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AccueilNuméros154Résumés des conférencesHistoire de Paris

Résumé

Programme de l’année 2020-2021 : Recherches sur les artistes parisiens, XVe-XVIIe siècles.

Programme de l’année 2021-2022 : I. Les comédiens italiens à Paris sous le règne de Henri II. — II. Une source pour l’histoire de Paris au XVIe siècle : les plumitifs de justice.

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Thèmes :

Histoire de Paris
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Texte intégral

[2020-2021]

  • 1 La dynastie Francken, catalogue de l’exposition, Cassel, musée de Flandre, 4 septembre 2021-2 janvi (...)

1À l’occasion de la préparation de l’exposition organisée au musée de Flandre de Cassel sur la Dynastie Francken1, on s’est intéressé cette année aux artistes anversois présents à Paris au xvie siècle, et en premier lieu aux frères Jérôme et Ambroise Francken. Le premier a fait l’essentiel de sa carrière dans la capitale française, dans laquelle il est signalé pour la première fois en 1568. C’était un artiste encore jeune. À deux reprises, des actes notariés postérieurs mentionnent son âge : il dit avoir trente-trois ans « ou environ » en février 1577, cinquante-trois ans en mai 1595. Il était donc né vers 1543. Il avait reçu sa formation dans l’atelier de son père, Nicolas Francken, puis dans celui de Frans Floris. En France, le succès vint assez rapidement. En 1570, il avait déjà intégré la communauté des peintres de la capitale et acquis cinquante livres de rente sur l’Hôtel de Ville. Deux ans plus tard, il recevait ses lettres de naturalité. À cette période, cependant, il partageait encore son temps entre Paris et Anvers, où il exécuta un retable avec son frère Frans en 1571 et où des documents le mentionnent en 1573 et 1574.

  • 2 Archives nationales, X2A 933, 1569, 20 mai.

2Ambroise Francken, né en 1544 ou 1545, fit son apprentissage dans les mêmes ateliers anversois que son frère aîné, et vint aussi à Paris pour parachever sa formation. En mai 1569, soupçonné de protestantisme, il comparut devant la chambre criminelle du Parlement. Après avoir déclaré « qu’il est venu en France pour apprendre de ung maistre et est prisonnier par ce qu’il a hanté un de la religion, et n’est de ladicte religion », il fut remis en liberté2. Le nom du peintre dans l’atelier duquel il travaillait alors n’est malheureusement pas indiqué. Lors de ce séjour en France, il collabora certainement au chantier de Fontainebleau, car à la date du 27 mai 1570, les registres de l’église d’Avon, paroisse dont dépendait le château royal, le mentionnent comme parrain lors d’un baptême. Après s’être fait recevoir maître peintre par la guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1573, il revint à Paris. En septembre 1574, il passa un marché avec Germain Pilon pour peindre le décor de la chapelle de l’église Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers où le chancelier René de Birague faisait élever le tombeau de son épouse. C’est la dernière mention que l’on a pu retrouver de sa présence dans la capitale française.

3Jérôme, lui, s’y fixa. On a étudié avec les étudiants et les auditeurs tous les actes, publiés ou inédits, documentant sa carrière parisienne, ainsi que ses relations avec ses principaux commanditaires, notamment Albert de Gondi, comte de Retz, dans l’hôtel duquel il logea un temps, faubourg Saint-Honoré, et la reine Louise de Lorraine dont il fut le peintre attitré après avoir succédé à son compatriote Georges Van der Straeten, mort en 1577. Il bénéficia aussi des relations de sa belle-famille. Il avait en effet épousé en 1578 la fille d’un brodeur italien, Dominique Miraille, qui avait servi successivement Diane de France, Jérôme Burgensis, évêque de Châlons-en-Champagne, puis Philippe de Montespedon, princesse de La Roche-sur-Yon, épouse du duc de Montpensier et première dame d’honneur de Catherine de Médicis. À partir de 1583, Jérôme Francken s’installa dans le faubourg Saint-Germain, non loin de l’hôtel de La Roche-sur-Yon dont Miraille était concierge. Pendant le siège de Paris par Henri IV, il se réfugia à l’intérieur des murailles, hébergé un temps par la famille Montpensier qui occupait alors l’hôtel de Montmorency avant de revenir dans le faubourg de 1595 à sa mort, survenue en 1610. On a examiné le rôle qu’il joua au sein de la corporation des peintres de Saint-Germain des Prés, dont il fut l’un des jurés pendant cette dernière période, ainsi que ses relations avec les artistes et marchands anversois de passage ou installés à demeure dans la capitale et son activité de marchand de tableau, à laquelle il avait associé son beau-père. Enfin, on a étudié les œuvres peintes en France par Jérôme Francken qui nous sont parvenues (l’autoportrait du musée d’Aix-en-Provence, l’Adoration des bergers de Notre-Dame, celle de l’église de Groslay et l’Annonciation du musée des Beaux-Arts d’Orléans).

  • 3 Archives nationales, X2A 955 et Z2 413. Ces documents ont fait l’objet d’une publication in extenso(...)

4Plusieurs conférences ont ensuite été consacrées à Dominique Miraille, qui fut brûlé en 1586 pour avoir pratiqué la nigromancie. Les informations que donne Pierre de L’Estoile sur cette affaire ont été confrontées aux interrogatoires du brodeur, de sa femme et de plusieurs complices conservés dans les archives du Parlement de Paris, ainsi qu’au procès-verbal d’une perquisition effectuée à l’hôtel de La Roche-sur-Yon par le bailli de Saint-Germain des Prés, au cours de laquelle plusieurs manuscrits compromettants furent découverts dans une cachette3. Enfin, d’autres affaires de sorcellerie contemporaines ont été examinées à partir des plumitifs du Parlement, ce qui a été l’occasion d’initier les étudiants au déchiffrement d’écritures cursives.

[2021-2022]

I. Les comédiens italiens à Paris sous le règne de Henri II

  • 4 Guy-Michel Leproux, La mort de Marc Antoine. Enquête sur les comédiens italiens à Paris, Paris, Ins (...)

5Au premier semestre, les conférences ont été consacrées à l’étude des comédiens italiens présents dans la capitale avant 1559. Depuis l’ouvrage classique d’Armand Baschet, Les comédiens italiens à la cour de France sous Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII, paru en 1882, les historiens du théâtre considèrent que les premières troupes de commedia dell’arte, ou de commedia all’improviso, pour employer un terme qui ne soit pas anachronique, n’ont commencé à fréquenter le royaume que sous le règne de Charles IX, plus précisément à partir de 1570, date à laquelle les sources mentionnent deux d’entre elles à Paris, probablement attirées par les noces du Roi. Après avoir rappelé que des compagnies composées de Français et d’Italiens parcouraient les routes de France dès les premières décennies du xvie siècle, on s’est attaché à l’étude de documents inédits attestant de la présence à Paris depuis la fin du règne de François Ier d’une troupe dirigée par un Florentin, Antonio Soldino. Celui-ci affirma en 1559 être venu pour la première fois dans la capitale « du temps du feu roy Françoys et du temps que deux Espaignolz eurent combat a Fontainebleau [i. e. en juillet 1546], depuys lequel temps il a esté le plus souvent en France ». On a notamment lu et analysé les interrogatoires menés par le lieutenant général de la Prévôté de l’Hôtel à la suite de l’assassinat en juillet 1559, à l’hôtel de Reims, d’un autre comédien, Marcantonio Sidonio4. Ce Vénitien au service du prince de Ferrare venait d’être récompensé par Henri II pour avoir porté à Philippe II le portrait de sa fiancée et il se préparait, pour les noces d’Élisabeth de Valois, à présenter à l’hôtel de Guise une pièce dont Primatice avait conçu les décors. L’un des compagnons de Soldino figurant parmi les suspects, les autres membres de la troupe, sept hommes et deux femmes, son chef et la concubine de celui-ci, fille d’un imprimeur parisien, tous logés dans la tour de Nesle, durent se justifier. Leurs dépositions fournissent des informations très précises sur la vie de ces comédiens italiens itinérants qui s’arrêtaient régulièrement dans la capitale française. Les éléments recueillis dans les sources judiciaires ont été ensuite complétés par l’examen d’actes notariés qui pouvaient apporter des éclairages supplémentaires sur l’activité des troupes italiennes de passage à Paris et à Fontainebleau sous le règne de Henri II.

II. Une source pour l’histoire de Paris au XVIe siècle : les plumitifs de justice

6D’autres conférences ont porté sur l’examen des registres d’audience de la chambre criminelle du Parlement, dite de la Tournelle. Assez bien conservés pour la seconde moitié du xvie siècle, ils contiennent les interrogatoires des accusés ayant fait appel d’une peine afflictive et, parfois, la déposition de témoins avant la prononciation de l’arrêt définitif (Archives nationales, X2A 907 à 973). On s’est efforcé d’y relever des mentions concernant les artistes parisiens. L’intérêt de cette source pour l’histoire de l’art est qu’elle fournit des informations qui sont complémentaires de celles que l’on trouve généralement dans les minutes notariales. Dans ces dernières, ce sont le plus souvent les maîtres des métiers qui apparaissent, car ce sont eux qui signent les contrats. Les plumitifs de justice, eux, nous renseignent davantage sur les compagnons, qu’ils soient salariés d’un maître, travailleurs en chambre ou étrangers de passage dans la capitale, mais aussi sur le rôle que jouaient les femmes dans le fonctionnement de l’atelier familial. Comme l’année précédente, le déchiffrement de ces registres a permis aux étudiants d’améliorer leur capacité à lire les écritures cursives du xvie siècle.

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Notes

1 La dynastie Francken, catalogue de l’exposition, Cassel, musée de Flandre, 4 septembre 2021-2 janvier 2022, sous la dir. de Sandrine Vézilier Dussart et Cécile Laffon, Cassel, 2020.

2 Archives nationales, X2A 933, 1569, 20 mai.

3 Archives nationales, X2A 955 et Z2 413. Ces documents ont fait l’objet d’une publication in extenso : Guy-Michel Leproux, « Dominique Miraille, brodeur et magicien », Documents d’histoire parisienne, no 22 (2020), p. 33-54.

4 Guy-Michel Leproux, La mort de Marc Antoine. Enquête sur les comédiens italiens à Paris, Paris, Institut d’Histoire de Paris, 2023.

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Pour citer cet article

Référence papier

Guy-Michel Leproux, « Histoire de Paris »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, 305-307.

Référence électronique

Guy-Michel Leproux, « Histoire de Paris »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/6346 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.6346

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Auteur

Guy-Michel Leproux

Directeur d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques

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