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Comptes rendus

Nuss Philippe, Odile d’Alsace, sainte d’Europe. La dimension européenne de sainte Odile de Hohenbourg à travers sa mémoire dans les sources liturgiques non alsaciennes antérieures à 1200

Bernardswiller, I.D. l’Édition, 2021, 325 p.
Benoît-Michel Tock
p. 363-364
Référence(s) :

Bernardswiller, I.D. l’Édition, 2021, 325 p.

Texte intégral

1Odile est la patronne de l’Alsace, et elle est bien identifiée à cette région. Et si sa notoriété s’étendait plus loin ? C’est la question que s’est posée Philippe Nuss, à qui on doit déjà, entre autres une très belle étude des premiers Habsbourg. Pour y répondre, il a choisi un angle aussi inhabituel que judicieux : les sources qu’il appelle « liturgiques », mais en réalité il a moissonné dans de vastes champs, puisqu’on trouve la mémoire d’Odile dans des litanies des saints, des listes de reliques, des calendriers, des plaques de reliquaires, des manuscrits de la Vita

2Le résultat obtenu est impressionnant, et constitue la seconde partie de l’ouvrage : Ph. Nuss a collecté plus de 230 mentions de la mémoire d’Odile, qu’il énumère patiemment, et par lesquels il étend très considérablement l’enquête déjà publiée en 1938 par le chanoine Barth. On ne peut qu’être impressionné par l’ampleur et la richesse des dépouillements auxquels il a procédé. Par l’attention, aussi, qu’il accorde à chacun des témoins manuscrits, en veillant à le dater, de l’analyser, de le replacer dans son contexte.

3Les résultats de cette enquête sont condensés dans une belle carte en couleurs, p. 272 (non annoncée dans la table des matières). Cette carte illustre très bien la répartition géographique de ces mentions : il y a bien quelques attestations en Italie, en Limousin ou en Angleterre, mais l’essentiel se trouvait dans le royaume de Germanie, avec une assez nette prédominance de la moitié sud de ce royaume. Odile était donc bien plus qu’une sainte alsacienne, mais elle était sans doute davantage une sainte germanique qu’une sainte européenne.

4La première partie de l’ouvrage consiste en une analyse des regestes de la seconde. Bien plus qu’une analyse en réalité : Ph. Nuss cherche surtout à comprendre comment, par quels biais, quels intermédiaires, le culte d’Odile s’est répandu dans des régions parfois éloignées de sa terre natale. Nouvelle enquête, qui prolonge la première, et qui lui permet d’identifier plusieurs réseaux odiliens : un réseau étichonide, qui va de Hohenbourg à Einsiedeln et Saint-Gall, entre autres ; le rameau d’Einsiedeln donne naissance à un autre réseau autour de Gorze ; Hirsau constitue un autre réseau ; Léon IX aurait profité du concile de Reims pour diffuser le culte de sa peut-être lointaine parente ; l’évêque de Strasbourg en aurait déjà fait de même lors de la diète de Neubourg en 1007.

5Ph. Nuss a tout à fait raison de penser que si le culte d’Odile a circulé, c’est parce que des hommes (davantage sans doute que des femmes, trop strictement cloîtrées pour cela) l’ont fait circuler auprès de leurs parents, amis et connaissances. Que des réseaux monastiques fortement structurés, comme ceux de Gorze ou d’Hirsau, aient joué un rôle important en la matière ne fait pas de doute et est bien démontré (au passage, on relève l’absence quasi-totale des réseaux clunisien, cistercien ou prémontré). Mais Léon IX consacra-t-il vraiment du temps lors du concile de Reims à promouvoir le culte d’Odile ? Est-il venu à Reims avec une caissette contenant des reliques de la sainte ? J’ai du mal à la croire, mais peut-être manqué-je d’imagination.

6Il faudrait à cet égard mieux distinguer les formes prises par la « mémoire » d’Odile : une inscription dans un calendrier n’est pas identique à une copie de la Vita (qui demande beaucoup plus d’efforts) ou à la réception d’une relique, qui associe mieux le récipiendaire à la sainteté d’Odile. Ph. Nuss en est parfaitement conscient tout au long de son enquête, mais cela apparaît trop peu dans les tableaux récapitulatifs ou les synthèses.

7On pourrait d’ailleurs se demander ce que représentait, pour un moine ou un chanoine, d’apprendre par un confrère ou par la lecture d’un manuscrit qu’il y a, au 13 décembre, une memoria d’une sainte Odile, vierge. Ou de recevoir, éventuellement après achat, un fragment d’os ayant appartenu à cette s. Odilia, virgo. Il y avait des collectionneurs de reliques et de mentions de saints, et seule la détention d’une vita permettait de savoir réellement qui on honorait. N’oublions pas que l’époque à laquelle se place Ph. Nuss est aussi celle de la diffusion du culte de sainte Ursule et de ses 11 000 compagnes, toutes martyres à Cologne, et auxquelles on n’a pas hésité à donner un nom. Peut-être, d’ailleurs, une Odile parmi elles ?

8La recherche des « Odile », des femmes historiquement attestées et ayant reçu ce nom, pourrait-elle être un prochain thème de travail de Ph. Nuss ? Avec la curiosité, la ténacité et la sagacité qu’on lui connaît, il trouverait là un moyen supplémentaire de suivre la notoriété de la patronne de l’Alsace !

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Pour citer cet article

Référence papier

Benoît-Michel Tock, « Nuss Philippe, Odile d’Alsace, sainte d’Europe. La dimension européenne de sainte Odile de Hohenbourg à travers sa mémoire dans les sources liturgiques non alsaciennes antérieures à 1200 »Revue d’Alsace, 149 | 2023, 363-364.

Référence électronique

Benoît-Michel Tock, « Nuss Philippe, Odile d’Alsace, sainte d’Europe. La dimension européenne de sainte Odile de Hohenbourg à travers sa mémoire dans les sources liturgiques non alsaciennes antérieures à 1200 »Revue d’Alsace [En ligne], 149 | 2023, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/alsace/5566 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pk6

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Auteur

Benoît-Michel Tock

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