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Comptes rendus

Schlaefli Louis et Oswald Grégory, Les procès de sorcellerie dans la région de Molsheim

Molsheim, Société d’histoire et d’archéologie de Molsheim et environs, 2021
Maryse Simon
p. 365-366
Référence(s) :

Molsheim, Société d’histoire et d’archéologie de Molsheim et environs, 2021

Texte intégral

1L’ouvrage de Louis Schlaefli est la suite de son considérable et minutieux travail sur les affaires de sorcellerie dans la région de Molsheim. En tant que spécialiste de cette question, l’auteur continue ici de s’atteler aux quelques 300 cas d’accusés dont des enfants mis en cause dans ces procès judiciaires du bailliage de Dachstein aux XVIe et XVIIe siècles, et plus largement dans la vallée de la Bruche et dans ses environs (carte p. 24).

2L’auteur commence avec un glossaire bien utile notamment pour bien replacer le contexte religieux et les croyances communes aux accusés et à leurs accusateurs. Il poursuit avec des documents généraux très intéressants : les directives du Grand Chapitre de la Cathédrale données aux enquêteurs pour reconnaitre une sorcière ou un sorcier avec en premier lieu, la dénonciation ; les consignes aux gens de justice vis-à-vis de l’accusé « homme ou femme » (p. 13) avec les « excès et cruauté » et les « abus » commis jusque-là (p. 17). Suit un interrogatoire type où la dimension sexuelle du crime de sorcellerie est largement soulignée, et enfin, des documents concernant l’important aspect financier des procédures judiciaires. Les commentaires sont parfois empreints de jugements de valeur ou de pathos comme l’image du « nourrisson privé de sa mère » (p. 20) ou la comparaison avec les juifs comptés comme « Stück » par les nazis (p. 22). L’auteur a peur de choquer la décence en ne traduisant pas un passage explicite (p. 67) et se laisse peut-être parfois aller à quelques raccourcis en qualifiant les filles de sorcières et non de prétendues sorcières.

3On peut regretter de ne pas avoir plus d’éléments pour éclairer ces documents en langue vernaculaire très révélateurs de la mise en application du discours savant énoncé par les démonologues dans leurs écrits souvent rédigés en latin. Un nouveau regard sur ces documents apporterait des commentaires certainement pertinents pour une mise en contexte éclairante, particulièrement pour les affaires pécuniaires qu’il serait très intéressant de creuser à l’aune des documents annexes (p. 20).

4L’essentiel de l’ouvrage porte sur l’étude de plus de 260 cas identifiés et classés chronologiquement par la localité dont sont issus les accusés qui, elle, est classée alphabétiquement. Certains extraits des sources sont reproduits dans l’ouvrage et raviront les amateurs de manuscrits. L’étude de ces documents permet de rectifier certains points des études précédentes (p. 95), et l’objectif semble être d’indiquer les cas qui permettront de faire une analyse et une interprétation ultérieures.

5L’auteur revient sur la particularité de Molsheim, la proportion extraordinaire d’enfants de 11 ans d’âge moyen inculpés et exécutés (40 % des exécutions à Molsheim) principalement entre 1617 et 1630. L’explication proposée est que les jésuites « ont trop joué sur les consciences en évoquant les méfaits du diable » dans ce contexte de Contre-Réforme. Les interrogatoires révèlent des « jeux moins innocents » relatant des relations sexuelles entre les écoliers des deux sexes mais aussi avec le diable qui sont décrites dans un langage cru. L’auteur aurait peut-être pu adopter une méthodologie plus critique pour questionner les documents judiciaires qui font apparaître ces situations sous le prisme biaisé de procédures codifiées et d’intentions difficiles à déceler. Le petit paragraphe de conclusion sur ces affaires d’enfants à Molsheim reprend les éléments de l’introduction en y ajoutant un chiffre de comparaison (5 enfants exécutés sur 1665 cas en Lorraine, p. 107).

6Les cas évoqués pour les autres localités fourmillent d’éléments intrigants et remarquables, ce qui est un excellent moyen d’avoir accès aux sources mais qui reste un peu frustrant pour pouvoir approfondir l’analyse et la réflexion sur ces éléments complexes. Il s’agit pour l’auteur de compléter une liste des inculpés déjà partiellement établie dans ses travaux précédents et comprenant également les noms cités dans les diverses études publiées.

7L’auteur grâce à sa lecture expérimentée et attentive des sources archivistiques et des sources imprimées pourra peut-être apporter dans ses futures publications les tableaux récapitulatifs et les données statistiques qui permettront une analyse générale et des conclusions sur l’interprétation de ces cas fascinants qu’il décrypte avec expertise et intérêt.

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Pour citer cet article

Référence papier

Maryse Simon, « Schlaefli Louis et Oswald Grégory, Les procès de sorcellerie dans la région de Molsheim »Revue d’Alsace, 149 | 2023, 365-366.

Référence électronique

Maryse Simon, « Schlaefli Louis et Oswald Grégory, Les procès de sorcellerie dans la région de Molsheim »Revue d’Alsace [En ligne], 149 | 2023, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/alsace/5570 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pk7

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Auteur

Maryse Simon

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

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