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Résumé

Programme de l’année 2021-2022 : I. Faux, faussaires et critique d’authenticité. — II. Le lieu de passation de l’acte. — III. Atelier de diplomatique (en quinzaine) : dossiers et études de cas apportés par les participants.

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Texte intégral

1En mettant les faux, les faussaires et la critique d’authenticité au programme de la conférence, on ne nourrissait bien sûr aucune prétention à traiter toutes les facettes d’une thématique si tentaculaire et à la bibliographie si monstrueusement inépuisable. Les premières séances ont permis de rappeler, sans vouloir tendre à l’exhaustivité, plusieurs questions que l’historiographie a brassées et rebrasse encore : — la notion même de faux et sa pertinence pour les temps médiévaux, ou plutôt ce que les gens du Moyen Âge appellent faux et comment ils nomment ce que nous nommons faux ; — s’agissant des faussaires (ceux qui réalisent et ceux qui commanditent), leurs profils socio-culturels, leurs compétences, culture et champs d’action, mobiles et espérances ; — les « vies du faux », ses usages supposés et réels, le regard porté sur lui au fil du temps ; — la falsification comme observatoire du rapport que la société du temps entretient avec son passé (goût du passé et recréation du passé) ; — les catégories de faux et les constructions typologiques que les diplomatistes ont échafaudées depuis le xviie siècle ; — la détection des faux, les présupposés et les incertitudes, autant méthodologiques que terminologiques, qui sous-tendent la « pose du diagnostic », dès lors que le document sous examen ne paraît pas être ce qu’il prétend être.

  • 1 Recueil des actes de Charles II le Chauve, roi de France (840-877), éd. A. Giry, M. Prou, G. Tessie (...)
  • 2 Charte du prêtre Félix (745, Diplomatica belgica no 2764) ; éd. M. Gysseling, A. C. F. Koch, Diplom (...)
  • 3 Privilège d’Urbain II JL 5416 (1089) ; cf. G. Constable, « Les listes de propriétés dans les privil (...)
  • 4 Diplôme d’Hugues Capet, éd. J. Boussard, « Le diplôme de Hugues Capet, de 988, pour l’abbaye de Cor (...)
  • 5 Recueil des actes de Louis II le Bègue, Louis III et Carloman, rois de France (877-884), éd. F. Gra (...)

2Les séances ont fait alterner l’examen de cas concrets et la lecture d’ouvrages de diplomatique. Lors des études de cas, on a examiné des actes au statut disputé, ambigu voire indécidable, sans méconnaître certaines contorsions terminologiques auxquelles certains diplomatistes se sont livrés pour donner un nom et un statut à telle ou telle pièce rebelle à entrer dans une nomenclature reconnue. Lors de ces séances, on a présenté quelques parchemins au statut problématique, provenant des chartriers de Saint-Julien de Brioude1, Saint-Bertin2 et Baume-les-Messieurs3 ; la véracité d’un diplôme royal célèbre pour Corbie (premier diplôme royal capétien souscrit par des tiers), connu par des copies de cartulaire, a été à nouveau débattue4. S’agissant d’anomalies, on a repris le cas, jadis traité avec brio par R.-H. Bautier, d’un diplôme posthume de Carloman II, donné quatre jours après la mort accidentelle du roi survenue le 6 décembre 8845.

  • 6 G. Tessier, « Originaux et pseudo-originaux carolingiens du chartrier de Saint-Denis », Bibliothèqu (...)

3On a cherché aussi à présenter de façon raisonnée et ramassée la terminologie, parfois subtile, dont usent les diplomatistes et à saisir ainsi l’armature conceptuelle qui en sous-tend la déclinaison. Pour ce faire, on a ouvert plusieurs manuels classiques de diplomatique, notamment ceux de Harry Bresslau (1889), Arthur Giry (1894), Cesare Paoli (1898-1899) et Michel de Boüard (1929), auxquels sont venus s’ajouter les éléments de réflexion glanés à la lecture d’articles de référence6. On a comparé les manières de classer et de présenter les différentes catégories d’« altération » des actes – en l’occurrence des chartes, objets privilégiés de la diplomatique classique – et la prise en compte de cas limites, sources de malaise et d’hésitation. Dans un but essentiellement pédagogique, on s’est employé, au sortir de ces lectures, à esquisser un schéma rassemblant les principaux « statuts » diplomatiques, au regard de leur véracité diplomatique et de leur véracité ou « sincérité » historique :

  • 7 M. Dorna, Mabillon und andere. Die Anfänge der Diplomatik, Wiesbaden, 2019 (Wolfenbütteler Forschun (...)
  • 8 De veteribus regum Francorum diplomatibus et arte secernendi antiqua diplomata a falsis ad R. P. J. (...)
  • 9 Die Urkunden der Merowinger, éd. C. Brühl et T. Kölzer, coll. M. Hartmann et A. Stieldorf, Hanovre, (...)
  • 10 Librorum de re diplomatica supplementum in quo archetypa in his libris pro regulis proposita, ipsae (...)
  • 11 Il est dommage que, dans leur article consacré à l’histoire de ce diplôme, H. Atsma et J. Vezin n’a (...)

4On devait bien sûr faire retour à Mabillon, père de la diplomatique, et à son De re diplomatica (1681). On a procédé à une lecture attentive de plusieurs pages décisives de son maître-ouvrage sur le sujet, notamment le chapitre I du livre VII, qui traite des « corruptions » qui affectent les vetera instrumenta. Mabillon distingue entre les « altérations » frauduleuses et celles qui conduisent des bénéficiaires à remplacer un document perdu ou endommagé (les « rénovations » privées, les « notices »). On a été particulièrement attentif à l’évolution de l’expression du savant, plus stricte quand les circonstances l’ont incité à l’affiner. On a donc évoqué, mettant à profit une bibliographie renouvelée qui n’occulte pas la saveur de travaux plus anciens7, la fameuse polémique qui éclata entre Mabillon et le jésuite Barthélemy Germon, à la suite de la publication par ce dernier, en 1703, d’une Disceptatio8 où le jésuite récusait en bloc et en détail la possibilité même qu’il pût encore exister des originaux mérovingiens, et par conséquent récusait la véracité des vieilles chartes de Saint-Denis éditées en specimina par Mabillon et que ce dernier considérait, à juste titre, comme d’indubitables originaux. On a analysé la dissertation de Germon et disséqué son argumentation, en insistant notamment sur les griefs qu’il formulait contre le diplôme phare que constitue le précepte délivré par Clovis II en 6549. En contrepoint, on a lu attentivement plusieurs pages de la riposte publiée l’année suivante par Mabillon, l’important et pourtant quelque peu méconnu Supplementum au De re Diplomatica10. Mabillon n’y répond pas à toutes les objections de Germon et tous les arguments déployés ne valent pas mieux que ceux du jésuite11. On a lu les passages synthétiques (chap. IV, § I-III), où le mauriste semble ramasser sa pensée sur la manière de classer les altérations documentaires, où domine une fois encore la question de « l’intention » comme critère du jugement de « faux ».

  • 12 J. Doublet, Histoire de l’abbaye Sainct Denys en France, Paris, 1625.

5Mais c’est en lisant les pages 52-53 du chapitre XII qu’on a repéré une information, importante pur l’histoire du fonds dionysien, et qui semble pourtant avoir échappé aux spécialistes ayant travaillé sur les papyrus de Saint-Denis. Dans sa Disceptatio, Germon accusait à mots à peine couverts Mabillon d’avoir lui-même fait ou fait faire des faux, puisque le mauriste avait mis au jour et publié dans le De re diplomatica, et plus encore après parution de cette œuvre, bon nombre d’actes mérovingiens inconnus de Jacques Doublet en son recueil documentaire compilé en 162512. Mabillon s’indigne alors puis s’explique :

Jam vero quod ad me attinet, si quæras, unde hæc nova Merovingicæ stirpis, aliaque ejusdem ætatis specimina acceperim ? rem paucis accipe. Cum Dionysianas tabulas, in charta Ægyptica scriptas, denuo revolveremus, quibusdam chartis alias ad supplendam earum caducitatem suppositas advertimus : quibus ab invicem separatis, præclara instrumenta invenimus mutilata et conscissa, ut aliis longe minoris momenti aptata pro fultura essent.

Traduction proposée : Et maintenant, en ce qui me concerne, si tu veux savoir d’où j’ai reçu ces nouveaux exemples de la lignée mérovingienne, et d’autres de la même époque, apprends-le en peu de mots. Alors que nous rebrassions une nouvelle fois les documents dionysiens écrits sur papier d’Egypte, nous avons remarqué que sur certains papyrus on en avait appliqué d’autres pour suppléer à leur fragilité. Et après les avoir séparés les uns des autres, nous avons découvert de remarquables actes, mutilés et taillés pour être adaptés, en tant que renfort, à d’autres [actes] qui sont d’une valeur bien moindre.

  • 13 « Hæc vero sunt, quorum specimina hic damus, scilicet regis præcepta duo, unum Chlotharii secundi, (...)

6Et Mabillon d’énumérer ensuite les documents ainsi découverts qu’il publie dans le Supplementum : « Voici ceux dont nous donnons ici les reproductions : deux préceptes royaux, l’un de Clotaire II [DMer 22], l’autre de Dagobert l’Ancien, son fils [DMer 32], la lettre en grec d’un empereur grec, peut-être adressée à Charlemagne, sans compter trois autres diplômes de Clotaire III [DMer89 (plus prudemment imputé aujourd’hui à « un fils de Clovis II », DMer 93 et DMer 95] qui sont rapportés dans l’appendice au tome Ier de nos Annales. »13.

  • 14 École pratique des hautes études, Section des sciences historiques et philologiques, Annuaire. Résu (...)
  • 15 Sur la confection matérielle de ces faux : H. Atsma et J. Vezin, « Les faux sur papyrus de l’abbaye (...)

7Les deux diplômes DMer 22 et DMer 32 dont il donne alors le facsimilé auraient donc servi, nous dit Mabillon, à renforcer d’autres actes sur papyrus en mauvais état. Ces deux diplômes ne portant aucun texte au verso, il s’agit donc de papyrus ayant servi, non pas de support à des faux, mais à consolider d’autres papyrus qui, éventuellement, portaient des faux sur leur face non contrecollée au renfort… Comme nous ignorons à quels papyrus ces deux diplômes étaient collés, il est impossible d’aller plus loin. Mais ce qu’on doit retenir ici, en revanche, c’est que Mabillon a bien pris part à l’entreprise de décollement des papyrus. La phrase de Mabillon valide donc une hypothèse que nous avions émise il y a quelques années14, à savoir que le savant n’était pas étranger à la redécouverte des papyrus mérovingiens dont les faces écrites avait été contrecollées à d’autres faces écrites de papyrus ou de parchemin, par des moines faussaires agissant dans les années 1060, afin que les faces vierges puissent être disponible pour recevoir des actes forgés par leurs soins15.

8Un point demeure troublant. Mabillon déclare que les actes qui étaient déjà visibles avant qu’on les dissocie de leurs renforts étaient « d’une valeur bien moindre » (longe minoris momenti) que ceux-ci, sans toutefois préciser ce qui fondait son jugement. N’aurait-il pas eu quelque soupçon sur tel ou tel des actes que l’on sait désormais avoir été forgés dans les années 1060 ? Ce n’est pas invraisemblable, et un exemple, parmi d’autres, le suggère. Dès le De re diplomatica de 1681, Mabillon connaît le diplôme de Dagobert DMer 41 au dos duquel se trouve porté un faux privilège du synode de Soissons de 862 (Arch. nat., K13, no 10/3), édité par J. Doublet. Or Mabillon fait silence sur ce faux mais publie dans l’ouvrage le vrai privilège synodal de Soissons (Arch. nat., K13, no 10/2), déjà connu de Doublet. On peut donc supposer que Mabillon s’était déjà interrogé sur l’existence de ce faux. Avait-il des doutes qu’il ne souhaitait pas exprimer, pour ne pas donner d’armes à ses opposants, suffisamment prévenus contre les moines de Saint-Denis ? Ce n’est pas impossible…

  • 16 R. McKitterick, Charlemagne: The Formation of a European Identity, Cambridge University Press, 2008 (...)
  • 17 Cf. B. Zeller, « Writing Charters as a Public Activity: The Exemple of the Carolingian Charters of (...)
  • 18 T. Lacomme, « Actum Pruvini. Les chartes provinoises d’Henri le Libéral : présence du comte à Provi (...)
  • 19 C. Senséby, « La “date de lieu” et ses variations du xe au xiie siècle en Anjou et en Touraine », d (...)

9Le lieu de passation de l’acte a fait l’objet de la plupart des séances du printemps. On a fait un bref aperçu historiographique, en déplorant le petit nombre de travaux concernant le sujet choisi, même sous l’angle de la « date de lieu » diplomatiquement formalisée. Celle-ci a longtemps servi prioritairement à nourrir des recherches sur des itinéraires d’auteurs d’actes (royaux ou princiers) ; dans cette optique cependant, des études récentes ont interrogé la fiabilité et le sens à donner aux formules de datation, notamment celles portées au bas des préceptes carolingiens16. S’agissant toujours du haut Moyen Âge, on a rappelé aussi l’attention prêtée par les historiens à l’indication publice qui accompagne éventuellement les noms de lieu dans les formules de datation17. Deux articles très récents ont été mis en lumière pour leur perspective originale. Le premier est celui de Thomas Lacomme qui s’est proposé d’étudier en finesse les dates de lieu des actes du comte de Champagne Henri le Libéral (1152-1181) non tant du point de vue de celui-ci que de celui des bénéficiaires qui sollicitent l’acte et se déplacent auprès du prince au gré de son « itinérance »18 ; l’auteur y analyse les sens possibles de la date exprimée, mais surtout les corrélations entre lieu de passation de l’acte, origine des bénéficiaires et présence du prince à tel moment en telle ville champenoise. Le second article commenté est celui de Chantal Senséby, paru très peu de temps après l’annonce du programme du séminaire, consacré aux formulations de la « date de lieu » sur les actes angevins et tourangeaux du xe-xiie siècle19 ; après avoir analysé la plasticité des formules qu’on voit gagnées par la narrativité nouvelle qui saisit la diplomatique ligérienne au cours du xie siècle, notre collègue montre le souci accru de précision, culminant vers 1130, tant dans les lieux mentionnés que dans la décomposition des moments diplomatiques localisés ; enfin l’auteur illustre l’évolution typologique du paysage référentiel dessiné par ces lieux.

  • 20 Anne Wagner nous a amicalement transmis un relevé et une carte des lieux de validation mentionnés d (...)
  • 21 T. Deswarte et G. Pon, coll. L. Bourgeois et S. Perrault, Les cartulaires du prieuré fontevriste de (...)
  • 22 Les chartes de l’abbaye cistercienne de Vaucelles au XIIe siècle, éd. B.-M. Tock, Turnhout, 2010 (A (...)

10Le libellé du thème mis au programme avait été choisi, de préférence à celui de « date de lieu », pour éviter de centrer ou limiter a priori le regard sur la formule de datation au sens strict de l’expression : les indications topographiques recherchées peuvent apparaître en effet « hors formule de datation », tout comme d’ailleurs les indications de temps. D’autre part, l’expression « passation de l’acte », volontairement floue, invitait à prendre en compte la diversité des séquences de l’action juridico-diplomatique (rituel de l’acte juridique, instrumentation, lecture, renouvellement, consentements…) susceptibles d’être localisés. Lors des séances, on a surtout cherché à illustrer la diversité des solutions rédactionnelles, à partir de documents qu’on a pris soin de lire entièrement ou par larges extraits, de façon à mieux contextualiser la présence des indications à dépister. À titre d’illustration et pour souligner la diversité des pratiques, on a commenté quelques chartes isolées, puis visité quelques chartriers. Notre collègue Anne Wagner nous a fait connaître celui de l’abbaye cistercienne de Bellevaux (dioc. Besançon), fille de Morimond fondée en 1119, dont les deux cartulaires du xiie siècle et du début du xive siècle bénéficient d’une pré-édition réalisée par René Locatelli et Gérard Moyse20. Ces actes livrent une belle moisson de précisions « microtopographiques » parfois insolites (1166, domus lavatoria), dont on a commenté les tropismes. Deux gisements documentaires ont fait l’objet d’enquêtes systématiques. Le premier est celui du prieuré fontevriste fondé vers 1124/1127 à Montazais en Poitou (Haute-Vienne), composé essentiellement de notices de donation du xiie et début xiiie siècle, un corpus très récemment publié21 Les lieux de passation des actes y sont peu souvent indiqués (sur 38 des 265 actions juridiques notifiées). Quelques résultats sont ici à relever : peu ou pas de « date de lieu » sans « date de temps » (l’inverse est fréquent) ; l’indication de lieu est facilement déconnectée de la date de temps ; rare au sein d’une date introduite par un simple participe passé (Actum + indications), on la trouve plutôt dans des phrases rédigées (par ex. hoc donum fecit + indications). On a cru aussi observer que le lieu était noté davantage quand il n’allait pas « de soi », qu’il l’était de préférence pour des actes juridiques complémentaires et d’intervenants secondaires que pour des actions centrales et d’acteurs principaux, enfin qu’une précision topographique (in domo, in ecclesia, etc.) s’ajoutait rarement au nom de la localité. Second paysage documentaire, bien différent, celui offert par les chartes du xiie siècle léguées par l’abbaye cistercienne de Vaucelles, fille de Clairvaux fondée en 1132 au sud de Cambrai22. Dans ce chartrier où abondent les originaux, on a compté 64 actes (sur 176 numéros) présentant une précision topographique en rapport avec un acte juridico-diplomatique. La moitié d’entre eux (32) sont intitulés au nom de « personnes d’autorité » à la diplomatique plus ou moins canonisée (papes, rois, évêques ou princes), tandis que dans l’autre moitié figurent des actes abbatiaux ou de supérieurs de collégiales, des actes de chapitres cathédraux et des actes seigneuriaux. Alors que la date de lieu perd de son attrait dans les diplomatiques bien réglées, l’indication topographique semble connaître un certain élan grâce notamment aux seigneurs laïcs, soucieux, dirait-on, de garder mémoire des cérémonies qu’ils font relater par écrit. Finalement, ce serait moins l’acte écrit abstraitement daté que les rituels qui précèdent l’instrumentation qui semblent retenir l’attention. Affaire à suivre !

  • 23 Cet exposé est la version initiale d’une communication donnée en novembre 2022 à la Société nationa (...)
  • 24 L’auteur de l’exposé prépare un article sur cet acte pour la Revue Mabillon.

11Lors des séances de l’atelier diplomatique réparties au long de l’année, les intervenants ont présenté les exposés suivants : L. Morelle, « Carré magique sur chirographe insolite : la curieuse charte de fondation du prieuré de Saint-Pathus, dépendance de Molesme (1102) »23 (19 novembre 2021) ; Bruno Saint-Sorny, « L’acte de fondation de Montieramey »24 (17 décembre 2021) ; Catherine Marchal, « La charte de fondation du prieuré Saint-Gilles–Saint-Martin de Mantes-la-Jolie, deuxième moitié du xie siècle », L. Morelle, « La pancarte-rouleau de la maladrerie de l’abbaye de Corbie, première moitié du xiie siècle » (8 mars 2022) ; Simon Brangeon, « Sur le diplôme du roi Raoul de juillet 925 en faveur de Saint-Symphorien d’Autun » (18 mars 2022) ; Clément Turpin, « Les saufs-conduits de l’Orient latin : esquisse d’une histoire » (15 avril 2022).

12Le 31 mai 2022, l’atelier s’est transféré à Provins, où Thomas Lacomme, lui-même Provinois et secrétaire de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Provins, avait organisé une dense journée de visites, en collaboration avec Luc Duchamp, conservateur en chef du patrimoine de Provins. La journée s’est ouverte par une visite du fonds ancien de la bibliothèque municipale de Provins, où nous attendait une exposition de documents originaux des xiie-xve siècles (chartes, manuscrits liturgiques, comptes) complétés par des curiosités inattendues du xixe siècle (dossier d’une affaire criminelle, avec scellés judiciaires, fragment de l’obélisque de Louxor de la place de la Concorde à Paris). Les chartes présentées avaient été choisies au sein d’un recueil factice de 264 pièces originales (ms. 85) des xiie-xviiie siècles, pour illustrer des particularités diplomatiques et des thèmes étudiés en séminaire.

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Notes

1 Recueil des actes de Charles II le Chauve, roi de France (840-877), éd. A. Giry, M. Prou, G. Tessier, 3 vol., Paris, 1943-1955 (Chartes et diplômes relatifs à l’histoire de France), no 376 (diplôme de 874).

2 Charte du prêtre Félix (745, Diplomatica belgica no 2764) ; éd. M. Gysseling, A. C. F. Koch, Diplomata Belgica ante annum millesimum centesimum scripta, 2 vol., Bruxelles, 1950, 1, no 15.

3 Privilège d’Urbain II JL 5416 (1089) ; cf. G. Constable, « Les listes de propriétés dans les privilèges pour Baume-les-Messieurs aux xie et xiie siècles », Journal des savants, janvier-septembre 1986, p. 97-131, aux p. 113-117.

4 Diplôme d’Hugues Capet, éd. J. Boussard, « Le diplôme de Hugues Capet, de 988, pour l’abbaye de Corbie », Journal des savants, janvier-mars 1976, p. 54-64 (édition à retoucher). Sur l’anomalie des souscriptions présentes dans ce diplôme, voir aussi, récemment : G. Koziol, « The Conquest of Burgundy, the Peace of God, and the Diplomas of Robert the Pious », French Historical Studies, t. 37-2 (2014), p. 173-214, aux p. 213-214.

5 Recueil des actes de Louis II le Bègue, Louis III et Carloman, rois de France (877-884), éd. F. Grat, J. de Font-Réaulx, G. Tessier et R.-H. Bautier, Paris, 1978 (Chartes et diplômes…), no 79.

6 G. Tessier, « Originaux et pseudo-originaux carolingiens du chartrier de Saint-Denis », Bibliothèque de l’École des chartes [BEC], t. 106 (1946), p. 35-69 ; L. Levillain, « Les diplômes originaux et le diplôme faux de Lothaire Ier pour l’abbaye de Saint-Denis », BEC, t. 95, (1934), p. 225-258 ; J. Dufour, « État et comparaison des actes faux et falsifiés intitulés au nom des Carolingiens français (840-987) », dans Fälschungen im Mittelalter…, IV. Diplomatische Fälschungen (II), Hanovre, 1988 (Monumenta Germaniae historica, Schriften, 33/IV), p. 167-210.

7 M. Dorna, Mabillon und andere. Die Anfänge der Diplomatik, Wiesbaden, 2019 (Wolfenbütteler Forschungen, 159) ; P. Bertrand, « Du De re diplomatica au Nouveau traité de diplomatique : la réception des textes fondateurs d’une discipline », dans Dom Jean Mabillon. Figure majeure de l’Europe des lettres, actes des deux colloques du tricentenaire de la mort de dom Mabillon, éd. J. Leclant, A. Vauchez, D.-O. Hurel, Paris, 2010, p. 605-619 ; S. Taurand, « La querelle de la diplomatique dans les Mémoires de Trévoux (1704-1716) », Revue Mabillon, n. s., t. 3 (1992), p. 201-212. Un classique au souffle incomparable : dom H. Leclercq, Mabillon, 2 vol., Paris, 1953-1957. Une des meilleures approches analytiques du De re diplomatica reste celle de L. Levillain, « Le De re diplomatica », dans Mélanges et documents publiés à l’occasion du deuxième centenaire de la mort de Mabillon, Ligugé, Paris, 1908, p. 195-252.

8 De veteribus regum Francorum diplomatibus et arte secernendi antiqua diplomata a falsis ad R. P. J. Mabillonium disceptatio, Paris, 1703.

9 Die Urkunden der Merowinger, éd. C. Brühl et T. Kölzer, coll. M. Hartmann et A. Stieldorf, Hanovre, 2001 (MGH) [désormais : DMer], no 85.

10 Librorum de re diplomatica supplementum in quo archetypa in his libris pro regulis proposita, ipsaeque regulae denuo confirmantur, novisque speciminibus et argumentis asseruntur et illustrantur, Paris, 1704. Le titre entier résume le propos ; les pages consacrées au diplôme de 654 sont au chap. V, p. 18-20.

11 Il est dommage que, dans leur article consacré à l’histoire de ce diplôme, H. Atsma et J. Vezin n’aient rien dit de la querelle entre Germon et Mabillon à son propos : « Les vicissitudes d’un document mérovingien depuis son expédition jusqu’à son dépôt aux Archives nationales : le privilège accordé par le roi Clovis II en faveur de l’abbaye de Saint-Denis en France en 654 », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1990, p. 353-360.

12 J. Doublet, Histoire de l’abbaye Sainct Denys en France, Paris, 1625.

13 « Hæc vero sunt, quorum specimina hic damus, scilicet regis præcepta duo, unum Chlotharii secundi, alterum Dagoberti senioris ejus filii, epistola græca cujusdam imperatoris Græci, forte ad Carolum Magnum, præter tria alia diplomata Chlotarii III, quæ in Appendice ad tomum I. Annalium nostrorum relata sunt. »

14 École pratique des hautes études, Section des sciences historiques et philologiques, Annuaire. Résumés des conférences et travaux, 149e année, 2016-2017, Paris, EPHE-PSL, SHP, 2018, p. 178.

15 Sur la confection matérielle de ces faux : H. Atsma et J. Vezin, « Les faux sur papyrus de l’abbaye de Saint-Denis », dans Finances, pouvoirs et mémoire. Mélanges offerts à Jean Favier, éd. J. Kerhervé et A. Rigaudière, Paris, 1999, p. 674-699. Sur l’entreprise de falsification : L. Levillain, « Études sur l’abbaye de Saint-Denis à l’époque mérovingienne, III / III : les faux ecclésiastiques et le manuscrit latin 326 des nouvelles acquisitions de la Bibliothèque nationale », BEC, t. 87 (1926), p. 245-346, aux p. 257 et 258.

16 R. McKitterick, Charlemagne: The Formation of a European Identity, Cambridge University Press, 2008, p. 188-212 ; M. Gravel, « Déplacements et immobilités des souverains carolingiens. De l’Empire au royaume de Francie occidentale », dans Le gouvernement en déplacement. Pouvoir et mobilité de l’Antiquité à nos jours, dir. S. Destephen, J. Barbier et F. Chausson, Rennes, 2019, p. 213-234.

17 Cf. B. Zeller, « Writing Charters as a Public Activity: The Exemple of the Carolingian Charters of St Gall », dans Medieval Legal Process: Physical, Spoken and Written Performance in the Middle Ages, éd. M. Mostert et P. S. Barnwell, Turnhout, 2011 (Utrecht Studies in Medieval Literacy, 22), p. 27-37 ; R. Le Jan, « Lieux de pouvoir et espace public dans la Germanie du viiie siècle : publice dans les actes diplomatiques », dans Spazio pubblico e spazio private. Tra storia e archeologia secoli VI-XI), éd. G. Bianchi, C. La Rocca, T. Lazzari, Turnhout, 2018 (Seminari internazionali del Centro universitario per la storia e l’archeologia dell’alto medioevo, 7).

18 T. Lacomme, « Actum Pruvini. Les chartes provinoises d’Henri le Libéral : présence du comte à Provins et origine des bénéficiaires », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Provins, no 174 (2020), p. 5-23.

19 C. Senséby, « La “date de lieu” et ses variations du xe au xiie siècle en Anjou et en Touraine », dans La formule au Moyen Âge [III], éd. O. Simonin et C. de Barrau, Turnhout, 2021 (Atelier de recherche sur les textes médiévaux, 28), p. 149-170.

20 Anne Wagner nous a amicalement transmis un relevé et une carte des lieux de validation mentionnés dans les actes de Bellevaux, qu’elle a réalisés avec sa collègue Nicole Brocard. Qu’elle trouve ici la marque de ma vive gratitude.

21 T. Deswarte et G. Pon, coll. L. Bourgeois et S. Perrault, Les cartulaires du prieuré fontevriste de Montazais (XIIe et XVIe siècles) : édition et traduction, s. l., Société des antiquaires de l’Ouest, 2020 (Archives historiques du Poitou, 70).

22 Les chartes de l’abbaye cistercienne de Vaucelles au XIIe siècle, éd. B.-M. Tock, Turnhout, 2010 (Atelier de recherche sur les textes médiévaux, 12).

23 Cet exposé est la version initiale d’une communication donnée en novembre 2022 à la Société nationale des antiquaires de France.

24 L’auteur de l’exposé prépare un article sur cet acte pour la Revue Mabillon.

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Pour citer cet article

Référence papier

Laurent Morelle, « Pratiques médiévales de l’écrit documentaire »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, 240-246.

Référence électronique

Laurent Morelle, « Pratiques médiévales de l’écrit documentaire »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/6229 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.6229

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Auteur

Laurent Morelle

Directeur d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques

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