Navigation – Plan du site

AccueilNuméros en texte intégral7Articles de rechercheL’usage du conditionnel dans l’ad...

Articles de recherche

L’usage du conditionnel dans l’administration française.Un outil de désinformation infamante

Le cas de Joachim Eisack, réfugié juif allemand en France et résistant (1933-1952)
The use of the conditional tense in the French administration. A defamatory disinformation toolThe case of Joachim Eisack, a German Jewish refugee in France and member of the Resistance (1933-1952)
Laurence Prempain

Résumés

Cet article expose comment des documents rédigés par des fonctionnaires préfectoraux et des décisions politiques ont durablement entraîné la désinformation entourant le parcours de Joachim Eisack, réfugié juif allemand venu en France avec sa famille en 1933. Il souligne l’importance des archives administratives pour montrer que des rapports à charge et l’utilisation d’un conditionnel infamant ont contribué à la destruction de sa réputation et provoqué de tragiques conséquences pour lui et sa famille. Commerçant étranger en France, il a été perçu comme une concurrence déloyale durant la crise économique des années trente. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a dû prendre une fausse identité pour échapper à la déportation. Engagé dans la résistance sous le nom de Richard Ezac, il a rejoint les rangs de l’armée régulière de libération et en 1945, a joué un rôle crucial dans l’arrestation d’Otto Abetz, ambassadeur du Reich en France depuis octobre 1940 puis organisateur des déportations des Juifs en France. Cependant, Richard Ezac/Joachim Eisack n’a reçu aucune reconnaissance pour son action. La raison exacte pour laquelle il n’a pas été reconnu et valorisé en France en tant qu’auteur de cette arrestation n’est pas claire, et aucun document ne fournit une réponse définitive à cette question. L’hypothèse d’une autorité française qui se serait sentie bafouée dans sa souveraineté nationale est avancée. Néanmoins, les démarches de son petit-fils Didier Eisack commencent à le faire reconnaître en tant qu’auteur de l’arrestation d’Otto Abetz.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

  • 1 Pour faciliter la lecture, j’utilise dans le texte le nom véritable de Joachim Eisack et quand cel (...)

1Au printemps 1952, Joachim Eisack1 quitte tout. Sans un mot, sans une explication, il part seul, laissant commerce, femme, enfants à Marseille (France) pour rejoindre Munich (Allemagne), cette ville, ce pays qu’il a fui en 1933 parce que Juif. Pourquoi, après avoir survécu à la guerre, à la persécution, avoir demandé et obtenu, non sans mal, la nationalité française, décide-t-il de tout abandonner ? Une décision sans appel et un destin sur lequel un lourd silence s’est imposé aux générations suivantes, sans que rien ne transpire. En 2018, son petit-fils veut s’émanciper de ce passé. Il enquête, croise les sources, établit des faits (Eisack, 2022).

  • 2 Archives diplomatiques (AD). 1PL1537. Rapport du capitaine Joly, Gouverneur militaire de Säckingen (...)
  • 3 Otto Abetz a été arrêté, Le Monde, 27 octobre 1945. En ligne : https://www.lemonde.fr/archives/art (...)
  • 4 Arrestation d’Otto Abetz – camp de généraux allemands, Journal Les Actualités Françaises, 9 novemb (...)
  • 5 Archives départementales du Rhône (ADR). 61W196. Dossier de naturalisation de Joachim Eisack. Comm (...)

2Né en 1899 à Nakel (Prusse-Orientale), Joachim Eisack s’installe dans les années 1920 à Munich et y travaille comme fourreur. L’arrivée d’Hitler au pouvoir le pousse à se réfugier en France avec sa famille dès mai 1933 où il obtient le statut de réfugié politique. La défaite de 1940 de laquelle découle le régime de Vichy et sa politique antisémite les contraignent en août 1942 (Klarsfeld, 2022 ; Joly, 2023) à développer des stratégies de survie (Prempain, 2016) et à endosser de fausses identités (Sémelin, 2013). Sous le nom de Richard Ezac, installé à Belmont-de-la-Loire (Loire), il participe activement au mouvement de résistance dans le maquis de Chauffailles (Saône-et-Loire) au sein des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) (AERI, 2011 ; Luirard, 2003). Lors de la Libération, il est intégré dans l’armée régulière puis envoyé en Allemagne dans la zone française d’occupation (ZFO) où il travaille comme inspecteur de la Sûreté. Il y démasque Otto Abetz, représentant du Reich en France et une des figures principales du régime nazi, puis orchestre son arrestation le 25 octobre 19452. Dès le surlendemain de son incarcération, un communiqué de presse est repris dans les différents journaux dont Le Monde du 27 octobre : « Otto Abetz […] a été appréhendé par le lieutenant Caradec et le sergent Ezac, envoyés en mission spéciale »3. Les Actualités Françaises du 9 novembre 1945 en font également foi4 et les archives conservent des documents qui attestent du rôle capital de Ezac/Eisack dans ces prises de guerre, dont une lettre du commandant Roux, juge d’instruction au Tribunal militaire permanent de Paris et en charge de l’affaire Abetz, au ministre des Armées, dans laquelle il affirme que c’est à Ezac/Eisack que « revient le mérite de la découverte de ces documents ainsi que de l’identification et de l’arrestation d’Abetz »5. Joachim Eisack n’obtient aucune reconnaissance ni compensations financières comme le propose le commandant Roux. Par ailleurs, alors que les procédures de naturalisation sont accélérées au lendemain de la Libération, sa femme et lui-même, son fils lui aussi résistant, et ses autres enfants ne reçoivent la nationalité française qu’en octobre 1950 bien qu’il ait entamé les procédures dès août 1946. Les documents d’archives consultés, y compris ceux du Conseil d’État, prouvent qu’il est reconnu comme l’auteur de cette arrestation. Pourtant, avant que le livre de Didier Eisack ne crédite son grand-père de l’arrestation d’Otto Abetz, celle-ci est attribuée aux Alliés. Il s’agit donc de comprendre, sur la base des documents d’archives des administrations françaises et d’entretiens avec Didier Eisack, comment et pourquoi cette désinformation qui a perduré plus de 70 ans s’est imposée au point de devenir vérité établie.

  • 6 ADR. 829W78, no 20275. Dossier d’étranger.
  • 7 ADR. 829W78, no 20275. L’écriture de sa demande manuscrite en date du 3 septembre 1933 correspond (...)

3Les faits et gestes administratifs des étrangers et étrangères en France sont consignés notamment dans des dossiers de contrôle des étrangers appelé « cg », c’est-à-dire de contrôle général, aujourd’hui conservés dans les archives départementales. Grâce aux documents d’archives, il est possible de retracer le parcours de Joachim Eisack et sa famille depuis leur arrivée à Lyon en juin 19336. Dès les premiers documents, le numéro à rappeler 43 732 cg est apposé sur une demande d’enquête tandis que des notes sont prises à partir de son passeport, grâce auxquelles on apprend qu’ils sont entrés en France légalement munis d’un visa de la Légation de France à Munich. Ils ont passé la frontière le 30 mai 1933. L’enquête nous apprend la composition de la famille, le métier de commerçant de Joachim ; une lettre manuscrite signée de lui confirme qu’il connaît la langue française7 ; un contrat de travail informe de son activité professionnelle. Ce dossier égrène chronologiquement toutes les démarches administratives jusqu’à la demande de naturalisation en 1946 et la demande d’une attestation de réfugiée formulée en 1958 par son épouse.

4Cependant, « l’archive est un objet produit, un point d’arrivée » (Offenstadt, 2010, p. 77). Certains documents peuvent avoir été conservés, d’autres éliminés, et la lecture du dossier en être d’autant orientée. Cette conscience d’être en présence d’un produit fini est partiellement compensée lorsqu’il est fait usage des mots griffonnés en marge des décisions officielles ou des phrases soulignées de rouge (Laurens, 2008). Ces petites annotations permettent de comprendre le cheminement interne d’un dossier, les motifs qui ont présidé aux décisions. Les mots et structures verbales constituent autant d’indices supplémentaires. Tous ces éléments sont le reflet d’interprétations et d’opinions des fonctionnaires (Bruttmann, 2006), mais également des décisions politiques qui se sont succédé au fil des procédures administratives (Baruch et Duclert, 2000). Dans un premier temps, au travers des dossiers administratifs, et au vu des contextes politiques et économiques, il sera montré comment cette désinformation s’est construite et, dans un deuxième temps, seront explorées les motivations de cette grammaire de la désinformation.

5Le terme désinformation est apparu dans le contexte de la Guerre froide de l’immédiat après-guerre (Huyghe, 2002) mais la désinformation a toujours existé dans la mesure où, « désinformer renvoie à une manière trompeuse d’informer » (Martin, 2011, p. 270) ou de transmettre des informations « volontairement déformées » (Le Bras, 2018). Plutôt que de parler de désinformation dans le contexte des années 1930, le choix d’invoquer une grammaire de la désinformation renvoie à une désinformation qui s’ignore encore, une désinformation en construction qui mêlerait on-dit, rumeur et conditionnel, tout en restant fidèle au modus operandi : « La désinformation repose sur la fabrication d’un faux message puis sa diffusion de façon qui semble neutre et dans un but stratégique » (Huyghe, 2016, p. 63).

Crise des réfugiés, crise économique

Politique étrangère de la France envers les réfugiés en provenance d’Allemagne

  • 8 Des familles israélites allemandes se sont réfugiées à Paris, Le Populaire, 16 mars 1933, p. 2.
  • 9 AN. F/1a/3529. Circulaire n° 222 du 20 avril 1933.
  • 10 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 11 août 1933.
  • 11 ADR. 829W43, no 18825. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 17 janvier 1934.
  • 12 ADR. 829W42, no 18821. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 5 janvier 1934. Les remarques s (...)

6L’accession au pouvoir d’Hitler le 30 janvier 1933 provoque des arrivées quasi immédiates de réfugiées et réfugiés juifs allemands en France (Caron, 2008). Dès le 16 mars 1933, la presse rapporte que des civils commencent à franchir la frontière franco-allemande8. Le 1er avril, les mesures de boycott des magasins juifs poussent un peu plus au départ. Joachim Eisack, qui est commerçant, ne se décide pas tout de suite, mais les autodafés des 6 et 10 mai à Munich, ville où il réside avec sa femme et ses trois enfants, sont peut-être des éléments déclencheurs. En France, la première réaction est placée sous le signe de la compassion (Schor, 1985), cependant que le gouvernement ne réagit pas de manière univoque (Caron, 2008). Le premier ministre Camille Chautemps déclare néanmoins que les réfugiés qui ne possèdent pas de visa seront « admis à pénétrer sur notre territoire sur simple énonciation de leur qualité », c’est-à-dire de se déclarer comme réfugiés9. Sur le premier document conservé dans le dossier de Joachim Eisack daté du 17 juillet 1933 par lequel il dépose une demande de carte d’identité, on lit en lettres rouges, en écho à cette politique : « réfugiés politiques allemands ». À cette date, aucune enquête n’a été nécessaire pour obtenir ce statut. Pour donner suite à la demande de carte d’identité, le préfet du Rhône Villey-Desmeserets adresse le 11 août 1933, pour décision, au ministre de l’Intérieur, les résultats de l’enquête qui a été menée. C’est dans ce document que le conditionnel est relevé pour la première fois, où les époux Eisack ne sont plus « réfugiés politiques allemands » mais « allemands, […] se disent réfugiés politiques ». Le préfet ajoute : « d’après leurs déclarations, ces étrangers auraient été commerçants à Munich et ils auraient dû quitter leur pays en raison de leur origine israélite »10. L’étude de dossiers instruits par le préfet Villey-Desmeserets montre que ce schéma n’est pas isolé : l’utilisation du présent de l’indicatif pour exprimer un fait sinon des paroles considérées comme avérées, alternent avec le présent du conditionnel, expression du doute. Pour exemple, à propos de Hans Strauss, réfugié juif allemand, le préfet fait usage du conditionnel au sujet de sa confession israélite et utilise par contraste le présent de l’indicatif pour écrire que « cet étranger déclare n’avoir jamais été molesté ou menacé par les hitlériens ». Il poursuit au conditionnel : « il aurait simplement craint d’être arrêté en raison de son origine juive » et de conclure qu’il « estime qu’il n’y a pas lieu de [le] considérer comme réfugié politique »11. Quant à Joseph David, également réfugié juif allemand, le préfet déclare selon la même structure qu’« il serait […] de confession israélite » et « menacé par les hitlériens à cause de son origine. Il ne possède aucune pièce justifiant ses déclarations » avant d’ajouter qu’il « ne paraît pas être réfugié politique »12. Le conditionnel utilisé dans la correspondance administrative sème le doute et par le truchement de l’indicatif, produit un effet de sape, et désinforme.

7Pour revenir au cas de Joachim Eisack, il n’est pas inutile de compléter ces descriptions de l’information donnée par le préfet à propos d’un de ses employeurs : « la maison Lang, maison israélite de fourrure à Lyon ». Faut-il rappeler que depuis la loi du 9 décembre 1905 le devoir de réserve des fonctionnaires de l’État établit que « l’ignorance par l’autorité publique de l’orientation religieuse des individus est perçue comme le moyen pour elle de satisfaire à son obligation de neutralité » (Prélot, 2017) ? La réalité de la pratique est autre. Wladimir Rabi (1972) montre bien que le reflux en France de l’antisémitisme après la réhabilitation du capitaine Dreyfus (juillet 1906) a marqué le pas à la fin de la Première Guerre mondiale. On peut lire au travers de son analyse tout l’esprit du début des années de l’entre-deux-guerres : « il règne dans la société française un antisémitisme de bonne compagnie accompagné d’une certaine discrimination limitant l’accès aux grands corps de l’État » (Rabi, 1972, p. 381). Il est juste d’affirmer que cet antisémitisme fait partie de l’ethos bureaucratique entendu « comme l’ensemble des valeurs et des représentations partagées lié à l’exercice d’une profession et à l’appartenance à un corps institutionnel donné » (Joly, 2011, p. 15). Laurent Joly décrit l’antisémitisme de bureau de la France de Vichy¸ cependant que les prémices sont sensibles dans cette administration discrétionnaire et normative des années 1930 (Joly, 2011 ; Bruttmann, 2006). Ainsi, il est juste de rappeler que « même lorsque la loi dispose et que le règlement édicte, […] les marges d’action de l’administration peuvent être larges » (Baruch et Duclert, 2000, p. 13 ; Barbier, 2014). Le préfet du Rhône enfreint son devoir de neutralité et donne voix à son antisémitisme via l’usage du conditionnel, ce qui oriente sa décision de refuser de les considérer comme réfugiés. Bien que Joachim Eisack et sa famille soient arrivés légalement en France, on est en droit de formuler deux hypothèses sur le sens des remarques du préfet. La première est que pour cet ancien combattant de la Grande Guerre, Eisack est avant tout allemand et que par conséquent, il doute qu’il ait pu renoncer à la mère patrie (Schor, 1985). La seconde s’appuie sur la façon dont s’exprime de plus en plus d’officiels français au sujet de personnes « qui se disent réfugiés d’Allemagne » qui sont en réalité, selon leur conception, non des réfugiés politiques mais des personnes qui pensent profiter de meilleures conditions économiques (Caron, 2008).

Réduire la présence étrangère dans le Rhône

  • 13 Au niveau national, Edouard Herriot l’a choisi comme chef-adjoint de son cabinet alors qu’il était (...)
  • 14 Alain Bollaert, Émile Bollaert : biographie. Chapitre 4 : Cabinets ministériels et préfectures. En (...)
  • 15 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 19 décembre 1936.
  • 16 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 12 juin 1936.

8En ce qui concerne Joachim Eisack, le conditionnel est de nouveau utilisé en 1936 dans son dossier d’étranger par le préfet du Rhône d’alors, Émile Bollaert. Afin d’en comprendre l’usage, il faut tenir compte des contextes politiques et économiques. Sur le plan de la politique intérieure, Émile Bollaert prend ses fonctions la veille des manifestations fascistes du 6 février 1934, véritable menace pour la démocratie qui entraîne une polarisation de la scène politique (Berstein et Winock, 2020 ; Jenkins et Millington, 2020). Edouard Herriot (Berstein, 1985 ; Benoit, 2022), homme politique d’envergure en même temps que maire de Lyon, n’est pas étranger à cette décision puisque depuis juin 1924, il a choisi Bollaert pour l’accompagner dans différentes fonctions13. Selon le fils d’Émile Bollaert, « il y a entre ces deux hommes une connivence qui confine à la complicité »14. Sur le plan de la politique étrangère, l’accueil libéral des réfugiés d’Allemagne a donc fait long feu et a été abrogé le 19 octobre 1933. Une internationalisation du problème des réfugiés permet néanmoins que le 4 juillet 1936, un accord négocié par le Front populaire reconnaisse un statut international de réfugiés d’Allemagne. C’est dans le cadre de l’instruction de leur demande de « certificat de voyage pour réfugiés allemands » que le conditionnel est utilisé par le préfet : « en décembre 1935, Eisack se serait rendu en Italie et en serait revenu fin mars 1936 »15. Dans un précédent rapport, Bollaert avait précisé : il « se refuse à dire quel était l’objet de son voyage. Il prétend avoir perdu son passeport. J’ajoute que sa mère réside toujours à Berlin »16. Quel est le sens de cette succession de phrases sans lien les unes avec les autres ? Pour le préfet, ces remarques accolées décrivent un homme sans passeport, qui voyage sans preuve et sans motif en Italie et dont la mère vit en Allemagne, sous-entendant qu’il est toujours lié à l’Allemagne. Sans le formuler explicitement, il brosse le portrait d’un homme auquel le statut officiel de réfugié ne devrait pas être donné. Ce cas n’est encore une fois pas isolé. Par exemple, à propos du couple Mielnik, le préfet Bollaert écrit qu’ils

se disent réfugiés politiques d’Allemagne. [...] Ces étrangers seraient israélites [...] Leur magasin aurait été boycotté, mais ils n’auraient pas été personnellement molestés ni menacés par les hitlériens. [...] Entrés en France par Strasbourg le 14 septembre 1933 [...]. Ils sont venus directement à Lyon, où ils exploitent une fabrique d’articles de maroquinerie.

  • 17 « Le refoulement (personnes dépourvues de passeport), diffère du rapatriement (pratiqué en cas de (...)
  • 18 ADR. 829W60, n° 19499 et 19500. Lettre du préfet au ministre de l’Intérieur, 19 février 1934. Je s (...)

9Il conclut : « J’estime qu’il y a lieu de prononcer le refoulement17des époux MIELNIK. »18

Concurrence étrangère sur fond de crise économique

  • 19 Le meeting de la Ligue internationale contre l’antisémitisme, L’Œuvre, 9 avril 1933, p. 2.
  • 20 Une déclaration de M. Herriot sur le blé et le chômage, Le Temps, 21 novembre 1934, p. 3.

10Si connivence et complicité il existe entre le préfet Bollaert et le maire de Lyon, comment doit-on interpréter ces jugements à charge ? C’est vers le contexte économique qu’il faut se tourner. Le retournement de la conjoncture internationale à partir de 1927, puis plus brutalement en 1929 touche la France de manière précoce (Marseille, cité par Beaupré, 2012). La crise impacte l’ensemble de la société française, provoque une « dérive vers des solutions politiques radicales » (Beaupré, 2012, p. 684) et les extrêmes deviennent encore plus virulents et violents. Davantage que la protestation ouvrière, celle de la classe moyenne (commerçants, artisans et professions libérales) qui perçoit les réfugiés comme une concurrence déloyale, explique le durcissement de la politique à l’égard de ces derniers (Zalc, 2010). À Lyon, le maire Edouard Herriot avait déclaré au printemps 1933 à propos des réfugiés d’Allemagne, ne concevoir cet accueil « que par la sérénité et par la douceur »19. Pourtant, en séance publique du conseil municipal de Lyon du 21 novembre 1934, il avait affirmé cette fois : « Je vous prouverai que je suis convaincu, comme vous, qu’il faut accorder la priorité au travail français. […] Il ne s’agit pas de frapper brutalement, mais de mettre de l’ordre dans nos affaires »20.

  • 21 AD. 1PL1537. J. M. Besnard au directeur de la Sûreté nationale, 25 mars 1936.
  • 22 ADR. 829W78, no 20275. Bordereau d’envoi du ministère de l’Intérieur, Sûreté nationale au préfet d (...)
  • 23 Faillites, La Journée Industrielle, 16 juillet 1938, p. 12.
  • 24 ADR. 829W78, no 20275. Ministère de l’Intérieur, direction de la sûreté générale, 6 avril 1955.

11Si l’on revient au dossier d’étranger de Joachim Eisack, il est fait référence à une lettre de la Ligue d’assainissement commercial21 transmise au préfet Bollaert, « lettre par laquelle M. Lang signale les agissements d’un ressortissant allemand nommé Eisack »22. De quoi s’agit-il ? La maison Lang à Paris a remis sous conditions des marchandises à Joachim Eisack qu’il est chargé de vendre. Il est en règle avec la loi puisqu’il est inscrit au registre du commerce du Rhône. Néanmoins, il est condamné par défaut le 25 mars 1936 à deux mois de prison pour abus de confiance, jugement auquel il fait opposition et pour lequel il est relaxé. On comprend que la lettre de délation de monsieur Lang a provoqué une condamnation dont il est blanchi, mais entraîne l’ouverture et la rédaction d’une « notice individuelle étrangers détenus passibles d’expulsion ». Désormais, son dossier porte le numéro 20275 « de », que l’on traduit par dossier expulsion. Cette référence à une proposition d’expulsion restera dans son dossier jusqu’à sa clôture, c’est-à-dire après son décès. Deux autres plaintes sont déposées au cours du printemps 1936 de la part des maisons Moutal et Debourcieu, fourreurs à Lyon, affaires dans lesquelles Joachim Eisack obtient la relaxe. Le 9 janvier 1939, le procureur informe le préfet que Joachim Eisack a été condamné par défaut à trois mois de prison pour abus de confiance, condamnation dont il est par la suite acquitté par arrêt du 5 avril 1939. Enfin, une plainte déposée par la maison Behar à Lyon est classée sans suite puisque la plaignante ne s’est pas constituée partie civile. Une seule condamnation est maintenue le 8 février 1939. Mis en faillite en juin 193823 et ayant fait appel, la cour prononce une condamnation plus légère pour « banqueroute simple », délit commis en ne déposant pas son bilan dans la quinzaine de cessation de ses paiements et en ne tenant pas de comptabilité. À chaque plainte déposée, une nouvelle « notice individuelle étrangers détenus passibles d’expulsion » est rédigée, et la succession des enquêtes sur son compte conduit à ces formulations : « On le dit peu scrupuleux en affaire » (5 août 1938) et le préfet Bollaert de sciemment développer : « On le considère comme un individu totalement dépourvu de scrupules et sans aucune probité commerciale » (20 février 1939). Le on-dit appartient à la grammaire de la désinformation en ce sens qu’il relaye la rumeur, fille de l’oralité, sans origine établie et « au rapport incertain au vrai » (Martin, 2011, p. 272). Puis, la rumeur, par le truchement de sa transcription dans un rapport administratif devient « parole autorisée faisant autorité » (Orlandi, 2000, p. 264). En conclusion, le préfet « estime qu’il y a lieu de prononcer son expulsion ». En 1955, c’est-à-dire quelques mois après son décès, un rapport basé sur la rumeur devenue vérité, continue de rappeler qu’il a fait « l’objet de très mauvais renseignements »24.

  • 25 AD du Bas-Rhin. D460. Fernand Peter à Edouard Herriot, ministre d’État, 13 novembre 1934. Cité par (...)
  • 26 Le salut public, 9 février 1938, p. 6. Les frères Moutal, juifs d’origine turque, natural (...)
  • 27 C. Kégel, T. Corby, Séance du comité du 9 août 1917, Bulletin bimensuel de l’association générale (...)

12Une exploration des documents permet, par recoupements, de déconstruire la désinformation et de réviser les jugements à charge. Nissim, Samuel et Isidore Moutal sont fourreurs à Lyon. Ces mêmes personnes qui portent plainte contre Eisack au printemps 1936 pour ce que d’autres qualifieraient « de concurrence sans merci et souvent sans loyauté envers leurs concurrents français »25, sont condamnées en juin 1937 à 10 000 francs d’amende pour contrefaçons, condamnation confirmée en appel26. Par ailleurs, on est en droit de poser la question de l’existence des sentiments antisémites de Georges Debourcieu qui, issu d’une famille de fourreurs installée, admise depuis 1917 dans l’Association générale du commerce des tissus et de l’industrie textile, est personnellement nommé administrateur provisoire en 1942 à Lyon de plusieurs commerces de fourrures dans le cadre de la spoliation des biens juifs27. Il apparaît que c’est bien au nom d’une concurrence supposée déloyale mais assurément xénophobe que les frères Moutal ont porté plainte, tandis que l’antisémitisme de Debourcieu éclaire le sens de sa démarche à l’encontre de Joachim Eisack.

  • 28 ADR. 4M419. Statistiques des étrangers, 1934. Pour une analyse de ces statistiques, voir Prempain, (...)

13Dans un contexte généralisé de tension et de xénophobie exacerbées par la crise économique, le maire de Lyon, qui est, par ailleurs, depuis sa création en novembre 1934, président de la commission interministérielle de lutte contre le chômage, travaille à apaiser les craintes de la population lyonnaise (Prempain, 2016). Son double positionnement sur l’échiquier politique, à la fois local et national, se traduit d’une part, par une hostilité déclarée à l’emploi des étrangers dans les périodes de crise (Ponty, 1988) et d’autre part, par une revendication affichée d’accueillir les proscrits du régime hitlérien, à condition qu’ils ne travaillent pas. Cela étant posé, la falsification des statistiques de 193428 par minoration du nombre d’étrangers par nationalité dans le département du Rhône conduit à émettre l’hypothèse d’une politique volontaire de rejet des étrangers aux échelons local et national. Certes, les préfets Villey-Desmeserets puis Bollaert n’instruisent pas les dossiers, mais sur la base d’enquêtes, ils dressent des rapports et proposent, conformes à leurs motivations respectives, l’expulsion des étrangers hors de France. Lewis (2007) démontre que, de manière presque imperceptible, les autorités du Rhône modifient les objectifs sous-jacents à une expulsion. Alors que les autorités centrales en font usage conforme à sa définition, c’est-à-dire pour éloigner celles et ceux qui troubleraient l’ordre public, l’administration locale s’en sert pour organiser, façonner la présence des étrangers. C’est bien à l’appui de leurs rapports et suggestions transmis au ministre de l’Intérieur que ce dernier suit le plus souvent la proposition d’expulsion de France.

  • 29 ADR. 829W78, no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 septembre 1 (...)
  • 30 AD. 1PL1537. Le commissaire divisionnaire de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de (...)
  • 31 Par exemple, AD. 1PL1537. « Animé de sentiments très louables », commissaire divisionnaire de la S (...)

14Au cours des années d’Occupation, Joachim Eisack et sa famille échappent aux rafles de l’été 1942 puis se réfugient dans la Loire. Joachim Eisack devient Richard Ezac, et entre en résistance. À la Libération, toujours sous sa fausse identité, il s’enrôle dans l’armée régulière, puis part en Allemagne en ZFO. Au moment de son retour en France fin mai 1946, deux mécanismes explicatifs non exclusifs l’un de l’autre continuent de tisser la trame de la désinformation. L’un relève directement de la politique de souveraineté nationale quand l’autre est davantage relié aux écrits produits par Joachim Eisack lui-même ou se référant à son action en Allemagne. Le dénominateur commun semble être la personnalité même de Joachim Eisack qui contribue à la formation d’un système dont il a été victime et qui se résume dans ces mots d’une note du conseiller de la préfecture du Rhône : « son cas fait actuellement l’objet d’un examen spécial »29. Afin d’en démêler les tenants et aboutissants, il est utile de noter qu’en août 1946, concomitamment à une demande de régularisation de sa situation en vue d’une naturalisation sous son nom francisé de Ezac, Joachim/Richard Ezac ne dit rien de sa fausse identité au commissaire chargé d’enquêter sur lui afin d’instruire une proposition de recours à ses services en vue, cette fois, de l’arrestation de Martin Bormann30. Dans le même temps, il multiplie les écrits sur son action et donne dès avril 1946 une interview sur son rôle dans l’arrestation d’Otto Abetz. Face à cet homme dont plusieurs documents témoignent de la valeur de l’engagement31, et pour lequel l’arrestation des Nazis est une priorité qui justifie tous les moyens, la question de la souveraineté nationale est en question.

Une souveraineté nationale bafouée

  • 32 AN. 19780036/87, no 28143X48. Dossier de naturalisation. Ces deux chapitres constituent les seules (...)
  • 33 Ceci est accrédité par les recherches de Zhikai Xu (2018) qui cite Alfred Grosser (1970, p. 90) à (...)
  • 34 AD. 1PL1537. Adjudant-Chef Ezac au contrôleur de la Sûreté, Pays de Bade, 22 avril 1946.
  • 35 AD. 1PL1537. Le général Schwartz au général Laffon, administrateur général de la ZFO en Allemagne, (...)
  • 36 AN. AL//4995 la minute de décision ; 19790328/63 dossier de procédure n° 9741, sieur Ezac, 21 déce (...)
  • 37 AD. 1PL1537. À monsieur le Commissaire pour le Land Bade, Cabinet Militaire à Fribourg, 22 janvier (...)
  • 38 AD. 1PL1537. Le ministre des Armées au commandant en chef français en Allemagne, 1er août 1947.

15Dès 1941, Charles de Gaulle affirmait que les objectifs de la France libre visaient « à reconstituer l’unité nationale dans la guerre aux côtés des alliés, mais sans rien sacrifier de l’indépendance, de la souveraineté et des institutions françaises » (de Gaulle, 2016, p. 515). Au moment de la Libération, tout comme en 1945, le gouvernement français est « obsédé par la souveraineté nationale » (Noiriel, 2007, p. 494). Objectivement, Joachim Eisack s’y est heurté à plusieurs reprises sans apparemment en réaliser les conséquences. Lors de son entretien en vue de se mettre au service de la justice civile afin d’aider à l’arrestation de Martin Bormann, il a lui-même remis deux chapitres de ses écrits ainsi qu’un article de François-Jean Armorin du Franc-Tireur daté d’avril 194632. Le premier chapitre raconte l’arrestation d’Abetz. Dès la page 4, à propos d’une allocation en essence insuffisante, il relate non sans impertinence s’être heurté à son supérieur hiérarchique : « il me fût alloué dix litres par la grâce de Dieu, c’est-à-dire par le Gouverneur [militaire] qui avait dépensé durant la même semaine environ 300 litres d’essence pour ses besoins personnels »33. Page 8, il critique les administrations qui « ont toujours gêné et gênent aujourd’hui, et gêneront encore demain tout travail profitable ». Il affirme page 13 : « On a tout fait pour […] me gêner dans les enquêtes que j’ai prise (sic) sur mes propres initiatives ». Dans le second chapitre consacré aux documents cachés par Abetz, il explique qu’avec l’accord de la Direction de la justice militaire en France il a pris l’initiative de laisser l’administration militaire française en Allemagne dans l’ignorance de sa venue en avril 1946, avec Otto Abetz, pour retrouver les documents cachés. Pour lui, l’objectif prime sur la méthode, ce qu’il explique, a posteriori de son arrivée en Allemagne, à son supérieur hiérarchique, le général Schwartz, gouverneur militaire : « l’intérêt de la France pour l’affaire Abetz m’obligeait à finir mon travail avant de penser à moi » et « m’oblige à la poursuivre jusqu’à son dénouement »34. Par sa liberté de ton et d’action, il bafoue la hiérarchie et l’autorité de l’État. En effet, en fin du second chapitre ci-dessus cité, il réclame des sommes qu’il estime lui être dues, et conclut : « Si je n’obtiens pas satisfaction, j’emploerai (sic) tous les moyens pour l’obtenir, en m’adressant au bon sens du peuple Français (sic). » Pour avoir été bafoué dans son autorité, la réaction du général Schwartz, mis devant le fait accompli, est sans appel. Pour lui, il est « un imposteur [qui] semble avoir plus ou moins abusé tout le monde » et pour lequel son rôle dans l’arrestation d’Abetz « n’avait été que secondaire »35. À compter de ce moment, Joachim Eisack se heurte à une fin de non-recevoir et les recours en Conseil d’État, dont le dernier avis est rendu le 21 décembre 1955 ne changent rien36. Joachim Eisack ne reçoit ni récompense ni compensation des frais engagés sur ses deniers personnels. La désinformation se poursuit puisqu’au cours des instructions suscitées par ses démarches pour être reconnu dans son droit, les approximations se multiplient. Ainsi, en janvier 1951, dans un document classé « très secret » l’auteur écrit qu’il a été « renvoyé probablement à titre disciplinaire » de la zone d’occupation alors qu’il a donné sa démission. Il ajoute que sa femme est d’origine autrichienne, bien qu’elle soit née en Russie. Pour lui, « malgré son mérite d’avoir participé à l’arrestation d’Otto Abetz [il] s’est comporté d’une telle façon que la réputation et le prestige de la Puissance Occupante en ont été discrédités »37. Selon le ministre des Armées, « il semble que […] Ezac se soit comporté exactement comme s’il agissait pour son compte personnel et non pour le service dont il relevait »38.

« Son cas fait actuellement l’objet d’un examen spécial »39

  • 39 ADR. 829W78 dossier no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 sept (...)
  • 40 ADR. 829W78, no 20275. Service départemental des Renseignements généraux du Rhône, 4 septembre 194 (...)

16Fin mai 1946, en parallèle de sa bataille pour obtenir la reconnaissance de ses actions, Joachim Eisack cherche à régulariser sa situation lors de son retour dans le département du Rhône. Le 4 septembre 1946, le service départemental des renseignements généraux (RG) rend son rapport d’enquête40. Elle a été initiée après que le cabinet du préfet a reçu un appel téléphonique et dont trace est gardée par des notes manuscrites conservées dans son dossier (figure 1).

Figure 1. Notes manuscrites, cabinet du préfet du Rhône, 28 août 1946

Figure 1. Notes manuscrites, cabinet du préfet du Rhône, 28 août 1946

Source : Archives départementales du Rhône. 829W78, no 20275

  • 41 ADR. 829W78, no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 septembre 1 (...)
  • 42 AD. 1PL1537. Le chef de la Brigade de Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Survei (...)

17Le nom de Ezac est doublement souligné suivi du prénom Richard et de « Eysack » avec un point d’interrogation, ce qui signifie que l’orthographe n’est pas connue de l’auteur de ces notes. Il est dit polono-allemand, apatride et on le pense « juif (??) ». Surtout, on lit : « brillante conduite Résistance, engagé armée Française sous faux nom / zone d’occupation française en Allemagne / a rendu de très nombreux services » et de préciser qu’il « vit toujours sous une fausse identité française ». Le cabinet du préfet demande que sa situation soit régularisée et mention est faite de la volonté du postulant d’obtenir sa naturalisation. La teneur de ces notes permet de comprendre qu’une personne est directement intervenue auprès du cabinet du préfet en faveur d'Ezac/Eisack. Le rapport d’enquête présente d’abord des « renseignements confidentiels recueillis sur son compte » puis les éléments contenus dans son dossier d’étranger sous sa véritable identité. En ce qui concerne l’enquête de voisinage, bien qu’il soit peu connu dans la commune où il réside depuis seulement quatre mois, l’enquêteur note qu’il « passe pour être vantard », « il aurait été inspecteur de police à Sackingen (sic) (Allemagne) et il prétend avoir contribué à l’arrestation d’Abetz, et à la découverte du trésor volé en France par ce dernier ». De plus, « Ezac prétend que son fils aîné, Gérard, était engagé dans les forces françaises libres ». De la consultation du dossier d’étranger, le fonctionnaire des RG rapporte : « se disait réfugié politique », « une demande d’expulsion avait été faite à son encontre en avril 1938 » et de préciser en employant un anachronique présent de l’indicatif « en effet, Eisack, au point de vue commercial, jouit d’une mauvaise réputation sur la place de Lyon ». Il relève ensuite les condamnations successives, sans toutefois démêler clairement la trame de chacune. Vient la période de 1939-1940, une suspicion d’espionnage parce qu’Allemand, puis il rapporte son internement au camp de Chambaran, un camp où ont été enfermés sans distinction Allemands et Juifs allemands. Aucune enquête n’a été menée à Belmont-de-la-Loire où le fonctionnaire des RG précise que sa carte d’identité a été délivrée et où, explique-t-il, « Ezac doit être connu ». Ses faits de résistance auraient pu y être confirmés, ainsi que ceux de son fils Gérard. Quel est l’écho donné à ce rapport à charge qui ne tient pas compte du contexte lié à chaque événement (hostilité des commerçants français, entrée en guerre, internement des ressortissants allemands sans distinction, persécutions antisémites de Vichy), n’en relève que les conséquences négatives, tout en accordant du crédit aux « renseignements confidentiels » par l’emploi du conditionnel et l’usage de l’adjectif vantard ? Il n’est pas davantage tenu compte du fait que le cabinet du préfet avait pris bonne note de ses actions dans la Résistance puis en ZFO en Allemagne. La réponse est à trouver dans la phrase citée plus haut du 19 septembre 1946 : « son cas fait actuellement l’objet d’un examen spécial »41. En effet, les différentes administrations communiquent entre elles et s’informent les unes les autres. Par la référence à un « examen spécial », le lien est assurément établi avec le conflit ouvert avec les autorités militaires d’occupation, d’autant qu’un enquêteur du Rhône, qui l’a reçu en vue de recourir à ses services pour arrêter Martin Bormann, a conclu son rapport : « se montrer très prudents si on décide […] de l’utiliser »42.

« Se montrer très prudents si on décide […] de l’utiliser »

  • 43 AD. 1PL1537. Commissaire de police Bailleul au commissaire divisionnaire, direction des services d (...)
  • 44 AD. 1PL1537. Commissaire divisionnaire Martin de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeu (...)

18Sur recommandation de ses services par le commandant Roux, un commissaire à la Direction des services de police judiciaire le reçoit43. À cet enquêteur, Richard Ezac/Eisack décrit son parcours et mêle des éléments de sa vie d’emprunt à des faits réels. De sa fausse identité relèvent une naissance à Constantine, un engagement volontaire en 1918, suivi d’une participation à l’Occupation en Allemagne de 1918 à 1921, puis une reprise de service en 1939-1940. De son vrai parcours de vie, il explique avoir résidé à Munich de 1921 à 1925, être passé au maquis en 1942 puis avoir été incorporé au 24e Bataillon de Marche en août 1944. En réalité, Richard Eisack a été incorporé dans l’armée allemande en 1918, s’est engagé volontaire dans la Légion étrangère en décembre 1939. Le commissaire le sait « israélite », le considère « d’un esprit vif et d’une intelligence certaine » mais dit ignorer ses « origines exactes » tout en remarquant son accent « tudesque », c’est-à-dire germanique. Le rapport est favorable et suggère que ses services seraient plus utiles à la Surveillance du Territoire qu’à la Police judiciaire. Par conséquent, ledit service procède à son tour à une enquête. Le commissaire Martin rapporte que par suite des hésitations et confusions dans la déclaration de son état civil par l’intéressé, il a « eu quelques doutes sur la véritable identité de cet homme »44. Il relate comment il a fait le lien avec la véritable identité. De la consultation de son dossier d’étranger, il a constaté les démêlés avec la justice, auxquels il ajoute des suspicions compte tenu de sa nationalité sur la base de réclamations où il faut entendre délation. La conclusion de son rapport est éloquente :

  • 45 AD. 1PL1537. Le commissaire divisionnaire Martin de la Surveillance du Territoire de Lyon au direc (...)

M. Eisack a pu avoir pendant l’occupation allemande des raisons de cacher sa véritable identité. Ces raisons n’existent plus maintenant, et l’on peut se demander quels sont les mobiles qui le poussent à agir ainsi […]. Il m’apparaît qu’il y a lieu de vérifier les affirmations d’Eisack en ce qui concerne l’arrestation d’Otto Abetz […] et de se montrer très prudents si l’on décide de l’utiliser quand même dans l’arrestation de Martin Bormann45.

« J’ai écrit pour plusieurs journaux, soit en France soit à l’étranger »

  • 46 AN. 19780036/87, no 28143X48. Lettre de Joachim Eisack au ministre de la Santé publique et de la p (...)
  • 47 L’arrestation de l’ex-ambassadeur Abetz, L’Impartial, 5 septembre 1949, p. 4.

19C’est dans le cadre d’une demande de naturalisation renouvelée en janvier 1948 après que le dossier initial a été égaré que Joachim Eisack apporte cette précision : « J’ai écrit pour plusieurs journaux, soit en France soit à l’étranger » et précise qu’il a quitté son emploi en octobre 1947 « pour écrire un livre » dont l’édition en plusieurs langues est prévue46. Au cours des années noires, le gouvernement de Vichy qui a procédé à des dénaturalisations (Zalc, 2016), a également mis en suspens les acquisitions de la nationalité française. Dans l’immédiat après-guerre, il s’est agi de purger les dossiers en souffrance ainsi que de traiter les nouvelles demandes (Spire, 2008). Il est intéressant de noter que les pères de familles nombreuses, les engagés volontaires et les résistants peuvent être naturalisés sans condition. De fait, Joachim Eisack aurait dû être naturalisé sans difficulté. Pourtant, alors qu’il requiert de connaître les démarches à suivre pour obtenir sa naturalisation dès le 5 août 1946, non seulement il ne l’obtient pas sans condition, mais il lui faut attendre quatre années avant que le décret ne soit accordé, le 13 octobre 1950. Dans la marge de sa lettre du 30 janvier 1948, les notes manuscrites indiquent que la question des écrits du postulant est à éclaircir avant décision. Il est vrai que les différents dossiers d’archives conservent les articles du Franc-Tireur d’avril 1946, du Progrès de juillet 1949, ce dernier classé secret, et on retrouve un article de L’Impartial (Suisse) du 5 septembre 1949 dans lequel le journaliste le présente comme « coupable d’avoir eu trop d’initiatives » et rapporte qu’il « s’en prit […] à l’État français lui-même »47. L’article s’achève sur une conclusion à charge contre l’État. En effet, il relate que Joachim Eisack qui travaille comme représentant commercial « déclare à qui veut l’entendre : ce travail me permet au moins de nourrir convenablement ma femme et mes six enfants », sous-entendant que la France ne l’a pas fait. On ne peut que présumer de la portée négative de ces écrits sur la procédure de naturalisation.

Conclusion

  • 48 AN. AL//4995 la minute de décision ; 19790328/63 dossier de procédure n° 9741, sieur Ezac, 21 déce (...)

20Joachim Eisack a eu le tort de naître juif en Allemagne, d’être réfugié politique à une époque où aucun pays ne voulait accueillir les populations qui fuyaient le nazisme. Il a eu le tort d’être un commerçant étranger en France, perçu par ses pairs français comme une concurrence dans une période où le pays était éprouvé par la crise économique. Il a eu le tort de prendre une fausse identité alors que le régime de Vichy, plongé dans la collaboration, livrait les Juifs et Juives à la déportation et à la mort. Il est devenu Richard Ezac, et après-guerre, a demandé sa nationalité française et la francisation de son nom, celui sous lequel il était désormais connu et reconnu. Si la nationalité lui a été accordée, la francisation a été refusée, officiellement du fait de l’origine germanique de son nom. Richard Ezac a cessé d’être, tandis que la désinformation dont Joachim Eisack avait été l’objet a perduré, fruit des différents contextes politiques et économiques au cours de sa vie en France. La désinformation s’est construite autour des rapports à charge dans lesquels l’usage d’un conditionnel infamant a été déterminant. Ce conditionnel et les mots ont le poids d’un casier judiciaire qu’on ne peut effacer et le récit familial rappelle qu’ils ont eu pour conséquences de détruire une famille, un homme. Pourquoi ? Assurément, une France s’est sentie bafouée dans son autorité, mais à ce jour, aucun document ne permet d’asseoir avec certitude l’hypothèse selon laquelle la France n’a pas voulu reconnaître la valeur de Joachim Eisack parce qu’il n’était pas Richard Ezac, mais un réfugié juif allemand. Les pièces qui ont justifié la décision du Conseil d’État prise dans le secret de la délibération ne sont jamais versées aux archives48. Néanmoins, on y trouve un mémoire en défense du ministre des Affaires étrangères non seulement partial et à charge, mais mensonger. Pourquoi ? Si Tal Bruttmann (2006) souligne que « ce n’est sans doute pas par antisémitisme déclaré que les agents de l’État adhérèrent aussi facilement au projet de Vichy » (p. 202), il rappelle que « l’antisémitisme d’État devint […] une norme administrative banale » (p. 199) appliquée consciencieusement, à quelques exceptions près. On est en droit de s’interroger sur une continuité d’un antisémitisme dans les rouages de l’administration de l’après-guerre soit préexistant aux années vichystes, soit devenu ethos bureaucratique. Les changements de pouvoir et de régime entre 1933 et 1952 n’impliquent pas que les officiels en poste tant au niveau régional que national aient changé de vision et n’aient pas toujours considéré Joachim Eisack autrement que comme un juif allemand et un imposteur, auquel l’arrestation d’Otto Abetz ne pouvait être attribuée.

21Qu’y-a-t-il de singulier dans le cas de Joachim Eisack ? Certainement pas l’usage du conditionnel qui, d’un registre stylistique administratif évolue vers une intentionnalité d’expression d’un doute dégradant. Une étude systématique des dossiers d’étrangers permettrait d’affiner évolution et permanence de ses usages des années 1930 aux années d’après-guerre. La désinformation qui conduit à mettre en danger la vie d’hommes et de femmes venus se réfugier en France parce que persécutés en tant que juifs n’est pas propre au cas de Joachim Eisack. Cependant, ce qui est singulier est qu’en dépit de tous ses efforts, cette désinformation l’ait dépouillé de toute reconnaissance de son engagement. Il aura fallu attendre les recherches de Didier Eisack et son livre pour que le voile de la désinformation se déchire et que le Mémorial de la Shoah entérine cette information. Désormais, Joachim Eisack est noté comme auteur de cette arrestation.

Haut de page

Bibliographie

Note : les sources primaires consultées (archives, textes officiels, articles de presse) sont indiquées en notes en bas de page.

Association pour des études sur la résistance intérieure (AERI). (2011). La Résistance dans la Loire. Paris : Institut des études régionales et du patrimoine ; Association Patrimoines au présent ; AERI [CD-Rom].

Barbier, J.-C. (2014). L’accueil des réfugiés d’Allemagne en Alsace (1933-34) : arbitraire de l’administration et marges de l’action individuelle et collective, Documents de travail/RT6 Working Papers, Association française de sociologie (AFS), n° 2014-5. En ligne : https://shs.hal.science/halshs-01003938.

Baruch, M.-O. et Duclert, V. (dir.). (2000). Serviteurs de l’État. Une histoire politique de l’administration française (1875-1945). Paris : La Découverte.

Beaupré, N. (2012). Les Grandes Guerres (1914-1945). Paris : Belin.

Benoit, B. (dir.). (2022). Édouard Herriot en quatre portraits. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion.

Berstein, S. (1985). Édouard Herriot ou la République en personne. Paris : Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

Berstein, S. et Winock M. (dir.). (2020). Fascisme français. Paris : Perrin.

Bollaert, A. Émile Bollaert, Biographie, [n. d.]. En ligne : http://www.emile-bollaert.fr/.

Bruttmann, T. (2006). Au bureau des affaires juives. L’administration française et l’application de la législation antisémite (1940-1944). Paris : La Découverte.

Caron, V. (2008). L’Asile incertain. La crise des réfugiés juifs en France, 1933-1942. Paris : Tallandier.

« Désinformer », Dictionnaire Larousse. En ligne : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9sinformer/24496.

Eisack, D. (2022). J’ai arrêté Otto Abetz. Histoire de mon grand-père, réfugié allemand… Juif… et résistant français. Nantes : Almathée.

Gaulle, Ch. de. (2016). Mémoires de Guerre, Mémoires d’Espoir. Paris : Plon.

Grosser, A. (1970). L’Allemagne de notre temps. Paris : Fayard.

Huyghe, F.-B. (2002). Désinformation. Dans Lexique de l’actuel. France Culture, 28 septembre 2002. En ligne : https://www.pierre-marc-debiasi.com/media/emission.php?id_rub=4.

Huyghe, F.-B. (2016). Désinformation : armes du faux, lutte et chaos dans la société de l’information. Sécurité globale, n° 6, p. 63-72. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3917/secug.162.0063.

Jenkins, B. et Millington, C. (2020). Le fascisme français. Le 6 février 1934 et le déclin de la République. Paris : Éditions Critiques.

Joly, L. (2011). L’antisémitisme de bureau : enquête au cœur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944). Paris : Grasset.

Joly, L. (dir.). (2023). La France et la Shoah : Vichy, l’occupant, les victimes, l’opinion (1940-1944). Paris : Calmann-Lévy ; Mémorial de la Shoah.

Klarsfeld, S. (dir.). (2022). Les rafles de l’été 1942 en zone libre. Actes du colloque du 26 août 2022. Association des fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF). En ligne : https://klarsfeld-ffdjf.org/publications/livres/2022-vichy-rafles-de-l-ete-1942-zone-libre-220-pages/

Laurens, S. (2008). Les agents de l’État face à leur propre pouvoir. Éléments pour une microanalyse des mots griffonnés en marge des décisions officielles. Genèses, n° 72, p. 26-41. En ligne : https://0-www-cairn-info.catalogue.libraries.london.ac.uk/revue-geneses-2008-3-page-26.htm.

Le Bras, S. (2018). Désinformation, rumeurs et nouvelles faussées autour de la révolte des vignerons languedociens en 1907. Dans Bourdin, P. et Le Bras, S. (dir.), Les fausses nouvelles. Un millénaire de bruits et de rumeurs dans l’espace public français. La fabrication d’un mythe (p. 121-142), Clermont-Ferrand : Presses universitaires Blaise Pascal. En ligne : https://shs.hal.science/halshs-01956734.

Lewis, M.-D. (2007). The Boundaries of the Republic. Migrant Rights and the Limits of Universalism in France; 1918-1940. Stanford : Stanford University Press.

Luirard, M. (2003). Réflexions sur l’engagement dans la résistance en zone Sud. Le cas de la Loire. Dans Vandenbussche, R. (dir.), L’engagement dans la Résistance (France du Nord - Belgique (p. 147-164), Villeneuve d’Ascq : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/books.irhis.419.

Marseille, J. (1980). Les origines « inopportunes » de la crise de 1929 en France. Revue économique, n° 4, p. 648-684. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/reco.1980.408547.

Martin, M. (2011). Rumeur, propagande et désinformation à Paris durant le règne de Henri IV. Quelques réflexions préliminaires à partir des Mémoires journaux de L’Estoile. Albineana, Cahiers d’Aubigné, n° 23, p. 267-283. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/albin.2011.1183.

Noiriel, G. (2007). Immigration, antisémitisme et racisme en France. Discours publics, humiliations privées (XIXe-XXe siècle). Paris : Fayard.

Offenstadt, N. (2010). Archives, documents, sources. Dans Delacroix, C., Dosse, F., Garcia, P. et Offenstadt, N. (dir.) Historiographies, I. Concepts et débats (p. 68-78), Paris : Gallimard.

Orlandi, E. (2001). Rumeurs et silences. Les trajets des sens, les parcours du dire. Hypothèses, n° 1, p. 257-266. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3917/hyp.001.0257.

Ponty, J. (1988). Polonais méconnus. Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres. Paris : Publications de la Sorbonne.

Prélot, P.-H. (2017). L’affiliation religieuse en droit français. Éléments pour une problématisation. Dans Messner, F. (dir.), L’affiliation religieuse en Europe (p. 113-134), Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/books.pus.9729.

Prempain, L. (2016). Polonais-es et Juif-ve-s polonais-es réfugié-e-s à Lyon (1935-1945). Esquives et stratégies. Thèse de doctorat, sous la direction de Laurent Douzou, Université Lyon 2. En ligne : https://theses.hal.science/tel-01486879.

Rabi, W. (1972). De 1906 à 1939. Dans Blumenkranz, B. (dir.), Histoire des Juifs en France : les origines et le Moyen Age (p. 363-388), Toulouse : Privat.

Schor, R. (1985). L’opinion française et les étrangers en France, 1919-1939. Paris : Publications de la Sorbonne.

Sémelin, J. (2013). Persécutions et entraides dans la France occupée : comment 75 % des Juifs en France ont échappé à la mort. Paris : Les Arènes.

Spire, A. (2008). La bataille pour un statut des étrangers (1935-1945). Plein droit, n° 79, p. 36-40. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3917/pld.079.0036.

Xu, Z. (2018). Les employés allemands du Gouvernement Militaire Français (1945-1949) Thèse de doctorat, Paris Saclay / East China normal University (Shanghai). En ligne : https://theses.fr/2018SACLN015.

Zalc, C. (2010). Melting shops : une histoire des commerçants étrangers en France. Paris : Perrin.

Zalc, C. (2016). Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy. Paris : Seuil.

Haut de page

Notes

1 Pour faciliter la lecture, j’utilise dans le texte le nom véritable de Joachim Eisack et quand cela s’avère nécessaire, je juxtapose les deux en soulignant celui dont il s’agit dans le document étudié.

2 Archives diplomatiques (AD). 1PL1537. Rapport du capitaine Joly, Gouverneur militaire de Säckingen, 5 décembre 1945.

3 Otto Abetz a été arrêté, Le Monde, 27 octobre 1945. En ligne : https://www.lemonde.fr/archives/article/1945/10/27/otto-abetz-a-ete-arrete_1856633_1819218.html.

4 Arrestation d’Otto Abetz – camp de généraux allemands, Journal Les Actualités Françaises, 9 novembre 1945. En ligne : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe86003332/arrestation-d-otto-abetz-camp-de-generaux-allemands.

5 Archives départementales du Rhône (ADR). 61W196. Dossier de naturalisation de Joachim Eisack. Commandant Roux au ministre des Armées, 10 juillet 1946.

6 ADR. 829W78, no 20275. Dossier d’étranger.

7 ADR. 829W78, no 20275. L’écriture de sa demande manuscrite en date du 3 septembre 1933 correspond à celle du 14 février 1949 conservée aux Archives nationales (AN). 19780036/87, no 28143X48. Dossier de naturalisation.

8 Des familles israélites allemandes se sont réfugiées à Paris, Le Populaire, 16 mars 1933, p. 2.

9 AN. F/1a/3529. Circulaire n° 222 du 20 avril 1933.

10 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 11 août 1933.

11 ADR. 829W43, no 18825. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 17 janvier 1934.

12 ADR. 829W42, no 18821. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 5 janvier 1934. Les remarques sur l’absence de preuve préfigurent la décision mise en application en février 1934 sur l’administration de la preuve de la qualité de réfugié.

13 Au niveau national, Edouard Herriot l’a choisi comme chef-adjoint de son cabinet alors qu’il était Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1924-1925), puis chef de cabinet lors de sa présidence de la Chambre des députés (1925-1926), puis directeur de son cabinet lorsqu’il préside pour la deuxième fois le Conseil et s’occupe des Affaires étrangères (juin-décembre 1932).

14 Alain Bollaert, Émile Bollaert : biographie. Chapitre 4 : Cabinets ministériels et préfectures. En ligne : http://www.emile-bollaert.fr/.

15 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 19 décembre 1936.

16 ADR. 829W78, no 20275. Préfet du Rhône au ministre de l’Intérieur, 12 juin 1936.

17 « Le refoulement (personnes dépourvues de passeport), diffère du rapatriement (pratiqué en cas de chômage avec l’accord de l’intéressé) et de l’expulsion (mesure de police judiciaire ou administrative) », (Barbier, 2014, p. 22).

18 ADR. 829W60, n° 19499 et 19500. Lettre du préfet au ministre de l’Intérieur, 19 février 1934. Je souligne.

19 Le meeting de la Ligue internationale contre l’antisémitisme, L’Œuvre, 9 avril 1933, p. 2.

20 Une déclaration de M. Herriot sur le blé et le chômage, Le Temps, 21 novembre 1934, p. 3.

21 AD. 1PL1537. J. M. Besnard au directeur de la Sûreté nationale, 25 mars 1936.

22 ADR. 829W78, no 20275. Bordereau d’envoi du ministère de l’Intérieur, Sûreté nationale au préfet du Rhône, 16 avril 1936.

23 Faillites, La Journée Industrielle, 16 juillet 1938, p. 12.

24 ADR. 829W78, no 20275. Ministère de l’Intérieur, direction de la sûreté générale, 6 avril 1955.

25 AD du Bas-Rhin. D460. Fernand Peter à Edouard Herriot, ministre d’État, 13 novembre 1934. Cité par Caron, 2008, p. 47.

26 Le salut public, 9 février 1938, p. 6. Les frères Moutal, juifs d’origine turque, naturalisés français entre 1927 et 1930, ont eu leurs commerces spoliés sous Vichy (15 mars 1942), Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 15 mars 1942, p. 1030.

27 C. Kégel, T. Corby, Séance du comité du 9 août 1917, Bulletin bimensuel de l’association générale du commerce des tissus et de l’industrie textile, 1er août 1917, p. 553 ; Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 12 mars 1942, p. 999.

28 ADR. 4M419. Statistiques des étrangers, 1934. Pour une analyse de ces statistiques, voir Prempain, 2016, p. 87-90.

29 ADR. 829W78, no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 septembre 1946.

30 AD. 1PL1537. Le commissaire divisionnaire de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Surveillance du Territoire à Paris, 21 août 1946.

31 Par exemple, AD. 1PL1537. « Animé de sentiments très louables », commissaire divisionnaire de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Surveillance du Territoire à Paris, 21 août 1946.

32 AN. 19780036/87, no 28143X48. Dossier de naturalisation. Ces deux chapitres constituent les seules traces d’un livre dont il évoque l’écriture en 1948.

33 Ceci est accrédité par les recherches de Zhikai Xu (2018) qui cite Alfred Grosser (1970, p. 90) à propos de « roitelets locaux » français. Zhikai Xu évoque les luttes intestines entre militaires et administrateurs civils du Gouvernement militaire français.

34 AD. 1PL1537. Adjudant-Chef Ezac au contrôleur de la Sûreté, Pays de Bade, 22 avril 1946.

35 AD. 1PL1537. Le général Schwartz au général Laffon, administrateur général de la ZFO en Allemagne, 30 avril 1946.

36 AN. AL//4995 la minute de décision ; 19790328/63 dossier de procédure n° 9741, sieur Ezac, 21 décembre 1955.

37 AD. 1PL1537. À monsieur le Commissaire pour le Land Bade, Cabinet Militaire à Fribourg, 22 janvier 1951.

38 AD. 1PL1537. Le ministre des Armées au commandant en chef français en Allemagne, 1er août 1947.

39 ADR. 829W78 dossier no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 septembre 1946.

40 ADR. 829W78, no 20275. Service départemental des Renseignements généraux du Rhône, 4 septembre 1946.

41 ADR. 829W78, no 20275. Note pour Monsieur le Maire de Saint-Germain-sur-l’Arbresle, 19 septembre 1946.

42 AD. 1PL1537. Le chef de la Brigade de Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Surveillance du Territoire à Paris, le 21 août 1946.

43 AD. 1PL1537. Commissaire de police Bailleul au commissaire divisionnaire, direction des services de police judiciaire, 30 juillet 1946.

44 AD. 1PL1537. Commissaire divisionnaire Martin de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Surveillance du Territoire à Paris, 21 août 1946.

45 AD. 1PL1537. Le commissaire divisionnaire Martin de la Surveillance du Territoire de Lyon au directeur de la Surveillance du Territoire à Paris, 21 août 1946.

46 AN. 19780036/87, no 28143X48. Lettre de Joachim Eisack au ministre de la Santé publique et de la population, 30 janvier 1948.

47 L’arrestation de l’ex-ambassadeur Abetz, L’Impartial, 5 septembre 1949, p. 4.

48 AN. AL//4995 la minute de décision ; 19790328/63 dossier de procédure n° 9741, sieur Ezac, 21 décembre 1955.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1. Notes manuscrites, cabinet du préfet du Rhône, 28 août 1946
Crédits Source : Archives départementales du Rhône. 829W78, no 20275
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/balisages/docannexe/image/1260/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 175k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Laurence Prempain, « L’usage du conditionnel dans l’administration française.Un outil de désinformation infamante »Balisages [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 05 février 2024, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/balisages/1260 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/balisages.1260

Haut de page

Auteur

Laurence Prempain

Historienne et associée au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA)

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search