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Chroniques de la section des Sciences historiques et philologiques – année 2021-2022

« J’entre donc aux Hautes Études »

lettre inédite de louis duchesne à paul fournier sur son entrée à l’école pratique (19 novembre 1885)
Patrick Henriet
p. XXIV-XXIX

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Texte intégral

  • 1 Sur Duchesne, voir la monographie de B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne (1843-1922). Historien de (...)
  • 2 B. Waché, « L’École des Carmes, 1845-1875 », Revue d’histoire de l’Église de France, 206 (1995), p. (...)
  • 3 Cette liste est donnée par Duchesne lui-même : « La transformation de l’enseignement supérieur en F (...)
  • 4 L. Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, I, Paris, 1886 ; II, Paris, (...)
  • 5 . C’est monseigneur d’Hulst qui remarquait cette influence de l’enseignement des Hautes Études sur (...)
  • 6 Voir note 28 sur les raisons de ce congé forcé.

1Louis Duchesne fut certainement, des années 1880 jusqu’à sa mort en 1922, le plus célèbre et le plus important représentant, au sein de l’Église, d’une démarche critique appliquée aux études historiques1. Il avait bénéficié d’une double formation, à l’École des Carmes (ou École ecclésiastique des Hautes Études2) et à l’École pratique où il avait suivi en particulier les cours de l’helléniste Édouard Tournier. Dans la conférence de celui-ci, il avait côtoyé Charles Graux, Émile Châtelain, l’abbé Lebarcq et même, ce qui est plus inattendu, l’écrivain Paul Bourget3. En 1873, il fut envoyé à l’École française de Rome en tant qu’« élève de deuxième année de l’EPHE » et il y prépara sa thèse sur le Liber pontificalis, une œuvre dont il publia l’édition en 1886-1892 (la thèse avait été soutenue à la Faculté des lettres de Paris dès 1877)4. Professeur à l’Institut catholique de Paris, qui venait de succéder à l’École des Carmes, il y donnait déjà des cours inspirés des séminaires de l’École pratique5. En 1885, il fut recruté par le conseil de la quatrième section sans l’avoir demandé. D’abord « maître de conférences », il y devint directeur d’études adjoint en 1889 puis directeur d’études à part entière en 1892. Il poursuivait parallèlement son enseignement à l’Institut catholique, qui l’avait tout de même obligé à prendre un congé forcé en 1885-18866. Nommé directeur de l’École française de Rome en 1895, il occupa cette charge jusqu’à la fin de sa vie en 1922, soit pendant 27 ans (personne ne fit mieux). Nombre d’ecclésiastiques se méfiaient de sa liberté de ton et de ses impitoyables travaux critiques. Duchesne s’attira d’abord les foudres d’une partie du clergé de France en démontant systématiquement les différentes légendes de fondation des diocèses, puis celles de la papauté avec une Histoire ancienne de l’Église qui, dans le contexte de la crise moderniste, fut mise à l’index en 1912. La République le couvrait cependant d’honneurs : élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres dès 1888, il rentrait à l’Académie française en 1910, grâce à son Histoire ancienne de l’Église.

2Duchesne fut extrêmement productif durant ses dix années d’enseignement à l’École pratique, d’abord sous la direction théorique d’Alfred Maury et de Gabriel Monod, puis dans le cadre d’une chaire intitulée « Antiquités chrétiennes ». Son recrutement avait été décidé le 1er novembre lors d’une commission de la IVe section, puis annoncé au ministère le 17. Il s’agissait alors de remplacer Gabriel Hanotaux, nommé conseiller d’ambassade à Constantinople. L’arrêté de nomination, en date du 24 novembre, suivit de peu. Duchesne a raconté plusieurs fois ces événements, en précisant bien qu’il n’avait pas eu à faire acte de candidature. Ainsi, le 20 novembre 1885, il écrit à Giovanni Battista de Rossi :

  • 7 La fille de Rossi allait se marier.
  • 8 P. Saint-Roch, Correspondance de Giovanni Battista De Rossi et de Louis Duchesne, Rome, 1995 (Colle (...)

Mariage pour mariage7. Je vous annonce le mien, ou plutôt mon second, car je vais pratiquer la digamie. Jusqu'ici j'étais uni par les liens les plus tendres à l’Université catholique de Paris ; maintenant, sans délaisser le premier objet de ma flamme, je convole avec l’École des Hautes-Études. Ceci veut dire en style ordinaire qu’une conférence étant venue à vaquer dans cet établissement, les professeurs, qui se recrutent par cooptation, ont eu l’idée de me l’offrir, et que je l’ai acceptée, sous réserve, bien entendu, de l’agrément de mes supérieurs et de mes obligations antérieures8.

3Le 30 décembre, il écrit au baron von Hügel :

  • 9 Cit. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 250, avec une petite modification d’après l’original (...)

(…) voilà environ un mois, l’École des Hautes-Études de la Sorbonne, m'offrait une conférence, sans candidature de ma part et elle parvenait à faire agréer ma nomination par le ministère peu clérical dont nous jouissons. Ils y ont mis de la bonne volonté, car je n'ai pas voulu sacrifier à ces « fonctions de l’État » ma situation de professeur à l’Institut catholique. Pour le moment je suis un être hybride, enseignant au nom de l’État et au nom de l’Église, une petite incarnation du concordat. Mes supérieurs ecclésiastiques ont été très satisfaits et de la nomination et de la façon dont je l’ai acceptée, de sorte que, loin de me destituer, on songerait plutôt à me tresser des couronnes9.

4Douze ans plus tard, Duchesne raconte les conditions de son élection à Alfred Loisy, qui retranscrit ensuite cette lettre dans ses mémoires :

  • 10 Gaston Paris (1839-1903), qui enseignait la philologie romane, venait de prendre la présidence de l (...)
  • 11 Salomon Reinach (1858-1932), célèbre helléniste et historien des religions, dirigea le musée des An (...)
  • 12 J.-M. Mayeur, « Mgr Duchesne et l’Université », p. 326, citant A. Loisy, Mémoires pour servir à l’h (...)

(…) pour l’affaire des Hautes Études, je vous assure que vous vous trompez. Vous avez l’air de dire que je vous ai caché la nécessité d’une déclaration. Mais, même à présent, j’ignore s’il faut une déclaration. On ne m’en a demandé aucune. Un autre beau jour je vis arriver Gaston Paris (alors directeur de la section10) qui me demanda si, au cas où on m’élirait, je pourrais accepter. Je répondis affirmativement. Un autre beau jour arriva Châtelain (secrétaire de la même section) qui me dit que l’on m'avait élu. Il est clair qu’il fallait passer par les orientalistes et surtout par Oppert, directeur des études assyriennes. L’Institut, que vous blaguez, mais où Salomon Reinach11 vous fera entrer quelque jour, n’a rien à voir dans cette affaire12.

  • 13 J’ai pu le consulter grâce à l’extrême obligeance de Yann Potin (Archives nationales) lors d’une ré (...)
  • 14 G. Le Bras, « Paul Fournier. Sa carrière, son œuvre, son esprit », Revue historique de droit frança (...)

5Nous donnons ici à connaître une autre pièce, inédite et jusqu’alors inconnue, dans laquelle Duchesne offre également un récit de son élection. Adressée à l’historien du droit médiéval Paul Fournier, elle fait partie d’un dossier de lettres envoyées par Duchesne à ce dernier entre 1881 et 1918. Ce dossier est aujourd’hui conservé aux Archives nationales dans le fonds Gabriel Le Bras qui, n’ayant pas encore été répertorié, demeure pour l’heure inaccessible (Le Bras avait été l’exécuteur testamentaire de ce dernier)13. Cette correspondance montre l’existence de relations extrêmement amicales et d’une grande communauté de pensée entre les deux hommes, bien au-delà des affinités scientifiques. Cette « amitié intime » avait été mentionnée par Gabriel Le Bras mais elle semble avoir été oubliée par la suite et elle n’est par exemple jamais mentionnée dans la somme de Brigitte Waché14.

  • 15 Sur Paul Fournier, voir avant tout le long texte de G. Le Bras, cité note 14, ainsi que R. Grand, « (...)
  • 16 Le Bulletin critique parut de 1880 à 1908. Cf. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 1-13 et sur (...)
  • 17 Bulletin critique, 15 mai 1880, « avis au lecteur » (cit. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p.  (...)

6Paul Fournier (1853-1935), chartiste de dix ans plus jeune que Duchesne, avait soutenu en 1880 une importante thèse sur Les officialités au Moyen Âge15. Longtemps professeur à Grenoble, il rejoignit l’université de Paris en 1914. Depuis 1911, il était membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres (Duchesne l’avait évidemment soutenu). Catholique et historien critique, Fournier collaborait activement, dans les années 1880, au Bulletin critique de littérature, d’Histoire et de théologie que Duchesne avait fondé en 1880 sur le modèle de la Revue critique d’histoire et de littérature16 : on n’y publiait que des comptes rendus impitoyables qui, dans ce cas, étaient principalement destinés au clergé. Les objectifs étaient les suivants : « impartialité absolue, haine du livre insignifiant, critique sérieuse des ouvrages utiles, renseignements nombreux pour le travailleur éloigné des centres littéraires ; variétés curieuses et inédites (…)17 ». En novembre 1885, Duchesne et Fournier envisageaient de fonder une autre revue qui ne vit jamais le jour. Ce projet est mal connu mais il le sera mieux lorsque l’ensemble de la correspondance Duchesne-Fournier aura été publié.

  • 18 Sur la position de Renan, très hostile à la création de la Ve section, voir la lettre à Marcellin B (...)
  • 19 Voir sur ce savant atypique Paul Viollet (1840-1914). Un grand savant assoiffé de justice. Journée (...)

7Le premier intérêt de la lettre que nous publions réside cependant ailleurs. Nous y découvrons en effet, sur un mode inédit croyons-nous, l’état d’esprit de Duchesne au moment de rentrer à l’École pratique. Notre savant prêtre indique en effet à Fournier comment le Bulletin critique et la Revue d’histoire religieuse qui est alors en projet doivent permettre de concilier activité scientifique et position dans l’Église, en suivant par conséquent une ligne opposée à celle qui devait prévaloir, à partir de l’année suivante, au sein de la toute nouvelle section des « Sciences religieuses » (Ve section). Duchesne, qui qualifie celle-ci de « section théologico-mythologique », n’en veut pas plus que Renan18 (qu’il n’appréciait pourtant guère) ou que Paul Viollet, éminent chartiste catholique dont le nom n’apparaît pas dans les travaux consacrés aux débuts des sciences religieuses à l’EPHE19. Ses prévisions (« Pour sûr si cet enfant est accouché, il ne vivra pas longtemps ») se sont avérées erronées, mais elles éclairent un peu plus une position qui a le mérite d’être parfaitement claire : « Vous verrez que ce sera nous qui enseignerons l’histoire religieuse, même à l’École des hautes études ». Mieux valait une histoire critique et positive du christianisme, professée par des catholiques amoureux de la vérité, qu’une histoire des religions comparatiste et pleine de théologie.

Lettre de Louis Duchesne à Paul Fournier (19 novembre 1885)

8[Archives nationales, fonds Gabriel Le Bras.]

9École Supérieure de Théologie     Paris, le 19 nov. 1885

1074, rue de Vaugirard

11Mon cher ami,

12J’ai reçu votre chronique et vos demandes. On imprimera l’une, sauf quelques coupures, pour éviter les redites, et l’on fera droit aux autres.

  • 20 Édouard Tournier (1831-1899) enseignait dans le cadre de la chaire « Philologie et Antiquités grecq (...)
  • 21 Gabriel Hanotaux (1853-1944), historien moderniste, fit ultérieurement une carrière politique qui l (...)
  • 22 Gabriel Monod (1844-1912) enseignait l’histoire du Moyen Âge. Il fut président de la IVe section de (...)
  • 23 Louis Liard (1846-1917), directeur de l’Enseignement supérieur de 1884 à 1902.

13Parlons maintenant d’un événement inattendu et que rien ne faisait soupçonner lors de votre passage à Paris. Je suis titulaire d’une conférence à l’École des Hautes-Études. La chose s’est faite à mon insu. M. Tournier20 s’est avisé d’écrire au conseil de l’École qui se réunissait pour remplacer Hanotaux21 et de lui signifier (c’est à peu près son style) qu’il n’avait rien de mieux à faire que de m’offrir la place. On a nommé une commission, composé [sic] de Paris, Monod, Weil, Giry et Châtelain22. Sauf le président et le secrétaire, chacun avait son candidat ; mais Gaston Paris ayant dit qu’il croyait que j’accepterais si l’on me nommait, les trois candidatures ont été rentrées. Dimanche dernier le conseil s’étant réuni de nouveau, j’ai été nommé à l’unanimité de 27 membres. Paris ayant déjà parlé de l’affaire au directeur de l’enseignement supérieur23, il est à croire que cela ne fera pas de difficulté, du côté du gouvernement.

  • 24 Monseigneur d’Hulst (1841-1896) est le fondateur et premier recteur de l’Institut catholique de Par (...)

14Mais cela pouvait en faire du côté de l’Église. Aussi, dès que j’ai vu la chose prendre une tournure alarmante, je m’en suis ouvert à Mgr d’Hulst et à Mgr de Larisse24. Celui-ci a d’abord été très perplexe ; mais on lui a un peu expliqué la topographie de la Sorbonne et puis, il a découvert dans les archives de l’archevêché un décret du Saint-Office (rien que cela), qui non seulement m’autorise, mais m’encourage à accepter.

  • 25 Paul Viollet aurait donc été dans un premier temps associé au projet de création de la Ve section.
  • 26 Voir note 18.

15J’entre donc aux Hautes Études avec la bénédiction d’un prélat peu suspect et l’estampille du plus terrible des tribunaux ecclésiastiques. Il est du reste bien entendu que cela ne changera rien à ma situation dans l’Institut catholique. Cette existence hybride est ma vocation. Il faut que je reste bien visiblement attaché à l’Église et authentiqué par elle pour avoir, dans le monde extérieur, l’autorité et la considération qui me sont nécessaires. Sans cela, pas de bien à espérer de mon activité scientifique. Telle est, si je ne me trompe, la ligne du Bulletin critique, et c’est pour cela que vous l’approuvez aussi énergiquement. Telle sera, s’il plaît à Dieu, la ligne de notre Revue d’Histoire religieuse. Vous verrez que ce sera nous qui enseignerons l’histoire religieuse, même à l’École des hautes études. La section théologico-mythologique a beaucoup de peine à se fonder. On dit que Viollet n’en veut plus25 ; quant à Renan il en a par-dessus les yeux26. Pour sûr si cet enfant est accouché, il ne vivra pas longtemps.

  • 27 Ulysse Chevalier (1841-1923), né et mort à Romans, est l’un des grands ecclésiastiques critiques de (...)

16L’abbé Chevalier menace de faire aussi une Revue27. Il faut l’en dissuader ou le laisser faire, en attendant qu’il ait échoué. Des choses comme cela ne se font pas à Romans.

  • 28 Duchesne fait ici allusion à la polémique née de sa recension très critique, dans le Bulletin criti (...)

17Le conseil des évêques s’est réuni hier, sous la présidence de l’archevêque de Sens, qui a eu la bonne idée de ne pas souffler mot de votre serviteur28. Il a eu raison, en somme, car je connais des prélats qui l’auraient étranglé ! L’orage est donc dissipé.

18Tout à vous, de cœur

19Duchesne

20Patrick Henriet

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Notes

1 Sur Duchesne, voir la monographie de B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne (1843-1922). Historien de l’Église, directeur de l’École française de Rome, Rome, 1992 (Collection de l’École française de Rome, 167), et les différents travaux réunis dans Mgr Duchesne et son temps, Rome, 1975 (Collection de l’École française de Rome, 23). Sur sa carrière à l’EPHE, voir aussi la dense notice de J.-L. Quantin, dans P. Henriet dir., L’École Pratique des Hautes Études. Invention, érudition, innovation. De 1868 à nos jours, Paris, 2018, p. 540.

2 B. Waché, « L’École des Carmes, 1845-1875 », Revue d’histoire de l’Église de France, 206 (1995), p. 237-253.

3 Cette liste est donnée par Duchesne lui-même : « La transformation de l’enseignement supérieur en France (1868-1914) », L’intesa intellettuale. Rivista dell’associazione italiana per l’intesa intellettuale fra i paesi alleati ed amici, I, no 2 (juin 1918), p. 65-76, cit. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 47. Sur cet article dont « toute la première partie est consacrée à des souvenirs du “temps d’origines” de la Section », voir J.-L. Quantin, « Érudition historique et philologique de l’âge classique aux Lumières », Annuaire. Résumés des conférences et travaux, 150e année, 2017-2018, Paris, EPHE-PSL, SHP, 2019, p. 357-364 (« Louis Duchesne, historien de l’Église »).

4 L. Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, I, Paris, 1886 ; II, Paris, 1892.

5 . C’est monseigneur d’Hulst qui remarquait cette influence de l’enseignement des Hautes Études sur les cours de Duchesne à l’Institut catholique : Institut catholique de Paris, Assemblées solennelles, 1881, p. 30 (assemblée solennelle de l’Institut catholique du 26 janvier 1881) ; cit. J.-M. Mayeur, « Mgr Duchesne et l’Université », dans Mgr Duchesne et son temps, p. 317-332, ici p. 326.

6 Voir note 28 sur les raisons de ce congé forcé.

7 La fille de Rossi allait se marier.

8 P. Saint-Roch, Correspondance de Giovanni Battista De Rossi et de Louis Duchesne, Rome, 1995 (Collection de l’École française de Rome, 205), no 356, p. 457. Ce passage est cité par B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 249-250, qui lit « bigamie » (« digamie » pour Saint-Roch).

9 Cit. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 250, avec une petite modification d’après l’original communiqué par Jean-Louis Quantin, que je remercie.

10 Gaston Paris (1839-1903), qui enseignait la philologie romane, venait de prendre la présidence de la IVe section à la suite de la mort de Léon Renier. Il en assura la présidence jusqu’en 1895.

11 Salomon Reinach (1858-1932), célèbre helléniste et historien des religions, dirigea le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye de 1902 jusqu’à sa mort.

12 J.-M. Mayeur, « Mgr Duchesne et l’Université », p. 326, citant A. Loisy, Mémoires pour servir à l’histoire religieuse de notre temps, I. 1857-1900, Paris, 1930, p. 165 (texte ici légèrement modifié d’après l’original communiqué par J.-L. Quantin).

13 J’ai pu le consulter grâce à l’extrême obligeance de Yann Potin (Archives nationales) lors d’une réunion organisée par Dominique Iogna-Prat autour des archives de Le Bras. Je remercie ce dernier pour avoir attiré mon attention sur les lettres de Duchesne.

14 G. Le Bras, « Paul Fournier. Sa carrière, son œuvre, son esprit », Revue historique de droit français et étranger, 4e série, 15 (1936), p. 1-54, ici p. 9, n. 2, écrit : « Une centaine de lettres du spirituel historien de la Rome ancienne et chroniqueur de la Rome contemporaine attestent cette intimité. Paul Fournier reçut de l’abbé Duchesne des conseils et des encouragements qui ne furent pas sans influence sur ses travaux ». Or le dossier que j’ai pu consulter est constitué d’une trentaine de lettres. Je suis pour l’heure incapable de dire si les autres lettres se trouvent ailleurs, par exemple dans des cartons encore inexplorés du fonds Le Bras, si ce dernier donne ce chiffre de mémoire en l’exagérant (ce qui me semble peu probable car son texte montre qu’il avait alors les lettres de Duchesne sous les yeux), ou encore si elles ont disparu. Le nom de Fournier n’apparaît pas dans B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne.

15 Sur Paul Fournier, voir avant tout le long texte de G. Le Bras, cité note 14, ainsi que R. Grand, « Paul Fournier », Bibliothèque de l’École des chartes, 97 (1936), p. 228-232 ; A. Coville, « Éloge funèbre de M. Paul Fournier, membre de l’Académie », Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 79-2 (1935), p. 189-194 ; F. L. Ganshof, « Paul Fournier (1853-1935) », Revue belge de philologie et d’histoire, 14-3 (1935), p. 1222-1223.

16 Le Bulletin critique parut de 1880 à 1908. Cf. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 1-13 et surtout 196 sq. (sur le rôle du Bulletin critique dans la querelle sur l’apostolicité des églises de Gaule). Sur la Revue critique d’histoire et de littérature, fondée en 1866 par Gaston Paris, Paul Meyer, Charles Morel et Hermann Zotenberg, voir B. Müller, « Critique bibliographique et construction disciplinaire : l’apparition d’un savoir-faire », Genèses. Sciences sociales et Histoire, 14 (1994), p. 105-123, et P. Henriet, « La Revue critique d’histoire et de littérature », dans Id. (dir.), L’École Pratique des Hautes Études, p. 88-89.

17 Bulletin critique, 15 mai 1880, « avis au lecteur » (cit. B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 197).

18 Sur la position de Renan, très hostile à la création de la Ve section, voir la lettre à Marcellin Berthelot éditée dans P. Henriet (dir.), L’École Pratique des Hautes Études, p. 111 (11 juillet 1885).

19 Voir sur ce savant atypique Paul Viollet (1840-1914). Un grand savant assoiffé de justice. Journée d’étude, 25 septembre 2015, École nationale des chartes, Paris, 2019 (Études et rencontres de l’École des chartes, 56).

20 Édouard Tournier (1831-1899) enseignait dans le cadre de la chaire « Philologie et Antiquités grecques ».

21 Gabriel Hanotaux (1853-1944), historien moderniste, fit ultérieurement une carrière politique qui le mena jusqu’au ministère des Affaires étrangères (1894-1895 et 1896-1898).

22 Gabriel Monod (1844-1912) enseignait l’histoire du Moyen Âge. Il fut président de la IVe section de 1885 à 1912 ; Henri Weil (1818-1909) enseignait comme Tournier dans le cadre de la chaire « Philologie et Antiquités grecques » ; Arthur Giry (1848-1899) était médiéviste et spécialiste de diplomatique ; Émile Châtelain (1851-1933) enseignait la paléographie.

23 Louis Liard (1846-1917), directeur de l’Enseignement supérieur de 1884 à 1902.

24 Monseigneur d’Hulst (1841-1896) est le fondateur et premier recteur de l’Institut catholique de Paris. François Marie Benjamin Richard de la Vergne était alors coadjuteur du cardinal Guibert, archevêque de Paris (il lui succéda l’année suivante). Il était aussi archevêque in partibus de Larissa (Thessalie) depuis 1875.

25 Paul Viollet aurait donc été dans un premier temps associé au projet de création de la Ve section.

26 Voir note 18.

27 Ulysse Chevalier (1841-1923), né et mort à Romans, est l’un des grands ecclésiastiques critiques de cette époque. Il s’attaqua notamment aux questions du suaire de Turin et de la Santa Casa de Notre-Dame-de-Lorette. Il est par ailleurs l’auteur du Répertoire des sources historiques du Moyen Âge. Bio-bibliographie, Paris, 1877-1886.

28 Duchesne fait ici allusion à la polémique née de sa recension très critique, dans le Bulletin critique du 15 mars 1885, de l’ouvrage de l’abbé Hénault, Origines chrétiennes de la Gaule celtique. Recherches historiques sur la fondation de l’église de Chartres et des églises de Sens, de Troyes et d’Orléans, Paris, Chartres, 1884. On pouvait y lire entre autres, p. 111 : « Je révère Notre-Dame de Chartres comme un des lieux saints de la France ; mais je demande la permission de ne pas voir en ses chanoines les successeurs d’un chapitre de druides. Les gens qui seraient de mon avis peuvent lire M. Hénault sans craindre d’être convertis. C’est le contraire qui aura lieu, si j’en juge par mon impression : je croyais que cette légende avait de meilleures références. (…) ce qu’on a de mieux à faire pour elle, c’est d’en parler le moins possible en prose : en vers, je ne dis pas ». Monseigneur Bernadou, archevêque de Sens, n’avait pas supporté de voir ainsi attaquées « les traditions vénérables de son Église ». Pour le détail de cette querelle, qui amena l’Institut catholique à mettre en congé Duchesne pour un an, voir B. Waché, Monseigneur Louis Duchesne, p. 198-223.

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Pour citer cet article

Référence papier

Patrick Henriet, « « J’entre donc aux Hautes Études » »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 154 | 2023, XXIV-XXIX.

Référence électronique

Patrick Henriet, « « J’entre donc aux Hautes Études » »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 154 | 2023, mis en ligne le 22 juin 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/5890 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.5890

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Auteur

Patrick Henriet

Directeur d'études, École pratique des hautes études-PSL — section des Sciences historiques et philologiques

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