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Cartographier l'Amérique latine: iconographie et signification

« Deconstructing the Map 2.0 » : réflexions sur une mise en pratique

«Deconstructing the Map 2.0»: reflexiones desde la práctica
Jens Andermann
p. 58-71

Résumés

Publié à la fin des années 1980, l’essai du géographe et historien de la cartographie John Brian Harley, qu’évoque le titre de cet essai, nous a introduit à une approche poststructuraliste de la critique des cartes. Mobilisant une instrumentalité derridienne, Harley insistait sur une réimagination des cartes comme palimpsestes denses de gestes rhétoriques qui tissent un réseau complexe de pouvoir sur les pratiques spatiales qu’elles induisent. Ceux d’entre nous qui, au cours des décennies suivantes, ont appris à « déconstruire » les cartes comme des trames de conquête, de colonialité et de pouvoirs étatiques et para-étatiques, plutôt que comme de simples « représentations » d’espaces préexistants, ont commencé en même temps à explorer par la pratique pédagogique les multiples possibilités de « hacking » participatif offertes aujourd’hui par l’omniprésence des cartes numériques. Dans cet essai, je me demande si la possibilité inédite d’intervenir dans le dispositif cartographique peut nous offrir des opportunités pour une critique nouvelle et différente, un « déconstruire la carte 2.0 ». Après avoir rappelé rapidement ma propre expérience d’analyse « déconstructive » des cartes, je conclurai en présentant quelques usages concrets que l’on pourrait donner à la cartographie comme outil de production participative de connaissances1.

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Texte intégral

Introduction

Fig. 1. Travesía de Amereida, maison d’Alberto Alba. Santiago del Estero, 5 septembre 1965.

Fig. 1. Travesía de Amereida, maison d’Alberto Alba. Santiago del Estero, 5 septembre 1965.

Photographie de François Fédier (Ritoque, Chile : Archivo Corporación Cultural Amereida)

  • 2 Je pense à Inversión de escena, performance (‘obra-acción’) réalisée par le CADA (Colectivo de Ac (...)

1Sur l’image de « l’Amérique inversée et retournée » que l’on voit ci-dessus (‘América invertida y retornada’, fig. 1) les portes peintes représentent les quatre points cardinaux de la « mer intérieure américaine » : le Sud, ici rebaptisé « ancre polaire » (‘ancla polar’), l’Atlantique ou « lumière » (‘luz’), le tropique ou « origine » (‘origen’), et le Pacifique ou « aventure » (‘aventura’). « Intervention » réalisée par l’équipage du voyage poétique de l’Amereida dans la maison de campagne du poète Alberto Alba, près de Santiago del Estero (Argentine), en 1965, cet entrelacs de cartographies multiples : contour continental, mais aussi carte plastique et verbale composée des portes peintes et de leur transcription sur un « carnet de bord » des voyageurs (‘cuaderno de brújula’), peut nous aider à imaginer ce que je propose de penser comme une « inversion de scène » dans l’« usage des cartes » – par allusion au titre d’une célèbre performance poétique chilienne2.

  • 3 « Una inversión de la relación entre figura y fondo, lo ambientado se vuelve lo ambiente (o lo am (...)

2Au cours des dernières décennies, la géographie critique et, plus généralement, les études culturelles ont pris un tournant dont le détonateur a été la transformation en actant, soit en force agissante, de ce que nous imaginions auparavant être une scène matérielle et inerte, tandis que ceux que nous croyions être (ou étions) les sujets de l’« action » qui se déroulait sur la res extensa de cette scène, se sont avérés être l’objet sur lequel déploient leurs effets des agents géochimiques et macrobiaux tels que la pandémie Covid-19 et le réchauffement climatique. Comme le disent Déborah Danowski et Eduardo Viveiros de Castro, nous assistons à une « inversion de la relation entre la figure et le fond ; ce qui était « environné » devient environnement (ou facteur environnemental) et vice versa » (Danowski et Viveiros de Castro, 2017 : 14)3.

3Après avoir avant tout prêté attention (à partir du « tournant linguistique » de la fin du siècle dernier) au caractère textuel et rhétorique des cartes, en tant qu’écriture du pouvoir projetant des usages de l’espace qui les faisait apparaître comme des émanations du fait tellurique qu’elles énoncent, nous en sommes venus dernièrement à nous interroger davantage sur leur aspect instrumental : l’usage des cartes. Celles-ci nous apparaissent plutôt comme les instantanés contingents, fugaces, d’un corps territorial en constante transformation/mutation et, partant, difficile à « saisir en totalité » : toute tentative de vision « panoramique » nous mène aujourd’hui directement à la spéculation cosmologique. On pourrait dire que nous avons sauté (ou sommes revenus) de l’intronisation de la géographie comme science du réel de l’ère coloniale et de la formation des États-nation à la réhabilitation de ses disciplines sœurs au sein de la classique triade ptolémaïque : la chorographie (ou topographie), c’est-à-dire la description dense et détaillée d’événements, de trames et d’« accidents » dans un cadre local réduit, et la cosmographie ou spéculation « surnaturelle » sur notre lieu planétaire dans l’univers.

Histoire de la cartographie et tournant linguistique

4Les brèves réflexions que je présenterai ici proviennent de ma propre expérience, pour avoir bataillé avec les cartes sous la forme de la déconstruction – ou de la dé- et re-territorialisation – de cartes latino-américaines de l’État en processus de consolidation au xixe siècle, et aussi en ayant recours aux outils numériques de « geo-tagging » dans ma pratique pédagogique, afin de produire des interventions participatives et critiques à l’échelle de la carte de base. Ces interventions étaient censées avoir pour effet de déstabiliser la perspective unique, normative, de la carte disciplinaire en la forçant à se lire, à se dés-écrire et à se réécrire elle-même : il semblerait ainsi que nous soyons passés de la « déconstruction 1.0 » – soit de l’exercice d’exégèse de l’archive cartographique – à la « déconstruction 2.0 », c’est-à-dire à l’usage actif et autocritique de ce que nous offrent les cartes en tant qu’outils productifs d’espace et de temps.

5Dans une série d’articles publiés à la fin des années 1980, le géographe britannique John Brian Harley (1932-1991), l’un des principaux initiateurs du tournant rhétorique dans l’histoire de la cartographie, exhortait les chercheurs et les usagers des cartes à rompre avec l’« illusion mimétique » qu’implique le code sur lequel elles sont fondées, avec leurs « protocoles silencieux », comme dirait Hayden White (1973 : 30). En échange, Harley proposait de relire les cartes comme de denses rhétoriques textuelles et iconographiques qui déploient un savoir-pouvoir produisant (ou territorialisant, comme diraient Deleuze et Guattari) une normative dans l’usage et les interrelations des lieux que cette même rhétorique établit. Une telle rhétorique tire son effet de vraisemblance de la façon dont cette constellation apparaît comme toujours déjà donnée, comme préinscrite dans la matérialité terrestre même : comme trouvée et non pas comme construite par l’image qui la renferme. La cartographie est donc une forme d’écriture-dessin à propos de la terre qui nous est présentée comme une écriture de la terre. Selon Harley :

  • 4 « Cartography deploys its vocabulary accordingly so that it embodies a systematic social inequali (...)

La cartographie déploie son vocabulaire de telle sorte qu’elle incarne une inégalité sociale systématique. La carte exerce une discrimination : les distinctions de classes et de pouvoir sont agencées, chosifiées et légitimées au moyen de signes cartographiques. La règle semble être « plus on a de pouvoir, plus on est visible » […] Une grande part du pouvoir de la carte, en tant que représentation de la géographie sociale, est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime. Néanmoins, de quelque façon qu’on la regarde, les règles de la société finissent par refaire surface. Ce sont elles qui font que la carte soit autant, ou plus, une image de l’ordre social qu’une mesure du monde phénoménique des objets (Traduit de l’anglais par F. Delprat)4.

6Voir la carte autrement – la voir comme « thick text », comme textualité dense – nous ouvre de nouvelles possibilités d’interprétation, dit Harley : si le récit précédent avait présenté l’histoire des cartes comme une progression graduelle vers une transcription fidèle et transparente du géos proprement dit, on rend maintenant leur importance aux ellipses et aux obscurités de la carte-texte, à ses implications et à ses silences et l’on redécouvre son caractère proleptique en tant qu’esquisse d’un espace dont la carte tient généralement pour acquis l’appropriation et l’usage. C’est pourquoi, conclut le géographe, la cartographie est également un langage sui generis du pouvoir, une chosification des rapports hiérarchiques qu’elle contribue à perpétuer :

  • 5 « The social history of maps, unlike that of literature, art, or music, appears to have few genui (...)

L’histoire sociale des cartes, à la différence de celle de la littérature, de l’art ou de la musique, semble avoir peu de modes d’expression vraiment populaires, alternatifs ou subversifs. Les cartes sont un éminent langage de pouvoir, pas de dénonciation […] Sans aucun doute, la technologie informatique a encore accru cette concentration de pouvoir médiatique. La cartographie reste un discours téléologique qui chosifie le pouvoir, renforce le statu quo et fige l’interaction sociale dans des lignes préétablies. (Traduit de l’anglais par F. Delprat)5

7Je tirerai un exemple de mon propre travail pour illustrer brièvement la façon dont le « tournant textuel » inauguré par Harley a facilité le démontage de ces discrètes opérations du pouvoir sur les cartes officielles de l’État, avant d’exposer mon désaccord (partiel) avec son verdict sur les effets chosifiants de la technologie numérique.

La terre segmentée : comment déconstruire une carte

8La carte de la Pampa méridionale et du nord de la Patagonie, réalisée par le colonel Olascoaga, était la pièce centrale de son Estudio topográfico de La Pampa y Río Negro, publié en 1880 par la maison d’édition Ostwald y Martínez au retour de l’« expédition » qu’avait commandée le ministre argentin de la guerre Julio Argentino Roca, plus connue sous le nom de « Conquête du Désert » (fig. 2). Ce fut aussi un instrument essentiel de la campagne présidentielle de Roca, la même année. Olascoaga avait rempli les fonctions de « Chef du Bureau de la Topographie » de l’expédition militaire et sa carte, confectionnée à la va-vite au retour des opérations menées par les troupes, est aussi une sorte d’extension visuelle du récit qu’elle accompagne et auquel elle sert de complément en tant qu’énoncé performatif pour la production d’un espace à la fois « plein » et « vide » (Andermann, 2007 : 160-184).

Fig. 2. Manuel J. Olascoaga, « Plan topographique du territoire de la Pampa et de Río Negro », 1879, annexe.

Fig. 2. Manuel J. Olascoaga, « Plan topographique du territoire de la Pampa et de Río Negro », 1879, annexe.

(https://masneuquen.com/​mapa-del-territorio-de-la-pampa-y-rio-negro-de-olascoaga-1880/​)

9Ainsi, la carte d’Olascoaga projette trois temps (passé, présent et futur) sur un espace qui est donc fluide et mobile, explicitement « en construction ». La carte est structurée, d’une part, selon des lignes d’ordres divers et, de l’autre, avec des noms et des prépositions, presque comme un texte poétique avec sa métrique, sa rime et sa versification (fig. 3). Tout comme la carte, lue et participant de la narration, éclaire le texte de l’Estudio topográfico comme récit de la conquête, ces inscriptions verbales sont le complément des icônes visuelles figurant les « accidents » de terrain, la présence passée et actuelle des Indiens, avec le degré de paisibilité ou d’inimitié que l’on en peut attendre, ainsi que, centralement, celui du dense réseau de lignes qui traversent et « segmentent » l’espace ainsi construit. Parmi ces dernières, les plus évidentes en termes graphiques sont donc les lignes de séparation ou de segmentation : frontières militaires et démarcations administratives (actuelles ou en projet : limites internationales, provinciales et de « territoires » nouveaux à établir une fois menée à terme la prise du territoire).

10En deuxième lieu, se détachent les lignes de mouvement ou de transport de troupes et d’expéditions militaires qui traversent et, presque littéralement, dé-bordent les segments délimités par les lignes de séparation, si bien que celles-ci vont se déplacer, avancer dans le temps et dans l’espace, comme le montre la « première ligne » des frontières militaires qui, sur la même carte qui la fait figurer, finit par donner lieu à une « deuxième ligne », plus avancée et va jusqu’à la laisser en arrière pour atteindre les actuelles « lignes militaires » du Río Colorado et du Río Negro. Mais en troisième lieu, à l’arrière-garde de ces frontières qui font mouvement du nord au sud, y figurent aussi les lignes de chemin de fer et de télégraphe, infrastructures techniques ayant le rôle éminemment critique de fournir et d’accélérer le transfert de l’information, le transport de troupes et d’armement qui, une fois atteint le bout de la ligne, se transforment comme par magie en « colonnes expéditionnaires », maintenant identifiées par le nom de leur commandant. Là où ces lignes commencent à se clairsemer, on voit en revanche se projeter les itinéraires des explorations fluviales et terrestres par-delà les actuelles lignes de fortification, comme une sorte d’anticipation esquissant un projet de conquête que l’on prévoit de réaliser.

11Et enfin, la carte enregistre aussi, sous l’énigmatique appellation de « Caminos Generales de Indios » (« Chemins Généraux des Indiens ») et de « Caminos de Chile a las Pampas » (« Chemins du Chili aux Pampas »), des lignes qui rendent compte, comme partie intégrante de l’énoncé cartographique de la violente conquête, sur ce même « territoire » dont le plan proclame l’incontestable possession par l’armée triomphante, de la présence dissidente d’un contre-discours spatial que la stratégie spatiale-techno-militaire de segmentation n’est pas encore parvenue à réduire entièrement au silence. Bien que son intention soit justement de les « éradiquer de la carte », le plan d’Olascoaga, de par son caractère de récit de la conquête, ne peut manquer d’indiquer l’existence d’une économie et d’une sociabilité métisse et semi-nomade qui, répartie de part et d’autre de la Cordillère, défie les tentatives militaires et politiques de leur « colonisation » (tentatives également représentées par des taches jaunes qui marquent l’emplacement de futurs « villages et colonies », espaces purement fictifs mais déjà consignés par la carte comme autant de faits cartographiques au même titre que les autres).

Fig. 3. Manuel J. Olascoaga, « Plan Topographique », 1879 (annexe). Détail (légende).

Fig. 3. Manuel J. Olascoaga, « Plan Topographique », 1879 (annexe). Détail (légende).

12On le voit, cette carte de la conquête non seulement efface et passe sous silence mais révèle aussi à quel point l’armée argentine dépend en réalité de ces « Caminos Generales de Indios » pour orienter sa progression vers une terre encore à conquérir. Progression qui, en même temps, prétend établir de nouvelles lignes de séparation qui couperaient une fois pour toutes ces « Chemins Généraux » et ces « Chemins du Chili aux Pampas » en établissant des frontières militaires fortifiées. Remarquons que, à l’endroit précis où s’arrêtent sur le « Plan » les « itinéraires » des colonnes militaires signalés par des lignes rouges de croix en pointillé, on voit de nouveau « commencer » les chemins généraux et les chemins franchissant la cordillère, car de fait ces derniers sont antérieurs aux autres, et que ce sont des lignes qui relient et structurent un espace social, culturel, économique et politique distinct de celui de l’État-nation (et qui lui préexiste). C’est pourquoi ces lignes de fuite persistent encore sous l’écriture de surface effectuée par les troupes : en effet, ces dernières n’ont d’autre choix que de s’en servir – les « chemins des Indiens » devenant « chemins Généraux » – dès l’instant où les contingents de l’armée descendent du train pour pénétrer dans le « désert » (lequel est, d’ailleurs, loin d’en être un comme le prouve la profusion des toponymes en langue mapuche qui en couvrent la surface). En réalité, le désert n’est pas l’objet terrestre mais l’objectif politique de la campagne génocidaire que la carte raconte en l’énonçant au participe passé alors qu’en réalité elle se situe encore à l’horizon futur de cet énoncé. De ce point de vue, le « Plan » est de fait un énoncé performatif, dans la mesure où il relève du projet militaire, politique, technologique et représentationnel mobilisé afin que cet espace autre, encore sous-jacent à la carte, soit enfin abandonné et reste à jamais désert. Quelques mois plus tard, sur les cartes de répartition en lots des territoires conquis qu’aura réalisées le Bureau de Topographie de l’armée, la dense toponymie du « Plan » se verra effectivement remplacée par un espace abstrait de segments numérotés en fonction de leur vente et de leur appropriation éventuelles : un simple capital foncier d’où l’on a éliminé toute référence à des chemins et à des villages, c’est-à-dire aux usages de l’espace autres que celui-ci (fig. 4)

Fig. 4. Anonyme, « Plan de la section III. Rive sud du Río Negro. Territoires nationaux », 1880.

Fig. 4. Anonyme, « Plan de la section III. Rive sud du Río Negro. Territoires nationaux », 1880.

Archivo General de la Nación, Buenos Aires (Archivo Lorenzo Vintter, legajo 1226)

  • 6 Sur la sociabilité métisse de la frontière antérieure à la campagne de 1879, voir Navarro Floria (...)

13L’intérêt de la carte d’Olascoaga réside donc dans le fait que, relatant une conquête en cours, elle ne peut pas omettre la présence d’un autre ordre spatial que cette conquête vise à anéantir. Le cadre même de la carte – le découpage de l’espace centré sur les peuplements des Ranqueles, des Mapuches et des Tehuelches dans la Pampa centrale et le nord de la Patagonie, c’est-à-dire les territoires visés par la conquête d’un « État » qui n’occupe qu’un espace restreint sur les marges de ce cadre – témoigne de façon éloquente de cette sociabilité métisse, à cheval sur les deux versants de la cordillère, et que les occupations militaires de la Patagonie et de l’Araucanie par les États de l’Argentine et du Chili ont réprimée avec violence afin de consolider un modèle d’état côtier, tourné vers les activités extractives et l’économie néocoloniale6.

Petit manuel d’usage des cartes (en salle de classe)

14Mais alors, pour revenir à notre question du début : comment analyser la cartographie comme langage de pouvoir (comme science « du réel » selon le vocabulaire de Deleuze) sans reproduire ni amplifier l’image qu’elle a d’elle-même en tant qu’instance omnisciente et indiscutable ? Quel « usage » pouvons-nous faire des cartes sans consentir, ce faisant, aux actions d’effacement, de silence qu’elles ont opérées en tant qu’énoncés performatifs ? Dans la décennie 1990, au Birkbeck College de Londres, Patience Schell, William Rowe et moi nous étions posés ces questions, lors de la mise en route d’un programme quinquennal d’étude comparative de la formation des langages visuels et matériels de l’État en Argentine, au Brésil et au Chili à la fin du xixe siècle (cartes, musées, monuments) dans une archive ouverte, destinée moins à donner des réponses qu’à susciter de nouvelles questions. C’est ainsi que fut créé le projet Relics & Selves : Iconographies of the National in Argentina, Brazil and Chile (http://www7.bbk.ac.uk/​ibamuseum/​, consulté le 10/11/2021), l’un des premiers sites interactifs des « humanités numériques » encore à leur début dans le domaine latino-américaniste.

15Malheureusement, l’Université de Londres a fini par désactiver récemment le moteur de recherche structurant les interconnexions entre textes et images et nous travaillons actuellement à le récupérer sous forme de banque d’images sur la plateforme de l’Université de New York (https://archive.nyu.edu/​handle/​2451/​44428, consulté le 10/11/2021). Si la première leçon que nous avons apprise alors est le caractère périssable, et même fugace, des archives à l’ère du numérique (et plus encore dans le cas des contre-archives), nous nous sommes également rendu compte que les nouvelles technologies – outre leur effet d’accentuation du pouvoir des cartes, signalé par Harley bien avant que Google Maps ne soit omniprésent sur nos téléphones mobiles – ouvraient des possibilités novatrices d’intervention sur des sources archivistiques. Ces possibilités, postulions-nous, comportaient non seulement le démontage critique des opérations rhétoriques propres aux technologies de collationnement et classement que nous étions en train d’étudier (carte, musée, catalogue) mais elles ouvraient de surcroît des possibilités d’intervention et de manipulation active que le cadre « analogique » n’offrait qu’à un stade débutant.

16Ultérieurement, divers collectifs artistiques et activistes ont eu recours aux usages novateurs des cartes que facilite Internet : de l’Electronic Disturbance Theatre à la frontière sud des États-Unis (https://www.arte-util.org/​projects/​transborder-immigrant-tool/​, consulté le 10/11/2021), au collectif « éco-artiviste » Ala Plástica, au Rio de la Plata (https://alaplastica.wixsite.com/​alaplastica, consulté le 10/11/2021), ou au réseau Forensic Architecture basé au Goldsmith College, à Londres, qui s’est d’abord consacré aux territoires palestiniens occupés par Israël, mais dont les actuelles ramifications concernent diverses zones géographiques de conflits en Afrique, en Europe et dans les Amériques (https://forensic-architecture.org/​, consulté le 10/11/2021). Pour exemple de cet « usage dissident » de la cartographie au moyen de piratages informatiques, citons le site Expulsions (https://documental.xyz/​expulsions, consulté le 10/11/2021) de l’architecte et activiste brésilien Paulo Tavares – membre associé de Forensic Architecture – qui recense les effets écologiques et patrimoniaux de l’extraction minière à ciel ouvert dans l’Amazonie équatorienne. Utilisant le logiciel de géo-codification Mapbox, le site nous guide de la carte mondiale aux effets locaux du capitalisme d’extraction minière sur les communautés indigènes et paysannes en jouant sur le changement d’échelle et sur des effets d’alternance entre l’image cartographique, le texte et d’autres types d’images (photos actuelles et photos d’archive, interviews filmées et images prises par satellite, sur une période de plusieurs années pour montrer que la dégradation écologique avance au galop). Grâce au maniement d’outils numériques, l’assemblage multimédia entre et sort de la carte en même temps qu’il en littéralise le caractère textuel (qu’avaient déjà souligné les analyses de Harley) : le déplacement de la souris pour suivre la séquence des signes imite en effet un processus de lecture à l’écran. L’important, ici, est que ce type de passage des media audiovisuels à ceux de l’écriture n’est possible que dans un environnement numérique : seule la base des algorithmes qu’ils partagent offre un socle commun aux éléments verbaux, éléments visuels et auditifs du site.

  • 7 Sur cette notion de « lieux de trauma », voir Estela Schindel, 2020, « Los sitios del terror y la (...)

17Comment pourrions-nous donc, en tant que chercheurs et qu’enseignants, tirer parti de ces « nouveaux usages des cartes » pour trouver des formes dissidentes de production du savoir, plus ouvertes et plus collaboratives ? Comment nous servir des cartes tout en conservant une attitude critique vis-à-vis du « réalisme symbolique » que, si l’on en croit Harley (paix à sa mémoire), la numérisation de la technologie cartographique n’aurait fait qu’exacerber ? Je concluerai en passant rapidement en revue deux exemples d’« usage des cartes » dans mes propres cours : le premier, Mapping the Americas : Cultural Geographies of the New World (Cartographier les Amériques : géographies culturelles du Nouveau Monde), est un cours de deuxième année du programme de licence d’espagnol et de portugais (ouvert aussi aux élèves d’autres filières comme les études de media et de culture et communication) que j’ai créé avec Edgardo Dieleke pour nos enseignements sur les sites de New York University à New York et à Buenos Aires. Le programme explore la formation de matrices spatiales dans les Amériques en partant de la fameuse notion d’« hétérotopie » de Michel Foucault (2001 [1984]) ; il propose aux participant•e•s de produire une « carte autre » (fig. 5). Cette carte (un plugin de Gooogle Maps configuré pour l’inscription de marqueurs à contenu multimédia), que les étudiant•e•s remplissent progressivement au long du semestre, permet la localisation de marqueurs représentant les lieux que les un•e•s et les autres étudient individuellement ou en groupe, ainsi que leur classification : d’une part, la typologie proposée par Foucault pour caractériser les « espaces autres », les « hétérotopies de crise », de « déviation », de « purification », etc. ; d’autre part, chaque donnée ajoutée permet aussi d’identifier le lieu choisi selon le « type de localité » auquel il appartient, avec la possibilité d’ajouter de nouvelles catégories lorsque celle qui le caractérise le mieux n’existe pas encore ; ainsi, en sus des « îles », « musées » et « parcs », on a vu apparaître des « quartiers d’artistes », « plages », « festivals » et « lieux de trauma »7.

18Tandis qu’au cours du semestre nous nous appliquions à lire des textes de géographie culturelle en alternance avec d’autres plus spécifiquement centrés sur certains lieux exemplaires, chaque élève se consacrait à une recherche sur différentes localités. Elle ou il présentait tout d’abord ses résultats dans une esquisse de post afin que le groupe puisse apporter des suggestions et des matériaux additionnels, soit verbalement pendant les travaux en classe, soit en utilisant la fenêtre « feedback » du blog. Chaque post apparaît sur la carte principale du site et il est également possible d’y accéder en activant l’un ou l’autre des axes catégoriels (outre le principe d’hétérotopie et le type de localité, on peut activer la recherche par auteur ou par pays). Quel que soit le chemin suivi par l’utilisateur•trice pour naviguer vers un post individuel, il y trouvera une carte plus « locale », « chorographique », à moindre échelle contenant de nouveaux marqueurs qui renvoient à des aspects particuliers du lieu : bâtiments, œuvres d’art et monuments ou lieux de mémoire historique. En outre, ces cartes locales, une fois faite la présentation en classe de l’esquisse de post, étaient ouvertes à la collaboration d’autres élèves qui pouvaient poster leurs propres marqueurs, assortis d’un texte bref et/ou de données audio-visuelles trouvées sur internet.

Fig. 5. Carte principale du blog « Mapping the Americas » avec indication des principes « hétérotopiques » que l’on peut activer.

Fig. 5. Carte principale du blog « Mapping the Americas » avec indication des principes « hétérotopiques » que l’on peut activer.

19Par exemple, un post réalisé par Omar sur l’île colombienne de Santa Cruz del Islote, dans la Mer des Caraïbes, offrait dans sa partie supérieure une première carte de ce bout de rocher, célèbre pour être l’île la plus peuplée du monde et dont le marqueur contenait un court film sur l’île, dans le style d’une publicité touristique, avant de nous inviter à lire un texte écrit par l’étudiant qui discutait de l’histoire et des problèmes d’environnement actuels du lieu. Le texte était suivi d’une « galerie d’images » et de la bande-annonce d’un documentaire cinématographique plus riche que le précédent (sa lecture préalable nous aurait préparés à mieux l’apprécier). À la fin, comme dans tous les posts, on trouvait aussi la liste des catégories qu’Omar avait maniées pour la classification de sa recherche (réalités alternatives, Colombie, île, semi-perméabilité) et qui permettaient de naviguer directement vers la liste d’autres posts du même domaine.

20Natalie, dans sa contribution sur le quartier de Jardines de Lower East Side, à New York (« Loisaida » pour les habitants hispanophones), commençait par offrir en tête de son texte une « carte dans la carte » avec des photographies qu’elle avait prises et d’autres qu’elle avait trouvées sur Internet. Cette carte permettait aux usagers de saisir plus sensiblement la présence portoricaine et hispanique dans cette zone, la navigation ménageant la « visite virtuelle » de jardins de particuliers. Suivait un texte plus analytique et plus étayé de références, qui commentait la crise immobilière des années 70 et les destructions de maisons qui avaient laissé des terrains vagues que de récents comités de voisins commençaient à réclamer en tant qu’espaces communautaires, pour faire obstacle à la spéculation immobilière rampante.

Fig. 6. Carte « locale » du post de Natalie sur les jardins de Loisaida. La fenêtre de « Creative Little Garden » s’ouvre en cliquant sur le marqueur et offre une « visite virtuelle » du jardin.

Fig. 6. Carte « locale » du post de Natalie sur les jardins de Loisaida. La fenêtre de « Creative Little Garden » s’ouvre en cliquant sur le marqueur et offre une « visite virtuelle » du jardin.

21Plus récemment, un cours magistral à caractère d’introduction que j’ai eu à donner à plusieurs reprises dans le cursus universitaire d’« Arts libéraux », « Portuguese Sea : Empire, Decolonization, and Diaspora » (Mer portugaise : Empire, décolonisation et diaspora), nous a conduit à expérimenter une autre interface fondée sur Google Maps. La démarche visait à préserver des formes de production interactive et collaborative du savoir dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Le cours, auquel assistent environ 120 étudiant•e•s de disciplines très variées, en majorité en première et en deuxième année d’études, comporte une introduction au monde globalisé. Partant du cas particulier de l’expansion impériale portugaise, il traite de l’actuelle prolifération de formes culturelles diasporiques qui en a résulté. Chaque semaine, durant des séances de travaux dirigés rassemblant de 15 à 18 élèves, nous passons en revue le matériel analysé dans les cours magistraux – de Os Lusíadas de Camões au Cinema Novo brésilien et aux littératures luso-africaines de la post-indépendance – en créant des « marqueurs » sur les différents lieux significatifs qui apparaissent dans les textes littéraires, les films, les discours politiques, ainsi que dans la bibliographie secondaire. L’outil principal de cette révision est une carte créée avec l’application gratuite de Google MyMaps, sur laquelle chaque élève poste chaque semaine une brève intervention textuelle et visuelle à propos d’un lieu significatif repéré dans les sources étudiées (fig. 7). Ainsi, à mesure qu’on avance dans le semestre, chaque groupe de travail finit par produire sa propre Mappemonde du cours, différente de celle du groupe suivant et reflétant les centres d’intérêt et les discussions particulières qui s’y sont manifestés. À la fin du semestre, on constatait d’innombrables convergences entre les cartes produites par les différents groupes, mais on voyait aussi qu’une plus grande attention avait été portée à des régions spécifiques selon les intérêts, les histoires familiales et les origines ethniques de chaque collectif (qui, constitué d’élèves assistant au cours depuis un grand nombre de villes, voire de continents, manifestait sa présence de façon inattendue et, de cette façon, établissait un dialogue avec l’histoire de l’expansion coloniale que le cours entendait déployer et analyser de façon critique). Ainsi, lorsque l’on comparait les différentes cartographies à la fin du semestre, chacune devenait non moins légitime, intrigante et provocatrice que la suivante ; chacune, à sa manière, ajoutait une « profondeur de champ » à l’ensemble du matériel que nous avions analysé au long des travaux.

Fig. 7. Detail de la mappemonde de Portuguese Sea dans Google MyMaps, avec post sur le port de Malindi et son importance pour le voyage de Vasco de Gama jusqu’à l’Inde.

Fig. 7. Detail de la mappemonde de Portuguese Sea dans Google MyMaps, avec post sur le port de Malindi et son importance pour le voyage de Vasco de Gama jusqu’à l’Inde.

Conclusion

  • 8 De fait, Google a commençé depuis 2018 à introduire pour sa version desktop une variante appelée (...)

22Que faire, donc, des cartes ? Que devient leur « usage » à notre époque où tout est apparemment « omnivisible », où depuis longtemps n’apparaît plus aucune terra incognita ? Plus de trente années après la publication de l’appel d’Harley à « déconstruire la carte », il est difficile de ne pas être d’accord avec son avertissement sur la façon dont la rhétorique cartographique modèle de plus en plus notre navigation dans la réalité, notre façon d’habiter un monde dont les asymétries et les injustices nous apparaissent plus que jamais comme objectivées et chosifiées par les inoffensifs gris, verts et roses de Google Maps. Songeons à la projection Mercator que maniait encore récemment la méga-société californienne pour restituer un monde vu par le regard impérialiste du monde occidental8. Telle la « Carte de l’Empire » selon Jorge Luis Borges, celle que nous portons dans nos téléphones mobiles ou consultons sur le GPS de nos voitures est de plus en plus près de « coïncider exactement » avec son référent terrestre, à moins que nous nous trouvions, tout à coup, sans couverture satellitaire.

23Mais le fait même que le moindre détail soit susceptible d’être saisi par la machine visuelle que transportent les actuelles technologies optiques et leurs algorithmes – comme dans la puissante allégorie qu’en donne Matrix, la trilogie des sœurs Wachovski9 – ouvre aussi des formes nouvelles et imprévues de « théorisation pratique ». Comme nous l’avons vu, c’est la malléabilité des cartes numériques, leur séduisante capacité à nous conduire de la dimension panoramique du pilote à l’échelle locale du marcheur, du flâneur, en à peine deux clics sur la souris, qui permet d’introduire des contre-récits et des points de vue, au pied de la lettre, ayant la capacité de compliquer, voire peut-être de « déconstruire » la carte de base. J’avance l’idée que cela vient du fait que le changement d’échelle – bien que les interfaces numériques comme Google Maps nous suggèrent le contraire – n’est ni neutre ni continu.

24De même qu’au début de la géographie coloniale, les cartes de navigation (en général de grandes dimensions et cherchant à relever aussi précisément que possible le tracé des côtes et leurs distances respectives, ainsi que la force et la direction des courants marins et le régime des vents), étaient bien différenciées des chorographies qui se focalisaient plutôt sur de denses modalités locales de peuplement, de langage, de ressources et d’histoire, selon un rapport très différent entre texte et image ; de même, la masse de détails qui apparaît à l’écran à mesure que nous nous « rapprochons » d’un lieu particulier exige que nous changions de registre. C’est ce qui se produit lorsque nous passons au mode Streetview ou cliquons sur le nom d’un monument, d’un restaurant ou d’un supermarché. Cela peut même nous amener à quitter la carte et à sauter à un autre registre : celui du paysage photographié, du récit de voyage, voire (dans les résumés et les commentaires) celui des commérages et des intrigues locales.

25Plus encore que les cartes « analogiques » (comme le « Plan » d’Olascoaga) qui n’ont jamais manqué d’être des appareils multimédia dont le rapport entre texte et image était toujours chargé de tensions latentes, les cartes numériques sont un conglomérat d’énoncés dont les excès et la tendance à la digression recèlent d’intéressantes possibilités d’analyse critique. J’avance l’idée qu’assumer cette caractéristique de « texte ouvert » qui est le propre de la carte numérique et grâce à quoi il est possible d’opérer de nouvelles modalités de production collaborative et horizontale du savoir, ne revient pas à abandonner la critique du « réalisme symbolique » qu’Harley, avec tant de perspicacité et d’éloquence, nous a appris à comprendre comme l’opération rhétorique constitutive de la cartographie coloniale-moderne. Revenant à la fameuse triade ptolémaïque évoquée par Lefebvre dans son livre classique La production de l’espace (1974), nous pourrions dire que pour pouvoir critiquer le régime dominant de représentation de l’espace, il faut d’abord s’approprier les espaces de représentation où ce régime est réalisé et actualisé d’une manière apparemment neutre et courante, ainsi que les pratiques spatiales qui y sont déployées.

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Bibliographie

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Andermann, Jens, 2007 The Optic of the State. Visuality and Power in Argentina and Brazil. Pittsburgh, PA, University of Pittsburgh Press.

Andermann, Jens ; Schell, Patience, and Rowe, William, 2003, Relics & Selves: Iconographies of the National in Argentina, Brazil and Chile, http://www7.bbk.ac.uk/ibamuseum/, https://archive.nyu.edu/handle/2451/44428 [Consulté le 09/06/2021].

Danowski, Débora, & Viveiros de Castro, Eduardo, 2017, The Ends of the World, traduction de Rodrigo Nunes, Cambridge, Polity Press. ([2014], version originale Há mundo por vir? Ensaio sobre os medos e os fins, Florianópolis, Desterro, Cultura e Barbárie e Instituto Socioambiental).

Deleuze, Gilles, y Guattari, Félix, 1997 [1994], Mil Mesetas, Capitalismo y esquizofrenia. Valencia, Pre-Textos.

Foucault, Michel, 2001 [1984], « Des espaces autres », Dits et écrits, 1976-1988, Paris Gallimard, Coll. Quarto, p. 1571-1585. [Conférence de 1967, publiée pour la première fois en 1984 in Architecture, Mouvement, Continuité, n° 5, octobre 1984, p. 46-49], https://cinedidac.hypotheses.org/files/2014/11/heterotopias.pdf. [Consulté le 04/11/2021].

Harley, John Brian, 1992, « Deconstructing the Map », Writing Worlds. Discourse, Text and Metaphor in the Representation of Landscape, ed. James Duncan. London, Routledge, p. 231-47.

, 1988,« Maps, Knowledge, Power », The Iconography of Landscape. Essays on the Symbolic Representation, Design, and Use of Past Environments, ed. Dennis S. Cosgrove et Stephen Daniels, Cambridge, Cambridge University Press, p. 277-312.

Lefebvre, Henri, 1974, La production de l’espace, Paris, Éditions Anthropos.

Navarrio Floria, Pedro, 2002, « El desierto y la cuestión del territorio en el discurso político argentino sobre la frontera Sur », Revista Complutense de Historia de América 28, p. 139-168.

Olascoaga, Manuel J., 1880, « Plano Topográfico del territorio de la Pampa y Río Negro », Estudio topográfico de La Pampa y Río Negro, Buenos Aires, Ostwald y Martínez.

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White, Hayden, 1973, Metahistory. The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe. Baltimore, MA, Johns Hopkins University Press.

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Notes

1 Article traduit de l’espagnol par François Delprat.

2 Je pense à Inversión de escena, performance (‘obra-acción’) réalisée par le CADA (Colectivo de Acciones De Arte) le 17 octobre 1979, devant le Musée des Beaux-Arts de Santiago du Chili.

3 « Una inversión de la relación entre figura y fondo, lo ambientado se vuelve lo ambiente (o lo ambientando), y viceversa. » (Danowski y Viveiros de Castro, 2017 : 14)

4 « Cartography deploys its vocabulary accordingly so that it embodies a systematic social inequality. The map discriminates: the distinctions of class and power are engineered, reified and legitimated by means of cartographic signs. The rule seems to be ‘The more powerful, the more prominent’ […] Much of the power of the map, as a representation of social geography, is that it operates behind a mask of a seemingly neutral science. It hides and denies its social dimension at the same time as it legitimates. Yet whichever way we look at it the rules of society will surface. They have ensured that maps are at least as much an image of the social order as a measurement of the phenomenal world of objects. » (Harley 1992 : 237-238)

5 « The social history of maps, unlike that of literature, art, or music, appears to have few genuinely popular, alternative, or subversive modes of expression. Maps are preeminently a language of power, not of protest. […] Indeed, computer technology has increased this concentration of media power. Cartography remains a teleological discourse, reifying power, reinforcing the status quo, and freezing social interaction within charted lines. » (Harley 1988 : 301-303)

6 Sur la sociabilité métisse de la frontière antérieure à la campagne de 1879, voir Navarro Floria (2002).

7 Sur cette notion de « lieux de trauma », voir Estela Schindel, 2020, « Los sitios del terror y la desaparición en Argentina : trauma, materialidad y testimonio ». In Roland Spiller, Kirsten Mahlke, Janett Reinstädler (dir.), Trauma y memoria cultural, Hispanoamérica y España, Berlin/ Munich/ Boston, De Gruyter GmbH, p. 433-448.

8 De fait, Google a commençé depuis 2018 à introduire pour sa version desktop une variante appelée « Web Mercator » (WM) qui combine le système cylindrique de la projection Mercator (pour de plus petites échelles ou zoom-ins sur des localités et régions déterminées) avec une projection sphérique pour les plus grandes, de telle façon que, si nous nous « éloignons » assez, la surface plane se transforme et devient le globe tridimensionnel de Google Earth. D’autres applications comme Microsoft Virtual Earth et Apple Maps sont basées également sur le système de projection Mercator.

9 La trilogie cinématographique Matrix (États-Unis, 1999), Matrix Reloaded et Matrix Revolutions (2003) a été réalisée par Lana et Lilly Wachovski. Un quatrième film, Matrix Resurrections (écrit et réalisé par Lana Wachovski), a été mis en distribution en décembre 2021 (N.D.T.).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Travesía de Amereida, maison d’Alberto Alba. Santiago del Estero, 5 septembre 1965.
Crédits Photographie de François Fédier (Ritoque, Chile : Archivo Corporación Cultural Amereida)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 377k
Titre Fig. 2. Manuel J. Olascoaga, « Plan topographique du territoire de la Pampa et de Río Negro », 1879, annexe.
Crédits (https://masneuquen.com/​mapa-del-territorio-de-la-pampa-y-rio-negro-de-olascoaga-1880/​)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 743k
Titre Fig. 3. Manuel J. Olascoaga, « Plan Topographique », 1879 (annexe). Détail (légende).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 685k
Titre Fig. 4. Anonyme, « Plan de la section III. Rive sud du Río Negro. Territoires nationaux », 1880.
Crédits Archivo General de la Nación, Buenos Aires (Archivo Lorenzo Vintter, legajo 1226)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 529k
Titre Fig. 5. Carte principale du blog « Mapping the Americas » avec indication des principes « hétérotopiques » que l’on peut activer.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 193k
Titre Fig. 6. Carte « locale » du post de Natalie sur les jardins de Loisaida. La fenêtre de « Creative Little Garden » s’ouvre en cliquant sur le marqueur et offre une « visite virtuelle » du jardin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 368k
Titre Fig. 7. Detail de la mappemonde de Portuguese Sea dans Google MyMaps, avec post sur le port de Malindi et son importance pour le voyage de Vasco de Gama jusqu’à l’Inde.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/docannexe/image/6802/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 428k
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Pour citer cet article

Référence papier

Jens Andermann, « « Deconstructing the Map 2.0 » : réflexions sur une mise en pratique »América, 57 | -1, 58-71.

Référence électronique

Jens Andermann, « « Deconstructing the Map 2.0 » : réflexions sur une mise en pratique »América [En ligne], 57 | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/america/6802 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/america.6802

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Auteur

Jens Andermann

New York University

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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