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AccueilNuméros154Résumés des conférencesPhilologie italique

Résumé

Programme de l’année 2021-2022 : I. Le messapien et les langues voisines : textes à contenu religieux. — II. Les textes commémoratifs de l’Italie républicaine : exemples tirés des langues sabelliques et des langues voisines.

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1En 2021-2022, la conférence a pu à nouveau se tenir en présentiel. Le premier thème abordé a été l’épigraphie de Pompéi : après une introduction générale à l’histoire complexe de cette cité entre le vie et le ier siècle avant notre ère, nous avons discuté brièvement les inscriptions remontant à la phase étruscophone de l’histoire de la cité, qui documentent notamment le culte d’un dieu « père ».

2Ont ensuite été examinées en détails les inscriptions osques qui contiennent des commémorations de travaux publics supervisés par des magistrats. Ces textes sont datables dans l’ensemble du iie siècle avant notre ère. L’analyse a porté cette année sur les inscriptions mentionnant des questeurs et des édiles. Des distributions complémentaires apparaissent. Les questeurs agissent le plus souvent seuls et non à titre collégial, et lorsqu’il en est ainsi ils appliquent la décision d’une assemblée. D’autre part, il semble que les travaux publics qu’ils font exécuter ont lieu à l’intérieur du pomerium de la ville. Tout autre est le cas des édiles. Ceux-ci agissent plus fréquemment à titre collégial, ils n’indiquent jamais qu’ils appliquent la décision d’une assemblée, et les travaux publics qu’ils entreprennent semblent toujours extra-urbains. Il n’a pas été possible d’examiner cette année le cas de la troisième magistrature de la cité samnite, la fonction de meddix tuticus, magistrat suprême de la cité. En revanche nous avons proposé des hypothèses, encore provisoires, sur les assemblées mentionnées dans les commémorations de travaux publics pompéiennes.

3Plusieurs inscriptions ont été analysées en détail. La plus importante est l’inscription Vetter 8 = Rix Po 1 = Crawford POMPEI 13, la plus longue du corpus des commémorations de travaux publics de Pompéi. Elle contient la description précise des travaux de construction d’une route qui semble quitter Pompéi vers le sud et d’un diverticule quittant cette route vers un sanctuaire extra-urbain, celui de Jupiter Meilikhius, qui doit probablement être identifié à celui qui a été retrouvé au Fondo Iozzino au sud-est de la ville. À partir du texte il est possible de montrer que dans la Pompéi de date samnite les routes, comme c’est le cas dans l’empire romain à une date plus récente, occupent de très larges emprises (environ trente mètres de large), dont la chaussée, elle-même sans doute délimitée de chaque côté par un fossé de drainage, occupe seulement une petite partie. De part et d’autre de celle-ci, en effet, il existe une bande de terrain, en l’occurrence séparée des terres environnantes par des bornes mises en place par les édiles, et probablement aussi par d’autres fossés, peu profonds. Ces bandes de terrain sont maintenues en herbage et servent notamment au passage des cavaliers. L’inscription osque fournit ainsi un témoignage important à l’archéologie de la construction, qui s’appuie par ailleurs sur un corpus très limité de textes lorsqu’il s’agit d’analyser la construction des routes.

4D’autre part, l’inscription osque a aussi l’intérêt de documenter des procédures d’évaluation des travaux qui n’ont pas toutes leur parallèle en latin. Les édiles ont fait faire les travaux par des entrepreneurs privés, ce qui explique pourquoi ils en font la probatio, le « contrôle ». Cette procédure est connue non seulement en latin mais aussi en osque et en ombrien : elle relève d’une koinè juridique dont il serait arbitraire de considérer qu’elle émane d’un centre unique, Rome, mais qui en tout cas inclut le Latium. En outre, le texte osque indique que les édiles eux-mêmes relèvent de la « surveillance » du meddix tuticus. Le lexème utilisé à ce sujet, serevkidimad-, est connu par ailleurs sur une autre inscription osque, malheureusement fragmentaire, Rix Lu 62 = Crawford BVXENTVM 1. Or ce deuxième degré d’évaluation des travaux est inconnu au-delà de l’osque : ni le lexème serevkidimad-, ni l’existence d’une procédure qui redouble la probatio, en soumettant cette dernière à l’examen d’un magistrat de rang encore supérieur, ne paraissent avoir de parallèle. Il existe donc dans les cités osques une conceptualisation qui paraît à la fois précise techniquement et originale juridiquement, et qui est reconstituable en partie. L’histoire juridique de l’Italie montre que non seulement les aristocraties romaines, mais aussi celles des autres cités italiques, voire étrusques, partagent le même intérêt pour l’explicitation et l’approfondissement des normes juridiques civiques. Des articles en cours de publication ont été tirés de l’étude que nous avons faite de l’épigraphie osque pompéienne.

5Le deuxième thème abordé en 2021-2022 a été celui des commémorations de dédicaces cultuelles messapiennes. Celles-ci sont peu nombreuses : l’épigraphie messapienne est surtout funéraire. Il s’agit d’autre part de textes le plus souvent fort brefs. Leur étude n’en est pas moins pertinente pour une interprétation d’ensemble de l’histoire des religions en Italie au Ier millénaire avant notre ère. Il apparaît en effet que les aires messapiennes partagent avec les aires italiques d’abord des modalités rituelles précises : le concept italique de uotum, c’est-à-dire de « vœu », de promesse à la divinité d’une offrande si celle-ci exauce un désir, est partagé en messapien. Par surcroît, le terme messapien utilisé pour désigner un uotum, ogrebis, renvoie très probablement à un emprunt ancien au sabellique. Comme l’avait montré Roberto Gusmani dès 1976, ce substantif ogrebis est apparenté à l’adjectif sabellique « votif », attesté en ombrien (vufru) : plus précisément, il est dérivé du pendant messapien de cet adjectif « votif », et l’adjectif messapien est lui-même très probablement emprunté à une langue sabellique, en l’occurrence l’osque voisin. Mais des considérations phonétiques (traitement des sonores aspirées) montrent que l’emprunt du messapien à l’osque remonte vraisemblablement au premier âge du fer. Il est donc possible de montrer que les contacts rituels entre aires messapiennes et osques sont profonds, au point d’aboutir au partage d’un type de rituel très spécifique de l’Italie, et qu’ils sont anciens.

6L’étude a aussi porté sur les autels multiples du pays messapien. Ceux-ci attestent des paires et des triades de divinités qui sont structurées de manière précise : ainsi, dans les triades, il est parfois possible d’établir que les deux premières divinités forment une paire en association étroite, alors que la troisième divinité n’est pas systématiquement associée aux deux premières, qui peuvent figurer sans elle. Là aussi des comparaisons sont possibles avec les aires italiques, sabelliques et latines, mais aussi avec le monde grec. Ces analyses confirment que les aires messapiennes, presque systématiquement absentes des études d’histoire des religions dans l’Italie républicaine, partagent des conceptualisations avec les aires voisines, et doivent être intégrées plus étroitement à l’histoire culturelle de toute la région.

Références bibliographiques

7Adiego (Ignasi-Xavier), 2023, « Sobre Osco okidima, oκιδιμα y otras formas (posiblemente) relacionadas », Linguarum uarietas, 12, p. 99-119.

8Crawford (Michael), éd., 2011, Imagines Italicae. A Corpus of Italic Inscriptions, Londres.

9Gusmani (Roberto), 1976, « Messapisches », Indogermanische Forschungen, 81, p. 143-151.

10Rix (Helmut), 2002, Sabellische Texte. Die Texte des Oskischen, Umbrischen und Südpikenischen, Heidelberg.

11Vetter (Emil), 1953, Handbuch der italischen Dialekte, 1. Texte mit Erklärung, Glossen, Wörterverzeichnis, Heidelberg.

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Pour citer cet article

Référence papier

Emmanuel Dupraz, « Philologie italique »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, 163-165.

Référence électronique

Emmanuel Dupraz, « Philologie italique »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/6139 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.6139

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Auteur

Emmanuel Dupraz

Directeur d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques

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