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AccueilNuméros154Résumés des conférencesPhilologie moyen-indienne

Résumé

Programme de l’année 2021-2022 : I. Initiation au pali. — II. Examen de travaux récents dans le domaine du moyen-indien et lecture de textes en pali.

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Texte intégral

1L’auditoire de 2021-2022 consistant exclusivement en étudiants avancés ayant déjà fréquenté le séminaire, on a pu faire l’économie des préliminaires.

2Plusieurs séances ont d’abord été consacrées à la présentation de deux ouvrages récents parus en Thaïlande. Le Tipiṭaka idéal peint dans la salle d’un temple de Bangkok, utilement analysé et agréablement présenté par Pakdeekham (2021 ; voir aussi comptes rendus par Bernon 2022 et Schnake 2022), a été l’occasion d’aborder la notion de canon et ses acceptions inclusives puisque les diverses sections énumèrent de nombreux textes considérés comme extra-canoniques ou tardifs dans les manuels habituels. Cette peinture à grande échelle attire aussi l’attention sur l’idée de liste – copier des listes de textes est un acte pieux qui peut aussi être un geste identitaire – et sur l’importance des modes visuels d’appréhension des traditions scripturaires que l’on retrouve aussi ailleurs (voir Wiles et alii 2021 ; et aussi chez les jaïns). Le Saṅgītiyavaṃsa (Sgv) ou Chronique des conciles, translittéré par Pakdeekham (2020 ; voir aussi comptes rendus par Bernon 2022 et Schnake 2022) nous a donné du grain à moudre sous la forme de textes à lire de manière critique. Cette œuvre relate l’histoire du bouddhisme (sāsana) depuis Gotama Bouddha jusqu’au roi Rāma Ier de Thaïlande et présente donc la tradition thaïe des neuf conciles. Le septième chapitre en avait été édité et traduit par G. Coedès sous le titre « Une recension palie des Annales d’Ayuthya » (BEFEO 14, 1914, 1-31) et on comprend mal que cette référence manque totalement dans la publication sous référence alors qu’il s’agit du tout premier travail donnant accès au Saṅgītiyavaṃsa. À vrai dire le livre de S. Pakdeekham est problématique à plusieurs titres. Le texte est translittéré, mais on peut difficilement le donner comme étant une édition : les mots sont souvent mal séparés, des vers sont trop souvent présentés comme de la prose. D’autre part, le Sgv est en réalité en grande partie un patchwork composé de nombreuses citations d’ouvrages antérieurs portant sur les même sujets (en particulier Mahāvaṃsa, Saddhammasaṅgaha, Jinakālamali, etc.). Or ces références sont ici identifiées et mentionnées de manière très aléatoire, sans qu’on sache pourquoi. Ces inconvénients (sur lesquels voir, plus en détail, Schnake 2022 : 274-276) rendent le livre malaisé à utiliser sans y apporter de nombreuses corrections, même s’il a évidemment le mérite de donner accès à un texte intéressant sous forme intégrale. Il ne rend pas inutile la consultation de l’ouvrage également consacré au Sgv paru en Inde à peu près au même moment (Kumar 2021). Nous avons scruté plus particulièrement les pages relatives à la mise par écrit du Tipiṭaka et la transmission par Buddhaghosa (Sgv p. 41-50) en examinant, le cas échéant, les parallèles dans les œuvres de la même mouvance. Ce fut aussi l’occasion d’étudier les modes d’expression de la date utilisés dans le Sgv : pour les périodes anciennes, le point de départ est le parinirvāṇa du Bouddha (543 av. l’ère commune selon la doxa en vigueur en Thaïlande, au Laos et au Cambodge) ; pour les périodes plus récentes liées à l’histoire du Siam (ex. Sgv p. 128, 133, 136), le recours au cycle chronographique chinois des douze animaux est plus systématique. En outre, la strophe du Sgv (p. 47) qui explique que la Samantapāsādikā « a pour taille vingt-sept mille gantha » a été le point de départ d’un examen des unités de mesure dans le domaine textuel. Loin d’une mention incidente, il s’agit là d’une tradition bien ancrée qui repose sur les équivalences données dans les strophes aṭṭhakkharā ekapadam, ekā gāthā catuppadaṃ / gāthā cekā mato gantho, gantho bāttiṃsakkharo // bāttiṃsakkharaganthānaṃ paññāsaṃ dvisataṃ pana / bhāṇavāro mato eko, sv aṭṭhakkharasahassako // citées par exemple dans la Saddanīti (358,2*) : 1 pada = 8 syllabes ; 1 strophe = 4 pada ; 1 strophe = 1 gantha ; 1 gantha = 32 syllabes ; 1 bhāṇavāra = 250 gantha = 8 000 syllabes. Cette terminologie est effectivement employée lorsqu’il est question de donner la taille des quatre premiers Nikāya du Suttapiṭaka et de leurs commentaires (voir von Hinüber, Handbook of Pali Literature § 12 n. 29 et p. 113), ou le calcul des gantha des commentaires de l’Abhidhamma (Sgv p. 48). À titre d’exemples, nous avons lu le colophon (nigamanakathā) de la Manorathapūraṇī, le début de la Papañcasūdanī et le début du commentaire de l’Udāna qui récapitulent les calculs sur la base de ces unités et de cette terminologie, ce qui ne va pas toujours sans problème (nos calculs des nombres attestés dans le commentaire de l’Udāna ne sont pas identiques à ceux que note von Hinüber). Il se trouve qu’un article récent de H. Ogihara (2021) édite des fragments tokhariens qui contiennent des noms de textes accompagnés de nombres (ex. Ekottari 1208490, Kṣutrak 1205784, etc.). Sans pouvoir aller jusqu’au bout du raisonnement, l’auteur fait quelques renvois à des auteurs qui montrent qu’une tradition de comput comparable à celle qu’on observe pour le Tipiṭka pali existe aussi dans les autres traditions bouddhiques. Il paraît très vraisemblable que les nombres figurant dans les fragments tokhariens sont de même nature.

3Nous avons ensuite quitté ces considérations techniques pour nous tourner vers le rôle des nonnes dans la transmission de l’enseignement du Bouddha, lisant, pour ce faire, les poèmes de la section 5 des Therīgāthā : la figure de Paṭācārā (112-116) est intéressante car elle fait pour ainsi dire école en entraînant dans son sillage trente autres nonnes (117-121), puis une autre nommée Candā (123-126). La lecture des commentaires apporte son lot de points notables et d’interprétations nourries par la scolastique : ainsi le syntagme nimittaṃ gaṇh- « prendre un signe » dans la méditation (sur Thī 114) et la notion d’utusappāya (sur Thī 115) « condition favorable à la méditation liée à la saison / à la température ». Il s’agit là d’un terme technique pour le contexte et le détail duquel il faut se reporter au développement complet du Visuddhi-magga (chap. IV). On y distingue sept facteurs qui peuvent être, ou non, favorables à la méditation. Ils tiennent au lieu de résidence (āvāsa), au territoire (gocara), à la parole (bhassa), à l’individu (puggala), à la nourriture (bhojana), à la saison (utu) et à la posture (iriyāpatha). On a continué à suivre ce terme à travers d’autres lectures complémentaires : Thī 37-38 (Sāmāvatī) et son commentaire, commentaire du Sambahulasutta du Saṃyuttanikāya et commentaire du Bhāvanāsutta de l’Aṅguttaranikāya où figurent cinq des sept items de la liste du Visuddhimagga, ainsi que l’extrait pertinent du commentaire de l’Abhayasutta du Saṃyuttanikāya.

4La remarque incidente d’un étudiant sur la question du mal de dos du Bouddha nous a conduits à pousser plus avant l’exploration de ce thème original. En préliminaire, nous appuyant sur un article de Bhikkhu Analayo (2017), nous avons lu les sutta du Bojjhaṅgasaṃyutta du Saṃyuttanikāya (les trois Gilānasutta) où les malades sont Kassapa, puis Mogallāna, puis le Bouddha lui-même. Aux deux premiers le Bouddha enseigne la valeur curative des facteurs d’Éveil, tandis que c’est à Mahācunda qu’il revient de les énoncer pour le bénéfice du Bouddha. Dans le « Troisième sutta du malade » en pali, la nature du mal qui atteint le Bouddha n’est pas précisée, mais la version chinoise appartenant au Saṃyuktāgama (cf. Bhikkhu Analayo 2017) précise qu’il a mal au dos, qu’il veut s’allonger. Ānanda plie alors sa robe et est chargé de proclamer les sept facteurs, suivi par un autre moine qui récite des vers ayant des parallèles en sanskrit et ouighour. On trouve plusieurs sutta en pali où le Bouddha lui-même explique qu’il a mal au dos (piṭṭhi me āgilāyati) et charge Sāriputta de prendre la parole à sa place pour enseigner à l’auditoire. Un exemple est fourni par le Nalakapāṇasutta de l’Aṅguttaranikāya, un autre par le Sekhasutta du Majjhimanikāya, dont nous avons aussi lu les commentaires, un troisième par le Nandakasutta de l’Aṅguttaranikāya où le Bouddha explique que cette douleur est due à un sermon trop long dudit Nanadaka dont il a dû attendre le terme en restant à la porte. L’examen du premier passage nous a obligés à un court détour vers le Nalakapāṇa Jātaka (no 20) puisque c’est là que se trouve l’anecdote étiologique expliquant le toponyme Nalakapāṇa auquel le commentaire fait référence. Par ailleurs, ce mal de dos, lié à un épisode mettant face à face un lutteur et le Bouddha, fait partie d’une liste d’incidents où ce dernier eut incidemment à souffrir de quelque chose ou à être en position d’infériorité. Ils sont énumérés sous forme de mots-clés en deux strophes puis expliqués par référence au karma dans le commentaire de l’Apadāna (Buddhavagga, Buddha-apadāna-vaṇṇanā), puisque ces diverses actions du Bouddha produisent en lui un reste de mauvais karma (pilotikakamma). Nous avons ensuite élargi à la lecture de l’ensemble de la section Pilotikakamma de l’Apadāna en prenant en considération les divers épisodes relatés. Puis nous nous sommes concentrés sur le neuvième, histoire du Bouddha et des bhikkhu contraints de se nourrir de fourrage pour chevaux, examiné à partir du commentaire de l’Apadāna, des textes du Vinaya pali et du Mūlasarvāstivādavinaya en sanskrit, tout en mettant à profit le travail comparatif de Park (2012).

5Afin de terminer l’année avec la lecture de textes en prakrit gāndhāri, nous avons choisi les poèmes dédiés à Piṇḍola Bharadvāja et à Nandika dans l’Anavataptagāthā (gandhari.org., manuscrit British Library 1, lignes 71-87 et 99-113) soutenus par les parallèles sanskrits du Bhaiṣajyavastu du Mūlasarvāstivādavinaya. C’était pour ainsi dire la suite logique de celle du Pilotikakamma de l’Apadāna, puisque l’Anavataptagāthā peut être tenue pour une mise en récit, dans la même veine, des lois du karma par le biais des carrières de certains ascètes et on y trouve les termes emblématiques gdh. karmavivagha et karmavaśeṣa.

6Parmi les ouvrages présentés au cours de l’année, saluons plus particulièrement la réédition (2022), bienvenue, de la thèse de O. von Hinüber sur la syntaxe des cas en pali (1968) fondée sur l’étude du Vinaya, dont seuls des exemplaires dactylographiés circulaient de manière limitée, alors même qu’il s’agit d’un ouvrage de référence unique en son genre, puisque la syntaxe est le parent pauvre de la linguistique moyen-indienne.

7Ce rapport aura été le dernier puisque la directrice d’études est à la retraite depuis le 1er septembre 2022. En 2022-2023 au moins, le pali continuera à être présent dans la section par le biais de la charge de conférences obtenue par Javier Schnake, docteur de l’EPHE (2018) dont l’édition du Vajirasāratthasaṅgaha accompagné de son commentaire, issue d’une partie de sa thèse, vient de paraître.

Principales références bibliographiques

8Bernon, Olivier de, Compte rendu de Pakdeekham (2020), Journal Asiatique, 310, 1 (2022), p. 153-154.

9Bernon, Olivier de, Compte rendu de Pakdeekham (2021), Journal Asiatique, 310, 1 (2022), p. 154-155.

10Bhikkhu Analayo, « The Healing Potential of the Awakening Factors in Early Buddhist Discourse », dans Buddhism and Medicine: An Anthology of Premodern Sources, éd. C. Pierce Salguero, Columbia University Press, 2017, p. 12-20.

11Hinüber, Oskar von, Studien zur Kasussyntax des Pāli, besonders des Vinaya-Piṭaka, nouv. éd. revue, avec index par Petra Kieffer-Pülz, Universitätsverlag Halle-Wittenberg, 2022 (Studia Indologica Universitatis Halensis 19).

12Kumar, Bimalendra, Kumar, Ujjwal (éd.), The Saṅgītiyavaṃso. The Chronicle of Buddhist Councils on Dhamma and Vinaya by Somdet Phra Vanaratana “Bimaladhamma”, New Delhi, Aditya Prakashan, 2021.

13Ogihara, Hirotoshi, « Āgama Texts Transmitted to Kuchean Buddhism », dans lyuke wmer ra. Indo-European Studies in Honor of Georges-Jean Pinault, éd. H. Fellner, M. Malzahn, M. Peyrot, Ann Arbor, New York, Beech Stave Press, 2021, p. 414-425.

14Pakdeekham, Santi, éd. et trad., History of the Pali Scriptures: Saṅgītiyavaṃsa by Somdet Phra Phonnarat, Fragile Palm Leaves Foundation, Lumbini International Research Institute, 2020 (Materials for the Study of the Tripiṭaka, 16).

15Pakdeekham, Santi, éd. et trad., Painted Catalogue of Pāli Literature. Uposatha Hall of Wat Thong Nopphakhun, Bangkok, Fragile Palm Leaves Foundation, Lumbini International Research Institute, 2021 (Materials for the Study of the Tripiṭaka, 17).

16Park, Chongdok C. H., « The Buddha’s Eating of Horse-Fodder Barley in the Mūlasarvāstivāda Vinaya », dans Buddhist Narrative in Asia and Beyond, éd. P. Skilling et Justin McDaniel, vol. 2, Chulalongkorn University, 2012, p. 31-44.

17Schnake, Javier, Ratanapañña’s Vajirasāratthasaṅgaha and its Ṭīkā, Bristol, The Pāli Text Society, 2021.

18Schnake, Javier, Compte rendu de Pakdeekham (2020), BEI, 35 (2022), p. 270-276.

19Schnake, Javier, Compte rendu de Pakdeekham (2021), BEI, 35 (2022), p. 277-282.

20Wiles, Royce, Chris Clark, Tamara Ditrich, Mark Allon, « The Pāli Tipiṭaka Recension Carved on the Kuthodaw Pagoda Stelae and Its Relation to Other Burmese Versions », Journal of the Pali Text Society, 34 (2021), p. 155-226.

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Pour citer cet article

Référence papier

Nalini Balbir, « Philologie moyen-indienne »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, 376-379.

Référence électronique

Nalini Balbir, « Philologie moyen-indienne »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/6495 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.6495

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Auteur

Nalini Balbir

Directrice d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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