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Gouverner, c'est cartographier

Pratiques d’arpentage, création de villages et construction de l’État dans le territoire de l’Uruguay au xixe siècle : le cas de la fondation de Belén en 1867

Agrimensura, pueblos y construcción del Estado Oriental en el siglo xix: la fundación de Belén en 1867
Santiago Delgado Fabre et Nicolás Duffau
p. 127-140

Résumés

Cet article se propose d’étudier les pratiques d’arpentage en Uruguay en vigueur durant une partie du xixe siècle, en prenant comme référence la fondation du village de Belén en 1867. La création de ce village est un observatoire intéressant car, en premier lieu, elle s’inscrit dans la politique visant à réinstaller dans les zones rurales une population considérée comme errante et donc conflictuelle. En second lieu, on assiste dans les années 1870, d’une part, à une convergence des méthodes traditionnelles d’exécution des pratiques topographiques (caractérisées non seulement par le manque d’expertise ou les déficiences techniques, mais aussi par les rapports de force entre institutions, autorités locales, politiques et militaires) et, d’autre part, à un processus qui tente de réglementer et de rationaliser le travail des géomètres. Même si la focale de notre travail est mise sur la décennie 1860, notre intention est, d’embrasser, à partir de cet exemple, une période chronologique longue qui court de la création de la Commission topographique en décembre 1831 jusqu’aux années 1880.

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Texte intégral

Introduction

1L’État joue un rôle central dans les processus de construction territoriale puisqu’il est responsable de la délimitation et de l’administration du territoire et devient par conséquent un garant irremplaçable de la propriété privée. L’un des résultats de l’action de l’État est l’élaboration de plans d’arpentage, qui sont utilisés pour délimiter les terres, établir les limites d’une zone ou établir la fondation d’une ville ou d’un village. L’élaboration des plans est le fruit de l’expertise des arpenteurs ou géomètres, de leur capacité à imaginer et à représenter, ainsi que de l’intervention de différentes instances de médiation politique, étatique ou locale.

2Cet article se propose d’étudier les pratiques d’arpentage en Uruguay, en vigueur durant une partie du xixe siècle, en prenant comme référence la fondation du village de Belén en 1867. La création de ce village est intéressante à observer car, en premier lieu, elle s’inscrit dans la politique visant à réinstaller dans les zones rurales une population considérée comme errante et donc conflictuelle, mais aussi parce qu’elle tente d’apporter une solution aux problèmes frontaliers en dotant le territoire d’une « structure politique (equipamiento político) » (Barriera, 2009 : 11-50). En second lieu, on assiste dans les années 1870, d’une part, à une convergence des méthodes traditionnelles d’exécution des pratiques topographiques (caractérisées non seulement par le manque d’expertise ou les déficiences techniques, mais aussi par les rapports de force entre institutions, autorités locales, politiques et militaires) et, d’autre part, à un processus qui tente de réglementer et de rationaliser le travail des géomètres. Même si la focale de notre travail est mise sur la décennie 1860 (caractérisée par un manque de stabilité politique et l’implication de l’Uruguay dans des conflits régionaux et frontaliers), notre intention est d’embrasser, à partir de cet exemple, une période chronologique longue qui court de la création de la Commission topographique en décembre 1831 jusqu’aux années 1880. C’est pourquoi, à titre d’hypothèse, nous pourrions affirmer que les années 1860 et 1870 sont caractérisées par une transformation importante du travail des géomètres qui se trouve soumis à des protocoles, des règlements généraux et qui est plus souvent mené en liaison avec les autorités locales.

3Notre propos s’insère dans une historiographie de plus en plus dense qui étudie les processus de construction de l’État, en partant du rôle de l’arpentage, à travers l’analyse de la technique mais aussi des contextes sociaux et politiques (Pro, 1992 ; D’Agostino, 2009 ; Garavaglia, Gautreau, 2011 ; Maizón, 2013 ; Appelbaum, 2017 ; Mazzitelli, 2018 ; Albornoz Vázquez, 2019 ; Molina, 2019 ; Poczynok, 2019 ; Martykáová, Pan Mantojo, 2020). S’ajoutent à ces facteurs, dans le cas uruguayen, les approches élaborées par les arpenteurs eux-mêmes qui contribuent, par le biais d’explications générales, à la compréhension du développement de leur discipline et de certaines de ses étapes marquantes (Foladori Rocca, 1980 et 2005 ; Ministerio de Transporte y Obras Públicas, 2001 ; Jaureche, 2002 ; Dirección Nacional de Topografía, 2010 ; Recalde, 2006 et 2013 ; Piñeyro, 2020).

4Notre travail s’appuie sur des sources historiques primaires, notamment sur les plans et les réalisations conservés dans la collection Villes, villages et hameaux des Archives graphiques du Ministère des transports et des travaux publics de l’Uruguay (« Ciudades, Pueblos y Villas » del Archivo Gráfico del Ministerio de Transporte y Obras Públicas), sur les documents du Ministerio de Gobierno qui se trouvent aux Archives Nationales, sur des rapports rédigés par le responsable désigné par le gouvernement, ainsi que sur des copies des actes notariés de terres, des registres de lois et de décrets.

Les pratiques d’arpentage dans le processus de la construction de l’État

  • 2 Selon Ismael Foladori, le gouvernement de la Province, avait édicté en 1822 les Prescriptions aux (...)

5Pendant la période de domination coloniale en Amérique, un réseau de villes et de villages a été mis en place, à travers lequel on tentait d’imposer les idéaux des conquérants. Les couronnes espagnole et portugaise ont, toutes deux, utilisé l’installation de colons comme stratégie de défense dans le cadre de frontières contestées entre les populations autochtones, les chancelleries royales en Europe et leurs sujets en Amérique (Herzog, 2018). Dans la conception hispanique, les villages étaient des dispositifs devant servir à la construction d’un territoire, sur lequel étaient ensuite installées des institutions chargées de leur contrôle (Barriera, 2010). Les tâches de démarcation étaient effectuées par des pilotes de la marine, originaires pour la plupart d’Europe. Ils sont considérés aujourd’hui comme des « pionniers » de l’arpentage dans la région du Rio de la Plata. Leurs tâches dépendaient de différentes dispositions royales, mais ils suivaient en règle générale les ordres des autorités politiques des colonies et il n’existait aucune réglementation spécifique régissant leur travail. Dans les territoires situés à l’est du fleuve Uruguay, aussi appelés Province orientale, la Couronne espagnole multiplia les efforts pour promouvoir la colonisation, l’agriculture et le commerce, dans le but de contrôler la région sur le plan militaire et d’augmenter les revenus des caisses royales indigentes. L’instabilité provoquée par la Révolution qui débuta en 1810 restreignit la création de nouveaux villages, sans pour autant signifier une remise en cause de la stratégie « fondatrice » qui se renforça à partir des années 1820. Dans le même temps, le gouvernement de la Province orientale, sous domination luso-brésilienne, entama un processus de régularisation des pratiques d’arpentage2.

  • 3 « Toda mensura que se practique en lo sucesivo de terrenos. Bien sea de particulares o del Estado (...)

6Le 25 septembre 1824 fut créée par décret la Commission topographique de la province de Buenos Aires. L’article 4 du décret établit que : « aucune mesure de terres pratiquée dans le futur, soit par des particuliers, soit par l’État, ne pourra être approuvée ou avoir de valeur d’un point de vue juridique, sans le rapport ou l’approbation de la Commission topographique »3. Après les soulèvements de 1825, contre l’occupation brésilienne, la Province orientale fut incorporée aux Provinces unies du Rio de la Plata et passa sous l’autorité du gouvernement de Buenos Aires. En 1827, les Orientaux demandèrent l’autorisation d’ouvrir sur place un bureau du cadastre, celui-ci restant toutefois sous tutelle du Département principal de Buenos Aires (Recalde, 2006 : 47). Le premier document à régir le travail des géomètres fut le Règlement provisoire pour l’administration de la Justice du 10 août 1829, approuvé une fois terminée la guerre contre le Brésil et dans le contexte d’autonomie croissante qui suivit les accords diplomatiques de 1828, accords qui débouchèrent sur l’indépendance de l’actuel Uruguay (Colección Legislativa, 1876 : 90).

  • 4 « el reglamento que metodice los trabajos de la agrimensura y establezca las responsabilidades de (...)
  • 5 La Commission avait pour mission de réaliser un cadastre, qui ne s’est finalement concrétisé que (...)

7En décembre 1831, la Commission topographique fut mise en place par le biais de lois et de décrets successifs et son nouveau président, l’ingénieur José María Reyes, eut pour tâche première de proposer une « réglementation qui organise les travaux d’arpentage et établisse les responsabilités relatives aux opérations mathématiques à réaliser sur le terrain »4. La création de la Commission permit aux arpenteurs de disposer de protocoles pour les mesures ; les instruments à utiliser furent définis, ainsi que les calculs et les mesures à effectuer. Simultanément, les plans et le travail des arpenteurs (leurs annotations, les explications de leurs opérations arithmétiques et géométriques) commencèrent à être utilisés comme éléments de preuve et comme pièces devant les tribunaux5.

8La période allant des années 1830 au milieu des années 1860 peut être considérée comme une étape intermédiaire dans la pratique de l’arpentage, sans réelle professionnalisation ni « protocolisation » des tâches. Cette étape se caractérisa par l’inscription des géomètres auprès des autorités compétentes et leur contrôle par lesdites autorités, les tentatives de standardisation des mesures (jusqu’alors différentes unités de mesure coexistaient) et par l’affirmation du monopole étatique des connaissances cartographiques et statistiques.

9À la fin de ce que l’on appela la « Grande Guerre » (Guerra Grande, 1838-1852), la classe dirigeante orientale partagea le même constat concernant l’état du pays : déserté et ruiné par des années d’affrontements belliqueux, dépourvu de ressources et dont les habitants étaient éparpillés sur tout le territoire (Barrán, Nahum, 1967 : 9-26). Dans ce contexte, la création de nouveaux villages fut considérée comme un moyen de stimuler le retour des colons, d’encourager l’agriculture et le commerce, de contrôler l’insécurité et les révoltes contre les autorités. Elle fut aussi envisagée comme une stratégie défensive pour les zones frontalières dont la souveraineté était potentiellement menacée par l’imposante présence de sujets de l’Empire brésilien (la plupart d’entre eux sont des propriétaires terriens, certains possèdent des domaines s’étendant de part et d’autre des frontières politiques) et la proximité avec l’actuel littoral Argentin. Comme à l’époque coloniale, les politiques de fondation de villages gardèrent leur caractère « civilisateur » : regroupement forcé des populations rurales vagabondes dans un espace urbain avec la certitude que leurs coutumes seraient ainsi réformées et leurs mouvements contrôlés.

10De manière générale, on peut distinguer deux types de procédures dans les fondations de villages de l’État oriental au cours du xixe siècle. La première a été appliquée dès les premiers embryons étatiques dans le Rio de la Plata et consistait en une initiative du gouvernement par le biais d’une loi, d’un décret, d’une circulaire ou d’un édit. Ces dispositions indiquaient le lieu et la superficie du village à créer, ordonnaient la délimitation et la division du terrain et désignaient les emplacements réservés aux bâtiments publics. En second lieu, dans le même temps, une autorité locale ou une assemblée d’habitants (grupo de vecinos) était chargée de mettre en œuvre ces dispositions. L’ordre de « mesurer », « délimiter » et « diviser » le territoire choisi pour le nouveau village impliquait l’établissement d’un plan et son élaboration par un géomètre, sous le contrôle de la Commission topographique.

11Une fois nommé, le géomètre devait suivre les dispositions indiquées par la loi ou le décret de fondation et les instructions données au commissaire, personne chargée de superviser la fondation de la ville (ces instructions étaient différentes pour chaque village). Une fois soumis, le plan était examiné par les membres de la Commission, puis le procureur d’État, chargé des tâches administratives dans le village, rédigeait son rapport et le gouvernement approuvait ou désapprouvait la fondation. La dernière étape consistait à établir l’acte de propriété des terres publiques devant le greffier du gouvernement, qui incluait une copie des plans.

12Le 1er mars 1866 entra en vigueur le décret établissant que toutes les mesures devaient être effectuées selon le système métrique décimal (l’unité de mesure adoptée dans les pays occidentaux du continent européen), qui avait été approuvé en 1862 et appliqué à partir du 1er janvier 1864 (Burmester, 1900 : 30-32). La nouvelle forme de mesure permit d’établir des critères homogènes : une lieue de 60 blocs (cuadras), équivalant à 6 000 aunes (varas) devenait 5 154 mètres ; un bloc (100 aunes) 85,90 mètres ; et une aune 0,859 mètre.

  • 6 Les géomètres étaient probablement les plus intéressés à l’établissement de critères homogènes po (...)

13Jusqu’alors, les différences entre les valeurs des mesures étaient telles qu’elles pouvaient engendrer de sérieux problèmes pour les géomètres travaillant dans la région et qui effectuaient des mesures en territoire uruguayen, mais aussi au Brésil ou dans les provinces argentines6. L’uniformisation des mesures fut complétée le 28 mars 1867 par le décret qui rendait obligatoire l’usage du théodolite pour la pratique de l’arpentage et la substitution de la corde de chanvre par des chaînes métalliques. La normalisation des unités de mesure et l’utilisation d’instruments plus récents permirent l’abandon progressif des mesures coloniales, ainsi que des bornes en pierre et des éléments géographiques utilisés pour la démarcation.

Processus de fondation des villages : l’élaboration du plan de Belén

14Le cas du village de Belén se trouve dans une sorte de transition entre les procédures anciennes et les changements survenus dans le métier de géomètre.

15Le village de Belén fut fondé en 1801 dans le cadre des plans de pacification de la frontière entre le territoire de la Couronne espagnole et celui des peuples autochtones mais, lors des guerres révolutionnaires à partir de 1810, il subit plusieurs attaques militaires qui provoquèrent son dépeuplement (Dávila, Azpiroz, 2015). Au début des années 1840, le village fut pillé et détruit par les troupes du général Pascual Echagüe, lors d’une confrontation avec les forces gouvernementales de Montevideo cantonnées près de Belén (Araújo, 1900 : 91-93). La refondation de Belén fit partie des plans défensifs conçus pendant les années 1850 et 1860 par les différents gouvernements uruguayens : il s’agissait de fonder des villages dans les espaces limitrophes avec l’Empire du Brésil afin de les peupler et renforcer la présence de l’État dans ces zones (Barrios Pintos, 2008 : 124).

  • 7 Juan Antonio Lavalleja (1784-1853), chef militaire et politique des guerres d’indépendance et gou (...)
  • 8 « Belén. Restablecimiento de este pueblo y distribución de solares en el mismo », Montevideo, 12  (...)

16Après la fin de la guerre en 1852, il y eut plusieurs tentatives de refondation : un décret de 1860 (dont le projet avait été présenté un an auparavant), puis une loi votée en 1862, et enfin un nouveau décret de 1867 sous l’administration du Gouverneur général provisoire Venancio Flores, qui aurait promis aux habitants survivants la reconstruction du village (Ballista, 1945 : 121). Dans les trois textes, il est précisé que le village doit être implanté sur une partie des champs donnés par Juan Antonio Lavalleja7 et situés entre le fleuve Uruguay et le ruisseau Yacuí (actuel département de Salto). Il existe toutefois différents écarts entre ces textes sur les dimensions de la zone urbaine (planta urbana) et les conditions de distribution des terres aux colons8.

  • 9 En avril 1863, le général Venancio Flores qui, dans les années 1850, avait assuré l’intérim de la (...)
  • 10 « a las personas que por sus servicios a la República, sean acreedoras a la consideración naciona (...)

17Par le décret du 2 octobre 1867, le colonel Gregorio Castro fut nommé commissaire du gouvernement pour la délimitation et la distribution des terres. Né sur la côte du Daymán (frontière entre les départements actuels de Salto et Paysandú) et issu d’une famille de tradition militaire, Castro se rapprocha de Flores lors de l’invasion du territoire uruguayen en 1863, avant d’être nommé chef politique du département de Salto en 18689. Cette année-là, le ministre du gouvernement, Antonio Rodríguez Caballero, envoya à Castro un document avec des instructions du président de la République, dans lequel étaient spécifiées certaines dispositions du décret comme le paiement des opérations d’arpentage via les fonds collectés lors de la vente de petites exploitations (estanzuelas) et la cession gratuite de terrains à bâtir (solares) aux « personnes qui, par leurs services rendus à la République, se sont montrées dignes de la considération nationale. »10

  • 11 Acta de delineamiento, Costa Oriental del río Uruguay barra del Yacuy, Departamento de Salto, 11  (...)

18Il est probable que la participation de Castro et de ses hommes à la campagne des forces gouvernementales contre le soulèvement de Timoteo Aparicio en 1870-1872, connu sous le nom de Revolución de las Lanzas, ait retardé le travail d’arpentage, qui, selon « l’Acte officiel de délimitation », ne fut réalisé que le 11 novembre 1873. À la division et à la distribution des terres participèrent le commissaire, plusieurs habitants et le nouvel arpenteur, Demetrio Isola, nommé en remplacement d’Ángel Gabino, démissionnaire11.

  • 12 « Cálculo de superficie de las Estanzuelas », ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido (...)

19Les deux plans de Belén qui accompagnent la procédure furent établis par Isola entre le 11 et le 29 novembre 1873. Le premier comprend l’ensemble de la zone urbaine, le village et les biens communaux (ejido) (composés de fermes et de petites exploitations), et le second comprend, lui, le tracé du village, tel qu’il est mentionné dans les instructions de 1853 et dans celles envoyées au commissaire en 1867. En ce qui concerne les aspects techniques, les triangles utilisés pour le calcul des angles sont détaillés, angles dont les extensions et les surfaces totales mesurées sont mentionnées dans les références. En outre, sont consignées les superficies totales des terrains, l’échelle de 0,001 par 20 mètres et le nord de l’aiguille dirigé vers l’ouest, indiquant une légère variation par rapport au cap magnétique. Puis Isola procéda à l’enregistrement des relevés de mesure, des calculs des surfaces de chaque terrain divisé et joignit un résumé du processus de délimitation où il ajouta quelques observations relatives à l’emplacement de la zone urbaine, son contexte géographique et les différentes formes d’occupation dont elle fait l’objet12.

  • 13 « “cuestiones todas que se han confiado al tino y cordura del Señor Comisionado Coronel Don Grego (...)

20Son travail fut évalué par Antonio T. Fábregas, membre de la Commission topographique, qui ne rédigea son rapport que le 15 juin 1875. Il y signala quelques différences avec les chiffres fournis par Isola et fit quelques suggestions, comme celle, notamment, de tenir compte de la conformité des limites du côté Est du terrain. Il s’interrogea également sur le fait que certaines des exigences du décret de 1867 et des instructions de 1868 ne fussent pas respectées, puisqu’il n’y avait pas de données sur la topographie du terrain, « tout ayant été laissé à la sagacité et au jugement du commissaire Monsieur le Colonel Gregorio Castro »13. Comme nous le verrons plus loin, la critique d’Antonio T. Fábregas était pertinente car ni le décret ni les instructions données n’avaient été respectés.

Fig. 1. Village de Belén.

Fig. 1. Village de Belén.
  • 14 Source : Pueblo Belén. Cuenta de la distribución Pueblo Belén. Cuenta de la distribución individu (...)

Compte rendu de la distribution individuelle des parcelles cadastrales, des terres agricoles et fermes effectuée par le commissaire, Monsieur le Colonel Gregorio Castro, 188314.

21Ce qui est intéressant ici, c’est que l’analyse de l’ensemble du processus de délimitation met en évidence les conditions de travail et les difficultés rencontrées par le géomètre. La tâche du géomètre était soumise aux intérêts du commissaire et de ses voisins, qui ne conïncidaient pas nécessairement. Cela permet d’appréhender plus précisément la façon de travailler de ces professionnels et la manière dont ils en parlent et la décrivent sur les documents écrits.

22Dans le cas de Belén, les informations incluses dans les plans d’Isola sont liées à l’intérêt du gouvernement uruguayen concernant l’enregistrement précis de la répartition des terres et des noms de leurs propriétaires, qui encourage l’officialisation des titres de propriété devant notaire. En ce sens, ce n’est pas un hasard si le décret de 1867 est l’une des résolutions officielles les plus longues et les plus détaillées concernant la fondation de villages. Ce n’est pas non plus une coïncidence si elle a été publiée dans un contexte de projets de régulation foncière nombreux visant à protéger les droits des propriétaires fonciers et à empêcher la mobilité des secteurs sociaux les plus pauvres des campagnes.

  • 15 « Ley Nº 896. Belén. Restablecimiento de este pueblo », Montevideo, le 2 octobre 1867 ( Compilaci (...)

23Les articles du décret de 1867 fixèrent la superficie à diviser, les terrains réservés aux bâtiments publics et la superficie des terrains à bâtir, biens communaux et fermes. Le commissaire du gouvernement devait procéder à la distribution des terres, qui pouvaient être acquises en propriété sous certaines conditions, en enregistrant la transaction dans des livres, des copies conformes étant remises aux intéressés (comme titres provisoires). Ces informations devaient être corrélées avec la numérotation présente sur les plans du village et des biens communaux15. Les instructions envoyées à Castro montrent le souci porté par les autorités au respect de la procédure correcte concernant l’enregistrement de la répartition, indiquant bien les données qu’il devait consigner.

24Par rapport à d’autres cartes contemporaines, le nombre d’informations statistiques est élevé, conformément aux dispositions des autorités centrales. La quasi-totalité des divisions du plan général sont numérotées et le plan du village comporte des parcelles annotées et des noms de rues. De même, les parcelles destinées aux bâtiments publics apparaissent tant sur le plan que dans les références. La représentation des éléments naturels est assez sobre, surtout si on la compare à des plans d’autres villages. Le fleuve Uruguay est dessiné (avec le sens du courant pour la navigation), de même que le ruisseau Ibicuy, le Boicuá, le Sarandí et le Juan José, ainsi que l’île de Belén. Au second plan est indiqué en vert ce qui pourrait représenter les montagnes qui dominent les rivières et les ruisseaux, informations importantes pour la construction des maisons des habitants et la division des fermes et des terres d’exploitations rurales.

  • 16 « Una construcción social del mundo » (Harley, 2005 : 61).

25Comme l’a indiqué le géographe John B. Harley, les cartes sont « une construction sociale du monde »16, elles ne sont donc pas des instruments neutres, elles n’expriment pas une réalité innocente, et tout comme les discours, elles sont rhétoriques, elles prétendent convaincre, s’adressant à un public spécifique et employant des arguments d’autorité. En ce sens, les plans des villages fondés au cours du xixe siècle témoignent de la manière dont ces espaces ont été envisagés. Plus qu’une représentation exacte de l’origine d’un village, c’est une interprétation de la personne qui a cartographié cet espace, selon certaines valeurs sociales, qui se manifestent par la régularité du tracé et l’obsession de fixer avec précision la propriété territoriale.

26Le décret de 1867, stipulait les règles de la délimitation. Cependant, la division et sa représentation sur les plans ne suivirent pas exactement cette indication, un problème que l’on retrouve dans d’autres arpentages en raison du manque de connaissance de l’espace qu’avaient les autorités centrales. Dans le plan général, le damier du village est entouré de rectangles irréguliers représentant les fermes et de rectangles plus grands, qui symbolisent les terres d’exploitations rurales, ces dernières ne respectant pas non plus le tracé en damier pas plus que les chemins, puisque les terrains sont disposés en fonction des cours d’eau qui servent de limites. En fait, la disposition des terres des biens communaux présente plus de similitude avec le modèle géométrique qui avait cours pendant la période coloniale lors de la mesure des lots des propriétés terriennes (estancias) (Garavaglia, 2011 : 34-35).

  • 17 « distribuir equitativamente el goce de las aguadas que contiene en su centro el campo subdividid (...)

27De fait, l’ensemble des décrets, dispositions et instructions n’empêcha pas Castro de suivre parfois ses propres idées, et peut-être aussi celles des personnes présentes lors de l’arpentage. Cela dénote certaines coutumes et pratiques dans la fondation de villages ruraux, ainsi qu’une lecture particulière des normes et dispositions en matière d’urbanisme. Castro, qui habitait près des terres à délimiter, expliqua au ministre qu’il devait parfois s’éloigner « un peu de ses instructions », afin qu’en arpentant les fermes et les terres d’exploitations rurales, il pût « distribuer équitablement la jouissance des points d’eau qui se trouvaient au milieu du champ subdivisé. »17

  • 18 « para determinar con precisión y claridad los Solares que vendiere o donare en el pueblo ». Ofic (...)
  • 19 « Resumen », Demetrio Isola, ANPM-DNT-MTOP, Carpeta CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 18v (...)

28Au-delà de cette marque de justice, le commissaire considéra que ces points d’eau pouvaient servir de « limites fixes et inaltérables » (« límites fijos e inalterables »), et il les utilisa donc comme « repères de limite permanents et sans erreur » (« divisas permanentes e iniquivocas [sic] ». En même temps, il signala que « pour déterminer avec précision et clarté les parcelles de terrain à vendre ou à donner dans le village » (« para determinar con precisión y claridad los Solares que vendiere o donare en el pueblo »), il jugeait opportun de donner des noms aux rues, ce qui n’était pas indiqué dans les lois encadrant la fondation du village ni dans les instructions du gouvernement18. Cette sorte de nomenclature de fait, outre qu’elle met en lumière l’utilisation précoce de la mémoire dans la construction des espaces publics, nous permet de voir dans quelle mesure les agents locaux s’approprièrent les critères et les dispositions sur l’aménagement et l’enregistrement de la propriété de la terre. Cette prévalence des intérêts locaux se retrouve dans le résumé soumis par Isola à la Commission topographique. L’arpenteur précisa que l’irrégularité de certaines rues entre les fermes était due à « l’impérieuse obligation » de répartir les façades de ces parcelles en fonction de l’intérêt du terrain, « afin que la répartition du terrain de bonne qualité et non accidenté fut aussi équitable que possible » (« a fin de que fuese compartido el bueno y regular cuanto más equitativamente fuese posible »)19.

  • 20 « y su división solo seria inmaginaria, pues estaria a la voluntad del propietario el alterarla c (...)
  • 21 « en posecion [sic] hace largo tiempo ». Copie du Livre de Registre de ventes, du commissaire du (...)

29Il expliqua également que les terrains 42 et 43 ne présentaient pas de ligne de démarcation sur le plan car elles appartenaient, malgré des titres de propriété distincts, au même individu ce qui aurait rendu « leur division purement imaginaire, puisque le propriétaire pourrait la modifier à sa convenance et aussi souvent qu’il le voudrait »20. Dans la copie du livre des ventes et donations du commissaire Castro, il est fait mention d’une vente à Doña Juana Silba de Bernaola du terrain 43, qu’elle acheta pour six cents pesos et dont la superficie est de deux cents cuadras carrées, tandis que Santiago Bernaola apparaît comme l’acheteur de la parcelle 42, de même dimension que la précédente et vendue au même prix, en précisant qu’elle lui appartenait « déjà depuis longtemps »21. Les deux demandes furent enregistrées respectivement les 10 et 18 août 1874, soit près d’un an après l’établissement du plan, ce qui montre la fonction qu’a cet enregistrement pour la légitimation et l’aménagement du territoire.

Fig. 2. Plan de Belén.

Fig. 2. Plan de Belén.
  • 22 Source : Isola, D. (1873), Plano del pueblo y egido de Belén y Planta del pueblo de Belén [Plano] (...)

Fig 3. Plan de Belén et de ses biens communaux22.

Fig 3. Plan de Belén et de ses biens communaux22.

30Au cours de la délimitation, il y eut d’autres omissions et certaines d’entre elles furent reconnues par Castro lui-même dans un rapport qu’il rédigea en 1877 pour la Cour des comptes. Il le présenta accompagné d’un document faisant état des biens donnés et vendus, dans lequel il anticipa les objections qu’on pourrait lui faire. Et de fait, les arguments qu’il avança pour se défendre convainquirent les autorités et il obtint l’approbation du Procureur général. Toutefois, à partir de 1883, une Commission auxiliaire composée d’habitants, un organisme similaire à une municipalité, remplaça Castro pour l’administration des terres (Ballista, 1945 : 116-131).

31Ces omissions, plutôt que de mettre en évidence une sorte d’échec du processus, nous conduisent à réfléchir aux stratégies des habitants des campagnes concernant l’occupation des terres que l’État entendait contrôler et aménager. En ce sens, le plan de Belén montre les limites de cette tentative d’organisation, ainsi que les difficultés auxquelles la plupart des géomètres se trouvèrent confrontés lors de l’élaboration des plans de villages, oscillant entre le zèle réglementaire de l’État et les intérêts locaux. Cela peut être une autre raison de la chute soudaine du nombre de fondations de villages s’appuyant sur des agents locaux. Cependant, cette évolution n’entraîna pas une remise en cause ni du rôle que l’arpentage avait commencé à jouer à partir des années 1870, ni de la légitimité des arpenteurs en tant que promoteurs du progrès matériel et garants de la propriété privée. La codification et l’emprise progressive de l’État sur le monde rural s’inscrivirent dans une nouvelle stratégie, qui passa par la réglementation de la fondation des villages et de la profession de géomètre dans la seconde moitié des années 1870.

32Tous deux rédigés par le géomètre Melitón González (qui occupait alors la Direction des travaux publics fondée en 1864), le Règlement sur le tracé des villages et des colonies (Reglamento para el trazado de pueblos y colonias) et les Instructions générales à destination des géomètres publics (Instrucciones Generales para los Agrimensores públicos) furent publiés en 1877. Inspiré par les instructions en vigueur dans la province d’Entre Ríos où il avait travaillé, il chercha à y glisser quelques lignes directrices dans le but de normaliser la profession (Mazzitelli, 2018 : 9). En même temps, des progrès furent réalisés dans la standardisation des plans, qui permirent d’établir la façon dont la mesure devait être reportée sur un registre graphique. À partir de cette standardisation, les directions de la topographie disposaient d’éléments supplémentaires pour pouvoir comparer les mesures présentées et les plans qui composaient les dossiers.

33La formation des professionnels devint l’une des principales préoccupations de l’État, car son insuffisance (surtout dans les zones rurales) rendait difficiles les progrès dans la réglementation de l’activité ainsi que le bannissement d’anciennes pratiques dans la manière de mesurer, pratiques qui allaient à l’encontre des intérêts du Trésor Public. Cette situation ne fut résolue qu’au cours de la décennie suivante, lorsqu’en 1887, la Faculté de mathématiques (créée en 1885) commença à proposer des diplômes d’ingénieur géographe en trois ans et des diplômes de géomètre en deux ans, contribuant ainsi à la professionnalisation de ces métiers. Il va sans dire que la création de cette formation généra de nombreux problèmes et litiges entre les nouveaux diplômés et ceux, plus anciens, qui exerçaient la profession en vertu de l’autorisation initiale accordée par la Commission topographique et ensuite par la Direction générale des travaux publics.

Considérations finales

34Tout au long de la construction des États du Rio de la Plata, l’intérêt des autorités pour l’obtention d’informations sur leurs territoires et l’aménagement de ces derniers afin d’y exercer un plus grand contrôle, déboucha sur la création d’un grand corpus cartographique, dans lequel se trouvaient les plans des nouvelles villes et villages. Ces plans furent élaborés par les personnes en charge de la fondation des villages et par les gens du cru. S’entremêlèrent dans ce travail d’anciennes pratiques et conceptions concernant l’aménagement du territoire, l’imagination et les connaissances des géomètres, les dispositions qui régissaient leur activité et celles qui encadraient la création des villages, ainsi que la réalité matérielle de l’espace où les nouveaux centres urbains étaient envisagés.

35Dans cet article, nous nous sommes intéressés au processus de fondation du village de Belén à partir de 1867 et à l’élaboration des plans de ce nouveau secteur, de ses biens communaux et de la zone urbaine. Prendre comme exemple ce processus de fondation nous a permis d’examiner, tout d’abord, les instances en charge de la construction du territoire uruguayen dans la période comprise entre la fin de la Grande Guerre et la seconde moitié des années 1860, ainsi que les tentatives de création de villages permettant d’installer des habitants dans la zone frontalière. Puis nous avons examiné les pratiques de délimitation des terres et la manière de travailler des arpenteurs.

  • 23 Pour aborder ce processus qui ne s’est pas produit uniquement en Uruguay, voir Garavaglia et Gaut (...)
  • 24 Par exemple, le cas de la Villa de Artigas, actuelle ville de Rio Branco, fondée par la loi en 18 (...)

36Nous avons centré notre attention sur une étape que l’on pourrait qualifier « d’intermédiaire ». Elle court de la naissance de la Commission topographique au début des années 1830 jusqu’aux années 1880, moment où l’on assiste à un déclin de la fondation de villages et à une protocolisation croissante de l’activité des géomètres. Ceux-ci s’affirment comme détenteurs d’un savoir spécialisé qui en fait les garants de la propriété privée et des terres appartenant à l’État. Ces cinquante années marquent une transition pendant laquelle sont abandonnées des formes d’élaboration de plans et de cartes empreintes d’une dimension artistique et d’une imprécision technique certaine. Cette rupture est due à l’application du système métrique décimal, à l’implication croissante de l’État dans le travail des géomètres et à une certaine reconnaissance dudit travail par les habitants des villages23. Ce rôle des géomètres comme représentants de l’État et des plans comme garants de la preuve de l’action de l’État conduit à inscrire cette période dans un processus de construction institutionnelle qui a de plus en plus d’impact et qui connaît des changements significatifs dans les années 1870. Dans une visée comparative, nous avons trouvé des processus similaires à celui du village de Belén qui nous permettent d’affirmer l’existence de ruptures avec la période antérieure mais aussi des continuités dans la manière dont les villages ont été planifiés et les plans élaborés24.

37Le plan témoigne également de différents aspects sociaux liés au contexte dans lequel il a été produit, en ce qu’il nous renseigne sur la nécessité du contrôle du territoire, de la fixation des populations errantes et de l’inscription de la fondation du village dans un processus soutenu de création de zones urbaines permettant la colonisation de la frontière. En d’autres termes, nous ne pouvons pas réduire l’élaboration d’un plan à un simple acte technique car les géomètres et les autorités concernées y ont fait valoir leurs propres intérêts et, à de nombreuses reprises, ils ont pris des libertés avec les dispositions émanant des autorités supérieures. De leur côté, les propriétaires ruraux, les habitants qui recevaient des terres, ont exigé une plus grande fiabilité dans la mesure des espaces et des terres et ont ainsi contribué à légitimer l’arpentage comme une connaissance d’État qui répondait au besoin de connaître le territoire et de garantir la propriété, de légitimer l’utilisation des espaces communs et d’établir qui appartenait à un village et qui n’y appartenait pas.

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Bibliographie

Documents inédits

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Ministerio de Transporte y Obras Públicas, Dirección Nacional de Topografía, Archivo Nacional de Planos y Mapas : « Nota o Pliego de Instrucciones del presidente para el Coronel Gregorio Castro, comisionado del gobierno para repoblación del antiguo pueblo de Belén », firmado por A. Rodríguez Caballero, Montevideo, 4 de setiembre de 1868, carpeta CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén.

Documents publiés

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Notes

2 Selon Ismael Foladori, le gouvernement de la Province, avait édicté en 1822 les Prescriptions aux juges de poids et mesures, aux agents du fisc et aux arpenteurs (Prevenciones a los Jueces de mensura, a los Agentes del Fisco y a los Agrimensores) qui fixaient les règles de la procédure des juges de mesure et disposaient que les arpenteurs devaient être choisis parmi ceux « dont la capacité et l’honnêteté seraient dûment démontrées » et qui prouveraient être « enregistrés dans cet État » (« “cuya capacidad y honradez tuvieren suficientes datos” y que se demostrara estuvieran “matriculados en este Estado” »). (Foladori, 2005 : 23)

3 « Toda mensura que se practique en lo sucesivo de terrenos. Bien sea de particulares o del Estado, no podrá ser aprobada ni tener valor en juicio sin el informe o visto bueno de la Comisión Topográfica » (Recalde, 2006 :5).

4 « el reglamento que metodice los trabajos de la agrimensura y establezca las responsabilidades de los facultativos operarios. » Comisión Topográfica. Archivo General de la Nación (AGN). Historia de la Administración, libros, Ministerio de Gobierno, libro 1401, acuerdos y decretos del Ministerio de Gobierno, 1830 a 1852, f. 34.

5 La Commission avait pour mission de réaliser un cadastre, qui ne s’est finalement concrétisé que dans la première moitié du xxe siècle.

6 Les géomètres étaient probablement les plus intéressés à l’établissement de critères homogènes pour les levés dans toute la région du Rio de la Plata. Dans le territoire argentin, les unités de mesure variaient selon les provinces. Une aune (vara) à Buenos Aires équivalait à 0,8666 mètre ; à Entre Ríos, 0,8685 mètre ou à Corrientes 0,8662. Dans ces provinces, travaillaient aussi des arpenteurs également présents dans le territoire oriental. Un cas similaire existait aussi au Brésil où l’aune équivalait à 1,100 mètre (Mazzitelli, 2018).

7 Juan Antonio Lavalleja (1784-1853), chef militaire et politique des guerres d’indépendance et gouverneur et capitaine général de la Province orientale après les soulèvements de 1825.

8 « Belén. Restablecimiento de este pueblo y distribución de solares en el mismo », Montevideo, 12 juin 1860 (Compilación de Leyes…, 1930, Volume V : 119-120) ; « Ley N° 705. Belén. Restablecimiento de este pueblo », Montevideo, 7 mai 1862 (Compilación de Leyes…, 1930, Volume V, p. 300-301) ; et « Ley Nº 896. Belén. Restablecimiento de este pueblo », Montevideo, 2 octobre 1867 (Compilación de Leyes…, 1930, Volume VI, p. 33-35 ; AGN, Fondo Escribanía de Gobierno y Hacienda, boîte 251, 1867, dossiers 244 à 250, année 1867, Pueblo Belén. Antecedentes relativos a su creación y venta y donación de Estanzuelas, chacras y solares).

9 En avril 1863, le général Venancio Flores qui, dans les années 1850, avait assuré l’intérim de la présidence de la république, prend les armes contre le président Bernardo Berro. La guerre dure jusqu’en février 1865, date à laquelle Flores entre à Montevideo et aide l’Uruguay à rejoindre l’entente argentino-brésilienne qui mène la guerre contre le Paraguay (1864-1870).

10 « a las personas que por sus servicios a la República, sean acreedoras a la consideración nacional. » Nota o Pliego de Instrucciones del presidente para el Coronel Gregorio Castro, comisionado del gobierno para repoblación del antiguo pueblo de Belén, signé par A. Rodríguez Caballero, Montevideo, 4 septembre 1868. ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 3 vta.

11 Acta de delineamiento, Costa Oriental del río Uruguay barra del Yacuy, Departamento de Salto, 11 novembre 1873. ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 5 vta.

12 « Cálculo de superficie de las Estanzuelas », ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 10.

13 « “cuestiones todas que se han confiado al tino y cordura del Señor Comisionado Coronel Don Gregorio Castro”. Cálculo de superficie de las Estanzuelas ». ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 10 vta.

14 Source : Pueblo Belén. Cuenta de la distribución Pueblo Belén. Cuenta de la distribución individual de Solares, Chacras y Estanzuelas hechas por el Comisionado Coronel Don Gregorio Castro, Eugenio J. Madalena, Montevideo, 10 de noviembre de 1883, AGN-EGH, Caja 251, Expediente 250, Pueblo Belén, 1867, fs. 11-12vta.)

15 « Ley Nº 896. Belén. Restablecimiento de este pueblo », Montevideo, le 2 octobre 1867 ( Compilación de Leyes…, 1930, vol. VI, p. 33-35).

16 « Una construcción social del mundo » (Harley, 2005 : 61).

17 « distribuir equitativamente el goce de las aguadas que contiene en su centro el campo subdividido ». Oficio de Gregorio Castro al ministro de Gobierno Saturnino Álvarez, Costa del Sarandí, 1er décembre 1873, ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 8.

18 « para determinar con precisión y claridad los Solares que vendiere o donare en el pueblo ». Oficio de Gregorio Castro al ministro de Gobierno Saturnino Álvarez, Costa del Sarandí, 1er décembre 1873, ANPM-DNT-MTOP, dossier CPV09, Salto. Puebo y Ejido de Belén, fs. 7vo, 8. Ce genre de proposition de nomenclature comprend des dates évocatrices du processus d’indépendance, ainsi que de personnalités militaires et politiques qui y ont joué un rôle de premier plan et qui ont ensuite partagé des positions politiques auxquelles Castro a adhéré. Il mentionne également des lieux du pays et du Río de la Plata et des noms célèbres d’explorateurs et de scientifiques européens.

19 « Resumen », Demetrio Isola, ANPM-DNT-MTOP, Carpeta CPV09, Salto. Pueblo y Ejido de Belén, f. 18vta.

20 « y su división solo seria inmaginaria, pues estaria a la voluntad del propietario el alterarla cuando y cuantas vezes le conbiniese [sic]. », ibid.

21 « en posecion [sic] hace largo tiempo ». Copie du Livre de Registre de ventes, du commissaire du gouvernement Gregorio Castro, de la vente à Mme. Juana Silba de Bernaola d’une petite ferme, 10 août 1874, AGN-EGH, Belén, livre 307, dossier 110, f. 4 et Copie du Livre de Registre de ventes, du commissaire du gouvernement Gregorio Castro, de vente à Santiago Bernaola d’une petite ferme, 18 août 1874, AGN-EGH, Belén, Livre 307, dossier 110, f. 5.

22 Source : Isola, D. (1873), Plano del pueblo y egido de Belén y Planta del pueblo de Belén [Plano]. Montevideo, Archivo Gráfico, Dirección Nacional de Topografía, Ministerio de Transporte y Obras Públicas, Carpeta CPV9.

23 Pour aborder ce processus qui ne s’est pas produit uniquement en Uruguay, voir Garavaglia et Gautreau (2011) ainsi que Poczynok, 2019 pour le cas de Buenos Aires ; Molina (2019) sur les changements survenus dans l’arpentage à Mendoza depuis les années 1850, et Albornoz Vázquez (2019) pour le cas du Chili.

24 Par exemple, le cas de la Villa de Artigas, actuelle ville de Rio Branco, fondée par la loi en 1853, ou de la Villa de Ceballos, fondée par la loi en 1862 et actuelle ville de Rivera (toutes deux limitrophes du Brésil).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Village de Belén.
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Fichier image/jpeg, 398k
Titre Fig. 2. Plan de Belén.
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Fichier image/jpeg, 228k
Titre Fig 3. Plan de Belén et de ses biens communaux22.
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Fichier image/jpeg, 262k
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Pour citer cet article

Référence papier

Santiago Delgado Fabre et Nicolás Duffau, « Pratiques d’arpentage, création de villages et construction de l’État dans le territoire de l’Uruguay au xixe siècle : le cas de la fondation de Belén en 1867 »América, 57 | -1, 127-140.

Référence électronique

Santiago Delgado Fabre et Nicolás Duffau, « Pratiques d’arpentage, création de villages et construction de l’État dans le territoire de l’Uruguay au xixe siècle : le cas de la fondation de Belén en 1867 »América [En ligne], 57 | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/7024 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/america.7024

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Auteurs

Santiago Delgado Fabre

Universidad autónoma de Madrid/Universidad de la República del Uruguay

Nicolás Duffau

Universidad de la República del Uruguay, Sistema Nacional de Investigadores (Grupo Claves del siglo xix en el Río de la Plata, Uruguay)1

Nous remercions Stéphane Boisard pour la lecture du texte en français.

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