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Dossier : Economie et culture en milieux amazighes

Les coopératives de production de l’huile d’argan : une valorisation des patrimoines amazigh au service des femmes rurales du Souss-Massa ?

Amandine Cormier et Alia Gana
p. 131-148

Résumés

Produit et savoir-faire féminin issu du patrimoine amazigh de la région du Souss-Massa, l’huile d’argan est devenu depuis les années 1990 un produit phare autour duquel s’est développée une filière commerciale globalisée. Structurée au départ autour de la coopérative rurale et féminine à vocation économique et sociale, la filière de l’huile d’argan a permis de créer des espaces de travail féminins collectifs qui constituent une première avancée pour les femmes Amazigh. Nous montrons toutefois dans cet article, basé sur des enquêtes auprès de différents acteurs de la filière, que la valorisation des ressources et des savoir-faire liés à l’exploitation de l’arganeraie ne profite que très partiellement à la promotion socioéconomique des femmes rurales. La main mise progressive d’acteurs extérieurs sur la filière de l’huile d’argan, aussi bien en amont qu’en aval de celle-ci, tend à réduire la place des coopératives et à déposséder les femmes de la ressource arganière, de leur savoir-faire et des fruits de leur travail. Une meilleure maitrise par les coopératives et les femmes rurales de la gestion de la ressource et de la commercialisation des produits, permettant de réduire le rôle des intermédiaires qui s’approprient une grande partie de la valeur ajoutée, favoriserait une redynamisation du secteur coopératif et augmenterait les retombées économiques de son développement sur la situation des femmes rurales Amazigh et des territoires concernés.

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Notes de la rédaction

Cet article a bénéficié du soutien du Conseil européen de la recherche, Programme Horizon 2020, projet ERC TARICA convention n° 695674.

Texte intégral

Introduction

1Forêt endémique située pour l’essentiel dans le sud du Maroc, l’arganeraie s’étend sur une zone allant de la Région de Marrakech-Safi, jusqu’à la province de Guelmin, dans la Région de Guelmin Oued-Noun, avec une concentration principalement dans la Région du Souss-Massa, (voir figure 1).

Figure  : Carte de répartition de l’arganeraie au Maroc

Figure  : Carte de répartition de l’arganeraie au Maroc

(Source : Haut Comissariat aux Eaux et Fôrets, Maroc, 2008)

2Considérée comme l’un des pivots de la culture agraire des populations à dominance amazigh (Nouaim, 2005), l’arganeraie, les pratiques et les savoir-faire liés à ses formes de valorisation multiples, développés notamment par les femmes amazighes, revêtent une forte dimension patrimoniale et symbolique. L’huile extraite de l’arbre présente de nombreuses propriétés alimentaires et cosmétiques, dont les qualités et la rareté sont convoitées.

Figure  : Un n arganier dans la province de Tiznit, Souss-Massa

Figure  : Un n arganier dans la province de Tiznit, Souss-Massa

(Photo : Amandine Cormier, 2018)

  • 1 La première coopérative d’extraction de l’huile d’argan, Al Amal, est créée en 1996 dans la petite (...)

3A partir des années 1990, les propriétés de l’huile et son intérêt pharmaceutique sont mis en lumière au Maroc et à l’échelle internationale (Charrouf, 2007), faisant progressivement de l’huile d’argan un ingrédient cosmétique recherché par les industriels. Conjointement, pour répondre à cette demande émergente, mais aussi pour favoriser le développement des communautés rurales de la zone d’arganier, l’organisation d’une filière de valorisation commerciale de la ressource est promue par différents acteurs nationaux et internationaux et des associations de développement. Les premières coopératives spécialisées1 dans l’extraction de l’huile d’argan visent à organiser le travail des femmes au sein d’ateliers collectifs, de manière innovante, en vue d’une production orientée principalement à l’exportation.

  • 2 Les enquêtes réalisées en 2006 et 2007 dans le Souss-Massa ont consisté dans des entretiens semi-di (...)

4Basé sur des enquêtes2 dans la région du Souss-Massa, réalisées en 2006 et 2007 et actualisées en 2018, cet article analyse les dynamiques des coopératives féminines en lien avec l’évolution des problématiques du développement de la filière de l’huile d’argan et des logiques qui ont guidé les actions de promotion mises en œuvre. L’originalité de cette étude, en deux temps, réside dans son aspect dynamique et l’analyse de la diversité des réalités et des évolutions qui caractérise les coopératives étudiées, permettant de saisir, d’une part, les processus qui participent à la différenciation des structures constituant la filière de l’huile d’argan, d’autre part, les mécanismes qui favorisent ou au contraire empêchent l’autonomisation socioéconomique des femmes rurales.

5Il s’agit de mettre en lumière les dynamiques qui participent à une intégration sélective des coopératives féminines dans une filière de plus en plus dominée par des acteurs économiques extérieurs aux régions de production de l’huile d’argan. Nous montrerons que, contrairement aux ambitions affichées par les programmes d’appui au secteur, la valorisation des ressources et des savoir-faire liés à l’exploitation de l’arganeraie ne profite que très partiellement aux femmes et aux populations amazighes du Souss-Massa.

Figure  : Carte de localisation des différentes coopératives enquêtées dans la région du Souss-Massa en 2018

Figure  : Carte de localisation des différentes coopératives enquêtées dans la région du Souss-Massa en 2018

Les savoir-faire des femmes amazighes du Souss-Massa au service de la construction d’une filière marchande autour de l’huile d’argan

D’une économie domestique d’autoconsommation…

6La production d’huile d’argan est une activité traditionnelle pratiquée à l’échelle familiale dans les régions d’expansion de l’arganeraie. Des fruits de l’arganier est extraite une huile aux propriétés alimentaires et cosmétiques, par un procédé technique complexe, qui est maitrisé presque uniquement par les femmes originaires de la région. En effet, celles-ci gèrent sa production, de la récolte des fruits à son extraction. Après avoir récolté les fruits de l’arbre, ceux-ci sont séchés au soleil. Les fruits sont ensuite dépulpés par les femmes à l’aide de pierres afin de ne garder que les affyach, c’est-à-dire les noix d’argan. Celles-ci sont ensuite concassées manuellement, grâce à un geste précis et rapide, afin d’en dégager les amandons, qui sont appelés znin en Tachelhit. Les amandons sont ensuite torréfiés au feu de bois et broyés manuellement dans une meule appelée azerg. La pâte obtenue est ensuite mélangée à un peu d’eau salée, puis malaxée pendant plusieurs dizaines de minutes afin d’extraire l’huile, qui peut ensuite être consommée. Les déchets obtenus qui sont appelés tourteau, peuvent servir d’alimentation pour le bétail. Ce processus traditionnel, long et difficile, est transmis par les femmes au sein de la famille de génération en génération, et se perpétue jusqu’à aujourd’hui au sein des foyers, afin de produire une huile à usage familial. Traditionnellement, chaque famille possédant des arganiers, produit sa propre huile d’argan destinée à un usage domestique, notamment alimentaire. Quelques litres pouvaient aussi être vendus sur le souk ou dans des boutiques en ville, mais la production et la consommation de cette huile singulière est longtemps restée cantonné à un usage domestique, notamment dans le cadre d’évènements comme des fêtes ou des mariages.

Figure  : Processus de fabrication manuel de l’huile d’argan

Figure  : Processus de fabrication manuel de l’huile d’argan

(Photos : Amandine Cormier, 2018)

…à une production marchande tournée vers l’exportation

  • 3 Au sein du laboratoire de Chimie de l’Université Mohammed V de Rabat, grâce au travail notamment de (...)
  • 4 L’Agence de Développement Social (ADS) créée au Maroc en 1999 a pour but de promouvoir le développe (...)

7L’arganeraie suscite l’intérêt de la communauté scientifique et internationale depuis le milieu des années 1980. Au milieu des années 1990, les propriétés pharmacologiques de l’huile d’argan et son potentiel cosmétologique ont été mises en lumière3. Au même moment, l’arganier est identifié comme étant un support propice au développement local et régional, afin de créer une filière agricole à haute valeur ajoutée favorisant le développement des zones rurales marginalisées de la région. Sous l’impulsion de plusieurs structures internationales et nationales (ONG, associations de développement local, coopération internationale), les premières coopératives pilotes sont créées dans le Souss-Massa. Elles ont pour but, dans une démarche dite participative, de réunir des femmes rurales souhaitant valoriser leur savoir-faire et leurs connaissances à travers une activité génératrice de revenus. La mise en œuvre à partir de 2003 du Projet Arganier par l’Agence de Développement Social (ADS)4, avec l’appui de l’Union Européenne, a permis de consolider les premiers acquis et de renforcer les bases d’une filière économique attractive dans toute la région. En vue de moderniser, structurer et professionnaliser cette filière encore très artisanale, plusieurs innovations ont été introduites, comme la différenciation des processus de fabrication de l’huile alimentaire et de l’huile cosmétique (torréfaction de l’huile alimentaire), la mécanisation d’une partie de la production, notamment la torréfaction, l’extraction de l’huile et la mise en bouteille.

  • 5 Le Plan Maroc Vert (PMV) est la stratégie mise en place entre 2008 et 2020 pour impulser le dévelop (...)
  • 6 L’Initiative pour le Développement Humain (INDH) est une initiative nationale lancée en 2005 face a (...)
  • 7 L’ANDZOA (Agence Nationale pour le Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier) a été créée (...)
  • 8 Voir le projet DARED « Développement de l’Arganiculture dans les Zones Vulnérables pour plus de dét (...)

8Un réseau dense de coopératives de femmes s’est ainsi consolidé en s’autonomisant progressivement de l’impulsion de l’aide internationale, et leur encadrement a été intégré dans les grandes orientations stratégies marocaines en termes de développement rural, agricole mais aussi social. Dans le cadre du Plan Maroc Vert5 et de la promotion des produits du terroir marocain, la montée en gamme des coopératives et leur professionnalisation est fortement encouragée. Cela passe par la mise aux normes sanitaires en termes de production (création de nouveaux locaux aux normes, constitution de laboratoires pour fabriquer les produits) qui permettent de renforcer la qualité, l’hygiène et la traçabilité de la production, de la diversification et de répondre aux mieux aux exigences des marchés internationaux et nationaux. L’INDH6, à travers ses différents programmes, a aussi été une initiative de l’Etat qui a permis de soutenir les coopératives et d’encourager leur création, leur apportant notamment un soutien matériel et financier (subventions afin de construire des locaux pour les coopératives, achat de matériel destiné aux coopératives comme des machines d’extraction de l’huile ou des emballages pour les produits). Depuis 2018, l’ANDZOA7 développe une nouvelle stratégie d’intervention dans le secteur de l’arganeraie, en cherchant à changer de paradigme8, centré davantage sur le développement de l’arganiculture durable et moins sur les coopératives et les structures féminines. La figure ci-dessous résume schématiquement les différentes étapes de mise en place et de structuration de la filière par les différents intervenants.

Figure  : Différentes étapes de mise en place de la filière de l’huile d’argan

Figure  : Différentes étapes de mise en place de la filière de l’huile d’argan

Les coopératives comme modèle d’économie sociale et éthique 

9Les étapes successives du programme de consolidation de la filière et du réseau de coopératives féminines ont permis de construire un modèle de la coopérative féminine d’extraction d’huile d’argan, correspondant plus souvent à un idéal à atteindre pour les différentes structures, plutôt qu’à une réalité. Il sert néanmoins de vitrine de la production féminine d’huile d’argan dans la région. En effet, la coopérative est pensée comme un espace de développement de l’entrepreneuriat féminin et un lieu important dans les villages de la région, avec des fonctions dépassant celui de simple lieu de travail des femmes. Elle est aussi conçue comme un espace d’autonomisation des femmes dans laquelle d’autres activités et services sont prévus pour intégrer les femmes et améliorer le quotidien, comme des cours d’alphabétisation (en arabe), la création de crèches ou d’autres actions de formation pour les femmes. La coopérative est également supposée contribuer à dynamiser le développement local, en lien avec les associations de développement et participer à l’essor du tourisme rural. Enfin les coopératives de femmes situées dans les différents douars sont appelées à se constituer en réseaux et à s’organiser économiquement au sein de groupements d’intérêt économique (GIE) ; ceci afin d’assurer la promotion des produits et leur commercialisation.

Figure  : Une coopérative d’extraction de l’huile d’argan "modèle", dans la province de Tiznit, région du Souss-Massa (photo : Amandine Cormier, 2018)

Figure  : Une coopérative d’extraction de l’huile d’argan "modèle", dans la province de Tiznit, région du Souss-Massa (photo : Amandine Cormier, 2018)

10L’essentiel du marketing de l’huile d’argan, outre la mise en avant des propriétés de l’huile d’un point de vue cosmétique, repose sur la mise en avant de la dimension éthique, équitable de la production de l’huile par les femmes, en en faisant un produit solidaire, féminin et naturel. En effet, à l’échelle internationale, l’huile d’argan est vendue comme étant un secret de beauté ancestral des femmes amazighes vivant dans le Centre-Ouest marocain pour leur peau et leurs cheveux, le produit ayant de nombreuses propriétés appréciées en cosmétologie. La dimension locale de leurs savoir-faire et secrets de fabrication sont aussi mis en avant afin de renforcer la dimension unique de cette huile. Cette stratégie marketing, de produit naturel authentique et solidaire, est mise en avant par les différentes labellisations, comme notamment les labellisations biologiques (Label Agriculture Biologique, Label Ecocert), l’Indication Géographique protégée (IGP) ainsi que plus rarement la certification équitable (Label Fair Trade de Max Havelaar) que peuvent acquérir les coopératives. Ces certifications sont un avantage en termes de commercialisation et sont de plus en plus demandées par les clients internationaux, mais elles sont également exigeantes et difficiles à obtenir. Leur mise en place a favorisé un processus de différenciation technique entre les coopératives, distinguant celles qui continuent à produire de manière traditionnelle et artisanale et celles qui sont en mesure de respecter le cahier des charges et à moderniser le procédé technique afin de répondre aux exigences des marchés internationaux. Pourtant, la certification ne garantit pas toujours une meilleure qualité du produit.

Les limites du rôle vertueux des coopératives et les réalités du travail des femmes 

Un réseau de coopératives féminines aux situations contrastées

11Derrière le modèle de coopératives qui s’est progressivement consolidé afin de devenir la vitrine de la filière se cache des situations contrastées, en termes d’organisation et d’insertion économique. Il existe en effet différents types de coopératives. Une première grande catégorie se caractérise par le nombre important d’adhérentes, des locaux équipés, des employés et un réseau de clients nationaux et internationaux. Une autre est constituée d’unités à taille réduite, où les femmes effectuent un travail très précaire tendant vers l’informalité, avec une clientèle rare et des revenus faibles et aléatoires. En effet, les quelques coopératives « modèle » bien intégrées économiquement, ainsi que l’essaimage de coopératives féminines d’argan dans toute la région, pouvant apparaître comme une preuve de la dynamique entrepreneuriale des femmes de la région, masquent en réalité la difficulté de faire des coopératives des structures viables et pérennes. Beaucoup d’entre elles sont inactives ou peu fonctionnelles et tentent de capter différentes aides afin de se maintenir et éventuellement se développer. On observe ainsi un processus de différenciation et de hiérarchisation de plus en plus marqué entre les coopératives. Alors qu’un premier groupe arrive à créer une réelle dynamique entrepreneuriale autour de l’activité de production d’huile d’argan, l’autre parvient difficilement à obtenir des commandes et vendre ses produits. Ces dernières structures sont parfois contraintes de contractualiser leurs activités de concassage à d’autres coopératives ou à entreprises privées qui, elles, peinent à honorer leurs commandes trop conséquentes. Une forte concurrence entre les différentes structures caractérise en fait la dynamique des coopératives féminines de production de l’huile d’argan.

Une activité qui peine à assurer l’autonomie financière des femmes

12Nos enquêtes de terrain font ressortir que la principale source de motivation pour l’adhésion des femmes à une coopérative est la nécessité et l’espoir d’accéder à une rémunération permettant de compléter les faibles revenus du ménage. En effet, 97 % des femmes interviewées en 2018 déclarent que ce sont principalement des raisons économiques qui les poussent à intégrer une coopérative. Les témoignages des femmes vont en effet dans ce sens : « Je suis pauvre et je n’ai pas d’autres sources de revenus à part ce que je gagne à la coopérative » (une adhérente veuve de 60 ans, au sein de la coopérative Tiwargane) ; « Ma situation est meilleure qu’avant. Mon mari ne travaille pas et je dois gagner un peu d’argent » (une adhérente de 64 ans, au sein de la coopérative Tiwargane).

13Cependant, la situation économique difficile dans laquelle se trouve une grande partie des coopératives ne permet en général qu’un faible niveau de rémunération pour les femmes, comme le montre ce témoignage d’une adhérente : « Le salaire est faible mais je continue de travailler » (une adhérente de 42 ans, mariée, au sein de la coopérative Tiwizi Wargane). Il est important ici de préciser que, de par leur statut de coopératrices, les femmes adhérentes ont droit théoriquement à une part des bénéfices. Or, très peu de coopératives parviennent à dégager des bénéfices, leur chiffre d’affaires étant principalement conditionné par leur capacité à écouler leurs produits et à s’insérer dans des réseaux de commercialisation nationaux et internationaux. Et même dans le cas où les coopératives parviennent à dégager des bénéfices, les gestionnaires préfèrent souvent les réinvestir dans l’appareil de production. Dans ces conditions, la rémunération des membres de la coopérative s’établit sur la base du travail fourni et de sa productivité. En effet, au sein des coopératives enquêtées, les femmes adhérentes sont payées à un tarif fixe par kilo d’amandons concassés, soit entre 20 et 45 dirhams (la moyenne étant plus proche des 20 dirhams que des 45 dirhams). En travaillant 8 à 10 heures quotidiennement, 5 à 7 jours par semaine, la rémunération mensuelle des femmes s’établissait en moyenne à 600 Dirhams il y a une dizaine d’années (Gana, Terrazzoni, 2009). Nos enquêtes les plus récentes (2018) ne font pas ressortir d’augmentation notable de cette rémunération, qui atteint très rarement les 900 Dirhams par mois. Elle reste en tout cas largement en dessous du salaire minimum agricole au Maroc (SMAG) soit 1994 dirhams par mois en 2020 et bien en dessous du salaire minimum dans l’industrie et le commerce (SMIC) passé à 2898,71 dirhams par mois en juillet 2020. Il importe également de noter que les retards, voire l’absence totale, de paiement sont des situations fréquentes au sein des coopératives en difficulté, ce qui illustre le caractère précaire et aléatoire des rémunérations perçues par les femmes. En effet, le statut d’adhérente, s’il peut offrir des avantages en termes de flexibilité du travail (Gillot, 2017), ne garantit pas de rémunération minimale, ni de conditions de travail décentes. La dimension contraignante et difficile du travail au sein des coopératives a été mis en avant par 51 % des femmes interviewées lors de nos enquêtes.

14Ainsi, le travail dans les coopératives est surtout un moyen de dégager quelques ressources monétaires complémentaires pour la famille, mais qui demeurent faibles : « Ce que je gagne ici, c’est moins que ce que mes enfants m’envoient » (par une adhérente de 63 ans, mariée, au sein de la coopérative Tiwizi Wargane). Le graphique ci-dessous indique les différents types de dépenses effectuées par les femmes avec les revenus générés de leur travail au sein des coopératives. On observe que ces derniers servent principalement aux achats de consommation quotidienne. Ils contribuent également, dans une mesure non négligeable, à la prise en charge de dépenses liées à la santé et à la scolarité des enfants.

Graphique  : (Source : données d’enquêtes, 2018)

Graphique  : (Source : données d’enquêtes, 2018)

15La participation des femmes « coopératrices » au budget du ménage contribue certes à valoriser la place qu’elles occupent au sein de la famille. Elle leur offre la possibilité de pratiquer contre rémunération une activité qu’elles faisaient à domicile (Gillot, 2017), mais aussi de satisfaire des besoins personnels, tels qu’habillement, ustensiles ménagers ou santé, etc. (Gana, Terrazonni, 2009).

16Toutefois, s’il procure des revenus complémentaires à la famille, le travail au sein de la coopérative ne permet pas aux femmes de consolider des projets d’autonomisation économique. Force est en effet d’admettre que les ressources dont elles tirent de leur travail, et la place subordonnée qu’elles occupent dans les structures coopératives, sont loin de leur permettre d’acquérir des positions effectives dans des projets d’entrepreneuriat au sein de la filière. Alors qu’elles contribuent par leur travail à la création d’une part importante et indispensable de la valeur ajoutée d’un secteur de plus en plus dominé par les entreprises privées et les grands groupes cosmétiques internationaux, elles ne profitent que d’une part infime de ces bénéfices.

La coopérative, un espace hiérarchisé réduisant les adhérentes à un statut d’ouvrières à la tâche

17Alors que le modèle de la coopérative féminine promu par les pouvoirs publics est conçu comme un moyen de développer l’autonomie économique des femmes et leurs capacités entrepreneuriales, les dynamiques observées mettent en évidence les limites de la dimension sociale et émancipatrice de la coopérative. La coopérative, par sa dimension d’entre-soi féminin, permet de créer un espace de sociabilité (Gillot, 2017) pour les femmes d’un même douar, dont la mobilité est réduite, et de leur donner ainsi une visibilité en dehors de la sphère domestique. En effet, les femmes interviewées dans le cadre de nos enquêtes voient également dans la coopérative, au-delà des quelques revenus qu’elle permet de générer, un endroit qui leur est destiné au sein du douar, qu’elles peuvent s’approprier et où elles peuvent se retrouver, pas seulement pour travailler mais aussi pour partager des moments de convivialité, de distraction, de soutien mutuel et d’entraide autour des divers problèmes qui les concernent. Plusieurs témoignages vont dans ce sens : « Le travail est difficile mais avec les autres femmes on s’amuse bien, cela fait oublier la fatigue et les difficultés » (par une adhérente de 70 ans, veuve, au sein de la coopérative Sidi Ouagag) ; « C’est plus facile de travailler à la coopérative car on travaille en groupe » (une adhérente de 51 ans, mariée, au sein de la coopérative Sidi Ouagag). Elles peuvent ainsi développer différentes stratégies au sein de la coopérative, qui leur permettent d’améliorer leurs conditions et leur vie quotidienne. On peut faire le constat que plus la coopérative est en difficulté économique et qu’elle peine à se maintenir, plus les fonctions de sociabilité de la coopérative ont tendance à prendre le dessus sur les autres activités.

18Il n’en demeure pas moins que la coopérative est un espace fortement hiérarchisé (Damamme, 2015) où toutes les femmes n’ont pas le même statut ni le même rôle et qui reproduit les inégalités économiques et sociales entre les femmes vivant en milieu rural. A l’exception des femmes adhérentes qui effectuent le travail de concassage et qui constituent le gros de la main d’œuvre, les coopératives les plus organisées et fonctionnelles emploient parfois des femmes pour des fonctions de gestion technique et administrative. Tandis que les premières sont en grande partie analphabètes ou faiblement instruites, les secondes, souvent originaires d’autres régions, sont détentrices de diplômes divers et se saisissent de l’opportunité que constitue la coopérative pour accéder à un emploi, alors même que les opportunités d’emploi salarial salarié restent faibles en milieu rural (RGPH, HCP, 2014). Contrairement aux adhérentes, elles perçoivent un salaire fixe et leur emploi dans la coopérative a souvent servi de tremplin pour accéder à des postes plus élevés. Ainsi, plusieurs directrices de coopératives interviewées dans le cadre de l’enquête ont créé elles-mêmes une coopérative ou ont pris la tête de groupement d’intérêt économique (GIE). La fonction de levier et la possibilité de promotion sociale des femmes, grâce aux coopératives, ne concerne donc qu’une minorité d’entre elles, celles qui sont déjà avantagées socialement et instruites. Alors même que la majorité des femmes adhérentes, marginalisées socialement, restent cantonnées dans leur rôle d’ouvrières effectuant une seule série de tâches manuelles répétitives, et sans perspective d’évolution. Soulignons à cet égard que les formations proposées aux femmes « coopératrices » (formations d’alphabétisation notamment) se révèlent majoritairement inefficaces, étant peu adaptées aux besoins réels et concrets des ouvrières, comme le souligne ce témoignage : « J’assiste aux cours d’alphabétisation de la coopérative, mais je ne comprends pas bien et je n’ai rien appris » (par une adhérente de 59 ans, mariée, au sein de la coopérative Tiwargane).

19De plus, contrairement à l’image uniquement féminine que se donnent les coopératives d’extraction de l’huile d’argan, notamment pour des raisons de marketing, il est rare que celles-ci soient gérées et maintenues uniquement par des femmes. En effet, il est très courant que des hommes soient impliqués dans le fonctionnement des coopératives. Ils peuvent assurer des fonctions techniques ou occuper de fait des positions d’encadrement et de gestion. Au-delà de l’aide familiale que certains hommes peuvent proposer aux femmes afin de les aider dans certaines tâches, certains hommes reproduisent de fait les inégalités de genre qui existent au sein de la société, limitant ainsi le potentiel émancipateur de la coopérative quand elle est dirigée par des femmes. En effet, plusieurs coopératives ont été créées à l’initiative de promoteurs privés et sont en réalité des entreprises déguisées, gérées par des hommes, qui maintiennent les adhérentes dans un statut d’ouvrière à la tâche (Gana, Terrazzoni, 2009 ; Simenel, Romagny et Auclair, 2014).

Une structuration de la filière qui contribue à la dépossession des femmes de leur savoir-faire et de leur travail

Une perte de maîtrise du processus de valorisation de la ressource arganière par les femmes

20La place des femmes au sein de la filière demeure importante car elles sont indispensables à la réalisation des tâches nécessaires à la transformation, notamment le concassage manuel, et parce qu’elles représentent, elles et leur travail collectif, le gage équitable de la filière, servant d’argument marketing et de vitrine à la filière. Pourtant, les femmes adhérentes restent le plus souvent cantonnées au travail pénible et non qualifié du concassage. Elles ne maitrisent pas l’essentiel de la chaine de production, à savoir l’amont et la commercialisation, contrôlés le plus souvent par des acteurs privés et/ou des individus masculins, qui cherchent à capter la plus-value issue de la filière. En effet, la collecte et la vente de la matière première, les noix d’argan, sont passées progressivement entre les mains des commerçants privés et ce au détriment des femmes qui se trouvent dépossédées de la ressource et des retombées économiques de leur travail.

21Tout d’abord, en amont de la filière, on observe une aggravation du problème d’approvisionnement des coopératives en ressource et en matière première. Pourtant le modèle coopératif développé autour du secteur de l’argan à la fin des années 1990 devait permettre aux femmes rurales de la région, dont les familles possèdent des droits d’usage sur des arganiers, d’approvisionner les coopératives avec les fruits récoltés de leurs arbres. Au sein des premières coopératives créées avec le soutien de l’association Ibn Al Baytar par exemple, l’adhésion des femmes à la coopérative était conditionnée par la possession de droits d’usages sur des arganiers et donc l’apport de matière première à la coopérative. Mais dans la majorité des coopératives, face à la demande croissante en huile d’argan, au besoin de main d’œuvre et à la demande des femmes de travailler, les droits d’usage des femmes ne sont plus obligatoires. Une grande proportion d’adhérentes ne possède pas d’arganiers au sein de leur famille et certaines d’entre elles ne maitrisaient pas les savoir-faire traditionnels liés à l’arganier ; elles ont dû apprendre tout le processus au sein de la coopérative. Selon nos enquêtes, 52 % des adhérentes interrogées ne possèdent pas d’arganier. De plus, parmi les 48 % de femmes qui possèdent des affyach, seules 30 % d’entre elles vendent régulièrement leur affyach à la coopérative, les autres recourant à d’autres circuits pour valoriser leurs ressources. En effet, les femmes dissocient leurs ressources personnelles et familiales de celle de la coopérative. Il est tout sauf automatique de vendre ses affyach personnels à la coopérative à laquelle on est adhérente. Il est extrêmement fréquent que les femmes ne possèdent que très peu d’arganiers, ce qui fait qu’elles préfèrent garder leur récolte pour fabriquer chez elle de l’huile destinée à la consommation familiale (Simenel, Romagny et Auclair, 2014). Par ailleurs, il apparaît souvent plus avantageux en termes de temporalité et de prix de vendre les affyach à un grossiste qui vient les acheter directement au sein du douar au moment de la récolte. Ces pratiques contribuent au développement d’activités spéculatives autour de la ressource et posent la question de l’origine de la matière première utilisée par les coopératives, qui n’est pas forcément locale. N’étant que très peu fournies par les adhérentes elles-mêmes et même si c’est le cas, dans des quantités insuffisantes, les coopératives se trouvent face à d’importants problèmes d’approvisionnement et donc à une dépendance accrue aux grossistes (Aubert et al, 2015). Près de 70 % des coopératives enquêtées déclarent s’approvisionner majoritairement auprès de grossistes. Les grossistes maitrisent l’amont de la filière contrairement aux femmes des coopératives. Ils ont les moyens, contrairement à la plupart des coopératives, de stocker la matière première et de la revendre aux coopératives féminines au fil du temps. Ces réseaux de grossistes opérant à différentes échelles et l’identité des individus qui les composent demeurent assez opaques (Aubert et al, 2015).

Des coopératives féminines soumises à la concurrence du secteur privé

22Les coopératives féminines sont les premières structures mises en place et organisées dans la région du Souss pour commercialiser l’huile d’argan, constituant ainsi l’image de marque éthique et équitable de la filière. Pourtant, elles ne sont plus les seules à produire et commercialiser de l’huile d’argan. En effet, profitant de l’opportunité que représente l’huile d’argan, suite à l’augmentation de la demande internationale et nationale, des entreprises privées se sont positionnées dans le secteur, à l’échelle régionale (et plus rarement nationale). Celles-ci utilisent le travail des femmes et son image à leur profit et sont accusées de représenter une concurrence déloyale. On peut distinguer deux grands types de situations concurrentielles pour les coopératives. Tout d’abord, il faut évoquer la permanence et le renouvellement du marché informel autour de l’huile d’argan, qui encourage certains individus à entreprendre au sein de la filière. Toutes les femmes qui pratiquent le concassage sont loin d’être structurées dans des coopératives (informelles ou non) et certains individus profitent de la vulnérabilité et de la précarité économique des femmes vivant dans des douars, en les faisant travailler à des tarifs dérisoires et non négociables. Nos enquêtes ont permis d’observer que des femmes concassent des amandons chez elles ou dans des ateliers informels, ou fabriquent directement de l’huile qui sera revendue par ces individus, soit à des entreprises plus formalisées ou encore directement auprès de leur clientèle.

23Par ailleurs, des entreprises privées se sont spécialisées dans la production et la commercialisation de l’huile d’argan, ainsi que ses dérivés. Celles-ci possèdent plusieurs avantages comparatifs, qui font qu’elles sont considérées comme une concurrence déloyale. En effet, ces entreprises, qui recourent à la mécanisation, emploient une main-d’œuvre réduite et déploient des stratégies marketing efficaces, peuvent produire une huile meilleure marché, qu’elles vendent également plus facilement que les coopératives qui connaissent des difficultés. Celles-ci sont critiquées notamment pour l’opacité fréquente de leur approvisionnement en matière première (liens avec le marché informel et les coopératives en difficulté) et leur opportunisme.

Conclusion 

24Produit et savoir-faire féminin issu du patrimoine amazigh et du Souss-Massa, l’huile d’argan est devenue depuis les années 1990 un produit convoité nationalement et internationalement et autour duquel s’est développée une spéculation importante. Nécessitant le savoir-faire et le travail manuel des femmes, toujours indispensables dans certaines étapes de la fabrication du produit, la filière de l’huile d’argan s’est structurée au départ autour de la coopérative rurale et féminine à vocation économique et sociale, afin de promouvoir un produit naturel et éthique. Vitrines de la filière de l’huile d’argan, les coopératives ont certes permis d’organiser les activités productives des femmes, autrefois informelles, et de créer des espaces de travail féminins collectifs qui constituent une première avancée pour les femmes amazighes. Ces structures connaissent néanmoins des dysfonctionnements profonds qui agissent souvent en défaveur des femmes rurales. Souffrant de marginalisation sociale et désavantagées en termes de ressources, les femmes rurales Amazigh sont pourtant au cœur des pratiques et du processus de valorisation de l’argan. La main mise progressive d’acteurs extérieurs sur la filière de l’huile d’argan, y compris en amont qu’en aval de celle-ci, loin de favoriser le développement d’un petit entrepreneuriat rural féminin, tend à déposséder les femmes de la ressource arganière, de leur savoir-faire et des fruits de leur travail. Une meilleure maitrise par les coopératives et les femmes rurales de l’amont de la filière (gestion de la ressource) et de la commercialisation des produits, permettant de réduire le rôle des intermédiaires qui s’approprient une grande partie de la valeur ajoutée, favoriserait une redynamisation du secteur coopératif et augmenterait les retombées économiques de son développement sur la situation des femmes rurales Amazigh et des territoires concernés.

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Bibliographie

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Notes

1 La première coopérative d’extraction de l’huile d’argan, Al Amal, est créée en 1996 dans la petite ville de Tamanar, proche d’Essaouira, avec le soutien de l’association Ibn Al Baytar, créée avec le soutien de la chercheuse Zoubida Charrouf. D’autres coopératives sont créées les années suivantes grâce au soutien de différents bailleurs de fonds et ONG internationales. Elles sont considérées comme des projets pilotes et la majorité d’entre-elles comme des modèles à suivre pour le développement de coopératives d’extraction de l’huile d’argan. C’est avec la mise en place en 2003 du Projet Arganier, porté par l’Union Européenne, que les coopératives féminines d’extraction de l’huile d’argan se verront assigner un rôle de levier de développement des espaces ruraux marginalisés du Souss-Massa.

2 Les enquêtes réalisées en 2006 et 2007 dans le Souss-Massa ont consisté dans des entretiens semi-directifs auprès de représentants des principaux organismes d’appui aux coopératives et de responsables des coopératives féminines. Elles ont également ciblé un échantillon de 60 femmes pratiquant des activités liées à l’arganier et adhérentes à des coopératives (provinces de Chtouka Ait Baha et de Tiznit). En 2018, les enquêtes ont inclus plusieurs volets : 15 entretiens semi-directifs auprès des différents types d’acteurs institutionnels, associatifs et privés impliqués dans la filière et des enquêtes par questionnaire auprès de présent-e-s et directeurs(-trices) de 87 coopératives d’extraction d’huile d’argan réparties dans tout le Maroc (principalement dans la zone d’extension de l’arganeraie et dans la région du Souss-Massa mais pas uniquement). Ces enquêtes ont permis une typologie de coopératives prenant en compte les caractéristiques socioéconomiques et leur insertion dans des réseaux de commercialisation nationaux et internationaux. Parmi les 87 coopératives mentionnées, 22 coopératives ont fait l’objet d’une étude plus précise et des questionnaires, portant sur les conditions de vie et de travail au sein de la coopérative, ont été passés auprès de femmes adhérentes, permettant de recueillir le témoignage de 356 femmes adhérentes et un grand nombre de données quantitatives. La figure 3 ci-dessous propose la localisation des différentes coopératives au sein desquelles les enquêtes ont été réalisées en 2018.

3 Au sein du laboratoire de Chimie de l’Université Mohammed V de Rabat, grâce au travail notamment de la chercheuse marocaine Zoubida Charrouf, avec par la suite la création de son association, Ibn Al Baytar.

4 L’Agence de Développement Social (ADS) créée au Maroc en 1999 a pour but de promouvoir le développement social sur le territoire marocain et initie depuis différentes actions et programmes destinés à améliorer les conditions de vie des populations considérées comme étant vulnérables.

5 Le Plan Maroc Vert (PMV) est la stratégie mise en place entre 2008 et 2020 pour impulser le développement agricole et faire de l’agriculture un levier de croissance et de développement socio-économique au Maroc. Basé sur deux piliers, il a pour but d’une part, de promouvoir une agriculture performante au Maroc, adapté aux règles du marché, permettant l’intégration de l’agriculture marocaine au marché international, d’autre part de soutenir la petite agriculture familiale, dite solidaire, notamment par le développement de filières de produits de terroir et la mise en œuvre d’actions visant à réduire la pauvreté et promouvoir l’emploi rural. En 2020, le Plan Maroc Vert est remplacé par une nouvelle stratégie de développement rural, appelé Green Generation, qui s’inscrit dans la continuité du PMV. Grâce à la création de l’Agence de développement agricole (ADA), les groupements de producteurs, y compris un certain nombre de coopératives d’huile d’argan, ont pu bénéficier d’un accompagnement technique (aide à la mise à niveau des coopératives en terme de production et de valorisation de la matière première, en terme de modernisation et de montée en gamme (accès à la labélisation et modernisation des moyens de production, conformisation aux règles de sécurité sanitaire) et en terme de commercialisation (stratégie marketing, packaging, accès à de nouveaux marchés)).

6 L’Initiative pour le Développement Humain (INDH) est une initiative nationale lancée en 2005 face au constat de la persistance de la pauvreté et des inégalités au Maroc. Se présentant comme étant une stratégie globale de développement, elle s’inscrit dans une démarche de développement durable, tout en plaçant le facteur humain au centre des préoccupations. Différents programmes mis en place au cours des différentes phases de l’INDH ont permis la mise en place de différentes actions.

7 L’ANDZOA (Agence Nationale pour le Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier) a été créée en 2010 et a pour but la préservation, la protection et le développement des zones oasiennes et arganières au Maroc. Concernant l’arganeraie, l’agence joue un rôle de développement et d’encadrement à travers la réalisation de projets de promotion des produits de l’arganier. Lors de nos enquêtes réalisées en 2018, on a pu constater à l’époque, une faible intervention directe de l’ANDZOA auprès des coopératives.

8 Voir le projet DARED « Développement de l’Arganiculture dans les Zones Vulnérables pour plus de détails : http://andzoa.ma/fr/2018/03/12/atelier-de-demarrage-projet-de-developpement-de-larganiculture-dans-les-zones-vulnerables/

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Table des illustrations

Titre Figure  : Carte de répartition de l’arganeraie au Maroc
Légende (Source : Haut Comissariat aux Eaux et Fôrets, Maroc, 2008)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 64k
Titre Figure  : Un n arganier dans la province de Tiznit, Souss-Massa
Légende (Photo : Amandine Cormier, 2018)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-2.png
Fichier image/png, 1,6M
Titre Figure  : Carte de localisation des différentes coopératives enquêtées dans la région du Souss-Massa en 2018
Légende Les savoir-faire des femmes amazighes du Souss-Massa au service de la construction d’une filière marchande autour de l’huile d’argan
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-3.png
Fichier image/png, 60k
Titre Figure  : Processus de fabrication manuel de l’huile d’argan
Crédits (Photos : Amandine Cormier, 2018)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-4.png
Fichier image/png, 1,1M
Titre Figure  : Différentes étapes de mise en place de la filière de l’huile d’argan
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-5.png
Fichier image/png, 78k
Titre Figure  : Une coopérative d’extraction de l’huile d’argan "modèle", dans la province de Tiznit, région du Souss-Massa (photo : Amandine Cormier, 2018)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 95k
Titre Graphique  : (Source : données d’enquêtes, 2018)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/docannexe/image/2119/img-7.png
Fichier image/png, 29k
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Pour citer cet article

Référence papier

Amandine Cormier et Alia Gana, « Les coopératives de production de l’huile d’argan : une valorisation des patrimoines amazigh au service des femmes rurales du Souss-Massa ? »Asinag, 17 | 2022, 131-148.

Référence électronique

Amandine Cormier et Alia Gana, « Les coopératives de production de l’huile d’argan : une valorisation des patrimoines amazigh au service des femmes rurales du Souss-Massa ? »Asinag [En ligne], 17 | 2022, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/asinag/2119

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Auteurs

Amandine Cormier

Doctorante, UMR 7533 LADYSS

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Alia Gana

Directrice de recherche au CNRS, UMR 7533 LADYS

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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