections précieuses de la Bibliothèque Humaniste, était également agrémenté de l’inscription « Mentel de Schlestadt inventeur de l’imprimerie », reprenant ainsi cette supercherie mise à mal par l’historien Jean-Daniel Schoepflin en 1760. Imaginaire des origines du livre, monumentalisation de l’écrit et muséographie concouraient ainsi à conforter ce récit, bien qu’il fût très discuté.

  • 2 Le 7 mars 1836, le conseil municipal adopta le principe de la construction, à l’emplacement de l’a (...)

40Dans cette opération de monumentalisation, l’année 1889 constitue un tournant majeur, avec le transfert de la bibliothèque municipale vers la Halle aux Blés. C’est au cours de sa séance du 19 janvier 1888 que le conseil municipal décida de préparer le déménagement des collections vers la Halle aux Blés2 et d’en faire désormais un édifice dévolu à la conservation et à la mise en valeur des patrimoines écrit et artistique sélestadiens. Ce fut pour la bibliothèque municipale de Sélestat, désormais abritée au sein d’un édifice public tout à fait distinct de l’Hôtel de Ville, l’occasion d’un nouveau départ. Il faut souligner la pertinence du choix de cet édifice, idéalement situé dans l’espace urbain, du point de vue des problématiques intellectuelles et artistiques dans lesquelles les collections précieuses plongeaient leurs racines : dans le centre historique, à deux pas de la résidence urbaine des abbés d’Ebersmunster, édifice représentatif de l’architecture de la Renaissance, mais aussi à proximité de l’église Saint-Georges, qui abritait jadis la bibliothèque paroissiale et la collection de Rhenanus. Enfin, cette institution patrimoniale, au cœur de la Halle aux Blés, était désormais clairement identifiée et identifiable dans l’espace urbain, en particulier grâce à la mosaïque exécutée sur la façade du bâtiment en 1907 par l’entreprise César Winterhalter de Strasbourg avec l’inscription Stadtbibliothek-Museum et la reproduction des deux blasons de la ville : l’aigle et le lion. La topographie urbaine entretenait ainsi le récit primitif d’un centre érudit au temps du premier humanisme et l’épisode fondateur du don de Beatus Rhenanus et des autres donateurs de la même génération.

  • 3 Il suffit de mentionner à cet égard la reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg, non loin de (...)

41Aussi n’est-il pas exagéré de voir dans cette opération bâtimentaire et politique une véritable élévation et translation de ces reliques insignes à travers l’espace urbain, qui donnaient aux fonds constitués à la charnière entre les époques médiévale et moderne un statut nouveau, à une époque où l’on se référait souvent à un Moyen Âge en partie idéalisé3. C’est sans doute d’autant plus vrai pour une ville qui avait tardé à se défaire de son enceinte fortifiée héritée de la fin du XVIIe siècle, au risque de compromettre son développement au cours de l’époque contemporaine. Le culte rendu à une époque glorieuse et à ses reliques pouvait aussi avoir quelque chose de réconfortant pour une ville à une époque où le futur semblait incertain. Il faut dire que Sélestat avait connu dès la fin du XVIe siècle le début d’une période de déclassement « qui la fit quitter progressivement le groupe des villes importantes en Alsace » (Montavon, 2010 : 25).

42Or, l’émergence de cet équipement patrimonial regroupant en un seul et même édifice clairement visible dans l’espace urbain les archives, les collections muséales ainsi que le patrimoine écrit se déroulait au moment où les autorités allemandes procédaient au démantèlement de l’enceinte de Vauban qui avait permis à la ville de vivre repliée sur elle-même depuis près de deux siècles. On serait ainsi tenté de faire de l’âge d’or des XVe et XVIe siècles, matérialisé par les collections précieuses de la bibliothèque municipale, une espèce de valeur refuge devant peut-être permettre d’affronter l’avenir avec plus de sérénité.

43Au service de cette intention, plusieurs gestes muséographiques furent opérés. Une exposition permanente fut dressée dans la grande salle d’exposition du premier étage pour présenter les pièces les plus remarquables du patrimoine écrit sélestadien. Des vitrines furent réalisées à cet effet, tandis que les rayonnages confectionnés en 1841 furent réemployés. De plus, le cadre architectural lui-même en imposait : la grande salle constituait un long trapèze de 36 mètres de long, flanqué de courtes travées perpendiculaires garnies de rayonnages remplis d’ouvrages anciens. Les visiteurs pouvaient légitimement avoir le sentiment d’évoluer dans la nef d’une église romane (les arcs en plein cintre étant très présents) donnant sur une série de chapelles rayonnantes.

44Des œuvres d’art provenant notamment des églises sélestadiennes y furent également installées, souvent d’ailleurs sans problématique apparente avec les livres mais sans doute afin de susciter avant tout une émotion chez les visiteurs de passage. L’abbé Walter fit procéder à un certain nombre d’aménagements qui ont tous en commun de favoriser l’expérience visuelle de la continuité entre le temps de Rhenanus et l’âge contemporain. En 1920, il fit reproduire par le peintre Chomas le décor, qui ornait jadis la resserre d’archives de l’église Saint-Georges où étaient disposées les collections de la bibliothèque paroissiale, dans l’alvéole, où furent conservées jusqu’au printemps 2015 les manuscrits et les imprimés des XVe et XVIe siècles. En tant que président des Amis de la cathédrale de Strasbourg de 1928 à 1952, il fit acquérir des moulages en plâtre de statues visibles sur la première église du diocèse afin d’orner la grande salle de la Bibliothèque Humaniste. Enfin, il associa l’artiste Victor Rubert (1895-1979) à la mise en œuvre d’une nouvelle présentation des œuvres d’art du musée. C’est par ses soins que fut installé en 1929 le grand vitrail de la Vierge à l’enfant du XVe siècle, à partir de ses éléments déposés en 1861 et retrouvés alors dans des caisses. Il mit également en scène des vitraux médiévaux dans des compositions modernes afin d’orner l’alvéole dévolue aux ouvrages les plus précieux. Ce recours au langage sacré venait conforter l’idée d’un « trésor » au sens liturgique du terme. L’abbé Adam le confirme lorsqu’il écrivait que « les longues rangées de livres aux reliures usées, les anciens vitraux qui ne laissent filtrer qu’une lumière parcimonieuse, tout cela crée une atmosphère de paix et de recueillement en ce lieu qui est un des sanctuaires les plus émouvants de la culture alsacienne » (Adam, 1969 : 23).

  • 4  « Bibliothek, Archiv, sowie das kleine Museum der Stadt befinden sich seit 1889 in der 1842 erbaut (...)
  • 5 « En suivant la rue de l’église on accède à la bibliothèque municipale, aux archives de la Ville e (...)

45La bibliothèque-musée s’inscrivit par ailleurs de plus en plus, dès la fin du XIXe siècle, dans une dynamique touristique, avant même la création, le 18 mai 1901, de l’office de tourisme (Verschönerungsverein) de Sélestat. Dans son guide de la ville de Sélestat, le bibliothécaire, l’abbé Gény, la présentait parmi les éléments les plus remarquables (Hauptsehenswürdigkeiten) du patrimoine sélestadien (Gény, 1899 : 12)4. Mais les premières occurrences dans les guides touristiques étaient en réalité antérieures au déménagement mené par l’abbé Gény : la bibliothèque de la ville avec ses collections archéologiques, ses manuscrits apparaissaient dans le guide Joanne Vosges, Alsace et Lorraine dès l’édition de 1885, ainsi que dès 1884 dans le guide sur les Vosges de Curt Mündel (qui fit l’objet d’onze éditions entre 1881 et 1906). Dans sa septième version de 1913, cet ouvrage présentait les édifices remarquables tout au long d’un périple à travers le centre-ville et décrivait ainsi la bibliothèque-musée : « Der Kirchgasse folgend zur Stadtbibliothek, dem Stadtarchiv und Museum, unten Fruchthalle, Eingang in der kleinen Seitengasse l., Meldung durch den Bibliotheksdiener. Bibliothekar Dr. Clauss. Unten in der Vorhalle fränkische Steinsärge und mittelalterliche Grabdenkmäler. Reiche Handschriftensammlung, mittelalterliche Miniaturen, wertvolle Inkunabeln, die alte Pfarrbibliothek des 16. Jahrh. und die Privatbibliothek des Beatus Rhenanus » (Mündel, 1913 : 35)5.

46La présentation des ouvrages les plus précieux fut cependant interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Après le retour, en octobre 1940, des collections précieuses qui avaient été évacuées vers le château de Hautefort au début du mois de mars de la même année, l’exposition put néanmoins retrouver son emplacement. Conformément à l’idéologie ambiante, la présentation du patrimoine écrit sélestadien fut réorganisée de manière à mettre en évidence l’ancrage de la Bibliothèque Humaniste dans l’aire culturelle allemande, en faisant notamment de Rhenanus l’auteur de la première histoire scientifique des Allemands (die erste wissenschaftliche Geschichte der Deutschen) (Meyer, 1988).

Les grandes expositions nationales

47Cette « mise en tourisme » de la collection qui emprunte au discours bibliothéconomique et politique fut confortée par la participation à plusieurs expositions nationales de livres rares. Par ce biais, ces récits liant Sélestat et l’humanisme trouvaient une amplification nationale, auprès d’un public élargi.

48C’est d’abord à l’exposition industrielle de Strasbourg que la B. H. participe en 1895. Le volet patrimonial de cette exposition industrielle se déclinait au sein du Pavillon Joséphine de l’Orangerie. Son maître d’œuvre était August Schrickler (directeur du Musée Hohenlohe – Musée des arts décoratifs), et son objectif était de « lutter contre l’influence de l’art français et mettre en valeur l’Allemagne et son art » (Louis, 2017). La salle unique au premier étage du pavillon Joséphine à l’Orangerie était consacrée au livre : manuscrits, incunables, chefs d’œuvre de la littérature locale et, en particulier, la reconstitution en cours du Hortus deliciarum détruit en 1870. Le concepteur de cette section était Karl-August Barack, fondateur et premier directeur de la Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek. Le catalogue qui avait été publié à cette occasion permet d’étudier la teneur de cette exposition (Exposition industrielle, 1895). Les éléments du patrimoine écrit présentés, soit un ensemble non négligeable de 79 numéros (n° 1303 à 1382), provenaient de l’ensemble du Reichsland (Alsace et Moselle) et composaient la IIIe section de l’exposition. La bibliothèque municipale de Sélestat mit à disposition un certain nombre d’œuvres d’art (dont la tête du Christ de l’église paroissiale et le portrait de Taurellus), ainsi que quelques documents, comme le manuscrit de la corporation des tailleurs de Strasbourg du XVIIe siècle (n° 1351), le traité de mystique d’Otto von Passau (n° 1368) et la chronique de Sabellicus (n° 1375).

49En 1926 se tient à Colmar l’exposition historique du livre, qu’on peut qualifier d’« exposition de la démesure ». Elle fut visible dans les salles du Koïfhus de Colmar, du 25 septembre au 2 novembre 1926, soit à peine un peu plus d’un mois. Les 677 documents et objets exposés étaient répartis dans 74 vitrines et un certain nombre de cadres, comme pour les miniatures détachées, les gravures ou les ex-libris. Cette manifestation avait été placée sous le « haut patronage de M. le Président du Conseil et de M. le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts ». Au comité d’honneur de 36 membres, présidé par le Préfet du Haut-Rhin, était joint un comité d’organisation composé de 32 professionnels des bibliothèques, des archives et des musées sous l’égide du Maire de Colmar. L’objectif de cette réalisation, tel qu’il était formulé dans l’avant-propos du catalogue, était de « réunir et présenter de beaux livres de toutes les époques et de tous les genres » et de « faire sortir de leurs rayons des trésors enfouis dans nos bibliothèques publiques, et dont seuls quelques initiés pouvaient connaître ou même soupçonner l’existence ». La liste des exposants comportait 19 établissements publics (surtout alsaciens mais aussi parisiens comme la Bibliothèque nationale, Sainte-Geneviève ou l’Arsenal) et 55 collections privées, dont celle du Sélestadien Alexandre Dorlan (Guide illustré, 1926). La bibliothèque municipale de Sélestat tint à la disposition de cette exposition, entre autres, le lectionnaire mérovingien (vitrine IV, n° 7), la Bible de Taurellus (vitrine IX, n° 3), deux gravures représentant saint Jérôme et Notre-Dame des Trois-Épis (vitrine XVIII, n° 9 et 10), un armorial imprimé de 1579 (vitrine XXVI, n° 3), ainsi que celui de la corporation des tailleurs de Strasbourg de 1598 (vitrine XXXIX, n° 2).

50Brillant historien de l’art, l’abbé Walter avait bien compris la nécessité d’assurer la mise en valeur des trésors artistiques et livresques alsaciens et plus particulièrement sélestadiens. Organisée dans le cadre du Congrès eucharistique qui s’est tenu à Strasbourg du 18 au 22 juillet 1935, l’exposition d’art chrétien ancien et contemporain fut présentée au Palais du Rhin du 17 juillet au 17 août 1935. Walter en était le maître d’œuvre et souhaitait ainsi mettre en évidence la continuité entre les œuvres d’art anciennes et l’art chrétien contemporain (Walter, 1935 ; Louis, 2017). Il eut recours à cet effet à des objets liturgiques de provenances diverses, comme la bibliothèque municipale de Sélestat avec, en particulier, la tête de Christ du XVe siècle. 22 livres liturgiques étaient également présentés (les n° 79 à 100 du catalogue), dont huit provenaient des fonds précieux de la bibliothèque municipale de Sélestat, à l’exemple du lectionnaire mérovingien et du Livre des miracles de sainte Foy. Ces éléments du patrimoine écrit furent présentés dans six vitrines au milieu de la salle retenue pour cette exposition. Dans le catalogue de celle-ci, Walter, s’appuyant sans doute sur la présentation des collections de la bibliothèque-musée de Sélestat, insista sur le dialogue qui s’instaurait entre les livres et les œuvres d’art : « c’est dans ces livres vénérables, Missels, Evangéliaires, Lectionnaires, Antiphonaires, Passionnaires, Bréviaires, Calendriers, que sont consignés les idées et les thèmes des œuvres d’art qui les entourent dans la salle » (Walter, 1935 : 245).

Conclusion

51L’actuelle B. H. conserve un patrimoine écrit qui s’est progressivement érigé comme relique vénérable de l’âge d’or que connut cette place forte de l’humanisme rhéno-flamand aux XVe et XVIe siècles, ce qui fit dire au médiéviste Francis Rapp qu’elle est « considérée par beaucoup de visiteurs, venus dans notre province pour en admirer les splendeurs, comme l’une des trois grandes richesses de l’Alsace, avec le retable d’Issenheim à Colmar et la cathédrale de Strasbourg » (Rapp, 1975 : 76). Ce rapprochement avec deux monuments médiévaux alsaciens est emblématique de récits qui ont éliminé toutes les composantes sans rapport avec les XVIe et XVIe siècles pour ne conserver que la filiation entre la première génération humaniste et la B. H.

52Ces récits empruntent à plusieurs matériaux : l’érudition suscitée au XIXe siècle par Rhenanus d’abord, qui ont favorisé l’émergence d’un Panthéon sélestadien auquel appartient aussi Jean Mentel, imprimeur et « rival » de Gutenberg dans l’histoire de l’invention de la typographie. La mise en visibilité des opérations bibliothéconomiques (conservation, signalement notamment) a fourni aussi des éléments susceptibles d’accroître la notoriété des collections en les rattachant à un passé tour à tour allemand et français, au gré des régimes politiques et des imaginaires culturels. Ce panthéon est tout à la fois la cause et la conséquence de la muséification de la B. H. : il en est l’argument principal mais il se trouve aussi renouvelé par les efforts de création d’une expérience sensible au cours de la confrontation avec les livres et les œuvres d’art placées en vis-à-vis après 1889.

53Dans la seconde moitié du XXe siècle, la poursuite des travaux historiques, catalysée par la publication des catalogues anciens des collections, continua d’alimenter le discours célébrant la constellation des grands esprits sélestadiens, déjà mis en exergue par Erasme de Rotterdam dans l’Éloge de Sélestat qu’il fit publier à Bâle par l’imprimeur Froben en 1515. Il faut attendre les années 1980 pour voir se produire un recentrage de l’historiographie portant sur les collections de la B. H. autour de la figure centrale de Rhenanus. C’est cette dernière qui justifie l’inscription de la B. H. au registre de la Mémoire du monde de l’Unesco, car elle se réfère à un personnage représentatif de ces savants de la Renaissance, époque qui vit apparaître la figure de l’intellectuel moderne en lien avec l’émergence de la République des lettres. Dans cette continuité d’un nouveau récit, la nouvelle présentation de l’exposition permanente, visible depuis juin 2018, s’articule presque exclusivement autour de ce savant et de sa collection (Naas et Vignier, 2018).

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Notes

1 B.H.S., ms. 439.

2 Le 7 mars 1836, le conseil municipal adopta le principe de la construction, à l’emplacement de l’ancienne douane, d’une halle couverte, qui devait pouvoir contenir 3 000 sacs debout et des greniers pour 800 à 1 200 sacs. La première pierre fut posée le 7 mai 1843 et les travaux s’étendirent jusqu’au début de l’année 1845 (le premier marché aux grains s’y tint le 1er mars 1845).

3 Il suffit de mentionner à cet égard la reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg, non loin de Sélestat, à l’initiative de l’empereur d’Allemagne Guillaume II à partir de 1899.

4  « Bibliothek, Archiv, sowie das kleine Museum der Stadt befinden sich seit 1889 in der 1842 erbauten Fruchthalle ».

5 « En suivant la rue de l’église on accède à la bibliothèque municipale, aux archives de la Ville et au musée. Au rez-de-chaussée se trouve la Halle aux Blés. L’entrée se fait par la rue sur le côté ; s’adresser au bibliothécaire le dr Clauss. Dans le hall du rez-de-chaussée se trouvent des sarcophages d’époque franque et des stèles funéraires. [On peut y voir] une riche collection de manuscrits, de miniatures médiévales, de précieux incunables, l’ancienne bibliothèque paroissiale du 16e siècle ainsi que la collection personnelle de Beatus Rhenanus ». [Traduction de l’auteur].

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Pour citer cet article

Référence électronique

Laurent Naas, « Des origines savantes »Balisages [En ligne], 4 | 2022, mis en ligne le 03 novembre 2022, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/balisages/878 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/balisages.878

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Auteur

Laurent Naas

Responsable scientifique, Bibliothèque Humaniste de Sélestat

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Droits d’auteur

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