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AccueilNuméros48Introduction

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1Leonardo Sciascia (1921 – 1989) est, parmi les intellectuels italiens majeurs du XXe siècle, l’un des plus traduits, lus et étudiés en France ainsi que dans beaucoup d’autres pays du monde. Instituteur, poète, journaliste, écrivain, essayiste, dramaturge, critique d’art et homme politique, il a marqué, par ses écrits éclairants et déstabilisants, la vie intellectuelle, sociale et politique de l’Italie contemporaine.

2Particulièrement riche, complexe et diversifiée, son œuvre – composée de poèmes, d’ouvrages narratifs, d’enquêtes journalistiques, d’essais sur la littérature et les arts, ou encore d’activités politiques – peut être abordée, dans sa globalité, à la lumière d’un fil conducteur qui, à nos yeux, en constitue la trame et la démarche fondamentale : analyser en profondeur la réalité afin de contribuer à la connaissance de la vérité et au réveil des consciences.

  • 1 En empruntant les mots de Palazzolo, nous pouvons dire que ses analyses, notamment celles qui offre (...)
  • 2 À ce propos et, plus particulièrement, au sujet de Il contesto et Todo modo Massimo Onofri parle d’ (...)

3Que ce soit – pour ne citer que les textes les plus représentatifs des articles recueillis ici – dans Favole della dittatura (1950), La Sicilia, il suo cuore (1952), Le parrocchie di Regalpetra (1956), Gli zii di Sicilia (1958), Il giorno della civetta (1961), Il consiglio d’Egitto (1963), Morte dell’inquisitore (1964), A ciascuno il suo (1966), La corda pazza (1970), Il contesto (1971), Il mare colore del vino (1973), Todo modo (1974), La scomparsa di Majorana (1975), Candido (1977), L’affaire Moro (1978), Nero su nero (1979), I professionisti dell’antimafia (1987), Il cavaliere e la morte (1988), Una storia semplice (1989) et Fatti diversi di storia letteraria e civile (1989), les analyses de Sciascia – portant sur certains faits, contextes et personnages, pour ainsi dire, obscurs et problématiques de la Sicile ainsi que de l’Italie d’hier et d’aujourd’hui – se présentent souvent comme une description et une dénonciation, à la fois polémiques et critiques, mais toujours lucides1. À ce titre, elles se proposent de dévoiler les rouages et les desseins d’une “machine du Pouvoir” opprimante et mystifiante, qui se déploie dans de nombreux domaines de la société, en l’affectant à plusieurs niveaux et de différentes façons, aussi bien dans le milieu familial et mafieux, dans le monde politique, juridique et religieux, que dans l’univers littéraire, artistique et culturel, plus généralement2.

  • 3 En ce qui concerne son style, nous partageons l’avis de Scuderi qui soutient ceci : « Lo stile di S (...)

4Dans ses ouvrages, toutefois, l’auteur sicilien, à travers des histoires dérangeantes et emblématiques, une prose sèche et incisive, un langage précis et évocateur, un style provocateur et anticonformiste3, nous montre aussi le pouvoir libérateur et cognitif du récit, en vertu duquel il explore, sous la forme polyvalente de l’enquête d’investigation, et parfois de manière métaphorique ou parodique, le rapport ambigu et trompeur de l’homme avec la société et avec lui-même, afin de l’éclairer sous un jour plus conscient et véridique.

5Fort de cette vision et mû par cette démarche, c’est essentiellement dans un souci d’engagement civique et dans le but d’œuvrer à un changement plus responsable de la façon de penser et d’agir de l’homme dans la société que l’enseignant devient écrivain, le journaliste se double du polémiste, l’essayiste se fait homme politique.

  • 4 Sur la question de la valeur du « passé » chez Sciascia – dont le sens, conçu comme une sorte de “r (...)

6Dès lors, à partir de ces sujets et de ces approches, nous avons décidé de réaliser une étude large et interdisciplinaire du profil intellectuel et politique de Sciascia, car nous sommes convaincus que ce n’est qu’en prenant en compte les diverses contributions venant de plusieurs domaines de recherche – allant de la littérature aux arts, de la linguistique au journalisme, de la pédagogie au droit, de l’histoire à la politologie – qu’il est possible de dégager les significations encore inédites d’une œuvre qui ne cesse de nous questionner et de nous offrir des clés de lecture utiles à comprendre le présent et envisager l’avenir plus consciemment à travers le passé4.

  • 5 Ces (re)découvertes, (re)lectures et (ré)écritures sciasciennes acquièrent, à nos yeux, une importa (...)

7Dans cette optique, nous avons alors souhaité mener cette étude dans le cadre d’un colloque international, ayant eu pour titre la thématique suivante, à savoir « Leonardo Sciascia : le pouvoir du (contre)récit, le (contre)récit du Pouvoir » ; une thématique qui a été analysée surtout par rapport aux événements, personnages et moments clés de l’histoire sicilienne et italienne, moderne et contemporaine, qui ont souvent fait l’objet de (re)découvertes, (re)lectures et (ré)écritures dans les écrits du racalmutese5.

  • 6 Selon Fernandez, Sciascia « enquête dans le passé de la Sicile, afin de récupérer les quelques héro (...)

8En particulier, ce qu’il en est ressorti est que : qu’il s’agisse de Diego La Matina, un religieux considéré comme hérétique, victime de l’Inquisition ; d’Ettore Majorana, dont la disparition s’est vite révélée comme une énigme à résoudre ; des “Poignardeurs”, treize individus, inconnus les uns des autres, auteurs de délits commis simultanément et sans raison apparente justifiable ; de Francesco Paolo Di Blasi, un avocat, sympathisant de la Révolution française, placé à la tête d’une conspiration républicaine ; d’Aldo Moro, enlevé et tué par les Brigades rouges dans l’indifférence et l’immobilisme de l’État ; d’Angelo Ficarra, évêque de Patti, éloigné de son siège épiscopal pour soupçon d’hétérodoxie ; ou de Caterina Medici, condamnée au bûcher pour sorcellerie ; et encore, qu’il s’agisse de l’Inquisition, de la Révolution et du Risorgimento en Sicile, de l’Italie à peine unifiée, de l’État monarchique et fasciste, de la Résistance, de la République, de la mafia et du système de pouvoir impliquant les institutions étatiques démocratiques, les organisations criminelles et les autorités locales ; en somme, tous ces événements, personnages et moments historiques sont représentés et (ré)interprétés par Sciascia à la lumière de documents officiels, histoires personnelles, faits et dessous de faits peu ou mal connus, qui, décrits et expliqués sous un angle plus précis et véridique, nous permettent d’en savoir davantage sur les différents aspects spécifiques de l’Histoire qu’ils relatent. En effet, à travers les romans historiques, les récits-enquêtes et les essais romanesques tels que, entre autres, Il consiglio d’Egitto, Morte dell’inquisitore, La scomparsa di Majorana, I Pugnalatori, L’affaire Moro, Dalle parti degli infedeli et La strega e il capitano, Sciascia aborde des problèmes et des maux qui ont marqué en profondeur la culture, la société et la politique sicilienne d’hier et qui caractérisent, aujourd’hui encore, la culture, la société et la politique italienne dans leur ensemble6.

  • 7 Le mot « micro-histoire » employé ici est entendu au sens de fait historique mineur tel qu’il est e (...)
  • 8 Ricorda, en traitant de Il contesto et Todo modo – mais nous estimons que ses propos peuvent être é (...)

9À ce propos, il a été important de remarquer aussi que, dans les reconstitutions historiques auxquelles il procède, l’auteur de Racalmuto part souvent d’un épisode ou d’un personnage secondaire (un fait divers ou une “micro-histoire”7) pour traiter des sujets principaux concernant ces moments et événements majeurs du passé qui, à ses yeux, continuent à entretenir des rapports étroits et significatifs avec le présent. Par les descriptions analytiques et les représentations narratives qu’il en propose, Sciascia, en montrant comment et pourquoi les faits envisagés se sont déroulés de telle ou telle façon, finit ainsi par mieux expliquer des mentalités et des comportements toujours très enracinés et actifs dans certains milieux et lieux où s’exerce le pouvoir politique, social, culturel, mafieux ou familial. C’est pour cette raison que tous ces écrits, et donc non seulement ceux plus spécifiquement fictionnels, parviennent à reconstituer et illustrer, de manière très éclairante, les contextes historiques évoqués ; et cela, en les peignant précisément comme des fresques – aux sujets et aux tons, certes, parfois assez sombres et dramatiques, mais bien réalistes – d’une époque déterminée de l’histoire d’une ou plusieurs villes siciliennes, de toute la Sicile, de l’Italie tout entière, ou alors d’une époque et d’un pays, à dessein non explicitement définis8.

  • 9 S’il y a un lien profond unissant significativement son parcours intellectuel et politique, il est (...)

10Dans ce cadre, nous avons également souhaité revenir sur certains aspects de la biographie intellectuelle et politique de Sciascia afin d’en dresser un tableau, aussi complet et détaillé que possible, en mesure de mettre en lumière, justement, les différents contextes géographiques, historiques, sociaux et culturels, lesquels, par les figures, les institutions et les faits les ayant le plus caractérisés, ont contribué à déterminer et orienter les choix et les tournants qui ont marqué son parcours d’homme de lettres et d’homme politique9.

11Ce qui a émergé, en définitive, de notre interprétation de ses ouvrages dans leur globalité est l’idée selon laquelle, à travers ces modes, aspects et contextes que ses histoires et analyses l’amènent ainsi à explorer, Sciascia propose, en recourant au pouvoir du (contre)récit, un (contre)récit du Pouvoir écrit à l’attention de son lecteur. Ce dernier, se plongeant dans la lecture de cette œuvre, est invité, en suivant les traces textuelles laissées intentionnellement par son auteur, à entreprendre un parcours de connaissance et de libération pouvant lui permettre d’apprendre à mieux reconnaître les mécanismes et les finalités d’un système de pouvoir qui, à plusieurs niveaux de l’appareil étatique et social, conditionne, souvent négativement, la vie de l’homme dans ses multiples et diverses dimensions, inhérentes à sa sphère aussi bien individuelle que collective, en entravant le plein exercice de sa libre conscience et de ses responsabilités civiques. Mais comment s’en rendre compte et agir en conséquence ? Par quels moyens y parvenir ? Au prix de quels efforts et avec quels résultats ?

12Nous avons en effet essayé de répondre à ces questions, et à d’autres, lors des communications et des discussions qui ont animé les rencontres de notre colloque, s’étant tenu à l’Université de Toulon les 9 et 10 décembre 2021 et ayant réuni des enseignants-chercheurs et des spécialistes issus de différents pays ; des communications et des discussions qui, bien entendu remaniées par la suite, ont été rassemblées dans ce volume et que nous allons présenter brièvement ci-dessous.

13En parcourant les contributions reçues, nous avons constaté que trois axes thématiques principaux se dégageaient, que nous avons voulu identifier et dénommer comme suit : le premier Visions d’ensemble de l’œuvre de Sciascia, le deuxième Revisitations, adaptations et confrontations d’ouvrages, le troisième (Re)découvertes, (re)lectures et (ré)écritures de l’Histoire. Ils nous ont logiquement et respectivement fourni un cadre et un titre pour les trois sections qui découpent ce volume, lesquelles sont suivies d’une section à part, Un témoignage, qui contient un souvenir intime et personnel sur Leonardo Sciascia et qui clôt ainsi le dossier lui étant consacré.

14Deux rubriques, Varia et Notes de lecture, font également partie de ce numéro 48 de Babel. Littératures plurielles. Dans Varia figurent trois articles portant sur des sujets aussi intéressants que différents : celui de Gerardo Centenera Tapia, Borges : l’iconographie de son bestiaire ; celui de Sangoul Ndong, La répartie : place et enjeux dans les Discours des misères de ce temps de Pierre de Ronsard ; et celui de Piera Rossetto, Shimon Ballas, Be-guf rishon [In prima persona]: iniziazione e poetica dell’alterità. Dans Notes de lecture, on peut lire le compte rendu de Yannick Gouchan du recueil de poèmes d’Andrea Verri, Leggeri arredi, paru en 2021 aux éditions Transeuropa.

15Le premier article du dossier sur Sciascia, qui ouvre la section Visions d’ensemble de l’œuvre de Sciascia, est celui de Marino Biondi, qui, dans sa contribution, Alla voce Sciascia. Echi di stampa dal centenario, propose un tour d’horizon sélectif des échos de la presse italienne concernant les célébrations liées au centenaire de la naissance de Sciascia. En abordant la question de la réception de ses ouvrages, à l’époque de leur parution, et de leur actualité aujourd’hui – et il fait référence notamment à Il giorno della civetta, A ciascuno il suo, Il contesto, Todo modo et L’affaire Moro –, le spécialiste développe un raisonnement qu’il axe surtout sur le thème de l’enquête comme recherche de la vérité chez l’auteur sicilien, sur la spécificité non conventionnelle de son roman policier et sur son rapport, souvent polémique et critique, avec l’État italien. Il en ressort finalement un profil intellectuel et politique de Sciascia reconstitué à la lumière des écrits et des tournants qui, d’après Biondi, ont le plus marqué sa vie et sa carrière, retracées depuis ses années en tant qu’instituteur et ses Parrocchie di Regalpetra jusqu’à sa condition d’écrivain désabusé de Una storia semplice, où le « straniamento che in lui si avvertiva sin dall’inizio […] tende ad accrescersi, fino […] a una disperazione senza lacrime ».

16Le sujet de l’enquête revient dans l’article de Lise Bossi, Inchieste in cerca d’autori, des enquêtes sous forme narrative qui – comme cela est bien connu chez Sciascia – visent à établir la vérité des faits par l’usage de la raison pour faire triompher la justice. L’universitaire met en avant une forme narrative qui, d’après elle, de temps en temps et, dans certains cas, simultanément, reproduit le procédé hypothético-déductif du roman policier traditionnel, en le poussant jusqu’à ses conséquences extrêmes, adopte la recherche philologico-historique effectuée sur des documents d’archives et utilise les mots croisés littéraires de matrice borgésienne. Elle propose également d’utiliser la méthode sciascienne de l’enquête “policière”, philologico-historique et borgésienne, présentée dans ses différentes phases de réflexion, d’élaboration et d’application à travers ses textes, afin de démonter les mécanismes du discours actuel du Pouvoir, de dénoncer ses mensonges et ses mystifications, d’endiguer la diffusion de contre-récits alternatifs et de contrer la désinformation, en continuant à « “scandagliare scrupolosamente le possibilità che forse ancora restano alla giustizia” [Sciascia 1989, 7], alla ragione e alla verità ».

17Dans le même registre, la contribution de Nadia Matranga, L’evoluzione delle forme e delle rappresentazioni del potere nelle opere di Leonardo Sciascia, passe en revue les formes et les représentations du pouvoir telles qu’elles évoluent au fil du temps dans les différents écrits de Sciascia. La chercheuse retrace en filigrane le discours du pouvoir, toujours identique à lui-même, vu comme étant teinté d’une négativité qui est aussi la caractéristique principale des personnages qui l’exercent et le gèrent. En esquissant ainsi un répertoire des traits distinctifs du pouvoir et du personnage type qui l’incarne, elle affirme que l’œuvre de l’auteur sicilien propose des « chiavi di lettura senza tempo sulle logiche di potere », toujours utiles pour comprendre et démasquer ses dynamiques changeantes et trompeuses.

18Quant à Alice Cencetti et à son article, Il diavolo con gli occhiali. Sciascia, inquisiti e inquisitori, qui clôture la première section, l’auteure, en s’interrogeant en particulier sur Todo modo et Il contesto, focalise son attention notamment sur les figures “diaboliques”, respectivement, de don Gaetano et du juge Riches, afin d’approfondir le thème des inquisiti et des inquisiteurs. En s’appuyant notamment sur le mot « contexte » – à entendre, selon elle, non pas, ou non seulement, au sens de lieu géographique, mais bien, et surtout, au sens étymologique (cum textum) de « l’insieme dei legami, delle connessioni e delle trame che determinano i fatti » –, la spécialiste traite en réalité, tout au long de sa contribution, aussi du thème très cher à Sciascia de la justice, dont l’exercice, aux yeux de celui-ci, n’a presque jamais rien à voir avec la vérité ; et d’ailleurs c’est pour cela que, en même temps, essayer d’exercer la justice prend immédiatement l’allure d’une inquisition. « Così – remarque significativement Cencetti – ogni tribunale civile e penale non può che diventare un tribunale dell’inquisizione, inquisizione laica o confessionale poco importa, sempre di inquisizione si tratta, con tutto ciò che di persecutorio essa si porta appresso ».

19La deuxième section, intitulée Revisitations, adaptations et confrontations d’ouvrages, débute avec l’article de Patrizia Landi, Una rivisitazione dei Promessi Sposi? Per una lettura del Consiglio d’Egitto di Leonardo Sciascia, qui met en évidence le rapport très étroit reliant Le Conseil d’Égypte aux Fiancés. Dans la comparaison qu’elle propose entre ces deux ouvrages, la spécialiste développe une thèse, argumentée avec force détails, en vertu de laquelle le premier pourrait être considéré comme une revisitation à part entière du second. À travers l’étude, en particulier, du personnage de l’abbé Giuseppe Vella, sorte de Don Abbondio repenti et conscient des impostures de l’Histoire, elle montre que Sciascia en vient ainsi à concrétiser l’intuition de Manzoni, selon laquelle seul l’art, et surtout la littérature, peuvent faire revivre au présent la vérité du passé, en imprimant dans l’esprit du lecteur le sens d’une justice, souvent, longtemps niée et dénaturée. D’après Landi, en contextualisant les faits racontés, en construisant les personnages concernés et en recréant les environnements de l’époque en question sur la base de manuels, actes de procès et chroniques historiques, Sciascia, en employant également les formes et les techniques narratives utilisées par Manzoni, parvient, grâce à une écriture qui mêle habilement et avec légèreté réalité et fiction, à faire ressentir à Vella, face au martyre de Paolo Di Blasi, un sentiment d’amour, entendu comme pietas fraternelle et comme antidote contre la défaite de la raison et les échecs de l’Histoire qu’il incarne et qui sont le « segno inequivocabile della incapacità da parte dell’uomo di avanzare davvero e di fare tesoro delle esperienze altrui ».

20Une revisitation est aussi celle qui est contenue dans la contribution d’Inge Lanslots, La scomparsa di Majorana: il saggio-inchiesta di Sciascia e la rivisitazione grafica di Riccioni-Rocchi a confronto, portant sur la fameuse affaire de la disparition du physicien sicilien, traitée dans l’essai-enquête de Sciascia, La scomparsa di Majorana, et reconsidérée ici sous la forme d’un roman graphique. En effet, en prenant comme point de départ de son analyse le livre récent de Francesca Riccioni et de Silvia Rocchi, Il segreto di Majorana, Lanslots y mène une confrontation serrée et non-conventionnelle entre les deux textes. Cette confrontation se concentre à la fois sur les spécificités distinctives des stratégies narratives, employées par chacun des deux ouvrages, et sur le traitement commun des matériels historiques ainsi que des aspects plus proprement imaginaires et fictionnels, afin de mettre en avant « l’importanza dell’approccio sciasciano che propone i tasselli di un mosaico da riordinare a seconda della possibile verità da esplorare ».

21Dans le cas de l’article signé à deux mains par Lorenzo Cittadini et Giovanni Caprara, Ricezione ed analisi della prima traduzione in spagnolo de La Sicilia, il suo cuore di Leonardo Sciascia, il est question d’une autre forme d’adaptation esthétique, celle de la traduction littéraire, plus spécifiquement poétique. Les deux contributeurs y discutent en effet de la première traduction en espagnol, réalisée par leurs soins, Sicilia, su corazón, du seul recueil de poèmes, à proprement parler, de Sciascia, dont ils fournissent des considérations importantes sur la réception et l’analyse justifiant certains de leurs choix de traduction. Sur cette base, ils avancent alors l’hypothèse, pour le moins suggestive, selon laquelle Sciascia, dans ce livre, aurait endossé le costume du poète-reporter qui aurait enregistré en vers, dans une forme poétique tendant significativement à la prose, des scènes et des impressions de vie quotidienne afin de « decifrare l’enigma dell’essere siciliano, la sicilitudine », selon « [u]na visione, una descrizione profonda, un viaggio giovanile “a cuore scoperto”, che permette di accedere all’intimità dei siciliani ».

22C’est toujours dans le cadre de l’adaptation esthétique que s’inscrit aussi l’article d’Ermelinda Campani, Sciascia uomo di cinema, qui propose, à travers certains écrits de Sciascia particulièrement représentatifs, deux parcours de lecture de son rapport avec le cinéma. Le premier parcours le présente en tant que spectateur-critique-écrivain, qui porte un regard très attentif sur le cinéma, sur ses œuvres, ses moyens expressifs et son expérience culturelle formatrice – pour la possibilité qu’il offre de découvrir et ouvrir de nouveaux horizons et des mondes inimaginables –, et qui s’intéresse à lui comme forme artistique et réservoir d’histoires inépuisable, devenu avec le temps matrice de lien social et lieu de mémoire. Le second l’envisage en tant qu’auteur de sujets, de scénarios et d’ouvrages narratifs adaptés pour le grand écran, dont les transpositions proposées par des réalisateurs comme Damiano Damiani, Elio Petri, Francesco Rosi, Gianni Amelio et Emidio Greco constituent « il veicolo, sì, per una riflessione socio-politica sul sistema Italia, ma insieme per una riflessione che è invece morale e filosofica su ciò che è e ciò che appare », entre vérité et fiction, avec les corollaires et les significations qui en découlent.

23Dans la contribution de Maria Panetta, La forma del romanzo-inchiesta e la passione di Leonardo Sciascia per le arti figurative: analisi del Cavaliere e la morte, celle-ci, en rappelant, en général, la forme du roman-enquête chez l’auteur sicilien et la passion de ce dernier pour les arts figuratifs, propose, en particulier, une analyse ponctuelle de son œuvre Il cavaliere e la morte, avant-dernier roman paru de son vivant. En soulignant l’importance, en tant que commentaire et clé du texte, de l’image de la gravure d’Albrecht Dürer, présente sur la couverture du livre et intitulée Le Chevalier, la Mort et le Diable, la spécialiste nous fait part d’une confrontation très instructive des deux ouvrages. Ce faisant, elle nous livre également une interprétation du Vice, le protagoniste du roman, qui est considéré comme l’alter ego de Sciascia, “poursuiveur” de la Vérité et de la Justice, et comme le partisan de la défense acharnée de la Raison et de la Civilisation contre les symboles envahissants du Chaos régnant dans la société actuelle, des idéaux qui sont donc brandis en tant qu’antidotes, imprégnés d’une lueur d’espoir et invoqués « per non precipitare nell’abisso dell’apatia o farsi sopraffare dai falsi miti dell’edonismo ».

24L’article de Thomas Stauder, De l’utopie de la tolérance religieuse dans Candide de Voltaire à l’utopie de la rupture de l’omertà dans Candido de Sciascia, clôture la deuxième section. En traitant minutieusement le roman Candido, il se concentre sur le profil du protagoniste éponyme, qui, dans le sillage de Candide de Voltaire, est vu lui aussi comme l’emblème de la défense de la liberté de pensée, ainsi que de la vérité, et qui, s’appropriant et incarnant ces principes fondamentaux qu’il hérite des Lumières, va même jusqu’à briser l’omertà pour que la vérité triomphe et que la justice soit rendue, tout en en payant personnellement les conséquences les plus fâcheuses. À travers une confrontation entre le conte philosophique de Voltaire et le roman de Sciascia mettant en évidence les nombreuses références textuelles à l’auteur français présentes dans l’ouvrage de l’écrivain sicilien, Stauder montre finalement que les deux protagonistes ont surtout ceci en commun : aussi bien Candide – qui souhaite réaliser l’utopie de la tolérance religieuse dans la France du XVIIIe siècle (son modèle de référence est l’Eldorado correspondant « à l’ancien type d’utopie géographique ») – que Candido – qui souhaite réaliser l’utopie de la rupture de l’omertà dans la Sicile du XXe siècle (son projet préfigurant « une utopie temporelle ») – se heurtent à une société contraire à leurs idéaux et farouchement opposée à leurs instances de changement.

25La troisième section, intitulée (Re)découvertes, (re)lectures et (ré)écritures de l’Histoire, s’ouvre avec la contribution de Nicolas Bonnet, Sciascia e Borgese in quella terra quasi di nessuno, qui se focalise notamment sur Sciascia lecteur et interprète de Giuseppe Antonio Borgese. En retraçant par thèmes l’histoire du rapport bibliographique et d’affinité intellectuelle du premier envers le second, Bonnet s’attarde, de manière très détaillée et significative, sur la dette de Sciascia à l’égard de Borgese, sur sa réévaluation de l’œuvre de ce dernier, marginalisée surtout par le monde académique italien d’après-guerre, ainsi que sur sa tendance progressive à idéaliser son portrait, parfois au détriment de l’exactitude historique, jusqu’à en faire l’objet d’une véritable mythisation voire vénération. Il en résulte, d’après Bonnet, que Sciascia, d’une part, a certainement contribué à redonner à l’œuvre de Borgese une place centrale et importante dans le panorama littéraire et culturel du XXe siècle, mais, d’autre part, a parfois mis en avant des mérites et des interprétations que « la lecture de ses textes ne permet pas toujours d’appuyer ».

26La deuxième contribution de cette section est celle d’Andrea Verri, qui s’intitule La storia che non cambia. La Sicilia di Leonardo Sciascia et qui s’interroge sur le rapport entre Sciascia et la Sicile, tel qu’il se dégage de l’examen de ses textes, écrits des années 1960 aux années 1980. En particulier, Verri se penche sur l’identité sicilienne d’après l’auteur de Racalmuto, cette sicilitude qui reste substantiellement toujours la même pour lui, parce que l’histoire de la Sicile est substantiellement toujours la même, malgré l’alternance des époques et des faits qui l’ont marquée ; époques et faits différents qui sont cependant interprétés, à la lumière de leurs similitudes, dans leur répétition égale et constante, en dépit de la succession des diverses réalités historiques et de leurs transformations. Mais il se concentre également sur l’image de la Sicile au fil des siècles pour montrer que le rêve de justice, toujours cultivé mais jamais réalisé, peut finalement être considéré, selon Sciascia, comme la raison explicative et la source première de la désillusion totale ainsi que du pessimisme lucide, qui ont donc contribué à forger historiquement et culturellement « un’identità siciliana immutata ».

27L’idée de l’Histoire comme mal émerge aussi dans l’article de Gabriele Fichera, Gli atomi, la scienza, la paura. Banalità del male e “funzione Colonna infame” in Sciascia, dans lequel il se propose d’analyser les différentes façons dont Sciascia se confronte au problème du mal, envisagé à partir du prisme interprétatif du texte manzonien et de la thèse sur sa « banalité » avancée par Hannah Arendt. En s’appuyant sur plusieurs ouvrages de l’auteur sicilien, tels que, entre autres, Verga e la libertà, Morte dell’inquisitore, Il contesto, Todo modo et La scomparsa di Majorana, Fichera en vient à mettre en relation le mal avec Dieu et l’Histoire, selon la vision spécifique sciascienne qu’il en dégage. Il explique ainsi que, d’après lui, il s’agit d’une vision qui, au long du parcours textuel et intellectuel de Sciascia, se manifeste dans la description de la tragique “nécessité” historique du mal, plus ou moins (in)consciemment fait et subi, et dans la représentation de la responsabilité individuelle du mal, résultant d’un choix pleinement conscient et d’une disponibilité librement assumée de la part de celui qui l’accomplit : un “acte gratuit” « per cui si evade dal male come necessità ineluttabile, e si prova a intonare la musica libera dell’uomo solo », comme celle du personnage du peintre de Todo modo.

28Clôturant cette troisième section, notre propre article, Leonardo Sciascia e il racconto-inchiesta: Una storia semplice?, s’attache à retracer l’“histoire”, de longue portée, du rapport de Sciascia au récit-enquête, que ce dernier a développé tout au long de sa production essayistique-littéraire diversifiée, à partir de Le parrocchie di Regalpetra jusqu’à Una storia semplice, à savoir du premier au dernier texte narratif publié de son vivant. Plus particulièrement, nous montrons, à travers l’analyse de ses ouvrages les plus représentatifs à cet égard, que cette histoire est loin d’être “simple” et que Una storia semplice peut, en ce sens, être considérée elle aussi, à notre avis, comme l’un de ses livres testamentaires. En effet, nous sommes convaincus – et c’est ce que nous essayons d’illustrer – que Sciascia lui confie emblématiquement une sorte de “legs” intellectuel, entendu et articulé dans les termes d’une réflexion tourmentée centrée sur le lien significatif que, autour du thème de l’enquête, l’œuvre permet d’établir entre (contre)récit et pouvoir, vérité et justice, auteur et lecteur.

29La présentation des contributions sur l’auteur de Racalmuto recueillies dans ce volume s’achève avec le texte de Valter Vecellio, intitulé Il “mio” Leonardo Sciascia. Il s’agit d’un témoignage, intime et personnel, d’un journaliste qui l’a longuement interviewé, connu et côtoyé, non seulement au niveau intellectuel mais aussi sur le plan politique, et qui nous livre ici le portrait de son Sciascia, peint d’après le point de vue du courage de la solitude et du devoir de la vérité, qui ont été, selon Vecellio, les traits propres et distinctifs de son profil d’homme de lettres et de son engagement politique sui generis ; un profil et un engagement, dont la leçon la plus importante qu’il nous a léguée est, pour lui, de cultiver l’esprit critique, « unico antidoto in un mare di retorica che minaccia di travolgerci ».

30Je souhaite dire mille fois merci à Loredana Ruccella, à Alessandro Leiduan et surtout à Simone Visciola, qui m’ont aidé par de nombreux conseils, moyens et formes de coopération, à divers moments et occasions au cours de ce parcours de recherche, d’étude et de publication sur l’œuvre de Sciascia.

31Je tiens aussi à remercier tout particulièrement Laure Lévêque, pour son immense disponibilité et sa confiance sans faille dont je lui suis très reconnaissant, ainsi que José García-Romeu, Gilles Leydier et toute l’équipe de Babel, pour leur soutien matériel et intellectuel, et spécialement Pierre-François Peirano, pour son aide prompte et ponctuelle.

32Mes sincères remerciements vont également à Yannick Gouchan et Ferdinando Pappalardo, points de référence constants et sources de discussions franches et éclairantes.

33Enfin, je remercie vivement Gaëlle Chapdelaine, toujours disponible à me faire parvenir efficacement la documentation nécessaire, et naturellement tous les auteurs, pour leurs contributions enrichissantes et leur précieuse collaboration, sans lesquels ce volume d’Actes n’aurait tout simplement pas existé.

34Dedico questo lavoro a Francesco, anche lui, a suo modo, pensatore contro.

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Notes

1 En empruntant les mots de Palazzolo, nous pouvons dire que ses analyses, notamment celles qui offrent « una riflessione profonda sulla crisi politica vissuta dal nostro Paese tra la fine degli anni Settanta e l’inizio degli anni Ottanta », constituent le témoignage « di un impegno che altri intellettuali hanno preferito eludere », Pasolini y étant exempté pour “cause de force majeure” [Lanfranco Palazzolo (a cura di), Leonardo Sciascia deputato radicale, 1979-1983, Milano, Kaos edizioni, 2004, p. 9].

2 À ce propos et, plus particulièrement, au sujet de Il contesto et Todo modo Massimo Onofri parle d’une foucaldienne « microfisica del potere » dans son livre Storia di Sciascia, Roma-Bari, Laterza, [1994] 2004, pp. 138-183.

3 En ce qui concerne son style, nous partageons l’avis de Scuderi qui soutient ceci : « Lo stile di Sciascia è uno stile denso e complesso. Eludere tale duplice dimensione, trascurare questa cifra della sua opera poetica apre la strada a grandi confusioni, a rischi di accostamenti azzardati, ad un appiattimento […] della sua figura letteraria ed intellettuale » (Attilio Scuderi, Lo stile dell’ironia. Leonardo Sciascia e la tradizione del romanzo, Lecce, Milella, 2003, p. 11).

4 Sur la question de la valeur du « passé » chez Sciascia – dont le sens, conçu comme une sorte de “rappel a futura memoria”, ne doit pas, selon nous, être confondu avec celui de l’« histoire » marqué en profondeur par ses abus, ses injustices et ses contradictions –, nous pensons que Fusco a emloyé des mots très efficaces pour la synthétiser, que voici : « Pour Sciascia, il ne s’agissait pas tant de la nostalgie pour un monde dont les contours s’estompaient peu à peu, que du sens très fort d’une continuité linguistique, culturelle et, au sens fort, anthropologique, qui avait justifié aussi bien les chroniques de la vie de son village et les recherches d’archives et d’histoire sicilienne que les fictions inspirées par les problèmes de l’actualité » (de la Préface de Mario Fusco à Leonardo Sciascia, Œuvres complètes III 1984-1989, Paris, Fayard, 2002, p. 12).

5 Ces (re)découvertes, (re)lectures et (ré)écritures sciasciennes acquièrent, à nos yeux, une importance d’autant plus prégnante que si on les met en relation, pour reprendre les termes de Moliterni, « con i suoi “padri” letterari e con la tradizione della modernità, [in] un dialogo […] nel quale Manzoni e Leopardi si accordano nella consapevolezza del male della storia; dell’illuminismo o dei miti del progresso si esplorano i paradossi e le aporie grazie all’esempio della Storia della colonna infame e la formidabile mediazione del pensiero della crisi; Stendhal e Borges vengono coniugati alla linea antiretorica e “moralistica” della cultura europea che dal XVI secolo arriva in Italia nutrendo i percorsi di certi outsider come Brancati e Savinio » (Fabio Moliterni, Sciascia moderno. Studi, documenti e carteggi, Bologna, Pendragon, 2017, p. 11).

6 Selon Fernandez, Sciascia « enquête dans le passé de la Sicile, afin de récupérer les quelques héros authentiques retombés dans l’oubli par la faute des défaitistes et des cyniques. Il enquête dans le présent, afin d’indiquer où se trouvent, parmi tant de mensonges et de contradictions, la lucidité, l’honneur, le courage. […] il s’emploie à repérer les îlots de résistance, les exemples à suivre, les champions d’une éventuelle renaissance » (Dominique Fernandez, Le promeneur amoureux. De Venise à Syracuse, Paris, Plon, 1980, p. 335).

7 Le mot « micro-histoire » employé ici est entendu au sens de fait historique mineur tel qu’il est envisagé dans le cadre du courant de recherche, la microstoria, associé notamment à Carlo Ginzburg, dont la pratique historiographique est conçue, d’après Benvenuti qui la met en relation avec la démarche de Sciascia, « quale metodo e sguardo rivolti allo scandaglio della cultura popolare e del significato individuo che si può trarre dalla ricostruzione di un’esperienza di subalternità rimossa, e riscritta dalla giustizia e dal potere » (Giuliana Benvenuti, Microfisica della memoria. Leonardo Sciascia e le forme del racconto, Bologna, Bononia University Press, 2013, p. 44).

8 Ricorda, en traitant de Il contesto et Todo modo – mais nous estimons que ses propos peuvent être élargis à l’ensemble de la production narrative de Sciascia en vertu de la récurrence et de l’universalité des sujets et des significations qui y sont évoqués –, affirme que sa démarche découle de sa « volontà di dimostrare sempre qualcosa attraverso la rappresentazione di un fatto “inventato”, […] nel senso di “trovato nella storia e nella cronaca” », que cette démarche fait en sorte que « il rapporto tra l’istanza saggistica e quella narrativa si struttura in forme particolari » et que « [l]o spunto iniziale, pur sempre di natura saggistica, finisce per stemperarsi in una serie di procedimenti fortemente allusivi, in una scrittura che tende ad emblematizzare situazioni e personaggi proiettandoli […] su un piano atemporale ed astratto che prescinde da localizzazioni storiche » (Ricciarda Ricorda, Sciascia ovvero la retorica della citazione, in « Studi novecenteschi », vol. 6, n° 16, marzo 1977, pp. 66-67).

9 S’il y a un lien profond unissant significativement son parcours intellectuel et politique, il est identifiable, pour Macaluso, « in tutta la sua opera [nella quale] l’asse dei suoi ragionamenti è il rapporto tra politica ed etica » (Emanuele Macaluso, Leonardo Sciascia e i comunisti, Milano, Feltrinelli, 2010, pp. 88-89).

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Pour citer cet article

Référence papier

Giuseppe Lovito, « Introduction »Babel, 48 | 2023, 15-28.

Référence électronique

Giuseppe Lovito, « Introduction »Babel [En ligne], 48 | 2023, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/babel/14731 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/babel.14731

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Auteur

Giuseppe Lovito

Université de Toulon
BABEL (EA 2649)

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