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AccueilNuméros150Résumés des conférencesHistoire de l’art de la Renaissance

Résumé

Programme de l’année 2017-2018 : Léonard de Vinci architecte.

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Texte intégral

1Les conférences ont gravité autour de la pensée architecturale de Léonard de Vinci et de la question de l’évolution de ses typologies et de ses langages. Étant donné que le Florentin n’a presque rien construit, notre recherche s’est appuyée sur les nombreux témoignages graphiques et des documents écrits. Jusqu’à présent, les études de Léonard dans ce domaine n’avaient pas encore trouvé leur place au sein du développement de l’art de bâtir de la Renaissance italienne. Si ses dessins d’églises à plan centré ont attiré l’intérêt des chercheurs, la « sacralisation » des demeures, la mise au point de nouveaux liens entre l’édifice et ses alentours ou l’architecture hydraulique restent largement méconnus. Tout d’abord, nous avons procédé par une différenciation typologique – églises, demeures, forteresses, constructions éphémères, jusqu’aux arrière-plans architecturaux – qui a révélé une forte perméabilité entre ces différents genres. Cela s’explique par le fait que l’artiste s’appuyait sur des lois « naturelles », qu’il maîtrisait grâce à ses études d’anatomie, des paysages, des fleuves et de la végétation. Les origines de ses études architecturales restent obscures, mais Léonard a été sans aucun doute été influencé, au début des années 1480, par le renouveau de l’arte edilizia initié à Florence sous l’égide de Laurent de Médicis. Ce dernier avait étudié le traité de Leon Battista Alberti, ami de la famille, notamment les chapitres concernant les églises à plan centré et la villa (le traité fut publié en 1485 grâce à un soutien du même Laurent). Les monuments comme l’église Santa Maria delle Carceri à Prato et la villa Médicis à Poggio a Caiano, projetées et réalisées par Giuliano da Sangallo, sont des témoignages pertinents de ce renouveau. L’arrière-plan architectural de l’Adoration des Mages ainsi que les deux dessins préparatoires (Louvre et GDSU) attestent que Léonard a assimilé certains traits de cet important mouvement qui renvoient à l’Antiquité.

2Si ces expériences lui fournirent des modèles lors de son séjour à Milan auprès de Lodovico Sforza, de 1482 à 1499, cette autre ambiance favorisa aussi de nouvelles réflexions, comme celle de la ville à deux niveaux. Le nombre effrayant de victimes de la peste lors de l’épidémie de 1484 avait motivé Léonard à réfléchir aux restructurations des villes, dont les centres surpeuplés constituaient des foyers propices à la propagation rapide des maladies. Dans le cadre du concours pour la construction du tiburio de la cathédrale de Milan, son projet part d’une analyse de la construction et, à la manière d’un médecin, il en détermine les faiblesses, dues au premier chef aux piliers trop faibles, et cherche à renforcer l’organisme. Une restitution virtuelle des dessins et croquis de Léonard, réalisée en collaboration avec le département des sciences de l’ingénieur de l’université de Bologne, a permis de mieux comprendre le système statique et constructif ainsi que son fonctionnement. Grâce à sa rencontre avec Francesco di Giorgio à la faveur de ce concours, suivie par une nouvelle entrevue à Pavie peu de temps après, il obtint de son collègue des pages de son traité sur les fortifications et édifices privés qui constitueront une source durable d’inspiration. Nous nous sommes attelés à un nouvel examen de projets idéaux d’églises, à plan centré ou avec nef en longueur, provenant du Manuscrit B (Institut de France), en distinguant différentes configurations géométriques et des liens avec des prototypes historiques – San Lorenzo ou San Sepolcro – et des constructions et projets récents, comme la cathédrale de Pavie et les interventions milanaises de Bramante à Santa Maria presso San Satiro et Santa Maria delle Grazie. La collaboration avec Bramante a encouragé et alimenté durablement l’intérêt de Léonard et, dans certaines propositions, apparaît en filigrane le futur dessin de la reconstruction de l’église de Saint-Pierre pour Jules II.

3Peu étudié a été jusqu’à maintenant le séjour de Léonard à Rome en avril 1505, attesté par un document de douane, qui eut des répercussions essentielles sur son imagination. Les commandes de Jules II avaient instauré une nouvelle vision architecturale à l’antique, marquée par une plus grande rigueur archéologique et philologique quant à la réception des ordres vitruviens. Les dessins de Léonard révèlent qu’il a étudié les projets et réalisations de Bramante (tempietto de San Pietro in Montorio, projet Saint-Pierre [GDSU 1], palazzo Caprini), de Michel-Ange (projet du tombeau de Jules II), de son compatriote Giuliano da Sangallo (dessin pour la tribune des trompettistes sur la place Saint-Pierre, loggia du château Saint-Ange) ou de Baldassarre Peruzzi (Farnésine). Pendant son second séjour à Milan de 1506 à 1513 (avec une interruption à Florence), ces nouveaux modèles ont marqué des projets comme la villa de Charles d’Amboise ou les dessins pour le tombeau de Gian Giacomo Trivulzio. Bien que cette expérience romaine ait signé une nouvelle phase stylistique, on ressent aussi en toute netteté que ses travaux réalisés sous Lodovico Sforza, très appréciés par les vainqueurs français, gardèrent une actualité, de même que sa rencontre avec l’art de bâtir à Venise en 1500. Son projet de 1513 pour la villa Melzi (Cod. Atl.) révèle cependant que son imagination, guidée par l’expérience des paysages et des ressources naturelles, le porte vers des solutions qui tranchent assez nettement avec les inventions des architectes novateurs.

4Bien que son nouveau séjour à Rome, de 1513 à 1516, sous le pontificat de Léon X ait élargi son répertoire – le nouveau Saint-Pierre aux dimensions amplifiées et ennobli par des matériaux plus précieux, des ornements polychromes évoquant le faste de la Rome impériale et un ordre colossal –, il semble que Léonard s’est adonné de manière moins intense qu’auparavant aux études architecturales, abstraction faite des projets pour le port de Civitavecchia et d’un groupe de projets idéaux. Dans son atelier installé à la villa du Belvédère, profitant de la liberté que le pape lui garantissait, il a dû se consacrer notamment aux recherches scientifiques et études mécaniques.

5Ses conditions de travail devaient s’améliorer à la cour de France, où François Ier lui accorda en 1516 le titre de « Premier peintre, ingénieur et architecte du roi » avec une rente annuelle de 1 000 écus qui lui procura une autonomie totale, selon un statut encore inédit d’artiste de cour. L’ambitieux projet pour la résidence de Romorantin, que le roi lui demanda en 1516 atteste une fois encore que, pour Léonard, l’architecture de l’eau – la régulation des fleuves, les réseaux de canaux, les fontaines et les bassins – forme une unité, comme c’était déjà le cas de la ville à deux niveaux pour Lodovico Sforza. Les dessins concernant ce château, ainsi que quelques croquis de la même période prouvent que le Florentin n’avait pas assimilé les dernières innovations de l’architecture romaine de la deuxième décennie du xvie siècle. Si son projet est innovant quant à l’aménagement de la nouvelle ville, les ordres architecturaux et ses études de détails restent profondément enracinés dans l’esprit de la fin du xve siècle italien.

6La conférence a été suivie par des doctorants, des doctorants inscrits en post-doctorat, des étudiants Erasmus et par une trentaine d’auditeurs libres. Elle a été accompagnée de séminaires mensuels réservés aux étudiants.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sabine Frommel, « Histoire de l’art de la Renaissance »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 150 | 2019, 311-313.

Référence électronique

Sabine Frommel, « Histoire de l’art de la Renaissance »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 150 | 2019, mis en ligne le 12 juin 2019, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ashp/3122 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ashp.3122

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Auteur

Sabine Frommel

Directeur d’études, Mme, École pratique des hautes études — section des Sciences historiques et philologiques

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Droits d’auteur

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