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Résumés des conférences

Histoire monétaire et financière du monde grec

François de Callataÿ
p. 153-155

Résumé

Programme de l’année 2021-2022 : I. Numismatique grecque : actualités. — II. Les études de coins et les surfrappes monétaires dans le monde grec : recensement et apports.

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Texte intégral

1L’année 2021-2022 aura été une nouvelle fois perturbée par les mesures sanitaires prises en raison de la pandémie. Une partie des conférences auront à nouveau été données en distanciel, ce qui va à l’encontre de l’idéal prôné par l’établissement. Cela étant, les conférences auront abordé plusieurs thèmes en rapport avec les recherches en cours du directeur et en particulier le développement d’un site web ambitieux visant à réunir à la fois toutes les études de coins (plus de 2 500) produites pour le monde antique et tous les cas de surfrappes enregistrés pour les monnayages grecs (près de 2 200 enregistrées déjà dans la base de données : https://silver.knowledge.wiki/​Overstrike_Database).

2Ce sont d’ailleurs ces surfrappes qui ont retenu l’attention en début d’année académique. On s’est intéressé aux exemplaires récents apparus sur le marché (via les sites CoinArchives.com et acsearch.com) en les replaçant dans la trame plus vaste des monnayages en Grèce ancienne. On sait que, exceptionnelles – c’est-à-dire plutôt inexistantes – pour l’or, les surfrappes se comptent par milliers pour l’argent et le bronze, mais qu’elles n’affectent qu’un pourcentage assez minoritaire de toutes les émissions. Encore, sait-on aujourd’hui que pour l’argent, ces surfrappes se retrouvent le plus souvent concentrées à un moment précis de la séquence (limitées à l’utilisation de quelques coins en milieu de séquence généralement) et que cette observation est cohérente avec l’idée d’un maître de la monnaie ayant mal calculé son métal disponible, dès lors obligé pour atteindre le nombre prescrit de surfrapper des monnaies existantes, quel que soit leur poids (avec perte si nécessaire), pour éviter de repasser par le long et coûteux processus de fabrication des flans.

3Un type différent d’accident a fait l’objet d’un examen attentif : les cas de brockages (le terme anglais s’est imposé en dépit de son ambiguïté). On désigne par là l’accident de frappe qui fait que la monnaie frappée est restée « collée » au coin (de revers dans presque tous les cas) et que dès lors la monnaie suivante présente le même type (celui du droit dans presque tous les cas) sur les deux faces, normal et en positif d’un côté, écrasé et en négatif de l’autre. Bien connu et attesté pour le monde romain (en particulier républicain), on n’avait jamais examiné ce phénomène pour le monde grec. Un catalogue de 66 brockages a été réuni (on est en-dessous d’un cas pour 100 000 monnaies conservées…) qui permet une série d’observations, dont la plus nette est d’établir une franche corrélation de ce type d’accident (plutôt du fait qu’il ait pu passer le contrôle de qualité avant la mise en circulation) avec la présence romaine. En effet, on le trouve surtout dans les ateliers de Dyrrachium et d’Apollonia sur la côte adriatique qui sont les points d’arrivée de la flotte romaine au départ de Brindes, sur les monnaies cistophoriques frappés en Asie Mineure (Éphèse et Tralles) par le pouvoir romain et … à Massilia (Marseille) aux iie et ier s. av. n. è. De là à en faire un marqueur de romanité et à romaniser dès lors le monnayage massaliote d’époque tardive, il y a un pas… qu’il est tentant de faire (au vu aussi de l’ampleur et de la datation de ce monnayage d’argent).

4Pour ce qui relève des études de coins, on a présenté la DSD (Die Studies Database) du site Silver : https://silver.knowledge.wiki/​Die_Studies_Database, à cette époque encore en phase préliminaire. Cette base de données a été développée sur les instructions du directeur et avec l’aide du Dr Caroline Carrier qui aura été engagée sur contrat pendant trois ans pour préparer les tableurs. Le développement pratique a été confié, comme pour la base de données Fina (Fontes Inediti Numismaticae Antiquae) dont il a été question ces dernières années (https://fina.knowledge.wiki/​FINA_Wiki), à Bernhard Krabina, qui a développé de grandes compétences à la faveur de nombreux contrats avec l’Académie des sciences autrichiennes. Ce site en devenir permet de nombreuses fonctionnalités qui demanderont à être pleinement exploitées dans la décennie à venir.

5D’un point de vue beaucoup plus pratique, on a rappelé le débat, si fondamental, sur l’estimation des masses monnayées dans l’Antiquité. On a aussi présenté une recherche de méthode sur la productivité des coins monétaires en Grèce ancienne, menée par Francis Albarède, le porteur de l’ERC Silver, géophysicien de renom, qui s’est pris de passion pour ce sujet technique qui avait beaucoup retenu les spécialistes il y a trente ans avant qu’on ne s’accommode d’une situation privilégiant certaines méthodes fondées sur le calcul des probabilités (G. F. Carter et W. Est en particulier). Or toutes les méthodes proposées dans les années 1960-1990 (il y en eut plus de 25), et quelle que soit la forme de distribution retenue, reposent sur des échantillons de qualité médiocre, fournis le plus souvent par certaines séries romaines républicaines, pour lesquelles le rapport « n/d » (nombre de monnaies par nombre de coins de droit ») ne dépasse pas 6 (6 monnaies en moyenne par coin de droit). La numismatique grecque a bien mieux à offrir avec plusieurs dizaines d’émissions aujourd’hui attestées par des rapports n/d supérieur à 20. C’est en recourant à ces échantillons de qualité supérieure que Francis Albarède a pu développer une approche qui confirme l’intuition faite en 1987 par le directeur : à savoir que les coins monétaires, comme d’ailleurs la plupart des objets manufacturés, sont l’objet d’une forte mortalité infantile (parce qu’ils présentent un défaut de fabrication sans doute) mais que, passé un certain temps, ils se distribuent plutôt de façon symétrique et non pas selon une fonction négative comme postulé par Esty. Un autre point important de cette étude est d’écarter une possibilité autrement ennuyeuse pour nos estimations : il n’existe pas de coins super résistants qui auraient pu produire des centaines de milliers de pièces par exemple, là où on postule généralement une productivité de 20 000 monnaies pour les coins ayant servi à émettre des grosses monnaies d’argent. On observe au contraire un phénomène de fatigue du métal qui nous prémunit contre cette hypothèse. L’article qui en est issu a été publié en 2021 dans le Journal of Archaeological Science et les auditeurs ont eu le plaisir d’entendre Francis Albarède venu lui-même présenter le projet Silver et cette recherche le 3 février 2022.

6Cela étant, bien d’autres sujets ont été abordés cette année. Le séminaire commun du 24 mars a porté sur des « Questions d’historiographie en numismatique antique » et a procuré l’occasion de rendre compte de l’avancement du site Fina (voir supra) avec une intervention en ce sens (« Les échanges antiquaires avant 1800 et le projet Fontes Inediti Numismaticae Antiquae (Fina) »). Répondant à l’invitation de dresser les conclusions du séminaire « Monnaies & Méthodes. L’exploitation des données issues du marché numismatique » organisé le 8 avril 2022 par Guillaume Blanchet et Jérémy Artru, on a brossé un panorama de l’historiographie du sujet en insistant sur les mutations en cours et, bien entendu, les questions éthiques que cela soulève… en particulier si, comme pour les spécialistes des monnaies grecques, on entend produire des études de coins qui tiennent compte de tous les exemplaires disponibles.

7Voilà pour les grandes lignes. Comme chaque année, on a présenté et commenté un choix de publications récentes avec une attention toute particulière pour celles présentant un caractère innovant de méthode, souvent d’ailleurs en dehors de la numismatique grecque proprement dite.

8Enfin, on s’est permis de passer en revue les quelques centaines de dessins humoristiques produits par Claire Amy Franklin au sujet du monde de la numismatique antique au sens large (une entreprise sans doute unique) qui, au-delà de la drôlerie souvent, sont révélateurs de décalages entre les mondes ancien et moderne. Pour terminer l’année – et malheureusement aussi cet enseignement auquel le directeur se voit forcé de renoncer dans l’avenir pour une raison indépendante de sa bonne volonté – on s’est penché à l’approche de l’été sur la manière dont la monnaie en Grèce ancienne est enseignée aux enfants et aux adolescents. Où l’on voit de façon saisissante combien, sauf exception, il faut du temps pour qu’un changement de paradigme – en l’occurrence la guerre plutôt que le commerce comme cause initiale de frappe (pas d’utilisation) – met du temps avant de percoler jusque dans les manuels scolaires.

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Pour citer cet article

Référence papier

François de Callataÿ, « Histoire monétaire et financière du monde grec »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, 153-155.

Référence électronique

François de Callataÿ, « Histoire monétaire et financière du monde grec »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 19 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/6110 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.6110

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Auteur

François de Callataÿ

Directeur d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques, correspondant de l'Institut

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