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Gouverner, c'est cartographier

Cartographier l’Argentine dans les années 1860 : les cartes à texte de Victor Martin de Moussy

Cartografiar la Argentina en los años 1860: los mapas con textos del francés Victor Martin de Moussy
Christophe Larrue
p. 112-126

Résumés

L’ouvrage du Français Victor Martin de Moussy, Description géographique et statistique de la Confédération argentine, financé par le gouvernement argentin, comprend trois tomes descriptifs, publiés à Paris entre 1860 et 1864 et qui sont complétés par un atlas, publié en 1869. Cette œuvre monumentale peut être vue comme une carte de présentation du pays au monde extérieur, notamment lors de l’Exposition universelle de Paris de 1867, et affiche sa volonté de contribuer à attirer des colons européens.
L’article se propose d’analyser quelques choix de représentation effectués par V. Martin de Moussy (avec des traits de la géographie physique, humaine, économique mais aussi son inclusion d’une dimension temporelle) ainsi que les textes inscrits dans les cartes elles-mêmes. En effet, si les légendes sont succinctes, l’espace de la carte est assez bavard, porteur de précisions sur la végétation, l’hydrographie ou la sécurité, énoncées par de véritables phrases. Les choix linguistiques (graphies, multilinguisme et traduction) effectués par l’auteur, retiendront particulièrement notre attention, pour en interroger les réalités qu’ils signalent et la manière de les signaler.

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Texte intégral

Présentation

  • 1 On se reportera utilement à l’article de Beatriz Bosch qui détaille la vie et les travaux de Mart (...)
  • 2 Mais Henri Beraldi signale deux Charles Sauvageot (note 3, p. 11, t. 12).

1Le médecin français Victor Martin de Moussy (1810-1869) partit dans le bassin de La Plata, d’abord sous le « patronage » du gouvernement français, puis poursuivit son séjour ; en tout de 1841 à 1859 (Martin de Moussy, 1860a : 3), avec une mission du gouvernement argentin1. Ses travaux lui valurent donc une reconnaissance officielle et sa Description géographique et statistique de la Confédération argentine (que nous désignerons comme Description) fut financée par le gouvernement argentin. Cet ouvrage comprend trois tomes de texte, publiés à Paris entre 1860 et 1864 et complétés par un atlas, publié, lui, en 1869 et qui fut considéré comme le plus complet à sa sortie ; c’est ce dernier qui sera le principal objet de notre étude. Martin de Moussy fut aussi nommé commissaire de la Confédération Argentine à l’Exposition universelle de Paris en 1867 (texte d’un certain L. Bouvet, Martin de Moussy, 1869 : feuillet 2). En tête du tome 1 de la Description figure une épître dédicatoire au « capitaine général D. José Justo de Urquiza, premier président constitutionnel de la Confédération Argentine », datée du 1er octobre 1859 : l’ouvrage s’inscrit donc bien dans le travail de (re)fondation après la bataille de Caseros en 1852, qui vit la défaite du gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas, puis l’adoption de la nouvelle Constitution en 1853. L’atlas comprend lui-même quelques pages de textes qui précèdent une « lithographie qui sert de frontispice » par Charles Sauvageot2, composition graphique (fig. 1) ainsi décrite par Martin de Moussy :

L’artiste a encadré notre titre dans une large bordure portée sur des palmiers, des bananiers et d’autres plantes des tropiques. […] Dans un paysage agreste, sont représentés quelques habitants des Pampas : à gauche, une famille indienne du Chaco, et à droite un Gaucho à cheval recevant le maté des mains d’une jeune fille de la campagne, tandis qu’un vieux nègre, négligemment accroupi à terre, chante une des mélodies plaintives qui l’ont peut-être bercé sous le ciel lointain d’Afrique ; dans l’éloignement paissent les principaux animaux de la contrée : un cheval, un bœuf, un guanaco. C’est la représentation fidèle de l’une des scènes que l’on rencontre fréquemment à l’ombre d’un grand ombú, près d’une pulperia de la Pampa. (Martin de Moussy, 1869 : 1)

Fig. 1. Frontispice de l’atlas.

Fig. 1. Frontispice de l’atlas.
  • 3 Signalons que la forme même du titre (Description géographique et statistique) est courante au xi (...)

2La tonalité exotique de cette façon d’ekphrasis contraste avec le reste de l’œuvre qui n’a rien d’un journal de voyage mais bien l’aridité annoncée par son titre3. Les planches de cartes suivent immédiatement ce frontispice avec, dans l’ordre : des cartes historiques, puis les cartes du continent, du pays et des différentes provinces, des cartes physiques du continent et du pays, des coupes géologiques, des tableaux orographiques, deux planches consacrées au fleuve Uruguay, une au rio Paraguay et une dernière carte retraçant les différents voyages de l’auteur (« la plupart […] du mois d’octobre 1854 au mois d’avril 1858 », Martin de Moussy, 1869 : 20). Chaque carte est datée et attribuée à l’auteur (« par le Dr. V. Martin de Moussy ») mais un texte préliminaire, signé L. Bouvet, précise que c’est à lui que V. Martin de Moussy, malade, confia la tâche de terminer l’atlas.

3V. Martin de Moussy se présente comme un compilateur mais également comme un contributeur à la connaissance géographique et cartographique de l’Argentine :

Nous nous sommes servis, pour la construction de la carte générale de la Confédération Argentine, d’une grande quantité de documents imprimés et manuscrits portant sur l’ensemble ou sur les détails, et que nous avons classés, modifiés et corrigés d’après nos propres observations […] (Martin de Moussy, 1869 : 4)

4Pour mettre en valeur la scientificité de son travail, il proclame avoir travaillé « d’après [ses] propres notes de voyage et les indications des explorateurs les plus récents, jusqu’au moment même de l’impression » (ibid.). Quelques lignes plus loin, il donne l’exemple de sources de plusieurs rivières que ses explorations lui ont permis de situer correctement.

Immigration et colonisation intérieure

5La Description est donc une carte de présentation du pays au monde extérieur, celle d’une nation récente (Carla Lois, 2014) et dont, on le sait, un des grands axes de développement est d’attirer des colons européens ; l’œuvre de Martin de Moussy participe explicitement de cette politique, comme il le déclare dans sa présentation : le « but éminemment pratique de cette vaste exploration […] est surtout d’amener le peuplement par l’immigration » (Martin de Moussy, 1860a : 4). Il affirmait souhaiter que :

[…] ce livre devînt un guide exact et sûr entre les mains des immigrants qui viendraient apporter dans la Plata leurs capitaux et leur industrie, un manuel d’une utilité immédiate et pratique qui leur enseignât, sous une forme claire et précise, les ressources de ce pays fertile et salubre, et les progrès matériels dont il est promptement susceptible. Nous avons décrit tout ce qui existe, et indiqué ce qu’on peut faire dès aujourd’hui, surtout avec l’aide d’éléments européens. (Martin de Moussy, 1869 : 5)

6Dans ses textes et ses cartes, l’atlas répètera cet objectif en l’appliquant à différentes régions :

Le règne végétal s’y présente [en Patagonie], dans la région australe principalement, avec un luxe d’essences forestières qui offriront plus tard au colon de l’Europe centrale et septentrionale, toutes les ressources et les aspects de la mère-patrie dans un champ immense ouvert à la colonisation. (Martin de Moussy, op. cit. : 10)

Ce pays [le grand Chaco], occupé par des tribus indiennes, est, à la fois, l’objet des prétentions de la Confédération Argentine, du Paraguay et de la Bolivie ; et il est d’ailleurs assez vaste pour offrir un champ étendu à l’activité de ces trois puissances, lorsqu’il pourra être l’objet d’une colonisation sérieuse. (Martin de Moussy, op. cit. : 15)

7Remarquons que si le texte insiste sur l’ampleur des terres à coloniser, sans même dépaysement (visuel) s’agissant des territoires du sud, il n’en occulte pas pour autant la présence indienne ni les rivalités territoriales entre les jeunes républiques sud-américaines.

Frontières internationales

8Le territoire de la Confédération est synthétisé de la sorte :

[La Confédération Argentine] est divisée en quatorze provinces et trois territoires : 1° Les provinces de Buénos-Ayres, Entre-Rios, Corrientes, Santa-Fé, Cordova, San-Luis, Mendoza, San-Juan, La Rioja, Catamarca, Santiago del Estero, Tucuman, Salta, Jujuy ; 2° trois territoires : territoire Indien du Nord ou Chaco Argentin ; territoire Indien du Sud, et territoire des Missions. (Martin de Moussy, op. cit : 4)

A l’O., la limite Chilienne acceptée est la crête occidentale des Andes. Au S., la grande ligne du Rio-Negro sépare le territoire Argentin de la Patagonie, sans préjudice des droits que la Confédération peut avoir sur cette région, non conquise à la civilisation. (Martin de Moussy, op. cit. : 4)

9Pour la frontière avec la Bolivie, Martin de Moussy précise que « La limite Bolivienne suit les lignes des anciennes divisions provinciales espagnoles, qui ont été acceptées par consentement tacite, sans qu’aucune convention écrite les ait confirmées » et attribue à la Confédération Argentine la partie du Chaco comprise entre le rio Pilcomayo et le rio Paraguay au sud du 22e parallèle (Martin de Moussy, op. cit. : 4), territoire dont la majeure partie est aujourd’hui paraguayenne.

  • 4 Ley 215 de ocupación de la tierra, 1867, Buenos Aires, Agosto 13 de 1867.

10La planche 20 (« Carte physique de la Confédération Argentine », datée de 1869) établit la (toute théorique) limite sud de la Confédération sur le rio Negro (et jusqu’au lac de Nahuel-huapi) en application d’une loi de 18674. Cependant la mention « Territoire indien du sud » vient rappeler quelle est encore la réalité de l’occupation et du (non) contrôle du territoire.

Quelques caractéristiques linguistiques de l’atlas

11La Description est rédigée en français parce que c’est une langue internationale et une langue connue des élites culturelles latino-américaines : « Aussi suivant la pensée du gouvernement argentin, avons-nous écrit cet ouvrage en français, sûr qu’il sera parfaitement compris en Amérique et qu’il trouvera en Europe un bien plus grand nombre de lecteurs que s’il eût été écrit en espagnol. » (Martin de Moussy, 1860a : 6). Cependant cartographier un pays hispanophone, mais où également des langues amérindiennes sont parlées, devait nécessairement susciter une confrontation linguistique. Remarquons tout d’abord que V. Martin de Moussy choisit de franciser, ce qui peut être considéré comme allant à l’encontre de son objectif pratique de servir de guide à l’émigrant, à moins que les différences entre les deux langues ne soient considérées comme relevant de détails graphiques auxquels un non-linguiste est sans doute indifférent.

12On remarque aussi des particularités graphiques, pour les noms de ville, à commencer par la forme Buenos-Ayres (et parfois Buénos-Ayres), encore courante sur les cartes de la première moitié du siècle et encore en usage en espagnol mais qui va progressivement disparaître dans les dernières décennies du xixe siècle, au profit de la graphie moderne Buenos Aires. Est également choisie la forme Cordova (fig. 2) qui confirme que l’ouvrage de V. Martin de Moussy se situe à une charnière de l’évolution orthographique : à titre de comparaison, la version française de l’ouvrage de Richard Napp, La República argentina, publié en 1876 pour l’Exposition universelle de Philadelphie, écrira Cordoba et Buenos-Ayres (parfois Buenos Aires) tandis que les versions espagnole et allemande de ce même ouvrage orthographient Buenos Aires et Córdoba, et que les cartes des trois versions sont les mêmes, en espagnol.

Fig. 2. Multilinguisme et traduction (détail de la planche 12).

Fig. 2. Multilinguisme et traduction (détail de la planche 12).

13Les noms espagnols sont orthographiés sans les accents sur les o (Cordova) ni les i (rio, par ex). Si la planche 17 signale la localité de la province de Jujuy « Perico de San Antonio », la planche 15 présente la forme « Perico de St Antonio », ce qui est sans doute une erreur de l’imprimeur, glissant l’abréviation française St pour un nom de localité qui n’est pas « traduit ».

14Des toponymes ou des noms de tribus en langues indiennes, mais intégrés à l’espagnol d’Argentine, apparaissent. Soulignons au passage que la présence indigène est (visuellement) très importante sur les cartes, tandis que quelques années plus tard la carte de R. Napp représentant l’ensemble du territoire ne mentionne aucun peuple indigène ni aucun territoire indigène et il faut se reporter pour cela à la petite « Carta topografica – sic – de la Pampa y de la línea de defensa (actual y proyectada) contra los indios. » Dans le tome 3, V. Martin de Moussy explique :

Ces fractions [de la population indienne] embrassent les nations pampéennes, puelches et tehuelches. […] elles se fractionnent en un assez grand nombre de tribus, désignées tantôt du nom de la localité où elles habitent ou de sa direction, tantôt du nom de leur chef. À ce radical, on ajoute le mot che qui veut dire gens. (Martin de Moussy, 1864 : 505-506)

15Sur les cartes, che est soit attaché au nom qu’il suit, soit affiché comme morphème autonome par le trait d’union (et c’est le cas le plus fréquent), parfois accompagné d’une traduction ; citons, à titre d’exemple, sur la planche 10, les « Indiens Moluches ou du Nord » alors que la planche 13 orthographie « Indiens Molu-ches » (fig. 3). La même planche 10 signale aussi les « Indiens Ranquels dits aussi Ranquil-ches et Calfucura-ches (Gens du Cacique Calfucura) ».

16Mais les cartes proposent des formes de multilinguisme, car cohabitent des emprunts à des langues indiennes intégrés à l’espagnol d’Argentine et des argentinismes.

Fig. 3. Morphologie des noms propres (détail de la planche 13).

Fig. 3. Morphologie des noms propres (détail de la planche 13).

17L’explicitation ou la traduction d’un terme géographique vernaculaire peut être proposée directement sur la carte par l’usage de parenthèses ou de la conjonction ou, comme dans la planche 13 avec « Travesia (Désert sans eau douce ni fourrage) » ou « Terrains semés de Medanos ou dunes de sable alternant avec des Lagunes et des bouquets de petits bois ».

18Les légendes sont aussi le lieu de la traduction, mais on remarque que si la dénomination estancia est retenue comme prioritaire (sans doute parce que suffisamment connue), pour les autres, c’est le terme français qui est mis en avant et la forme en espagnol qui est au second plan, entre parenthèses :

  • 5 Les cartes de l’atlas sont présentées sur des planches de 2 pages. Par commodité, et comme référe (...)

- Estancia ou ferme à bétail
- Hameau avec chapelle (Pueblito Capilla) (pl. 13)5
- Lieu de halte (Pascana) (pl. 14)
- Lieu de campement dans la Cordillère (Pascana) (pl. 15)
- Passage de rivière (Paso)
- Terrains facilement inondés (Bañados) (pl. 15)
- Village d’Indiens (Tolderia) (pl. 17)

Fig. 4. Carte des territoires indiens du sud (détail de la planche 13).

Fig. 4. Carte des territoires indiens du sud (détail de la planche 13).

19On observe au passage une connaissance fine des hiérarchies administratives civile et ecclésiastique. La traduction peut être appliquée à des noms propres de peuple ou de ville, d’entités géographiques :

- « Indiens Mocovis ou Montaracès (des Bois) » (pl. 17)
- « Lagune de Curru Lauquen (l’eau Noire) ou La Amarga » (pl. 13)
- « Lagunes de los Porongos ou Mar Chiquita (la petite Mer) » (pl. 12)

20On remarque que le texte traduit soit le nom qui est dans une langue indienne, soit le nom qui est en espagnol, sans pour autant que le second soit la traduction du premier. Quant à l’usage du mot lagune, on peut légitimement l’imputer à l’espagnol laguna, puisqu’une des définitions de Littré (« Espèce de petit lac ou de flaque d’eau dans des lieux marécageux ») coïncide assez mal avec nos référents comme pour les « Grandes Lagunes salées au dire des indiens », dans le Grand Chaco (pl. 12). On trouve aussi la forme espagnole, laguna, comme pour les « Lagunas de la Totora » sur le rio Saladillo (pl. 12) et, le plus souvent, l’abréviation Lag. ou L. (par exemple, « L. de Chadi-Lauquen », pl. 12) (fig. 4). Le mot lac apparaît également : Lac Bebedero, dans la province de San Luis (aujourd’hui Salinas del Bebedero), ou Lac des Vipères (sans l’original vernaculaire, espagnol ou indien, et absent des cartes contemporaines mais signalé par diverses cartes du xixe siècle, comme celle de Arrowsmith avec Laguna de Vivoras6) et Lac du Cristal (Laguna del Cristal), dans la province de Santa Fe.

21Notons que la capitale du Paraguay est désignée comme Assomption sans que ne figure la forme espagnole sur les cartes (Asunción). Un cas hybride se présente avec le « Rio Diamante », nommé plus en aval « Rio Nuevo ou Nouveau Diamante » (pl. 12). D’autres fois, la carte signale deux usages, l’un en espagnol et l’autre dans une langue indienne, mais sans traduction en français :

  • 7 La forme indienne n’est pas mentionnée dans le chapitre sur la province de Mendoza du tome 3 de l (...)

- « Cerro Nevado Mont Oxlon des Puelches » (pl. 13)7
- « Rio grande Colu Leubu des Indiens ou Rio Colorado » (pl. 13)
- « Rio Limay-Leubu ou Rio Negro » (pl. 13)

  • 8 Aujourd’hui plutôt désigné comme rio Salado del Norte, important affluent du Paraná ; il a plusie (...)

22Notons que si colorado est bien la traduction de colu (David, 2013 : 182), Limay-leuvú signifie la rivière où il y a des rochers (David, 2013 : 183), et non pas la rivière noire. Un peu plus au sud, on relève trois formes pour un même référent, dont une est explicitement dans une langue indienne, mais sans traduction : « Rio Latuel ou Atuel, Chadi Leubu des Indiens ». Ailleurs c’est entre parenthèses qu’est donnée une seconde forme d’usage pour le nom d’une rivière, comme pour le « Rio Guachipas (Juramento) »8 (pl. 15). Dans le cas du fleuve qui s’appelle aujourd’hui le rio Chubut, on a souvent la forme tehuelche Chupat, mais qui est une forme encore usuelle à l’époque (alors que R. Napp utilisera Chubut).

Incorporer le temps

23De nombreuses pages sont consacrées à l’histoire dans les trois tomes de texte : ainsi, dans le tome 3, la description de chaque province se termine-t-elle par une « histoire abrégée de la province » et la troisième partie, intitulée « Documents historiques », couvre près de 200 pages. L’atlas revendique également l’importance de l’histoire, mais l’historicité se situe à double niveau puisque chaque carte est datée dans son titre et que, dans leur propre espace symbolique, sont représentés certains faits de l’histoire de ces territoires. Le texte d’introduction de la planche 2 où est reproduite la « Carte de l’empire espagnol dans les deux Amériques en 1776 à l’époque de la fondation de la vice royauté de La Plata » justifie que celle-ci a pour but de « présenter une carte sur laquelle on pût progressivement étudier le développement de la nationalité argentine » (Martin de Moussy, 1869 : 2).

24La planche 4 (fig. 5) est, selon le titre figurant sur la carte, un « fac-simile d’une carte du bassin de La Plata dressée par les missionnaires de la compagnie de Jésus de la province du Paraguay. Publiée à Rome en 1732 » ; contrairement aux autres, il est précisé en bas de la carte qu’elle utilise le méridien de l’Ile de Fer (alors que c’est le méridien de Paris pour les autres). V. Martin de Moussy précise que « cette carte, devenue excessivement rare, fut la première qui donna une idée à peu près exacte des régions platéennes » (Martin de Moussy, 1869 : 3) et que la publication de cette carte eut, d’après lui, des conséquences fâcheuses pour l’ordre car « L’Espagne n’aimait pas que l’on fît connaître ses domaines ». Il explique comment la carte des Jésuites fut un élément des traités et des discordes frontalières entre les couronnes d’Espagne et du Portugal, dans la région, et il conclut ce paragraphe en rappelant que « La question [des frontières] est encore à régler aujourd’hui entre le Brésil et le Paraguay » (Martin de Moussy, 1869 : 4). On voit donc ici l’opposition entre une Espagne fermée et une Argentine moderne soucieuse, au contraire, de faire connaître son territoire.

Fig. 5. Carte historique (planche 4).

Fig. 5. Carte historique (planche 4).

25La planche 6 est la « carte historique de la province de Missions et des établissements des Jésuites sur le Parana et l’Uruguay de 1575 à 1768 » mais il s’agit d’une carte moderne, établie par l’auteur et datée de 1865. Le titre de la planche 18 précise qu’il s’agit de la « Carte du Grand Chaco […] pour servir à l’Histoire du Bassin de la Plata de 1520 à 1865 ».

26L’historicisation de l’espace représenté repose sur des informations hétérogènes relevant de réalités humaines ou naturelles : indication de lieux et dates de batailles, tracés d’anciennes routes, d’itinéraires d’explorateurs ou d’expéditions militaires accompagnés de leurs dates (par exemple la « Route de Celis et Cervino en 1778 », pl. 18) ou d’un ancien cours d’une rivière (Río Diamante, pl. 13), indication d’anciens noms de tribus, d’anciens noms de lieux, comme le « Delta du Pilcomayo nommé anciennement : Ile du père Patino », au nord d’Assomption (pl. 18), de localités abandonnées ou encore de l’ancienne implantation d’une ville, comme c’est le cas d’une Concepcion signalée dans deux planches consécutives : « Emplacement de la ville de la Concepcion ruinée en 1630 » sur le río Vermejo (pl. 17) et « Concepcion (Ruinée en 1630) » (pl. 18). Certaines légendes contiennent des pictogrammes représentant des « Localités abandonnées » (pl.  9) ou une « Localité non habitée » (pl. 15).

Fig. 6. Le Chaco comme espace-texte (planche 17).

Fig. 6. Le Chaco comme espace-texte (planche 17).
  • 9 V. Martin de Moussy précise pour Inispin ou Jésus-Nazareno : « fondée par le gouvernement de Sant (...)

27Dans la carte de la planche 17 (fig. 6), l’abandon de deux missions9 de la province de Santa Fé est signalé entre parenthèses : « Inispin ou Jésus (abandonné) » et « San Pedro (abandonné) ». Elles sont situées par le pictogramme de la mission ou hameau avec chapelle, barré d’un trait oblique, lequel ne figure pas dans la légende (mais des pictogrammes selon le même principe sont dans la légende de la planche 9). Sur le golfe de Saint Mathias est signalé un « Ancien fort abandonné » (pl. 10).

28L’histoire de groupes humains est également esquissée sur certaines cartes. Ainsi la planche 10 signale-t-elle les « Anciens Indiens Chiquillanes dits aujourd’hui Lafra Huentru-ches », tandis que la planche 13 n’utilise que leur nom moderne. La même planche 10 indique les Indiens Aucas tout en précisant entre parenthèses que « Les Aucas se sont en grande partie fondus avec les autres tribus ».

29Une réalité physique fluctuante de certains lieux est mentionnée à de nombreux endroits ; citons à titre d’exemple dans la planche 15, à cheval sur la province de Catamarca et Cordova, l’indication de « Bas fonds salins inondés en temps de pluie » tandis que la planche 17 explique que « Tous les terrains de la Rive droite du Rio Paraguay ont été bien des fois remaniés par les eaux ».

30Enfin ces cartes contiennent clairement des remarques figurant un avenir à construire et destinées à intéresser l’émigrant européen, comme nous l’avons signalé. Ainsi l’adjectif fertile revient-il à de nombreuses occasions, comme dans la planche 11 qui signale des « Plaines fertiles avec de bons pâturages » ou que « Les bords du Chupat sont fertiles et très habitables » ; et la planche 6 offre une variation avec de « Grandes plaines découvertes bonnes pour le bétail » (au Paraguay).

31Les fortins des frontières (avec les territoires indiens) et le chemin de fer sont deux atouts clé dans l’occupation du territoire et des terres de colonisation. Certaines cartes indiquent donc le tracé des lignes de chemin de fer projetées ou l’emplacement d’un « fort projeté », comme sur la Acequia del Latuel, dans la province de Mendoza (pl. 13), ou la planche 12, au sud de San Luis, qui indique un « F. projeté ».

La carte comme espace textuel

32L’auteur a inséré des commentaires sur les cartes elles-mêmes, sous la forme de véritables phrases, et qui touchent à l’hydrographie, à la flore, aux modes de vie ou à la situation sécuritaire. Ces textes ont bien entendu une fonction informative mais aussi graphique car ils permettent de remplir les espaces représentant des régions peu connues et d’éviter de la sorte les zones blanches ; ainsi la planche 13 contient-elle un commentaire ethnographique tout en avouant l’ignorance géographique :

Les nombreuses vallées de ce versant des Andes sont occupées par des indiens Pehuen-ches qui communiquent constamment avec les Araucans de l’autre côté de la Cordillère par une foule de passages connus d’eux seuls. Tout le pays est boisé et bien arrosé, fertile même. Les Chrétiens n’y ont pas encore pénétré. (Martin de Moussy, 1869)

33Notons qu’ici V. Martin de Moussy reprend à l’usage hispano-argentin le terme de Chrétiens qui désigne bien entendu les créoles et les blancs, en général, face aux Indiens.

Une curiosité minérale

34Si les cartes de l’atlas mentionnent peu de ressources minières (confirmant implicitement un projet de développement du pays essentiellement agricole), notons que la planche 17 (fig. 7) signale des salines de nitrate de soude mais surtout une curiosité minérale qui est une « Masse de fer météorique éxaminée – sic – par Cerviño et Celis en 1783 et revue en 1827 ».

Fig. 7. Fer météorique dans le Chaco (détail de la planche 17).

Fig. 7. Fer météorique dans le Chaco (détail de la planche 17).

35Elle est située dans une zone à propos de laquelle le tome 3 de la Description précise :

  • 10 Le journal manuscrit de V. Martin de Moussy (Martin de Moussy, 1854-1857) ne permet pas de savoir (...)

[…] on n’y voit pas une pierre, pas un caillou, et les seuls minéraux qui y soient connus sont les morceaux de fer, considérés comme météoriques, que l’on trouve dans le Campo del cielo, près du puits d’Otumpa, à 60 lieues du bourg de Matara, fer dont nous avons indiqué le gisement si remarquable et si inexpliqué (V ; t. I, p. 272.)10 (Martin de Moussy, 1864 : 334)

36Situé dans ce Chaco mal connu, on peut se demander quel mélange de curiosité scientifique (« si remarquable et si inexpliqué ») mais peut-être aussi, une fois de plus, de nécessité de remplir l’espace cartographique, a motivé cette représentation qui relève d’une forme d’hapax, et dont le nom du lieu (Campo del cielo) ne suscite aucun élan poétique chez notre cartographe.

Des légendes au légendaire

37Les pictogrammes sont conventionnels avec le cor pour signaler une poste, une tête de vache stylisée pour « Estancia ou ferme à bétail » tandis que celui des colonies agricoles est une grille qui renvoie, sans le dire, aux tracés quadrillés des lots attribués aux colons.

38Les légendes rendent compte d’une hiérarchie administrative et urbaine des localités, qui comprend entre autres :

- Ville (Ciudad)
- Bourg (Pueblo) Paroisse
- Village (Pueblo)
- Fort devenu bourg
- La planche 14 distingue le « Hameau avec chapelle » du « Hameau ».

39Il n’est pas étonnant que dans les deux « territoires indiens » (par conséquent peu explorés) soient situées deux localités dont l’existence douteuse est signalée par un procédé typographique pour l’une et linguistique pour l’autre. Dans le Chaco boréal bolivien, selon la frontière de V. Martin de Moussy (mais qui serait aujourd’hui au Paraguay), dont la carte précise que c’est une « partie inexplorée », apparaît « Abarenda ? » (pl. 18), précédé du pictogramme du bourg.

Fig. 8. Abarenda ? (détail de la planche 18).

Fig. 8. Abarenda ? (détail de la planche 18).
  • 11 Nous n’avons pas identifié cette localité qui figure sur la carte de V. Martin de Moussy.
  • 12 Marcela Mendoza synthétise les informations données par Weddell :

40Il s’agit de la seule utilisation du ? que nous ayons relevée, et en l’absence d’explication par ailleurs, l’utilisateur de la carte s’interroge : est-ce l’emplacement qui est douteux ou bien l’existence même de cette localité ? Le tome 6 de l’ouvrage Expédition dans les parties centrales de l’Amérique du Sud, dirigé par Francis de Castelnau et publié en 1851, signale une bourgade de ce nom. L’explorateur, le naturaliste français H. A. Weddell, qui explore le sud de la Bolivie en 1845, va de Tarija à Villa-Rodrigo (ou Caiza), passe par le village de San Luis11, fait une halte à Caraparí, enfin traverse la quebrada d’Abarenda et passe une nuit dans le village d’Abarenda « habité par des Indiens Chiriguanos, ou Abas, comme on les appelle assez fréquemment aujourd’hui » (Castelnau, 1851 : 257). Ni le récit ni le tracé de son itinéraire sur la carte incluse dans ce volume ne signalent qu’il ait franchi le Pilcomayo et les cartes actuelles mentionnent effectivement la localité d’Aguairenda (autre forme pour Abarenda12) entre Caraparí et la ville frontière de Yacuiba. Force est donc de constater que l’emplacement ne coïncide pas du tout avec celui assigné par V. Martin de Moussy en plein Chaco boréal (qu’il n’a pas, lui-même, parcouru non plus). Ce détour par l’ouvrage de Castelnau auquel a pu (a dû) avoir accès V. Martin de Moussy ne nous éclaire donc pas sur ce point d’interrogation, ni même sur l’intérêt qu’avait notre auteur à mentionner cette localité fantôme.

41Explorant la région quelques années après, un autre français, Joseph de Brettes, la mentionne à son tour en se référant à notre carte : « j’examine mes cartes, et je lis sur la carte de Moussy la mention Abarenda, accompagnée d’un point d’interrogation, un peu au nord du lieu où je me trouve ; c’est sans doute quelque ancienne mission abandonnée comme tout le pays à la suite d’une guerre que j’ignore. » (Mallat de Bassilan, 1892 : 206).

42La carte de la planche 3 (« L’Amérique du sud divisée en ses différents états par le Dr V. Martin de Moussy, 1867 »), celles de la planche 5 (« Carte de la Confédération Argentine divisée en ses différentes provinces et territoires […] »), de la planche 11 (« Carte de la Patagonie »), tout comme celle de la dernière, représentant les voyages de l’auteur, situent une « ville fabuleuse de Los Cesares » en Patagonie, non loin du fleuve Chupat, très à l’intérieur des terres (fig. 9). On remarque que cette localisation, bien que renvoyant à l’époque coloniale, est présente sur des cartes modernes alors qu’elle ne l’est pas sur la carte de la planche 2, qui représente « L’Empire espagnol dans les deux Amériques en 1776 […] ».

Fig. 9. Ville fabuleuse de Los Césares (détail de la planche 11).

Fig. 9. Ville fabuleuse de Los Césares (détail de la planche 11).

43Cependant, le lecteur de la Description, est informé de sa réalité puisque V. Martin de Moussy revient sur cette ville légendaire dans les tomes 1 et 3, où il explique la légende et l’engouement qu’elle a suscité dans l’histoire :

On plaçait également dans cet autre côté de la Cordillère, dans de belles plaines fertiles et bien arrosées, une ville dite de-los-Cesares, habitée par des Indiens chrétiens qui, isolés dans une oasis du désert, auraient accumulé de grandes richesses et désiraient se mettre en contact avec les Espagnols de la côte. (Martin de Moussy, 1860a : 173)

Une note précise :

Il en est un peu de cette ville fabuleuse comme du Royaume de Dorado. On l’a successivement reculée dans le sud à mesure que les connaissances géographiques sur ces régions devenaient moins vagues. Il en a été question dès la fin du seizième siècle, et l’on cite des gouverneurs assez crédules pour avoir fait des expéditions afin de trouver cette ville enchantée. (ibid.)

  • 13 Ce nom apparaît dans l’ouvrage de Gregorio Funes, d’où doit le tirer V. Martin de Moussy car il y (...)

44En effet, assez tôt dans le courant du xvie siècle (1566), « Les soldats d’Aguirre veulent le forcer à une expédition vers le sud pour trouver la ville de Trapolanda13 ou de los Cesares, à laquelle on prête des richesses immenses. » (Martin de Moussy, 1864 : 557-558). Le caractère purement légendaire ou fabuleux est également fermement réaffirmé dans ce tome 3 :

Les gouverneurs du Chili, du Tucuman et de Buenos-Ayres avaient renoncé depuis longtemps aux explorations par terre à la ville fabuleuse de Los Cesares, que l’on avait placée dans la Patagonie septentrionale, au pied des Andes, vers le 43e degré de latitude. Les Missions du Nahuel-Huapi, établies par les jésuites, et qui subsistèrent près de vingt ans (voyez tome I, p. 173) entre les mains des Pères Mascardi et Elguea, au milieu des Indiens Poyas (Poya-Ches), avaient achevé de détruire cette fable (Voyez tome I, p. 174). (Martin de Moussy, 1864 : 531-532)

  • 14 V. Martin de Moussy utilise le méridien de Paris (Martin de Moussy, 1869 : 4) et situe la ville d (...)

45Comme le rappelle James Burgh (Sanchez, 2001), le dictionnaire de La Martinière (1768) signale « les Cessares », « peuple de la terre Magellanique à l’orient de la Cordillera de los Landos, vers les 310 d. de longit. & les 44 de latitude méridionale, selon de l’Isle dans sa carte du Paraguai & du Chili » et raconte leur histoire. Il les situe entre 43° et 44° de latitude et c’est bien cette localisation que reprend Martin de Moussy14.

46On peut légitimement se demander quelle est la raison de la présence de cette fantaisie cartographique dans un ouvrage sérieux et scientifique comme l’est l’atlas de la Description. Bien sûr, au même titre que les localisations de bataille, cette ville légendaire fait partie de l’histoire du continent, mais ce petit détail, que l’on peut voir comme un clin d’œil discret à l’utilisateur patient et scrutateur de l’atlas vient sans doute surtout rappeler que la promesse de richesse continuait d’occuper une place centrale dans l’imaginaire américain des Européens et que la carte est aussi un espace où projeter ses rêves.

47Les cartes de V. Martin de Moussy présentent un territoire inscrit dans l’histoire mais également « un pays neuf », comme on disait alors, c’est-à-dire en devenir. En se servant de ses cartes comme d’un espace scripturaire il suggérait que l’espace argentin était ouvert à des formes de narration et c’était sans doute, là aussi, une invitation à l’aventure migratoire, pour de nouvelles histoires individuelles et collectives.

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Bibliographie

Beraldi, Henri, 1885-1892, Les graveurs du xixe siècle : guide de l’amateur d’estampes modernes, Paris, L. Conquet, https://0-gallica-bnf-fr.catalogue.libraries.london.ac.uk/ark:/12148/bpt6k215482r/f9.item. [Consulté le 28/05/2021].

Bosch, Beatriz, 1969, « Martín de Moussy, geógrafo de la Confederación Argentina. Trabajos y comunicaciones », Memoria Académica, vol. 19, p. 29-44, http://www.memoria.fahce.unlp.edu.ar/art_revistas/pr.1062/pr.1062.pdf. [Consulté le 09/07/2021].

Castelnau, Francis de (dir.), 1851, Expédition dans les parties centrales de l’Amérique du Sud, de Rio de Janeiro à Lima et de Lima au Para ; exécutée par ordre du gouvernement français pendant les années 1843 à 1847. 1ère partie, Histoire du voyage. Tome sixième, Paris, P. Bertrand.

Funes, Gregorio, 1816, Ensayo de la historia civil del Paraguay, Buenos-Ayres y Tucumán, Buenos Ayres, impr. de M. J. Gandarillas (Benavente), tome 1.

Guillermo, David (comp.), 2013, Lenguaraces egregios : Rosas, Mitre, Perón y las lenguas indígenas, Buenos Aires, Biblioteca Nacional, https://www.bn.gov.ar/micrositios/admin_assets/issues/pdfs/2131c1bc7053848b69979e11176487cd.pdf. [Consulté le 09/07/2021].

Latzina, Francisco, 1899, Diccionario geográfico argentino, Buenos Aires, Jacobo Peuser Editor, 3era edición.

Lois, Carla, 2014, Mapas para la nación: episodios en la historia de la cartografía argentina, Buenos Aires, Editorial Biblos.

Mallat de Bassilan, Marcel-Jacques-Saint-Ange, 1892, L’Amérique inconnue : d’après le journal de voyage de J. de Brettes, Paris, Firmin-Didot.

Martin de Moussy, Victor, 1869, Description géographique et statistique de la confédération argentine : Atlas, Paris, Librairie de Firmin Didot frères.

—, 1860-1864, Description géographique et statistique de la Confédération argentine, Paris, Firmin-Didot frère, fils et Cie, 3 vol. in-8°. Tome 1, 1860, tome 2, 1860, tome 3, 1864.

—, 1854-1857, « Voyage dans les provinces de la République Argentine. Journal et notes », (un vol. relié). Bibliothèque Nationale de France, microfilm : MFILM SG MS4-46 (1166).

Mendoza, Marcela, 2019, « The Bolivian Toba (Guaicuruan) Expansion in Northern Gran Chaco, 1550-1850 », Ethnohistory, 66 (2), p. 275-300, https://www.researchgate.net/publication/332128566_The_Bolivian_Toba_Guaicuruan_Expansion_in_Northern_Gran_Chaco_1550-1850. [Consulté le 09/07/2021].

Napp, Richard, 1876, La República argentina, obra escrita en alemán, por Ricardo Napp, con la ayuda de varios colaboradores y por encargo del Comité central argentino para la exposición en Filadelfia. (Con varios mapas), Buenos Aires, Sociedad anónima.

Paz Soldán, Mariano Felipe, 1885, Diccionario geográfico, estadístico, nacional argentino, Buenos Aires, Ángel Estrada.

Sanchez, Jean-Pierre, 2001, « La Cité des Césars de James Burgh : de l’utopie à la réalité », Caravelle. Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, n° 76-77, p. 363-373, https://www.persee.fr/doc/carav_1147-6753_2001_num_76_1_1314. [Consulté le 28/05/2021].

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Notes

1 On se reportera utilement à l’article de Beatriz Bosch qui détaille la vie et les travaux de Martin de Moussy.

2 Mais Henri Beraldi signale deux Charles Sauvageot (note 3, p. 11, t. 12).

3 Signalons que la forme même du titre (Description géographique et statistique) est courante au xixe siècle, soit une forme rhématique dirait Gérard Genette.

4 Ley 215 de ocupación de la tierra, 1867, Buenos Aires, Agosto 13 de 1867.

« Art. 1º - Se ocupará por fuerzas del Ejército de la República la ribera del río “Neuquén” ó “Neuquen”, desde su nacimiento en los Andes hasta su confluencia en el Río Negro en el Océano Atlántico estableciendo la línea en la margen Septentrional del expresado Río de Cordillera a mar. », (https://www.educ.ar/recursos/128658/ley-de-ocupacion-de-tierras/download/inline. Consulté le 9 juillet 2021)

5 Les cartes de l’atlas sont présentées sur des planches de 2 pages. Par commodité, et comme référence, nous n’indiquons que le numéro de la planche précédé de la forme abrégée pl.

6 https://www.davidrumsey.com/luna/servlet/detail/RUMSEY~8~1~31723~1150518:La-Plata-?sort=pub_list_no_initialsort%2Cpub_list_no_initialsort%2Cpub_date%2Cpub_date&qvq=q:argentina;sort:pub_list_no_initialsort%2Cpub_list_no_initialsort%2Cpub_date%2Cpub_date;lc:RUMSEY~8~1&mi=49&trs=679. (Consulté le 22 juin 2021).

7 La forme indienne n’est pas mentionnée dans le chapitre sur la province de Mendoza du tome 3 de la Description et il nous a été impossible de retrouver cette forme chez un autre auteur.

8 Aujourd’hui plutôt désigné comme rio Salado del Norte, important affluent du Paraná ; il a plusieurs noms en fonction des régions qu’il traverse.

9 V. Martin de Moussy précise pour Inispin ou Jésus-Nazareno : « fondée par le gouvernement de Santa-Fé [en 1795] près du lac del Cristal. – Missionnaires franciscains. – Indiens Mocovis. – Abandonnée en 1810. ». Pour San Pedro : « fondée en 1745 et abandonnée en 1810 ; va être rétablie » (Martin de Moussy, 1864 : 352-353).

10 Le journal manuscrit de V. Martin de Moussy (Martin de Moussy, 1854-1857) ne permet pas de savoir s’il a vu lui-même ce fer météorique mais il ne figure pas sur son trajet entre Santiago del Estero et Córdoba, tel que l’indique la carte à la fin de l’atlas. La zone devait être dangereuse.

11 Nous n’avons pas identifié cette localité qui figure sur la carte de V. Martin de Moussy.

12 Marcela Mendoza synthétise les informations données par Weddell :

« In 1843, Magariños, along with a small number of frontiersmen and cattle ranchers, founded Villa Rodrigo on the Caiza plains. The town was situated on the eastern side of Quebrada Abarenda, a densely forested ravine on the easternmost foothills of the Andes from which the Caiza plains became visible. The Chiriguano village of Abarenda or Aguairenda, where Franciscan missionaries later opened a mission-station, was located about two-and-a-half leguas east of this gully (Giannecchini, 1896 ; Outes, 1909). Villa Rodrigo was situated some eighteen to twenty leguas away from the Pilcomayo River. For a time, it was the last border town before entering Indian territory. » (Mendoza, 2019 : 286-287)

13 Ce nom apparaît dans l’ouvrage de Gregorio Funes, d’où doit le tirer V. Martin de Moussy car il y est associé aux soldats d’Aguirre (Funes, 1816 : 249).

14 V. Martin de Moussy utilise le méridien de Paris (Martin de Moussy, 1869 : 4) et situe la ville des Césars à environ 74° de longitude Ouest. La carte de Guillaume Delisle (1716) indique Cessares (sans point de localisation) au même endroit où la situera V. Martin de Moussy mais Delisle utilise le méridien de l’île de Fer (isla de Hierro, Canaries) comme l’a disposé un décret de Louis XIII en 1634.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Frontispice de l’atlas.
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Fichier image/jpeg, 1011k
Titre Fig. 2. Multilinguisme et traduction (détail de la planche 12).
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Fichier image/jpeg, 283k
Titre Fig. 3. Morphologie des noms propres (détail de la planche 13).
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Fichier image/jpeg, 438k
Titre Fig. 4. Carte des territoires indiens du sud (détail de la planche 13).
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Fichier image/jpeg, 383k
Titre Fig. 5. Carte historique (planche 4).
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Fichier image/jpeg, 977k
Titre Fig. 6. Le Chaco comme espace-texte (planche 17).
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Fichier image/jpeg, 719k
Titre Fig. 7. Fer météorique dans le Chaco (détail de la planche 17).
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Titre Fig. 8. Abarenda ? (détail de la planche 18).
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Titre Fig. 9. Ville fabuleuse de Los Césares (détail de la planche 11).
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Pour citer cet article

Référence papier

Christophe Larrue, « Cartographier l’Argentine dans les années 1860 : les cartes à texte de Victor Martin de Moussy »América, 57 | -1, 112-126.

Référence électronique

Christophe Larrue, « Cartographier l’Argentine dans les années 1860 : les cartes à texte de Victor Martin de Moussy »América [En ligne], 57 | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/6987 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/america.6987

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Auteur

Christophe Larrue

Université Sorbonne Nouvelle

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Droits d’auteur

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