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Dossier. Récit et médiation des collections. Comment on raconte l’histoire des bibliothèques
Réflexions

La mise en récit des cartes d’Espagne de 1940-1944

Réactivation d’une collection patrimoniale dormante en bibliothèque universitaire
Nathalie Joubert

Résumés

Le centre de ressources Olympe de Gouges (CROG) de l’université Toulouse 2-Jean Jaurès dispose depuis 2015 d’une collection de cartes héritée de la cartothèque du département Géographie. Si une petite partie est encore utilisée en tant que matériel pédagogique, la très grande majorité est en sommeil. En application de nos recherches sur la médiation des documents cartographiques en sciences de l’information et de la communication, nous proposons ici une mise en récit des cartes conservées au CROG, plus particulièrement d’un lot de cartes topographiques d’Espagne au 1: 50 000e, datées entre 1940 et 1944, en éditions espagnole et allemande. L’objectif est multiple : favoriser la réactivation de leurs valeurs informatives ; les sortir de leur dormance documentaire ; contextualiser leur production et leurs réceptions ; mettre en scène des acteurs qui, pour certains ont légitimé leur fabrication, pour d’autres les ont fabriquées, et pour d’autres encore les ont utilisées ; relier des événements, des pratiques et des usages à ces documents ; valoriser la cartothèque et donner du sens à la collection cartographique au sein du CROG. Après avoir retracé l’histoire de la constitution de la cartothèque et ainsi identifié ce qui peut être à l’origine de cette collection, nous tenterons de contextualiser les usages du lot choisi et de dérouler un discours narratif sur la fabrique des documents le constituant, l’ensemble étant posé comme une rencontre documentaire avec un patrimoine à activer.

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Texte intégral

1Le centre de ressources Olympe de Gouges (CROG) de l’université Toulouse 2-Jean Jaurès (UT2J) est un centre de ressources récent, créé en 2015. Il dispose d’une collection de documents cartographiques, dont 70 000 exemplaires de cartes, héritage du département Géographie créé en 1930, qui porte le nom d’Institut de géographie Daniel Faucher (1882-1970), du nom de son fondateur. Dès sa création, une bibliothèque-cartothèque y est associée et le fonds cartographique se constitue peu à peu, à partir de dons d’enseignants et d’étudiants, mais aussi d’achats nécessaires pour des enseignements et des recherches, sur la France et sur différentes aires géographiques dans le monde. Si cette collection a été vivante et active pendant un certain nombre d’années, d’après les témoignages d’enseignants, elle a fini par tomber dans l’oubli. Seule une infime partie est utilisée aujourd’hui en tant que matériel pédagogique pour des cours sur la cartographie, l’hydrologie ou l’aménagement du territoire. Le reste de la collection est dans un état dormant, « stade qui peut alterner avec celui de document activé » (Couzinet, 2018 : 78). Il est en effet « en attente d’apporter une réponse à un usager intéressé par son contenu » (Couzinet, Fraysse, 2019 : 117). Ce n’est pas un fonds ancien selon la Charte des bibliothèques (Conseil supérieur des bibliothèques, 1991), la grande majorité des documents datant du XXe siècle. Cependant, en tant que trace mémorielle d’usages scientifiques et pédagogiques, cette collection reflète l’histoire de presque cent ans de recherche et d’enseignement en géographie à l’université Toulouse 2 Le Mirail (UTM), renommée UT2J en 2014. À ce titre, elle est inscrite, en tant qu’ensemble documentaire, dans l’inventaire patrimonial de l’université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées (UFTMiP), réalisé en 2014. Elle représente un vivier documentaire et informationnel, les documents qui la composent n’ayant pas perdu leurs valeurs informatives, mais, comme le souligne Jean Meyriat, un des pionniers des sciences de l’information et de la communication (SIC), tant qu’elles ne sont pas convoquées par un récepteur, elles sont en sommeil (Meyriat, 1978, 1981). Que faire, au sein du CROG, pour favoriser l’appropriation de ces documents et pour aider les usagers à réactiver leurs valeurs informatives ? Comment susciter de nouveaux questionnements, de nouvelles utilisations ?

2Responsable de 2007 à 2015 de la bibliothèque-cartothèque du département Géographie, nous avons amorcé un chantier de rétroconversion pour donner de la visibilité à cette collection qui n’était pas signalée dans les catalogues (national et local). Stoppé pour l’ouverture du CROG, le chantier est relancé depuis 2020, grâce à des financements du service commun de documentation (SCD) de l’UT2J, et de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES). Nous avons cependant constaté, en échangeant au sein du réseau des cartothécaires français GéoRéseau, que le renseignement dans les catalogues ne répondait pas complètement à la problématique de la médiation des documents cartographiques. Cette problématique, partagée avec les chargés de collections universitaires patrimoniales, soulève des questions professionnelles et scientifiques. Le numéro 98 de la revue Arabesques, entièrement consacré aux cartes en bibliothèque (2020), est en cela représentatif. C’est dans ce contexte que s’inscrit cet article.

3Pour réfléchir à des dispositifs de médiations, nous avons mené des travaux en SIC sur la catégorisation du document carte, au sein du Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales de Toulouse (LERASS). Depuis 2015, nous nous interrogeons plus particulièrement sur ce qu’un récepteur peut faire à une carte, même en dehors de la fonction qui a motivé sa fabrication (se repérer, se déplacer, visualiser un territoire), et sur les lectures plurielles qui découlent de ses singularités infocommunicationnelles. Nous avons tout d’abord posé un cadre théorique basé sur les principes de la documentologie, « discours scientifique sur les documents » (Meyriat, 1981 : 59) et sur la méthode documentographique qui s’y rapporte (Meyriat, 1981). En qualité de responsable du pôle Formation et Médiation du CROG, nous nous appuyons sur ce cadre pour conduire depuis trois ans des expérimentations d’appropriation avec des usagers.

4L’objet de cet article est une des applications de nos recherches. Les cartes offrent des occasions de raconter des histoires, qui contextualisent leur fabrication, en vue d’exploitations potentielles. Des récits documentaires peuvent ainsi être mis en œuvre en bibliothèque, afin de montrer des exemples d’interrogation. Il ne s’agit pas de mener des recherches en utilisant ces documents en tant que sources, comme le feraient un historien, un historien de l’art ou un géographe, mais de documenter les cartes afin d’apporter des éclairages historiques, contextuels, auctoriaux, pour susciter des usages. Pour illustrer notre propos, nous présentons ici la mise en récit (Fraysse et al., 2016) d’un lot de cartes topographiques d’Espagne à l’échelle 1 : 50 000e datées de 1940 à 1944, dont certains titres sont à la fois en éditions espagnole et allemande. Lors de sa description en vue d’une rétroconversion, cette caractéristique a interrogé l’équipe des bibliothécaires. Une première enquête a permis d’en identifier les raisons à partir desquelles un discours narratif est posé ici. Après un rappel historique sur la constitution de la cartothèque et sur les usages premiers des cartes au département Géographie de Toulouse, nous tenterons de contextualiser le lot choisi, autour de sa fabrication par intention et de ses réceptions. Nous terminerons avec un discours narratif de réactivation de ce lot dormant, valorisant à la fois le CROG et sa collection cartographique.

Genèse d’une collection cartographique documentaire devenue une collection patrimoniale dormante

5Il n’y a que peu de sources pour établir l’histoire de cette collection cartographique et reconstituer ses usages premiers. Pour émettre des hypothèses quant à la documentation nécessaire pour des enseignements, recherches, projets, programmes ou missions scientifiques, nous utilisons le témoignage de Robert Marconis, géographe français, professeur émérite des universités, directeur du Département de 1999 à 2005, et des articles parus dans des revues scientifiques en géographie. Dès la création de l’Institut, les moyens spécifiques à la recherche et à l’enseignement sont mis en œuvre. Une bibliothèque-cartothèque est très rapidement pourvue de cartes provenant d’un don de Daniel Faucher et de la documentation liée à la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest (RGPSO), créée la même année. Daniel Faucher défend auprès de l’administration centrale la spécificité des études en géographie. Il obtient des moyens pour financer les sorties sur le terrain, notamment dans les Pyrénées, et l’achat de documents cartographiques (Marconis, 2011). À la lecture des bilans annuels du Département dans la RGPSO, des programmes scientifiques et d’échanges se dessinent. Si les recherches dominantes concernent Toulouse, les territoires environnants, et les Pyrénées, des travaux se développent aussi sur la Péninsule ibérique dès le début des années 1930 (Faucher, 1931). Robert Marconis confirme que, dans la ligne éditoriale de la revue du Département, une attention particulière est portée à la géographie de l’Espagne et du Portugal (Marconis, 2011). L’Institut s’ouvre cependant au-delà de l’Espagne, profitant du rayonnement international de sa revue.

6Au cours de l’année 1935-1936, les liens se resserrent ainsi avec la Pologne (Faucher, 1936). En 1938, c’est avec l’Italie et la Bulgarie, au milieu des années 1950 avec les États-Unis et le Canada, au début des années 1960 avec le Brésil, la Tchécoslovaquie, l’Afrique. Installé en 1970 dans les nouveaux locaux de l’UTM, l’Institut continue cette politique d’ouverture, notamment avec l’Algérie et l’Amérique du Sud autour d’études urbaines (Institut de géographie Daniel Faucher, 1971). Les relations internationales se développent « soit à l’occasion de la formation de boursiers étrangers, en particulier africains et latino-américains, soit à l’occasion des missions de plusieurs enseignants dans le monde ibérico-américain et méditerranéen, soit à l’occasion de séjours prolongés en coopération technique » (Instituts de géographie en 1972-1973, 1974 : 105). On peut donner quelques exemples significatifs : en 1968-1969, missions au Portugal, au Cambodge, aux Pays-Bas, en Grèce et au Maroc ; en 1970-1971, au Venezuela, au Paraguay, en Argentine, au Chili, en Algérie, en Grèce, en Sardaigne, à Chypre, au Liban, en Syrie, au Népal. Au fil des générations de géographes, les terrains de recherche se diversifient : Grèce, Asie du Sud et du Sud-Est, Europe de l’Est, Balkans, Afrique, Maghreb. Ce foisonnement géographique peut justifier la présence de cartes, nombreuses et variées, certaines achetées, d’autres ramenées de missions. Il n’est pas forcément pertinent de les classer par usage, pédagogique ou scientifique, les liens entre les thématiques de recherche et les enseignements étant étroits. Le nombre d’exemplaires (le plus souvent entre 10 et 20, mais parfois jusqu’à 140), révèle néanmoins les titres préférentiellement utilisés en travaux dirigés, pour la France, l’Europe, l’Amérique latine, l’Afrique ou l’Asie. A contrario, nous pouvons présumer que les cartes en un exemplaire avaient essentiellement un usage scientifique.

  • 1 L'IGN a fusionné en 2012 avec l'Inventaire forestier national (IFN) pour devenir l’Institut nation (...)

7La période des années 1970 à nos jours est plus difficile à reconstituer, le bilan annuel du Département n’étant plus publié dans la RGPSO. Quelques géographes relatent cependant la vie de la composante dans des articles (Bataillon, 2008 ; Marconis, 2011 ; Sol, 2015 ; Guibert, 2021). À propos de l’histoire de l’hispanisme à Toulouse, Claude Bataillon (2008) et Martine Guibert (2021), témoignent de la richesse des échanges durant toutes ces années. De notre côté, ayant travaillé il y a trente ans avec des spécialistes pour des travaux sur la Bulgarie, nous témoignons des relations avec l’Europe de l’Est et les Balkans. Robert Marconis rappelle également qu’à partir du milieu des années 1960, des cartes en grand format et en couleurs paraissent dans la RGPSO. Réalisées par l’atelier de cartographie de l’Institut de géographie, elles illustrent les articles des enseignants-chercheurs et des chercheurs. De plus, au moment de la création des circonscriptions administratives régionales par le décret de mars 1964, les pouvoirs publics ont besoin d’outils d’aide à la décision. L'IGN, Institut géographique national français, établissement public à caractère administratif ayant pour mission d'assurer la production, l'entretien et la diffusion de l'information géographique de référence en France1, ne se positionne pas sur le projet de réalisation d'atlas régionaux. Il est donc confié aux Instituts universitaires de géographie. À Toulouse, pour réaliser l’Atlas de Midi-Pyrénées, paru en 1970, quatre cartographes sont mobilisés et travaillent en étroite collaboration avec les enseignants-chercheurs. Pour la collecte de données, ils rassemblent les statistiques de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et de différentes administrations publiques. Des enquêtes de terrain sont menées en coordination avec la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR), créée en février 1963. Il est possible que des cartes aient été achetées pour nourrir et documenter ce projet, et pour réaliser d’autres cartes pour les publications des enseignants-chercheurs.

8La cartothèque poursuit son accroissement en fonction des besoins des enseignants qui se succèdent, jusqu’à constituer une collection hétéroclite estimée aujourd’hui à 70 000 exemplaires de cartes, pliées ou à plat, mais également de 600 atlas, 180 cartes murales, 10 000 photographies aériennes et 2 000 diapositives. Ces chiffres peuvent paraître importants, mais ils sont communs à d’autres cartothèques universitaires. L’université Bordeaux Montaigne compte ainsi 73 000 cartes et Paris 8, 55 000. Comment expliquer de tels volumes ? Tout d’abord, en raison du nombre d’exemplaires indispensables en travaux dirigés, la carte étant du matériel pédagogique. Une autre explication réside dans une des spécificités de la géographie, les études diachroniques, qui consistent à appréhender un territoire ou un paysage dans son évolution à travers le temps. « Pour le chercheur, la notion de temps est ainsi nécessaire, en ce qu’elle permet d’accéder à la connaissance des évolutions, à la description des dynamiques, à l’explication des processus, que ceux-ci soient environnementaux, sociaux ou couplant les deux » (Girard, Rivière-Honegger, 2015 : 361). Le géographe peut être amené à comparer plusieurs cartes d’époques différentes. Pour cette raison, le cartothécaire n’applique pas les règles classiques du désherbage. Il ne jette que les cartes très usées qui ne peuvent pas être réparées et qui sont illisibles. Ainsi, la collection cartographique de l’UT2J s’est stratifiée sur presque 100 ans. La diversité des aires géographiques (Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, Afrique du Nord, Afrique centrale, Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique australe, Amérique du Nord, Amérique centrale, Amérique du Sud, Antarctique, Arctique, Asie de l’Est, Asie de l’Ouest, Asie centrale, Asie mineure, Asie septentrionale, Asie du Sud, Asie du Sud-Est, Europe centrale, Europe de l’Est, Moyen- et Proche-Orient, Pays de l’Union européenne, Océanie), et la diversité des thématiques (administrative, climatologique, économique, ethnique, géomorphologique, géologique, hydrologique, pédologique, population, topographique, tectonique, touristique, végétation), sont en cela représentatives des travaux menés par les différents enseignants-chercheurs.

9Lors de notre prise de poste en 2007, nous avons découvert cette collection et constaté que la grande majorité des documents étaient sans usages depuis plusieurs années, conséquence possible de l’évolution de la cartographie et de son enseignement. Il faut préciser que la formation universitaire s’articule à la fois en géographie (physique, économique, humaine) et en cartographie (géographie mathématique, techniques de dessin, techniques cartographiques). Ainsi, pour être cartographe, il est nécessaire d’être géographe. À partir de la fin des années 1980, la cartographie numérique se développe, ce qui modifie l’apprentissage, de la lecture et du commentaire de cartes d’une part, et des techniques cartographiques d’autre part. Les enseignants donnent moins d’importance aux cartes imprimées et se concentrent sur les nouvelles technologies, au point de provoquer « un arrêt de la réflexion théorique et critique sur la traduction graphique de l’information » (De Golbéry, Orhan, 1995-1996 : 151). Le risque, avec une approche par l’outil, c’est que la cartographie soit réduite à des manipulations informatiques qui s’imposent par rapport à la construction intellectuelle. Or, pour établir une carte, le cartographe doit allier un savoir-faire graphique et des connaissances scientifiques. Des géographes alertent la communauté à ce sujet (Béguin, 1990 ; Bord, 1997), et en conséquence, à partir du début des années 2000, les enseignants jouent davantage la complémentarité entre le papier et le numérique, même si les cartes imprimées ne sont plus les vecteurs privilégiés de formalisation de l’information géographique. Interrompu un temps, l’achat de cartes reprend à partir de ce moment-là, avec des volumes d’exemplaires cependant plus faibles, entre 5 et 20 par titre. Toutefois, seules les cartes topographiques, géologiques et de la végétation sont utilisées en cours, les acquisitions se poursuivant pour les deux premières catégories, et les autres cartes restant en sommeil.

10Nous avons décidé, pour plusieurs raisons, de consacrer une partie de nos missions à la valorisation de cette collection. Entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000, au sein du Groupe de recherche en histoire immédiate [GRHI] (colloques, séminaires, projets scientifiques), puis à l’occasion de projets multimédias à caractère culturel (sites web, pochettes pédagogiques, cédéroms éducatifs, numérisation d’archives), nous avons été sensibilisée à la question de la valorisation des collections singulières dans les universités (Nicq, 1996 ; Lançon, 1999 ; Vial, 1998). Dans les médiations entrevues alors, notre intérêt s’est porté sur les fonctions informatives que des enseignants, des professionnels de la documentation, ou des usagers, attribuent à des documents en dehors de l’intention de leurs auteurs et de leurs fonctions premières. Nous avons envisagé de transposer cette approche pour impulser de nouveaux usages pour les documents cartographiques. Optant pour la voie scientifique, nous avons mené un doctorat en SIC, de 2010 à 2015, au sein du LERASS, sur les fabriques du document carte par intention et à réception. Il était en effet important pour nous de décrypter le document carte afin d’envisager des dispositifs de médiation. Les travaux de Jean Meyriat sur la notion de document, et ses réflexions sur les usages d’un même document, ont été particulièrement inspirants.

11Au début des années 2000, deux événements viennent cependant modifier notre démarche. Tout d’abord, le projet du futur CROG, et la fusion de bibliothèques, dont celle de Géographie. Entre 2011 et 2015, le transfert de l’ensemble des collections étant la priorité, la rétroconversion amorcée en géographie est stoppée et la médiation des cartes ajournée. Le second événement, sans corrélation avec le premier, est l’inventaire patrimonial réalisé en 2014 par l’UFTMiP, initiative qui s’inscrit dans un mouvement issu de l’élargissement de la notion de patrimoine depuis les années 1980, et de la préoccupation croissante des universités à l’échelle européenne quant à leurs patrimoines culturel et scientifique (Soubiran, 2007 ; Boudia, 2007 ; Soubiran et al., 2009). Des réseaux internationaux se constituent (Soubiran, 2011) et plusieurs représentants de collections patrimoniales universitaires se réunissent en avril 2000 pour signer la Déclaration de Halle, dans laquelle est précisé que :

Les universités doivent reconnaître leurs vastes rôles culturels. Les collections académiques et les musées offrent des opportunités particulières pour vivre et participer à la vie de l’Université. Ces collections servent de ressources actives pour l’enseignement et la recherche ainsi que de documents historiques uniques et irremplaçables. [...] En valorisant et en promouvant cet héritage académique partagé, nos institutions démontrent un engagement envers l’utilisation continue de ces ressources par un large public [traduction libre] (Déclaration de Halle, 2000).

12À Toulouse, au sein du service inter-établissements de coopération documentaire (SICD), un département est chargé depuis 1996 d’identifier et de valoriser les fonds anciens des bibliothèques des universités (ouvrages et périodiques antérieurs à 1815, fonds spécifiques, manuscrits). Cette problématique patrimoniale prend de l’ampleur avec la création, au début des années 2000, du service de la Diffusion de la culture des sciences et des techniques de l’UFTMiP. À l’automne 2013, dans le cadre de l’IDEX consacrée à la valorisation du patrimoine culturel universitaire, un groupe de travail est constitué pour mener un inventaire envisagé comme un « outil de prise de conscience » (Jolivet, Mazens, 2016 : 4). Y participent des spécialistes, professionnels ou bénévoles, qui connaissent l’histoire de leur institution, de leur discipline, ou d’une collection et qui sont « susceptibles de porter un regard éclairé sur le patrimoine universitaire toulousain » (Mazens, Jolivet, 2015 : 9). Dans ce cadre, le géographe Robert Marconis nous sollicite pour contribuer à la description de la collection cartographique dans l’inventaire publié en 2015 (Mazens, Jolivet, 2015). L’état des lieux est représentatif de la richesse et de la diversité des héritages, et valorise les collections universitaires méconnues, peu exploitées, oubliées. Se côtoient ainsi les archives de chercheurs et de laboratoires, les thèses remarquables, les campagnes de photographies, les bâtiments historiques, le patrimoine des bibliothèques universitaires, les herbiers, le jardin botanique, les collections de paléontologie, d’astrophysique, d’informatique, d’instruments de médecine...

13Ces deux événements concomitants sont des catalyseurs pour la préservation de la collection cartographique, le chantier du futur CROG faisant émerger implicitement la question de sa conservation. La direction du Département et les enseignants-chercheurs réalisent alors qu’elle peut être détruite, en partie ou en totalité. Constituée de plus de cinquante meubles à plans lourds et volumineux, contenant des milliers de feuilles non répertoriées, conservées dans de mauvaises conditions, et non utilisées, elle semble en effet présenter peu d’atouts pour les bibliothécaires chargés de piloter le projet. C’est l’inventaire patrimonial de l’UFTMiP qui va donner du sens à sa préservation, pour la mémoire de l’enseignement et de la recherche en géographie, pour la participation à la construction de l’identité de l’UT2J et du milieu universitaire toulousain. Les enseignants prennent alors conscience qu’elle peut faire patrimoine, terme qu’ils n’employaient pas à son égard jusque-là. L’attribution de ce statut est dans ce cas fondée sur la décision, distincte de celle fondée sur la période chronologique, comme le précise Gérard Cohen, conservateur général des bibliothèques (2007). Cette inscription à l’inventaire patrimonial de l’UFTMiP est donc significative : la collection fait désormais partie des fonds susceptibles de représenter un intérêt scientifique ou culturel. Pour autant, son nouveau statut ne résout pas sa dormance, ce qui nous a amenée à réfléchir à des dispositifs favorisant son utilisation.

14Dans cette première partie, nous avons tenté de retracer et de recontextualiser les usages premiers des documents constituant cette collection. Nous proposons maintenant de dérouler un récit autour d’un lot de cartes identifié pour ses potentialités informatives, afin d’illustrer une médiation possible.

Hypothèses d’usages documentaires du lot de cartes topographiques d’Espagne au 1: 50 000e

15Avant de présenter ce lot, il est nécessaire de revenir sur le cheminement qui a conduit à sa mise en récit. Pourquoi la carte se prête-t-elle à des narrations ? La carte est en fait plurielle, « à la fois représentation d’un territoire ou d’un phénomène, exercice technique, produit d’un langage spécifique, matérialisation de l’espace, modélisation, scène où sont déposés des symboles, mots et couleurs, image, tableau, œuvre d’art, matériel didactique, trace, témoignage. Elle est un document par intention, celle du cartographe, auteur d’un message destiné à des lecteurs, reçu différemment en fonction de ces derniers » (Joubert, 2020a : 4). Pour la philosophe Manola Antonioli, « l’origine même d’une carte est forcément multiple : elle peut être l’œuvre d’un individu, d’un groupe ou d’une institution, et ses sources d’énonciation ne sont jamais étrangères à son contenu, à l’image qu’elle donne d’un territoire, aux aspects du réel qu’elle choisit de privilégier » (Antonioli, 2009 : 117). Cette remarque rejoint la définition de l’historien Christian Jacob : « La carte est ce mouvement intellectuel autant qu´artisanal qui donne forme et contours, qui met en espace un savoir » (Jacob, 1992 : 137). La carte peut ainsi être comparée à un espace scénique, sur lequel le cartographe dispose des éléments visuels et textuels qui portent ou soutiennent son intention. Chaque carte est ainsi une création, une œuvre originale. Ce n’est donc pas qu’un objet qui permet de retracer l’histoire de la cartographie à travers ses caractéristiques physiques, les matériaux utilisés, la variété des formes, des formats (à plat, pliée, enroulée, en relief, sphérique) et des graphismes. La carte porte en elle tout un univers informationnel ; pour l’appréhender, il est nécessaire de la déconstruire et parfois de la reconstruire à côté d’elle. Cet univers peut être lié à sa conception (besoin, intention, objectifs, construction intellectuelle), à sa réalisation (choix des données, du trait graphique, de l’esthétique), à sa diffusion (entreprise, particulier, université, bibliothèque), à ses réceptions (usages professionnels, scientifiques, pédagogiques, culturels).

  • 2 La GéoFeuille est publiée depuis 2011 à raison de deux numéros par an. Repéré à < http://geographi (...)

16Les sujets et les thématiques qui gravitent autour d’une carte sont effectivement nombreux. Il suffit de lire la feuille d’information de GéoRéseau, nommée Géofeuille2 et publiée depuis 2011, pour constater le potentiel informatif de ce document. Voici quelques exemples de micro-récits : les cartes à l’information minimale, lorsque l’essentiel d’une feuille représente une zone maritime (mai 2011), la carte austro-hongroise d’Europe centrale au 1: 200 000e et ses avatars (septembre 2011), le géoréférencement de séries irlandaises (automne 2014), la Série Orange de l’IGN français, qui n’est plus éditée depuis 2010 (printemps 2015), la carte animalière de l’Afrique australe de François Levaillant (1753-1824) (automne 2017). Dans ces articles, les cartes ne sont pas en toile de fond. Elles n’illustrent pas un sujet, elles sont le sujet. Pour leur rédaction, les cartothécaires ont rassemblé des informations, ont parfois sollicité le réseau pour vérifier si leur problématique était partagée ou isolée, ont soumis une question à la communauté professionnelle, ont mené des enquêtes. Ces récits resituent ainsi des documents dans un environnement de production ou de diffusion.

17Nathalie Bouloux présente une approche similaire en évoquant l’ouvrage de Marcia Kupfer (2016), Art and Optics in the Hereford Map, qui porte sur une carte du monde datant du XIIIe siècle. Elle note que l’auteure considère cette carte « non comme un moment dans l’histoire de la cartographie, mais comme une production intellectuelle prenant place dans un contexte culturel spécifique, cadre dans lequel elle doit être replacée pour être comprise » (Bouloux, 2021 : 165). Elle utilise par ailleurs le terme d’enquête pour expliciter le travail de fond de Marcia Kupfer. Dans le même esprit, les galeries virtuelles de la Bibliothèque nationale de France (BnF) autour des collections de cartes et de globes sont conçues comme des voyages documentaires3. Par ailleurs, si le carnet de recherche Cartes et figures du Monde animé par la commission Histoire du Comité français de cartographie et par le département des Cartes et plans de la BnF, propose des éléments d’histoire de la cartographie en France, il met également à disposition des « études sur les cartes, vues aussi bien comme sources qu’objets d’études »4. Alors que les documents cartographiques précèdent souvent une histoire, ou sont utilisés pour mettre en carte un récit, elles sont dans ces différents exemples, les sujets de narrations. Les cartes choisies sont ainsi documentées, contextualisées, retextualisées. Nous nous situons dans cette démarche qui consiste à dérouler des fils narratifs depuis un document carte, dans la double optique de donner envie d’interroger et d’explorer.

18Notre démarche est en ce sens résolument pluridisciplinaire, pour tenir compte des singularités infocommunicationnelles de la carte, pour favoriser l’appropriation de ce document auprès des non spécialistes, et aussi pour répondre au contexte du CROG, centre de ressources destiné à des publics engagés dans des disciplines aussi variées que l’histoire, l’anthropologie, la sociologie, la géographie ou les sciences de l’éducation. La carte est, d’un côté, un objet de contemplation et de fascination, parce qu’elle est un tableau du monde (Kelly, 2000), qu’elle invite au voyage (Bouloux, 2017), qu’elle bénéficie « de la supériorité mystérieuse prêtée à l’image par rapport à l’écriture » (Palsky, 1984 : 391), qu’elle oscille entre l’art et la science (Cornuault, 2008). Mais d’un autre côté, pour toutes ces raisons, elle désempare les publics. Comment lire une carte, comprendre le langage cartographique, quand on n’est pas géographe ? Pour décomplexer le récepteur non averti face à une carte, il faut lui montrer que c’est un document exploitable de différentes façons, qui peut être à la fois document historique, sociologique, patrimonial, esthétique.

19La carte a donc de multiples dimensions et pour tenter de les appréhender, nous avons élaboré en doctorat une grille exploratoire (Joubert, 2015), issue du croisement de méthodes de commentaire en histoire, histoire de l’art, géographie, et de méthodes d’analyse des spectacles. La grille est basée sur les principes de la documentographie, méthode descriptive qui présente « la particularité de s’intéresser au document en tant qu’entité analysable. Elle est adaptée au type de support et se centre aussi sur les autres documents auxquels le premier a donné lieu, les documents secondaires ou tertiaires, les versions préliminaires, à l’insertion dans un fonds, numérique ou non, qu’il faut aussi décrire. Ce fonds est lui-même une ressource documentaire repérable qui a à voir avec la valeur informationnelle du document étudié » (Fraysse et al., 2017 : 27). À partir de cette grille, nous avons réfléchi à des applications à travers des articles (Joubert, 2020a, 2020b) et lors de participations à des colloques (Joubert, 2021, 2018). Des pistes vers des immersions documentaires, des mises en scène de suggestions d’exploration, des mises en situation de réception ont pu être dégagées.

20Ces réflexions conduisent depuis trois ans à l’expérimentation d’ateliers d’enquêtes documentaires avec des étudiants non géographes, avec deux modalités testées. La première correspond à une séance unique de deux heures, au cours de laquelle des étudiants en binôme interrogent une carte pour tenter de résoudre une énigme autour des circonstances de production d’une carte, de sa datation, de son auteur, de son trait artistique ; la deuxième modalité se déroule sur plusieurs séances où par petits groupes, des posters documentaires sont réalisés autour de thématiques en lien avec une carte (« Représentation d’une époque », « Histoire d’un objet », « Carte et graphisme »), dans l’objectif de la documenter et de mettre en exergue des exploitations possibles (Joubert, 2022). Le discours qui accompagne ces ateliers est double. D’une part, l’appropriation d’un document carte est observée, et elle peut être plus ou moins guidée. D’autre part, il est précisé aux participants qu’ils contribuent à la médiation de collections patrimoniales. À travers ces ateliers, nous avons pu noter le changement de posture des usagers. S’ils considèrent tous d’emblée ne pas avoir les compétences nécessaires pour lire une carte et ne pas être légitimes dans cette réception, ils finissent par reconnaître que la lecture de ce document ne se limite pas à une approche géographique. Il est prévu de poursuivre ces expérimentations en élargissant les publics.

21Une autre application de nos réflexions consiste à mettre en discours ces documents, d’en proposer des lectures singulières. Rapporter des événements les concernant peut donner lieu à une visite immersive, à la fois dans les documents eux-mêmes, dans leur contexte de fabrication, dans le ou les contextes d’utilisation et de réception qui justifient leur double statut, documentaire et patrimonial. Ce discours narratif met en scène des cartes, des cartographes et des utilisateurs, des producteurs et des récepteurs ; il met également en scène des expériences d’exploration, des situations d’utilisation. Il est envisagé comme une invitation à découvrir des documents, comme une proposition de rendez-vous entre des documents oubliés et des usagers, comme un voyage informationnel. Il permet de rendre la carte présente autrement que par l’exposition. Les cartes mises en récit deviennent ainsi des objets dont on (re)constitue l’histoire. Le récit documenté et documentaire les sort de leur silence ; il réactive leurs valeurs informatives.

22Le lot choisi pour cet article concerne la cartographie de l’Espagne à partir du début du XXe siècle. Marcel Cassagnau, géographe à l’UTM, publie à ce sujet un article en 1931 dans la RGPSO, suite à une visite de l’Institut géographique et cadastral espagnol la même année. Il précise que « la confection de la Carte topographique nationale a été confiée non pas, comme en beaucoup de pays, à l’armée, mais à un établissement scientifique purement civil, l’Institut géographique et cadastral » (Cassagnau, 1931 : 373). Cet Institut créé en 1870, dépend dans un premier temps de la Direction des statistiques du ministère du Développement, pour devenir très vite une Direction indépendante. Son nom varie au fil des ans : « Institut géographique et cadastral » au moment de la visite de Marcel Cassagnau, puis « Institut géographique, cadastral et statistique », et enfin, à partir de 1977, IGN, « Institut géographique national », Instituto geográfico nacional en espagnol. La carte évoquée par Marcel Cassagnau est au 1: 50 000e, en couleurs, en courbes de niveau à l’équidistance de 20 mètres. L’auteur relève des détails cartographiques sur la représentation des niveaux et la combinaison de courbes de niveau et d’estompé, note que 334 feuilles sur 1 078 ont été réalisées, évoque des cartes topographiques militaires complémentaires produites par l’Armée espagnole mais de qualité inférieure. Ses remarques sur la fréquence de publication entre 1925 et 1931 montrent qu’il suit de près l’avancement de ce chantier. Son article paraissant quelques mois après l’abdication du roi et la proclamation de la République, il se questionne sur la suite du projet dans un article publié, en 1993, en   100 cartes supplémentaires ont été fabriquées en deux ans, illustrant l’accélération de la cartographie (Cassagnau, 1933). Le tableau d’assemblage est par ailleurs publié dans cet article.

23Sur le site en ligne de l’IGN espagnol, il est indiqué qu’« en 1875, la première feuille de la carte topographique nationale est publiée (feuille 559 Madrid à l’échelle 1: 50 000e). La première édition du MTN50 [pour Mapa Topográfico Nacional à l’échelle 1: 50 000e] a été achevée en 1968, avec l’impression de la feuille San Nicolás de Tolentino (feuille 1 125) » (Instituto geográfico national, 2017). Dans un document de l’IGN espagnol daté de 2017, il est précisé que ce chantier est commencé simultanément avec la MTN25, Mapa Topográfico Nacional à l’échelle 1: 25 000e, qui deviendra la série de base de la cartographie officielle de l’Espagne5. Sur le site de l’IGN espagnol, une recherche permet également d’accéder via le catalogue aux versions numérisées6. Le CROG ne semble pas disposer de la collection complète, 567 titres en espagnol ayant été inventoriés, pour des dates situées entre 1918 et 1963, avec une majorité de cartes entre 1940 et 1944. Comme le souligne Numa Broc, « l’Espagne est un des terrains d’étude favoris des géographes français dans la première moitié du XXe siècle. […] Après la guerre civile, les relations sont assez vite renouées grâce à Jean Sermet, à Pierre Deffontaines et à l’organisation des Congrès internationaux d’études pyrénéennes » (Broc, 1997 : 356). S’interrogeant sur la génération des géographes dans les années 1930, l’auteur relève plusieurs raisons pour cet engouement : l’influence de grands maîtres tels que Daniel Faucher, l’existence des instituts français (Madrid et Barcelone) et l’École des hautes études hispaniques (Casa Velasquez) favorisant des séjours, la sympathie des intellectuels français pour une jeune République démocratique. Il soulève quelques difficultés de travail liées notamment au retard de la cartographie espagnole : elle peine à être achevée et les courbes de niveau rendent mal les reliefs de montagne si nombreux en Espagne. Gonzalo De Reparaz Ruiz note ainsi en 1938 que l’Espagne est « le seul pays de l’Europe qui manque de carte topographique pour la plus grande partie de son territoire (les trois quarts environ) » (De Reparaz Ruiz, 1938 : 141), rendant difficiles les études hydrologiques sur les cours d’eau espagnols dans un pays qui souffre de forte pénurie d’eau. Cette situation explique que des géographes, comme Jean Sermet (1907-2003), exécutent leurs propres levés topographiques et géologiques (Broc, 1997). Ce géographe toulousain est un des rares à rester fidèle à son thème de prédilection (jusqu’aux années 1980), malgré la guerre civile et la Seconde Guerre mondiale.

24En 1936, la guerre oppose les Républicains, qui ont pris le pouvoir après la chute de la monarchie en 1931, aux Nationalistes rangés derrière le général Franco. Les Franquistes renversent en 1939 la République établie et Franco devient chef de l’État jusqu’en 1975. Cette guerre est, à plusieurs titres, catastrophique, les répressions et les exécutions étant massives dans les deux camps (Bennassar, 2004). La violence est presque aussi importante que lors des deux conflits mondiaux auxquels l’Espagne ne participe pas (Godicheau, 2008). Elle provoque l’exode de centaines de milliers de réfugiés vers la France. Elle est par ailleurs considérée comme un prélude à la Seconde Guerre mondiale, car les troupes d’Hitler et de Mussolini testent alors des tactiques et des équipements (Niderost, 2000). En matière de cartographie, le franquisme a des conséquences multiples : « exil de nombreux géographes républicains […], fondation d’un organisme centralisé de recherche géographique […], rapprochement scientifique avec l’Allemagne et participation de géographes espagnols à la Réunion de géographes européens à Würzburg (mars 1942) » (Broc, 1997 : 368). À partir de la seconde moitié du XXe siècle, les relations scientifiques sont plus équilibrées entre la France et l’Espagne et les échanges se font enfin dans les deux sens, la « barrière pyrénéenne » étant « à partir de 1950 le trait d’union principal entre les géographes des deux versants de la chaîne » (Broc, 1997 : 371). Ces éléments justifient ainsi à plusieurs titres la présence du lot de cartes topographiques d’Espagne daté entre 1930 et 1960.

25Au-delà de l’intérêt des géographes toulousains pour les cartes topographiques d’Espagne, nous avons choisi de concentrer notre récit sur un groupe de cartes en particulier, datées entre 1940 à 1944, en raison de 630 titres en version allemande, élément qu’aucun géographe toulousain ne semble avoir creusé.

Des récits pour de nouveaux usages : un discours narratif sur le lot de cartes d’Espagne datée de 1940 à 1944

26Ce lot est l’occasion de nous immerger, non plus dans l’histoire du département Géographie de Toulouse, mais dans la cartographie en temps de guerre, même si on retrouve le sujet phare du département, les Pyrénées. La frontière entre la France et l’Espagne date du traité des Pyrénées de 1659. Elle est jalonnée par des bornes numérotées de 1 à 602, de l’ouest à l’est. Depuis le début du XIXe siècle, les militaires français entreprenaient des reconnaissances géographiques et des travaux cartographiques des Pyrénées, mais ils les avaient délaissées au début du XXe siècle, considérant cette frontière comme secondaire. Au moment de la guerre civile espagnole, la France craint que la frontière pyrénéenne soit fragilisée. Le Service géographique de l’Armée française (SGA) opère ainsi la cartographie militaire de cette zone. Les objectifs sont triples : « 1) éviter l’installation de forces militaires italienne et allemande près de la frontière pyrénéenne ; 2) concevoir une politique nettement défensive face à une éventuelle agression militaire en provenance du versant sud des Pyrénées ; et, 3) procéder à une intervention militaire française dans le conflit espagnol depuis le versant nord de cette chaîne » (Nadal, 2011 : 171).

27Les cartes dont dispose l’État-major de l’Armée de terre française ne sont pas actualisées et sont imprécises. Si le SGA dispose en effet de cartes militaires de la France à l’échelle 1: 50 000e, pour les zones de frontière avec l’Allemagne, la Belgique la Suisse et l’Italie, ce n’est pas le cas pour la région frontalière des Pyrénées. Des travaux de révision et d’édition préventifs sont donc menés de 1936 à 1939. Ainsi, au cours de cette période, pendant que l’IGN espagnol poursuit la cartographie de l’Espagne au 1: 50 000e, l’État-major français cartographie la frontière pyrénéenne. Cette histoire, indirectement liée au lot qui nous occupe ici, illustre néanmoins le lien étroit, en temps de guerre, entre activités militaires, stratégie et cartographie. Au cours de la guerre civile d’Espagne et pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’y a pas que le SGA qui produit des cartes. D’autres services cartographiques sont mobilisés en Espagne, en Italie, en Allemagne. Le lot choisi illustre ces pratiques.

28Avant de retracer la façon de procéder de l’État-major allemand pour cartographier l’Espagne, il faut poser le contexte plus global et les objectifs poursuivis. Au début de la Seconde Guerre mondiale, un épisode dont le nom de code est Félix, va en effet avoir un impact sur la cartographie de l’Espagne (Caruana, Rockoff, 2007 ; Niderost, 2000 ; Merglen, 1997 ; Proctor, 1991). Les Allemands cherchent à affaiblir la Grande-Bretagne en Europe. Ils planifient lors de l’été 1940 la traversée de l’Espagne pour s’emparer de l’enclave anglaise de Gibraltar, rejoindre l’Afrique du Nord, et fermer tout accès à la Méditerranée pour la Grande-Bretagne. La participation de l’Espagne à ce plan est capitale et la cartographie du pays stratégique. Or, depuis septembre 1939, Franco a déclaré la neutralité de l’Espagne. Le pays est en effet dévasté suite à la guerre civile et doit faire face à des pénuries de pétrole, de matières premières et de denrées alimentaires.

29D’août à décembre 1940, l’Allemagne et l’Italie font pression pour que l’Espagne rejoigne les forces de l’Axe. Cette possibilité représente une menace pour la Grande-Bretagne. Avec l’aide espagnole, l’Allemagne peut fortifier les côtes du sud de l’Espagne et s’établir en Méditerranée. Cet épisode modifie les plans de la Grande-Bretagne dans cette région. Pour décourager l’Espagne, elle décide de réduire les stocks de pétrole sur le sol espagnol et d’empêcher ainsi les réexportations vers l’Allemagne (Caruana, et Rockoff, 2007). C’est pourquoi, en échange de l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés des forces de l’Axe, Franco veut des compensations : une aide économique massive, le contrôle du Maroc français, l’annexion du Portugal (Niderost, 2000). N’ayant pas de certitude de la part d’Hitler sur ces demandes, Franco refuse à la Wehrmacht l’autorisation de traverser l’Espagne. Hitler n’abandonne cependant pas ses pressions et poursuit son objectif. En novembre 1940, il publie la directive pour lancer l’opération Félix en janvier 1941 et le déplacement de divisions blindées allemandes à travers l’Espagne. Après analyse de la situation, il apparaît cependant que l’opération est complexe : la traversée du pays nécessiterait trois semaines, en raison de l’état des infrastructures espagnoles. Le maintien de la neutralité espagnole, les difficultés logistiques, la préparation de l’invasion de l’URSS, conduisent les Allemands à repousser l’Opération, qui sera finalement abandonnée. Mais cette option reste possible tout au long de la guerre, sous le nom de code « Isabella » (Scharfe, 2003).

30En Allemagne, la cartographie et la géographie militaire étaient traitées en temps de paix par le 9e Département de l’arpentage de l’armée et de la géographie militaire de l’état-major général de l’armée (9e Abteilung Heeresvermessungswesen und Militärgeographie des Generalstabs des Heeres bearbeitet). Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce département est renommé « Service des cartes de guerre et de l’arpentage » (Abteilung für Kriegskarten und Vermessungswesen). Des cartes y sont fabriquées pour couvrir les zones de combat, réelles ou possibles, en Europe, en Afrique et en Asie. Pour distinguer ces cartes de celles réalisées par les pays respectifs, le terme « Édition spéciale » (Sonderausgabe) est utilisé. Pour l’opération Félix, des cartes topographiques d’Espagne sont ainsi produites, d’où les titres en double édition, espagnole (Instituto geográfico y catastral) et allemande (Abteilung für Kriegskarten und Vermessungswesen). Francesc Nadal précise que le Service allemand des cartes de guerre et de l’arpentage a mis à profit entre 1940 et 1944 « les cartes élaborées pendant le conflit espagnol aussi bien par les services cartographiques de la République espagnole que par ceux de l’armée franquiste afin d’élaborer sa Deutsche Heereskarte von Spanien (Carte de l’Armée allemande de l’Espagne) 1:50 000 (Urteaga, Nadal, 2001 : 104-111 ; Scharfe, 2004). Il en fut de même avec la cartographie des Pyrénées » (Nadal, 2011 : 181).

31Wolfgang Scharfe, professeur de géographie à l’Université libre de Berlin, donne des précisions sur la façon dont les Allemands ont procédé et souligne que la pratique allemande était de copier les séries de cartes nationales (Scharfe, 2003). Pour les cartes d’Espagne, les autorités cartographiques espagnoles ont envoyé des cartes en Allemagne via les services de renseignement allemands. Il faut rappeler que suite à l’aide apportée par l’Italie mussolinienne et l’Allemagne nazie à Franco, des accords ont été signés entre les trois puissances. L’Allemagne a ainsi développé sur le territoire espagnol un vaste réseau de renseignement sous couverture diplomatique, en place jusqu’à l’automne 1944 (Rozenberg, 2015). Les données sources des cartes militaires allemandes proviennent donc de la série éditée par l’IGN espagnol. Cependant, si les premières séries portent bien la mention « Édition spéciale », à partir de l’été 1943, elles sont nommées « Carte de l’armée allemande » (Deutsche Heereskarte), (Scharfe, 2004, 2003).

32La première édition de cette carte d’Espagne (895 feuilles) ne contient que les données cartographiques espagnoles. Pour la deuxième édition (612 feuilles), le Service des cartes de guerre et de l’arpentage s’est organisé pour copier les feuilles originales en utilisant des techniques de reproduction, ajouter des caractères allemands et des légendes. Les cartes ont ainsi été imprimées en tant que cartes allemandes pour être utilisées dans les unités de combat. Elles ont été complétées en surimpression par la « grille Lambert espagnole » qui était la base géodésique de mesures (un point géodésique étant un point matérialisé dont les coordonnées sont connues avec précision) à prendre en compte pour les activités d’artillerie à moyenne et longue portée. « La carte de l’armée allemande de l’Espagne au 1: 50 000e a – très probablement – été copiée par la Société de reproduction et d’impression Ullmann à Zwickau (Saxe). Cette société s’était spécialisée dans le traitement par filtre couleur des graphiques et des cartes pour obtenir dans un délai de 4 à 8 heures, des films pré-imprimés à partir de cartes papier. Le nombre d’exemplaires des feuilles de la Carte de l’armée allemande de l’Espagne au 1: 50 000e était d’environ 4 000 à 4 500. [Elles] ont été stockées à Berlin, à Paris et dans le sud de la France » [traduction libre] (Scharfe, 2003 : 2 492). Wolfgang Scharfe ajoute que « les services secrets espagnols ont appris que les cartes espagnoles étaient imprimées par le service militaire allemand – parfois plus tôt que par les services espagnols respectifs – par hasard, seulement. Quand les troupes espagnoles régulières se sont battues contre les guérilleros espagnols dans les Pyrénées, ils ont trouvé ces cartes avec les guérilleros ; les cartes étaient tombées entre les mains des guérilleros en pillant un magasin de cartes militaires allemandes en France. [Ces événements ont eu lieu avant novembre 1943. W. S] » [traduction libre] (Scharfe, 2003 : 2 488). Il n’est pas question ici de porter un jugement sur la copie et l’appropriation des cartes espagnoles. Il s’agit de relater des faits en s’appuyant sur des auteurs scientifiques.

33Le récit présenté ici est un prétexte pour dérouler plusieurs histoires liées à la cartographie menée par les États-majors en temps de guerre. Les enjeux de cette narration résident dans l’exemplarité. Nous l’avons précisé en introduction, il ne s’agit pas d’interroger un ou plusieurs documents comme peuvent le faire les historiens ou les historiens de l’art. Il ne s’agit pas non plus de mettre en récit toutes les cartes de la collection conservée au CROG à des fins de médiation. L’objectif est de montrer des exemples d’utilisation, de mettre en évidence le potentiel informationnel de ces documents, de mettre en scène leurs usages. Par ailleurs, en développant ces récits documentés, le bibliothécaire, en qualité d’expert de l’information, peut illustrer la recherche informationnelle, au niveau de la méthode et des résultats. Il peut ainsi se focaliser sur une pratique exploratoire, une méthode de questionnement, des exemples de problématique. Il peut montrer comment identifier une information manquante, comment révéler un sujet atypique. Il peut partager une incertitude, une lacune, une énigme, et proposer une mission d’enquête documentaire ; il peut ouvrir un sujet et appeler les usagers à le compléter. Le récit a donc une portée incitative ; il peut être un outil pédagogique ou un dispositif de sensibilisation au patrimoine documentaire.

34Pour illustrer notre propos, fruit de recherches scientifiques et d’expérimentations en situation professionnelle, nous avons présenté le résultat d’une enquête menée sur des cartes topographiques dont la fabrication renvoie vers différents aspects : intentionnels et représentationnels, cartographiques et déontologiques, historiques et scientifiques. Cette collection, et le lot que nous avons mis en exergue, sont ainsi chargés d’histoires, qui sont autant d’occasions de porter un regard nouveau et inspirer des lectures et des usages multiples.

Conclusion

35La collection cartographique de l’UT2J était connue de quelques géographes qui avaient le souvenir d’usages scientifiques ou pédagogiques. Pour la grande majorité des acteurs de l’université, elle était néanmoins inconnue. Non signalés dans les catalogues, non recensés dans les bilans du SCD, les documents qui la composent étaient tombés dans un état latent. La première vague de rétroconversion entre 2010 et 2013 a matérialisé son existence. Sa patrimonialisation a permis sa préservation in extenso, sa conservation dans de meilleures conditions, sa prise en compte dans le projet de service du CROG. L’équipe, sensibilisée désormais à ce document singulier, considère que la collection fait partie de l’identité et des spécificités du CROG et qu’elle doit être valorisée dans ce sens. Sa patrimonialisation légitime donc des médiations spécifiques et des discours originaux. Après une rupture, pendant quelques décennies, du fil de la mémoire (Rautenberg, 2003), de nouveaux liens entre présent et passé peuvent ainsi être tissés et de nouveaux usages envisagés (Davallon, 2014). Raconter cette collection, dans son ensemble, ou en se concentrant sur une carte ou un lot de cartes, semble être « réparateur » (De Ryckel, Delvigne, 2010 : 230). La collection cartographique en général et le lot de cartes topographiques d’Espagne au 1: 50 000e en particulier, offrent des occasions de plonger à la fois dans l’histoire du département Géographie de l’UT2J et de sa bibliothèque-cartothèque, avec une dimension de renouement pour certains, et de découverte pour d’autres. Son histoire documentaire, commencée il y a quasiment 100 ans, se poursuit au sein du CROG, dans un nouvel environnement qui n’est plus réservé à la seule discipline géographique. Cette nouvelle configuration permet de rompre avec des usages disciplinaires et de proposer de nouvelles exploitations, pour tout type de publics. Il reste à poursuivre l’identification de cartes ou de lots de cartes afin de proposer d’autres récits.

36Les bibliothécaires, par une mise en perspective, peuvent faire comprendre ce qu’est un document carte et illustrer les manières de l’interroger et de l’utiliser, au-delà d’un usage exclusivement géographique. Raconter cette collection, au cours d’une exposition, d’une publication ou d’une scénarisation, c’est donc susciter l’intérêt pour des documents qui ont perdu leurs usages premiers ; c’est les replacer dans un environnement informationnel, et favoriser la médiation des savoirs en ouvrant des voies de réutilisabilité. C’est donner du sens à la bibliothèque, qui n’est pas que dépositaire, mais aussi lieu d’accès à la connaissance, par le biais de rencontres avec des documents et des mises en scène de leurs contenus informatifs.

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Notes

1 L'IGN a fusionné en 2012 avec l'Inventaire forestier national (IFN) pour devenir l’Institut national de l’information géographique et forestière, tout en conservant le sigle IGN utilisé dans cet article.

2 La GéoFeuille est publiée depuis 2011 à raison de deux numéros par an. Repéré à < http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/geofeuille.php >.

3 Les galeries virtuelles de la BnF. Repéré à < http://expositions.bnf.fr/ >.

4 Carnet de recherche Cartes et figures du Monde. Repéré à < https://cartogallica.hypotheses.org/ >.

5 Instituto Geográfico Nacional. Repéré à < http://www.ign.es/web/resources/docs/IGNCnig/CBG%20-%20MTN50.pdf >.

6 Instituto Geográfico Nacional. Repéré à < https://www.ign.es/web/catalogo-cartoteca/ >.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nathalie Joubert, « La mise en récit des cartes d’Espagne de 1940-1944 »Balisages [En ligne], 4 | 2022, mis en ligne le 03 novembre 2022, consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/balisages/871 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/balisages.871

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Auteur

Nathalie Joubert

Docteure en sciences de l’information et de la communication, Université Toulouse 3-Paul Sabatier, Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales de Toulouse (LERASS) ; responsable du pôle Formation, Accompagnement personnalisé, Médiation, Université Toulouse 2-Jean Jaurès, Centre de ressources Olympe de Gouges

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